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Tous contre seul

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munch le cri muray

15 décembre 1991. Je me traîne dans la gueule du loup d’une séance de signatures à l’Opéra : la « Fête du livre » du Fig-Mag ! Mais qu’est-ce que je fous là, sous le même toit que la comtesse de Paris, Pierre Bergé, Bodard, d’Ormesson, Mallet-Joris, Sulitzer, les Bogdanov, Devos, Dutourd et tant d’autres faisans avec lesquels j’ai un décalage horaire de plusieurs dizaines d’années-lumière que je ne tiens pas du tout à rattraper ? J’ai beau savoir qu’éditer est un long chemin de croix, je me dis que j’aurais pu, avec un peu de courage, m’épargner cette station-là du calvaire. « Tu vois à quoi on est réduit ! », me lance Nemo, dont la table est voisine de la mienne. Il vendra une dizaine de livres, moi six ou sept. Est-ce qu’on peut imaginer quelque chose de plus méprisable que de venir regarder des auteurs sous le nez sous prétexte que c’est dimanche, que c’est bientôt Noël, que les grands magasins sont exceptionnellement ouverts et qu’on ne sait pas quoi faire chez soi ? Morts et mortes en puissance, demi-morts enfourrurés et moumoutés, vioques emperruquées, tous venus acheter la dernière morve de Castelot, la dernière cacade de d’Ormesson. J’ai L’Empire et le Rubens devant moi, sur la petite table. Des discutailleurs s’approchent, ils reniflent la quatrième de couverture, essaient d’engager le débat. Ils tombent bien, ceux-là ! Communicant comme je sais être ! Je les décourage en deux phrases. Qu’ils aillent ailleurs nouer le dialogue ! Chaque fois que la fanfare de la Garde républicaine se met à claironner, au rez-de-chaussée (et elle se déclenche environ tous les quarts d’heure), c’est brusquement l’émeute. Tous ces gens costumés trois-pièces et colliers de perles se transforment en brutes enragées d’un seul coup, je les vois nous foncer dessus, se ruer vers les rambardes, pousser les tables, nous sauter sur la tête, renverser les piles de livres, arracher les fils électriques pour aller regarder ce qui se passe. On dirait la scène d’incendie bloyenne du Bazar de la Charité mélangée à une séquence d’hystérie collective de Mort à crédit.[access capability= »lire_inedits »]
Si, comme le prévoyaient déjà vers le début des années cinquante certains sociologues lucides, la consommation culturelle joue maintenant un rôle comparable à celui de l’automobile il y a trente ans, ou celui des chemins de fer au siècle dernier, alors on tient là une preuve supplémentaire de l’infériorité atroce de la littérature actuelle. Rien, aucun grand roman, aucune « Bête humaine », aucun « Germinal » capables de décrire, sous les couleurs horrifiques voulues, ce phénomène infernal. C’est que ceux qui pourraient, qui devraient le prendre en main (les « écrivains », les « auteurs »), en sont aussi (par de misérables privilèges qui leur paraissent exorbitants : colloques, salaires, voyages, séjours, etc.) les bénéficiaires et complices. D’où ces avalanches de petits romans extraterrestres, débranchés, hors contexte historique, hors société, sans avis sur rien, romans-Berlon, romans-Baudelaire, tous récits écrits en « reconstitué », en Viollet-le-Duc, en rhétorique de troubadour avec pourpoints crevés, falbalas, toques à plumes. Voilà. Ce sont des romans troubadour.
Quand le centre oppressif du monde leur était extérieur (grande industrie, capitalisme, société de consommation), les écrivains pouvaient le repérer, et même certains trouvaient le courage de l’affronter. En revanche, aucune connaissance du centre actuel de l’oppression ne leur est aujourd’hui possible, puisqu’ils en sont les acteurs ou les bouffons. Ils sont obligés pour survivre de collaborer à sa prolongation. Scier la branche à laquelle ils se cramponnent est une tentation qui effleure parfois les meilleurs mais qu’ils ont la prudence de ne jamais pousser très loin. De cette tentation, il ne leur reste que le mépris d’eux-mêmes et des autres. Ainsi, les romans qu’ils écrivent sont-ils tous, d’une façon ou d’une autre, des apologies d’une société dont ils attendent qu’elle les consomme. « Indiquer les désastres produits par les changements des mœurs »… Le projet balzacien, qui n’a jamais été le réalisme, comme le croient les cons, mais la critique de la société telle qu’elle n’arrête pas de ne pas se voir, leur est impossible puisqu’ils sont les collabos de ces désastres (c’est pour cela aussi qu’ils détestent Balzac). Il est normal que leur art s’abîme et disparaisse, supplanté par la publicité, expression pure de la soumission, soumission à l’état pur, art absolu de la soumission.[/access]

Jalabert, le panda émissaire

Lundi soir, nous apprenions sur toutes les ondes que le très grand champion cycliste Laurent Jalabert, surnommé le panda, 138 victoires au compteur, se trouvait dans l’œil du cyclone. Il était enfin confondu au grand plaisir de tous ceux qui détestent le cyclisme, un sport sans doute trop populaire pour ses contempteurs et trop gratuit pour ses millions de spectateurs qui, quel gâchis, ne payent même pas pour voir passer les coureurs.
Rappelons les faits tels qu’ils nous sont contés. En 2004, le Laboratoire national de dépistage du Dopage de Chatenay-Malabry a procédé de manière strictement anonyme à un nouveau test des échantillons d’urine des coureurs contrôlés en 1998, l’année du Tour de France du scandale : l’équipe Festina de Richard Virenque avait été prise la main dans le sac et son soigneur Willy Voet arrêté à la frontière franco-belge en possession de plusieurs doses d’EPO. L’équipe Once, pour laquelle Jalabert courrait, dirigé par le trouble Manolo Saiz, avait quitté la compétition après avoir dirigé une fronde contre la direction du Tour. La victoire finale était revenue au fabuleux grimpeur Marco Pantani dont on connaît le tragique destin. Ces analyses de 2004 révélaient la présence d’EPO (indécelable en 1998), dans de très nombreux échantillons.
Le 14 mars 2013, une commission d’enquête sénatoriale est mise en place. Sa mission est de réaliser un audit sur l’efficacité de la lutte antidopage en France. Elle demande au laboratoire de Chatenay-Malabry de lui fournir les procès verbaux nominatifs des coureurs dont les échantillons d’urine ont été contrôlés positifs et auditionne de nombreux témoins : Richard Virenque, Laurent Jalabert, Jean-Pierre Paclet, ancien médecin de l’équipe de France de Football, Francesco Ricci Bitti président de la Fédération internationale de tennis (ITF), ainsi que Marie-George Buffet, ministre des sports du gouvernement Jospin (1997-2002)…
La commission sénatoriale dirigée par le sénateur socialiste de la Creuse Jean-Jacques Lozach a donc décidé de révéler le nom de Jalabert quinze ans après les faits. D’autres noms suivront peut-être. C’est assez triste et pitoyable. Sans doute nos chers sénateurs seraient-ils mieux avisés de s’occuper de la validité des contrôles en 2013, de cet étrange phénomène qui touche de nombreux sports (tennis, football et cyclisme bien sûr) qui permet l’apparition d’athlètes de plus en plus minces (fonte magique de toute masse graisseuse !) qui courent, jouent, roulent de plus en plus vite. Nous aimerions beaucoup aussi que l’on analyse les échantillons d’urine de l’équipe de France de football championne du Monde en 1998, intouchables, forcément intouchables, ou ceux des vainqueurs de Roland Garros, des nageurs et nageuses de l’équipe de France, des rugbymen du Tournoi des 6 Nations… mais nous sommes de doux rêveurs.
Pourquoi cette discrétion des médias sur la bombe lancée par Marie-George Buffet devant les sénateurs à propos de notre équipe de foot victorieuse de 1998, et plus précisément au sujet d’un contrôle antidopage mené sur les Bleus avant le début de la compétition : « J’ai subi des pressions de toutes sortes » ? Pour qu’on la comprenne bien, l’ancienne ministre a ajouté : « Les médias me sont tombés dessus de manière très violente, il y a eu un déferlement où on m’accusait d’empêcher l’équipe de France de se préparer dans de bonnes conditions. Je me suis sentie isolée et j’ai flanché, j’ai presque été amenée à m’excuser. »
Rien n’a changé depuis : certains sports, comme le football, ou le tennis sont intouchables, et le cycliste fait toujours office de lampiste . Tout le monde le sait, tout le monde se tait. À quand un test pour décéler l’hypocrisie ?

La Valise mexicaine s’était fait la malle

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robert capa valise

Comment verrions-nous la guerre d’Espagne sans les photos de Capa, Taro et Chim ? Certes, elle a donné naissance à des textes inoubliables, tels que Pour qui sonne le glas ? d’Ernest Hemingway, Un Testament espagnol d’Arthur Koestler, Hommage à la Catalogne de George Orwell, ou L’Espoir d’André Malraux. Mais contrairement au photographe ou au cameraman, le  journaliste ou écrivain qui commente l’événement ne va pas toujours sur les lieux ­­- l’actualité se charge de nous le rappeler. Hemingway n’a pas assisté à l’offensive désastreuse des forces républicaines au col de Navacerrada, près de Ségovie, qu’il a immortalisée dans son roman. Il n’en a connu que les photographies de Capa et Taro. Et c’est la Passionaria de Chim (David Seymour) qui lui a servi de modèle pour Pilar, pas Dolores Ibárruri.
Le bombardement du village de Guernica par l’aviation allemande, le 26 avril 1937, un jour de marché, en offre un autre exemple. Les photos de Capa au Leica et de Taro au Rolleiflex laissèrent le monde pétrifié. Et ces images dans Ce Soir, le journal de Louis Aragon, inspirèrent Picasso pour peindre son monument contre la guerre.
Les négatifs de ces célèbres photos ont ressurgi miraculeusement après soixante-dix ans dans la légendaire valise mexicaine. Il faut courir voir l’exposition La Valise mexicaine, que présente le  Musée d’art et d’Histoire du judaïsme jusqu’au 30 juin. En 1939, Robert Capa fuit Paris et confie à son ami Csiki Weisz, un autre photographe hongrois réfugié dans la capitale, trois boîtes en bois contenant des négatifs et des tirages. Celui-ci les met dans un sac et pédale vers le sud. C’est dans la valise du général Francisco Javier Aguilar Gonzalez, ambassadeur du Mexique à Vichy en 1940-1941, que les négatifs de la guerre d’Espagne traversèrent l’océan avant de refaire surface. Les boîtes contiennent les 4500 négatifs des photos de la guerre civile espagnole prises entre 1936 et 1939 par trois jeunes photoreporters qui ont inventé un métier : Robert Capa (Endre Friedmann), Gerda Taro (Gerta Porohylle), sa compagne, et Chim (Dawid Szymin/David Seymour). Un Hongrois, une Allemande, un Polonais, trois réfugiés juifs qui avaient fui le fascisme et l’antisémitisme et qui voulaient alerter le monde. Les Brigades internationales comptaient ainsi une énorme proportion de Juifs (7000 sur 35 000 volontaires) venus de toute l’Europe, des Etats-Unis et même des Bundistes (sionistes socialistes) de Palestine.
Chaque boîte est divisée en 50 casiers à la dimension des rouleaux de pellicules. Les pellicules proviennent visiblement du film cinéma 35mm découpé par les photographes et les vues numérotées à la main. Une feuille soigneusement quadrillée est collée à l’intérieur du couvercle portant l’emplacement des pellicules du coffret avec un numéro et une légende écrits à l’encre noire, indiquant le thème et le lieu. L’exposition présente également des planches de contact agrandies, des tirages originaux, des doubles pages des magazines de l’époque ­-­ et la machine à écrire Remington.
La guerre d’Espagne, antichambre et laboratoire de la Seconde Guerre mondiale, c’est, pour beaucoup d’entre nous, un soldat des milices républicaines fauché par une balle sur le front d’Andalousie : Mort d’un milicien. Quelques jours plus tard, le 23 septembre, la célèbre photo de Capa parut dans le nouveau magazine Vu. L’année suivante, Saint-Ex la commenta dans Paris-Soir, tandis qu’elle avait les honneurs d’un nouveau venu, Life. Ce symbole de la guerre d’Espagne est devenu un classique de la photo de guerre. Dans les années 70, la photo a donné lieu à controverse comme toutes les images emblématiques : était-elle posée, reconstituée ? À l’heure où Photoshop est roi, la question a de quoi faire sourire.
Cette poignée de jeunes gens qui risquaient leur vie pour donner à voir les horreurs de la guerre et réveiller les opinions publiques fixait aussi sur la pellicule la vie quotidienne des paysans, la foi et la détermination sur les visages, l’inquiétude dans les yeux des femmes, le rire d’un enfant. En reportage pour les journaux du Parti communiste français, ils voulaient dénoncer le vrai visage du fascisme et leurs photos firent le tour du monde.
« Si la photo n’est pas bonne, c’est que vous n’étiez pas assez près » disait Capa, qui fonda la prestigieuse agence Magnum en 1947 avec Henri Cartier-Bresson et David Seymour-Chim. Alors qu’elle était en reportage à Brunete, à l’ouest de Madrid, pour le journal Ce Soir, Gerda Taro trouva la mort le 25 juin 1937, heurtée par un char. Le PC organisa des funérailles populaires et un mois plus tard, Ce soir titrait un reportage illustré : « Ce que Gerda Taro a vu la veille de sa mort. » Certains pensent aujourd’hui que sa mort aurait pu être programmée par Staline.

