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Nouvelle France et nouvel antiracisme

S’estimant victime de racisme après des propos tenus sur CNews, le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko annonce son intention de porter plainte. Il appelle également ses soutiens à participer à un «rassemblement citoyen» contre le racisme, le samedi 4 avril devant l’Hôtel de ville. L’antiracisme se jette désormais sur tout ce qu’il trouve pour monter les Français les uns contre les autres, et empêcher quiconque de critiquer les logiques communautaristes de l’extrème gauche.


Les dernières séquences électorales municipales ont confirmé une mutation silencieuse mais décisive du paysage local : progression significative des listes liées à Jean-Luc Mélenchon et de leurs relais, entrée accrue de conseillers municipaux issus de La France insoumise dans de nombreuses villes, et conquête ou consolidation de positions dans des territoires à forte charge symbolique. À Roubaix, Saint-Denis comme à Vaulx-en-Velin, ces basculements ont été accompagnés de tensions locales, de scènes de rupture politique parfois brutales, et d’une mise à l’écart tout aussi brutale d’anciens édiles issus de la tradition socialiste ou communiste. Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte documenté par de nombreuses analyses électorales (ministère de l’Intérieur, études IFOP, IPSOS) soulignant la recomposition du vote urbain et périurbain, la montée des logiques d’appartenance et la fragmentation des référentiels politiques traditionnels. L’antiracisme s’affiche désormais comme une conquête de territoires.

Contrôle des mots

Cette recomposition s’accompagne d’un durcissement du climat médiatique et symbolique. Ainsi, le maire de Saint-Denis a récemment annoncé le dépôt d’une plainte contre CNews pour racisme, à la suite de propos jugés stigmatisants visant sa personne, sa commune et ses habitants. Cet épisode, loin d’être isolé, témoigne d’une judiciarisation croissante du débat public, où la qualification morale — et désormais pénale — tend à se substituer à la confrontation politique. Il révèle aussi une transformation plus profonde : l’antiracisme ne se contente plus d’être une valeur proclamée, il devient un instrument de régulation du discours, une ligne de front dans la lutte pour le contrôle du récit légitime.

Autre moment : la scène est revenue comme une parole qu’on n’avait pas voulu entendre. Lors d’une table ronde organisée par Nous Toutes 93, en marge de la Fête de l’Humanité qui s’est tenue du 12 au 14 septembre, la députée LFI Danièle Obono a livré un constat sans fard. La Fête de l’Huma, dit-elle, demeure « la fête de la gauche blanche », hier comme aujourd’hui. Elle aurait pu, ajoute-t-elle, tenir les mêmes mots à propos des amphis universitaires ou de La France insoumise elle-même. Une image qui lui fait honte, précise-t-elle, parce que c’est celle que renvoie la gauche à des millions de personnes.

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À ses côtés, Sarah Bennani, présidente de l’association Jeunesse Populaire, venue pour la première fois à la Fête, renchérit. Elle dit n’avoir « jamais vu plus blanc que blanc », évoque un cochon rôti au petit matin, scène qu’elle juge incompatible avec ce qu’elle nomme une « écologie décoloniale ».

Ainsi se dit, sans détour, un antiracisme qui retourne son accusation vers son propre camp et expose la gauche à sa propre disgrâce.

Dogme et excommunications

L’antiracisme affiché de la France insoumise, mais aussi celui de certains plateaux télé, des associations subventionnées et parfois même des communiqués ministériels, n’a plus rien à voir avec ce sentiment élémentaire d’humanité qui consiste à reconnaître en l’autre un semblable. Il est devenu un rite, une liturgie laïque, avec ses prêtres, ses dogmes, ses excommunications. On ne le pratique plus pour défendre la dignité humaine, mais pour imposer un récit unique, dans lequel l’Occident – et la France au premier chef – doit se confesser à perpétuité, à genoux devant ses fautes réelles ou supposées. Ce n’est plus un idéal moral, mais une arme idéologique.

Pendant ce temps, loin des slogans et des marches blanches, la France réelle – celle des petites villes, des bourgs, des banlieues périphériques – vit une autre expérience : celle d’un quotidien de plus en plus traversé par une tension sourde. Les mêmes Français qui ne manifestent pas, qui ne prennent pas la parole sur les réseaux sociaux, constatent pourtant que certaines violences, certaines arrogances, certaines formes de mépris viennent presque toujours des mêmes milieux. Ils le voient, ils le subissent, mais ils savent qu’ils n’ont pas le droit de le dire. Leur parole, si elle s’échappe, est aussitôt condamnée comme raciste, et leur simple inquiétude devient une faute morale. Alors ils se taisent, ravalent leur colère, et cette colère s’infiltre, se concentre, se durcit.

Le malentendu fondateur

On nous répète que cette exaspération est « du racisme », comme s’il suffisait d’un mot pour épuiser le problème. Mais ce n’est pas du racisme au sens biologique et brutal du XIXᵉ siècle. C’est autre chose : une lassitude civilisationnelle, un refus d’assister passivement à la transformation de son pays en un espace étranger à ses mœurs, à ses lois, à sa politesse, à ses hiérarchies implicites. Ce rejet, on ne veut pas l’entendre, parce qu’il met en cause non pas seulement des individus, mais des modes de vie entiers – et que le politiquement correct interdit d’interroger ces modes de vie autrement qu’en termes victimaire et compassionnel.

L’antiracisme doctrinal nie que ce malaise ait une cause objective. Il préfère y voir un fantasme, un délire entretenu par l’extrême droite, oubliant commodément que ce sont souvent les mêmes catégories sociales – policiers, gendarmes, pompiers, enseignants, chauffeurs, infirmières – qui, au quotidien, sont en première ligne, et qui constatent cette dégradation sans qu’aucune campagne officielle ne les protège.

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Ce qui se joue aujourd’hui ressemble à la préparation invisible d’une déflagration. Les tensions s’accumulent comme la poudre dans un grenier fermé. L’Histoire, si prompte à punir les peuples qui refusent de voir ce qui s’amasse sous leurs yeux, nous a déjà donné mille exemples : l’aveuglement des élites précède toujours la catastrophe. Nous en sommes là. Les uns parlent d’« enrichissement culturel » quand les autres parlent de « zones de non-droit ». Les mots ne se rejoignent plus. La fracture est là : linguistique, morale, et bientôt physique.

Et pourtant, au milieu de ce fracas à peine audible, il existe des voix musulmanes ou africaines qui rejettent ces dérives, qui savent que la violence de quelques-uns salit l’ensemble. Mais ces voix ne trouvent pas d’espace. Elles ne font pas partie de la dramaturgie médiatique, car elles dérangent le récit manichéen. Dans un monde normal, on les soutiendrait, on les amplifierait ; dans le nôtre, on les ignore ou on les soupçonne de « trahison ».

Les nouveaux clercs

À cette France réelle, on oppose une intelligentsia qui recycle les vieilles lunes tiers-mondistes et postcoloniales. Les indigénistes, les racialistes, les antisionistes radicaux se posent en gardiens de la morale universelle, mais leur morale n’est qu’une haine codée : haine de l’Occident, haine de la République, haine de l’État-nation. Ils ont inventé un antiracisme qui sélectionne ses victimes et ses coupables selon des critères ethniques et géopolitiques. Ils sont les nouveaux clercs d’un totalitarisme intellectuel qui prétend réécrire l’Histoire – ou plutôt l’effacer – pour imposer un éternel présent de repentance et de culpabilité.

George Orwell l’avait vu : les mots seraient vidés de leur sens, retournés contre eux-mêmes. « Antiracisme » signifierait un jour « racisme à l’envers » ; « antifascisme » désignerait un fascisme purgé de ses chemises brunes, mais pas de sa violence inquisitoriale. Ce jour est venu.

Nous n’avons plus des décennies devant nous. La France n’est pas condamnée par un destin aveugle : elle est condamnée par son propre renoncement. L’antiracisme qui s’exhibe partout n’est plus la défense d’une fraternité nationale, mais la matrice d’une sécession culturelle. Il ne s’agit plus seulement de combattre les idéologies qui nous fracturent : il faut se donner le courage de nommer les faits, de restaurer la souveraineté de l’État, de cesser de traiter le réel comme une opinion.

Ce combat n’aura rien d’aimable. Il faudra briser des tabous, affronter la haine des cliques universitaires, des médias subventionnés, des faux poètes de l’humanité. Mais c’est cela ou disparaître. Ceux qui ne veulent pas le voir sont déjà complices. Ceux qui se taisent par prudence sont déjà vaincus.

L’histoire jugera, comme elle l’a toujours fait, et les coupables ne seront pas seulement ceux qui auront incendié la maison, mais aussi ceux qui, la voyant brûler, auront continué à psalmodier des litanies sur « le vivre-ensemble » en se bouchant les yeux.

«Afanador»: un spectaculaire album sur papier glacé


Des danseurs magnifiques, hardis comme des pur sang, les jeunes femmes plus encore peut-être que les jeunes hommes ; une énergie qui jaillit comme une source d’eau brûlante ; un groupe de près de quarante danseurs qui constituent les éléments soudés, indissociables, d’architectures extrêmement élaborées : avec les artistes du Ballet national d’Espagne (Ballet nacional de Espana) établi à Madrid, Marcos Morau, fondateur de la compagnie La Veronal, secondé par quatre congénères, et auteur d’ Afanador, donne à voir un spectacle d’une rare complexité.

Corps virtuoses

Une mise en scène plutôt qu’une chorégraphie d’ailleurs, et qui expose des corps virtuoses s’imbriquant dans des ensembles diablement construits, des agencements qui font songer aux méandres tortueux des arabesques des palais de l’Andalousie. Avec des effets dramatiques impressionnants magnifiés par les superbes éclairages de Bernat Jansa.

Afanador – Ballet Nacional de España © Merche Burgos

Noir, le surprenant élément de décor agressivement hérissé de chaises, de fourches, d’étrangeté imaginé par Max Glaenzel et qui apparaît à la fin d’Afanador ; noirs les superbes costumes de Sylvia Delagneau dessinés avec art ; noir le plateau dépouillé à l’extrême. Dans cette débauche de lumineuses ténèbres surgit toute l’Espagne d’antan : les femmes aux stricts bandeaux de cheveux sombres, les robes à queue qu’on rabat d’un pied rageur, les éventails, les châles de Manille, les voiles où s’ensevelissaient les veuves de jadis, les guitares, les castagnettes, le zapateado, le chant andalou… A l’exception de deux d’entre eux, tous les interprètes sont espagnols. Et cela se perçoit immédiatement au port altier, au zapateado ravageur des unes ; à la pureté des lignes, à la fierté des regards des autres.

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Si le début d’Afanador est un peu laborieux, et même quelconque, l’ouvrage prend vite une autre dimension. C’est un morceau de bravoure pour les interprètes, une machine fascinante dont les mécanismes parfaitement, savamment réglés imposent le respect, sinon l’admiration.

Catalogue

Et pourtant ! Et pourtant ! A ces tableaux qui se succèdent dans un ordre impeccable, à ces ensembles propres à émerveiller, à cette esthétique voulue parfaite, il manque l’essentiel : une âme, un souffle, une profondeur. Bref, une légitimité. Si en castillan le mot est plus claquant que sa fade traduction française, ventilateur, Afanador n’est qu’une succession, qu’un catalogue d’images accomplies éditées sur papier glacé, mais semblant dépouillées de raison d’être. Comme un texte brillant qui ne serait constitué que de formules élégamment tournées, mais fâcheusement dépourvues de sens.


Ballet national d’Espagne. Afanador Théâtre du Châtelet. Jusqu’au 2 avril 2026

Hosanna dans la ville sécularisée

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Ce dimanche 29 mars 2026, les églises de Paris affichaient complet pour le dimanche des Rameaux. Au lendemain de la visite du pape Léon XIV à Monaco, ce regain de ferveur coïncide avec un record historique: plus de 21 000 catéchumènes seront baptisés à Pâques en France cette année.


Hier, dimanche des Rameaux, les paroisses parisiennes ont connu une affluence remarquable. Processions bondées, messes complètes à Notre-Dame, au Sacré-Cœur, à Saint-Sulpice et dans de nombreuses églises de quartier : familles, jeunes et fidèles de tous âges ont repris le cri ancien « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Un signe discret, mais puissant, qui montre que la France n’a pas dit son dernier mot spirituel…

Le Père Rolland, vicaire de Notre-Dame d’Auteuil de Paris témoigne de cette évolution : « La fréquentation des églises à Paris, tout en étant incomparablement au-dessus de ce qu’on peut voir à la campagne, a connu les fluctuations de la société civile, avec la crise du Covid. Après le premier confinement les gens ont été heureux de revenir à la messe. Après le deuxième confinement, ils ont eu, pour certains, du mal à revenir. Mais depuis, nous voyons chaque année une augmentation et nous avons presque retrouvé le niveau d’avant la crise sanitaire. Le fait nouveau, depuis trois ans, est l’afflux considérable de catéchumènes qui choisissent la foi comme une réponse structurante au vide qu’offre la société. Et là, les nombres sont impressionnants : 400% en 10 ans. Et ça ne fait que continuer. »

Ces paroles trouvent un écho national dans les chiffres publiés la semaine dernière par la Conférence des évêques de France : 21 386 catéchumènes, dont 13 234 adultes et 8 152 adolescents, recevront le baptême lors de la Vigile pascale 2026. Un record. Les baptêmes d’adultes progressent de 28 % en un an et ont plus que triplé en dix ans. Rien qu’à Paris, 788 adultes sont ainsi en chemin vers le baptême.

Au lendemain de la visite apostolique du pape Léon XIV à Monaco, où une foule enthousiaste s’est rassemblée autour du Souverain Pontife, ces éléments dessinent un même mouvement : en Europe occidentale, le catholicisme conserve une capacité d’attraction réelle, particulièrement auprès des jeunes en quête de sens.

