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Masculiniste!

Tous aux abris: Jean-Paul Brighelli fait son coming-out mascu!


Masculiniste!
Open AI / Causeur

Notre chroniqueur, malgré son grand âge, n’a jamais renoncé à entretenir un corps auquel il a fait subir bien des épreuves. Est-ce à dire qu’il est, dans le monde post-MeToo, un reliquat du monde d’avant, voué à l’extinction sous les coups de boutoir des Chiennes de garde et autres andouilles déconstruites ?


« Masculiniste ! » Le mot a jailli, dans la bouche d’une femme de gauche qui, comme tous les gens de gauche en ce moment, se prend pour un Fouquier-Tinville du wokisme et de la déconstruction réunis. À l’en croire, le mâle n’est qu’un survivant, voué à l’extinction, d’une époque révolue, celle où les hommes ne répugnaient pas à échanger leurs fluides avec des femelles consentantes. « Attitude de gorilles ! » aurait grondé Albert Cohen — qui n’a jamais résisté à l’appât d’un joli minois.

Tout comme Albert Camus, sans cesse cité par les coupeuses de roubignolles de l’ère MeToo. Dans une chronique publiée ici-même il y a un peu plus de deux ans, je précisais :

« Les belles âmes s’en vont citant Camus qui aurait dit qu’« un homme, ça s’empêche » — en oubliant que Camus, qui a poussé deux fois son épouse au suicide, s’est lui-même fort peu empêché : le jour de sa mort, il avait rendez-vous, de deux heures en deux heures, avec trois femmes différentes, dont l’une au moins, Mette Ivers, avait une petite trentaine d’années de moins que lui — oh que c’est mal ! Sauf que c’est dans cette vie sexuelle débridée qu’il a puisé l’inspiration de ses plus grandes œuvres — La Chute par exemple, dont Sartre salua toute l’importance dans la lettre écrite au lendemain de la mort de l’écrivain. Et oui, l’œuvre d’art est hors morale, et toutes celles qui prétendent obéir à des impératifs moraux ne sont guère que des prospectus pharmaceutiques, comme disait Benjamin Péret. »

Ce qui me fait penser que le palmarès du festival de Cannes, et surtout les commentaires qui l’ont accompagné, sont un grand sommet du grotesque. Avez-vous remarqué qu’aucun film italien n’a été sélectionné ? On fait payer à des artistes célèbres le fait de vivre sous Giorgia Meloni, comme nos acteurs et écrivaillons s’enflamment contre Bolloré. Si jamais le RN gagne l’année prochaine, il faudra mettre ces contestataires au pas — en leur coupant les vivres, par exemple.

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En français, le suffixe en -iste est originellement péjoratif. Le journaliste satirique Louis Leroy inventa ainsi le mot « impressionnisme » pour dévaluer la peinture de Monet et son Impression soleil levant. Le gauchiste est une invention. Des communistes pour anathématiser l’extrême-gauche. A chaque fois, les publics visés relèvent le mot comme un drapeau et s’en font une toge romaine.

Ainsi, « masculinisme ». De gentilles filles qui ne voient pas plus loin que les œuvres de Judith Butler (auteur de Trouble dans le genre en 1990, et d’une défense candide du Hamas après le 7 octobre) qualifient ainsi les derniers hommes qui refusent de bander mou, de se déplacer en trottinette électrique Made in China et de noyer leur poke bowl dans le quinoa. Il ne leur suffit pas d’être lesbiennes, elles veulent aussi être les seules à aimer les femmes. Les mâles hétérosexuels (ou cisgenre, comme ces imbéciles aiment à dire) leur font horreur, puisqu’ils leur font concurrence. À les entendre, la masculinité en soi est toxique.
J’ai eu l’occasion d’en parler

Que c’est dur d’être un garçon aujourd’hui ! On est sommé de se coiffer et de s’habiller comme les racailles qui les méprisent, de porter des pantalons très bas sur les fesses comme au Studio 54 dans les années 1970, de garder l’oreille et l’œil collés à son smartphone pour ne rien perdre des mots d’ordre du wokisme triomphant, et d’éviter de regarder les filles ou de leur tenir la porte à la sortie du bureau. La galanterie aussi est une preuve de masculinisme. Comme l’amour. Les woke se déplacent dans un monde asexué, où le muscle a été remplacé par une chair flasque d’endives bouillies et de nouilles recuites.

Comment voulez-vous que les barbares les prennent au sérieux ? Tout ce qu’ils tolèrent, c’est que ces repentants adeptes de l’intersectionnalité des luttes se prosternent devant eux. Et militent pour le dédommagement dû au titre de la traite Atlantique – mais pas pour la traite arabo-africaine, pourtant bien plus longue et plus cruelle. Je serais berbère, je réclamerais des dommages et intérêts aux Arabes qui occupent mon pays depuis 1200 ans.

Alors, masculiniste ? Oui, si le mot implique que je ne me résoudrai jamais aux invasions barbares, ni à la déliquescence scolaire, organisée par la gauche et nourrie par la droite. Oui, si le mot suggère que je vivrai sexuellement le plus tard possible. Sans m’excuser ni devant l’ennemi, ni devant un nouvel objet de désir. Oui, si cela me permet de dîner avec des amis d’un cochon rôti arrosé de châteauneuf-du-pape ou d’un gigondas — une pratique vertement critiquée par la gauche, les antispécistes et les imbéciles. Oui, si cela implique de mourir au combat — et pas en déposant les armes.

L'école sous emprise

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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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