Musée d’art et d’Histoire du Judaïsme, Hôtel St-Aignan, 71 rue du Temple, 75003 Paris. M° Rambuteau, Hôtel de Ville. Ouvert du lundi au vendredi de 11h à 18h, et le dimanche de 10h à 18h. Tarif: 9,50€ (plein) 6,50€ (réduit). Jusqu’au 30 juin. 

*Photo : Robert Capa.

Tous centenaires : une bonne idée ?

euthanasie handicap dependance

Combien de fois ai-je entendu des affirmations du genre « Les OGM ou le nucléaire ça me fout la trouille, mais, les progrès de la médecine, quand même, c’est fantastique ! ». Paradoxe : dans ce « monde de dingues » où tout foire, où c’est « la crise » partout, la seule satisfaction qui reste… c’est qu’on y vit plus longtemps. Grâce à la médecine, dernier vestige de la promesse prométhéenne, ultime trace crédible du complexe d’Orphée.
Dans un remarquable article du Débat, « Quand la médecine engendre des handicapés« , la neurochirurgienne Anne-Laure Boch, ose s’attaquer au « progrès » de la médecine technoscientifique et  à ses impasses. Sa thèse, disons-le, est  peu banale : la médecine aujourd’hui, du fait même de l’efficacité du progrès médical, n’est rien de moins qu’une usine à handicapés, une « fabrique à dépendance », qui pèse de plus en plus sur une société qui n’aspire qu’à jouir sans entraves. Du coup, cette même société demande à la même médecine de la débarrasser de ces handicapés dont elle ne supporte plus la visibilité. D’où la demande sociale de plus en plus forte d’euthanasie. CQFD
La fabrication du handicap par la médecine peut prendre plusieurs formes :  de l’accident lors de la prise en charge d’un patient, qui transforme une mort assurée en une tétraplégie de trente ans, à la prolongation de la vie des personnes faibles grâce aux soins médicaux (que serait l’espérance de vie d’un paraplégique ou d’un hémiplégique sans l’omniprésence de la médecine dans leurs vies ?), en passant par la transformation de maladies aigües en maladies chroniques (qui conduit des gens à vivre toute leur vie sous dialyse ou perfusion).
Mais « l’immense population d’handicapés que la médecine moderne porte à bout de bras » est constituée d’abord par les personnes âgées. En effet, l’explosion de la « dépendance »[1. La poésie administrative a affublé Michelle Delaunay, en charge de la question, du délicieux titre officiel de « Ministre de l’autonomie et des personnes âgées ». C’est vrai que ça en jette plus que « Ministre de la dépendance et des incontinents »] voit l’apparition de cortèges de handicapés, là où autrefois on trépassait avant la date de péremption. La mort, autrefois exogène, est devenu endogène : on n’est plus tué, mais on se meurt. On ne vit plus, on s’empêche de mourir. À petit feu. « Avec un peu de « chance », chacun pourra, grâce à la médecine, évoluer tôt ou tard vers la démence sénile. Comme si la démence était la borne finale, nécessaire et suffisante, que la nature oppose à nos efforts de longévité médicalement assistée. »
Que celui qui n’a jamais eu peur de mourir lui  jette la première pierre tombale me direz-vous… mais il n’est pas question de juger une attitude légitime (l’aversion au risque et la volonté de vivre à n’importe quel prix), mais bien les contradictions que cette peur bien naturelle trouve aujourd’hui dans une société qui veut tout, tout de suite, et pour très longtemps. On veut vivre très vieux, mais attention,  en pleine forme physique et mentale, et on ne veut surtout pas savoir que contrairement à Jeanne Calment, Winston Churchill ou Nelson Mandela, ça n’est pas toujours possible.
Au nom de cette impossible résignation, les relents mortifères n’ont eu de cesse d’être chassés hors du quotidien des hommes, de maisons de retraites en soins palliatifs, de crémations discrètes en suicides assistés. Mais, manque de bol, ce dégoût de la mort accouche d’un monde peuplé d’infirmes et de naufragés.
Anne-Laure Boch met le doigt où ça fait mal en posant une question que nous n’avons pas envie de nous poser : celle de la place de ces handicapés dans une société qui vénère la performance à tous les niveaux. Autant préciser : elle ne se situe évidemment pas dans une perspective eugéniste qui pointerait du doigt ces nouveaux infirmes comme des parasites à éliminer. Au contraire. Elle met en évidence les contradictions d’une société, qui, tout en cherchant à prolonger la vie jusqu’à l’indignité et la déchéance, à travers des soins médicaux de plus en plus performants, exprime une demande de plus en plus pressante d’euthanasie ou de suicide assisté, pour abréger artificiellement ces invalides qu’elle a elle même fabriqués. Le survivalisme fiévreux du dernier homme qui fait de sa vie un cercle parfait bouclé par le retour de la couche culotte, a pour corollaire une aversion de plus en plus marqué pour toute déficience physique ou mentale.
L’auteur n’y va pas par quatre chemins : « Tant que l’on réanimera coûte que coûte les prématurés de huit cents grammes, que l’on vaccinera contre la grippe les nonagénaires déments, il ne faudra pas s’étonner que l’opinion considère l’euthanasie comme sa seule planche de salut. »
Le commandement nouveau « mourir dans la dignité » n’est qu’un reflet de cette aversion pour toute forme de dépendance, qui aboutit à l’idée que seule une « fin de vie » sous contrôle, décidée, choisie et préparée peut être une solution au naufrage de la vieillesse.
La mort est un droit de l’homme, vous dis-je !

*Photo: SalFalko

Mariage gay : Votre Golem

joseph mace scaron mariage

Parler, donc, de la loi Taubira.
Ou plutôt du non-débat autour de ce texte puisque que toute l’énergie, toute l’innovation déployée avec une frénésie de moyens n’ont visé qu’à rendre le combat aussi féroce qu’inexpiable. Dans son précédent éditorial, Élisabeth Lévy estime que la responsabilité principale de cette situation qu’elle déplore incombe à ceux qui auraient vu de l’homophobie partout. Accrochés à leur statut victimaire comme des moules à leur rocher, ils auraient fini par indisposer ces braves gens qui veulent sauver la France au nom du Sacré-Coeur et qui soutiennent que, pour se marier, il faut deux personnes de même secte.
Je ne sais pas ce qu’est un « statut victimaire ». Je sais, en revanche, ce que sont les victimes de l’homophobie. J’en ai rencontré une récemment, et je dois souligner que son statut ne relevait pas de la construction intellectuelle, comme je dois souligner qu’il ne se passe pas une semaine sans qu’un « cassage de pédés » apparaisse en une de la presse locale.[access capability= »lire_inedits »]
Je ne sais pas non plus ce qu’est une « égalité » qui consiste à ne pas donner les mêmes droits à tous. Je reprends cette curieuse équation toujours dans cet éditorial. Une égalité qui continue d’entretenir des différences de situation, une « égalité discriminante » ? Voilà assurément un joli oxymore qui aurait ravi Philippe Muray.
Après ces taquineries, j’aimerais présenter deux éléments qui n’apparaissent pas dans les contributions des causeurs de Causeur sur ce sujet. Le premier est que cette loi n’est pas une énième élucubration sociétale, mais bien une avancée sociale.
Les esprits vigilants de cette rédaction auraient dû être alertés par la mauvaise grâce, voire l’indifférence des gays établis à défendre ce texte. La raison de cette réticence était simple : le mariage pour tous n’est pas une « extension du domaine du désir », comme on le dit dans ces pages. Ceux qui, comme moi, ont défilé en faveur de cette loi ont pu voir que l’immense majorité des manifestants étaient issus de milieux modestes. Dans la crise que nous traversons, en Grèce, en Espagne,  en France, partout en Europe, pouvoir construire une famille n’est pas une tocade mais une nécessité, la première des protections.
Le second est que cette loi n’instaure pas une « filiation homosexuelle », comme cela est écrit. Tout simplement parce que les familles homosexuelles qui adopteront demain, tout comme les homosexuels qui adoptent aujourd’hui, ne peuvent évidemment pas échapper au devoir de vérité. Des couples hétérosexuels peuvent nier une filiation : j’en connais, hélas,  et les dégâts sont considérables. À moins de vivre sur la planète Xena, un couple de lesbiennes pourra difficilement faire croire à l’enfant adopté qu’il n’est pas né d’un père et d’une mère. D’ailleurs, on verra vite que les véritables opposants à la remise en cause de l’adoption plénière se  trouvent dans les rangs des familles hétérosexuelles.
Il y aurait tant à écrire sur nos désaccords. En bons schmittiens, vous voulez discerner vos ennemis. Malheureusement, vous cherchez des noises à un adversaire imaginaire, un mur contre lequel il vous sera plus aisé de rebondir. J’ai l’impression tenace que votre curseur reste bloqué à la fin des années 1990. Mais Jospin est (politiquement) mort et la gauche ne se sent plus très bien. En revanche, le Golem créé par les manifs anti-Taubira va très bien. Prévoyons déjà qu’il atteindra sa taille adulte aux prochaines élections européennes.[/access]

*Photo : Hannah Assouline.

