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Adopteunmollah.com

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Pas besoin d’être un génie de la géostratégie pour comprendre que la guerre des nerfs entre la République islamique d’Iran et Israël se joue aussi sur le plan informatique. Tout récemment, le Guide suprême de la révolution Ali Khamenei a même déclaré que les combats virtuels étaient bien plus violents que n’importe quel affrontement armé. Ces derniers mois en Iran, un virus informatique a potentiellement causé plus de dégâts dans le programme nucléaire que n’importe quel Osirak déclenché par l’Etat hébreu au nez et à la barbe de ses ennemis déclarés du Golfe persique.

Dans cette guerre froide cybernétique, Téhéran tente d’avancer ses propres pions en créant son propre réseau Intranet distinct d’un web de plus en plus censuré. Comme on n’est jamais trop prudent, l’accès à Google vient d’être bloqué, ce qui laisse espérer que les bonnes mœurs seront sauves sur la Toile irano-iranienne. Las ! La République islamique a d’ores et déjà annoncé le lancement d’un site de rencontres irano-iranien, dans le plus pur respect des lois perses, qui autorisent une certaine souplesse : le « mariage provisoire » permet en effet de convoler en justes noces puis de divorcer rapidement en cas d’incompatibilité conjugale, là où la plupart des monarchies sunnites voisines soumettent les épouses au bon vouloir de leurs maris. Il faut dire que l’Iran ne souffre pas de la comparaison avec son grand rival saoudien, où l’on attend toujours de pouvoir délivrer des permis de conduire aux demoiselles, lesquelles sont loin de représenter la majorité des étudiants et de la population active, comme dans la république chiite, qui fait figure de borgne dans une oasis d’aveugles.

Connaissant la beauté fulgurante des citoyennes du pays de Hafez et Omar Khayyam, plus d’un quidam serait tenté de postuler au Pôle emploi sentimental local. Avec un zeste d’imagination, une annonce publié par l’équivalent iranien des fameux Meetic, attractiveworld et autres adopteunmec.com pourrait donner : « Si tu es brune, aux yeux bleus et à forte p…ersonnalité, ça m’intéresse aussi ».
Un bémol cependant : là où ligues de vertu, milices, conseils religieux et institutions politiques ne font qu’un, pour une jeune femme, adopter un mollah en guise de « mec » n’est pas toujours un cadeau…

SOS Racisme, une chance pour Jean-François Copé

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Jean-François Copé évoque le racisme antiblanc face à SOS racisme

En pointant l’antiracisme sélectif qui tient lieu d’idéologie aux fers de lance du musèlement du débat public que sont le MRAP, la LICRA et SOS Racisme, Jean-François Copé a incontestablement marqué des points dans sa course-poursuite contre François Fillon en pleine campagne interne de l’UMP. Son livre-programme Manifeste pour une droite décomplexée a déjà atteint son but : libérer la parole à droite, cliver, bref tout faire pour se distinguer de la tiédeur toute balladurienne de son meilleur ennemi Fillon. Il aura suffi d’un bref passage, au demeurant inoffensif, dans lequel Copé narre les mésaventures d’une de ses administrées meldoises confrontée à la famille du racketteur de son fils, laquelle n’a pas trouvé mieux que de renvoyer sa victime à ses origines « gauloises », pour susciter le scandale. Tirant de ce fait divers une leçon de choses, Jean-François Copé lâche le mot qui fâche : « racisme anti blanc »… non sans rappeler que la xénophobie et les discriminations touchent toutes les catégories de Français, glissant même au passage un poncif lénifiant sur la blancheur de nos élites.

Il n’en fallait pas plus pour relancer la machine à diaboliser. Douze ans après la fondation de l’UMP, nous voici revenus aux heures les plus sombres du RPR, lorsque « Facho Chirac » parlait du bruit et de l’odeur des immeubles à population immigrée ou que Giscard regrettait « l’invasion » de l’hexagone par des groupes allogènes. Copé droitard, Copé plus sarkozyste et buissonniste que le couple Sarkozy-Buisson : si ce n’est pas un axe de campagne fort face au consensualisme gestionnaire de François Fillon, ça y ressemble…
L’avenir nous dira si Copé parvient à décoller des sondages, qui voient systématiquement l’ancien chef du gouvernement caracoler en tête des intentions de vote des sympathisants et militants UMP. En attendant le verdict du marc de café statistique, une chose est sûre : Copé compte sur ses adversaires idéologiques pour se construire une image « décomplexée ». À ce petit jeu, SOS Racisme n’est pas en reste. Ni une ni deux, aussitôt les bonnes feuilles du projet de Copé éventées, les chiens de Pavlov de l’indignation sur commande ont crié au loup. Oubliés Millet et sa prose acide de crucifié « blanc, hétérosexuel et catholique », c’est maintenant au tour de Copé de s’attirer les foudres du PS et de son satellite « antiraciste ».

« Un cynisme politique effarant, sans éthique, sans morale » s’insurge SOS avec les mots de Marine Le Pen, arguant que « les premières victimes de discriminations dans notre pays sont les personnes issues de l’immigration, des Dom-Tom, les femmes, les Juifs, les homosexuels » – ce que le prudent Copé n’a par ailleurs jamais nié. Accusant l’impétrant droitier de vouloir braconner sur les terres de l’extrême droite, le sénateur PS François Rebsamen n’y va pas de main morte en l’associant au Bloc Identitaire. À l’unisson, la gauche de gouvernement dénonce une manœuvre politicienne en montrant du doigt l’immoral Copé qui surfe sur le ressentiment du petit peuple blanc, à l’instar des extrémistes de droite tant honnis par les médias et la classe politique. Il est vrai que SOS Racisme est en droit de regretter l’instrumentalisation du racisme et des luttes communautaires, elle qui n’a jamais spéculé sur la mort de Malik Oussekine. Quant au PS, il peut assurer sans coup férir que le carton plein de François Hollande en banlieue lors de la dernière présidentielle n’a rien à voir avec une quelconque démagogie victimaire, communautaire et anti-islamophobe.
En fin de compte, tout le monde gagne à ce petit jeu de dupes. L’image du Copé droitier rehaussée pour aller séduire l’électeur UMP courroucé, la vertu du PS une nouvelle fois démontrée, que demander de plus ?
Un soupçon d’honnêteté intellectuelle et politique, peut-être.

Car, à bien y réfléchir, je ne connais qu’une seule victime collatérale de cette énième polémique politicienne : le vulgarisateur de la notion de « racisme antiblanc ». Un certain Tarik Yildiz, chercheur en sociologie, qui s’est appuyé sur des faits sonnants et trébuchants pour mettre en évidence la nouvelle forme de racisme biologique qui fleurit en banlieue.
Ce courageux jeune homme n’est pas cité- mais faut-il le regretter ?- dans la généalogie du concept que trace le blog « droites extrêmes » du Monde, ce dernier préfèrant se cloîtrer dans l’intellectualisme antifa plutôt que de s’interroger sur la pertinence sociologique du « racisme anti blanc ».

Fini le temps où Jean-François Copé vitupérait contre le « populisme » pour soutenir Sarkozy en campagne. Désormais, il roule pour son propre compte et peut donc épouser les vues du peuple de droite sans broncher. Faute de se démarquer économiquement du PS, puisqu’il s’apprête à voter avec ses troupes parlementaires le traité budgétaire européen Sarkozy-Merkel-Hollande, Copé aura au moins réussi à esquisser les premiers traits des valeurs de l’UMP. Comme quoi, le sociétalisme se porte aussi bien à droite qu’à gauche…

*Photo : UMP Photos

François Hollande, laissez-nous dormir !

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François Hollande, président normal, trop normal

Quelques semaines avant Mai-68, Pierre Viansson-Ponté publiait dans Le Monde un article resté célèbre sous le titre : « Quand la France s’ennuie… » Il constatait, avec une belle préscience, une manière d’apathie inquiète, une attente vague d’on ne sait quoi dans le pays. Aujourd’hui, la France ne s’ennuie pas, elle est juste fatiguée. Elle a envie de s’asseoir, de souffler et, qui sait, de dormir en attendant que ça se passe. Elle veut qu’on la laisse tranquille, en fait. Il est étonnant que personne n’ait interprété en ce sens l’élection de François Hollande.

En réalité, il n’y a pas de quoi être choqué par l’atonie de ce début de quinquennat. François Hollande ne va rien faire parce que la France ne croit plus vraiment à son destin.[access capability= »lire_inedits »] En la personne de François Hollande, le peuple français n’a pas tant choisi un « président normal » qu’un président qui élève et élèvera la procrastination au rang des beaux-arts. En cela, il est parfaitement en phase avec un sentiment planétaire : selon une récente étude de l’université DePaul à Chicago, 95% de la population mondiale serait atteinte de procrastination et 20% de procrastination chronique. L’étude définit la procrastination comme un manque de confiance en soi qui pousse à remettre au lendemain ce que l’on pourrait faire le jour même, et cela par peur de l’échec ou d’aggraver encore sa situation. On peut penser que les seuls à être épargnés par l’épidémie se trouvent dans les faubourgs d’Alep ou dans les zones subsahariennes menacées par la famine et l’islamisme radical. On ne procrastine pas quand on risque de mourir dans les heures qui viennent.
Pour le reste, et particulièrement pour la France, François Hollande a sans doute senti qu’il faisait face à un peuple pour lequel il est surtout urgent d’attendre. De toute façon, quoi que fasse le politique ces temps-ci, ça ne change pas grand-chose au problème. Indépendamment des questions de style ou de personnalité, l’activisme parfois ébouriffé d’un Sarkozy n’a pas empêché la crise dans laquelle nous nous enfonçons. Pas plus que les mesures pourtant très « libéralement correctes » du gouvernement Monti en Italie ou de Rajoy en Espagne n’arrêtent le tsunami qui semble sur le point d’engloutir nos voisins.
En multipliant les commissions, célèbre méthode de procrastination politique, en proposant des demi-mesures sur la baisse de l’essence ou la hausse du plafond du Livret A, François Hollande semble avoir compris que les Français ont le sentiment d’être englués dans des sables mouvants au moins jusqu’à la taille, et que le moindre mouvement aggraverait encore leur situation. Donc, ne pas bouger, se faire oublier, cesser d’être bousculé par des réformes, choisir l’immobilité du varan qui parvient de façon mimétique à se confondre avec le désastreux décor de la situation mondiale. Hollande retrouve ainsi, sans doute sans le savoir, le principe fondateur de la médecine antique, « Primum non nocere », d’abord ne pas nuire. On ne charcute pas un patient déjà malade. On attend. On espère. Dans une certaine mesure, l’immobilisme de Hollande, comme l’existentialisme de Sartre, est un humanisme.

