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Pays-Bas: l’effet Lidewij

La correspondance batave de Rene ter Steege


Pays-Bas: l’effet Lidewij
La députée nationaliste hollandaise Lidewij de Vos, au parlement, La Haye, décembre 2025 © John Beckmann/DeFodi Imag/SIPA

La « donzelle » de la droite dure néerlandaise est passée au pilori parlementaire cette semaine. Récit.


Des députés énervés se levant de leurs bancs pour vilipender une jeune femme à l’aube de son congé maternité : le spectacle au Parlement de La Haye tenait du harcèlement. Cela sans que quiconque vienne à la rescousse de la «victime», à savoir Lidewij Guinevère de Vos, l’égérie de la droite dure néerlandaise.

Mercredi 26 mai, cette dernière a refusé de s’incliner devant l’inquisition parlementaire qui voulait lui extorquer des excuses pour des paroles certes douteuses, mais qu’elle n’a elle-même jamais prononcées. En effet, de jeunes membres de son parti, le Forum voor Democratie (FVD), ont par le passé loué la «race blanche», dénoncé de prétendus complots juifs visant à inonder l’Europe de migrants arabes ou noué des liens avec des groupuscules fascistes néerlandais et européens.

Cependant, Mme de Vos, âgée de 28 ans, issue d’un milieu intellectuel conservateur, surdiplômée en sciences, climatosceptique et violoniste de talent, ne s’exprime que dans un langage convenu, contrairement à certains de ses admirateurs sulfureux. Elle a donc refusé, au Parlement, d’expier les péchés réels ou supposés des membres de son parti et de son ex-président, Thierry Baudet.

L’été dernier, ce dernier avait constaté que le peuple l’avait assez vu, surtout après avoir versé dans le complotisme et loué Vladimir Poutine comme un « dirigeant formidable ». Baudet a fait un pas de côté et nommé Lidewij, qui s’était distinguée parmi les jeunes du parti, comme sa successeure.

Parfaitement inconnue du grand public, elle a depuis contribué à faire renaître un parti moribond qui, lors des législatives d’octobre dernier, est passé de trois à sept sièges à la Chambre des députés (qui en compte 150). Et, en mars, lors des élections municipales, le parti est passé de 47 à quelque 300 sièges dans les conseils municipaux.

L’effet Lidewij se fait surtout sentir dans les villes et villages où les autorités tentent d’installer des centres pour demandeurs d’asile. Elle a visité le village de Loosdrecht où, début mai, des centaines de citoyens se sont opposés à un tel projet, une minorité parfois violemment. Des individus masqués ont réussi à incendier partiellement le futur centre, prévu dans l’ancienne mairie, et ont attaqué pompiers et policiers.

Cela a provoqué un tollé dans le pays : les médias et les spécialistes de l’extrémisme y voient la main d’une nébuleuse néofasciste paneuropéenne qui aurait également infiltré une manifestation pacifique organisée par des femmes de Loosdrecht. L’un desdits experts pointe un doigt accusateur vers le mouvement français Génération identitaire, pourtant dissous… Une seule experte a tenté de ramener ses collègues à la raison, les invitant à ne pas criminaliser l’opposition aux diktats de l’État en matière d’asile et d’immigration.

Cette semaine, le Parlement vouait un simulacre de débat à la pagaille de Loosdrecht, au cours duquel des élus de tous bords n’ont pas jugé digne de leur compassion la population locale remontée contre les migrants. Au lieu de cela, ils ont serré les rangs derrière le pouvoir pour déblatérer contre la jeune femme qui a osé le défier.

Gauchistes, sociaux-démocrates, protestants, catholiques, Verts, libéraux de droite et de gauche : tous ont cloué au pilori celle qui, de par ses prénoms évoquant les récits de chevalerie du Moyen Âge, est parfois vénérée comme la « donzelle ». À cette « vilaine » femme, qui aurait incité la populace à incendier la mairie de Loosdrecht, le tribunal a tout de même donné l’occasion de se repentir.

En condamnant celles et ceux qui, dans son parti, osent parler du « grand remplacement », plaident pour l’expulsion massive d’étrangers ou appellent de leurs vœux un « ethno-État blanc », Lidewij pouvait échapper à l’anathème. Une députée avait même préparé une déclaration à cet effet que l’accusée était invitée à lire à haute voix, du genre : « Moi, Lidewij de Vos, ici présente, déclare être opposée à l’établissement d’un État uniquement pour les Néerlandais blancs… »

D’autres ont exigé un mea culpa pour son refus, jugé insolent, de prendre pour argent comptant les avertissements des services de renseignement selon lesquels ses idées constituent une menace pour la sécurité du pays.

« Je ne me laisse rien dicter par vous », a-t-elle cinglé d’une voix parfois chancelante.

Bien qu’encore peu rompue aux joutes politiciennes, elle y est allée de son refrain : les partis de l’establishment politique ont laissé le pays être inondé de migrants extra-européens à tel point que les Néerlandais de souche sont désormais minoritaires dans les grandes villes… La gauche et la droite mêlées auraient instauré une omerta sur les méfaits de l’immigration en matière de criminalité et de sécurité, surtout pour les femmes…

Et d’égrener, lisant sur son portable face à ses bourreaux, une longue liste de cas de violences contre des femmes dont des migrants sont accusés ou pour lesquels ils ont été condamnés récemment.

Le spectacle, toujours peu ragoûtant, d’adultes qui s’écharpent a-t-il atteint le but que s’était fixé mercredi une majorité des parlementaires: démontrer que Mme de Vos et son parti sont de dangereux racistes qu’il convient de démolir ? Un commentateur du journal conservateur De Telegraaf prévoit le contraire : le « tous contre une » profitera à la cible. La « donzelle » donne en tout cas un sérieux coup de vieux à celui qui a longtemps dominé la droite de la droite néerlandaise, M. Geert Wilders. Ces dernières années, il paraît las de la guerre ; des partisans de toujours ont fait sécession ou rejoignent sa jeune rivale.

Et si le prochain homme providentiel de la droite dure néerlandaise, orpheline depuis l’assassinat de Pim Fortuyn en 2002 et maintes fois déçue par l’incompétence de ses successeurs potentiels, se révélait être une femme ? Les sondages prévoient qu’aux prochaines législatives, son parti pourrait doubler sa représentation parlementaire.




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Journaliste hollandais.

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