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Les Indignés de la République

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Après lecture des innombrables commentaires de mon dernier article (merci à tous, au passage), je me rends compte qu’un aspect de ma pensée a échappé à nombre de mes contempteurs, ainsi qu’à certains de mes défenseurs. Rien d’étonnant à cela : il ne s’agit pas de quelque chose que j’ai dit, mais de quelque chose que je n’ai pas dit : à aucun moment, je ne me suis indigné que des milliers de jeunes Franco-maghrébins aient sifflé la Marseillaise au Stade de France, ni n’ai suggéré qu’on se devait de l’être. Et pour cause, ce qui m’a indigné dans cette affaire, c’est justement l’indignation générale.

Les huées elles-mêmes ne m’ont pas choqué. Depuis des mois, ce match était préparé pour qu’on n’y sifflât pas, pour venger l’affront des rencontres de 2001 et 2007 avec l’Algérie et le Maroc. Des escouades de travailleurs sociaux et de grands frères subventionnés avaient été dépêchés par la Fédération et les ministères concernés dans les cités, clubs de foot, associations de supporters, amicales de Tunisiens. Depuis des mois, ils expliquaient sur tous les tons aux jeunes Franco-tunes que c’était très mal de siffler la Marseillaise. Ceux-ci ont sûrement approuvé en masse ces sermons républicains. Et ils ont sans aucun doute réitéré leurs serments d’allégeance jusque dans les autocars qui les menaient de leurs banlieues au Stade de France. Le travailleur social est sans doute la seule catégorie d’humain qui ne sache pas ce qui va immanquablement arriver quand on interdit à un gamin de toucher au pot de confiture en haut de l’armoire.

Si j’utilise ici le mot de gamin, ce n’est pas tout à fait par hasard: les indignés de la République font semblant de ne pas savoir que ceux qu’ils accablent de toute l’éloquence de leur opprobre jauresso-déroulèdienne sont très majoritairement des enfants, des ados ou de très jeunes gens. Des gamins pour qui l’hymne national (tout comme le drapeau) est avant tout un truc qui sert aux supporters sur les stades. Il se trouve que ce soir-là, c’est l’équipe de Tunisie qu’ils étaient venus soutenir. Je soutiens les uns donc je siffle les autres, point-barre. Quiconque les accuse d’avoir délibérément conspué Valmy, Jean Moulin ou les institutions de la Ve République est un menteur ou un benêt : on ne siffle pas un truc dont, même si le niveau monte, on ignore jusqu’à l’existence. D’ailleurs comme on a essentiellement affaire à des franco-tunisiens, je suis persuadé que nos pourrisseurs de Marseillaise siffleraient avec le même entrain le Deutschland über alles en cas de France-Allemagne. Et si par miracle, la France s’était imposée à l’Euro 2007, on aurait vu nos désormais Honte-pour-la-France barbouillés de bleu blanc rouge hurler à tue-tête la Marseillaise à Corbeil, à Vénissieux ou à Aubagne.

Tout le monde ou presque a préféré ne pas voir ces évidences psychologiques et sociologiques de base, c’est-à-dire la joie que peut éprouver un gamin à violer gentiment un interdit de type parental ou officiel. Oui, gentiment ! Il n’y a quand même pas eu mort d’homme au Stade de France, ni injures raciales ni même échauffourées ordinaires entre supporters des deux équipes. Et pourtant toute la classe politique a préféré se vautrer dans le pathos, que ce soit pour attaquer ou pour défendre. A l’instar du président, toute la droite aura été grotesque depuis Fadela Amara (« La justice doit être exemplaire, il faut vraiment passer à la sanction, Pas de pitié avec ces gens-là ! ») jusqu’à Rachida Dati (« Des voyous ! ») en passant par Philippe de Villiers (« Siffler la Marseillaise, c’est siffler et insulter la France »), sans oublier les tartarinades pluriquotidiennes de Bernard Laporte, dont la dernière en date est pour dire qu’ »on en a trop fait », ce qui tend à démontrer que, comme le disait un de mes profs en terminale, « on » est un con !

Aux armes et cætera

Rouget de l’Isle se serait-il imaginé le succès « polémique » de son Chant de guerre de l’armée du Rhin, commué par la République française en hymne national ? L’auteur de la Marseillaise, qui écrivit aussi – soit dit en passant – un hymne royaliste sous la Restauration Vive le Roi ! (qui n’eut pas l’heur de plaire à Louis XVIII), aurait-il imaginé que le peuple français allait si longtemps se déchirer autour de son chant guerrier, dont le texte évocateur se compose – tel un cadavre exquis de circonstance – de phrases empruntées à des affiches de conscription du début des années 1790 ? Rouget de l’Isle aurait-il pu imaginer qu’il deviendrait un jour possible de comprendre l’histoire de France à travers les heurs et malheurs de ce qu’il appela lui-même sa « vieille sornette » (dans une lettre au compositeur italien Cherubini). Une « vieille sornette » qui est devenue l’un des hymnes nationaux les plus connus, et les plus revisités – à l’instar de la sublime Bannière étoilée américaine : depuis la transcription pour violon seul de Stravinsky, jusqu’à la Marseillaise reggae de Gainsbourg ; depuis l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski jusqu’à la chanson All you need is love des Beatles qui s’ouvrent toutes les deux par le fameux chant révolutionnaire ; depuis l’arrangement de Hector Berlioz jusqu’à la version de Django Reinhardt portant le délicieux titre de Echoes of France…

Rouget aurait-il songé que sa « vieille sornette » allait drainer mille débats ces dernières années ? On se souvient du tollé provoqué dans les années 70 par la volonté de l’accordéoniste Valery Giscard d’Estaing de modifier légèrement la musique. On se souvient des débats accablants qui ont entouré le vers « Qu’un sang impur abreuve nos sillons » lors du bicentenaire de la Révolution française en 1989, l’abbé Pierre déclarant à cette occasion : « Changeons en message d’amour les paroles de haine de la Marseillaise ! »

Ces pénibles débats sur le « sang impur » oubliés, les années 2000 voient l’émergence d’un nouveau « folklore » avec la très mauvaise habitude prise par une partie des hooligans du Stade de France de siffler la « vieille sornette » lors de la solennelle cérémonie des hymnes nationaux qui ouvre les matchs de football.

Notons en liminaire que cela fait déjà des années que les joueurs de l’équipe de France de football n’entonnent plus vraiment l’hymne national au début des matchs. Ou bien un joueur sur deux, ou sur trois. Et encore. Du bout des lèvres. Evidemment, on a expliqué que notre équipe « black blanc beur » était trop tendue au début des matchs pour chanter à pleins poumons le Chant de guerre de l’armée du Rhin. Les coachs ont confirmé : il s’agissait bien d’un problème de « con-cen-tra-tion ! », pas de désintérêt pour un symbole républicain aussi bleu blanc rouge que notre drapeau, et que Madame Marianne, notre mère à tous. Chaque Coupe du monde de foot est ainsi l’occasion de déplorer que la plupart des joueurs des autres nations chantent leurs hymnes avec conviction, alors que nos onze petits bleus semblent vivre ce moment avec une telle sobriété qu’on pourrait la prendre pour de la désaffection. On ne leur demande certes pas de chanter avec la ferveur des rugbymen néo-zélandais scandant leur Haka, mais on aimerait les sentir fiers d’être français. Et on aimerait être fier de la fierté de cette équipe nationale où les minorités sont sur-représentées.

Mais si la Marseillaise ne soulève pas les passions des joueurs de football, elle déclenche parfois la haine des supporteurs. Un soir d’octobre 2001, en ouverture d’un match amical entre les bleus et la sélection nationale algérienne au Stade de France, l’hymne national est couvert par les sifflets. On connaît la pitoyable suite.