On objectera que ce n’est pas nouveau, que la France a toujours été cette nation conservatrice, crispée sur des avantages acquis. C’est à notre avis une des plus sottes idées reçues de ces dernières décennies. Les essayistes à répétition, tels Minc ou François de Closets, comme il y a bientôt trente ans l’émission d’Yves Montand, Vive la crise !, auront beaucoup contribué à faire avaler cette vieille lune au bon peuple culpabilisé, en cherchant à prouver aux Français qu’ils étaient les pires cossards d’Europe, les paresseux honteux, confortablement installés dans le compromis gaullo-communiste hérité de l’après-guerre et du CNR.
C’est injuste et, à notre avis − plus grave − parfaitement faux. La France a plus changé entre de Gaulle et Hollande qu’entre Stendhal et de Gaulle.
Elle a perdu un empire colonial dans des guerres impitoyables, subi une marche forcée vers l’intégration européenne avec le bonheur que l’on sait. Elle a vu disparaître sa paysannerie, elle qui était une vieille nation agricole, puis sa classe ouvrière, elle qui était une grande puissance industrielle, tout cela parce qu’il fallait se « moderniser », mot-clé, mot-fétiche devenu l’alpha et l’oméga de l’action politique depuis que Lecanuet ou Servan-Schreiber l’ont adopté comme mantra dans les années 1960. Elle a changé de monnaie. Elle s’est adaptée à toutes les métamorphoses du travail induites par les nouvelles technologies ; elle a accepté, pour le pire, de voir disparaître deux des piliers de la République : l’École du monde d’avant, détruite par le pédagogisme, et le service militaire qui assurait le lien entre la nation et son armée tout en donnant un sentiment d’appartenance à toute une classe d’âge. De l’avortement à l’abolition de la peine de mort, de la généralisation du téléphone portable à Internet, elle a tout accepté et s’est même montrée parfois une très bonne élève, en matière de productivité par exemple.
Et tout ça pour quoi ? Pour encore et toujours perdre du terrain dans une compétition internationale qui la force à faire vivre moins bien les enfants que les parents. Ce n’est ni une question de gauche, ni une question de droite. D’ailleurs, depuis le tournant de la rigueur de 1983, qu’est-ce qui différencie vraiment la gauche de gouvernement de la droite classique ? Un peu de sociétalisme, et encore : on trouve aussi à l’UMP des partisans du shit et du mariage gay.

Alors voilà, elle est fatiguée, la France, vraiment fatiguée. Sarkozy a secoué le berceau et le vieux bébé a pleuré. Le vieux bébé s’est dit qu’il n’y avait rien à attendre de Hollande sinon qu’il arrête de lui donner le mal de mer et qu’il le laisse dormir. Nous sommes bien d’accord, ce n’est pas très brillant mais c’est tellement humain. Dans Perfide, un roman de Roger Nimier qui date de 1950, on peut lire : « Les peuples, commença Perfide, non sans pédanterie, les peuples ont le droit de s’asseoir au cours de leur histoire. […] Malheureusement, le siège est installé sur un marécage et il s’enfonce assez vite. »
On en est là ? On en est là.
Mais Nimier continue : « De ce point de vue, il serait préférable de faire flotter sur la Seine, le ventre en l’air, une centaine de députés − et de vivre debout. » Ça, c’est un peu exagéré et ça s’appelle une révolution. Mais en bons procrastinateurs, les Français la remettront aux calendes… grecques.[/access]

*Photo : François Hollande/Benjamin Boccas.

L’ « islamophobie de gauche » en débat ce soir sur Beur FM

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On risque de ne pas s‘ennuyer ce soir sur Beur FM (106.7 à Paris et un peu partout en France). Le Forum-Débat de la station, diffusé en direct ce mercredi 26 septembre, de 18h30 à 20h, sera consacré « au rapport à l’islam dans notre société – notamment via les acteurs politico-médiatiques traditionnellement identifiés « à gauche »-, avec en toile de fond une analyse des récentes polémiques autour de la liberté d’expression ».

En clair, on parlera donc de l’affaire des caricatures de Charlie Hebdo, des incidents autour de Caroline Fourest empêchée de s’exprimer à la fête de l’Humanité, à cause de sa supposée « islamophobie », et autres fariboles sujettes à polémiques.

Les thèmes sont déjà chauds bouillants, mais contrairement à maintes émissions aux intitulés passionnants où l’on s’endort illico parce que tout le monde est d’accord pour être d’accord sur tout, le plateau de Beur FM (que nous remercions au passage d’inviter régulièrement les rédacteurs de Causeur) ne sera pas vraiment consensuel puisqu’on y retrouvera :
– Marc Cohen, de Causeur
– Gilles Sokoudjou, porte-parole des Indivisibles (le mouvement créé par Rokhaya Diallo)
– Marwan Muhammad, porte-parole du CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France)

On espère un débat viril mais viril. Pour sa part, Marc Cohen m’a dit avoir promis à sa maman qu’en ce jour de Kippour, il ne dirait rien qui tombât sous le coup de la Loi, qu’elle soit française ou divine – exceptées les lois anti-fumeurs, si on ne lui accorde pas une pause clope durant cette heure et demi d’émission.

Ardisson son son les petites marionnettes

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Patrick Timsit et Pierre Arditi s'en prennent à Charlie Hebdo chez Ardisson

Une nuit de la semaine dernière, en regardant sur Internet certaines émissions auxquelles j’avais échappé, je suis tombé, mais pas de très haut, sur celle de Thierry Ardisson : « Salut les terriens ». Comme à peu près partout sur les plateaux télé en ce moment, ça commençait très mal. L’animateur lança le sujet sur le film L’innocence des Musulmans et sur la une de Charlie Hebdo en évoquant « une insulte faite au 7ème art et au dessin d’humour ». Pendant des années, ce nabab de l’audiovisuel qui avait reçu sur un plateau quantité d’insultes vivantes et fanfaronnantes à la création et au bon goût, semblait soudainement heurté par des moqueries islamophobes sur pellicules et par des dessins de Charlie Hebdo. Un avis d’esthète pour tout commentaire et une leçon de bon goût pour évoquer cette nouvelle affaire de caricatures, c’est un peu court quand on rabâche depuis toujours que « toutes les vérités sont bonnes à dire ».
Pendant toute la durée de l’émission, on s’acharna sur les « provocateurs », renvoyant dos à dos l’insolence des dessinateurs moqueurs et la violence de certains musulmans fulminants. Par ailleurs et comme d’habitude, on s’empressa de rappeler, tels des imams modérés, qu’il n’y avait pas le moindre lien entre les émeutiers, les incendiaires, les meurtriers ou les manifestants qui en plein Paris hurlent « Mort aux juifs » après leur prière, et leur religion.
Très vite, dans ce café du commerce pour people, la parole fut donnée à des acteurs venus vendre leur camelote ou invités pour l’ensemble de leur œuvre. L’air grave et la colère théâtrale, Pierre Arditi et Patrick Timsit rivalisèrent de sévérité à l’endroit des auteurs qui, comme eux-mêmes tentent de le faire désespérément, avaient réveillé une société du spectacle endormie. Après nous avoir rappelé combien l’islam était une religion de paix et de tolérance, la moutarde leur monta au nez. « Un torchon, une merde de film à écraser du talon regardée par des crétins », criait l’un. « Des salopards, des dessins racoleurs, de l’huile sur le feu pour vendre du papier », hurlait l’autre – qui « ne voyait pas où était la liberté de la presse là-dedans ». En substance, et de l’avis général : des provocations lamentables à but lucratif. Comme si ces deux bons clients de télé ne s’étaient jamais compromis dans des productions navrantes et pas drôles pour gagner de l’argent. Enfin, vint l’argument fatal : ces provocations « mettaient des gens en danger ». Ceux qui avaient si souvent répété, mais surtout en temps de paix : « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » n’avaient plus qu’un mot à la bouche : « responsabilité ! ».

Je ne pus m’empêcher de voir une grande lâcheté sous cette brillante comédie et des propos lénifiants sous cette farce. Je pensais à Tino Rossi et à Maurice Chevalier chantant devant les Allemands quand Chaplin tournait Le Dictateur et Lubitsch To be or not to be, ou à Philippe Henriot dénonçant sur Radio Paris les « responsabilités » des Résistants qui « mettaient des gens en danger ». Mais je pensais aussi aux ripostes de Pierre Dac sur Radio Londres, et à Churchill qui donnait aux hommes libres la force de s’opposer aux barbares en déclarant : « nous ne pouvons pas perdre contre le nazisme, ce paganisme de pacotille, parce que nous sommes la Civilisation (judéo)-chrétienne ».
La Civilisation : ce monde qui a transformé les rapports guerriers en échanges civils, où l’on peut être radicalement et raisonnablement islamophobe sans hurler à la mort des gens, où l’on dessine tant qu’on veut sans brûler les journaux, où l’on convoque une justice qui tranche sans couper les têtes, où l’on peut se moquer des culs-bénits en djellaba et en colère, et des calotins susceptibles et meurtriers sans finir assassinés ou sous protection policière. Ce qui arrive parfois aux « blasphémateurs » qui exercent et donc défendent le droit, notre droit, de dire à des gens qui nous haïssent pour ce que nous faisons et même pour ce que nous sommes, des gens qui n’ont que le mot « respect » à la bouche et qui ne nous respectent pas, qu’on se moque d’eux et qu’on les emmerde, tous autant qu’ils sont, et ce malgré leur redoutable et redoutée capacité de nuisance.

