Lancé dans la course à l’Élysée, le candidat lfiste s’efforce de lisser son image pour séduire un plus large électorat et accéder au second tour. Il menace de traîner Marine Le Pen devant les tribunaux, coupable à ses yeux d’avoir rappelé qu’il était le candidat du « grand remplacement ».
La sanction de l’âge bien sûr, qui n’est pas encore le naufrage de la vieillesse, certes, mais qui, inéluctablement, l’annonce. Et puis la canicule de ces jours-ci. Pas bon pour les neurones, surtout ceux qui ont déjà tant et tant vibrionné. Enfin, la succession de candidatures à la magistrature suprême. Quatre en l’occurrence. Comme les quatre actes d’une tragi-comédie. Quatre fois que M. Mélenchon prend le départ de la course, monte sur le ring, descend dans l’arène. Évidemment, chaque compétition laisse des traces. Les compétitions perdues notamment. Et surtout celles perdues de peu, qui laissent mille regrets et un goût de fiel dans la bouche.
Donc, que M. Mélenchon soit en prise avec une certaine lassitude, qu’il soit la victime d’un petit coup de moins bien, comme on dit plaisamment, voilà qui serait fort compréhensible.
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Car quoi d’autre que la fatigue pourrait justifier la haute fantaisie qui le prend soudain de prétendre poursuivre Marine Le Pen en justice ?
Du calme, grand-père étranger !
Quel grand crime la candidate déclarée du RN à la présidence de la République a-t-elle bien pu commettre ? Crime de lèse-majesté, sans aucun doute, pour que le gourou en chef de La France Insoumise en vienne à envisager de recourir à la justice (justice « bourgeoise » selon la conception gauchiste révolutionnaire qu’il a ouvertement de ces choses, précisons-le).
M. Mélenchon accuse Mme Le Pen de manipulation dans une vidéo publiée sur le réseau X dans laquelle elle reprend des propos tenus par l’Insoumis Maximo lors d’un meeting. Elle y met en lien la référence au « grand père étranger » d’une personne du public et ce que l’orateur dit lors de ce même discours à propos de son concept de Nouvelle France.
M. Mélenchon conteste la pertinence de ce lien. Juré craché, l’établir relève de la malveillance la plus crasse. Ou pire, comme il l’écrit dans un message en réaction, à la BA, la Bêtise Artificielle dont, vous l’aurez compris, serait accablée Mme Le Pen et qui, de ce fait, serait incapable de comprendre que par « Nouvelle France », il ne faut entendre que le renouvellement de la population de génération en génération. Un peu comme si à chaque nouvelle génération advenait une Nouvelle France, une France d’une nature différente, en rupture avec la précédente. Cela, en gros tous les trente ans. Or, j’ai beau chercher, je n’ai pas trouvé de démographes éminents, d’études scientifiques portant sur ce sujet qui ait eu recours au concept de Nouvelle France pour caractériser, classifier, cataloguer l’effet – par ailleurs parfaitement connu et théorisé – de succession des générations. Mais M. Melenchon, qui entend révolutionner le pays selon son merveilleux programme, envisage peut-être aussi de révolutionner la science démographique et son vocabulaire. Venant de ce cerveau particulièrement fécond, ne peut-on pas tout attendre ?
Cependant, il y a mieux…
En effet. M. Mélenchon renoncerait-il à son grand dessein, à son aspiration et ambition maîtresse, la créolisation de la société française ?
Il sera intéressant lors de l’audience – si audience il y a – de l’entendre nous expliquer que la Nouvelle France, que voilà peu encore il concevait nécessairement créolisée, pourrait s’édifier sur la base du seul renouvellement des générations ? Et donc sans la moindre accélération d’entrées sur le sol national de populations exogènes. À moins bien sûr, que nous aussi minés par la BA, la bêtise artificielle, nous ayons mal compris les grandes envolées lyriques, les édifiantes prédications qu’on n’a cessé de nous servir ces dernières années, ces derniers mois sur le paradis que serait cette Nouvelle France créolisée.
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Il faut donc que M. Mélenchon choisisse, ou la créolisation n’est plus au programme et l’on comprendrait un peu mieux que les propos de Mme Le Pen le défrisent, ou elle est encore de saison, et Mme Le Pen ne fait que reprendre et prolonger fidèlement la pensée même du grand intellectuel (il ne manque jamais de revendiquer cette qualité à peine a-t-il un micro sous le nez) qu’il se pique d’être.
Enfin, permettons-nous une suggestion. Pour faire bonne mesure, à l’audience, Mme Le Pen pourrait éventuellement citer en soutien et comme témoin M. Bally Bagayoko, le nouveau maire LFI de Saint-Denis qui, sur le point précis que nous évoquons, est rigoureusement sur la même ligne qu’elle.
Intervenant voilà peu sur LCI, tout sourire et très tranquillement, ne confiait-il pas qu’il voyait dans la prochaine élection de M. Mélenchon à l’Élysée – victoire dont il ne doute pas un seul instant – le tour de chauffe, le premier pas vers l’élection la prochaine fois d’un président issu de ses rangs ? Bref, à la suite du créolisateur un créolisé de bonne facture. En d’autres termes, dans cette affaire, M. Bagayoko ne voit en M. Mélenchon qu’une sorte de marche-pied !
Eh bien, si cela n’est pas un crime de lèse-majesté, qu’est-ce que c’est ? Et dire que, à l’heure où s’écrivent ces lignes, l’intéressé n’a même pas manifesté encore la moindre velléité de traîner son irrévérencieux disciple devant les tribunaux !
La fatigue, vous dis-je. La fatigue…
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