Quand on se rappelle qu’une loi Fillon de 2005 rend obligatoire l’apprentissage de la Marseillaise en maternelle et primaire et que le respect des symboles républicains est désormais inscrit dans la loi, il y a de quoi être découragé. Certes, les politiques ont condamné – « Pas de pitié pour ces gens-là », a dit Fadela Amara. En revanche, la presse et les intellectuels, jamais avares de sirop moraliste à l’aspartam, ont dénoncé un emballement de la classe politique face à des « sifflets » qui ne seraient qu’un symptôme de la « désintégration sociale » (Le Monde). « Ce n’est pas si grave ! », « Ils sont jeunes ! », « C’est du folklore ! », « Ils sont chômeurs ! », « On ne leur a pas laissé la chance de s’intégrer ! », « Ils sont victimes d’une société cruelle ! », « C’est à cause de la crise financière et du capitalisme mondialisé ! »… C’est à cause de la cause, et du pouvoir d’achat ! Sans parler du prix du baril ! On sait ce qu’une foule moutonnière peut avoir de déplaisant. Reste que l’hystérie suscitée par ces ignominieux sifflets collectifs masque plusieurs questions.

Pourquoi avoir confié à Lââm la mission d’interpréter l’hymne national ? Sans doute pour fabriquer une « image symbolique » aussi lourde et affligeante que sa voix… la franco-tunisienne interprétant l’hymne national, comme le signe d’un succès de l’intégration !

Pourquoi encore un match « amical » contre une nation du Maghreb ? Après les incidents du France-Algérie (2001) et du France-Maroc (2007), fallait-il tendre la verge pour se faire battre, à l’occasion d’une rencontre avec la Tunisie ?

Pourquoi les hooligans qui ont étendu une large banderole contre les « Ch’tis » durant la finale de la Coupe de la Ligue 2008 entre Lens et le PSG ont-ils été repérés en quelques jours par la Police, alors que personne ne semble parler en ce moment d’une identification des populations qui étaient présentes au Stade de France pour siffler l’hymne national ? Est-ce plus fondamentalement grave d’insulter le peuple des corons, que la nation toute entière ? Pourquoi n’ose-t-on pas parler des individus qui sifflent ? Pourquoi la télévision ne nous les a-t-elle pas montrés en gros plans ?

Pourquoi feindre la sidération face au comportement de ces jeunes gens ? Pourquoi faire semblant de découvrir un sentiment anti-national profondément ancré dans certaines populations, alors qu’il est sensible depuis de longues années ? (Depuis les agressions des « faces de craie » lors des manifestations lycéennes de ces dernières années par des bandes de jeunes venues de périphérie, jusqu’au communautarisme qui avance d’année en année au sein des « quartiers ».)

On observera pour conclure que le dixième anniversaire de la victoire de notre équipe « black blanc beur » au Mondial de 1998 sous la houlette de super-Zizou est bien sombre. Est-ce la France qui a changé ? Qu’est-ce qui n’est pas au carré dans l’Hexagone, qu’est-ce qui ne tourne pas rond au royaume du ballon rond, pour que les symboles communs de la République soient ainsi conspués ? Devons-nous ranger la « vieille sornette » au magasin des accessoires, et renoncer à toute dignité nationale, ou bien – « Aux armes et cætera !… » – trouver des moyens de la faire accepter, et respecter, coûte que coûte… ? Et si Carla Bruni, avec sa belle voix suave et sensuelle, nous offrait sa propre interprétation, digne et sexy, de la Marseillaise ? Chiche !

Réputé spécialiste des banlieues

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Samedi dernier, Karim Zeribi, président d’ »Agir pour la citoyenneté » et spécialiste réputé des banlieues, était un des invités de « Revu et Corrigé », l’émission de Paul Amar sur France 5. Il s’en est pris vivement à Nicolas Sarkozy en expliquant que deux ans après sa fameuse tirade du Kärcher, rien avait changé à La Courneuve en matière d’échec, de chômage et de désenclavement. Et là, Karim, c’est vraiment la mauvaise pioche : il y a tous les problèmes du monde à La Courneuve, sauf celui du désenclavement : on peut y accéder au choix par le métro (ligne 7), le RER C et le tramway T1, sans parler des trois autoroutes qui desservent la ville. Si La Courneuve est sans aucun doute une des communes les plus pauvres d’Ile de France, c’est aussi une des plus favorisées en matière de transports, comme le savent bien tous ceux qui sont allés un jour à la fête de l’Huma. Notre expert aura sans doute été victime des clichés sur la banlieue…

DSK, ou le syndrome du scorpion

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Une histoire africaine bien connue met en scène une grenouille et un scorpion tentant d’échapper à la noyade lors d’une crue dévastatrice : « Monte sur mon dos, propose la grenouille, et tu seras sauvé. » Le scorpion accepte, et au milieu du fleuve, pique la grenouille de son dard mortel. « Pourquoi as-tu fait cela ? », demande la grenouille avant de passer de vie à trépas. Tu vas mourir aussi. » « C’est ma nature… », répond le scorpion.

Comment Dominique Strauss-Kahn, qui est loin d’être un imbécile et encore moins un naïf, a-t-il pu se laisser aller à une aventure extraconjugale avec une dame du FMI sur laquelle il avait autorité ? Il était libre de mépriser la mise en garde de Jean Quatremer, correspondant de Libé à Bruxelles qui saluait ainsi sa nomination : « Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. »

Il y a bien des raisons de mépriser ces journaleux aigris, peut-être jaloux de votre charme dévastateur. L’avertissement n’en était pas moins prémonitoire. Comment DSK a-t-il pu ne pas méditer la mésaventure de Paul Wolfowitz, viré récemment de la direction de la Banque mondiale pour népotisme en faveur de sa compagne qui travaillait dans cette institution ?

Il était à peine installé depuis deux mois dans le bureau directorial de Washington qu’il a donc fallu qu’il drague par mail Piroska Nagy, directrice du département Afrique du FMI, et qu’il mène l’assaut jusqu’à la reddition de la forteresse magyare. La dame, dont le mari n’avait que modérément apprécié l’épisode, profita de la réduction d’effectifs de son institution pour filer à l’anglaise, et plus précisément à Londres, où elle exerce maintenant ses talents à la BERD. L’enquête diligentée par le directoire du FMI doit établir si Dominique Strauss-Kahn a fait bénéficier Mme Nagy d’avantages indus lors de son départ, ou si, au contraire, il ne l’a pas poussée à la démission pour tirer un trait sur cette affaire…

Les coulisses du FMI ne sont pas celles d’un théâtre de boulevard. Même si, au bout du compte, il s’avère que Mme Nagy n’a pas fait l’objet d’un traitement discriminatoire, favorable ou défavorable, notre brillant économiste social-démocrate est d’ores et déjà déstabilisé. Dans un pays où les profs d’université se croient obligés de proclamer sur la porte que leur bureau est une sexual harassment free zone, le seul fait de confondre business et affairs (ah ! ces faux amis !) vous vous rapproche plus de la sortie que de l’augmentation.

On peut le regretter, tempêter, s’indigner – et on aura raison. Mais c’est en toute connaissance de cause que DSK a choisi de traverser l’Atlantique plutôt que le désert de cinq ans, voire plus, d’opposition à la droite en France.

Et bon sang de bonsoir, s’il avait envie de courir le guilledoux, ce qui est parfaitement son droit, il n’avait qu’à sortir de son building à l’heure du lunch, pour faire la connaissance de l’une de ces milliers de fonctionnaires fédérales jeunes, jolies et intelligentes qui grignotent solitairement leur salade composée sur les bancs publics de Washington !

D’accord, on n’est pas sérieux quand on a soixante ans, et il faut bien que le corps exulte – je serais le dernier à lui jeter la pierre. Mais cette tentative de suicide politique n’a vraiment rien de drôle: combien sont-ils, ces électeurs de Sarkozy en 2007 qui seraient heureux de revenir à gauche si DSK rentrait au pays auréolé d’un parcours sans faute à l’international ?

