Cruauté grégaire, bêtise en meute: The Plague est un portrait de la puberté masculine. Une fable sur le harcèlement qui sonne parfois juste, mais qui laisse le spectateur sur sa faim.

The Plague – la peste en français. Albert Camus, rien à voir. Pour son premier « long » (enfin, pas trop : 1h35) le réal américain Charlie Polinger continue de se pencher sur les affres de la phase pubertaire masculine (cf. les courts métrages Fuck me, Richard ; Sauna ; A Place to stay…), et filme une petite meute de teenagers, internes en session sport étude, spécialité water-polo, qui se signale par la constance de sa débilité.
Jeunes hommes sadiques
Elle s’exprime, ponctuées de manifestations obscènes, à travers les pulsions sadiques qui excitent son quotidien: souffrant d’une inflammation cutanée qui lui dévore l’échine et le faciès, un adolescent grassouillet et disgracieux (seul parmi ces garçons dont la voix a déjà mué) est le souffre-douleur de la bande de loustics. Mutique, solitaire, ostracisé, il ne mange pas à la table commune ni ne se mêle jamais aux autres: à sa dermatite, la rumeur interne prête, par simple contact, un grave risque de contagion; il importe de se frictionner ardemment sous la douche si par malheur, en nageant, on a pu se frotter une seconde au “pestiféré”.
A lire aussi: Happy Birthday Mrs Marilyn…
Le brave entraîneur, barbu rescapé d’une prime jeunesse difficile comme il le confessera incidemment (dans le rôle, Joel Edgerton, également producteur du film) s’efforce de recadrer cette chiourme antipathique, sans grand succès. Ben (interprété par Everett Blunck), nouveau dans la classe, adolescent malingre, gentil et moins viscéralement con que ses congénères harceleurs, en vient à prendre la victime (vaguement terrifiante tout de même) sous son aile, quitte à se choper aussi ladite “plague” et à s’aliéner le groupe à son tour, en particulier son chef, Jake, rouquin tête-à-claques (campé non sans talent par le jeune comédien Kayo Martin, par ailleurs boxeur, skate-boarder, mannequin et influenceur, et appelé paraît-il à tenir le premier rôle dans l’appétissante série Suck at Girls, sur Netflix).
Fable sur l’intolérance et la dure reconnaissance de l’altérité dans “l’âge ingrat” ? Le message est passé: compassion vaut mieux que tourmente et persécution – qui en douterait ? Reste que la dramaturgie étique de The Plague laisse un peu le spectateur sur sa faim. Et si le film se donne pour un regard véridique sur les prémisses de l’adolescence, quel spectacle consternant en offre-t-il ! Vivement que grandissent ces pénibles lardons.
The Plague. Film de Charlie Polinger. Avec Joel Edgerton, Everett Blunck, Kayo Martin. Etats-Unis, couleur, 2025. Durée : 1h35.