Le catholicisme français bouge encore

Dans une capitale qui se veut souvent à l’avant-garde de la laïcité militante, ces églises pleines et ces milliers de catéchumènes disent une réalité plus nuancée que le récit dominant. L’homme contemporain, confronté au vide spirituel, à l’angoisse existentielle et à la fragmentation sociale, semble redécouvrir dans la tradition chrétienne – sa liturgie, sa beauté, sa communauté enracinée – une réponse que ni la consommation ni les idéologies contemporaines ne parviennent à apporter.

Ce dimanche des Rameaux n’était pas une manifestation politique, mais un acte collectif de foi et d’espérance. Il rappelle que le catholicisme français, loin d’être relégué au folklore, garde une force de résilience et d’attraction. Hosanna : ce cri ancien résonne encore aujourd’hui, et il dit peut-être que la France n’a pas totalement rompu avec ce qui l’a façonnée pendant des siècles.

Retailleau – Lisnard: quel gâchis!

En désaccord avec le processus de désignation du candidat LR à la présidentielle, le libéral David Lisnard est sur le départ. Notre chroniqueur estime que la décision du maire de Cannes fragilise davantage un parti déjà divisé à l’approche de la présidentielle, alors même que son unité serait essentielle.


David Lisnard a l’intention de rencontrer Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains, pour lui annoncer son départ. Je crains que cet entretien ait bien lieu et qu’il aboutisse à cette séparation. Au regard de l’état du parti, de l’échéance présidentielle qui approche et de l’arbitrage à venir sur les modalités de désignation de son candidat, on ne peut que regretter la volonté exprimée par M. Lisnard de s’éloigner pour ne compter que sur sa seule Nouvelle Énergie. Comme si Bruno Retailleau n’avait plus besoin de lui pour faire face à un certain nombre d’aléas menaçant sa présidence, et que David Lisnard pouvait se permettre de se désengager de manière prématurée.

Une primaire sinon rien !

Récapitulons : Laurent Wauquiez n’a qu’une envie : créer le plus de nuisances possible pour empêcher le président du parti de mener à bien son entreprise de rénovation (qui semble tarder). Xavier Bertrand et Michel Barnier, dans des registres différents, apparaissent davantage comme des freins que comme des soutiens. Le premier ne participera plus à la moindre primaire et cherche en permanence à se distinguer par ses leçons de morale à l’encontre du Rassemblement national, comme s’il existait aujourd’hui le moindre risque de rapprochement entre LR et le RN ! Le second, fort d’une expérience dont il abuse, proposerait, si on le laissait faire, à l’instar de Gérard Larcher, un projet mou où le centre viendrait attiédir ce que la droite devrait avoir de ferme. On aurait donc tout sauf une droite de rupture, exigence pourtant partagée par Bruno Retailleau et David Lisnard. Les conseils prodigués par Valérie Pécresse suscitent des doutes quant à leur pertinence, au regard de sa campagne présidentielle catastrophique et du résultat obtenu. Dans ces conditions, comment David Lisnard a-t-il pu, même si l’on comprend son souci d’équité dans la joute présidentielle, envisager de quitter ce parti, qui a autant besoin de lui que de son président ?

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Car les critiques que David Lisnard a formulées à propos de certains votes et stratégies parlementaires de LR relèvent davantage de l’influence de Laurent Wauquiez sur le groupe que de celle de Bruno Retailleau lui-même, à qui l’on a, au contraire, pu reprocher un manque de fermeté sur ce plan. Que David Lisnard souhaite une primaire élargie jusqu’à Sarah Knafo, pourquoi pas ? C’est une option qu’il aurait dû défendre au sein du parti. Il aurait sans doute perdu, mais avec, à l’évidence, plus de vigueur et de force d’influence qu’en s’appuyant sur sa seule Nouvelle Énergie. Imaginons même que les décisions prises lors du bureau politique de LR conduisent, le moment venu, à la désignation de Bruno Retailleau par les militants : il me semble que David Lisnard aurait été trop soucieux de l’intérêt national et de l’avenir de la France pour ne pas être capable d’accepter cette issue politique, qui n’aurait d’ailleurs pas été contradictoire avec l’importance du rôle qu’il pourrait être amené à jouer.

Gâchis

Pourtant, on n’en est plus là. David Lisnard quittera le parti. Il aura ses soutiens, ses fidèles, ses adhérents à Nouvelle Énergie. Il abandonnera Retailleau. Il convaincra ceux qu’il a déjà convaincus. Il aura fait preuve d’une résolution soudaine, tranchant avec la sérénité du temps long qu’on lui prêtait. J’espère que l’image qu’il se fait de Bruno Retailleau sera la bonne : celle d’un homme, d’un président de parti prêt à tout pour être à la hauteur du destin que beaucoup lui assignent. Pour 2027 et pour la droite de demain. Sinon, ce serait un gâchis.

Les écouteurs rendent gay

En se basant sur une mauvaise interprétation d’une étude scientifique, un influenceur malaisien avance qu’à cause de substances chimiques qu’ils contiendraient, les écouteurs provoqueraient une « féminisation des mâles ». Si elle a suscité de nombreuses moqueries, la thèse a fait des millions de vues sur les réseaux sociaux.


Il y a des mythes qui refusent obstinément de disparaître, comme celui qui veut que l’homosexualité ait une cause identifiable. L’un des épisodes les plus célèbres de ce gaylire reste celui du conspirationniste Alex Jones, propriétaire du lucratif site InfoWars, qui affirmait que des produits chimiques répandus dans l’eau rendaient les grenouilles gays. La séquence, devenue culte, a depuis largement dépassé son cadre initial pour entrer dans la culture des mèmes.

Récemment, en Malaisie, Zulkifli Hassan a suscité la polémique et provoqué des moqueries en affirmant devant le Parlement que le stress au travail pouvait conduire certains individus à « s’impliquer dans la communauté LGBT » sans que ce ministre malaisien des Affaires religieuses puisse y apporter la moindre réalité scientifique.

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Déjà en 1994, l’évocation d’une hypothétique « bombe gay », arme chimique aphrodisiaque destinée à désorganiser les armées ennemies en les rendant homosexuelles, avait nourri fantasmes et inquiétudes parmi les Américains qui se gargarisent encore de ces théories sur les réseaux sociaux. Comble de l’ironie, certains sont aussi persuadés que ces derniers « influenceraient » l’orientation sexuelle de leurs utilisateurs. Des postulats que l’on retrouve notamment au sein de de la galaxie de la droite américaine. 

Dernier épisode en date : les écouteurs qui pourraient, eux aussi, « rendre gay ». Une sortie signée de l’influenceur Ian Miles Cheong qui est venue, fin février, enrichir cette étonnante galerie d’affirmations farfelues. Ce Malaisien proche de la mouvance MAGA et résidant à Dubaï, cite une étude néerlandaise qui confirme la présence dans différents modèles d’écouteurs de substances chimiques, dont des perturbateurs endocriniens. Sur cette base, Cheong prétend que les écouteurs pourraient « féminiser » les hommes et ainsi modifier leur orientation sexuelle. Le rapport lui-même ne parle absolument pas de ces effets. Pour beaucoup d’internautes, de tels mythes remplissent une fonction, en simplifiant des transformations sociétales complexes et en désignant des responsables identifiables : l’État, les élites, les grandes entreprises.

Biennale de Venise, Grand Palais… en finir avec le financement de l’art militant d’ultra gauche

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Yto Barrada, présentée par les médias comme une artiste «iconoclaste», a été choisie pour représenter la France à la Biennale de Venise malgré son militantisme politique et son soutien au boycott d’artistes israéliens. Nan Goldin, photographe talentueuse et également «engagée», s’est illustrée ces derniers mois par des prises de position excessives sur le conflit à Gaza. Sa grande exposition au Grand Palais peut être perçue comme une caution institutionnelle apportée à ces opinions controversées. Selon l’auteur de cette tribune, les institutions culturelles françaises ont de toute façon toujours une fâcheuse tendance à soutenir, avec nos impôts, des engagements militants contestables.


La France vient d’annoncer l’invitation de l’artiste franco-marocaine Yto Barrada pour représenter le pavillon français à la Biennale de Venise. Un choix qui ne manquera pas de susciter la polémique, tant les prises de position de cette artiste sur le conflit israélo-palestinien sont connues pour leur radicalité. Car Yto Barrada ne s’est pas contentée d’exprimer une solidarité humanitaire bien naturelle avec les victimes civiles à Gaza, elle a activement soutenu des appels au boycott et à l’exclusion des artistes israéliens des grandes manifestations culturelles internationales. Financer sa participation avec l’argent du contribuable français revient donc à estampiller du sceau de la République française une démarche qui consiste à vouer aux gémonies des créateurs en raison de leur seule nationalité.

Art militant: une exposition permanente

Loin d’être un accident de casting, le financement de la propagande de gauche radicale est une tendance lourde assumée par le ministère de la Culture et le Quai d’Orsay. Ce n’est pas la première fois que la France choisit, pour la Biennale de Venise ou pour la Villa Médicis (cette prestigieuse institution culturelle romaine entièrement financée par le contribuable français), des artistes ou des pensionnaires dont les engagements militants woke s’apparentent à de la discrimination ethnique déguisée en conscience politique. Lorsque des institutions publiques sélectionnent systématiquement des profils ayant pris position en faveur de l’exclusion d’artistes israéliens (et autres obsessions gauchistes à la mode), on ne peut parler de hasard. On parle de complaisance idéologique.

Dans un État de droit, il est proprement inadmissible que l’argent public serve à financer des positions qui, appliquées à n’importe quelle autre nationalité, seraient à juste titre qualifiées de discrimination.

Jean-Noël Barrot et le ministère de la Culture ont une responsabilité

La responsabilité politique est claire. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, comme le ministère de la Culture, ne peuvent ignorer les engagements publics des artistes qu’ils sélectionnent et financent. Valider institutionnellement des artistes ayant explicitement soutenu le boycott d’Israël, c’est envoyer un signal diplomatique grave : il s’agit de cautionner, de fait, au nom de la « liberté d’expression » (sic), une forme de discrimination que la France condamne pourtant en principe. Cette indignité ne concerne pas seulement le monde de l’art : elle touche à la cohérence morale et juridique de la République.

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Le Grand Palais et Nan Goldin: la caution artistique du militantisme

La grande rétrospective consacrée à Nan Goldin au Grand Palais soulève les mêmes questions. La photographe américaine, dont le talent est indéniable, est également l’une des signataires les plus actives d’appels assimilant les opérations militaires israéliennes à Gaza à un « génocide ». Une affirmation grotesque, que les instances juridiques internationales n’ont pas établie, et que de nombreux historiens et juristes contestent fermement. Offrir à cette artiste l’écrin du Grand Palais financé par l’État, c’est conférer une légitimité institutionnelle à une fake news. L’art a toujours été politique, certes. Mais l’argent public n’a pas vocation à soutenir des propos mensongers, qui mettent une cible dans le dos de nos compatriotes juifs. C’est une guerre qui s’est déroulée à Gaza, pas un génocide. Une guerre démarrée avec le pogrom du 7-Octobre, perpétré par les terroristes antisémites palestiniens du Hamas. Une réalité qui n’intéresse pas Nan Goldin, pas plus que ceux qui financent son exposition. 

Le wokisme institutionnel, financé par le contribuable

L’affaire dépasse d’ailleurs le seul champ des arts plastiques. Le scandale du CNC (Centre National du Cinéma), qui a massivement subventionné des streameurs d’ultra-gauche via des fonds destinés à la création audiovisuelle, illustre un phénomène plus large : la capture progressive des institutions culturelles publiques par une idéologie militante[1]. Le contribuable français, dans toute sa diversité politique, se retrouve ainsi à financer des influenceurs, journalistes et artistes qui épousent une vision du monde d’ultra gauche radicale, particulièrement hostile aux valeurs républicaines les plus élémentaires et non négociables.

La question n’est pas d’interdire quoi que ce soit. Les artistes sont libres de leurs opinions, aussi radicales soient-elles.

La question est de savoir si l’État doit les financer, les célébrer et les promouvoir en son nom. Et la réponse, dans une démocratie, devrait aller de soi. JAMAIS. En finir avec ces pratiques, comme avec la politisation de l’audiovisuel public, est une priorité politique.


[1] Le site de Causeur reviendra rapidement sur cette autre affaire NDLR.

Galabru: le dernier des lyriques

Michel Galabru est mort le 4 janvier 2016. Au théâtre, il a presque toujours joué les plus grands auteurs. Au cinéma, les plus grands réalisateurs l’ont toujours boudé, sa puissante théâtralité étant devenue « cinématographiquement incorrecte ». Le public, lui, l’a toujours adulé.