Ceux-là se sentent aujourd’hui cocus, au même titre que les conjoints respectifs des protagonistes de ces galipettes monétaires internationales.

A titre de consolation on pourra toujours se réjouir de la naissance, sous la plume de DSK d’un nouvel euphémisme désignant le coup de canif au contrat de mariage : « Un incident survenu dans ma vie privée… » Pour l’accident, voir Félix Faure.

DSK ephèmère au FMI ?

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Grâce au Wall Street Journal, la planète entière sait désormais que DSK a une vie privée extra conjugale. Le président du FMI a reconnu les faits- tout en se défendant farouchement qu’ils aient donné lieu à un quelconque favoritisme professionnel, ce dont l’accuse le WSJ et qui pourrait entraîner sa destitution. On se gardera bien de penser quoi que ce soit du volet supposément népotique de l’affaire. La direction du Fonds Monétaire International a toujours été l’objet de bien des convoitises : on n’a aucune raison d’exclure a priori une manœuvre de déstabilisation montée de toutes pièces. Quant au côté privé  de l’affaire, on y réfléchira à deux fois avant d’accabler nos indiscrets confrères américains pour cet outing rien moins que délicat : dès juin dernier, DSK avait été dénoncé comme dragueur impénitent sur le blog de Jean Quatremer, spécialiste des questions européennes à Libération. Voilà ce qu’on pouvait y lire : « Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). » C’est donc un peu grâce à vous, cher Jean Quatremer, si aujourd’hui, tout le monde en parle. Alors, heureux ?

L’imprimé est l’avenir du net

On n’arrête pas le progrès, surtout quand il se déguise. Vendredi, nouvel hebdomadaire arrivé dans les kiosques le 16 octobre est un paradoxe, voire un oxymore : un journal pour s’orienter dans le réseau mondial, un portail imprimé. Pour les non-initiés, un « portail » est un « site de sites » qui oriente les lecteurs vers des textes publiés par d’autres sites. Depuis le temps qu’on vous dit qu’internet est une jungle, ce nouveau-né qui entend démentir les rumeurs de disparition de l’espèce imprimée vous servira à la fois de boussole et de couteau suisse, de gourmandise et de ration de survie (pour affronter les périodes de déconnection). Le minimum, c’est qu’il vous permettra de ne pas surfer idiot. Ce n’est pas rien.

On ne saurait exclure cependant que Vendredi soit plus que ce qu’il a l’air d’être et que son genre finalement modeste soit une feinte pour défendre autre chose – sinon une vision du monde, une façon de l’aborder de guingois, avec des convictions, juste ce qu’il faut de mauvaise foi, et plus encore à l’humour qui fait défaut à tant de grands journalistes. Après tout, ce qui est dit, écrit, montré, échangé, commenté, enjolivé, manipulé et déformé sur internet a au moins autant de signification que les commentaires repris en boucle d’un grand média à un autre grand média. Peut-être, alors que Vendredi avance masqué et que, sous couvert de vous aider à vous repérer dans l’enfer du net, il réinvente la grande presse d’opinion. Pour le plus grand déplaisir, par exemple de Jacques Attali : un insolent a eu la malséance de confronter son rapport au réel de la crise mondiale. Un travail au scalpel, donc saignant. On n’est pas en reste sur l’investigation : il est bien agréable, en ces temps de sacralisation des « énergies nouvelles », de pouvoir lire une enquête hors sentiers battus sur les éoliennes. On en arrive d’ailleurs aux mêmes conclusions que pour le rapport Attali : au pire une arnaque, au mieux, du vent. Bref, il semblerait que pour une fois on n’a pas banalement dans les mains un nouveau journal, mais un journal avec du neuf.

Ce soupçon semble d’autant plus fondé que le Géronimo de ces apaches[1. Apache est la SARL qui édite Vendredi. En filant la métaphore on ajoutera que leur Cochise, c’est Jacques Rosselin, fondateur de Courrier International ; la tribu comprend aussi le vieux sage Philippe Labarde qui fit les beaux jours de la Tribune et des pages éco du Monde.] est l’ami Philippe Cohen. Auteur, avec Pierre Péan, du livre qui a fracassé le mythe de la grande presse, Philippe a été l’un des premiers, dans la profession, à comprendre que les médias étaient devenus les rois du monde. Il a aussi été l’un des rares journalistes à soulever avec obstination les jupes de ces rois pour montrer qu’ils étaient nus, ou plutôt pour dévoiler leurs grandes ambitions et petites combines. À ceux qui claironnaient que « ceux qui critiquent la presse attaquent la démocratie », il a répliqué que « ceux qui interdisent qu’on la critique confisquent la démocratie ». Et toc. Le risque que Vendredi se complaise dans l’adhésion naïve au monde merveilleux d’internet est donc nul.

Il faut ajouter que Cohen est le genre de type qui a l’impression de mourir s’il ne se lance pas à intervalles réguliers dans une nouvelle aventure. En moins d’un an, il a propulsé marianne2 parmi les premiers sites d’information. Cela signifie aussi qu’il s’est heurté aux limites économiques de ce média qui a bien du mal à être une entreprise. Certains diront que ce privilège confère à ce qui s’y publie une forme de pureté et que le semi-amateurisme qui y règne garantit son caractère démocratique. De fait, le prix du ticket d’entrée est, comme le sait bien tout blogueur, ridiculement bas – un site capable de toucher des centaines de milliers de lecteurs par mois est bien moins coûteux qu’un journal atteignant une diffusion identique. Le web libère l’entrepreneur de presse des lourdes contraintes de la distribution. L’ennui est qu’il le libère aussi de la possibilité de gagner d’argent.

L’exode de budgets publicitaires qui quitteraient les vieux journaux pour les verts pâturages de la presse en ligne n’est pas seulement un mythe. Seulement, ce gâteau qui grossit est très inégalement partagé, une poignée d’acteurs en captant la part du lion, les annonceurs préférant concentrer leur investissement sur les « gros » – qui sont souvent les plus consensuels. Le premier responsable de cette situation, c’est toi, cher lecteur, toi qui acceptes de débourser quelques euros pour ton journal, mais qui trouves normal que sur internet, tout soit gratuit. De ce contexte difficile, l’équipe de Vendredi a tiré une conclusion culotée : l’imprimé est l’avenir du numérique. En tout cas, l’hebdomadaire se démarque de la culture de la gratuité : contrairement aux portails qui rémunèrent les contributions par de l’audience, Vendredi achète les textes qu’il reproduit. À des tarifs certes symboliques, mais en ce domaine, les symboles comptent, ne serait-ce que parce que ce qui s’achète est considéré comme du travail.

« Pour les internautes qui aiment lire » – ce slogan aurait pu être celui de Vendredi. On comprendra que pour la rédaction de Causeur, son arrivée est aussi bienvenue que le fut celle d’un autre Vendredi pour Robinson Crusoé. On se sent déjà moins seuls.

Demandez l’humanitude !

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Contrairement à la bravitude, l’humanitude n’est pas l’invention d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, mais celle d’un gang de gériatres. Pour apprendre à parler l’humanitude, allez donc faire un tour sur le site des Instituts Gineste-Marescotti !

Il est temps pour vous de vous familiariser avec la Philosophie de l’Humanitude, le Mourir Debout, la Manutention Relationnelle et la Capture sensorielle, sans manquer l’inoubliable Toucher Tendresse. Les heureux propriétaires de ces effarantes marques déposées et de toutes ces majuscules sont les infatigables estropieurs du verbe Yves Gineste et Rosette Marescotti. L’humanitude, il y a des maisons pour ça : les Instituts Gineste-Marescotti ou IGM, présents dans toute la France, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg.