Jacques Semelin vs Robert Paxton : les juifs de France sous l’Occupation

La librairie Les Cahiers Lamartine organise ce soir un débat – qui sera retransmis sur France culture lundi dans La Fabrique de l’histoire–  entre Robert Paxton et Jaques Semelin, à l’occasion de la sortie  du livre de ce dernier Persécutions et entraides dans la France occupée, Comment 75% des juifs ont échappé à la mort.
Paxton et Semelin, historiens de référence sur le régime de Vichy, ont éclairé deux faces opposées de cette période troublée de notre histoire. Comme on peut dire d’un verre qu’il est à moitié vide ou à moitié plein, chacun des deux historiens a choisi de regarder l’Occupation sous un angle différent : celui de la collaboration, et celui de l’entraide et de la résistance.
La « révolution paxtonienne » occasionnée à l’occasion de la sortie du livre La France de Vichy en 1973 fit trembler pour la première fois le mythe gaullien d’une France entièrement résistante, et rejeta la thèse du glaive et du bouclier qui consistait à faire de Gaulle et Pétain les deux faces d’un même Janus résistant. Le livre de Paxton révélait une France collabo, dont les élites avaient, en toute conscience, non seulement offert leur appui à l’Allemagne nazie, mais tenté d’instaurer un véritable fascisme à la française sous la forme de la « révolution nationale ». Quant au peuple français, l’auteur rappelait son antisémitisme foncier et son soutien massif à la législation raciale.
Semelin, lui, a choisi de regarder l’envers de la médaille. Certes, sur les 350.000 juifs demeurant en France, 90.000 ont été tués par les nazis, et il n’est pas question de relativiser un tel crime. Néanmoins, cela signifie que 75% d’entre eux ont réchappé – 90% pour les juifs de nationalité française : un taux exceptionnel par rapport à une moyenne européenne à 33%- à tel point qu’on a pu parler d’ « énigme française ».  Jacques Semelin s’intéresse à ces 260.000 personnes qui ont pu se soustraire  au sort terrible qui les attendait, et aux gens, qui, dans l’ombre on eu le courage de les aider. Quatre figures clés ressortent de ce « point aveugle » de l’historiographie de la Shoah : l’ange gardien, l’hôtesse, le faussaire et le passeur, auteurs de petits gestes d’entraide et de solidarité qui ont fait la différence, actions minimes d’anonymes souvent tombés dans l’ombre des 3500 justes officiellement reconnus par Israël.
Deux historiens de talent, deux points de vue, deux recherches approfondies : un vrai débat en perspective.

semelin paxton

Egypte : Mohamed Morsi, premier anniversaire

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morsi egypte freres musulmans

Ces douze derniers mois ont probablement été les plus longs de la vie de Mohamed Morsi, cinquième président de l’Egypte et le premier démocratiquement élu. Rétrospectivement, cette première année de mandat ressemble en effet à un tour de montagnes russes.
À la veille du premier anniversaire de son élection, Morsi est confronté à une vaste fronde, largement alimentée par une opposition qu’il a involontairement contribué à unifier.  Des millions d’Egyptiens crient leur colère et leur mécontentement, non seulement à l’égard de sa politique mais aussi à l’encontre de l’homme et de tout ce qu’il représente.  Mais il ne faut pas l’enterrer trop tôt.  Coriace, patient et surtout chanceux, Mohamed Morsi a plusieurs fois déjoué les pronostics de ceux qui l’avaient sous-estimé.
Première surprise, sa candidature à la tête de l’Etat.  Un homme devait se présenter et gagner au nom des Frères Musulmans : Mohammed Khairat al-Chater, un leader naturel qui porte bien son nom – Chater en arabe signifie « brillant », « excellent », « intelligent ». Le charismatique Khairat al-Chater et le terne Morsi  n’ont rien en commun  mis à part leur formation d’ingénieurs et leur engagement politique au sein de la confrérie islamiste. Mais Morsi était là, prêt et le moment venu, il a su saisir sa chance.
Si Morsi, président du Parti de la liberté et la justice – structure politique crée par les Frères après la chute de Moubarak pour pouvoir participer aux élections – est devenu le champion de son camp, c’est parce que la candidature de son aîné a été disqualifiée par le Conseil Suprême des forces Armées. Selon la loi électorale égyptienne, un ancien prisonnier ne peut se présenter aux élections présidentielles moins de six ans après sa sortie de prison. Or, Khairat al-Chater, incarcéré par Moubarak pour ses activités au sein des Frères Musulmans, n’a retrouvé la liberté qu’en mars 2011, après la chute du raïs.
Les choses n’étaient pas gagnées d’avance pour ce fils de fellah. Car Morsi est le produit de la Révolution sociale-nationaliste des officiers libres qui a mis fin à la monarchie en 1952. Aîné d’une fratrie de cinq, Mohamed a pu s’en sortir grâce à ses talents et aux opportunités qui s’ouvraient aux jeunes égyptiens dans les années 1950-1970. Comme nombre de ses petits camarades, Morsi a suivi des études de « mouhandisse » (ingénieur) un métier à l’époque prestigieux[1. Le fait que ce n’est plus le cas est d’ailleurs un des problèmes majeurs auxquels Morsi doit aujourd’hui faire face.] qui permet une ascension sociale rapide et offre des débouchés professionnels attractifs essentiellement dans le giron de l’Etat égyptien et des entreprises qui en dépendent.
Quoiqu’ayant bénéficié des bienfaits de la révolution nassérienne, le jeune Morsi reste fidèle aux traditions les plus orthodoxes et va chercher sa femme au bled. A l’âge de 28 ans, son diplôme d’ingénieur de l’université du Caire en poche, il épouse sa cousine germaine, de onze ans sa cadette, encore lycéenne au moment du mariage, tout en poursuivant sa thèse de doctorat à l’université South California à Los Angeles.  Son épouse ne l’y rejoindra que deux ans après leurs noces. Selon les dires de Morsi, c’est là-bas, en Californie, au sein du centre islamique local, qu’il  adhère aux Frères Musulmans,  peu après la signature du traité de paix entre l’Egypte et Israël (mars 1979). Quelques années plus tard, en 1985, les Morsi referment la parenthèse californienne pour regagner l’Egypte avec leurs deux enfants nés sur le sol américain.  Le docteur en science des matériaux est embauché comme professeur à l’Université de Zagzig, chef-lieu de sa province natale dans le delta du Nil. Depuis, il mène de front deux carrières parallèles : officiellement enseignant chercheur, il devient dans l’ombre un dirigeant de plus en plus important au sein des Frères. Elu au parlement en 2000 en tant qu’indépendant – la confrérie islamiste étant officiellement interdite de candidature – il grimpe les échelons puis accède finalement à la présidence du parti de la liberté et la justice, plateforme politique de la confrérie créée en 2011.
Ce brillant cursus honorum est venu pallier le manque de charisme d’un homme qui, à défaut d’un leadership incontestable réussit à frayer son chemin à force de ténacité.
Son élection à une courte majorité (51.73% à 48.27%) contre le dernier premier ministre de Moubarak Ahmad Chafiq a été accueillie avec circonspection. Même oint du suffrage universel,  rien n’indiquait qu’il ferait le poids face au Conseil suprême des forces armées et son chef expérimenté, le maréchal Tantaoui. Mais Morsi a très vite repris la main. Dès le 12 août 2012, après un attentat sanglant contre l’armée égyptienne dans le Sinaï, le nouveau président abroge le décret du 17 juin attribuant les pouvoirs législatifs au  Conseil suprême des forces armées, et limoge Tantaoui ainsi que le chef d’état-major des forces armées. Au faîte de son pouvoir, Morsi devient véritablement raïs ce jour-là, en faisant preuve d’un leadership ferme et d’un sens politique aigu. Mais depuis cette éclatante victoire, les ennuis s’accumulent sur son bureau. En décembre 2012, sa tentative de « voler » la constitution au nez et à la barbe des libéraux a lamentablement échoué : la situation était tellement grave qu’on a dû l’évacuer du palais présidentiel de peur qu’il ne tombe aux mains des manifestants !
Six mois plus tard, la position du président Morsi s’est tant dégradée, qu’Abdel Fattah al-Sissi, le nouveau ministre de la Défense et chef du Conseil suprême des forces armées, n’a pas hésité à le mettre publiquement en garde. Dans un communiqué publié la semaine dernière, à quelques jours du premier anniversaire de l’élection, le soldat numéro un du pays brandit clairement la menace : « les forces armées ont le devoir d’intervenir pour empêcher l’Egypte de plonger dans un tunnel sombre de conflit et de troubles ». La perspective d’un retour du décret du 17 juin 2012 n’est plus exclue tant les généraux s’estiment en position de force. Une très mauvaise nouvelle de plus pour Morsi, déjà préoccupé par les piètres performances de l’économie nationale et le vide sécuritaire créé par la révolution en dehors des grandes villes, où bandes armées et hommes à poigne pullulent.
Seul point positif au tableau: la politique étrangère. Pour le moment, Morsi se montre un orfèvre de la realpolitik. Les slogans antisionistes et anti impérialistes qui égayaient sa jeunesse ont laissé la place à une diplomatie fondée sur une coopération étroite avec Israël (Sinaï, Gaza) et une alliance avec les Etats-Unis. L’ouverture vers l’Iran a tourné court et Morsi ancre de plus en plus l’Egypte dans le camp sunnite, au point qu’il n’y a plus d’ambassadeur syrien au Caire mais toujours une délégation israélienne !
Le genre de bilan qui vous fait gagner des prix Nobel mais bien souvent perdre les élections…

Les retards socialistes sont des chances

taubira ps securite

On en est là en matière de justice. On se contente de peu. On n’en est plus à espérer une politique pénale et une action pénitentiaire qui pourraient recueillir l’adhésion de tous les citoyens de bonne foi afin de sortir ces enjeux fondamentaux du débat partisan et donc stérile.
On se félicite seulement de ce qui, à la présidence de la République et au gouvernement, vient subtilement ou ostensiblement entraver le cours et les prévisions parlementaires de certains projets de Christiane Taubira, notamment celui sur la récidive qui semble enfin montrer, au-delà des congratulations solidaires de surface, un véritable et souhaitable antagonisme entre la garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur.
Yves Thréard qui, avec Alexis Brézet, a redonné de la tenue au Figaro – avec des convictions clairement de droite mais sans le sectarisme d’avant qui faisait douter de l’intelligence et de l’honnêteté – a parfaitement et avec roideur résumé l’essentiel de cette loi pénale. On rêverait que celle-ci n’arrivât pas comme Godot, qu’elle demeurât dans les limbes de cette gauche spéciale inventant une réalité pour ses fantasmes au lieu de se fonder sur elle pour les détruire.
« Pas de prison pour les peines inférieures à deux ans, pas de sanctions planchers pour les récidivistes, pas de peines de sûreté pour les délinquants les plus dangereux, pas de révision des ordonnances de 1945 sur les mineurs ».
Une philosophie de la mansuétude organisée et de la destruction systématique de ce qui peu ou prou pouvait s’opposer à la délinquance et à la criminalité. Pour leur faire comprendre, fût-ce sévèrement, qu’elles n’étaient pas bienvenues ni acceptables en France.
Sur le dernier point concernant les mineurs à Paris, il n’est pas sans intérêt de relever que selon l’Observatoire de la délinquance, un tiers des multirécidivistes ont moins de 16 ans, ce qui n’aurait pas rendu absurde l’instauration de dispositifs mêlant plus efficacement l’état de minorité et la constatation de changements sociologiques avec la gravité de plus en plus précoce de comportements transgressifs.
Pour la prison, je rappelle que le but d’une politique pénale n’est pas de la vider mais de mettre en oeuvre ce qui est nécessaire pour la sauvegarde de la sûreté publique – donc l’incarcération conjuguée à une palette d’autres sanctions adaptées aux délits et aux crimes. La prison si nécessaire, l’absence de prison si possible.
Et ces prisons, seront-elles délaissées à vie, seulement envisagées comme un univers à désemplir de toute urgence faute de savoir les restaurer humainement, matériellement, et de garantir sécurité et ordre en leur sein, pour répondre à l’attente des surveillants et améliorer la condition des détenus ?
Le plus symptomatique reste toutefois, depuis un an, la danse gouvernementale autour de la loi ayant édicté les peines plancher, probablement l’initiative la plus cohérente et heureusement rigoureuse du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Au lieu de ne considérer que l’atteinte qu’elle est susceptible de porter à la liberté des juges, on ferait mieux de s’interroger sur son principe et d’admettre la pertinence de celui-ci. Appréhender les infractions isolément sur un casier judiciaire a évidemment moins de sens que d’examiner l’entêtement mis à s’insérer dans des parcours délictuels et/ou criminels et de réprimer ceux-ci à hauteur de leur répétition.
Cette motivation qui a inspiré les peines plancher est d’ailleurs tellement fondée que le dogme socialiste dans ce domaine bat de l’aile et que promise lors de la campagne, leur suppression est différée. Au point qu’une circulaire a tenté d’en atténuer les effets bénéfiques puis que le président de la République et Manuel Valls ont fait valoir que les abolir ne serait judicieux que si on trouvait une solution pour les remplacer. Ce qui éclaire la bêtise idéologique d’une démarche qui les répudie parce que Nicolas Sarkozy les a voulues mais a conscience de devoir les garder peu ou prou sous une autre forme parce qu’elles sont utiles.
Aussi, parce que Christiane Taubira – de moins en moins icône car obligée de plus en plus à être garde des Sceaux – sera un jour à même d’obtenir ce débat parlementaire qui ne lui offrira pas la même ivresse ni le même assentiment que le mariage pour tous, je bénis les retards socialistes qui sont le signe d’une raison rendant hommage de manière indirecte à ce que l’idéologie s’acharne à défaire.
Je bénis les hésitations du président de la République et du Premier ministre. L’un comme l’autre supputent le mauvais effet de cet adoucissement envisagé. En effet, pour paraphraser Arnaud Montebourg, il ne pourra qu’être « le carburant » du FN et d’une France qui a tendance à prendre au tragique la rime entre socialisme et laxisme.
Je remercie le ministre de l’Intérieur pour avoir déclaré : « Si on supprime les peines plancher sans les remplacer, on se découvre ».
Pour lutter contre les aberrations programmées par Christiane Taubira ministre socialiste, pas d’autre choix que d’approuver les obstacles mis sur son chemin par d’autres socialistes plus lucides.
On en est là.
Les retards socialistes sont des chances.*Photo : francediplomatie.