Que ne dit-on jamais sur Galabru ? Tout ! Pour commencer, qu’il était le plus grand acteur de son époque. Vous trouvez ça trop emphatique ? Tant pis. C’est la vérité. Plus que du génie d’acteur, plus que du génie comique, plus que de la faconde, plus que de la personnalité, Galabru avait du courage ! Un courage nécessaire pour devenir un immense comédien. Le courage d’oser jouer dans un monde où les acteurs en avaient de moins en moins l’autorisation. Il en faisait trop ? Et Raimu ? Et Jules Berry ? Et Jouvet ? N’en faisaient-ils pas « trop », eux, peut-être ? Ah, mais oui, j’avais oublié… nous n’étions déjà plus au temps des monstres sacrés et la Nouvelle Vague était passée par là. Voilà la clé de l’histoire : les Monstres sacrés ! Galabru était fasciné par eux. Il admirait leur façon de dépasser le quotidien, le naturel. « Le paradoxe consiste en ceci que les très grands comédiens tels Jouvet, Raimu, ou Tissier, ou Saturnin Fabre, parlent au théâtre comme on ne parle pas dans la vie et que, malgré tout, ils tirent une vérité de leur personnage, qui serait inaccessible à l’acteur médiocre », écrivait-il dans Je l’ai perdue au 18. Jouvet était d’ailleurs l’un de ses professeurs au Conservatoire. Son maître. Tout comme Denis d’Inès (1885-1968), ancien acteur du Théâtre-Libre d’André Antoine et alors doyen de la Comédie-Française. Voilà d’où vient « l’adjudant Gerber » des gendarmes ! Dans sa jeunesse et jusqu’à sa mort, Galabru écoutait fasciné les enregistrements de la reine de la tragédie Madame Segond-Weber (1867-1945) et du tragédien Jean Hervé (1884-1966) qui lui donnait la réplique dans Britannicus et dont il disait qu’il avait « la voix comme un orgue d’église ». Il ne cessait de répéter : « Des acteurs comme ça, ça n’existe plus malheureusement ! » Il y avait Sacha Guitry aussi, dont, dans sa jeunesse, il imitait le jeu déclamatoire et poétique. Galabru avait décidé de ne pas rompre avec ces Monstres qui le fascinaient. Son jeu, si on le regarde bien, était d’ailleurs très proche de celui des grands acteurs des années vingt, trente et quarante. Pour s’en rendre compte, il faut par exemple le regarder faire terriblement retentir les alexandrins de L’École des femmes dans la mise en scène de Robert Manuel (captée en 1995 !), ou encore écouter l’enregistrement de George Dandin à la Comédie-Française, où il triomphait en 1954. Il avait 32 ans et faisait partie de la troupe du Français depuis 1950. Il y était entré après avoir reçu deux premiers prix à sa sortie du Conservatoire : celui de comédie classique et celui de comédie moderne.

Dandin est son premier triomphe. L’acteur et metteur en scène Georges Chamarat a réuni autour de Galabru une distribution magnifique qui compte notamment la merveilleuse Berthe Bovy, muse de Cocteau et créatrice de La Voix humaine. Chaque soir, salle Richelieu, le public du Français est hilare, électrisé. Il reconnaît Galabru comme un grand acteur de répertoire. Pierre Brisson – alors directeur du Figaro et grand spécialiste du théâtre auquel il a consacré plusieurs ouvrages – écrit en personne à l’acteur pour lui affirmer qu’avec lui, il a vu le plus grand Dandin de toute sa vie. Dans cette comédie de Molière, non seulement Galabru était à se tordre de rire et laissait exploser son génie comique incomparable, mais plus que cela, il était d’une puissance tragique extraordinaire. Tout Molière était là ! La farce tragique, la grimace, l’extravagance. Ses rugissements rivalisaient avec ceux du grand Alain Cuny et résonnaient avec ceux de Mounet Sully décrits par Cocteau. Bien qu’il n’ait jamais joué la tragédie – quelle perte pour elle ! – il aurait été un Thésée admirable. Plus encore que la puissance comique et la puissance tragique alliées en un seul acteur, il y avait un lyrisme incandescent. Galabru chantait. Comme ses maîtres ! Il avait une mélodie propre. Et son grand mérite – qui causa d’ailleurs sûrement sa perte – est d’avoir toujours imposé cette particularité au cinéma. De tous les acteurs de son époque, il était le plus lyrique. Prenez le pire des navets qu’il ait tournés, Galabru y chante. Et comme Raimu ou Jules Berry, il joue de tout son corps. Regardez sa scène dans La Vie dissolue de Gérard Floque de Lautner (vous la trouverez facilement sur internet)… du grand art ! Une leçon de jeu. Comme chez Raimu, c’est un orchestre qui se met en branle. Une machine de guerre. La voix de tragédien éclate, la gestuelle digne d’un grand acteur du muet prend tout l’écran. Et le génie comique dévaste tout sur son passage ! Pourquoi alors – me direz-vous ! – ni Pialat, ni Sautet, ni Truffaut, ni Téchiné, ni aucun réalisateur « sérieux » ne l’a engagé ? Parce qu’il leur faisait peur ! Probablement. Dans le cinéma « sérieux », il fallait en faire moins. Imagine-t-on Raimu ou Jouvet dans un film de Sautet ? Aurait-il été capable de gérer des acteurs au jeu si « théâtral » ? En aurait-il même eu l’envie ? Tout cela, Galabru en était bien conscient. « Avec l’influence du cinéma, on a demandé une sobriété à l’acteur. On lui a demandé de ne plus bouger. Mais autrefois, des acteurs prodigieux comme Max Dearly ou Jules Berry s’agitaient beaucoup. Il faudrait aujourd’hui trouver des réalisateurs qui permettraient aux acteurs de s’exprimer », disait-il dans une interview. Ces réalisateurs, il les a trouvés. Ce fut le drame de sa carrière ! Car à cette époque, les réalisateurs qui permettaient aux acteurs de jouer étaient ceux des comédies franchouillardes, la plupart du temps très mauvaises. En dehors du théâtre, les navets étaient quasiment les seuls endroits de liberté pour les acteurs. C’est dans ces films que Serrault, Darry Cowl, Dufilho ou encore Marielle ont pu laisser éclater leur folie ! Les navets, il en aura tourné… Le Führer en folie, Y’a un os dans la moulinette, Arrête de ramer, t’attaques la falaise !, La Dernière Bourrée à Paris, Chaussette surprise ou encore Room Service de Lautner, film extraordinairement mauvais mais dans lequel le duo Galabru/Serrault est déchaîné et laisse libre cours à sa folie burlesque. Dans sa carrière cinématographique, quelques exceptions existent, évidemment. Uranus de Claude Berri d’après le roman de Marcel Aymé. Sur fond de libération et de chasse aux collabos, Galabru y joue le rôle de Monglat, « une ordure riche. Une ordure qui tremble pour ses millions. » Immense numéro d’acteur. Épatant, scotchant ! Scène courte qui lui vaudra une nomination aux Césars. Mais dans ce film, son grand monologue est – mot pour mot – le texte de Marcel Aymé. Et lorsque Galabru joue un grand auteur, l’état de grâce est là. Dans les exceptions de sa carrière au cinéma, il y a aussi eu les films de Mocky. Le baroque Ibis rouge dans lequel il tient l’affiche au côté de Michel Simon, Michel Serrault, Darry Cowl et Jean Le Poulain. Le merveilleux Y a-t-il un Français dans la salle ? aux côtés de Victor Lanoux, Jacques Dutronc, André Ferréol et Dufilho.

Jean Anouilh et Michel Galabru lors des répétitions de la pièces Les Poissons rouges, 19 janvier 1979 (C) Bridgeman images.

Notre histoire de Blier également, dans lequel le réalisateur lui offre une magnifique et étrange partition face à l’hypnotique Delon. Blier et Mocky : voilà deux exemples rares de réalisateurs de grande qualité qui laissaient jouer les acteurs. Comencini et Dino Risi, eux non plus, ne se sont pas privés du génie de Galabru. Et Tavernier me direz-vous ? Oui, Le Juge et l’Assassin. Mais j’en ai ma claque ! Pourquoi nous rabâche-t-on ce film ? Je ne suis pas d’accord ! On voudrait nous faire croire que Galabru doit beaucoup à Tavernier. Mais c’est le contraire ! Sans Galabru, ce film n’aurait pas grand intérêt. C’est du cinéma classique, sage, bien fait, sans personnalité. Tout ce que Galabru doit à Tavernier, c’est d’avoir enfin été considéré par tout un tas de snobs intellos. Et un César ! Mais Galabru dépasse largement le film. Cette petite œuvre peine à contenir l’acteur. C’est à deux doigts de craquer. Il faut cependant reconnaître que le choix de Tavernier d’engager Galabru – acteur alors considéré comme ringard par une grande partie du milieu – relevait de l’intelligence, de la pureté et du courage. Le réalisateur n’avait pas regretté son choix. Tavernier se disait fasciné par l’acteur durant tout le tournage. Il avait tourné avec Noiret, Huppert ou encore Romy Schneider mais disait qu’avec Michel Galabru, il avait eu affaire à « un cas unique ». Malgré l’enthousiasme critique pour sa performance et, à travers son César, la reconnaissance du métier, les grands rôles dans le cinéma « chic » ne viendront plus. Au cinéma, Galabru n’aura jamais la carte.

Il faut maintenant parler du théâtre ! En effet, c’est bien là que Galabru, seul à la barre du navire, a pu véritablement régner. Pour commencer, je dois dire que jamais je n’ai vu pareil monstre de scène. Quand il paraissait, tout autour de lui s’effaçait. Il attrapait le public, et ne le lâchait plus. C’était de la sorcellerie. Il baisait la salle, la faisait jouir. Je l’ai vu une dizaine de fois dans La Femme du boulanger de Pagnol en 2012 à Hébertot. Il avait 90 ans. Chaque soir, il galvanisait l’auditoire. Sa connexion avec le public était inexplicable. La scène était son royaume. Le public son peuple. Sa femme même ! La salle était chaque soir sous le charme, amoureuse, ensorcelée. Elle demandait à se faire prendre encore et encore. Chaque éclat de rire du public était un cri de jouissance qui résultait d’un coup de génie envoyé par le grand sorcier. Entre chacun des spasmes de la foule – captive de son prodige d’acteur – régnait une tension qui jamais ne redescendait. Tant que Galabru était sur scène, il n’y avait pas de répit pour le public. Dans la dernière scène de la pièce – scène dramatique d’une beauté extraordinaire –, Galabru atteignait le tragique. Silence de mort dans la salle. Sa voix montait dans les aigus, et doucement, sur une seule note, la note qu’il avait choisie pour exprimer le drame de cet homme, il chantait la douleur de ce cocu merveilleux. Cette longue plainte, qu’il donnait à mi-voix dans un lyrisme absolu, déchirait le cœur de la salle. Le filet de voix qu’il diffusait – comparable aux sons filés de Montserrat Caballé – se répandait miraculeusement jusqu’au poulailler. Ce rôle du boulanger, Pagnol en personne lui avait proposé de le créer au théâtre bien des années plus tôt. Raimu était mort et Pagnol voyait en lui une possible descendance. Galabru avait refusé. Il était trop impressionné de reprendre le rôle créé au cinéma par l’immense Raimu. « Je ne peux pas accepter… On ne refait pas un Rembrandt », avait-il dit à l’auteur. Du vivant de Pagnol, la pièce ne fut jamais jouée. C’est Savary qui, bien des années plus tard, en 1985, réussit à convaincre Galabru. Triomphe ! Durant un an, les 1 800 places du théâtre Mogador sont prises d’assaut. Le public et la critique sont à ses pieds. Galabru n’aura ensuite de cesse de reprendre ce rôle. En 1998 dans sa propre mise en scène à la comédie des Champs-Élysées, en 2010 mis en scène par Alain Sachs pour un direct sur France 2 (qui existe en DVD) puis en 2012 au théâtre Hébertot. De même pour Les Rustres, de Goldoni qu’il avait créé au TNP de Vilar en 1961 et qu’il joua presque jusqu’à la fin de sa vie dans différentes mises en scène. C’était son obsession. Les auteurs ! Percer le mystère des rôles, tenter de les approcher au plus près. Sa carrière au théâtre était à l’opposé de celle qu’il avait menée au cinéma. Presque pas de navets. Sur les planches, toute sa carrière, il aura servi inlassablement Molière, Feydeau, Ionesco, Shakespeare, Giraudoux, Courteline, Labiche, Balzac, Mirbeau ou encore Anouilh pour qui il a créé Les Poissons rouges aux côtés de Marielle et dont il jouera ensuite L’Hurluberlu. Du très beau boulevard aussi… comme La Claque du magnifique André Roussin de l’Académie française, qu’il avait joué aux côtés de Pierre Fresnay. Roussin, d’ailleurs, expliquait dans son livre Le Rideau rouge qu’il voyait en Galabru un des seuls acteurs encore dans la lignée de Paul Mounet, Charles Dullin et Jouvet. Mais Galabru n’était pas né à la bonne époque. Philippe Caubère a souvent dit « Galabru est un Raimu qui n’aura pas rencontré son Pagnol ». Pour vous convaincre qu’il était le plus grand – vous qui, comme trop de monde, pensez que Galabru était juste un très bon comédien –, je terminerai par une anecdote. Mon amie Marion Lahmer, après avoir été durant trois ans l’élève du cours de théâtre que donnait Michel Galabru, avait voulu intégrer celui de Niels Arestrup au théâtre de l’Œuvre. Elle va à l’audition et passe sa scène devant Arestrup. À la fin, l’acteur l’interroge sur son parcours. Quand il apprend qu’elle était au cours Galabru, il lui fait cette réponse : « Mademoiselle, vous rendez-vous compte que vous avez étudié avec le plus grand acteur français, voire d’Europe ? Je ne peux rien vous apprendre de plus. »

Sous le soleil de la Castille

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Le printemps est rayonnant, il invite au voyage. Je revois soudain Tolède entre ses ponts arabes, Ségovie rouge comme un soleil vespéral, surgissant de son ravin, ou encore cette promenade à Burgos sur l’Espolón, un soir de juin, dans un ciel d’étourneaux. Pourquoi l’Espagne, en particulier le plateau Castillan ? La réponse est simple : le magnifique livre de François de Saint-Cheron, La Castille inspirée, paru fin février.

Pierres rouges et jaunes

L’auteur, maître de conférences à la Faculté des Lettres de la Sorbonne, est connu pour être un spécialiste de l’œuvre de Malraux. Il fait du reste allusion, à plusieurs reprises, à l’auteur des Antimémoires qui combattit aux côtés des républicains espagnols en 1936. Saint-Cheron nous propose ici une escapade littéraire, picturale et mystique, très éloignée des guides touristiques recommandant le meilleur glacier du coin et l’incontournable librairie woke de la région. C’est un ouvrage intimiste où Saint-Cheron nous confie ses rencontres improbables, ses coups de cœur esthétiques et ses émotions d’humaniste érudit.