Entendons-nous bien : l’humanitude n’est pas une barbaritude, c’est un barbarisme. Les soins dispensés derrière ces terrifiants vocables sont sans doute excellents. Mais d’abord, qu’est-ce que « l’humanitude » ? Nos doctes gériatres-lexicologues emploient le terme dans trois sens. Il s’agit en premier lieu de l’ensemble des caractères spécifiquement humains : « le rire, l’humour, l’intelligence conceptuelle, la verticalité, l’habit, la socialisation » (aucune mention, curieusement, de la guerre ni de la cruauté somptuaire). Les gériatres en déduisent une sorte de human pride. Sois fier d’être un humain ! Lutte pour la reconnaissance et la visibilité de ton humanitude ! Bouge-toi pour ton espèce ! A titre personnel, en matière d’humanitude, je préfère Hubert-Félix Thiéfaine : « Morbac ascendant canular, affilié au Human fan club… »

« L’humanitude » désigne ensuite le sentiment qu’inspirent légitimement les caractéristiques humaines. Il porte en français un nom très simple : l’amour. « L’humanitude » est enfin une méthode de soin inspirée par l’amour, prenant en compte l’universel besoin humain de contact physique, de regard, de parole et de voix humaine. En gros, il s’agit donc de traiter les vieux avec amour. Au risque de vous choquer, moi aussi je suis pour. J’aime bien la dignité humaine. Je suis favorable à un peu d’humanitude dans un monde de brudes. L’abandon et le mépris de la vieillesse et des malades sont assurément un des traits les plus répugnants de l’époque. Mais est-ce une raison pour nous causer comme ça ?

Le site des IGM regorge de merveilles lexicales. De la « bientraitance » à « l’auto-feed-back », en passant par les « techniques de décontracture ». Il y est question de « techniques du prendre-soin qui sur le terrain donnent des résultats immédiats et spectaculaires : pacification de 90 % des comportements d’agitation pathologiques… » Tremblez, vieillards ! Après la Serbie et l’Irak, votre tour est venu ! On va vous pacifier la gueule avec humanitude ! Vous n’avez aucune raison d’avoir peur, « la philosophie de l’humanitude est basée sur l’approche émotionnelle et le respect des droits de l’homme. » Dans les IGM, nulle trace de médecins ou d’infirmières, il n’y a que des « soignants ». Il s’agit de « passer de la médecine « vétérinaire » à une rencontre des « humanitudes dans le soin » », car « on ne devient soignant qu ‘en s’occupant de l’humanitude ». Quand un « soignant » vous montre son « humanitude », une seule solution : le mordre ! Évidemment, à la longue on en vient à se demander si cette orgie d’inventions lexicales ne dissimule pas la pauvreté des inventions réelles en matière de soin. « Soigner avec humanité n’est pas prendre soin en humanitude », paraît-il. La différence : la modestie ? La métamorphose de l’amour en protocole médical sous haute surveillance ?

L’un des plus inquiétants concepts des IGM est quand même « le vivre et mourir debout », qui semble empreint d’un volontarisme médical assez obscène, voire moderne. Et qui évoque irrésistiblement des images d’une horreur burlesque : des lits installés verticalement contre les murs, les vieillards sanglés nuits et jours pour « rester debout » ? Ou pire : la scène de Blue Velvet de David Lynch où un cadavre est maintenu debout ligoté… Elle est belle, l’humanitude !

Preuve ultime que l’humanitude est un grand pas pour l’humanité : « Une récente étude, menée auprès de 111 personnes âgées de 67 à 101 ans, présentant une démence de type Alzheimer, a permis d’observer les modifications de comportement d’agitation de ces personnes. » Stupéfiante conquête de la science ! Placez cinquante vieillards dans un grand dortoir sans éclairage, plein de rats, d’araignées et de cactus, traitez-les par le silence, les coups et les crachats. Dans le même temps, placez cinquante autres vieillards dans un dortoir lumineux et spacieux, débordant de fleurs, parlez-leur, massez-les, souriez-leur, caressez leurs mains et leurs cheveux. Miracle de la bientraitance et de l’humanitude : à l’arrivée, la deuxième bande de vieillards se porte mieux que la première ! (Même si la première tire une consolation certaine de la fierté d’avoir participé à un protocole scientifique aussi grandiose.) L’amour est bon pour l’homme ! Comment le saurions-nous sans la science ?

Mais pourquoi préférer « humanitude » à « humanité » ? « Il nous est apparu que l’utilisation du mot humanité pouvait prêter à confusion. » Etonnant, non ? Certaines innovations lexicales manquent hélas encore à la panoplie Humanitude. A titre personnel, les mots « malades » et « morts » me choquent considérablement. Je suggère de les remplacer sans plus tarder par les plus convenables « personnes en cessation de santé » et « personnes en cessation de vie ».

En découvrant la bravitude sur la muraille de Chine le 7 janvier 2007, Ségolène Royale n’a pas posé la pierre fondatrice de l’itude attitude. Elle n’a fait que s’inscrire, avec panache, dans la longue tradition inaugurée en 1980 par Freddy Klopfenstein, l’inventeur du mot « humanitude », qui n’avait certes pas encore toute la richesse de sens qu’on lui connaît aujourd’hui. Les vertus du préfixe « itude » sont multiples. Il est moderne, dérangeant, il est à lui seul un cri de liberté contre « le fascisme de la syntaxe ». Il rend toute vieillerie nouvelle. Il permet de rajouter une touche de cœur, un zeste de chaleur à n’importe quoi. Enfin, il est incontestablement plus scientifique.

La « pénibilité » doit faire encore un effort, afin de trouver sa maturité novlinguistique dans la « pénibilitude ». Les « incivilités » méritent haut les mains de devenir des « incivilitudes ». Innovitude, féminitude, altéritude, flexibilitude, sens des réalitudes, sécuritude et sincéritude sont les authentiques valeurs de demain, ou pire, d’aujourd’hui. L’itude attitude est sans conteste la sœur jumelle du « mariadage » cher à Philippe Muray.

Ah oui, et au fait, à propos… Elle est retrouvude !

– Quoi ?
– L’éternitude.

Historie collective

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Ces jours-ci, tout a une fâcheuse tendance à devenir historique. Il y a une semaine, la chute des cours boursiers était qualifiée d’historique par tous les commentateurs. Lundi, l’ouverture des cours à la Bourse de Paris a donné lieu, selon Le Monde, à un « rebond historique » (Le Figaro ne la considérait que « spectaculaire »). Mercredi, la rechute des indices européens était due, bien sûr, à « des volumes de ventes historiques ». Quant à la moyenne entre la chute et la reprise, elle est quoi ?

Crise : le pire est peut-être devant nous

Dans La Crise globale,son dernier livre, le journaliste Jean-Michel Quatrepoint montre comment Wall Street a gagné contre Main Street.

Vous reprochez aux élites occidentales de ne « jamais relier les problèmes entre eux », de ne jamais admettre devant les opinions publiques que c’est le système dans sa globalité qui s’est déréglé : la crise financière, concomitante à la sortie de votre essai, n’a-t-elle pas mis en évidence le contraire, en contraignant les grands argentiers à se concerter et à annoncer ce lundi 13 octobre un « plan global » ?
Il pouvait difficilement en aller autrement : toutes les places financières s’écroulaient en même temps et les banques tremblaient sur leurs assises ! Mais dans un premier temps, ne l’oublions pas, nos dirigeants prétendaient que l’Europe était à l’abri… Et le plan Paulson, avant d’être remanié, visait essentiellement à voler au secours de l’élite financière américaine. Seule la violence de la crise, son accélération subite et sa propagation à toute l’économie, par l’assèchement brutal du crédit aux entreprises et aux particuliers, a obligé les dirigeants a envisagé des solutions de grande ampleur et, surtout, communes. Il y a encore quelques jours, Angela Merkel ne voulait tout simplement pas en entendre parler ! C’est donc la peur qui a motivé cette concertation, et non pas une réflexion de fond sur ce qu’est devenue l’économie mondialisée. Le travail d’analyse sur les trente dernières années n’a pas été fait par les élites à commencer par les élites américaines – républicaines mais aussi démocrates. Çà et là, quelques critiques du système se font jour, certes, mais pour l’essentiel ce sont surtout les « excès » du système qu’on déplore et non pas son fonctionnement. Or, ainsi que je l’explique dans mon livre, nous ne sommes pas confrontés à une énième crise d’ajustement, comme on a pu le dire des bulles « Internet » ou des « subprimes », mais à la crise globale et profonde d’un système né il y a 27 ans avec la victoire de Ronald Reagan.