Messieurs les comiques, les comédiens, les marionnettes, qui prêchez le respect et la prudence, et qui fustigez l’insolence et la provocation, vous ne vous exposez qu’aux feux de la rampe, jamais aux flammes des enragés. Vous, pathétiques vedettes du show biz en mal d’amour que des foules sentimentales regardent d’en bas sur vos tréteaux médiatiques au lieu de vous regarder de haut, vos courbettes lamentables qui visent l’apaisement seront reçues comme autant de signes de faiblesse par ceux qui reviendront plus nombreux, plus forts, plus vociférants et plus menaçants, tant que vous vous coucherez devant eux au lieu de relever la tête, au lieu de répondre à leurs menaces de mort et à leurs déclarations de guerre par un verbe haut et fort, c’est-à-dire par une guerre avec des moyens civils, et civilisés.

*Photo : peretzp

Iran : Street Fighting Ladies

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L’Iran est un pays grand par la taille, dont le président est un petit homme barbu qui se prénomme Mahmoud et nourrit des sentiments belliqueux à l’égard de ses principaux ennemis jurés que sont les… juifs. Cette obsession l’occupe une bonne partie de la journée, avec le sudoku et le zapping frénétique entre les programmes de MTV et d’Al Jazeera sur son écran plat ultramoderne, aux coins carrés.
Tel un roi sans divertissement, il reçoit de temps à autres des « antisionistes » français patentés qui viennent lui gratter le dos, et lui réciter à l’oreille de longs et touchants poèmes en prose. On a vu, ainsi, Dieudonné M’bala M’bala en train d’embrasser la mule sacrée du grand leader iranien, et Michel Rocard – le comique troupier, pas l’autre – esquisser une déchirante danse du ventre séductrice devant le palais d’Ahmadinejad… (Un numéro à propos duquel l’histoire devra un jour s’interroger…)

L’histoire avait pourtant bien commencé ; bien que partiellement désertique, l’Iran regorge d’une flore et d’une faune exceptionnelle. Il n’est pas rare, baguenaudant à la rencontre de la ruralité, de croiser un lynx d’Eurasie, un chat de Pallas, une gazelle indienne (à ne pas confondre avec la gazelle à goitre qui fait aussi partie du paysage) ou encore un onagre du désert. Et c’est sans parler du gypaète barbu, de la buse féroce et de la flore sublime et poétique affleurant sur les montagnes… Depuis, l’histoire est bien connue. Les mollahs ont pris le pouvoir, les femmes ont pris le voile et les libertés ont pris un coup dans l’aile ! Que s’est-il passé… ?

Mais de Téhéran arrivent quelquefois des informations réjouissantes. Ainsi, apprenait-on la semaine dernière sur CNN que la gent féminine se rebellait de temps en temps. Le quotidien belge L’Avenir, qui rapportait cette histoire iranienne, a titré : « Deux jeunes filles tabassent un religieux qui avait demandé à l’une d’elles de se couvrir ». Boum ! Prends-ça, connard ! L’influence n’est pas encore bien identifiée… Chuck Norris, Steven Seagal, Sylvester Stallone, Jean-Claude Van Damme ou Charlie Hebdo… ? « Un imam a passé trois jours à l’hôpital après avoir été molesté par deux jeunes filles dans le village de Shahmirzad, en Iran, à la fin du mois d’août. Il avait admonesté l’une d’entre elle afin qu’elle se couvre la tête. Les deux jeunes femmes ont alors tabassé le religieux ! » Crac boum hue ! La peur aurait-elle changé de camp ? Espérons-le…

Comme quoi, les universelles turpitudes caractérielles des préadolescentes, adolescentes et post-adolescentes – pardon, des « jeunes-filles-en-fleur » – ont parfois du bon, suivant les circonstances…

Qatar : l’argent wahhabite pour les banlieues ?

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Le Qatar aide les banlieues françaises... et propage le salafisme ?

C’est le grand paradoxe. Il y a quelques jours, les milieux politiques et médiatiques s’inquiétaient de la montée de l’islamisme suite à la manifestation parisienne contre la vidéo L’Innocence des musulmans. Aujourd’hui, le Qatar, monarchie absolue wahhabite où les partis politiques sont interdits, s’apprête à investir dans les banlieues françaises avec la bénédiction, si on peut dire, du gouvernement français par la voix d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement Productif.

Après avoir acheté le PSG, l’immeuble du Figaro, monté les chaînes BeIn Sport et investi dans plusieurs grandes entreprises françaises (Total, Vivendi, Lagardère…), le Qatar poursuit son implantation en France. L’émirat pétrolier va mettre en place un fonds d’investissement en faveur des banlieues avec un apport de 50 millions d’euros, l’Etat et des entreprises françaises apporteront aussi leurs contributions pour un capital qui pourra atteindre 100 millions d’euros, une aubaine en pleine rigueur budgétaire. Ces sommes serviront notamment à des créateurs d’entreprises. À titre de comparaison, le budget 2011 pour la « revitalisation économique » des quartiers atteignait à peine 145 millions d’euros.

L’aide du gouvernement français, c’est ce qu’attendait le Qatar pour boucler son projet. Annoncé en décembre dernier, le fonds a été mis en sommeil en février en pleine campagne présidentielle. Mais François Hollande qui a reçu le Premier ministre qatari en juin, s’est montré très bienveillant avec l’émirat. Il est vrai qu’une confortable rente pétrolière permet de détendre l’ambiance. Et l’argent n’a pas d’odeur.

Sauf que tout n’est pas une question de gros sous. Le Qatar n’a pas besoin de l’autorisation de l’Elysée pour investir en France. Et 50 millions d’euros, c’est presque de l’argent de poche quand on sait que le PSG a racheté Thiago Silva au Milan AC pour 49 millions.

Ici, on est surtout dans une logique d’influence diplomatique par l’économie, de soft power, comme on dit en bon français. Le Qatar essaie ainsi d’exister sur la scène diplomatique face à l’Arabie Saoudite ou l’Iran en misant non pas sur la force mais sur l’argent. Investir dans les banlieues main dans la main avec le gouvernement français consolide les amitiés et donne une belle image de mécène. Racheter un club de foot offre une vitrine médiatique exceptionnelle et permet d’inviter ses « amis » dans les loges VIP. Son point d’orgue : l’organisation de la Coupe du monde de foot en 2022 qui fera du Qatar le centre du monde pendant deux semaines.

C’est là que le bât blesse. Le Qatar va-t-il se servir de son argent pour importer sa propre vision du monde ? Sur RMC, le chercheur Pascal Boniface démentait une telle accusation estimant que le PSG « n’est pas devenu un club wahhabite ». Mais Boniface, par ailleurs supporter du PSG, oublie que racheter un club de foot est une chose et agir aux cotés du gouvernement en est une autre.

Dans la classe politique, il y a peu de monde pour s’en indigner. Bien évidemment, Marine Le Pen pointe un « cheval de Troie de l’islamisme » et à gauche, on ne trouve que le sénateur PS Claude Dilain, ex-maire de Clichy-sous-bois, pour dénoncer un « projet dangereux » d’ingérence étrangère. Il y aussi Nicolas Dupont-Aignan qui estime que « ça s’apparente à de la prostitution ».

Certes, pour éviter toute polémique autour d’un fond alloué par un Etat wahhabite à des banlieues largement peuplées de jeunes musulmans, le ministère du Redressement productif a assuré que les zones rurales seraient aussi concernées. Mais le fait est qu’en sortant le carnet de chèques, le Qatar étend progressivement son influence. Certains réclament un plan Marshall pour les banlieues, il sera peut-être mis en place avec Doha à la place de Washington. Pour le meilleur et surtout pour le pire.

Et qui a pu porter un tel projet ? Tout vient de l’Association nationale des élus locaux pour la diversité (Aneld). Cette association s’est déplacée en décembre dernier pour réclamer l’aide qatarie pour les banlieues. L’Aneld deviendra aussi partie prenante du fonds en entrant dans sa commission d’attribution, chargée de choisir les projets financés. Toutefois, l’Association des Maires de France et des celle des Régions de France devraient aussi y trouver leur place.

L’Aneld s’est également faite connaître l’été dernier pour avoir demandé l’introduction des statistiques ethniques en France après un voyage aux Etats-Unis, pays tant admiré des communautaristes. Dans une interview à Marianne2, Leïla Leghmara, vice-présidente de l’Aneld et élue Nouveau Centre de Colombes, déclarait à ce sujet : « Il faut arrêter avec l’assimilation (…) on peut être français et d’origine étrangère, c’est un patrimoine, une richesse qu’il faut respecter ». Voilà qui en dit long sur les convictions de l’Aneld. Malgré tout, l’association a trouvé une bonne oreille au gouvernement. On pensait que les valeurs républicaines n’avaient pas de prix. Pour 50 millions, Hollande s’est laissé convaincre.

*Photo : Patrick Peccatte/Le Parisien

Superstar : Culte sans personnalité

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Xavier Giannoli met en scène Kad Merad dans Superstar

« J’aime beaucoup ce que vous faites. » Si nous étions capables d’entendre ce qui est dit et de voir ce qui est montré, cette réplique, extraite de Superstar, film de Xavier Giannoli sorti fin août, serait déjà culte. C’est qu’elle est, en quelque sorte, le concentré d’une époque qui a érigé l’intransitivité en règle et la tautologie en art.

Dans ce monde sans pourquoi, on est amoureux ou révolté tout court : pas besoin de raison puisqu’on a toujours raison de se révolter. De même, Martin Kazinski, enfant de Joseph K. et d’Endemol, est célèbre sans que personne ne sache pourquoi, ni lui, ni les milliers d’anonymes qui se ruent sur lui avec leurs smartphones, ni les journalistes qui se l’arrachent, ni l’attachée de presse écervelée qui lui lance ce « J’aime beaucoup ce que vous faites » et n’a pas la moindre idée de ce à quoi elle fait référence − elle pourrait parler de son bœuf mironton aussi bien que de son interprétation d’un concerto de Mozart.[access capability= »lire_inedits »] Profitons-en pour saluer celle de Kad Merad, parfait dans ce rôle de John Doe du XXIe siècle − John Doe est L’Homme de la rue de Frank Capra, incarné par Gary Cooper.