Zyva, Merkel, libre-échange et roms: indiscrétions assurées

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trocadero psg zyva

Les casseurs du Trocadéro étaient des « zyva », pas des ultras.
Dans l’ébullition qui a suivi les violences du Trocadéro, intervenues le 12 mai après la victoire du PSG en Ligue 1 de football, plusieurs médias ont mis en avant le conflit entre un groupe de supporters – les « Ultras » – et la direction du club. Il y a trois ans, après, il est vrai, des violences ayant entraîné la mort de deux supporters, celle-ci avait dissous les deux « kops » (tribunes) – Auteuil et Boulogne –, leur interdisant de se regrouper dans le stade. Une partie des habitués, qui se sont autoproclamés « Ultras », ont alors boycotté les matchs. Et leur banderole – « Liberté pour les Ultras » – flottait effectivement place du Trocadéro le soir des violences.
De nombreux articles, notamment celui paru dans Le Monde du 16 mai sous le titre « Les Ultras résistants », ont privilégié cette hypothèse qui contrastait singulièrement avec les images diffusées en boucle sur Internet et les chaînes d’info – jusqu’à ce que la police interdise aux reporters de filmer. À l’évidence, les assaillants n’avaient pas grand-chose à voir avec des supporters du PSG, même « ultras ». Il s’agissait plutôt d’une intervention massive et apparemment organisée de « jeunes de banlieue », comme on dit.[access capability= »lire_inedits »] Certains clamaient d’ailleurs qu’ils n’en n’avaient « rien à foutre du foot ». Ils étaient venus, disaient-ils, pour « tout casser et se battre avec les flics ». L’audience au cours de laquelle les jeunes interpellés dans la soirée ont été jugés en flagrant délit a bien confirmé que l’arbre des « Ultras » avait servi à cacher la forêt des bandes de banlieue. Il ne manquerait plus que les « cailleras » cassent autant sous Hollande que sous Sarkozy ! Voire, plus grave encore, qu’ils prennent l’habitude de brûler des voitures à Paris au lieu de s’en prendre à celles de leurs voisins de cité. Personne ne leur a dit que, maintenant, c’était le changement ?
Pour Angela Merkel, le Smic est la cause du chômage en Europe.
Quand François Hollande a, sur un ton plus que modéré, évoqué les « amicales tensions » entre la France et l’Allemagne, nous avons eu droit à un concert d’indignation. La plupart de nos éditorialistes ont évoqué, souvent sur un ton très anxieux, le spectre de la « germanophobie » montante dans le pays. Les mélenchonistes, les députés frondeurs du PS et certains élus de l’UMP étaient désignés comme les idiots utiles d’un retour à la haine du « Boche ». Au point qu’on a craint une poussée d’eczéma carabinée de Bernard Guetta qui, depuis des années, prône quotidiennement la fusion entre la France et l’Allemagne, prélude à l’avenir radieux de l’Europe une et indivisible. En revanche, lorsque, vers la fin avril, Angela Merkel est montée au créneau contre les pays qui ont instauré un salaire minimum (France, Grande-Bretagne, Espagne, Portugal), pointant une supposée corrélation – très contestée par ailleurs – entre Smic et chômage, l’information a été commentée de-ci de-là, mais nul ne s’est offusqué de ses mauvaises manières. Il s’agissait pourtant d’une ingérence maladroite dans la politique intérieure desdits pays, les politiques sociales relevant, selon les tables de la loi européennes, de la souveraineté nationale.
Le traité de libre-échange euro-américain prépare le meilleur des mondes sans frontières.
On pensait que le débat sur l’exception culturelle ou sur le bœuf aux hormones était derrière nous. Fatale erreur ! Pour Obama, tout doit être mis sur la table pour ce méga-traité, qui porte sur 30% des échanges commerciaux mondiaux, et dont les objectifs plus ou moins avoués sont de lutter contre le développement du protectionnisme et d’initier une contre-offensive des pays développés face à la montée en puissance des pays émergents. François Hollande n’en a pas dit un mot lors de sa conférence de presse. Les médias ont peu évoqué le dossier. Bref, on dirait que ce genre d’accord – qui contribue à changer notre monde au moins autant que le mariage gay – ne peut se concocter qu’à l’abri du regard des peuples dits souverains.
On aurait préféré que la coopération entre les deux continents, qui ont objectivement des intérêts communs, se développe aussi sur le front du protectionnisme industriel. Ainsi l’Amérique a-t-elle, voici deux ans – fait, là encore, peu commenté − mis en place une taxe de 250% sur les importations de panneaux solaires chinois tandis que l’UE « envisageait » une taxe de 47% – finalement écartée par Angela Merkel. Entre-temps des dizaines de PME spécialisées dans le solaire ont mis la clef sous la porte en France et en Allemagne.
L’Allemagne et l’Angleterre ne veulent plus accueillir de Roms.
Rappelez-vous l’hystérie sémantique qui s’était emparée d’une partie de la gauche française après le fameux « discours de Grenoble » de Nicolas Sarkozy. Pour commenter des expulsions du territoire accompagnées de primes – et permettant aux personnes concernées de revenir en France six mois plus tard –, on parlait de « chasse aux Roms » et de « déportations ». La commissaire européenne Viviane Reding évoqua explicitement le nazisme, pour le plus grand bonheur d’une partie de nos médias. En revanche, aucun n’a évoqué la récente et très officielle requête du ministre allemand de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich (CSU), soutenu par ses collègues autrichien, anglais et hollandais : ceux-ci souhaitent obtenir une dérogation pour ne pas accueillir les Roms qui, notamment en Allemagne, bénéficient de prestations sociales avantageuses – et donc coûteuses − accordées par les municipalités et les Länder. Quoique rédigée avec une grande pudeur – on y parle de « certaines populations » issues de Bulgarie et de Roumanie et non de Roms, cette demande constitue un véritable « forfait » contre la libre circulation des citoyens de l’Union : il ne s’agit plus de reconduire aux frontières mais de refuser d’accueillir des candidats à l’immigration de l’Union européenne. Bien entendu, la réponse de Viviane Reding a été sèche comme une bûche de Bavière : « Tous les États de l’UE, y compris le ministre allemand de l’Intérieur, sont invités à participer aux efforts et aides mis en place en direction des Roms. La dépense relève de la compétence des États. »
L’affaire méritait bien une brève dans Libé ou dans Le Monde, non ? Non ? Bon. Donc on reparlera des Roms quand Sarko sera revenu à l’Élysée.[/access]

*Photo: capture d’écran Le Figaro TV

Affaire Al-Dura : Karsenty condamné

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karsenty dura enderlin

Les juges de la 11ème chambre de la Cour d’appel de Paris ont condamné Philippe Karsenty à 7000 € de dommages-intérêts pour avoir diffamé France 2 et son correspondant à Jérusalem Charles Enderlin. Karsenty avait affirmé en novembre 2004 que le reportage diffusé au journal télévisé du 30 septembre 2000, montrant la mort d’un enfant palestinien, et les sévères blessures de son père, victime de tirs ciblés de soldats israéliens, était une manipulation. Il s’agit de la fameuse affaire Al-Dura, qui a connu de multiples rebondissements judiciaires et médiatiques au cours de ces douze dernières années.
Disons-le d’emblée : en termes de droit, la Cour avait à sa disposition tous les éléments permettant de valider le jugement de première instance condamnant Philippe Karsenty pour diffamation. À l’époque où ce dernier mettait en cause France 2, il ne pouvait arguer d’une enquête approfondie, ni de la modération de son propos mettant en cause ce reportage et ses auteurs. C’est donc le Karsenty imprécateur de 2004 qui a été condamné, et non le Karsenty de 2013, qui est parvenu, à force d’opiniâtreté, à faire surgir une vérité maintenant reconnue aussi bien par les autorités israéliennes, que par tous ceux qui, en France et à l’étranger se sont penchés sérieusement sur cette affaire. La justice française a également apporté sa pierre à cette entreprise de vérité, lorsque la Cour d’appel, présidée par la juge Trébucq[1. L’arrêt de la Cour de 2008, relaxant Philippe Karsenty, avait été cassé au motif que la jurisprudence en matière de diffamation interdisait aux juges d’apporter des éléments en faveur de la partie attaquée… ], avait exigé de France 2 la mise à la disposition de la cour des « rushes », les images non diffusées des événements de Gaza, tournées par le cameraman palestinien de la chaîne française. C’est à partir de ces images que sont apparus dans toute leur évidence les mensonges et invraisemblances de la version défendue jusqu’à aujourd’hui par Charles Enderlin. Ces documents sont accessibles sur la toile, et démontrent de manière éclatante que ce reportage relève du « bidonnage » pur et simple. Un florilège des déclarations successives de Charles Enderlin et de son caméraman Talal Abou Rahma, également disponibles sur internet, est très éclairant sur leur rapport pour le moins perturbé avec la vérité lorsqu’ils tentent  de faire avaler au public leur version du meurtre délibéré de civils palestiniens par les soldats de Tsahal.
Aujourd’hui donc, et après le jugement de la Cour d’appel de Paris, je persiste à affirmer :
Que tous les éléments à notre disposition – images, témoignages, expertises balistiques et médicales – concourent à conforter la thèse d’une mise en scène orchestrée par le cameraman Talal Abou Rahma. Qu’en conséquence France 2 et Charles Enderlin se sont rendus coupables d’une faute professionnelle aux conséquences gravissimes.
Que Charles Enderlin, qui n’était pas présent sur place a, sans procéder à un minimum de vérification des affirmations de son caméraman, été le complice conscient ou inconscient de cette supercherie. De plus, il a menti en affirmant qu’il avait coupé au montage les scènes de l’agonie de l’enfant, au prétexte qu’elles auraient « été trop insupportables ». Qu’il a encore menti à la télévision israélienne en déclarant qu’il « n’avait jamais dit que l’enfant était mort sous les balles de Tsahal ». Je tiens à la disposition de la justice d’autres preuves des mensonges d’Enderlin et de Talal Abou Rahma dont je fais grâce aux lecteurs de cet article.
Que le refus, après un semblant d’acceptation, de Jamal Al-Dura, le père prétendument grièvement blessé dans cet incident, de se soumettre à une expertise médico-légale indépendante, laisse penser que les cicatrices présentes sur son corps ne relèvent pas de blessures par balles israéliennes. Elles sont, selon toute vraisemblance, la conséquence de blessures à l’arme blanche reçues au cours d’une rixe à Gaza en 1992, qui ont été soignées par un chirurgien israélien, Yehuda David.
Que France 2 et Enderlin ne sauraient tirer argument de l’arrêt Karsenty pour clamer haut et fort que la thèse défendue par le second est maintenant vérité historique. Cette dernière finira bien par s’imposer.
Enfin, on peut constater que l’adage romain, transmis par Cicéron dans son Traité des devoirs , summa jus, summa injuria (Trop de droit tue le droit) a encore de beaux jours devant lui…

*Photo : xcode.