On découvre une terre âpre, brûlée, brûlante. Le souffle épique ne faiblit jamais. Il guide nos pas de sédentaire engourdi par l’hiver septentrional. Notre teint était gris, et voilà que l’évocation du Greco, de Goya, de Cervantès, de José Bergamín, de Federico Garcia Lorca, de Saint-Jean de la Croix – j’en oublie – colore les joues et électrise l’esprit.

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Le titre de l’ouvrage fait référence à la « colline inspirée » de Vézelay d’où partit la deuxième croisade de Bernard de Clairvaux. La périphrase est signée Maurice Barrès. L’écrivain vosgien est d’emblée cité par Saint-Cheron qu’il découvrit avec Greco ou le secret de Tolède lu en classe de terminale, grâce à sa professeure, Madame Catana – il faut citer les précieux professeurs qui vous ont fait aimer un romancier. C’est avec ce livre que le jeune Saint-Cheron s’est rendu à Tolède. Il est tombé sous le charme de la ville, de son indicible mystère de pierres et de songes, décrit si justement par Barrès dès les premières pages où il évoque « les couvents de la ville, les lourds palais écussonnés » ainsi que « le ravin profond où le Tage roule son flot jaunâtre ». Cette pierre d’Espagne à la fois rouge et jaune, partout. Puis il est revenu à Tolède avec, au fond du sac, Du Sang, de la volupté et de la mort, qui résume parfaitement ce pays indomptable qu’est l’Espagne. Barrès, encore, cité par Saint-Cheron, à propos de Tolède : « (elle) apparaît comme une image de l’exaltation dans la solitude ».

Pérégrinations

On tourne les pages, les courts chapitres se succèdent, on pérégrine, on oublie le bruit et la fureur du monde, la sensualité est notre guide. Arrêtons-nous à Madrid, chez José Bergamín. Né en 1895, il fut le disciple du poète Miguel de Unamuro. Catholique fervent, il rejoignit cependant le camp des opposants au franquisme. Frère d’armes de Malraux, il devint le personnage de Guernico dans son roman L’Espoir. Après la victoire de Franco, Bergamín fut contraint à un long exil, à Mexico d’abord, au Venezuela ensuite. Il ne rentra à Madrid qu’en 1958. Saint-Cheron le rencontre donc chez lui en 1978. Évocation de Velázquez, déjeuner frugal – soupe glacée au blanc de poireau, crème fraîche et ciboulette – direction le Prado, arrêt devant la Résurrection du Greco, le temps court, nous ne le voyons pas filer. Découverte de la place de l’Incarnation « où quelques cyprès se découpent sur le monastère du même nom, encore habité à l’époque par des sœurs augustines. »

Poursuivons avec Goya et le Trois mai, œuvre grandiose exposée au Prado où la lumière surnaturelle de la lanterne éclaire le « petit bonhomme » aux bras levés, Christ fusillé. La foi, si poignante en Espagne, Goya l’a-t-il définitivement perdue avant sa mort ? Réponse de Michel de Castillo, écrivain né à Madrid mais d’expression française : « S’il n’a plus la foi, Goya l’a perdue ‘’comme un Espagnol la perd, en gardant l’amour du Christ ». François de Saint-Cheron évoque aussi Jean de la Croix, perdu dans les rues de Tolède, après son évasion, qui se cache place du Zocodover, avant de trouver refuge chez les carmélites de Saint-Joseph. Il fuit les ennemis de la réforme du Carmel décidée par sainte Thérèse. Il récite les vers qu’il a composés dans son cachot. Saint-Cheron se souvient alors de cette maxime de Jean de la Croix : « À la fin du jour, c’est sur l’amour qu’on vous examinera. »

En Espagne, il n’y a jamais de répit pour les nobles âmes. La mort les tourmente sous le soleil dément. Mais le Castillan méprise le sort qu’elle lui réserve. Il la toise comme le résistant qu’on fusille. Il faut se souvenir du poète Federico Lorca, l’Enchanteur, assassiné à 38 ans par les franquistes, de don Quichotte devant les moulins fantasmés, et de l’entêtant parfum de citronnelle dans les jardins de Tolède surplombant le Tage. Il y a tout ça, et plus encore, dans La Castille inspirée.

François de Saint-Cheron, La Castille inspirée, Desclée de Brouwer. 176 pages

La Castille inspirée

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Un cabaret inoubliable

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Même la Sauvageonne, qui s’y connaît en matière de théâtre et de scène, est unanime : « Un excellent spectacle ! Une mise en scène et des comédiens-musiciens exceptionnels ! », a-t-elle tonné en ébrouant sa crinière de lionne claire, à peine le rideau tombé. Ce n’est pas moi qui la contredirais. Le cabaret des oubliés, présenté à la Comédie de Picardie d’Amiens, dans une mise en scène de Nicolas Ducron, m’a subjugué. J’ai adoré. Sur les planches, ils sont quatre : Nicolas Ducron, le créateur, dans le rôle du patron du cabaret, Solo Gomez, une comédienne, percussionniste experte ; Marie Lesnik, incarne une vieille artiste, peut-être la compagne du boss, et Justine Cambon, qui joue le chien (nommé Spinoza!) à merveille et, pas accessoirement, d’un tas d’instruments. Musicalement, ils assurent tous, précis, enjoués, percutants. Metteur en scène et comédien, originaire de Boulogne-sur-Mer, Nicolas Ducron a vécu 27 ans à Paris et a suivi les cours de l’école de la rue Blanche.

« J’ai commencé à faire de la mise en scène tout en continuant à faire de la musique. J’ai appris en autodidacte », précise-t-il. « J’avais créé, il y a vingt ans, un spectacle intitulé Le Cabaret des engagés, sur la chanson engagée. Et je me suis dit que rien n’avait changé. J’ai donc voulu refaire entendre ces chansons et replacer l’humanisme au centre du débat. Une réflexion sur le monde, la tolérance, le vivre ensemble. Des valeurs qui devraient être partagées par tout le monde aujourd’hui. »

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Au programme du Cabaret des oublié.e.s, une vingtaine de chansons que Nicolas Ducron qualifie de « belles, universelles, pas agressives, pas frontales, mais des réflexions poétiques sur le monde » : notamment « Oh misère », de Nicolas himself, « Être né quelque part », de Maxime Le Forestier, « Chic planète », d’Hubert Mounier, « T’as plus ton voile », des Goguettes, « Les mains d’or », de Bernard Lavilliers, « Strange fruits », de Billie Holiday, « Das Kapital », des Vulves assassines, « Vous mariez pas les filles », de Boris Vian, « Oh mon patron », des Fouteurs de joie, « Lily », de Pierre Perret, et surtout, surtout, la merveilleuse « On ne lâche rien », de HK et les Saltimbanks que le public reprit en chœur comme un seul homme (révolté).

Cabaret des oublié.e.s, Comédie de Picardie, mars 2026 (C ) Photo Philippe Lacoche

« On a créé ce spectacle il y a un peu plus d’un an », poursuit Nicolas. « De ce fait, l’ancien spectacle réunissait trois hommes et une femme, je me suis dit que le moteur de cette nouvelle création pourrait être les femmes. On a donc choisi trois femmes et un homme. Et on a raconté cette histoire de manière ludique, amusante. C’est Philippe Veret, le comptable de la Comédie de Picardie, qui a eu l’idée du chien Spinoza. Au début, il y avait le personnage d’une jeune femme. Il m’a dit que comme c’était un campement gitan avec un arbre à palabres qui raconte les saisons qui passent, il fallait un chien, car il y a toujours un chien dans les campements de gitans. J’ai trouvé que c’était une très bonne idée. » Nicolas Ducron a souvent été accueilli à la Comédie de Picardie avec les spectacles de sa compagnie H3P ; par ailleurs, il fait partie du groupe Les Fouteurs de Joie. A noter, le travail remarquable de Martha Roméro qui a confectionné les horribles masques et costumes bien déjantés. Quand ils déboulent sur scène, on se dit : « Mais qu’est-ce qu’ils sont laids ! » Puis, on écoute, et on se dit qu’il est beau, si beau, leur combat rien qu’avec des mots forts, poétiques et bouleversants. Tellement plus convaincants que les discours des politiques. Non, « On lâche rien ».

Purdey et les autres

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Pour célébrer l’amitié franco-anglaise et les 50 ans de la série Chapeau Melon, The New Avengers, Monsieur Nostalgie nous dit pourquoi Purdey (Joanna Lumley qui fêtera ses 80 ans en mai prochain) est supérieure aux Drôles de dames américaines…


Écartons tout de suite l’épineux débat entre Emma Peel et Purdey, laquelle des deux incarne le degré de l’érotisme chaste le plus élevé des îles britanniques ? Question abyssale qui taraude les Hommes depuis l’arrivée d’Internet. Des experts réunis à Bath n’ont pu se prononcer. Chaque camp avait apporté des arguments convaincants. Les visionnages ont été longs, épuisants et délicieux. À la fin, il fut impossible de les départager. Un gentleman agreement a tout de même scellé ce colloque international et une réponse de normand a fini par se dégager. On conclut qu’Emma Peel (Diana Rigg, disparue en 2020) conservait, haut la main, son titre de sujette de sa Majesté la plus charismatique des années 1960, son air mutin et ses longues jambes sont, d’après les spécialistes, ce que le royaume a créé de plus émouvant et de piquant durant la décennie. Chez Mrs Peel, on a considéré que son féminisme suave, presque indolent, tout à fait déroutant, a été une avancée majeure pour l’égalité des sexes. Mrs Peel restera l’égérie intouchable d’une émancipation en marche. Certains affirmèrent, non sans une certaine audace, que Mrs Peel, c’était Mary Quant + la reine + le Swinging London + Sergent Pepper.

Etude comparative

Purdey ne fut pas mis sur la touche pour autant. Elle avait ses fans qui apportèrent des éléments nouveaux au dossier. Selon eux, il fallait observer et analyser la figure de Purdey à l’aune des années 1970 et des crises naissantes. Sa coupe au bol et ses robes mouvantes en taffetas à fleurs devraient être réévaluées au rang de joyau de la couronne ; ils sont une réponse à la glaciation économique de l’Angleterre. Le témoignage d’une irradiation puissante qui, sans y remédier, apaisa un temps la misère ouvrière et les destructions d’emplois industriels. Certains évoquèrent même la possibilité d’étudier à l’Université cette onde qui permit aux ménages anglais et surtout aux enfants nés au début des années 1970 de croire, malgré tout, en un avenir radieux. Chacun put ainsi repartir de Bath, le cœur en joie et la mémoire tranquille. Tous s’accordèrent à dire que ces deux héroïnes télévisuelles avaient profondément modifié la perception de la femme anglaise à leur époque respective.

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Ce symposium autocentré sur des figures anglaises n’a pu faire une étude comparative avec la concurrence notamment américaine qui débarquait sur les écrans européens à la même période. Profitons du cinquantième anniversaire de la diffusion des New Avengers avec Steed, Gambit (il s’appelait Mike) et Purdey qui, durant deux saisons entre 1976 et 1979, remit l’Union Jack en lévitation dans les salons. Dès les premiers épisodes, Purdey se montra taquine, spirituelle, athlétique et d’une drôlerie, tout en esquive et coups de griffe – la marque de fabrique des belles tiges anglaises difficiles à rattacher précisément à une classe sociale. Purdey est à la fois, aristocratique et cassante, mais aussi d’ascendance populaire et affranchie. L’une de ses premières répliques est en soi un programme politique ambitieux : « Je dois dormir pour être belle ».

Poulette anglaise

Purdey ne se départ jamais d’un flegme ravageur. Dans un gymkhana sauvage, alors que Gambit conduit sa Jaguar XJS rouge à la poursuite d’une Aston Martin DBS crème, Purdey, distante et désirable, imperturbable, mange des quartiers d’orange et philosophe sur la vie, entre dérapages et accélérations. Purdey est la femme fatale de la deuxième moitié des années 1970. Elle annihile la concurrence venue d’Amérique.

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Pour les puristes, les nostalgiques du monde d’avant, je vous conseille « Le lion et la licorne » tourné à Paris où Purdey vêtue outrageusement de vert et de jaune partage le générique avec quelques acteurs français tels que Raymond Bussières et Henri Czarniak, l’inspecteur Cassard de « Tendre Poulet ». Au même moment, à quelques jours d’intervalles, débutait une autre série « Drôles de dames » (1976-1981) avec cette phrase énigmatique : « Il était une fois trois jeunes femmes qui allèrent à l’école de police ». Dans l’épisode pilote diffusé en mars 1976, on voit donc apparaître sous la lumière saturée de la Californie, trois enquêtrices de charme brushées et ripolinées : Kate Jackson en cavalière, Farrah Fawcett-Majors sur un court de tennis exécutant un revers à deux mains et Jaclyn Smith jaillissant dans un maillot deux pièces ruisselant d’une piscine. L’image est belle, léchée, séduisante à l’œil mais ne peut rivaliser avec Joanna Lumley, la fille d’un major de l’Armée indienne britannique, née au Jammu-et-Cachemire et élevée dans la grisaille d’Oxford Street.

Les tendresses de Zanzibar

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Nouvelle France et nouvel antiracisme

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Le nouveau maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, photographié le 17 mars 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

S’estimant victime de racisme après des propos tenus sur CNews, le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko annonce son intention de porter plainte. Il appelle également ses soutiens à participer à un «rassemblement citoyen» contre le racisme, le samedi 4 avril devant l’Hôtel de ville. L’antiracisme se jette désormais sur tout ce qu’il trouve pour monter les Français les uns contre les autres, et empêcher quiconque de critiquer les logiques communautaristes de l’extrème gauche.