Bien sûr, cette célébrité qui tombe sur la tête d’un inconnu comme la foudre ou une maladie paraît tellement absurde qu’on préfère penser qu’il s’agit d’une fable, voire d’une grossière caricature. Sauf qu’à y réfléchir, on n’est pas si loin de la réalité. On se rappelle les participants du premier « Loft Story », conviés à être eux-mêmes − et à n’être qu’eux-mêmes − sous le regard de leurs contemporains. Ils n’avaient rien de plus que vous et moi − et pour certains, plutôt moins −, n’avaient rien fait de remarquable ou d’extraordinaire qui justifiât l’intérêt des téléspectateurs[1. Gil Mihaely m’apprend que l’hébreu moderne a forgé un néologisme pour parler des « célébrités » : mefourstam est un mélange de mefoursam (« connu ») et de stam (« rien »). Cela signifie donc « connu pour rien ». On ne saurait mieux dire.]. La seule chose qui les distinguait du reste de l’humanité est qu’ils s’étaient volontairement placés sous la surveillance permanente d’une caméra : ils s’étaient même battus comme des chiens pour avoir le droit de s’offrir aux regards.

L’un d’eux, à peine sorti de cette maison de verre, eut cette phrase involontairement profonde : « C’est bon d’être célèbre ! » À aucun moment, il ne se demanda s’il avait mérité sa célébrité − sans doute fût-il alors arrivé à la conclusion de son imposture. Certes, on n’a pas attendu Giannoli pour savoir que, dans la vidéosphère, la hiérarchie de la notoriété n’a plus rien à voir avec celle du mérite et qu’une blonde volcanique a plus de chances de faire star que l’inventeur du vaccin contre le sida. Neil Armstrong, qui n’en manquait pas (de mérite), l’avait bien compris. Il refusa de signer des autographes à partir du moment où il comprit que sa signature avait une valeur marchande et ne manquait jamais de rappeler que la conquête de la lune avait été le résultat d’un gigantesque travail d’équipe. De fait, et cela n’enlève rien à son exploit, il y a quelque injustice dans le fait que seuls son nom et son visage soient restés dans l’Histoire, tandis que les ingénieurs qui l’y ont propulsé sont anonymes pour l’éternité. C’est ainsi : seul celui qui est passé à la télé demeure dans nos mémoires.
On peut s’étonner qu’à l’exception de Libération, qui a décrété que ce film était rien moins qu’« infâme », la presse ait plutôt bien accueilli Superstar, tout en passant largement à côté de ce qu’il nous dit. Paradoxalement, les confrères ont relevé et même largement approuvé la charge contre les médias, comme si les journalistes étaient désormais résignés à n’être que les Messieurs Loyal d’une société qui n’a rien à cacher parce qu’elle n’a rien à montrer.

Mais, au-delà des médias, ce dont nous parle Giannoli, c’est de nous, et même de toi, « hypocrite lecteur, − mon semblable, − mon frère ! », comme l’écrivait Baudelaire. Le personnage principal de Superstar, le vrai coupable de la disparition du réel, c’est le public qui se rue en meute sur la barbaque sanglante qu’on lui jette par écrans interposés et qu’il renvoie à son tour, agissant comme démultiplicateur de néant. Ainsi nos téléphones portables munis de connexions Internet sont-ils des armes de destruction massive de la vraie vie. C’est nous qui avons décidé que les êtres humains étaient désormais répartis en deux catégories : ceux qui sont connus et ceux qui ne le sont pas. Et non seulement il est idiot de chercher à savoir pourquoi et pour quoi les gens connus sont connus, mais il est carrément inconvenant de se demander de qui ils sont connus. Dans ce monde solipsiste où l’on n’existe que par le regard de l’autre, l’autre n’existe plus.[/access]

Métro, Hidalgo, collabo

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Anne Hidalgo nazifie le FN

« L’Histoire a du sens, le Front national n’est pas un parti qui s’est constitué dans le cadre républicain, c’est un parti qui a lutté contre la République, qui a soutenu pendant la guerre la collaboration avec les nazis ». Prononcée hier matin par Anne Hidalgo, première adjointe et probable successeur de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, cette petite phrase n’a pas fini de faire le tour des journaux, radios, télévisions et autres télécrans virtuels. Immédiatement, les langues malveillantes se délient, pointant l’anachronisme (« le FN a été créé en 1972, na na nère ! »), le contresens historique, voire la grosse gaffe qui pourrait lui coûter les voix du boboland parisien, ce bastion poujadiste inexpugnable ! Bien sûr, on pourrait rappeler à Anne Hidalgo la responsabilité de la gauche républicaine dans le collaborationnisme, tout particulièrement de sa frange la plus robespierriste et jaurésienne, représentée à l’époque par le néo-socialiste Marcel Déat, fondateur du Rassemblement National Populaire (RNP) et proche d’un certain Robert Jospin[1. Dont le fils Lionel a assumé les errements avec dignité.].

Bien sûr, on pourrait conseiller à la future édile parisienne de se replonger dans les œuvres de Simon Epstein (Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance), Jean-Claude Valla (La Gauche pétainiste) et François-Marin Fleutot (Des royalistes dans la Résistance) pour nuancer le mythe de la République dreyfusarde, antiraciste et résistante. Faute de temps, on accorderait volontiers un répit à Mme Hidalgo en la soumettant à l’étude de documents, cette épreuve d’histoire si prisée par les professeurs de troisième, à travers l’examen comparé des trajectoires du colonel Rémy et de Jacques Doriot, dont on devine aisément qui est le plus républicain des deux. Allez, assez torturé Anne Hidalgo, reconnaissons-lui le droit à la maladresse. Après tout, cette élue a parfaitement le droit de déterrer les tristes destins des frontistes Roland Gaucher, de François Brigneau et des autres nostalgiques de la Légion Charlemagne communiant avec le lepéniste et résistant historique Roger Holeindre dans l’anticommunisme viscéral.

Vingt-quatre heures après le drame, Anne Hidalgo s’est fendue d’une nouvelle déclaration fracassante, pour préciser ses premières intentions. Revue et corrigée, la sortie scandaleuse d’hier donne : « Oui, je le soutiens, la filiation historique du Front national remonte à la collaboration avec Pétain et aux ligues d’extrême droite d’avant-guerre ; ceux qui ont constitué le FN venaient de partis néonazis…». Filiation historique : le mot est lâché, au nez et à la barbe des mauvais coucheurs historiens. Hidalgo songe certainement au noyau dur néo-fasciste d’Ordre Nouveau, en occultant le ferment poujadiste du FN et l’antigermanisme viscéral des ligues d’avant-guerre, dont bien des militants connurent de meilleures années d’Occupation que le vieux Maurras, « devenu fou à force d’avoir raison », selon le mot cruel de De Gaulle.
Mais qu’importe la rigueur historique, seule la conscience politique compte. Pourvue d’un « sens de l’histoire » sincèrement républicain, antiraciste, laïc et universellement bienveillant, Anne Hidalgo reste vigilante.

Alors que le couple exécutif connaît un sérieux coup de mou et qu’il devient de plus en plus délicat de distinguer la substance du hollandisme de celle de son devancier sarkozyste, un bon coup de pédale anti-FN ne peut pas faire de mal par où il passe. En guise de stratégie de défense, les hommes-lige de Marine, Louis Aliot et Steeve Briois ont eu l’indélicatesse de rappeler le passé vichyssois tourmenté de François Mitterrand, tout en poursuivant Anne Hidalgo en justice. Une condamnation pour propos diffamatoires aurait de quoi garantir un quart d’heure de temps médiatique supplémentaire au Front National, contraint de se faire l’arbitre des élégances de rue pour gagner un peu de surface télévisuelle. C’est peut-être là le vrai fond de l’affaire : une stratégie dédiabolisatrice, laquelle oblige Marine Le Pen à troquer les jeux de mots graveleux de son père contre des propositions farfelues, n’a plus que des rogatons d’antifascisme à affronter. Le théâtre antiraciste n’est décidément plus ce qu’il était, même Harlem Désir fait grise mine sur le fauteuil de Solférino que l’ébéniste Hollande lui a confectionné.

On saura gré à Anne Hidalgo de vouloir ressusciter le cordon sanitaire anti FN par période de gros temps. Espérons seulement que le temps pris pour briser les mille et une têtes de l’hydre xénophobe ne retarde pas trop l’avènement du paradis socialo-capitaliste censé durer mille ans.

Anne Hidalgo, une historienne à l’Hôtel de Ville

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De l’UMP jusqu’au Front de Gauche en passant par toute les nuances du PS et parfois même par l’extrême droite, le point Godwin est la niaiserie la mieux partagée par notre classe politique (juste devant les métaphore sportives à la noix, il est vrai).

Et d’un bout à l’autre de l’hémicycle, chacun a en mémoire ce magnifique adage de Montesquieu, à moins qu’il soit d’Yvette Horner : « Quand rien à dire tu n’auras, d’Adolf Hitler tu parleras »

Plus rien ne nous étonne donc dans ce champ sémantique-là, mais quand même, Anne Hidalgo a fait très fort, hier matin sur iTélé, en balançant tout-à-trac a un Christophe Barbier médusé : « Le Front national n’est pas un parti qui s’est constitué dans le cadre républicain, c’est un parti qui a lutté contre la République, qui a soutenu pendant la guerre la collaboration avec les nazis ».

Ledit Front a aussi sec porté plainte contre la successeuse désignée de Bertrand Delanoë, en prétendant que la date de 1972 , à laquelle le FN avait été fondé, se situait environ 27 ans après la reddition sans condition de l’Allemagne et du Japon en 1945. C’est bien connu, les chiffres, on leur fait dire n’importe quoi.

De toutes façons, ces arguments fallacieux ne risquent pas d’intimider la courageuse première adjointe au Maire de Paris qui a précisé l’après-midi même : « J’ai dit cela parce que je pense que l’on perd le sens de l’Histoire ». Un argument imparable : quiconque a fréquenté récemment un lycée voire une école primaire sait que l’Histoire telle qu’on l’enseigne proscrit l’apprentissage des dates et autres vieilleries réactionnaires.