Selon vous, en effet, le système qui vacille aujourd’hui est le résultat d’une « révolution idéologique » mais aussi d’un triomphe géopolitique complet, et souvent mal perçu, des Etats-Unis à la fin du XXe siècle…
Absolument. C’est la conjonction de ces deux bouleversements, l’un dans l’ordre de la représentation du monde, l’autre dans son organisation politique et économique, qui a permis la naissance de cette économie globalisée dont les principaux traits sont la prédation et la financiarisation, et qui est aujourd’hui à l’agonie. Commençons par la révolution idéologique : en 1981, Reagan arrive au pouvoir aux Etats-Unis, précédé de peu, en Grande-Bretagne, par celle qui deviendra sa fidèle alliée : Margaret Thatcher. Les deux chefs d’Etat sont confrontés à un problème bien réel : la dégénérescence de l’Etat providence. Les entreprises, à l’image d’IBM et de General Motors, sont devenus des géants arthritiques, les administrations se mêlent de tout, paralysent tout, les syndicats très puissants ne jouent plus leur rôle, les impôts étouffent la créativité – bref, ceux qui parlent alors de « soviétisation » des économies occidentales n’ont pas complètement tort. Il fallait réformer tout cela, redonner une certaine souplesse au système économique. Reagan et ses émules, partout dans le monde, de l’Europe au Chili, vont faire le choix de fracasser ce système, qui était tout de même l’héritier lointain du New Deal. Son fonctionnement était devenu certes calamiteux, mais son principe « éthique », si j’ose dire, était bon : partage et redistribution. Au cours des années 80 et 90, tout cela sera détruit.

En regard de ce basculement idéologique, vous pointez un basculement géopolitique complet en faveur des Etats-Unis, et donc de leur conception de l’économie…
C’est un fait qu’en dix ans, entre 1979 et 1989, les Etats-Unis ont réussi la prouesse de se débarrasser de toute concurrence parmi les super puissances en place ou émergentes. Ou plus exactement, car le terme « débarrasser » ne rend pas compte des faits, les USA ont non seulement mis hors d’état de nuire mais aussi intégré à leur système naissant, au monde globalisé qu’ils étaient entrain de concevoir, tous leurs rivaux à commencer par l’URSS, assommée par la relance de la course aux armements technologiques. L’empire s’est effondré en 1989 et Washington a assigné à la Russie nouvelle, et à un Boris Eltsine très coopératif, une place très claire : réservoir en énergies fossiles et matières premières. Ses satellites, eux, en intégrant l’OTAN et l’économie de marché, devaient devenir de nouveaux débouchés pour le made in USA. Après l’URSS, ce fut le tour du Japon d’être mis sur la touche. En avance technologiquement, accumulant les excédents commerciaux, taillant des croupières aux Américains jusque dans leur pré carré de l’automobile, les Japonais ont été politiquement contraints, en 1985, lors des accords dit du Plaza, de réévaluer leur monnaie, ce qui n’était pas du tout conforme à leurs intérêts d’exportateurs. Le Japon a été ainsi mis à genoux financièrement en quelques mois. L’archipel mettra plus dix ans à s’en remettre… pour prendre aujourd’hui de plein fouet la nouvelle crise. Quant à la Chine, ses dirigeants allaient se montrer beaucoup plus malins que leurs homologues soviétiques : Den Xiao Ping a vite compris que son régime était en danger de mort. A partir de 1979 et de la normalisation des relations avec Washington, il va progressivement faire entrer son pays-continent dans la zone dollar, attirant ainsi les capitaux et devenant l’usine de l’Occident. Pour le plus grand profit des multinationales anglo-saxonnes. Un deal gagnant-gagnant, dont les Etats-Unis seront les authentiques vainqueurs : décrétés à juste titre hyperpuissance, dénués de rival, ils vont façonner le monde selon leur idéologie, leur modèle.

Complot judéo-bolchevique

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Conséquence inattendue de la crise des subprimes, Marx est de nouveau à la mode. C’est en tout cas ce qu’affirme Jörn Schütrumpf de la maison d’édition allemande Karl-Dietz Verlag. Sa version de Das Kapital s’est vendue à 1.500 exemplaires cette année, contre 500 en 2005. « Les lecteurs, a-t-il souligné, sont issus d’une jeune génération d’érudits qui a dû reconnaître que les promesses néo-libérales ne se sont pas réalisées », ce qui est quasiment un portrait-robot de l’ami Jérôme. Si elle rassurera les éditeurs en panne d’idées et de fonds propres (toutes les œuvres de Marx sont libres de droits depuis longtemps), cette nouvelle est néanmoins un coup dur pour les tenants d’une crise téléguidée par Israël, comme semblait le prouver la faillite de Lehman. A moins qu’il ne s’agisse d’une joint venture cosignée Mossad et Guépéou ?

Les Indignés de la République

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Après lecture des innombrables commentaires de mon dernier article (merci à tous, au passage), je me rends compte qu’un aspect de ma pensée a échappé à nombre de mes contempteurs, ainsi qu’à certains de mes défenseurs. Rien d’étonnant à cela : il ne s’agit pas de quelque chose que j’ai dit, mais de quelque chose que je n’ai pas dit : à aucun moment, je ne me suis indigné que des milliers de jeunes Franco-maghrébins aient sifflé la Marseillaise au Stade de France, ni n’ai suggéré qu’on se devait de l’être. Et pour cause, ce qui m’a indigné dans cette affaire, c’est justement l’indignation générale.

Les huées elles-mêmes ne m’ont pas choqué. Depuis des mois, ce match était préparé pour qu’on n’y sifflât pas, pour venger l’affront des rencontres de 2001 et 2007 avec l’Algérie et le Maroc. Des escouades de travailleurs sociaux et de grands frères subventionnés avaient été dépêchés par la Fédération et les ministères concernés dans les cités, clubs de foot, associations de supporters, amicales de Tunisiens. Depuis des mois, ils expliquaient sur tous les tons aux jeunes Franco-tunes que c’était très mal de siffler la Marseillaise. Ceux-ci ont sûrement approuvé en masse ces sermons républicains. Et ils ont sans aucun doute réitéré leurs serments d’allégeance jusque dans les autocars qui les menaient de leurs banlieues au Stade de France. Le travailleur social est sans doute la seule catégorie d’humain qui ne sache pas ce qui va immanquablement arriver quand on interdit à un gamin de toucher au pot de confiture en haut de l’armoire.