Tous contre seul

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munch august strindberg

munch le cri muray

15 décembre 1991. Je me traîne dans la gueule du loup d’une séance de signatures à l’Opéra : la « Fête du livre » du Fig-Mag ! Mais qu’est-ce que je fous là, sous le même toit que la comtesse de Paris, Pierre Bergé, Bodard, d’Ormesson, Mallet-Joris, Sulitzer, les Bogdanov, Devos, Dutourd et tant d’autres faisans avec lesquels j’ai un décalage horaire de plusieurs dizaines d’années-lumière que je ne tiens pas du tout à rattraper ? J’ai beau savoir qu’éditer est un long chemin de croix, je me dis que j’aurais pu, avec un peu de courage, m’épargner cette station-là du calvaire. « Tu vois à quoi on est réduit ! », me lance Nemo, dont la table est voisine de la mienne. Il vendra une dizaine de livres, moi six ou sept. Est-ce qu’on peut imaginer quelque chose de plus méprisable que de venir regarder des auteurs sous le nez sous prétexte que c’est dimanche, que c’est bientôt Noël, que les grands magasins sont exceptionnellement ouverts et qu’on ne sait pas quoi faire chez soi ? Morts et mortes en puissance, demi-morts enfourrurés et moumoutés, vioques emperruquées, tous venus acheter la dernière morve de Castelot, la dernière cacade de d’Ormesson. J’ai L’Empire et le Rubens devant moi, sur la petite table. Des discutailleurs s’approchent, ils reniflent la quatrième de couverture, essaient d’engager le débat. Ils tombent bien, ceux-là ! Communicant comme je sais être ! Je les décourage en deux phrases. Qu’ils aillent ailleurs nouer le dialogue ! Chaque fois que la fanfare de la Garde républicaine se met à claironner, au rez-de-chaussée (et elle se déclenche environ tous les quarts d’heure), c’est brusquement l’émeute. Tous ces gens costumés trois-pièces et colliers de perles se transforment en brutes enragées d’un seul coup, je les vois nous foncer dessus, se ruer vers les rambardes, pousser les tables, nous sauter sur la tête, renverser les piles de livres, arracher les fils électriques pour aller regarder ce qui se passe. On dirait la scène d’incendie bloyenne du Bazar de la Charité mélangée à une séquence d’hystérie collective de Mort à crédit.[access capability= »lire_inedits »]
Si, comme le prévoyaient déjà vers le début des années cinquante certains sociologues lucides, la consommation culturelle joue maintenant un rôle comparable à celui de l’automobile il y a trente ans, ou celui des chemins de fer au siècle dernier, alors on tient là une preuve supplémentaire de l’infériorité atroce de la littérature actuelle. Rien, aucun grand roman, aucune « Bête humaine », aucun « Germinal » capables de décrire, sous les couleurs horrifiques voulues, ce phénomène infernal. C’est que ceux qui pourraient, qui devraient le prendre en main (les « écrivains », les « auteurs »), en sont aussi (par de misérables privilèges qui leur paraissent exorbitants : colloques, salaires, voyages, séjours, etc.) les bénéficiaires et complices. D’où ces avalanches de petits romans extraterrestres, débranchés, hors contexte historique, hors société, sans avis sur rien, romans-Berlon, romans-Baudelaire, tous récits écrits en « reconstitué », en Viollet-le-Duc, en rhétorique de troubadour avec pourpoints crevés, falbalas, toques à plumes. Voilà. Ce sont des romans troubadour.
Quand le centre oppressif du monde leur était extérieur (grande industrie, capitalisme, société de consommation), les écrivains pouvaient le repérer, et même certains trouvaient le courage de l’affronter. En revanche, aucune connaissance du centre actuel de l’oppression ne leur est aujourd’hui possible, puisqu’ils en sont les acteurs ou les bouffons. Ils sont obligés pour survivre de collaborer à sa prolongation. Scier la branche à laquelle ils se cramponnent est une tentation qui effleure parfois les meilleurs mais qu’ils ont la prudence de ne jamais pousser très loin. De cette tentation, il ne leur reste que le mépris d’eux-mêmes et des autres. Ainsi, les romans qu’ils écrivent sont-ils tous, d’une façon ou d’une autre, des apologies d’une société dont ils attendent qu’elle les consomme. « Indiquer les désastres produits par les changements des mœurs »… Le projet balzacien, qui n’a jamais été le réalisme, comme le croient les cons, mais la critique de la société telle qu’elle n’arrête pas de ne pas se voir, leur est impossible puisqu’ils sont les collabos de ces désastres (c’est pour cela aussi qu’ils détestent Balzac). Il est normal que leur art s’abîme et disparaisse, supplanté par la publicité, expression pure de la soumission, soumission à l’état pur, art absolu de la soumission.[/access]

Jalabert, le panda émissaire

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Lundi soir, nous apprenions sur toutes les ondes que le très grand champion cycliste Laurent Jalabert, surnommé le panda, 138 victoires au compteur, se trouvait dans l’œil du cyclone. Il était enfin confondu au grand plaisir de tous ceux qui détestent le cyclisme, un sport sans doute trop populaire pour ses contempteurs et trop gratuit pour ses millions de spectateurs qui, quel gâchis, ne payent même pas pour voir passer les coureurs.
Rappelons les faits tels qu’ils nous sont contés. En 2004, le Laboratoire national de dépistage du Dopage de Chatenay-Malabry a procédé de manière strictement anonyme à un nouveau test des échantillons d’urine des coureurs contrôlés en 1998, l’année du Tour de France du scandale : l’équipe Festina de Richard Virenque avait été prise la main dans le sac et son soigneur Willy Voet arrêté à la frontière franco-belge en possession de plusieurs doses d’EPO. L’équipe Once, pour laquelle Jalabert courrait, dirigé par le trouble Manolo Saiz, avait quitté la compétition après avoir dirigé une fronde contre la direction du Tour. La victoire finale était revenue au fabuleux grimpeur Marco Pantani dont on connaît le tragique destin. Ces analyses de 2004 révélaient la présence d’EPO (indécelable en 1998), dans de très nombreux échantillons.
Le 14 mars 2013, une commission d’enquête sénatoriale est mise en place. Sa mission est de réaliser un audit sur l’efficacité de la lutte antidopage en France. Elle demande au laboratoire de Chatenay-Malabry de lui fournir les procès verbaux nominatifs des coureurs dont les échantillons d’urine ont été contrôlés positifs et auditionne de nombreux témoins : Richard Virenque, Laurent Jalabert, Jean-Pierre Paclet, ancien médecin de l’équipe de France de Football, Francesco Ricci Bitti président de la Fédération internationale de tennis (ITF), ainsi que Marie-George Buffet, ministre des sports du gouvernement Jospin (1997-2002)…
La commission sénatoriale dirigée par le sénateur socialiste de la Creuse Jean-Jacques Lozach a donc décidé de révéler le nom de Jalabert quinze ans après les faits. D’autres noms suivront peut-être. C’est assez triste et pitoyable. Sans doute nos chers sénateurs seraient-ils mieux avisés de s’occuper de la validité des contrôles en 2013, de cet étrange phénomène qui touche de nombreux sports (tennis, football et cyclisme bien sûr) qui permet l’apparition d’athlètes de plus en plus minces (fonte magique de toute masse graisseuse !) qui courent, jouent, roulent de plus en plus vite. Nous aimerions beaucoup aussi que l’on analyse les échantillons d’urine de l’équipe de France de football championne du Monde en 1998, intouchables, forcément intouchables, ou ceux des vainqueurs de Roland Garros, des nageurs et nageuses de l’équipe de France, des rugbymen du Tournoi des 6 Nations… mais nous sommes de doux rêveurs.
Pourquoi cette discrétion des médias sur la bombe lancée par Marie-George Buffet devant les sénateurs à propos de notre équipe de foot victorieuse de 1998, et plus précisément au sujet d’un contrôle antidopage mené sur les Bleus avant le début de la compétition : « J’ai subi des pressions de toutes sortes » ? Pour qu’on la comprenne bien, l’ancienne ministre a ajouté : « Les médias me sont tombés dessus de manière très violente, il y a eu un déferlement où on m’accusait d’empêcher l’équipe de France de se préparer dans de bonnes conditions. Je me suis sentie isolée et j’ai flanché, j’ai presque été amenée à m’excuser. »
Rien n’a changé depuis : certains sports, comme le football, ou le tennis sont intouchables, et le cycliste fait toujours office de lampiste . Tout le monde le sait, tout le monde se tait. À quand un test pour décéler l’hypocrisie ?

La Valise mexicaine s’était fait la malle

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robert capa valise

robert capa valise

Comment verrions-nous la guerre d’Espagne sans les photos de Capa, Taro et Chim ? Certes, elle a donné naissance à des textes inoubliables, tels que Pour qui sonne le glas ? d’Ernest Hemingway, Un Testament espagnol d’Arthur Koestler, Hommage à la Catalogne de George Orwell, ou L’Espoir d’André Malraux. Mais contrairement au photographe ou au cameraman, le  journaliste ou écrivain qui commente l’événement ne va pas toujours sur les lieux ­­- l’actualité se charge de nous le rappeler. Hemingway n’a pas assisté à l’offensive désastreuse des forces républicaines au col de Navacerrada, près de Ségovie, qu’il a immortalisée dans son roman. Il n’en a connu que les photographies de Capa et Taro. Et c’est la Passionaria de Chim (David Seymour) qui lui a servi de modèle pour Pilar, pas Dolores Ibárruri.
Le bombardement du village de Guernica par l’aviation allemande, le 26 avril 1937, un jour de marché, en offre un autre exemple. Les photos de Capa au Leica et de Taro au Rolleiflex laissèrent le monde pétrifié. Et ces images dans Ce Soir, le journal de Louis Aragon, inspirèrent Picasso pour peindre son monument contre la guerre.
Les négatifs de ces célèbres photos ont ressurgi miraculeusement après soixante-dix ans dans la légendaire valise mexicaine. Il faut courir voir l’exposition La Valise mexicaine, que présente le  Musée d’art et d’Histoire du judaïsme jusqu’au 30 juin. En 1939, Robert Capa fuit Paris et confie à son ami Csiki Weisz, un autre photographe hongrois réfugié dans la capitale, trois boîtes en bois contenant des négatifs et des tirages. Celui-ci les met dans un sac et pédale vers le sud. C’est dans la valise du général Francisco Javier Aguilar Gonzalez, ambassadeur du Mexique à Vichy en 1940-1941, que les négatifs de la guerre d’Espagne traversèrent l’océan avant de refaire surface. Les boîtes contiennent les 4500 négatifs des photos de la guerre civile espagnole prises entre 1936 et 1939 par trois jeunes photoreporters qui ont inventé un métier : Robert Capa (Endre Friedmann), Gerda Taro (Gerta Porohylle), sa compagne, et Chim (Dawid Szymin/David Seymour). Un Hongrois, une Allemande, un Polonais, trois réfugiés juifs qui avaient fui le fascisme et l’antisémitisme et qui voulaient alerter le monde. Les Brigades internationales comptaient ainsi une énorme proportion de Juifs (7000 sur 35 000 volontaires) venus de toute l’Europe, des Etats-Unis et même des Bundistes (sionistes socialistes) de Palestine.
Chaque boîte est divisée en 50 casiers à la dimension des rouleaux de pellicules. Les pellicules proviennent visiblement du film cinéma 35mm découpé par les photographes et les vues numérotées à la main. Une feuille soigneusement quadrillée est collée à l’intérieur du couvercle portant l’emplacement des pellicules du coffret avec un numéro et une légende écrits à l’encre noire, indiquant le thème et le lieu. L’exposition présente également des planches de contact agrandies, des tirages originaux, des doubles pages des magazines de l’époque ­-­ et la machine à écrire Remington.
La guerre d’Espagne, antichambre et laboratoire de la Seconde Guerre mondiale, c’est, pour beaucoup d’entre nous, un soldat des milices républicaines fauché par une balle sur le front d’Andalousie : Mort d’un milicien. Quelques jours plus tard, le 23 septembre, la célèbre photo de Capa parut dans le nouveau magazine Vu. L’année suivante, Saint-Ex la commenta dans Paris-Soir, tandis qu’elle avait les honneurs d’un nouveau venu, Life. Ce symbole de la guerre d’Espagne est devenu un classique de la photo de guerre. Dans les années 70, la photo a donné lieu à controverse comme toutes les images emblématiques : était-elle posée, reconstituée ? À l’heure où Photoshop est roi, la question a de quoi faire sourire.
Cette poignée de jeunes gens qui risquaient leur vie pour donner à voir les horreurs de la guerre et réveiller les opinions publiques fixait aussi sur la pellicule la vie quotidienne des paysans, la foi et la détermination sur les visages, l’inquiétude dans les yeux des femmes, le rire d’un enfant. En reportage pour les journaux du Parti communiste français, ils voulaient dénoncer le vrai visage du fascisme et leurs photos firent le tour du monde.
« Si la photo n’est pas bonne, c’est que vous n’étiez pas assez près » disait Capa, qui fonda la prestigieuse agence Magnum en 1947 avec Henri Cartier-Bresson et David Seymour-Chim. Alors qu’elle était en reportage à Brunete, à l’ouest de Madrid, pour le journal Ce Soir, Gerda Taro trouva la mort le 25 juin 1937, heurtée par un char. Le PC organisa des funérailles populaires et un mois plus tard, Ce soir titrait un reportage illustré : « Ce que Gerda Taro a vu la veille de sa mort. » Certains pensent aujourd’hui que sa mort aurait pu être programmée par Staline.