Adopteunmollah.com

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Pas besoin d’être un génie de la géostratégie pour comprendre que la guerre des nerfs entre la République islamique d’Iran et Israël se joue aussi sur le plan informatique. Tout récemment, le Guide suprême de la révolution Ali Khamenei a même déclaré que les combats virtuels étaient bien plus violents que n’importe quel affrontement armé. Ces derniers mois en Iran, un virus informatique a potentiellement causé plus de dégâts dans le programme nucléaire que n’importe quel Osirak déclenché par l’Etat hébreu au nez et à la barbe de ses ennemis déclarés du Golfe persique.

Dans cette guerre froide cybernétique, Téhéran tente d’avancer ses propres pions en créant son propre réseau Intranet distinct d’un web de plus en plus censuré. Comme on n’est jamais trop prudent, l’accès à Google vient d’être bloqué, ce qui laisse espérer que les bonnes mœurs seront sauves sur la Toile irano-iranienne. Las ! La République islamique a d’ores et déjà annoncé le lancement d’un site de rencontres irano-iranien, dans le plus pur respect des lois perses, qui autorisent une certaine souplesse : le « mariage provisoire » permet en effet de convoler en justes noces puis de divorcer rapidement en cas d’incompatibilité conjugale, là où la plupart des monarchies sunnites voisines soumettent les épouses au bon vouloir de leurs maris. Il faut dire que l’Iran ne souffre pas de la comparaison avec son grand rival saoudien, où l’on attend toujours de pouvoir délivrer des permis de conduire aux demoiselles, lesquelles sont loin de représenter la majorité des étudiants et de la population active, comme dans la république chiite, qui fait figure de borgne dans une oasis d’aveugles.

Connaissant la beauté fulgurante des citoyennes du pays de Hafez et Omar Khayyam, plus d’un quidam serait tenté de postuler au Pôle emploi sentimental local. Avec un zeste d’imagination, une annonce publié par l’équivalent iranien des fameux Meetic, attractiveworld et autres adopteunmec.com pourrait donner : « Si tu es brune, aux yeux bleus et à forte p…ersonnalité, ça m’intéresse aussi ».
Un bémol cependant : là où ligues de vertu, milices, conseils religieux et institutions politiques ne font qu’un, pour une jeune femme, adopter un mollah en guise de « mec » n’est pas toujours un cadeau…

SOS Racisme, une chance pour Jean-François Copé

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Jean-François Copé évoque le racisme antiblanc face à SOS racisme

Jean-François Copé évoque le racisme antiblanc face à SOS racisme

En pointant l’antiracisme sélectif qui tient lieu d’idéologie aux fers de lance du musèlement du débat public que sont le MRAP, la LICRA et SOS Racisme, Jean-François Copé a incontestablement marqué des points dans sa course-poursuite contre François Fillon en pleine campagne interne de l’UMP. Son livre-programme Manifeste pour une droite décomplexée a déjà atteint son but : libérer la parole à droite, cliver, bref tout faire pour se distinguer de la tiédeur toute balladurienne de son meilleur ennemi Fillon. Il aura suffi d’un bref passage, au demeurant inoffensif, dans lequel Copé narre les mésaventures d’une de ses administrées meldoises confrontée à la famille du racketteur de son fils, laquelle n’a pas trouvé mieux que de renvoyer sa victime à ses origines « gauloises », pour susciter le scandale. Tirant de ce fait divers une leçon de choses, Jean-François Copé lâche le mot qui fâche : « racisme anti blanc »… non sans rappeler que la xénophobie et les discriminations touchent toutes les catégories de Français, glissant même au passage un poncif lénifiant sur la blancheur de nos élites.

Il n’en fallait pas plus pour relancer la machine à diaboliser. Douze ans après la fondation de l’UMP, nous voici revenus aux heures les plus sombres du RPR, lorsque « Facho Chirac » parlait du bruit et de l’odeur des immeubles à population immigrée ou que Giscard regrettait « l’invasion » de l’hexagone par des groupes allogènes. Copé droitard, Copé plus sarkozyste et buissonniste que le couple Sarkozy-Buisson : si ce n’est pas un axe de campagne fort face au consensualisme gestionnaire de François Fillon, ça y ressemble…
L’avenir nous dira si Copé parvient à décoller des sondages, qui voient systématiquement l’ancien chef du gouvernement caracoler en tête des intentions de vote des sympathisants et militants UMP. En attendant le verdict du marc de café statistique, une chose est sûre : Copé compte sur ses adversaires idéologiques pour se construire une image « décomplexée ». À ce petit jeu, SOS Racisme n’est pas en reste. Ni une ni deux, aussitôt les bonnes feuilles du projet de Copé éventées, les chiens de Pavlov de l’indignation sur commande ont crié au loup. Oubliés Millet et sa prose acide de crucifié « blanc, hétérosexuel et catholique », c’est maintenant au tour de Copé de s’attirer les foudres du PS et de son satellite « antiraciste ».

« Un cynisme politique effarant, sans éthique, sans morale » s’insurge SOS avec les mots de Marine Le Pen, arguant que « les premières victimes de discriminations dans notre pays sont les personnes issues de l’immigration, des Dom-Tom, les femmes, les Juifs, les homosexuels » – ce que le prudent Copé n’a par ailleurs jamais nié. Accusant l’impétrant droitier de vouloir braconner sur les terres de l’extrême droite, le sénateur PS François Rebsamen n’y va pas de main morte en l’associant au Bloc Identitaire. À l’unisson, la gauche de gouvernement dénonce une manœuvre politicienne en montrant du doigt l’immoral Copé qui surfe sur le ressentiment du petit peuple blanc, à l’instar des extrémistes de droite tant honnis par les médias et la classe politique. Il est vrai que SOS Racisme est en droit de regretter l’instrumentalisation du racisme et des luttes communautaires, elle qui n’a jamais spéculé sur la mort de Malik Oussekine. Quant au PS, il peut assurer sans coup férir que le carton plein de François Hollande en banlieue lors de la dernière présidentielle n’a rien à voir avec une quelconque démagogie victimaire, communautaire et anti-islamophobe.
En fin de compte, tout le monde gagne à ce petit jeu de dupes. L’image du Copé droitier rehaussée pour aller séduire l’électeur UMP courroucé, la vertu du PS une nouvelle fois démontrée, que demander de plus ?
Un soupçon d’honnêteté intellectuelle et politique, peut-être.

Car, à bien y réfléchir, je ne connais qu’une seule victime collatérale de cette énième polémique politicienne : le vulgarisateur de la notion de « racisme antiblanc ». Un certain Tarik Yildiz, chercheur en sociologie, qui s’est appuyé sur des faits sonnants et trébuchants pour mettre en évidence la nouvelle forme de racisme biologique qui fleurit en banlieue.
Ce courageux jeune homme n’est pas cité- mais faut-il le regretter ?- dans la généalogie du concept que trace le blog « droites extrêmes » du Monde, ce dernier préfèrant se cloîtrer dans l’intellectualisme antifa plutôt que de s’interroger sur la pertinence sociologique du « racisme anti blanc ».

Fini le temps où Jean-François Copé vitupérait contre le « populisme » pour soutenir Sarkozy en campagne. Désormais, il roule pour son propre compte et peut donc épouser les vues du peuple de droite sans broncher. Faute de se démarquer économiquement du PS, puisqu’il s’apprête à voter avec ses troupes parlementaires le traité budgétaire européen Sarkozy-Merkel-Hollande, Copé aura au moins réussi à esquisser les premiers traits des valeurs de l’UMP. Comme quoi, le sociétalisme se porte aussi bien à droite qu’à gauche…

*Photo : UMP Photos

François Hollande, laissez-nous dormir !

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François Hollande, président normal, trop normal

François Hollande, président normal, trop normal

Quelques semaines avant Mai-68, Pierre Viansson-Ponté publiait dans Le Monde un article resté célèbre sous le titre : « Quand la France s’ennuie… » Il constatait, avec une belle préscience, une manière d’apathie inquiète, une attente vague d’on ne sait quoi dans le pays. Aujourd’hui, la France ne s’ennuie pas, elle est juste fatiguée. Elle a envie de s’asseoir, de souffler et, qui sait, de dormir en attendant que ça se passe. Elle veut qu’on la laisse tranquille, en fait. Il est étonnant que personne n’ait interprété en ce sens l’élection de François Hollande.

En réalité, il n’y a pas de quoi être choqué par l’atonie de ce début de quinquennat. François Hollande ne va rien faire parce que la France ne croit plus vraiment à son destin.[access capability= »lire_inedits »] En la personne de François Hollande, le peuple français n’a pas tant choisi un « président normal » qu’un président qui élève et élèvera la procrastination au rang des beaux-arts. En cela, il est parfaitement en phase avec un sentiment planétaire : selon une récente étude de l’université DePaul à Chicago, 95% de la population mondiale serait atteinte de procrastination et 20% de procrastination chronique. L’étude définit la procrastination comme un manque de confiance en soi qui pousse à remettre au lendemain ce que l’on pourrait faire le jour même, et cela par peur de l’échec ou d’aggraver encore sa situation. On peut penser que les seuls à être épargnés par l’épidémie se trouvent dans les faubourgs d’Alep ou dans les zones subsahariennes menacées par la famine et l’islamisme radical. On ne procrastine pas quand on risque de mourir dans les heures qui viennent.
Pour le reste, et particulièrement pour la France, François Hollande a sans doute senti qu’il faisait face à un peuple pour lequel il est surtout urgent d’attendre. De toute façon, quoi que fasse le politique ces temps-ci, ça ne change pas grand-chose au problème. Indépendamment des questions de style ou de personnalité, l’activisme parfois ébouriffé d’un Sarkozy n’a pas empêché la crise dans laquelle nous nous enfonçons. Pas plus que les mesures pourtant très « libéralement correctes » du gouvernement Monti en Italie ou de Rajoy en Espagne n’arrêtent le tsunami qui semble sur le point d’engloutir nos voisins.
En multipliant les commissions, célèbre méthode de procrastination politique, en proposant des demi-mesures sur la baisse de l’essence ou la hausse du plafond du Livret A, François Hollande semble avoir compris que les Français ont le sentiment d’être englués dans des sables mouvants au moins jusqu’à la taille, et que le moindre mouvement aggraverait encore leur situation. Donc, ne pas bouger, se faire oublier, cesser d’être bousculé par des réformes, choisir l’immobilité du varan qui parvient de façon mimétique à se confondre avec le désastreux décor de la situation mondiale. Hollande retrouve ainsi, sans doute sans le savoir, le principe fondateur de la médecine antique, « Primum non nocere », d’abord ne pas nuire. On ne charcute pas un patient déjà malade. On attend. On espère. Dans une certaine mesure, l’immobilisme de Hollande, comme l’existentialisme de Sartre, est un humanisme.