Si j’utilise ici le mot de gamin, ce n’est pas tout à fait par hasard: les indignés de la République font semblant de ne pas savoir que ceux qu’ils accablent de toute l’éloquence de leur opprobre jauresso-déroulèdienne sont très majoritairement des enfants, des ados ou de très jeunes gens. Des gamins pour qui l’hymne national (tout comme le drapeau) est avant tout un truc qui sert aux supporters sur les stades. Il se trouve que ce soir-là, c’est l’équipe de Tunisie qu’ils étaient venus soutenir. Je soutiens les uns donc je siffle les autres, point-barre. Quiconque les accuse d’avoir délibérément conspué Valmy, Jean Moulin ou les institutions de la Ve République est un menteur ou un benêt : on ne siffle pas un truc dont, même si le niveau monte, on ignore jusqu’à l’existence. D’ailleurs comme on a essentiellement affaire à des franco-tunisiens, je suis persuadé que nos pourrisseurs de Marseillaise siffleraient avec le même entrain le Deutschland über alles en cas de France-Allemagne. Et si par miracle, la France s’était imposée à l’Euro 2007, on aurait vu nos désormais Honte-pour-la-France barbouillés de bleu blanc rouge hurler à tue-tête la Marseillaise à Corbeil, à Vénissieux ou à Aubagne.

Tout le monde ou presque a préféré ne pas voir ces évidences psychologiques et sociologiques de base, c’est-à-dire la joie que peut éprouver un gamin à violer gentiment un interdit de type parental ou officiel. Oui, gentiment ! Il n’y a quand même pas eu mort d’homme au Stade de France, ni injures raciales ni même échauffourées ordinaires entre supporters des deux équipes. Et pourtant toute la classe politique a préféré se vautrer dans le pathos, que ce soit pour attaquer ou pour défendre. A l’instar du président, toute la droite aura été grotesque depuis Fadela Amara (« La justice doit être exemplaire, il faut vraiment passer à la sanction, Pas de pitié avec ces gens-là ! ») jusqu’à Rachida Dati (« Des voyous ! ») en passant par Philippe de Villiers (« Siffler la Marseillaise, c’est siffler et insulter la France »), sans oublier les tartarinades pluriquotidiennes de Bernard Laporte, dont la dernière en date est pour dire qu’ »on en a trop fait », ce qui tend à démontrer que, comme le disait un de mes profs en terminale, « on » est un con !

Aux armes et cætera

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Rouget de l’Isle se serait-il imaginé le succès « polémique » de son Chant de guerre de l’armée du Rhin, commué par la République française en hymne national ? L’auteur de la Marseillaise, qui écrivit aussi – soit dit en passant – un hymne royaliste sous la Restauration Vive le Roi ! (qui n’eut pas l’heur de plaire à Louis XVIII), aurait-il imaginé que le peuple français allait si longtemps se déchirer autour de son chant guerrier, dont le texte évocateur se compose – tel un cadavre exquis de circonstance – de phrases empruntées à des affiches de conscription du début des années 1790 ? Rouget de l’Isle aurait-il pu imaginer qu’il deviendrait un jour possible de comprendre l’histoire de France à travers les heurs et malheurs de ce qu’il appela lui-même sa « vieille sornette » (dans une lettre au compositeur italien Cherubini). Une « vieille sornette » qui est devenue l’un des hymnes nationaux les plus connus, et les plus revisités – à l’instar de la sublime Bannière étoilée américaine : depuis la transcription pour violon seul de Stravinsky, jusqu’à la Marseillaise reggae de Gainsbourg ; depuis l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski jusqu’à la chanson All you need is love des Beatles qui s’ouvrent toutes les deux par le fameux chant révolutionnaire ; depuis l’arrangement de Hector Berlioz jusqu’à la version de Django Reinhardt portant le délicieux titre de Echoes of France…

Rouget aurait-il songé que sa « vieille sornette » allait drainer mille débats ces dernières années ? On se souvient du tollé provoqué dans les années 70 par la volonté de l’accordéoniste Valery Giscard d’Estaing de modifier légèrement la musique. On se souvient des débats accablants qui ont entouré le vers « Qu’un sang impur abreuve nos sillons » lors du bicentenaire de la Révolution française en 1989, l’abbé Pierre déclarant à cette occasion : « Changeons en message d’amour les paroles de haine de la Marseillaise ! »

Ces pénibles débats sur le « sang impur » oubliés, les années 2000 voient l’émergence d’un nouveau « folklore » avec la très mauvaise habitude prise par une partie des hooligans du Stade de France de siffler la « vieille sornette » lors de la solennelle cérémonie des hymnes nationaux qui ouvre les matchs de football.

Notons en liminaire que cela fait déjà des années que les joueurs de l’équipe de France de football n’entonnent plus vraiment l’hymne national au début des matchs. Ou bien un joueur sur deux, ou sur trois. Et encore. Du bout des lèvres. Evidemment, on a expliqué que notre équipe « black blanc beur » était trop tendue au début des matchs pour chanter à pleins poumons le Chant de guerre de l’armée du Rhin. Les coachs ont confirmé : il s’agissait bien d’un problème de « con-cen-tra-tion ! », pas de désintérêt pour un symbole républicain aussi bleu blanc rouge que notre drapeau, et que Madame Marianne, notre mère à tous. Chaque Coupe du monde de foot est ainsi l’occasion de déplorer que la plupart des joueurs des autres nations chantent leurs hymnes avec conviction, alors que nos onze petits bleus semblent vivre ce moment avec une telle sobriété qu’on pourrait la prendre pour de la désaffection. On ne leur demande certes pas de chanter avec la ferveur des rugbymen néo-zélandais scandant leur Haka, mais on aimerait les sentir fiers d’être français. Et on aimerait être fier de la fierté de cette équipe nationale où les minorités sont sur-représentées.

Mais si la Marseillaise ne soulève pas les passions des joueurs de football, elle déclenche parfois la haine des supporteurs. Un soir d’octobre 2001, en ouverture d’un match amical entre les bleus et la sélection nationale algérienne au Stade de France, l’hymne national est couvert par les sifflets. On connaît la pitoyable suite.

Quand on se rappelle qu’une loi Fillon de 2005 rend obligatoire l’apprentissage de la Marseillaise en maternelle et primaire et que le respect des symboles républicains est désormais inscrit dans la loi, il y a de quoi être découragé. Certes, les politiques ont condamné – « Pas de pitié pour ces gens-là », a dit Fadela Amara. En revanche, la presse et les intellectuels, jamais avares de sirop moraliste à l’aspartam, ont dénoncé un emballement de la classe politique face à des « sifflets » qui ne seraient qu’un symptôme de la « désintégration sociale » (Le Monde). « Ce n’est pas si grave ! », « Ils sont jeunes ! », « C’est du folklore ! », « Ils sont chômeurs ! », « On ne leur a pas laissé la chance de s’intégrer ! », « Ils sont victimes d’une société cruelle ! », « C’est à cause de la crise financière et du capitalisme mondialisé ! »… C’est à cause de la cause, et du pouvoir d’achat ! Sans parler du prix du baril ! On sait ce qu’une foule moutonnière peut avoir de déplaisant. Reste que l’hystérie suscitée par ces ignominieux sifflets collectifs masque plusieurs questions.

Pourquoi avoir confié à Lââm la mission d’interpréter l’hymne national ? Sans doute pour fabriquer une « image symbolique » aussi lourde et affligeante que sa voix… la franco-tunisienne interprétant l’hymne national, comme le signe d’un succès de l’intégration !

Pourquoi encore un match « amical » contre une nation du Maghreb ? Après les incidents du France-Algérie (2001) et du France-Maroc (2007), fallait-il tendre la verge pour se faire battre, à l’occasion d’une rencontre avec la Tunisie ?

Pourquoi les hooligans qui ont étendu une large banderole contre les « Ch’tis » durant la finale de la Coupe de la Ligue 2008 entre Lens et le PSG ont-ils été repérés en quelques jours par la Police, alors que personne ne semble parler en ce moment d’une identification des populations qui étaient présentes au Stade de France pour siffler l’hymne national ? Est-ce plus fondamentalement grave d’insulter le peuple des corons, que la nation toute entière ? Pourquoi n’ose-t-on pas parler des individus qui sifflent ? Pourquoi la télévision ne nous les a-t-elle pas montrés en gros plans ?