Musée d’art et d’Histoire du Judaïsme, Hôtel St-Aignan, 71 rue du Temple, 75003 Paris. M° Rambuteau, Hôtel de Ville. Ouvert du lundi au vendredi de 11h à 18h, et le dimanche de 10h à 18h. Tarif: 9,50€ (plein) 6,50€ (réduit). Jusqu’au 30 juin. 

*Photo : Robert Capa.

Tous centenaires : une bonne idée ?

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euthanasie handicap dependance

euthanasie handicap dependance

Combien de fois ai-je entendu des affirmations du genre « Les OGM ou le nucléaire ça me fout la trouille, mais, les progrès de la médecine, quand même, c’est fantastique ! ». Paradoxe : dans ce « monde de dingues » où tout foire, où c’est « la crise » partout, la seule satisfaction qui reste… c’est qu’on y vit plus longtemps. Grâce à la médecine, dernier vestige de la promesse prométhéenne, ultime trace crédible du complexe d’Orphée.
Dans un remarquable article du Débat, « Quand la médecine engendre des handicapés« , la neurochirurgienne Anne-Laure Boch, ose s’attaquer au « progrès » de la médecine technoscientifique et  à ses impasses. Sa thèse, disons-le, est  peu banale : la médecine aujourd’hui, du fait même de l’efficacité du progrès médical, n’est rien de moins qu’une usine à handicapés, une « fabrique à dépendance », qui pèse de plus en plus sur une société qui n’aspire qu’à jouir sans entraves. Du coup, cette même société demande à la même médecine de la débarrasser de ces handicapés dont elle ne supporte plus la visibilité. D’où la demande sociale de plus en plus forte d’euthanasie. CQFD
La fabrication du handicap par la médecine peut prendre plusieurs formes :  de l’accident lors de la prise en charge d’un patient, qui transforme une mort assurée en une tétraplégie de trente ans, à la prolongation de la vie des personnes faibles grâce aux soins médicaux (que serait l’espérance de vie d’un paraplégique ou d’un hémiplégique sans l’omniprésence de la médecine dans leurs vies ?), en passant par la transformation de maladies aigües en maladies chroniques (qui conduit des gens à vivre toute leur vie sous dialyse ou perfusion).
Mais « l’immense population d’handicapés que la médecine moderne porte à bout de bras » est constituée d’abord par les personnes âgées. En effet, l’explosion de la « dépendance »[1. La poésie administrative a affublé Michelle Delaunay, en charge de la question, du délicieux titre officiel de « Ministre de l’autonomie et des personnes âgées ». C’est vrai que ça en jette plus que « Ministre de la dépendance et des incontinents »] voit l’apparition de cortèges de handicapés, là où autrefois on trépassait avant la date de péremption. La mort, autrefois exogène, est devenu endogène : on n’est plus tué, mais on se meurt. On ne vit plus, on s’empêche de mourir. À petit feu. « Avec un peu de « chance », chacun pourra, grâce à la médecine, évoluer tôt ou tard vers la démence sénile. Comme si la démence était la borne finale, nécessaire et suffisante, que la nature oppose à nos efforts de longévité médicalement assistée. »
Que celui qui n’a jamais eu peur de mourir lui  jette la première pierre tombale me direz-vous… mais il n’est pas question de juger une attitude légitime (l’aversion au risque et la volonté de vivre à n’importe quel prix), mais bien les contradictions que cette peur bien naturelle trouve aujourd’hui dans une société qui veut tout, tout de suite, et pour très longtemps. On veut vivre très vieux, mais attention,  en pleine forme physique et mentale, et on ne veut surtout pas savoir que contrairement à Jeanne Calment, Winston Churchill ou Nelson Mandela, ça n’est pas toujours possible.
Au nom de cette impossible résignation, les relents mortifères n’ont eu de cesse d’être chassés hors du quotidien des hommes, de maisons de retraites en soins palliatifs, de crémations discrètes en suicides assistés. Mais, manque de bol, ce dégoût de la mort accouche d’un monde peuplé d’infirmes et de naufragés.
Anne-Laure Boch met le doigt où ça fait mal en posant une question que nous n’avons pas envie de nous poser : celle de la place de ces handicapés dans une société qui vénère la performance à tous les niveaux. Autant préciser : elle ne se situe évidemment pas dans une perspective eugéniste qui pointerait du doigt ces nouveaux infirmes comme des parasites à éliminer. Au contraire. Elle met en évidence les contradictions d’une société, qui, tout en cherchant à prolonger la vie jusqu’à l’indignité et la déchéance, à travers des soins médicaux de plus en plus performants, exprime une demande de plus en plus pressante d’euthanasie ou de suicide assisté, pour abréger artificiellement ces invalides qu’elle a elle même fabriqués. Le survivalisme fiévreux du dernier homme qui fait de sa vie un cercle parfait bouclé par le retour de la couche culotte, a pour corollaire une aversion de plus en plus marqué pour toute déficience physique ou mentale.
L’auteur n’y va pas par quatre chemins : « Tant que l’on réanimera coûte que coûte les prématurés de huit cents grammes, que l’on vaccinera contre la grippe les nonagénaires déments, il ne faudra pas s’étonner que l’opinion considère l’euthanasie comme sa seule planche de salut. »
Le commandement nouveau « mourir dans la dignité » n’est qu’un reflet de cette aversion pour toute forme de dépendance, qui aboutit à l’idée que seule une « fin de vie » sous contrôle, décidée, choisie et préparée peut être une solution au naufrage de la vieillesse.
La mort est un droit de l’homme, vous dis-je !

*Photo: SalFalko

Mariage gay : Votre Golem

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joseph mace scaron mariage

joseph mace scaron mariage

Parler, donc, de la loi Taubira.
Ou plutôt du non-débat autour de ce texte puisque que toute l’énergie, toute l’innovation déployée avec une frénésie de moyens n’ont visé qu’à rendre le combat aussi féroce qu’inexpiable. Dans son précédent éditorial, Élisabeth Lévy estime que la responsabilité principale de cette situation qu’elle déplore incombe à ceux qui auraient vu de l’homophobie partout. Accrochés à leur statut victimaire comme des moules à leur rocher, ils auraient fini par indisposer ces braves gens qui veulent sauver la France au nom du Sacré-Coeur et qui soutiennent que, pour se marier, il faut deux personnes de même secte.
Je ne sais pas ce qu’est un « statut victimaire ». Je sais, en revanche, ce que sont les victimes de l’homophobie. J’en ai rencontré une récemment, et je dois souligner que son statut ne relevait pas de la construction intellectuelle, comme je dois souligner qu’il ne se passe pas une semaine sans qu’un « cassage de pédés » apparaisse en une de la presse locale.[access capability= »lire_inedits »]
Je ne sais pas non plus ce qu’est une « égalité » qui consiste à ne pas donner les mêmes droits à tous. Je reprends cette curieuse équation toujours dans cet éditorial. Une égalité qui continue d’entretenir des différences de situation, une « égalité discriminante » ? Voilà assurément un joli oxymore qui aurait ravi Philippe Muray.
Après ces taquineries, j’aimerais présenter deux éléments qui n’apparaissent pas dans les contributions des causeurs de Causeur sur ce sujet. Le premier est que cette loi n’est pas une énième élucubration sociétale, mais bien une avancée sociale.
Les esprits vigilants de cette rédaction auraient dû être alertés par la mauvaise grâce, voire l’indifférence des gays établis à défendre ce texte. La raison de cette réticence était simple : le mariage pour tous n’est pas une « extension du domaine du désir », comme on le dit dans ces pages. Ceux qui, comme moi, ont défilé en faveur de cette loi ont pu voir que l’immense majorité des manifestants étaient issus de milieux modestes. Dans la crise que nous traversons, en Grèce, en Espagne,  en France, partout en Europe, pouvoir construire une famille n’est pas une tocade mais une nécessité, la première des protections.
Le second est que cette loi n’instaure pas une « filiation homosexuelle », comme cela est écrit. Tout simplement parce que les familles homosexuelles qui adopteront demain, tout comme les homosexuels qui adoptent aujourd’hui, ne peuvent évidemment pas échapper au devoir de vérité. Des couples hétérosexuels peuvent nier une filiation : j’en connais, hélas,  et les dégâts sont considérables. À moins de vivre sur la planète Xena, un couple de lesbiennes pourra difficilement faire croire à l’enfant adopté qu’il n’est pas né d’un père et d’une mère. D’ailleurs, on verra vite que les véritables opposants à la remise en cause de l’adoption plénière se  trouvent dans les rangs des familles hétérosexuelles.
Il y aurait tant à écrire sur nos désaccords. En bons schmittiens, vous voulez discerner vos ennemis. Malheureusement, vous cherchez des noises à un adversaire imaginaire, un mur contre lequel il vous sera plus aisé de rebondir. J’ai l’impression tenace que votre curseur reste bloqué à la fin des années 1990. Mais Jospin est (politiquement) mort et la gauche ne se sent plus très bien. En revanche, le Golem créé par les manifs anti-Taubira va très bien. Prévoyons déjà qu’il atteindra sa taille adulte aux prochaines élections européennes.[/access]

*Photo : Hannah Assouline.