On objectera que ce n’est pas nouveau, que la France a toujours été cette nation conservatrice, crispée sur des avantages acquis. C’est à notre avis une des plus sottes idées reçues de ces dernières décennies. Les essayistes à répétition, tels Minc ou François de Closets, comme il y a bientôt trente ans l’émission d’Yves Montand, Vive la crise !, auront beaucoup contribué à faire avaler cette vieille lune au bon peuple culpabilisé, en cherchant à prouver aux Français qu’ils étaient les pires cossards d’Europe, les paresseux honteux, confortablement installés dans le compromis gaullo-communiste hérité de l’après-guerre et du CNR.
C’est injuste et, à notre avis − plus grave − parfaitement faux. La France a plus changé entre de Gaulle et Hollande qu’entre Stendhal et de Gaulle.
Elle a perdu un empire colonial dans des guerres impitoyables, subi une marche forcée vers l’intégration européenne avec le bonheur que l’on sait. Elle a vu disparaître sa paysannerie, elle qui était une vieille nation agricole, puis sa classe ouvrière, elle qui était une grande puissance industrielle, tout cela parce qu’il fallait se « moderniser », mot-clé, mot-fétiche devenu l’alpha et l’oméga de l’action politique depuis que Lecanuet ou Servan-Schreiber l’ont adopté comme mantra dans les années 1960. Elle a changé de monnaie. Elle s’est adaptée à toutes les métamorphoses du travail induites par les nouvelles technologies ; elle a accepté, pour le pire, de voir disparaître deux des piliers de la République : l’École du monde d’avant, détruite par le pédagogisme, et le service militaire qui assurait le lien entre la nation et son armée tout en donnant un sentiment d’appartenance à toute une classe d’âge. De l’avortement à l’abolition de la peine de mort, de la généralisation du téléphone portable à Internet, elle a tout accepté et s’est même montrée parfois une très bonne élève, en matière de productivité par exemple.
Et tout ça pour quoi ? Pour encore et toujours perdre du terrain dans une compétition internationale qui la force à faire vivre moins bien les enfants que les parents. Ce n’est ni une question de gauche, ni une question de droite. D’ailleurs, depuis le tournant de la rigueur de 1983, qu’est-ce qui différencie vraiment la gauche de gouvernement de la droite classique ? Un peu de sociétalisme, et encore : on trouve aussi à l’UMP des partisans du shit et du mariage gay.

Alors voilà, elle est fatiguée, la France, vraiment fatiguée. Sarkozy a secoué le berceau et le vieux bébé a pleuré. Le vieux bébé s’est dit qu’il n’y avait rien à attendre de Hollande sinon qu’il arrête de lui donner le mal de mer et qu’il le laisse dormir. Nous sommes bien d’accord, ce n’est pas très brillant mais c’est tellement humain. Dans Perfide, un roman de Roger Nimier qui date de 1950, on peut lire : « Les peuples, commença Perfide, non sans pédanterie, les peuples ont le droit de s’asseoir au cours de leur histoire. […] Malheureusement, le siège est installé sur un marécage et il s’enfonce assez vite. »
On en est là ? On en est là.
Mais Nimier continue : « De ce point de vue, il serait préférable de faire flotter sur la Seine, le ventre en l’air, une centaine de députés − et de vivre debout. » Ça, c’est un peu exagéré et ça s’appelle une révolution. Mais en bons procrastinateurs, les Français la remettront aux calendes… grecques.[/access]

*Photo : François Hollande/Benjamin Boccas.

L’ « islamophobie de gauche » en débat ce soir sur Beur FM

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On risque de ne pas s‘ennuyer ce soir sur Beur FM (106.7 à Paris et un peu partout en France). Le Forum-Débat de la station, diffusé en direct ce mercredi 26 septembre, de 18h30 à 20h, sera consacré « au rapport à l’islam dans notre société – notamment via les acteurs politico-médiatiques traditionnellement identifiés « à gauche »-, avec en toile de fond une analyse des récentes polémiques autour de la liberté d’expression ».

En clair, on parlera donc de l’affaire des caricatures de Charlie Hebdo, des incidents autour de Caroline Fourest empêchée de s’exprimer à la fête de l’Humanité, à cause de sa supposée « islamophobie », et autres fariboles sujettes à polémiques.

Les thèmes sont déjà chauds bouillants, mais contrairement à maintes émissions aux intitulés passionnants où l’on s’endort illico parce que tout le monde est d’accord pour être d’accord sur tout, le plateau de Beur FM (que nous remercions au passage d’inviter régulièrement les rédacteurs de Causeur) ne sera pas vraiment consensuel puisqu’on y retrouvera :
– Marc Cohen, de Causeur
– Gilles Sokoudjou, porte-parole des Indivisibles (le mouvement créé par Rokhaya Diallo)
– Marwan Muhammad, porte-parole du CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France)

On espère un débat viril mais viril. Pour sa part, Marc Cohen m’a dit avoir promis à sa maman qu’en ce jour de Kippour, il ne dirait rien qui tombât sous le coup de la Loi, qu’elle soit française ou divine – exceptées les lois anti-fumeurs, si on ne lui accorde pas une pause clope durant cette heure et demi d’émission.

Ardisson son son les petites marionnettes

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Patrick Timsit et Pierre Arditi s'en prennent à Charlie Hebdo chez Ardisson

Patrick Timsit et Pierre Arditi s'en prennent à Charlie Hebdo chez Ardisson

Une nuit de la semaine dernière, en regardant sur Internet certaines émissions auxquelles j’avais échappé, je suis tombé, mais pas de très haut, sur celle de Thierry Ardisson : « Salut les terriens ». Comme à peu près partout sur les plateaux télé en ce moment, ça commençait très mal. L’animateur lança le sujet sur le film L’innocence des Musulmans et sur la une de Charlie Hebdo en évoquant « une insulte faite au 7ème art et au dessin d’humour ». Pendant des années, ce nabab de l’audiovisuel qui avait reçu sur un plateau quantité d’insultes vivantes et fanfaronnantes à la création et au bon goût, semblait soudainement heurté par des moqueries islamophobes sur pellicules et par des dessins de Charlie Hebdo. Un avis d’esthète pour tout commentaire et une leçon de bon goût pour évoquer cette nouvelle affaire de caricatures, c’est un peu court quand on rabâche depuis toujours que « toutes les vérités sont bonnes à dire ».
Pendant toute la durée de l’émission, on s’acharna sur les « provocateurs », renvoyant dos à dos l’insolence des dessinateurs moqueurs et la violence de certains musulmans fulminants. Par ailleurs et comme d’habitude, on s’empressa de rappeler, tels des imams modérés, qu’il n’y avait pas le moindre lien entre les émeutiers, les incendiaires, les meurtriers ou les manifestants qui en plein Paris hurlent « Mort aux juifs » après leur prière, et leur religion.
Très vite, dans ce café du commerce pour people, la parole fut donnée à des acteurs venus vendre leur camelote ou invités pour l’ensemble de leur œuvre. L’air grave et la colère théâtrale, Pierre Arditi et Patrick Timsit rivalisèrent de sévérité à l’endroit des auteurs qui, comme eux-mêmes tentent de le faire désespérément, avaient réveillé une société du spectacle endormie. Après nous avoir rappelé combien l’islam était une religion de paix et de tolérance, la moutarde leur monta au nez. « Un torchon, une merde de film à écraser du talon regardée par des crétins », criait l’un. « Des salopards, des dessins racoleurs, de l’huile sur le feu pour vendre du papier », hurlait l’autre – qui « ne voyait pas où était la liberté de la presse là-dedans ». En substance, et de l’avis général : des provocations lamentables à but lucratif. Comme si ces deux bons clients de télé ne s’étaient jamais compromis dans des productions navrantes et pas drôles pour gagner de l’argent. Enfin, vint l’argument fatal : ces provocations « mettaient des gens en danger ». Ceux qui avaient si souvent répété, mais surtout en temps de paix : « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » n’avaient plus qu’un mot à la bouche : « responsabilité ! ».

Je ne pus m’empêcher de voir une grande lâcheté sous cette brillante comédie et des propos lénifiants sous cette farce. Je pensais à Tino Rossi et à Maurice Chevalier chantant devant les Allemands quand Chaplin tournait Le Dictateur et Lubitsch To be or not to be, ou à Philippe Henriot dénonçant sur Radio Paris les « responsabilités » des Résistants qui « mettaient des gens en danger ». Mais je pensais aussi aux ripostes de Pierre Dac sur Radio Londres, et à Churchill qui donnait aux hommes libres la force de s’opposer aux barbares en déclarant : « nous ne pouvons pas perdre contre le nazisme, ce paganisme de pacotille, parce que nous sommes la Civilisation (judéo)-chrétienne ».
La Civilisation : ce monde qui a transformé les rapports guerriers en échanges civils, où l’on peut être radicalement et raisonnablement islamophobe sans hurler à la mort des gens, où l’on dessine tant qu’on veut sans brûler les journaux, où l’on convoque une justice qui tranche sans couper les têtes, où l’on peut se moquer des culs-bénits en djellaba et en colère, et des calotins susceptibles et meurtriers sans finir assassinés ou sous protection policière. Ce qui arrive parfois aux « blasphémateurs » qui exercent et donc défendent le droit, notre droit, de dire à des gens qui nous haïssent pour ce que nous faisons et même pour ce que nous sommes, des gens qui n’ont que le mot « respect » à la bouche et qui ne nous respectent pas, qu’on se moque d’eux et qu’on les emmerde, tous autant qu’ils sont, et ce malgré leur redoutable et redoutée capacité de nuisance.