Les dernières séquences électorales municipales ont confirmé une mutation silencieuse mais décisive du paysage local : progression significative des listes liées à Jean-Luc Mélenchon et de leurs relais, entrée accrue de conseillers municipaux issus de La France insoumise dans de nombreuses villes, et conquête ou consolidation de positions dans des territoires à forte charge symbolique. À Roubaix, Saint-Denis comme à Vaulx-en-Velin, ces basculements ont été accompagnés de tensions locales, de scènes de rupture politique parfois brutales, et d’une mise à l’écart tout aussi brutale d’anciens édiles issus de la tradition socialiste ou communiste. Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte documenté par de nombreuses analyses électorales (ministère de l’Intérieur, études IFOP, IPSOS) soulignant la recomposition du vote urbain et périurbain, la montée des logiques d’appartenance et la fragmentation des référentiels politiques traditionnels. L’antiracisme s’affiche désormais comme une conquête de territoires.

Contrôle des mots

Cette recomposition s’accompagne d’un durcissement du climat médiatique et symbolique. Ainsi, le maire de Saint-Denis a récemment annoncé le dépôt d’une plainte contre CNews pour racisme, à la suite de propos jugés stigmatisants visant sa personne, sa commune et ses habitants. Cet épisode, loin d’être isolé, témoigne d’une judiciarisation croissante du débat public, où la qualification morale — et désormais pénale — tend à se substituer à la confrontation politique. Il révèle aussi une transformation plus profonde : l’antiracisme ne se contente plus d’être une valeur proclamée, il devient un instrument de régulation du discours, une ligne de front dans la lutte pour le contrôle du récit légitime.

Autre moment : la scène est revenue comme une parole qu’on n’avait pas voulu entendre. Lors d’une table ronde organisée par Nous Toutes 93, en marge de la Fête de l’Humanité qui s’est tenue du 12 au 14 septembre, la députée LFI Danièle Obono a livré un constat sans fard. La Fête de l’Huma, dit-elle, demeure « la fête de la gauche blanche », hier comme aujourd’hui. Elle aurait pu, ajoute-t-elle, tenir les mêmes mots à propos des amphis universitaires ou de La France insoumise elle-même. Une image qui lui fait honte, précise-t-elle, parce que c’est celle que renvoie la gauche à des millions de personnes.

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À ses côtés, Sarah Bennani, présidente de l’association Jeunesse Populaire, venue pour la première fois à la Fête, renchérit. Elle dit n’avoir « jamais vu plus blanc que blanc », évoque un cochon rôti au petit matin, scène qu’elle juge incompatible avec ce qu’elle nomme une « écologie décoloniale ».

Ainsi se dit, sans détour, un antiracisme qui retourne son accusation vers son propre camp et expose la gauche à sa propre disgrâce.

Dogme et excommunications

L’antiracisme affiché de la France insoumise, mais aussi celui de certains plateaux télé, des associations subventionnées et parfois même des communiqués ministériels, n’a plus rien à voir avec ce sentiment élémentaire d’humanité qui consiste à reconnaître en l’autre un semblable. Il est devenu un rite, une liturgie laïque, avec ses prêtres, ses dogmes, ses excommunications. On ne le pratique plus pour défendre la dignité humaine, mais pour imposer un récit unique, dans lequel l’Occident – et la France au premier chef – doit se confesser à perpétuité, à genoux devant ses fautes réelles ou supposées. Ce n’est plus un idéal moral, mais une arme idéologique.

Pendant ce temps, loin des slogans et des marches blanches, la France réelle – celle des petites villes, des bourgs, des banlieues périphériques – vit une autre expérience : celle d’un quotidien de plus en plus traversé par une tension sourde. Les mêmes Français qui ne manifestent pas, qui ne prennent pas la parole sur les réseaux sociaux, constatent pourtant que certaines violences, certaines arrogances, certaines formes de mépris viennent presque toujours des mêmes milieux. Ils le voient, ils le subissent, mais ils savent qu’ils n’ont pas le droit de le dire. Leur parole, si elle s’échappe, est aussitôt condamnée comme raciste, et leur simple inquiétude devient une faute morale. Alors ils se taisent, ravalent leur colère, et cette colère s’infiltre, se concentre, se durcit.

Le malentendu fondateur

On nous répète que cette exaspération est « du racisme », comme s’il suffisait d’un mot pour épuiser le problème. Mais ce n’est pas du racisme au sens biologique et brutal du XIXᵉ siècle. C’est autre chose : une lassitude civilisationnelle, un refus d’assister passivement à la transformation de son pays en un espace étranger à ses mœurs, à ses lois, à sa politesse, à ses hiérarchies implicites. Ce rejet, on ne veut pas l’entendre, parce qu’il met en cause non pas seulement des individus, mais des modes de vie entiers – et que le politiquement correct interdit d’interroger ces modes de vie autrement qu’en termes victimaire et compassionnel.

L’antiracisme doctrinal nie que ce malaise ait une cause objective. Il préfère y voir un fantasme, un délire entretenu par l’extrême droite, oubliant commodément que ce sont souvent les mêmes catégories sociales – policiers, gendarmes, pompiers, enseignants, chauffeurs, infirmières – qui, au quotidien, sont en première ligne, et qui constatent cette dégradation sans qu’aucune campagne officielle ne les protège.

A lire aussi, du même auteur: La revanche du réel: comment la gauche a fabriqué ce qu’elle ne comprend plus

Ce qui se joue aujourd’hui ressemble à la préparation invisible d’une déflagration. Les tensions s’accumulent comme la poudre dans un grenier fermé. L’Histoire, si prompte à punir les peuples qui refusent de voir ce qui s’amasse sous leurs yeux, nous a déjà donné mille exemples : l’aveuglement des élites précède toujours la catastrophe. Nous en sommes là. Les uns parlent d’« enrichissement culturel » quand les autres parlent de « zones de non-droit ». Les mots ne se rejoignent plus. La fracture est là : linguistique, morale, et bientôt physique.

Et pourtant, au milieu de ce fracas à peine audible, il existe des voix musulmanes ou africaines qui rejettent ces dérives, qui savent que la violence de quelques-uns salit l’ensemble. Mais ces voix ne trouvent pas d’espace. Elles ne font pas partie de la dramaturgie médiatique, car elles dérangent le récit manichéen. Dans un monde normal, on les soutiendrait, on les amplifierait ; dans le nôtre, on les ignore ou on les soupçonne de « trahison ».

Les nouveaux clercs

À cette France réelle, on oppose une intelligentsia qui recycle les vieilles lunes tiers-mondistes et postcoloniales. Les indigénistes, les racialistes, les antisionistes radicaux se posent en gardiens de la morale universelle, mais leur morale n’est qu’une haine codée : haine de l’Occident, haine de la République, haine de l’État-nation. Ils ont inventé un antiracisme qui sélectionne ses victimes et ses coupables selon des critères ethniques et géopolitiques. Ils sont les nouveaux clercs d’un totalitarisme intellectuel qui prétend réécrire l’Histoire – ou plutôt l’effacer – pour imposer un éternel présent de repentance et de culpabilité.

George Orwell l’avait vu : les mots seraient vidés de leur sens, retournés contre eux-mêmes. « Antiracisme » signifierait un jour « racisme à l’envers » ; « antifascisme » désignerait un fascisme purgé de ses chemises brunes, mais pas de sa violence inquisitoriale. Ce jour est venu.

Nous n’avons plus des décennies devant nous. La France n’est pas condamnée par un destin aveugle : elle est condamnée par son propre renoncement. L’antiracisme qui s’exhibe partout n’est plus la défense d’une fraternité nationale, mais la matrice d’une sécession culturelle. Il ne s’agit plus seulement de combattre les idéologies qui nous fracturent : il faut se donner le courage de nommer les faits, de restaurer la souveraineté de l’État, de cesser de traiter le réel comme une opinion.

Ce combat n’aura rien d’aimable. Il faudra briser des tabous, affronter la haine des cliques universitaires, des médias subventionnés, des faux poètes de l’humanité. Mais c’est cela ou disparaître. Ceux qui ne veulent pas le voir sont déjà complices. Ceux qui se taisent par prudence sont déjà vaincus.

L’histoire jugera, comme elle l’a toujours fait, et les coupables ne seront pas seulement ceux qui auront incendié la maison, mais aussi ceux qui, la voyant brûler, auront continué à psalmodier des litanies sur « le vivre-ensemble » en se bouchant les yeux.

«Afanador»: un spectaculaire album sur papier glacé

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Afanador - Ballet Nacional de España © Merche Burgos

Des danseurs magnifiques, hardis comme des pur sang, les jeunes femmes plus encore peut-être que les jeunes hommes ; une énergie qui jaillit comme une source d’eau brûlante ; un groupe de près de quarante danseurs qui constituent les éléments soudés, indissociables, d’architectures extrêmement élaborées : avec les artistes du Ballet national d’Espagne (Ballet nacional de Espana) établi à Madrid, Marcos Morau, fondateur de la compagnie La Veronal, secondé par quatre congénères, et auteur d’ Afanador, donne à voir un spectacle d’une rare complexité.

Corps virtuoses

Une mise en scène plutôt qu’une chorégraphie d’ailleurs, et qui expose des corps virtuoses s’imbriquant dans des ensembles diablement construits, des agencements qui font songer aux méandres tortueux des arabesques des palais de l’Andalousie. Avec des effets dramatiques impressionnants magnifiés par les superbes éclairages de Bernat Jansa.

Afanador – Ballet Nacional de España © Merche Burgos

Noir, le surprenant élément de décor agressivement hérissé de chaises, de fourches, d’étrangeté imaginé par Max Glaenzel et qui apparaît à la fin d’Afanador ; noirs les superbes costumes de Sylvia Delagneau dessinés avec art ; noir le plateau dépouillé à l’extrême. Dans cette débauche de lumineuses ténèbres surgit toute l’Espagne d’antan : les femmes aux stricts bandeaux de cheveux sombres, les robes à queue qu’on rabat d’un pied rageur, les éventails, les châles de Manille, les voiles où s’ensevelissaient les veuves de jadis, les guitares, les castagnettes, le zapateado, le chant andalou… A l’exception de deux d’entre eux, tous les interprètes sont espagnols. Et cela se perçoit immédiatement au port altier, au zapateado ravageur des unes ; à la pureté des lignes, à la fierté des regards des autres.

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Si le début d’Afanador est un peu laborieux, et même quelconque, l’ouvrage prend vite une autre dimension. C’est un morceau de bravoure pour les interprètes, une machine fascinante dont les mécanismes parfaitement, savamment réglés imposent le respect, sinon l’admiration.

Catalogue

Et pourtant ! Et pourtant ! A ces tableaux qui se succèdent dans un ordre impeccable, à ces ensembles propres à émerveiller, à cette esthétique voulue parfaite, il manque l’essentiel : une âme, un souffle, une profondeur. Bref, une légitimité. Si en castillan le mot est plus claquant que sa fade traduction française, ventilateur, Afanador n’est qu’une succession, qu’un catalogue d’images accomplies éditées sur papier glacé, mais semblant dépouillées de raison d’être. Comme un texte brillant qui ne serait constitué que de formules élégamment tournées, mais fâcheusement dépourvues de sens.


Ballet national d’Espagne. Afanador Théâtre du Châtelet. Jusqu’au 2 avril 2026

Hosanna dans la ville sécularisée

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18e arrondissement de Paris. Image d'illustration.

Ce dimanche 29 mars 2026, les églises de Paris affichaient complet pour le dimanche des Rameaux. Au lendemain de la visite du pape Léon XIV à Monaco, ce regain de ferveur coïncide avec un record historique: plus de 21 000 catéchumènes seront baptisés à Pâques en France cette année.


Hier, dimanche des Rameaux, les paroisses parisiennes ont connu une affluence remarquable. Processions bondées, messes complètes à Notre-Dame, au Sacré-Cœur, à Saint-Sulpice et dans de nombreuses églises de quartier : familles, jeunes et fidèles de tous âges ont repris le cri ancien « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Un signe discret, mais puissant, qui montre que la France n’a pas dit son dernier mot spirituel…

Le Père Rolland, vicaire de Notre-Dame d’Auteuil de Paris témoigne de cette évolution : « La fréquentation des églises à Paris, tout en étant incomparablement au-dessus de ce qu’on peut voir à la campagne, a connu les fluctuations de la société civile, avec la crise du Covid. Après le premier confinement les gens ont été heureux de revenir à la messe. Après le deuxième confinement, ils ont eu, pour certains, du mal à revenir. Mais depuis, nous voyons chaque année une augmentation et nous avons presque retrouvé le niveau d’avant la crise sanitaire. Le fait nouveau, depuis trois ans, est l’afflux considérable de catéchumènes qui choisissent la foi comme une réponse structurante au vide qu’offre la société. Et là, les nombres sont impressionnants : 400% en 10 ans. Et ça ne fait que continuer. »

Ces paroles trouvent un écho national dans les chiffres publiés la semaine dernière par la Conférence des évêques de France : 21 386 catéchumènes, dont 13 234 adultes et 8 152 adolescents, recevront le baptême lors de la Vigile pascale 2026. Un record. Les baptêmes d’adultes progressent de 28 % en un an et ont plus que triplé en dix ans. Rien qu’à Paris, 788 adultes sont ainsi en chemin vers le baptême.

Au lendemain de la visite apostolique du pape Léon XIV à Monaco, où une foule enthousiaste s’est rassemblée autour du Souverain Pontife, ces éléments dessinent un même mouvement : en Europe occidentale, le catholicisme conserve une capacité d’attraction réelle, particulièrement auprès des jeunes en quête de sens.