Pourquoi feindre la sidération face au comportement de ces jeunes gens ? Pourquoi faire semblant de découvrir un sentiment anti-national profondément ancré dans certaines populations, alors qu’il est sensible depuis de longues années ? (Depuis les agressions des « faces de craie » lors des manifestations lycéennes de ces dernières années par des bandes de jeunes venues de périphérie, jusqu’au communautarisme qui avance d’année en année au sein des « quartiers ».)

On observera pour conclure que le dixième anniversaire de la victoire de notre équipe « black blanc beur » au Mondial de 1998 sous la houlette de super-Zizou est bien sombre. Est-ce la France qui a changé ? Qu’est-ce qui n’est pas au carré dans l’Hexagone, qu’est-ce qui ne tourne pas rond au royaume du ballon rond, pour que les symboles communs de la République soient ainsi conspués ? Devons-nous ranger la « vieille sornette » au magasin des accessoires, et renoncer à toute dignité nationale, ou bien – « Aux armes et cætera !… » – trouver des moyens de la faire accepter, et respecter, coûte que coûte… ? Et si Carla Bruni, avec sa belle voix suave et sensuelle, nous offrait sa propre interprétation, digne et sexy, de la Marseillaise ? Chiche !

Réputé spécialiste des banlieues

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Samedi dernier, Karim Zeribi, président d’ »Agir pour la citoyenneté » et spécialiste réputé des banlieues, était un des invités de « Revu et Corrigé », l’émission de Paul Amar sur France 5. Il s’en est pris vivement à Nicolas Sarkozy en expliquant que deux ans après sa fameuse tirade du Kärcher, rien avait changé à La Courneuve en matière d’échec, de chômage et de désenclavement. Et là, Karim, c’est vraiment la mauvaise pioche : il y a tous les problèmes du monde à La Courneuve, sauf celui du désenclavement : on peut y accéder au choix par le métro (ligne 7), le RER C et le tramway T1, sans parler des trois autoroutes qui desservent la ville. Si La Courneuve est sans aucun doute une des communes les plus pauvres d’Ile de France, c’est aussi une des plus favorisées en matière de transports, comme le savent bien tous ceux qui sont allés un jour à la fête de l’Huma. Notre expert aura sans doute été victime des clichés sur la banlieue…

DSK, ou le syndrome du scorpion

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Une histoire africaine bien connue met en scène une grenouille et un scorpion tentant d’échapper à la noyade lors d’une crue dévastatrice : « Monte sur mon dos, propose la grenouille, et tu seras sauvé. » Le scorpion accepte, et au milieu du fleuve, pique la grenouille de son dard mortel. « Pourquoi as-tu fait cela ? », demande la grenouille avant de passer de vie à trépas. Tu vas mourir aussi. » « C’est ma nature… », répond le scorpion.

Comment Dominique Strauss-Kahn, qui est loin d’être un imbécile et encore moins un naïf, a-t-il pu se laisser aller à une aventure extraconjugale avec une dame du FMI sur laquelle il avait autorité ? Il était libre de mépriser la mise en garde de Jean Quatremer, correspondant de Libé à Bruxelles qui saluait ainsi sa nomination : « Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. »

Il y a bien des raisons de mépriser ces journaleux aigris, peut-être jaloux de votre charme dévastateur. L’avertissement n’en était pas moins prémonitoire. Comment DSK a-t-il pu ne pas méditer la mésaventure de Paul Wolfowitz, viré récemment de la direction de la Banque mondiale pour népotisme en faveur de sa compagne qui travaillait dans cette institution ?

Il était à peine installé depuis deux mois dans le bureau directorial de Washington qu’il a donc fallu qu’il drague par mail Piroska Nagy, directrice du département Afrique du FMI, et qu’il mène l’assaut jusqu’à la reddition de la forteresse magyare. La dame, dont le mari n’avait que modérément apprécié l’épisode, profita de la réduction d’effectifs de son institution pour filer à l’anglaise, et plus précisément à Londres, où elle exerce maintenant ses talents à la BERD. L’enquête diligentée par le directoire du FMI doit établir si Dominique Strauss-Kahn a fait bénéficier Mme Nagy d’avantages indus lors de son départ, ou si, au contraire, il ne l’a pas poussée à la démission pour tirer un trait sur cette affaire…

Les coulisses du FMI ne sont pas celles d’un théâtre de boulevard. Même si, au bout du compte, il s’avère que Mme Nagy n’a pas fait l’objet d’un traitement discriminatoire, favorable ou défavorable, notre brillant économiste social-démocrate est d’ores et déjà déstabilisé. Dans un pays où les profs d’université se croient obligés de proclamer sur la porte que leur bureau est une sexual harassment free zone, le seul fait de confondre business et affairs (ah ! ces faux amis !) vous vous rapproche plus de la sortie que de l’augmentation.

On peut le regretter, tempêter, s’indigner – et on aura raison. Mais c’est en toute connaissance de cause que DSK a choisi de traverser l’Atlantique plutôt que le désert de cinq ans, voire plus, d’opposition à la droite en France.

Et bon sang de bonsoir, s’il avait envie de courir le guilledoux, ce qui est parfaitement son droit, il n’avait qu’à sortir de son building à l’heure du lunch, pour faire la connaissance de l’une de ces milliers de fonctionnaires fédérales jeunes, jolies et intelligentes qui grignotent solitairement leur salade composée sur les bancs publics de Washington !

D’accord, on n’est pas sérieux quand on a soixante ans, et il faut bien que le corps exulte – je serais le dernier à lui jeter la pierre. Mais cette tentative de suicide politique n’a vraiment rien de drôle: combien sont-ils, ces électeurs de Sarkozy en 2007 qui seraient heureux de revenir à gauche si DSK rentrait au pays auréolé d’un parcours sans faute à l’international ?

Ceux-là se sentent aujourd’hui cocus, au même titre que les conjoints respectifs des protagonistes de ces galipettes monétaires internationales.

A titre de consolation on pourra toujours se réjouir de la naissance, sous la plume de DSK d’un nouvel euphémisme désignant le coup de canif au contrat de mariage : « Un incident survenu dans ma vie privée… » Pour l’accident, voir Félix Faure.

DSK ephèmère au FMI ?

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Grâce au Wall Street Journal, la planète entière sait désormais que DSK a une vie privée extra conjugale. Le président du FMI a reconnu les faits- tout en se défendant farouchement qu’ils aient donné lieu à un quelconque favoritisme professionnel, ce dont l’accuse le WSJ et qui pourrait entraîner sa destitution. On se gardera bien de penser quoi que ce soit du volet supposément népotique de l’affaire. La direction du Fonds Monétaire International a toujours été l’objet de bien des convoitises : on n’a aucune raison d’exclure a priori une manœuvre de déstabilisation montée de toutes pièces. Quant au côté privé  de l’affaire, on y réfléchira à deux fois avant d’accabler nos indiscrets confrères américains pour cet outing rien moins que délicat : dès juin dernier, DSK avait été dénoncé comme dragueur impénitent sur le blog de Jean Quatremer, spécialiste des questions européennes à Libération. Voilà ce qu’on pouvait y lire : « Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). » C’est donc un peu grâce à vous, cher Jean Quatremer, si aujourd’hui, tout le monde en parle. Alors, heureux ?

L’imprimé est l’avenir du net

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On n’arrête pas le progrès, surtout quand il se déguise. Vendredi, nouvel hebdomadaire arrivé dans les kiosques le 16 octobre est un paradoxe, voire un oxymore : un journal pour s’orienter dans le réseau mondial, un portail imprimé. Pour les non-initiés, un « portail » est un « site de sites » qui oriente les lecteurs vers des textes publiés par d’autres sites. Depuis le temps qu’on vous dit qu’internet est une jungle, ce nouveau-né qui entend démentir les rumeurs de disparition de l’espèce imprimée vous servira à la fois de boussole et de couteau suisse, de gourmandise et de ration de survie (pour affronter les périodes de déconnection). Le minimum, c’est qu’il vous permettra de ne pas surfer idiot. Ce n’est pas rien.