Messieurs les comiques, les comédiens, les marionnettes, qui prêchez le respect et la prudence, et qui fustigez l’insolence et la provocation, vous ne vous exposez qu’aux feux de la rampe, jamais aux flammes des enragés. Vous, pathétiques vedettes du show biz en mal d’amour que des foules sentimentales regardent d’en bas sur vos tréteaux médiatiques au lieu de vous regarder de haut, vos courbettes lamentables qui visent l’apaisement seront reçues comme autant de signes de faiblesse par ceux qui reviendront plus nombreux, plus forts, plus vociférants et plus menaçants, tant que vous vous coucherez devant eux au lieu de relever la tête, au lieu de répondre à leurs menaces de mort et à leurs déclarations de guerre par un verbe haut et fort, c’est-à-dire par une guerre avec des moyens civils, et civilisés.

*Photo : peretzp

Iran : Street Fighting Ladies

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L’Iran est un pays grand par la taille, dont le président est un petit homme barbu qui se prénomme Mahmoud et nourrit des sentiments belliqueux à l’égard de ses principaux ennemis jurés que sont les… juifs. Cette obsession l’occupe une bonne partie de la journée, avec le sudoku et le zapping frénétique entre les programmes de MTV et d’Al Jazeera sur son écran plat ultramoderne, aux coins carrés.
Tel un roi sans divertissement, il reçoit de temps à autres des « antisionistes » français patentés qui viennent lui gratter le dos, et lui réciter à l’oreille de longs et touchants poèmes en prose. On a vu, ainsi, Dieudonné M’bala M’bala en train d’embrasser la mule sacrée du grand leader iranien, et Michel Rocard – le comique troupier, pas l’autre – esquisser une déchirante danse du ventre séductrice devant le palais d’Ahmadinejad… (Un numéro à propos duquel l’histoire devra un jour s’interroger…)

L’histoire avait pourtant bien commencé ; bien que partiellement désertique, l’Iran regorge d’une flore et d’une faune exceptionnelle. Il n’est pas rare, baguenaudant à la rencontre de la ruralité, de croiser un lynx d’Eurasie, un chat de Pallas, une gazelle indienne (à ne pas confondre avec la gazelle à goitre qui fait aussi partie du paysage) ou encore un onagre du désert. Et c’est sans parler du gypaète barbu, de la buse féroce et de la flore sublime et poétique affleurant sur les montagnes… Depuis, l’histoire est bien connue. Les mollahs ont pris le pouvoir, les femmes ont pris le voile et les libertés ont pris un coup dans l’aile ! Que s’est-il passé… ?

Mais de Téhéran arrivent quelquefois des informations réjouissantes. Ainsi, apprenait-on la semaine dernière sur CNN que la gent féminine se rebellait de temps en temps. Le quotidien belge L’Avenir, qui rapportait cette histoire iranienne, a titré : « Deux jeunes filles tabassent un religieux qui avait demandé à l’une d’elles de se couvrir ». Boum ! Prends-ça, connard ! L’influence n’est pas encore bien identifiée… Chuck Norris, Steven Seagal, Sylvester Stallone, Jean-Claude Van Damme ou Charlie Hebdo… ? « Un imam a passé trois jours à l’hôpital après avoir été molesté par deux jeunes filles dans le village de Shahmirzad, en Iran, à la fin du mois d’août. Il avait admonesté l’une d’entre elle afin qu’elle se couvre la tête. Les deux jeunes femmes ont alors tabassé le religieux ! » Crac boum hue ! La peur aurait-elle changé de camp ? Espérons-le…

Comme quoi, les universelles turpitudes caractérielles des préadolescentes, adolescentes et post-adolescentes – pardon, des « jeunes-filles-en-fleur » – ont parfois du bon, suivant les circonstances…

Qatar : l’argent wahhabite pour les banlieues ?

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Le Qatar aide les banlieues françaises... et propage le salafisme ?

Le Qatar aide les banlieues françaises... et propage le salafisme ?

C’est le grand paradoxe. Il y a quelques jours, les milieux politiques et médiatiques s’inquiétaient de la montée de l’islamisme suite à la manifestation parisienne contre la vidéo L’Innocence des musulmans. Aujourd’hui, le Qatar, monarchie absolue wahhabite où les partis politiques sont interdits, s’apprête à investir dans les banlieues françaises avec la bénédiction, si on peut dire, du gouvernement français par la voix d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement Productif.

Après avoir acheté le PSG, l’immeuble du Figaro, monté les chaînes BeIn Sport et investi dans plusieurs grandes entreprises françaises (Total, Vivendi, Lagardère…), le Qatar poursuit son implantation en France. L’émirat pétrolier va mettre en place un fonds d’investissement en faveur des banlieues avec un apport de 50 millions d’euros, l’Etat et des entreprises françaises apporteront aussi leurs contributions pour un capital qui pourra atteindre 100 millions d’euros, une aubaine en pleine rigueur budgétaire. Ces sommes serviront notamment à des créateurs d’entreprises. À titre de comparaison, le budget 2011 pour la « revitalisation économique » des quartiers atteignait à peine 145 millions d’euros.

L’aide du gouvernement français, c’est ce qu’attendait le Qatar pour boucler son projet. Annoncé en décembre dernier, le fonds a été mis en sommeil en février en pleine campagne présidentielle. Mais François Hollande qui a reçu le Premier ministre qatari en juin, s’est montré très bienveillant avec l’émirat. Il est vrai qu’une confortable rente pétrolière permet de détendre l’ambiance. Et l’argent n’a pas d’odeur.

Sauf que tout n’est pas une question de gros sous. Le Qatar n’a pas besoin de l’autorisation de l’Elysée pour investir en France. Et 50 millions d’euros, c’est presque de l’argent de poche quand on sait que le PSG a racheté Thiago Silva au Milan AC pour 49 millions.

Ici, on est surtout dans une logique d’influence diplomatique par l’économie, de soft power, comme on dit en bon français. Le Qatar essaie ainsi d’exister sur la scène diplomatique face à l’Arabie Saoudite ou l’Iran en misant non pas sur la force mais sur l’argent. Investir dans les banlieues main dans la main avec le gouvernement français consolide les amitiés et donne une belle image de mécène. Racheter un club de foot offre une vitrine médiatique exceptionnelle et permet d’inviter ses « amis » dans les loges VIP. Son point d’orgue : l’organisation de la Coupe du monde de foot en 2022 qui fera du Qatar le centre du monde pendant deux semaines.

C’est là que le bât blesse. Le Qatar va-t-il se servir de son argent pour importer sa propre vision du monde ? Sur RMC, le chercheur Pascal Boniface démentait une telle accusation estimant que le PSG « n’est pas devenu un club wahhabite ». Mais Boniface, par ailleurs supporter du PSG, oublie que racheter un club de foot est une chose et agir aux cotés du gouvernement en est une autre.

Dans la classe politique, il y a peu de monde pour s’en indigner. Bien évidemment, Marine Le Pen pointe un « cheval de Troie de l’islamisme » et à gauche, on ne trouve que le sénateur PS Claude Dilain, ex-maire de Clichy-sous-bois, pour dénoncer un « projet dangereux » d’ingérence étrangère. Il y aussi Nicolas Dupont-Aignan qui estime que « ça s’apparente à de la prostitution ».

Certes, pour éviter toute polémique autour d’un fond alloué par un Etat wahhabite à des banlieues largement peuplées de jeunes musulmans, le ministère du Redressement productif a assuré que les zones rurales seraient aussi concernées. Mais le fait est qu’en sortant le carnet de chèques, le Qatar étend progressivement son influence. Certains réclament un plan Marshall pour les banlieues, il sera peut-être mis en place avec Doha à la place de Washington. Pour le meilleur et surtout pour le pire.

Et qui a pu porter un tel projet ? Tout vient de l’Association nationale des élus locaux pour la diversité (Aneld). Cette association s’est déplacée en décembre dernier pour réclamer l’aide qatarie pour les banlieues. L’Aneld deviendra aussi partie prenante du fonds en entrant dans sa commission d’attribution, chargée de choisir les projets financés. Toutefois, l’Association des Maires de France et des celle des Régions de France devraient aussi y trouver leur place.

L’Aneld s’est également faite connaître l’été dernier pour avoir demandé l’introduction des statistiques ethniques en France après un voyage aux Etats-Unis, pays tant admiré des communautaristes. Dans une interview à Marianne2, Leïla Leghmara, vice-présidente de l’Aneld et élue Nouveau Centre de Colombes, déclarait à ce sujet : « Il faut arrêter avec l’assimilation (…) on peut être français et d’origine étrangère, c’est un patrimoine, une richesse qu’il faut respecter ». Voilà qui en dit long sur les convictions de l’Aneld. Malgré tout, l’association a trouvé une bonne oreille au gouvernement. On pensait que les valeurs républicaines n’avaient pas de prix. Pour 50 millions, Hollande s’est laissé convaincre.

*Photo : Patrick Peccatte/Le Parisien

Superstar : Culte sans personnalité

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Xavier Giannoli met en scène Kad Merad dans Superstar

Xavier Giannoli met en scène Kad Merad dans Superstar

« J’aime beaucoup ce que vous faites. » Si nous étions capables d’entendre ce qui est dit et de voir ce qui est montré, cette réplique, extraite de Superstar, film de Xavier Giannoli sorti fin août, serait déjà culte. C’est qu’elle est, en quelque sorte, le concentré d’une époque qui a érigé l’intransitivité en règle et la tautologie en art.

Dans ce monde sans pourquoi, on est amoureux ou révolté tout court : pas besoin de raison puisqu’on a toujours raison de se révolter. De même, Martin Kazinski, enfant de Joseph K. et d’Endemol, est célèbre sans que personne ne sache pourquoi, ni lui, ni les milliers d’anonymes qui se ruent sur lui avec leurs smartphones, ni les journalistes qui se l’arrachent, ni l’attachée de presse écervelée qui lui lance ce « J’aime beaucoup ce que vous faites » et n’a pas la moindre idée de ce à quoi elle fait référence − elle pourrait parler de son bœuf mironton aussi bien que de son interprétation d’un concerto de Mozart.[access capability= »lire_inedits »] Profitons-en pour saluer celle de Kad Merad, parfait dans ce rôle de John Doe du XXIe siècle − John Doe est L’Homme de la rue de Frank Capra, incarné par Gary Cooper.