Le catholicisme français bouge encore

Dans une capitale qui se veut souvent à l’avant-garde de la laïcité militante, ces églises pleines et ces milliers de catéchumènes disent une réalité plus nuancée que le récit dominant. L’homme contemporain, confronté au vide spirituel, à l’angoisse existentielle et à la fragmentation sociale, semble redécouvrir dans la tradition chrétienne – sa liturgie, sa beauté, sa communauté enracinée – une réponse que ni la consommation ni les idéologies contemporaines ne parviennent à apporter.

Ce dimanche des Rameaux n’était pas une manifestation politique, mais un acte collectif de foi et d’espérance. Il rappelle que le catholicisme français, loin d’être relégué au folklore, garde une force de résilience et d’attraction. Hosanna : ce cri ancien résonne encore aujourd’hui, et il dit peut-être que la France n’a pas totalement rompu avec ce qui l’a façonnée pendant des siècles.

Retailleau – Lisnard: quel gâchis!

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© NICOLAS MESSYASZ/SIPA © Syspeo/SIPA

En désaccord avec le processus de désignation du candidat LR à la présidentielle, le libéral David Lisnard est sur le départ. Notre chroniqueur estime que la décision du maire de Cannes fragilise davantage un parti déjà divisé à l’approche de la présidentielle, alors même que son unité serait essentielle.


David Lisnard a l’intention de rencontrer Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains, pour lui annoncer son départ. Je crains que cet entretien ait bien lieu et qu’il aboutisse à cette séparation. Au regard de l’état du parti, de l’échéance présidentielle qui approche et de l’arbitrage à venir sur les modalités de désignation de son candidat, on ne peut que regretter la volonté exprimée par M. Lisnard de s’éloigner pour ne compter que sur sa seule Nouvelle Énergie. Comme si Bruno Retailleau n’avait plus besoin de lui pour faire face à un certain nombre d’aléas menaçant sa présidence, et que David Lisnard pouvait se permettre de se désengager de manière prématurée.

Une primaire sinon rien !

Récapitulons : Laurent Wauquiez n’a qu’une envie : créer le plus de nuisances possible pour empêcher le président du parti de mener à bien son entreprise de rénovation (qui semble tarder). Xavier Bertrand et Michel Barnier, dans des registres différents, apparaissent davantage comme des freins que comme des soutiens. Le premier ne participera plus à la moindre primaire et cherche en permanence à se distinguer par ses leçons de morale à l’encontre du Rassemblement national, comme s’il existait aujourd’hui le moindre risque de rapprochement entre LR et le RN ! Le second, fort d’une expérience dont il abuse, proposerait, si on le laissait faire, à l’instar de Gérard Larcher, un projet mou où le centre viendrait attiédir ce que la droite devrait avoir de ferme. On aurait donc tout sauf une droite de rupture, exigence pourtant partagée par Bruno Retailleau et David Lisnard. Les conseils prodigués par Valérie Pécresse suscitent des doutes quant à leur pertinence, au regard de sa campagne présidentielle catastrophique et du résultat obtenu. Dans ces conditions, comment David Lisnard a-t-il pu, même si l’on comprend son souci d’équité dans la joute présidentielle, envisager de quitter ce parti, qui a autant besoin de lui que de son président ?

A lire aussi: Mais à quoi joue David Lisnard?

Car les critiques que David Lisnard a formulées à propos de certains votes et stratégies parlementaires de LR relèvent davantage de l’influence de Laurent Wauquiez sur le groupe que de celle de Bruno Retailleau lui-même, à qui l’on a, au contraire, pu reprocher un manque de fermeté sur ce plan. Que David Lisnard souhaite une primaire élargie jusqu’à Sarah Knafo, pourquoi pas ? C’est une option qu’il aurait dû défendre au sein du parti. Il aurait sans doute perdu, mais avec, à l’évidence, plus de vigueur et de force d’influence qu’en s’appuyant sur sa seule Nouvelle Énergie. Imaginons même que les décisions prises lors du bureau politique de LR conduisent, le moment venu, à la désignation de Bruno Retailleau par les militants : il me semble que David Lisnard aurait été trop soucieux de l’intérêt national et de l’avenir de la France pour ne pas être capable d’accepter cette issue politique, qui n’aurait d’ailleurs pas été contradictoire avec l’importance du rôle qu’il pourrait être amené à jouer.

Gâchis

Pourtant, on n’en est plus là. David Lisnard quittera le parti. Il aura ses soutiens, ses fidèles, ses adhérents à Nouvelle Énergie. Il abandonnera Retailleau. Il convaincra ceux qu’il a déjà convaincus. Il aura fait preuve d’une résolution soudaine, tranchant avec la sérénité du temps long qu’on lui prêtait. J’espère que l’image qu’il se fait de Bruno Retailleau sera la bonne : celle d’un homme, d’un président de parti prêt à tout pour être à la hauteur du destin que beaucoup lui assignent. Pour 2027 et pour la droite de demain. Sinon, ce serait un gâchis.

Les écouteurs rendent gay

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Image d'illustration Unsplash

En se basant sur une mauvaise interprétation d’une étude scientifique, un influenceur malaisien avance qu’à cause de substances chimiques qu’ils contiendraient, les écouteurs provoqueraient une « féminisation des mâles ». Si elle a suscité de nombreuses moqueries, la thèse a fait des millions de vues sur les réseaux sociaux.


Il y a des mythes qui refusent obstinément de disparaître, comme celui qui veut que l’homosexualité ait une cause identifiable. L’un des épisodes les plus célèbres de ce gaylire reste celui du conspirationniste Alex Jones, propriétaire du lucratif site InfoWars, qui affirmait que des produits chimiques répandus dans l’eau rendaient les grenouilles gays. La séquence, devenue culte, a depuis largement dépassé son cadre initial pour entrer dans la culture des mèmes.

Récemment, en Malaisie, Zulkifli Hassan a suscité la polémique et provoqué des moqueries en affirmant devant le Parlement que le stress au travail pouvait conduire certains individus à « s’impliquer dans la communauté LGBT » sans que ce ministre malaisien des Affaires religieuses puisse y apporter la moindre réalité scientifique.

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Déjà en 1994, l’évocation d’une hypothétique « bombe gay », arme chimique aphrodisiaque destinée à désorganiser les armées ennemies en les rendant homosexuelles, avait nourri fantasmes et inquiétudes parmi les Américains qui se gargarisent encore de ces théories sur les réseaux sociaux. Comble de l’ironie, certains sont aussi persuadés que ces derniers « influenceraient » l’orientation sexuelle de leurs utilisateurs. Des postulats que l’on retrouve notamment au sein de de la galaxie de la droite américaine. 

Dernier épisode en date : les écouteurs qui pourraient, eux aussi, « rendre gay ». Une sortie signée de l’influenceur Ian Miles Cheong qui est venue, fin février, enrichir cette étonnante galerie d’affirmations farfelues. Ce Malaisien proche de la mouvance MAGA et résidant à Dubaï, cite une étude néerlandaise qui confirme la présence dans différents modèles d’écouteurs de substances chimiques, dont des perturbateurs endocriniens. Sur cette base, Cheong prétend que les écouteurs pourraient « féminiser » les hommes et ainsi modifier leur orientation sexuelle. Le rapport lui-même ne parle absolument pas de ces effets. Pour beaucoup d’internautes, de tels mythes remplissent une fonction, en simplifiant des transformations sociétales complexes et en désignant des responsables identifiables : l’État, les élites, les grandes entreprises.

Biennale de Venise, Grand Palais… en finir avec le financement de l’art militant d’ultra gauche

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L'artiste Yto Barrada photographiée lors d'un vernissage à New York, 5 avril 2018 © Max Lakner/BFA/Shutters/SIPA

Yto Barrada, présentée par les médias comme une artiste «iconoclaste», a été choisie pour représenter la France à la Biennale de Venise malgré son militantisme politique et son soutien au boycott d’artistes israéliens. Nan Goldin, photographe talentueuse et également «engagée», s’est illustrée ces derniers mois par des prises de position excessives sur le conflit à Gaza. Sa grande exposition au Grand Palais peut être perçue comme une caution institutionnelle apportée à ces opinions controversées. Selon l’auteur de cette tribune, les institutions culturelles françaises ont de toute façon toujours une fâcheuse tendance à soutenir, avec nos impôts, des engagements militants contestables.


La France vient d’annoncer l’invitation de l’artiste franco-marocaine Yto Barrada pour représenter le pavillon français à la Biennale de Venise. Un choix qui ne manquera pas de susciter la polémique, tant les prises de position de cette artiste sur le conflit israélo-palestinien sont connues pour leur radicalité. Car Yto Barrada ne s’est pas contentée d’exprimer une solidarité humanitaire bien naturelle avec les victimes civiles à Gaza, elle a activement soutenu des appels au boycott et à l’exclusion des artistes israéliens des grandes manifestations culturelles internationales. Financer sa participation avec l’argent du contribuable français revient donc à estampiller du sceau de la République française une démarche qui consiste à vouer aux gémonies des créateurs en raison de leur seule nationalité.

Art militant: une exposition permanente

Loin d’être un accident de casting, le financement de la propagande de gauche radicale est une tendance lourde assumée par le ministère de la Culture et le Quai d’Orsay. Ce n’est pas la première fois que la France choisit, pour la Biennale de Venise ou pour la Villa Médicis (cette prestigieuse institution culturelle romaine entièrement financée par le contribuable français), des artistes ou des pensionnaires dont les engagements militants woke s’apparentent à de la discrimination ethnique déguisée en conscience politique. Lorsque des institutions publiques sélectionnent systématiquement des profils ayant pris position en faveur de l’exclusion d’artistes israéliens (et autres obsessions gauchistes à la mode), on ne peut parler de hasard. On parle de complaisance idéologique.

Dans un État de droit, il est proprement inadmissible que l’argent public serve à financer des positions qui, appliquées à n’importe quelle autre nationalité, seraient à juste titre qualifiées de discrimination.

Jean-Noël Barrot et le ministère de la Culture ont une responsabilité

La responsabilité politique est claire. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, comme le ministère de la Culture, ne peuvent ignorer les engagements publics des artistes qu’ils sélectionnent et financent. Valider institutionnellement des artistes ayant explicitement soutenu le boycott d’Israël, c’est envoyer un signal diplomatique grave : il s’agit de cautionner, de fait, au nom de la « liberté d’expression » (sic), une forme de discrimination que la France condamne pourtant en principe. Cette indignité ne concerne pas seulement le monde de l’art : elle touche à la cohérence morale et juridique de la République.

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Le Grand Palais et Nan Goldin: la caution artistique du militantisme

La grande rétrospective consacrée à Nan Goldin au Grand Palais soulève les mêmes questions. La photographe américaine, dont le talent est indéniable, est également l’une des signataires les plus actives d’appels assimilant les opérations militaires israéliennes à Gaza à un « génocide ». Une affirmation grotesque, que les instances juridiques internationales n’ont pas établie, et que de nombreux historiens et juristes contestent fermement. Offrir à cette artiste l’écrin du Grand Palais financé par l’État, c’est conférer une légitimité institutionnelle à une fake news. L’art a toujours été politique, certes. Mais l’argent public n’a pas vocation à soutenir des propos mensongers, qui mettent une cible dans le dos de nos compatriotes juifs. C’est une guerre qui s’est déroulée à Gaza, pas un génocide. Une guerre démarrée avec le pogrom du 7-Octobre, perpétré par les terroristes antisémites palestiniens du Hamas. Une réalité qui n’intéresse pas Nan Goldin, pas plus que ceux qui financent son exposition. 

Le wokisme institutionnel, financé par le contribuable

L’affaire dépasse d’ailleurs le seul champ des arts plastiques. Le scandale du CNC (Centre National du Cinéma), qui a massivement subventionné des streameurs d’ultra-gauche via des fonds destinés à la création audiovisuelle, illustre un phénomène plus large : la capture progressive des institutions culturelles publiques par une idéologie militante[1]. Le contribuable français, dans toute sa diversité politique, se retrouve ainsi à financer des influenceurs, journalistes et artistes qui épousent une vision du monde d’ultra gauche radicale, particulièrement hostile aux valeurs républicaines les plus élémentaires et non négociables.

La question n’est pas d’interdire quoi que ce soit. Les artistes sont libres de leurs opinions, aussi radicales soient-elles.

La question est de savoir si l’État doit les financer, les célébrer et les promouvoir en son nom. Et la réponse, dans une démocratie, devrait aller de soi. JAMAIS. En finir avec ces pratiques, comme avec la politisation de l’audiovisuel public, est une priorité politique.


[1] Le site de Causeur reviendra rapidement sur cette autre affaire NDLR.

Galabru: le dernier des lyriques

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Michel Galabru © Hannah Assouline

Michel Galabru est mort le 4 janvier 2016. Au théâtre, il a presque toujours joué les plus grands auteurs. Au cinéma, les plus grands réalisateurs l’ont toujours boudé, sa puissante théâtralité étant devenue « cinématographiquement incorrecte ». Le public, lui, l’a toujours adulé.