Jacques Semelin vs Robert Paxton : les juifs de France sous l’Occupation

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La librairie Les Cahiers Lamartine organise ce soir un débat – qui sera retransmis sur France culture lundi dans La Fabrique de l’histoire–  entre Robert Paxton et Jaques Semelin, à l’occasion de la sortie  du livre de ce dernier Persécutions et entraides dans la France occupée, Comment 75% des juifs ont échappé à la mort.
Paxton et Semelin, historiens de référence sur le régime de Vichy, ont éclairé deux faces opposées de cette période troublée de notre histoire. Comme on peut dire d’un verre qu’il est à moitié vide ou à moitié plein, chacun des deux historiens a choisi de regarder l’Occupation sous un angle différent : celui de la collaboration, et celui de l’entraide et de la résistance.
La « révolution paxtonienne » occasionnée à l’occasion de la sortie du livre La France de Vichy en 1973 fit trembler pour la première fois le mythe gaullien d’une France entièrement résistante, et rejeta la thèse du glaive et du bouclier qui consistait à faire de Gaulle et Pétain les deux faces d’un même Janus résistant. Le livre de Paxton révélait une France collabo, dont les élites avaient, en toute conscience, non seulement offert leur appui à l’Allemagne nazie, mais tenté d’instaurer un véritable fascisme à la française sous la forme de la « révolution nationale ». Quant au peuple français, l’auteur rappelait son antisémitisme foncier et son soutien massif à la législation raciale.
Semelin, lui, a choisi de regarder l’envers de la médaille. Certes, sur les 350.000 juifs demeurant en France, 90.000 ont été tués par les nazis, et il n’est pas question de relativiser un tel crime. Néanmoins, cela signifie que 75% d’entre eux ont réchappé – 90% pour les juifs de nationalité française : un taux exceptionnel par rapport à une moyenne européenne à 33%- à tel point qu’on a pu parler d’ « énigme française ».  Jacques Semelin s’intéresse à ces 260.000 personnes qui ont pu se soustraire  au sort terrible qui les attendait, et aux gens, qui, dans l’ombre on eu le courage de les aider. Quatre figures clés ressortent de ce « point aveugle » de l’historiographie de la Shoah : l’ange gardien, l’hôtesse, le faussaire et le passeur, auteurs de petits gestes d’entraide et de solidarité qui ont fait la différence, actions minimes d’anonymes souvent tombés dans l’ombre des 3500 justes officiellement reconnus par Israël.
Deux historiens de talent, deux points de vue, deux recherches approfondies : un vrai débat en perspective.

semelin paxton

Egypte : Mohamed Morsi, premier anniversaire

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morsi egypte freres musulmans

morsi egypte freres musulmans

Ces douze derniers mois ont probablement été les plus longs de la vie de Mohamed Morsi, cinquième président de l’Egypte et le premier démocratiquement élu. Rétrospectivement, cette première année de mandat ressemble en effet à un tour de montagnes russes.
À la veille du premier anniversaire de son élection, Morsi est confronté à une vaste fronde, largement alimentée par une opposition qu’il a involontairement contribué à unifier.  Des millions d’Egyptiens crient leur colère et leur mécontentement, non seulement à l’égard de sa politique mais aussi à l’encontre de l’homme et de tout ce qu’il représente.  Mais il ne faut pas l’enterrer trop tôt.  Coriace, patient et surtout chanceux, Mohamed Morsi a plusieurs fois déjoué les pronostics de ceux qui l’avaient sous-estimé.
Première surprise, sa candidature à la tête de l’Etat.  Un homme devait se présenter et gagner au nom des Frères Musulmans : Mohammed Khairat al-Chater, un leader naturel qui porte bien son nom – Chater en arabe signifie « brillant », « excellent », « intelligent ». Le charismatique Khairat al-Chater et le terne Morsi  n’ont rien en commun  mis à part leur formation d’ingénieurs et leur engagement politique au sein de la confrérie islamiste. Mais Morsi était là, prêt et le moment venu, il a su saisir sa chance.
Si Morsi, président du Parti de la liberté et la justice – structure politique crée par les Frères après la chute de Moubarak pour pouvoir participer aux élections – est devenu le champion de son camp, c’est parce que la candidature de son aîné a été disqualifiée par le Conseil Suprême des forces Armées. Selon la loi électorale égyptienne, un ancien prisonnier ne peut se présenter aux élections présidentielles moins de six ans après sa sortie de prison. Or, Khairat al-Chater, incarcéré par Moubarak pour ses activités au sein des Frères Musulmans, n’a retrouvé la liberté qu’en mars 2011, après la chute du raïs.
Les choses n’étaient pas gagnées d’avance pour ce fils de fellah. Car Morsi est le produit de la Révolution sociale-nationaliste des officiers libres qui a mis fin à la monarchie en 1952. Aîné d’une fratrie de cinq, Mohamed a pu s’en sortir grâce à ses talents et aux opportunités qui s’ouvraient aux jeunes égyptiens dans les années 1950-1970. Comme nombre de ses petits camarades, Morsi a suivi des études de « mouhandisse » (ingénieur) un métier à l’époque prestigieux[1. Le fait que ce n’est plus le cas est d’ailleurs un des problèmes majeurs auxquels Morsi doit aujourd’hui faire face.] qui permet une ascension sociale rapide et offre des débouchés professionnels attractifs essentiellement dans le giron de l’Etat égyptien et des entreprises qui en dépendent.
Quoiqu’ayant bénéficié des bienfaits de la révolution nassérienne, le jeune Morsi reste fidèle aux traditions les plus orthodoxes et va chercher sa femme au bled. A l’âge de 28 ans, son diplôme d’ingénieur de l’université du Caire en poche, il épouse sa cousine germaine, de onze ans sa cadette, encore lycéenne au moment du mariage, tout en poursuivant sa thèse de doctorat à l’université South California à Los Angeles.  Son épouse ne l’y rejoindra que deux ans après leurs noces. Selon les dires de Morsi, c’est là-bas, en Californie, au sein du centre islamique local, qu’il  adhère aux Frères Musulmans,  peu après la signature du traité de paix entre l’Egypte et Israël (mars 1979). Quelques années plus tard, en 1985, les Morsi referment la parenthèse californienne pour regagner l’Egypte avec leurs deux enfants nés sur le sol américain.  Le docteur en science des matériaux est embauché comme professeur à l’Université de Zagzig, chef-lieu de sa province natale dans le delta du Nil. Depuis, il mène de front deux carrières parallèles : officiellement enseignant chercheur, il devient dans l’ombre un dirigeant de plus en plus important au sein des Frères. Elu au parlement en 2000 en tant qu’indépendant – la confrérie islamiste étant officiellement interdite de candidature – il grimpe les échelons puis accède finalement à la présidence du parti de la liberté et la justice, plateforme politique de la confrérie créée en 2011.
Ce brillant cursus honorum est venu pallier le manque de charisme d’un homme qui, à défaut d’un leadership incontestable réussit à frayer son chemin à force de ténacité.
Son élection à une courte majorité (51.73% à 48.27%) contre le dernier premier ministre de Moubarak Ahmad Chafiq a été accueillie avec circonspection. Même oint du suffrage universel,  rien n’indiquait qu’il ferait le poids face au Conseil suprême des forces armées et son chef expérimenté, le maréchal Tantaoui. Mais Morsi a très vite repris la main. Dès le 12 août 2012, après un attentat sanglant contre l’armée égyptienne dans le Sinaï, le nouveau président abroge le décret du 17 juin attribuant les pouvoirs législatifs au  Conseil suprême des forces armées, et limoge Tantaoui ainsi que le chef d’état-major des forces armées. Au faîte de son pouvoir, Morsi devient véritablement raïs ce jour-là, en faisant preuve d’un leadership ferme et d’un sens politique aigu. Mais depuis cette éclatante victoire, les ennuis s’accumulent sur son bureau. En décembre 2012, sa tentative de « voler » la constitution au nez et à la barbe des libéraux a lamentablement échoué : la situation était tellement grave qu’on a dû l’évacuer du palais présidentiel de peur qu’il ne tombe aux mains des manifestants !
Six mois plus tard, la position du président Morsi s’est tant dégradée, qu’Abdel Fattah al-Sissi, le nouveau ministre de la Défense et chef du Conseil suprême des forces armées, n’a pas hésité à le mettre publiquement en garde. Dans un communiqué publié la semaine dernière, à quelques jours du premier anniversaire de l’élection, le soldat numéro un du pays brandit clairement la menace : « les forces armées ont le devoir d’intervenir pour empêcher l’Egypte de plonger dans un tunnel sombre de conflit et de troubles ». La perspective d’un retour du décret du 17 juin 2012 n’est plus exclue tant les généraux s’estiment en position de force. Une très mauvaise nouvelle de plus pour Morsi, déjà préoccupé par les piètres performances de l’économie nationale et le vide sécuritaire créé par la révolution en dehors des grandes villes, où bandes armées et hommes à poigne pullulent.
Seul point positif au tableau: la politique étrangère. Pour le moment, Morsi se montre un orfèvre de la realpolitik. Les slogans antisionistes et anti impérialistes qui égayaient sa jeunesse ont laissé la place à une diplomatie fondée sur une coopération étroite avec Israël (Sinaï, Gaza) et une alliance avec les Etats-Unis. L’ouverture vers l’Iran a tourné court et Morsi ancre de plus en plus l’Egypte dans le camp sunnite, au point qu’il n’y a plus d’ambassadeur syrien au Caire mais toujours une délégation israélienne !
Le genre de bilan qui vous fait gagner des prix Nobel mais bien souvent perdre les élections…

Les retards socialistes sont des chances

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taubira ps securite

taubira ps securite

On en est là en matière de justice. On se contente de peu. On n’en est plus à espérer une politique pénale et une action pénitentiaire qui pourraient recueillir l’adhésion de tous les citoyens de bonne foi afin de sortir ces enjeux fondamentaux du débat partisan et donc stérile.
On se félicite seulement de ce qui, à la présidence de la République et au gouvernement, vient subtilement ou ostensiblement entraver le cours et les prévisions parlementaires de certains projets de Christiane Taubira, notamment celui sur la récidive qui semble enfin montrer, au-delà des congratulations solidaires de surface, un véritable et souhaitable antagonisme entre la garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur.
Yves Thréard qui, avec Alexis Brézet, a redonné de la tenue au Figaro – avec des convictions clairement de droite mais sans le sectarisme d’avant qui faisait douter de l’intelligence et de l’honnêteté – a parfaitement et avec roideur résumé l’essentiel de cette loi pénale. On rêverait que celle-ci n’arrivât pas comme Godot, qu’elle demeurât dans les limbes de cette gauche spéciale inventant une réalité pour ses fantasmes au lieu de se fonder sur elle pour les détruire.
« Pas de prison pour les peines inférieures à deux ans, pas de sanctions planchers pour les récidivistes, pas de peines de sûreté pour les délinquants les plus dangereux, pas de révision des ordonnances de 1945 sur les mineurs ».
Une philosophie de la mansuétude organisée et de la destruction systématique de ce qui peu ou prou pouvait s’opposer à la délinquance et à la criminalité. Pour leur faire comprendre, fût-ce sévèrement, qu’elles n’étaient pas bienvenues ni acceptables en France.
Sur le dernier point concernant les mineurs à Paris, il n’est pas sans intérêt de relever que selon l’Observatoire de la délinquance, un tiers des multirécidivistes ont moins de 16 ans, ce qui n’aurait pas rendu absurde l’instauration de dispositifs mêlant plus efficacement l’état de minorité et la constatation de changements sociologiques avec la gravité de plus en plus précoce de comportements transgressifs.
Pour la prison, je rappelle que le but d’une politique pénale n’est pas de la vider mais de mettre en oeuvre ce qui est nécessaire pour la sauvegarde de la sûreté publique – donc l’incarcération conjuguée à une palette d’autres sanctions adaptées aux délits et aux crimes. La prison si nécessaire, l’absence de prison si possible.
Et ces prisons, seront-elles délaissées à vie, seulement envisagées comme un univers à désemplir de toute urgence faute de savoir les restaurer humainement, matériellement, et de garantir sécurité et ordre en leur sein, pour répondre à l’attente des surveillants et améliorer la condition des détenus ?
Le plus symptomatique reste toutefois, depuis un an, la danse gouvernementale autour de la loi ayant édicté les peines plancher, probablement l’initiative la plus cohérente et heureusement rigoureuse du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Au lieu de ne considérer que l’atteinte qu’elle est susceptible de porter à la liberté des juges, on ferait mieux de s’interroger sur son principe et d’admettre la pertinence de celui-ci. Appréhender les infractions isolément sur un casier judiciaire a évidemment moins de sens que d’examiner l’entêtement mis à s’insérer dans des parcours délictuels et/ou criminels et de réprimer ceux-ci à hauteur de leur répétition.
Cette motivation qui a inspiré les peines plancher est d’ailleurs tellement fondée que le dogme socialiste dans ce domaine bat de l’aile et que promise lors de la campagne, leur suppression est différée. Au point qu’une circulaire a tenté d’en atténuer les effets bénéfiques puis que le président de la République et Manuel Valls ont fait valoir que les abolir ne serait judicieux que si on trouvait une solution pour les remplacer. Ce qui éclaire la bêtise idéologique d’une démarche qui les répudie parce que Nicolas Sarkozy les a voulues mais a conscience de devoir les garder peu ou prou sous une autre forme parce qu’elles sont utiles.
Aussi, parce que Christiane Taubira – de moins en moins icône car obligée de plus en plus à être garde des Sceaux – sera un jour à même d’obtenir ce débat parlementaire qui ne lui offrira pas la même ivresse ni le même assentiment que le mariage pour tous, je bénis les retards socialistes qui sont le signe d’une raison rendant hommage de manière indirecte à ce que l’idéologie s’acharne à défaire.
Je bénis les hésitations du président de la République et du Premier ministre. L’un comme l’autre supputent le mauvais effet de cet adoucissement envisagé. En effet, pour paraphraser Arnaud Montebourg, il ne pourra qu’être « le carburant » du FN et d’une France qui a tendance à prendre au tragique la rime entre socialisme et laxisme.
Je remercie le ministre de l’Intérieur pour avoir déclaré : « Si on supprime les peines plancher sans les remplacer, on se découvre ».
Pour lutter contre les aberrations programmées par Christiane Taubira ministre socialiste, pas d’autre choix que d’approuver les obstacles mis sur son chemin par d’autres socialistes plus lucides.
On en est là.
Les retards socialistes sont des chances.*Photo : francediplomatie.