Bien sûr, cette célébrité qui tombe sur la tête d’un inconnu comme la foudre ou une maladie paraît tellement absurde qu’on préfère penser qu’il s’agit d’une fable, voire d’une grossière caricature. Sauf qu’à y réfléchir, on n’est pas si loin de la réalité. On se rappelle les participants du premier « Loft Story », conviés à être eux-mêmes − et à n’être qu’eux-mêmes − sous le regard de leurs contemporains. Ils n’avaient rien de plus que vous et moi − et pour certains, plutôt moins −, n’avaient rien fait de remarquable ou d’extraordinaire qui justifiât l’intérêt des téléspectateurs[1. Gil Mihaely m’apprend que l’hébreu moderne a forgé un néologisme pour parler des « célébrités » : mefourstam est un mélange de mefoursam (« connu ») et de stam (« rien »). Cela signifie donc « connu pour rien ». On ne saurait mieux dire.]. La seule chose qui les distinguait du reste de l’humanité est qu’ils s’étaient volontairement placés sous la surveillance permanente d’une caméra : ils s’étaient même battus comme des chiens pour avoir le droit de s’offrir aux regards.

L’un d’eux, à peine sorti de cette maison de verre, eut cette phrase involontairement profonde : « C’est bon d’être célèbre ! » À aucun moment, il ne se demanda s’il avait mérité sa célébrité − sans doute fût-il alors arrivé à la conclusion de son imposture. Certes, on n’a pas attendu Giannoli pour savoir que, dans la vidéosphère, la hiérarchie de la notoriété n’a plus rien à voir avec celle du mérite et qu’une blonde volcanique a plus de chances de faire star que l’inventeur du vaccin contre le sida. Neil Armstrong, qui n’en manquait pas (de mérite), l’avait bien compris. Il refusa de signer des autographes à partir du moment où il comprit que sa signature avait une valeur marchande et ne manquait jamais de rappeler que la conquête de la lune avait été le résultat d’un gigantesque travail d’équipe. De fait, et cela n’enlève rien à son exploit, il y a quelque injustice dans le fait que seuls son nom et son visage soient restés dans l’Histoire, tandis que les ingénieurs qui l’y ont propulsé sont anonymes pour l’éternité. C’est ainsi : seul celui qui est passé à la télé demeure dans nos mémoires.
On peut s’étonner qu’à l’exception de Libération, qui a décrété que ce film était rien moins qu’« infâme », la presse ait plutôt bien accueilli Superstar, tout en passant largement à côté de ce qu’il nous dit. Paradoxalement, les confrères ont relevé et même largement approuvé la charge contre les médias, comme si les journalistes étaient désormais résignés à n’être que les Messieurs Loyal d’une société qui n’a rien à cacher parce qu’elle n’a rien à montrer.

Mais, au-delà des médias, ce dont nous parle Giannoli, c’est de nous, et même de toi, « hypocrite lecteur, − mon semblable, − mon frère ! », comme l’écrivait Baudelaire. Le personnage principal de Superstar, le vrai coupable de la disparition du réel, c’est le public qui se rue en meute sur la barbaque sanglante qu’on lui jette par écrans interposés et qu’il renvoie à son tour, agissant comme démultiplicateur de néant. Ainsi nos téléphones portables munis de connexions Internet sont-ils des armes de destruction massive de la vraie vie. C’est nous qui avons décidé que les êtres humains étaient désormais répartis en deux catégories : ceux qui sont connus et ceux qui ne le sont pas. Et non seulement il est idiot de chercher à savoir pourquoi et pour quoi les gens connus sont connus, mais il est carrément inconvenant de se demander de qui ils sont connus. Dans ce monde solipsiste où l’on n’existe que par le regard de l’autre, l’autre n’existe plus.[/access]

Métro, Hidalgo, collabo

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Anne Hidalgo nazifie le FN

Anne Hidalgo nazifie le FN

« L’Histoire a du sens, le Front national n’est pas un parti qui s’est constitué dans le cadre républicain, c’est un parti qui a lutté contre la République, qui a soutenu pendant la guerre la collaboration avec les nazis ». Prononcée hier matin par Anne Hidalgo, première adjointe et probable successeur de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, cette petite phrase n’a pas fini de faire le tour des journaux, radios, télévisions et autres télécrans virtuels. Immédiatement, les langues malveillantes se délient, pointant l’anachronisme (« le FN a été créé en 1972, na na nère ! »), le contresens historique, voire la grosse gaffe qui pourrait lui coûter les voix du boboland parisien, ce bastion poujadiste inexpugnable ! Bien sûr, on pourrait rappeler à Anne Hidalgo la responsabilité de la gauche républicaine dans le collaborationnisme, tout particulièrement de sa frange la plus robespierriste et jaurésienne, représentée à l’époque par le néo-socialiste Marcel Déat, fondateur du Rassemblement National Populaire (RNP) et proche d’un certain Robert Jospin[1. Dont le fils Lionel a assumé les errements avec dignité.].

Bien sûr, on pourrait conseiller à la future édile parisienne de se replonger dans les œuvres de Simon Epstein (Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance), Jean-Claude Valla (La Gauche pétainiste) et François-Marin Fleutot (Des royalistes dans la Résistance) pour nuancer le mythe de la République dreyfusarde, antiraciste et résistante. Faute de temps, on accorderait volontiers un répit à Mme Hidalgo en la soumettant à l’étude de documents, cette épreuve d’histoire si prisée par les professeurs de troisième, à travers l’examen comparé des trajectoires du colonel Rémy et de Jacques Doriot, dont on devine aisément qui est le plus républicain des deux. Allez, assez torturé Anne Hidalgo, reconnaissons-lui le droit à la maladresse. Après tout, cette élue a parfaitement le droit de déterrer les tristes destins des frontistes Roland Gaucher, de François Brigneau et des autres nostalgiques de la Légion Charlemagne communiant avec le lepéniste et résistant historique Roger Holeindre dans l’anticommunisme viscéral.

Vingt-quatre heures après le drame, Anne Hidalgo s’est fendue d’une nouvelle déclaration fracassante, pour préciser ses premières intentions. Revue et corrigée, la sortie scandaleuse d’hier donne : « Oui, je le soutiens, la filiation historique du Front national remonte à la collaboration avec Pétain et aux ligues d’extrême droite d’avant-guerre ; ceux qui ont constitué le FN venaient de partis néonazis…». Filiation historique : le mot est lâché, au nez et à la barbe des mauvais coucheurs historiens. Hidalgo songe certainement au noyau dur néo-fasciste d’Ordre Nouveau, en occultant le ferment poujadiste du FN et l’antigermanisme viscéral des ligues d’avant-guerre, dont bien des militants connurent de meilleures années d’Occupation que le vieux Maurras, « devenu fou à force d’avoir raison », selon le mot cruel de De Gaulle.
Mais qu’importe la rigueur historique, seule la conscience politique compte. Pourvue d’un « sens de l’histoire » sincèrement républicain, antiraciste, laïc et universellement bienveillant, Anne Hidalgo reste vigilante.

Alors que le couple exécutif connaît un sérieux coup de mou et qu’il devient de plus en plus délicat de distinguer la substance du hollandisme de celle de son devancier sarkozyste, un bon coup de pédale anti-FN ne peut pas faire de mal par où il passe. En guise de stratégie de défense, les hommes-lige de Marine, Louis Aliot et Steeve Briois ont eu l’indélicatesse de rappeler le passé vichyssois tourmenté de François Mitterrand, tout en poursuivant Anne Hidalgo en justice. Une condamnation pour propos diffamatoires aurait de quoi garantir un quart d’heure de temps médiatique supplémentaire au Front National, contraint de se faire l’arbitre des élégances de rue pour gagner un peu de surface télévisuelle. C’est peut-être là le vrai fond de l’affaire : une stratégie dédiabolisatrice, laquelle oblige Marine Le Pen à troquer les jeux de mots graveleux de son père contre des propositions farfelues, n’a plus que des rogatons d’antifascisme à affronter. Le théâtre antiraciste n’est décidément plus ce qu’il était, même Harlem Désir fait grise mine sur le fauteuil de Solférino que l’ébéniste Hollande lui a confectionné.

On saura gré à Anne Hidalgo de vouloir ressusciter le cordon sanitaire anti FN par période de gros temps. Espérons seulement que le temps pris pour briser les mille et une têtes de l’hydre xénophobe ne retarde pas trop l’avènement du paradis socialo-capitaliste censé durer mille ans.

Anne Hidalgo, une historienne à l’Hôtel de Ville

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De l’UMP jusqu’au Front de Gauche en passant par toute les nuances du PS et parfois même par l’extrême droite, le point Godwin est la niaiserie la mieux partagée par notre classe politique (juste devant les métaphore sportives à la noix, il est vrai).

Et d’un bout à l’autre de l’hémicycle, chacun a en mémoire ce magnifique adage de Montesquieu, à moins qu’il soit d’Yvette Horner : « Quand rien à dire tu n’auras, d’Adolf Hitler tu parleras »

Plus rien ne nous étonne donc dans ce champ sémantique-là, mais quand même, Anne Hidalgo a fait très fort, hier matin sur iTélé, en balançant tout-à-trac a un Christophe Barbier médusé : « Le Front national n’est pas un parti qui s’est constitué dans le cadre républicain, c’est un parti qui a lutté contre la République, qui a soutenu pendant la guerre la collaboration avec les nazis ».

Ledit Front a aussi sec porté plainte contre la successeuse désignée de Bertrand Delanoë, en prétendant que la date de 1972 , à laquelle le FN avait été fondé, se situait environ 27 ans après la reddition sans condition de l’Allemagne et du Japon en 1945. C’est bien connu, les chiffres, on leur fait dire n’importe quoi.

De toutes façons, ces arguments fallacieux ne risquent pas d’intimider la courageuse première adjointe au Maire de Paris qui a précisé l’après-midi même : « J’ai dit cela parce que je pense que l’on perd le sens de l’Histoire ». Un argument imparable : quiconque a fréquenté récemment un lycée voire une école primaire sait que l’Histoire telle qu’on l’enseigne proscrit l’apprentissage des dates et autres vieilleries réactionnaires.