Que ne dit-on jamais sur Galabru ? Tout ! Pour commencer, qu’il était le plus grand acteur de son époque. Vous trouvez ça trop emphatique ? Tant pis. C’est la vérité. Plus que du génie d’acteur, plus que du génie comique, plus que de la faconde, plus que de la personnalité, Galabru avait du courage ! Un courage nécessaire pour devenir un immense comédien. Le courage d’oser jouer dans un monde où les acteurs en avaient de moins en moins l’autorisation. Il en faisait trop ? Et Raimu ? Et Jules Berry ? Et Jouvet ? N’en faisaient-ils pas « trop », eux, peut-être ? Ah, mais oui, j’avais oublié… nous n’étions déjà plus au temps des monstres sacrés et la Nouvelle Vague était passée par là. Voilà la clé de l’histoire : les Monstres sacrés ! Galabru était fasciné par eux. Il admirait leur façon de dépasser le quotidien, le naturel. « Le paradoxe consiste en ceci que les très grands comédiens tels Jouvet, Raimu, ou Tissier, ou Saturnin Fabre, parlent au théâtre comme on ne parle pas dans la vie et que, malgré tout, ils tirent une vérité de leur personnage, qui serait inaccessible à l’acteur médiocre », écrivait-il dans Je l’ai perdue au 18. Jouvet était d’ailleurs l’un de ses professeurs au Conservatoire. Son maître. Tout comme Denis d’Inès (1885-1968), ancien acteur du Théâtre-Libre d’André Antoine et alors doyen de la Comédie-Française. Voilà d’où vient « l’adjudant Gerber » des gendarmes ! Dans sa jeunesse et jusqu’à sa mort, Galabru écoutait fasciné les enregistrements de la reine de la tragédie Madame Segond-Weber (1867-1945) et du tragédien Jean Hervé (1884-1966) qui lui donnait la réplique dans Britannicus et dont il disait qu’il avait « la voix comme un orgue d’église ». Il ne cessait de répéter : « Des acteurs comme ça, ça n’existe plus malheureusement ! » Il y avait Sacha Guitry aussi, dont, dans sa jeunesse, il imitait le jeu déclamatoire et poétique. Galabru avait décidé de ne pas rompre avec ces Monstres qui le fascinaient. Son jeu, si on le regarde bien, était d’ailleurs très proche de celui des grands acteurs des années vingt, trente et quarante. Pour s’en rendre compte, il faut par exemple le regarder faire terriblement retentir les alexandrins de L’École des femmes dans la mise en scène de Robert Manuel (captée en 1995 !), ou encore écouter l’enregistrement de George Dandin à la Comédie-Française, où il triomphait en 1954. Il avait 32 ans et faisait partie de la troupe du Français depuis 1950. Il y était entré après avoir reçu deux premiers prix à sa sortie du Conservatoire : celui de comédie classique et celui de comédie moderne.

Dandin est son premier triomphe. L’acteur et metteur en scène Georges Chamarat a réuni autour de Galabru une distribution magnifique qui compte notamment la merveilleuse Berthe Bovy, muse de Cocteau et créatrice de La Voix humaine. Chaque soir, salle Richelieu, le public du Français est hilare, électrisé. Il reconnaît Galabru comme un grand acteur de répertoire. Pierre Brisson – alors directeur du Figaro et grand spécialiste du théâtre auquel il a consacré plusieurs ouvrages – écrit en personne à l’acteur pour lui affirmer qu’avec lui, il a vu le plus grand Dandin de toute sa vie. Dans cette comédie de Molière, non seulement Galabru était à se tordre de rire et laissait exploser son génie comique incomparable, mais plus que cela, il était d’une puissance tragique extraordinaire. Tout Molière était là ! La farce tragique, la grimace, l’extravagance. Ses rugissements rivalisaient avec ceux du grand Alain Cuny et résonnaient avec ceux de Mounet Sully décrits par Cocteau. Bien qu’il n’ait jamais joué la tragédie – quelle perte pour elle ! – il aurait été un Thésée admirable. Plus encore que la puissance comique et la puissance tragique alliées en un seul acteur, il y avait un lyrisme incandescent. Galabru chantait. Comme ses maîtres ! Il avait une mélodie propre. Et son grand mérite – qui causa d’ailleurs sûrement sa perte – est d’avoir toujours imposé cette particularité au cinéma. De tous les acteurs de son époque, il était le plus lyrique. Prenez le pire des navets qu’il ait tournés, Galabru y chante. Et comme Raimu ou Jules Berry, il joue de tout son corps. Regardez sa scène dans La Vie dissolue de Gérard Floque de Lautner (vous la trouverez facilement sur internet)… du grand art ! Une leçon de jeu. Comme chez Raimu, c’est un orchestre qui se met en branle. Une machine de guerre. La voix de tragédien éclate, la gestuelle digne d’un grand acteur du muet prend tout l’écran. Et le génie comique dévaste tout sur son passage ! Pourquoi alors – me direz-vous ! – ni Pialat, ni Sautet, ni Truffaut, ni Téchiné, ni aucun réalisateur « sérieux » ne l’a engagé ? Parce qu’il leur faisait peur ! Probablement. Dans le cinéma « sérieux », il fallait en faire moins. Imagine-t-on Raimu ou Jouvet dans un film de Sautet ? Aurait-il été capable de gérer des acteurs au jeu si « théâtral » ? En aurait-il même eu l’envie ? Tout cela, Galabru en était bien conscient. « Avec l’influence du cinéma, on a demandé une sobriété à l’acteur. On lui a demandé de ne plus bouger. Mais autrefois, des acteurs prodigieux comme Max Dearly ou Jules Berry s’agitaient beaucoup. Il faudrait aujourd’hui trouver des réalisateurs qui permettraient aux acteurs de s’exprimer », disait-il dans une interview. Ces réalisateurs, il les a trouvés. Ce fut le drame de sa carrière ! Car à cette époque, les réalisateurs qui permettaient aux acteurs de jouer étaient ceux des comédies franchouillardes, la plupart du temps très mauvaises. En dehors du théâtre, les navets étaient quasiment les seuls endroits de liberté pour les acteurs. C’est dans ces films que Serrault, Darry Cowl, Dufilho ou encore Marielle ont pu laisser éclater leur folie ! Les navets, il en aura tourné… Le Führer en folie, Y’a un os dans la moulinette, Arrête de ramer, t’attaques la falaise !, La Dernière Bourrée à Paris, Chaussette surprise ou encore Room Service de Lautner, film extraordinairement mauvais mais dans lequel le duo Galabru/Serrault est déchaîné et laisse libre cours à sa folie burlesque. Dans sa carrière cinématographique, quelques exceptions existent, évidemment. Uranus de Claude Berri d’après le roman de Marcel Aymé. Sur fond de libération et de chasse aux collabos, Galabru y joue le rôle de Monglat, « une ordure riche. Une ordure qui tremble pour ses millions. » Immense numéro d’acteur. Épatant, scotchant ! Scène courte qui lui vaudra une nomination aux Césars. Mais dans ce film, son grand monologue est – mot pour mot – le texte de Marcel Aymé. Et lorsque Galabru joue un grand auteur, l’état de grâce est là. Dans les exceptions de sa carrière au cinéma, il y a aussi eu les films de Mocky. Le baroque Ibis rouge dans lequel il tient l’affiche au côté de Michel Simon, Michel Serrault, Darry Cowl et Jean Le Poulain. Le merveilleux Y a-t-il un Français dans la salle ? aux côtés de Victor Lanoux, Jacques Dutronc, André Ferréol et Dufilho.

Jean Anouilh et Michel Galabru lors des répétitions de la pièces Les Poissons rouges, 19 janvier 1979 (C) Bridgeman images.

Notre histoire de Blier également, dans lequel le réalisateur lui offre une magnifique et étrange partition face à l’hypnotique Delon. Blier et Mocky : voilà deux exemples rares de réalisateurs de grande qualité qui laissaient jouer les acteurs. Comencini et Dino Risi, eux non plus, ne se sont pas privés du génie de Galabru. Et Tavernier me direz-vous ? Oui, Le Juge et l’Assassin. Mais j’en ai ma claque ! Pourquoi nous rabâche-t-on ce film ? Je ne suis pas d’accord ! On voudrait nous faire croire que Galabru doit beaucoup à Tavernier. Mais c’est le contraire ! Sans Galabru, ce film n’aurait pas grand intérêt. C’est du cinéma classique, sage, bien fait, sans personnalité. Tout ce que Galabru doit à Tavernier, c’est d’avoir enfin été considéré par tout un tas de snobs intellos. Et un César ! Mais Galabru dépasse largement le film. Cette petite œuvre peine à contenir l’acteur. C’est à deux doigts de craquer. Il faut cependant reconnaître que le choix de Tavernier d’engager Galabru – acteur alors considéré comme ringard par une grande partie du milieu – relevait de l’intelligence, de la pureté et du courage. Le réalisateur n’avait pas regretté son choix. Tavernier se disait fasciné par l’acteur durant tout le tournage. Il avait tourné avec Noiret, Huppert ou encore Romy Schneider mais disait qu’avec Michel Galabru, il avait eu affaire à « un cas unique ». Malgré l’enthousiasme critique pour sa performance et, à travers son César, la reconnaissance du métier, les grands rôles dans le cinéma « chic » ne viendront plus. Au cinéma, Galabru n’aura jamais la carte.

Il faut maintenant parler du théâtre ! En effet, c’est bien là que Galabru, seul à la barre du navire, a pu véritablement régner. Pour commencer, je dois dire que jamais je n’ai vu pareil monstre de scène. Quand il paraissait, tout autour de lui s’effaçait. Il attrapait le public, et ne le lâchait plus. C’était de la sorcellerie. Il baisait la salle, la faisait jouir. Je l’ai vu une dizaine de fois dans La Femme du boulanger de Pagnol en 2012 à Hébertot. Il avait 90 ans. Chaque soir, il galvanisait l’auditoire. Sa connexion avec le public était inexplicable. La scène était son royaume. Le public son peuple. Sa femme même ! La salle était chaque soir sous le charme, amoureuse, ensorcelée. Elle demandait à se faire prendre encore et encore. Chaque éclat de rire du public était un cri de jouissance qui résultait d’un coup de génie envoyé par le grand sorcier. Entre chacun des spasmes de la foule – captive de son prodige d’acteur – régnait une tension qui jamais ne redescendait. Tant que Galabru était sur scène, il n’y avait pas de répit pour le public. Dans la dernière scène de la pièce – scène dramatique d’une beauté extraordinaire –, Galabru atteignait le tragique. Silence de mort dans la salle. Sa voix montait dans les aigus, et doucement, sur une seule note, la note qu’il avait choisie pour exprimer le drame de cet homme, il chantait la douleur de ce cocu merveilleux. Cette longue plainte, qu’il donnait à mi-voix dans un lyrisme absolu, déchirait le cœur de la salle. Le filet de voix qu’il diffusait – comparable aux sons filés de Montserrat Caballé – se répandait miraculeusement jusqu’au poulailler. Ce rôle du boulanger, Pagnol en personne lui avait proposé de le créer au théâtre bien des années plus tôt. Raimu était mort et Pagnol voyait en lui une possible descendance. Galabru avait refusé. Il était trop impressionné de reprendre le rôle créé au cinéma par l’immense Raimu. « Je ne peux pas accepter… On ne refait pas un Rembrandt », avait-il dit à l’auteur. Du vivant de Pagnol, la pièce ne fut jamais jouée. C’est Savary qui, bien des années plus tard, en 1985, réussit à convaincre Galabru. Triomphe ! Durant un an, les 1 800 places du théâtre Mogador sont prises d’assaut. Le public et la critique sont à ses pieds. Galabru n’aura ensuite de cesse de reprendre ce rôle. En 1998 dans sa propre mise en scène à la comédie des Champs-Élysées, en 2010 mis en scène par Alain Sachs pour un direct sur France 2 (qui existe en DVD) puis en 2012 au théâtre Hébertot. De même pour Les Rustres, de Goldoni qu’il avait créé au TNP de Vilar en 1961 et qu’il joua presque jusqu’à la fin de sa vie dans différentes mises en scène. C’était son obsession. Les auteurs ! Percer le mystère des rôles, tenter de les approcher au plus près. Sa carrière au théâtre était à l’opposé de celle qu’il avait menée au cinéma. Presque pas de navets. Sur les planches, toute sa carrière, il aura servi inlassablement Molière, Feydeau, Ionesco, Shakespeare, Giraudoux, Courteline, Labiche, Balzac, Mirbeau ou encore Anouilh pour qui il a créé Les Poissons rouges aux côtés de Marielle et dont il jouera ensuite L’Hurluberlu. Du très beau boulevard aussi… comme La Claque du magnifique André Roussin de l’Académie française, qu’il avait joué aux côtés de Pierre Fresnay. Roussin, d’ailleurs, expliquait dans son livre Le Rideau rouge qu’il voyait en Galabru un des seuls acteurs encore dans la lignée de Paul Mounet, Charles Dullin et Jouvet. Mais Galabru n’était pas né à la bonne époque. Philippe Caubère a souvent dit « Galabru est un Raimu qui n’aura pas rencontré son Pagnol ». Pour vous convaincre qu’il était le plus grand – vous qui, comme trop de monde, pensez que Galabru était juste un très bon comédien –, je terminerai par une anecdote. Mon amie Marion Lahmer, après avoir été durant trois ans l’élève du cours de théâtre que donnait Michel Galabru, avait voulu intégrer celui de Niels Arestrup au théâtre de l’Œuvre. Elle va à l’audition et passe sa scène devant Arestrup. À la fin, l’acteur l’interroge sur son parcours. Quand il apprend qu’elle était au cours Galabru, il lui fait cette réponse : « Mademoiselle, vous rendez-vous compte que vous avez étudié avec le plus grand acteur français, voire d’Europe ? Je ne peux rien vous apprendre de plus. »

Sous le soleil de la Castille

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François de Saint-Cheron © Desclée de Brouwer

Le printemps est rayonnant, il invite au voyage. Je revois soudain Tolède entre ses ponts arabes, Ségovie rouge comme un soleil vespéral, surgissant de son ravin, ou encore cette promenade à Burgos sur l’Espolón, un soir de juin, dans un ciel d’étourneaux. Pourquoi l’Espagne, en particulier le plateau Castillan ? La réponse est simple : le magnifique livre de François de Saint-Cheron, La Castille inspirée, paru fin février.