Zyva, Merkel, libre-échange et roms: indiscrétions assurées

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trocadero psg zyva

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Les casseurs du Trocadéro étaient des « zyva », pas des ultras.
Dans l’ébullition qui a suivi les violences du Trocadéro, intervenues le 12 mai après la victoire du PSG en Ligue 1 de football, plusieurs médias ont mis en avant le conflit entre un groupe de supporters – les « Ultras » – et la direction du club. Il y a trois ans, après, il est vrai, des violences ayant entraîné la mort de deux supporters, celle-ci avait dissous les deux « kops » (tribunes) – Auteuil et Boulogne –, leur interdisant de se regrouper dans le stade. Une partie des habitués, qui se sont autoproclamés « Ultras », ont alors boycotté les matchs. Et leur banderole – « Liberté pour les Ultras » – flottait effectivement place du Trocadéro le soir des violences.
De nombreux articles, notamment celui paru dans Le Monde du 16 mai sous le titre « Les Ultras résistants », ont privilégié cette hypothèse qui contrastait singulièrement avec les images diffusées en boucle sur Internet et les chaînes d’info – jusqu’à ce que la police interdise aux reporters de filmer. À l’évidence, les assaillants n’avaient pas grand-chose à voir avec des supporters du PSG, même « ultras ». Il s’agissait plutôt d’une intervention massive et apparemment organisée de « jeunes de banlieue », comme on dit.[access capability= »lire_inedits »] Certains clamaient d’ailleurs qu’ils n’en n’avaient « rien à foutre du foot ». Ils étaient venus, disaient-ils, pour « tout casser et se battre avec les flics ». L’audience au cours de laquelle les jeunes interpellés dans la soirée ont été jugés en flagrant délit a bien confirmé que l’arbre des « Ultras » avait servi à cacher la forêt des bandes de banlieue. Il ne manquerait plus que les « cailleras » cassent autant sous Hollande que sous Sarkozy ! Voire, plus grave encore, qu’ils prennent l’habitude de brûler des voitures à Paris au lieu de s’en prendre à celles de leurs voisins de cité. Personne ne leur a dit que, maintenant, c’était le changement ?
Pour Angela Merkel, le Smic est la cause du chômage en Europe.
Quand François Hollande a, sur un ton plus que modéré, évoqué les « amicales tensions » entre la France et l’Allemagne, nous avons eu droit à un concert d’indignation. La plupart de nos éditorialistes ont évoqué, souvent sur un ton très anxieux, le spectre de la « germanophobie » montante dans le pays. Les mélenchonistes, les députés frondeurs du PS et certains élus de l’UMP étaient désignés comme les idiots utiles d’un retour à la haine du « Boche ». Au point qu’on a craint une poussée d’eczéma carabinée de Bernard Guetta qui, depuis des années, prône quotidiennement la fusion entre la France et l’Allemagne, prélude à l’avenir radieux de l’Europe une et indivisible. En revanche, lorsque, vers la fin avril, Angela Merkel est montée au créneau contre les pays qui ont instauré un salaire minimum (France, Grande-Bretagne, Espagne, Portugal), pointant une supposée corrélation – très contestée par ailleurs – entre Smic et chômage, l’information a été commentée de-ci de-là, mais nul ne s’est offusqué de ses mauvaises manières. Il s’agissait pourtant d’une ingérence maladroite dans la politique intérieure desdits pays, les politiques sociales relevant, selon les tables de la loi européennes, de la souveraineté nationale.
Le traité de libre-échange euro-américain prépare le meilleur des mondes sans frontières.
On pensait que le débat sur l’exception culturelle ou sur le bœuf aux hormones était derrière nous. Fatale erreur ! Pour Obama, tout doit être mis sur la table pour ce méga-traité, qui porte sur 30% des échanges commerciaux mondiaux, et dont les objectifs plus ou moins avoués sont de lutter contre le développement du protectionnisme et d’initier une contre-offensive des pays développés face à la montée en puissance des pays émergents. François Hollande n’en a pas dit un mot lors de sa conférence de presse. Les médias ont peu évoqué le dossier. Bref, on dirait que ce genre d’accord – qui contribue à changer notre monde au moins autant que le mariage gay – ne peut se concocter qu’à l’abri du regard des peuples dits souverains.
On aurait préféré que la coopération entre les deux continents, qui ont objectivement des intérêts communs, se développe aussi sur le front du protectionnisme industriel. Ainsi l’Amérique a-t-elle, voici deux ans – fait, là encore, peu commenté − mis en place une taxe de 250% sur les importations de panneaux solaires chinois tandis que l’UE « envisageait » une taxe de 47% – finalement écartée par Angela Merkel. Entre-temps des dizaines de PME spécialisées dans le solaire ont mis la clef sous la porte en France et en Allemagne.
L’Allemagne et l’Angleterre ne veulent plus accueillir de Roms.
Rappelez-vous l’hystérie sémantique qui s’était emparée d’une partie de la gauche française après le fameux « discours de Grenoble » de Nicolas Sarkozy. Pour commenter des expulsions du territoire accompagnées de primes – et permettant aux personnes concernées de revenir en France six mois plus tard –, on parlait de « chasse aux Roms » et de « déportations ». La commissaire européenne Viviane Reding évoqua explicitement le nazisme, pour le plus grand bonheur d’une partie de nos médias. En revanche, aucun n’a évoqué la récente et très officielle requête du ministre allemand de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich (CSU), soutenu par ses collègues autrichien, anglais et hollandais : ceux-ci souhaitent obtenir une dérogation pour ne pas accueillir les Roms qui, notamment en Allemagne, bénéficient de prestations sociales avantageuses – et donc coûteuses − accordées par les municipalités et les Länder. Quoique rédigée avec une grande pudeur – on y parle de « certaines populations » issues de Bulgarie et de Roumanie et non de Roms, cette demande constitue un véritable « forfait » contre la libre circulation des citoyens de l’Union : il ne s’agit plus de reconduire aux frontières mais de refuser d’accueillir des candidats à l’immigration de l’Union européenne. Bien entendu, la réponse de Viviane Reding a été sèche comme une bûche de Bavière : « Tous les États de l’UE, y compris le ministre allemand de l’Intérieur, sont invités à participer aux efforts et aides mis en place en direction des Roms. La dépense relève de la compétence des États. »
L’affaire méritait bien une brève dans Libé ou dans Le Monde, non ? Non ? Bon. Donc on reparlera des Roms quand Sarko sera revenu à l’Élysée.[/access]

*Photo: capture d’écran Le Figaro TV

Affaire Al-Dura : Karsenty condamné

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karsenty dura enderlin

karsenty dura enderlin

Les juges de la 11ème chambre de la Cour d’appel de Paris ont condamné Philippe Karsenty à 7000 € de dommages-intérêts pour avoir diffamé France 2 et son correspondant à Jérusalem Charles Enderlin. Karsenty avait affirmé en novembre 2004 que le reportage diffusé au journal télévisé du 30 septembre 2000, montrant la mort d’un enfant palestinien, et les sévères blessures de son père, victime de tirs ciblés de soldats israéliens, était une manipulation. Il s’agit de la fameuse affaire Al-Dura, qui a connu de multiples rebondissements judiciaires et médiatiques au cours de ces douze dernières années.
Disons-le d’emblée : en termes de droit, la Cour avait à sa disposition tous les éléments permettant de valider le jugement de première instance condamnant Philippe Karsenty pour diffamation. À l’époque où ce dernier mettait en cause France 2, il ne pouvait arguer d’une enquête approfondie, ni de la modération de son propos mettant en cause ce reportage et ses auteurs. C’est donc le Karsenty imprécateur de 2004 qui a été condamné, et non le Karsenty de 2013, qui est parvenu, à force d’opiniâtreté, à faire surgir une vérité maintenant reconnue aussi bien par les autorités israéliennes, que par tous ceux qui, en France et à l’étranger se sont penchés sérieusement sur cette affaire. La justice française a également apporté sa pierre à cette entreprise de vérité, lorsque la Cour d’appel, présidée par la juge Trébucq[1. L’arrêt de la Cour de 2008, relaxant Philippe Karsenty, avait été cassé au motif que la jurisprudence en matière de diffamation interdisait aux juges d’apporter des éléments en faveur de la partie attaquée… ], avait exigé de France 2 la mise à la disposition de la cour des « rushes », les images non diffusées des événements de Gaza, tournées par le cameraman palestinien de la chaîne française. C’est à partir de ces images que sont apparus dans toute leur évidence les mensonges et invraisemblances de la version défendue jusqu’à aujourd’hui par Charles Enderlin. Ces documents sont accessibles sur la toile, et démontrent de manière éclatante que ce reportage relève du « bidonnage » pur et simple. Un florilège des déclarations successives de Charles Enderlin et de son caméraman Talal Abou Rahma, également disponibles sur internet, est très éclairant sur leur rapport pour le moins perturbé avec la vérité lorsqu’ils tentent  de faire avaler au public leur version du meurtre délibéré de civils palestiniens par les soldats de Tsahal.
Aujourd’hui donc, et après le jugement de la Cour d’appel de Paris, je persiste à affirmer :
Que tous les éléments à notre disposition – images, témoignages, expertises balistiques et médicales – concourent à conforter la thèse d’une mise en scène orchestrée par le cameraman Talal Abou Rahma. Qu’en conséquence France 2 et Charles Enderlin se sont rendus coupables d’une faute professionnelle aux conséquences gravissimes.
Que Charles Enderlin, qui n’était pas présent sur place a, sans procéder à un minimum de vérification des affirmations de son caméraman, été le complice conscient ou inconscient de cette supercherie. De plus, il a menti en affirmant qu’il avait coupé au montage les scènes de l’agonie de l’enfant, au prétexte qu’elles auraient « été trop insupportables ». Qu’il a encore menti à la télévision israélienne en déclarant qu’il « n’avait jamais dit que l’enfant était mort sous les balles de Tsahal ». Je tiens à la disposition de la justice d’autres preuves des mensonges d’Enderlin et de Talal Abou Rahma dont je fais grâce aux lecteurs de cet article.
Que le refus, après un semblant d’acceptation, de Jamal Al-Dura, le père prétendument grièvement blessé dans cet incident, de se soumettre à une expertise médico-légale indépendante, laisse penser que les cicatrices présentes sur son corps ne relèvent pas de blessures par balles israéliennes. Elles sont, selon toute vraisemblance, la conséquence de blessures à l’arme blanche reçues au cours d’une rixe à Gaza en 1992, qui ont été soignées par un chirurgien israélien, Yehuda David.
Que France 2 et Enderlin ne sauraient tirer argument de l’arrêt Karsenty pour clamer haut et fort que la thèse défendue par le second est maintenant vérité historique. Cette dernière finira bien par s’imposer.
Enfin, on peut constater que l’adage romain, transmis par Cicéron dans son Traité des devoirs , summa jus, summa injuria (Trop de droit tue le droit) a encore de beaux jours devant lui…

*Photo : xcode.