Difficile d’être sociologue et de droite. C’est pourtant ce que Mathieu Bock-Côté revendique avec gourmandise. Loin de toute caricature, son pessimisme joyeux dévoile un ennemi juré du sectarisme et du prêt-à-penser.

Il porte des costumes trois-pièces, aime les films de Chuck Norris, lit du Maurice Barrès depuis l’âge de 16 ans et pourfend sans relâche « l’empire du politiquement correct ». À première vue, Mathieu Bock-Côté est, pour reprendre le mot assassin employé par Le Monde à son endroit, l’archétype de l’« ultraconservateur » contemporain. Il suffit pourtant de feuilleter son livre d’entretien avec le journaliste à Valeurs actuelles Laurent Dandrieu – impeccable dans le rôle de l’inquiet mélancolique interrogeant un « pessimiste joyeux » – pour vite comprendre qu’il est le contraire d’un butor extrémiste.
Un moderne chez les anti-modernes
Dès les premières pages, l’humanité et la sensibilité du personnage débordent. Revenant sur son enfance québécoise puis son itinéraire « méta-politique » entre Montréal et Paris, Bock-Côté évoque sa mère aimante, son père admiré (et récemment disparu) ainsi que ses nombreux amis intellectuels, notamment Alain Finkielkraut qui l’invita dans son émission « Répliques » sur France Culture dès 2007, Arthur Chevallier qui l’édita au Cerf, Alexandre Devecchio qui l’interviewe régulièrement dans Le Figaro, et Arthur de Watrigant avec qui il échange chaque semaine sur CNews. Un sens de la camaraderie et de la bienveillance tellement rare dans ce milieu.
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Mais c’est plus loin dans la conversation, quand il fait le point sur ses convictions profondes, que l’« antimoderne chez les modernes », comme il se qualifie, se révèle en réalité bien davantage un moderne chez les antimodernes. Car chez Bock-Côté tout procède d’abord d’un combat pour la liberté et la démocratie. À commencer par son adhésion à la cause souverainiste. « Je préfère un Québec indépendant durablement de gauche à un Québec de droite à jamais lié au Canada », lance-t-il pour bien se faire comprendre, avant de rappeler toutefois sa préférence nette pour une société traditionnelle.
Joyeux résistant
Penseur libéral de la meilleure eau, le docteur de l’UQAM (Université du Québec à Montréal) n’en garde pas moins un cœur conservateur. « Raymond Aron est affectivement libéral et intellectuellement conservateur, moi c’est l’inverse », résume-t-il en se comparant, non sans pertinence, avec celui qui fut près d’un siècle avant lui un sociologue de droite – autant dire un oxymore. Bref, ne comptez pas sur Bock-Côté pour jouer sur la corde du sectarisme identitaire ou vous assommer avec quelque vérité céleste révélée. S’il affirme fièrement sa culture québécoise, sa langue française et sa foi catholique, c’est dans le but sentimental de transmettre aux générations futures la sagesse des anciens et de résister à l’idéologie sans-frontiériste, qu’il nomme génialement « régime diversitaire ».
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En somme, Bock-Côté est un enfant des « Lumières de droite ». Fustigeant la pensée dogmatique, aussi bien quand elle sévit dans ses propres rangs, sous la forme du cléricalisme québécois par exemple, que dans ceux de la gauche multiculti, qu’il dépeint comme une religion temporelle aux visées totalitaires et punitives, il conclut sa discussion avec Dandrieu en proclamant : « Je mise sur la bête humaine dans son imperfection joyeuse, qui est une promesse de liberté bien plus grande que tous les discours utopiques ou rédempteurs qu’on nous propose. » Décidément joyeux. Et en fin de compte pas si pessimiste que ça !
Le Pessimiste joyeux, Mathieu Bock-Côté (entretiens avec Laurent Dandrieu), Fayard, 2026, 264 pages.