Pierres rouges et jaunes

L’auteur, maître de conférences à la Faculté des Lettres de la Sorbonne, est connu pour être un spécialiste de l’œuvre de Malraux. Il fait du reste allusion, à plusieurs reprises, à l’auteur des Antimémoires qui combattit aux côtés des républicains espagnols en 1936. Saint-Cheron nous propose ici une escapade littéraire, picturale et mystique, très éloignée des guides touristiques recommandant le meilleur glacier du coin et l’incontournable librairie woke de la région. C’est un ouvrage intimiste où Saint-Cheron nous confie ses rencontres improbables, ses coups de cœur esthétiques et ses émotions d’humaniste érudit.

On découvre une terre âpre, brûlée, brûlante. Le souffle épique ne faiblit jamais. Il guide nos pas de sédentaire engourdi par l’hiver septentrional. Notre teint était gris, et voilà que l’évocation du Greco, de Goya, de Cervantès, de José Bergamín, de Federico Garcia Lorca, de Saint-Jean de la Croix – j’en oublie – colore les joues et électrise l’esprit.

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Le titre de l’ouvrage fait référence à la « colline inspirée » de Vézelay d’où partit la deuxième croisade de Bernard de Clairvaux. La périphrase est signée Maurice Barrès. L’écrivain vosgien est d’emblée cité par Saint-Cheron qu’il découvrit avec Greco ou le secret de Tolède lu en classe de terminale, grâce à sa professeure, Madame Catana – il faut citer les précieux professeurs qui vous ont fait aimer un romancier. C’est avec ce livre que le jeune Saint-Cheron s’est rendu à Tolède. Il est tombé sous le charme de la ville, de son indicible mystère de pierres et de songes, décrit si justement par Barrès dès les premières pages où il évoque « les couvents de la ville, les lourds palais écussonnés » ainsi que « le ravin profond où le Tage roule son flot jaunâtre ». Cette pierre d’Espagne à la fois rouge et jaune, partout. Puis il est revenu à Tolède avec, au fond du sac, Du Sang, de la volupté et de la mort, qui résume parfaitement ce pays indomptable qu’est l’Espagne. Barrès, encore, cité par Saint-Cheron, à propos de Tolède : « (elle) apparaît comme une image de l’exaltation dans la solitude ».

Pérégrinations

On tourne les pages, les courts chapitres se succèdent, on pérégrine, on oublie le bruit et la fureur du monde, la sensualité est notre guide. Arrêtons-nous à Madrid, chez José Bergamín. Né en 1895, il fut le disciple du poète Miguel de Unamuro. Catholique fervent, il rejoignit cependant le camp des opposants au franquisme. Frère d’armes de Malraux, il devint le personnage de Guernico dans son roman L’Espoir. Après la victoire de Franco, Bergamín fut contraint à un long exil, à Mexico d’abord, au Venezuela ensuite. Il ne rentra à Madrid qu’en 1958. Saint-Cheron le rencontre donc chez lui en 1978. Évocation de Velázquez, déjeuner frugal – soupe glacée au blanc de poireau, crème fraîche et ciboulette – direction le Prado, arrêt devant la Résurrection du Greco, le temps court, nous ne le voyons pas filer. Découverte de la place de l’Incarnation « où quelques cyprès se découpent sur le monastère du même nom, encore habité à l’époque par des sœurs augustines. »

Poursuivons avec Goya et le Trois mai, œuvre grandiose exposée au Prado où la lumière surnaturelle de la lanterne éclaire le « petit bonhomme » aux bras levés, Christ fusillé. La foi, si poignante en Espagne, Goya l’a-t-il définitivement perdue avant sa mort ? Réponse de Michel de Castillo, écrivain né à Madrid mais d’expression française : « S’il n’a plus la foi, Goya l’a perdue ‘’comme un Espagnol la perd, en gardant l’amour du Christ ». François de Saint-Cheron évoque aussi Jean de la Croix, perdu dans les rues de Tolède, après son évasion, qui se cache place du Zocodover, avant de trouver refuge chez les carmélites de Saint-Joseph. Il fuit les ennemis de la réforme du Carmel décidée par sainte Thérèse. Il récite les vers qu’il a composés dans son cachot. Saint-Cheron se souvient alors de cette maxime de Jean de la Croix : « À la fin du jour, c’est sur l’amour qu’on vous examinera. »

En Espagne, il n’y a jamais de répit pour les nobles âmes. La mort les tourmente sous le soleil dément. Mais le Castillan méprise le sort qu’elle lui réserve. Il la toise comme le résistant qu’on fusille. Il faut se souvenir du poète Federico Lorca, l’Enchanteur, assassiné à 38 ans par les franquistes, de don Quichotte devant les moulins fantasmés, et de l’entêtant parfum de citronnelle dans les jardins de Tolède surplombant le Tage. Il y a tout ça, et plus encore, dans La Castille inspirée.

François de Saint-Cheron, La Castille inspirée, Desclée de Brouwer. 176 pages

La Castille inspirée

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Un cabaret inoubliable

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Comédie de Picardie © P. Lacoche

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Même la Sauvageonne, qui s’y connaît en matière de théâtre et de scène, est unanime : « Un excellent spectacle ! Une mise en scène et des comédiens-musiciens exceptionnels ! », a-t-elle tonné en ébrouant sa crinière de lionne claire, à peine le rideau tombé. Ce n’est pas moi qui la contredirais. Le cabaret des oubliés, présenté à la Comédie de Picardie d’Amiens, dans une mise en scène de Nicolas Ducron, m’a subjugué. J’ai adoré. Sur les planches, ils sont quatre : Nicolas Ducron, le créateur, dans le rôle du patron du cabaret, Solo Gomez, une comédienne, percussionniste experte ; Marie Lesnik, incarne une vieille artiste, peut-être la compagne du boss, et Justine Cambon, qui joue le chien (nommé Spinoza!) à merveille et, pas accessoirement, d’un tas d’instruments. Musicalement, ils assurent tous, précis, enjoués, percutants. Metteur en scène et comédien, originaire de Boulogne-sur-Mer, Nicolas Ducron a vécu 27 ans à Paris et a suivi les cours de l’école de la rue Blanche.

« J’ai commencé à faire de la mise en scène tout en continuant à faire de la musique. J’ai appris en autodidacte », précise-t-il. « J’avais créé, il y a vingt ans, un spectacle intitulé Le Cabaret des engagés, sur la chanson engagée. Et je me suis dit que rien n’avait changé. J’ai donc voulu refaire entendre ces chansons et replacer l’humanisme au centre du débat. Une réflexion sur le monde, la tolérance, le vivre ensemble. Des valeurs qui devraient être partagées par tout le monde aujourd’hui. »

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Au programme du Cabaret des oublié.e.s, une vingtaine de chansons que Nicolas Ducron qualifie de « belles, universelles, pas agressives, pas frontales, mais des réflexions poétiques sur le monde » : notamment « Oh misère », de Nicolas himself, « Être né quelque part », de Maxime Le Forestier, « Chic planète », d’Hubert Mounier, « T’as plus ton voile », des Goguettes, « Les mains d’or », de Bernard Lavilliers, « Strange fruits », de Billie Holiday, « Das Kapital », des Vulves assassines, « Vous mariez pas les filles », de Boris Vian, « Oh mon patron », des Fouteurs de joie, « Lily », de Pierre Perret, et surtout, surtout, la merveilleuse « On ne lâche rien », de HK et les Saltimbanks que le public reprit en chœur comme un seul homme (révolté).

Cabaret des oublié.e.s, Comédie de Picardie, mars 2026 (C ) Photo Philippe Lacoche

« On a créé ce spectacle il y a un peu plus d’un an », poursuit Nicolas. « De ce fait, l’ancien spectacle réunissait trois hommes et une femme, je me suis dit que le moteur de cette nouvelle création pourrait être les femmes. On a donc choisi trois femmes et un homme. Et on a raconté cette histoire de manière ludique, amusante. C’est Philippe Veret, le comptable de la Comédie de Picardie, qui a eu l’idée du chien Spinoza. Au début, il y avait le personnage d’une jeune femme. Il m’a dit que comme c’était un campement gitan avec un arbre à palabres qui raconte les saisons qui passent, il fallait un chien, car il y a toujours un chien dans les campements de gitans. J’ai trouvé que c’était une très bonne idée. » Nicolas Ducron a souvent été accueilli à la Comédie de Picardie avec les spectacles de sa compagnie H3P ; par ailleurs, il fait partie du groupe Les Fouteurs de Joie. A noter, le travail remarquable de Martha Roméro qui a confectionné les horribles masques et costumes bien déjantés. Quand ils déboulent sur scène, on se dit : « Mais qu’est-ce qu’ils sont laids ! » Puis, on écoute, et on se dit qu’il est beau, si beau, leur combat rien qu’avec des mots forts, poétiques et bouleversants. Tellement plus convaincants que les discours des politiques. Non, « On lâche rien ».

Purdey et les autres

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The New Avengers , Joanna Lumley, 1976 © REX FEATURES/SIPA

Pour célébrer l’amitié franco-anglaise et les 50 ans de la série Chapeau Melon, The New Avengers, Monsieur Nostalgie nous dit pourquoi Purdey (Joanna Lumley qui fêtera ses 80 ans en mai prochain) est supérieure aux Drôles de dames américaines…


Écartons tout de suite l’épineux débat entre Emma Peel et Purdey, laquelle des deux incarne le degré de l’érotisme chaste le plus élevé des îles britanniques ? Question abyssale qui taraude les Hommes depuis l’arrivée d’Internet. Des experts réunis à Bath n’ont pu se prononcer. Chaque camp avait apporté des arguments convaincants. Les visionnages ont été longs, épuisants et délicieux. À la fin, il fut impossible de les départager. Un gentleman agreement a tout de même scellé ce colloque international et une réponse de normand a fini par se dégager. On conclut qu’Emma Peel (Diana Rigg, disparue en 2020) conservait, haut la main, son titre de sujette de sa Majesté la plus charismatique des années 1960, son air mutin et ses longues jambes sont, d’après les spécialistes, ce que le royaume a créé de plus émouvant et de piquant durant la décennie. Chez Mrs Peel, on a considéré que son féminisme suave, presque indolent, tout à fait déroutant, a été une avancée majeure pour l’égalité des sexes. Mrs Peel restera l’égérie intouchable d’une émancipation en marche. Certains affirmèrent, non sans une certaine audace, que Mrs Peel, c’était Mary Quant + la reine + le Swinging London + Sergent Pepper.

Etude comparative

Purdey ne fut pas mis sur la touche pour autant. Elle avait ses fans qui apportèrent des éléments nouveaux au dossier. Selon eux, il fallait observer et analyser la figure de Purdey à l’aune des années 1970 et des crises naissantes. Sa coupe au bol et ses robes mouvantes en taffetas à fleurs devraient être réévaluées au rang de joyau de la couronne ; ils sont une réponse à la glaciation économique de l’Angleterre. Le témoignage d’une irradiation puissante qui, sans y remédier, apaisa un temps la misère ouvrière et les destructions d’emplois industriels. Certains évoquèrent même la possibilité d’étudier à l’Université cette onde qui permit aux ménages anglais et surtout aux enfants nés au début des années 1970 de croire, malgré tout, en un avenir radieux. Chacun put ainsi repartir de Bath, le cœur en joie et la mémoire tranquille. Tous s’accordèrent à dire que ces deux héroïnes télévisuelles avaient profondément modifié la perception de la femme anglaise à leur époque respective.

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Ce symposium autocentré sur des figures anglaises n’a pu faire une étude comparative avec la concurrence notamment américaine qui débarquait sur les écrans européens à la même période. Profitons du cinquantième anniversaire de la diffusion des New Avengers avec Steed, Gambit (il s’appelait Mike) et Purdey qui, durant deux saisons entre 1976 et 1979, remit l’Union Jack en lévitation dans les salons. Dès les premiers épisodes, Purdey se montra taquine, spirituelle, athlétique et d’une drôlerie, tout en esquive et coups de griffe – la marque de fabrique des belles tiges anglaises difficiles à rattacher précisément à une classe sociale. Purdey est à la fois, aristocratique et cassante, mais aussi d’ascendance populaire et affranchie. L’une de ses premières répliques est en soi un programme politique ambitieux : « Je dois dormir pour être belle ».

Poulette anglaise

Purdey ne se départ jamais d’un flegme ravageur. Dans un gymkhana sauvage, alors que Gambit conduit sa Jaguar XJS rouge à la poursuite d’une Aston Martin DBS crème, Purdey, distante et désirable, imperturbable, mange des quartiers d’orange et philosophe sur la vie, entre dérapages et accélérations. Purdey est la femme fatale de la deuxième moitié des années 1970. Elle annihile la concurrence venue d’Amérique.

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Pour les puristes, les nostalgiques du monde d’avant, je vous conseille « Le lion et la licorne » tourné à Paris où Purdey vêtue outrageusement de vert et de jaune partage le générique avec quelques acteurs français tels que Raymond Bussières et Henri Czarniak, l’inspecteur Cassard de « Tendre Poulet ». Au même moment, à quelques jours d’intervalles, débutait une autre série « Drôles de dames » (1976-1981) avec cette phrase énigmatique : « Il était une fois trois jeunes femmes qui allèrent à l’école de police ». Dans l’épisode pilote diffusé en mars 1976, on voit donc apparaître sous la lumière saturée de la Californie, trois enquêtrices de charme brushées et ripolinées : Kate Jackson en cavalière, Farrah Fawcett-Majors sur un court de tennis exécutant un revers à deux mains et Jaclyn Smith jaillissant dans un maillot deux pièces ruisselant d’une piscine. L’image est belle, léchée, séduisante à l’œil mais ne peut rivaliser avec Joanna Lumley, la fille d’un major de l’Armée indienne britannique, née au Jammu-et-Cachemire et élevée dans la grisaille d’Oxford Street.

Les tendresses de Zanzibar

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