On ne saurait exclure cependant que Vendredi soit plus que ce qu’il a l’air d’être et que son genre finalement modeste soit une feinte pour défendre autre chose – sinon une vision du monde, une façon de l’aborder de guingois, avec des convictions, juste ce qu’il faut de mauvaise foi, et plus encore à l’humour qui fait défaut à tant de grands journalistes. Après tout, ce qui est dit, écrit, montré, échangé, commenté, enjolivé, manipulé et déformé sur internet a au moins autant de signification que les commentaires repris en boucle d’un grand média à un autre grand média. Peut-être, alors que Vendredi avance masqué et que, sous couvert de vous aider à vous repérer dans l’enfer du net, il réinvente la grande presse d’opinion. Pour le plus grand déplaisir, par exemple de Jacques Attali : un insolent a eu la malséance de confronter son rapport au réel de la crise mondiale. Un travail au scalpel, donc saignant. On n’est pas en reste sur l’investigation : il est bien agréable, en ces temps de sacralisation des « énergies nouvelles », de pouvoir lire une enquête hors sentiers battus sur les éoliennes. On en arrive d’ailleurs aux mêmes conclusions que pour le rapport Attali : au pire une arnaque, au mieux, du vent. Bref, il semblerait que pour une fois on n’a pas banalement dans les mains un nouveau journal, mais un journal avec du neuf.

Ce soupçon semble d’autant plus fondé que le Géronimo de ces apaches[1. Apache est la SARL qui édite Vendredi. En filant la métaphore on ajoutera que leur Cochise, c’est Jacques Rosselin, fondateur de Courrier International ; la tribu comprend aussi le vieux sage Philippe Labarde qui fit les beaux jours de la Tribune et des pages éco du Monde.] est l’ami Philippe Cohen. Auteur, avec Pierre Péan, du livre qui a fracassé le mythe de la grande presse, Philippe a été l’un des premiers, dans la profession, à comprendre que les médias étaient devenus les rois du monde. Il a aussi été l’un des rares journalistes à soulever avec obstination les jupes de ces rois pour montrer qu’ils étaient nus, ou plutôt pour dévoiler leurs grandes ambitions et petites combines. À ceux qui claironnaient que « ceux qui critiquent la presse attaquent la démocratie », il a répliqué que « ceux qui interdisent qu’on la critique confisquent la démocratie ». Et toc. Le risque que Vendredi se complaise dans l’adhésion naïve au monde merveilleux d’internet est donc nul.

Il faut ajouter que Cohen est le genre de type qui a l’impression de mourir s’il ne se lance pas à intervalles réguliers dans une nouvelle aventure. En moins d’un an, il a propulsé marianne2 parmi les premiers sites d’information. Cela signifie aussi qu’il s’est heurté aux limites économiques de ce média qui a bien du mal à être une entreprise. Certains diront que ce privilège confère à ce qui s’y publie une forme de pureté et que le semi-amateurisme qui y règne garantit son caractère démocratique. De fait, le prix du ticket d’entrée est, comme le sait bien tout blogueur, ridiculement bas – un site capable de toucher des centaines de milliers de lecteurs par mois est bien moins coûteux qu’un journal atteignant une diffusion identique. Le web libère l’entrepreneur de presse des lourdes contraintes de la distribution. L’ennui est qu’il le libère aussi de la possibilité de gagner d’argent.

L’exode de budgets publicitaires qui quitteraient les vieux journaux pour les verts pâturages de la presse en ligne n’est pas seulement un mythe. Seulement, ce gâteau qui grossit est très inégalement partagé, une poignée d’acteurs en captant la part du lion, les annonceurs préférant concentrer leur investissement sur les « gros » – qui sont souvent les plus consensuels. Le premier responsable de cette situation, c’est toi, cher lecteur, toi qui acceptes de débourser quelques euros pour ton journal, mais qui trouves normal que sur internet, tout soit gratuit. De ce contexte difficile, l’équipe de Vendredi a tiré une conclusion culotée : l’imprimé est l’avenir du numérique. En tout cas, l’hebdomadaire se démarque de la culture de la gratuité : contrairement aux portails qui rémunèrent les contributions par de l’audience, Vendredi achète les textes qu’il reproduit. À des tarifs certes symboliques, mais en ce domaine, les symboles comptent, ne serait-ce que parce que ce qui s’achète est considéré comme du travail.

« Pour les internautes qui aiment lire » – ce slogan aurait pu être celui de Vendredi. On comprendra que pour la rédaction de Causeur, son arrivée est aussi bienvenue que le fut celle d’un autre Vendredi pour Robinson Crusoé. On se sent déjà moins seuls.

Demandez l’humanitude !

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Contrairement à la bravitude, l’humanitude n’est pas l’invention d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, mais celle d’un gang de gériatres. Pour apprendre à parler l’humanitude, allez donc faire un tour sur le site des Instituts Gineste-Marescotti !

Il est temps pour vous de vous familiariser avec la Philosophie de l’Humanitude, le Mourir Debout, la Manutention Relationnelle et la Capture sensorielle, sans manquer l’inoubliable Toucher Tendresse. Les heureux propriétaires de ces effarantes marques déposées et de toutes ces majuscules sont les infatigables estropieurs du verbe Yves Gineste et Rosette Marescotti. L’humanitude, il y a des maisons pour ça : les Instituts Gineste-Marescotti ou IGM, présents dans toute la France, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg.

Entendons-nous bien : l’humanitude n’est pas une barbaritude, c’est un barbarisme. Les soins dispensés derrière ces terrifiants vocables sont sans doute excellents. Mais d’abord, qu’est-ce que « l’humanitude » ? Nos doctes gériatres-lexicologues emploient le terme dans trois sens. Il s’agit en premier lieu de l’ensemble des caractères spécifiquement humains : « le rire, l’humour, l’intelligence conceptuelle, la verticalité, l’habit, la socialisation » (aucune mention, curieusement, de la guerre ni de la cruauté somptuaire). Les gériatres en déduisent une sorte de human pride. Sois fier d’être un humain ! Lutte pour la reconnaissance et la visibilité de ton humanitude ! Bouge-toi pour ton espèce ! A titre personnel, en matière d’humanitude, je préfère Hubert-Félix Thiéfaine : « Morbac ascendant canular, affilié au Human fan club… »

« L’humanitude » désigne ensuite le sentiment qu’inspirent légitimement les caractéristiques humaines. Il porte en français un nom très simple : l’amour. « L’humanitude » est enfin une méthode de soin inspirée par l’amour, prenant en compte l’universel besoin humain de contact physique, de regard, de parole et de voix humaine. En gros, il s’agit donc de traiter les vieux avec amour. Au risque de vous choquer, moi aussi je suis pour. J’aime bien la dignité humaine. Je suis favorable à un peu d’humanitude dans un monde de brudes. L’abandon et le mépris de la vieillesse et des malades sont assurément un des traits les plus répugnants de l’époque. Mais est-ce une raison pour nous causer comme ça ?

Le site des IGM regorge de merveilles lexicales. De la « bientraitance » à « l’auto-feed-back », en passant par les « techniques de décontracture ». Il y est question de « techniques du prendre-soin qui sur le terrain donnent des résultats immédiats et spectaculaires : pacification de 90 % des comportements d’agitation pathologiques… » Tremblez, vieillards ! Après la Serbie et l’Irak, votre tour est venu ! On va vous pacifier la gueule avec humanitude ! Vous n’avez aucune raison d’avoir peur, « la philosophie de l’humanitude est basée sur l’approche émotionnelle et le respect des droits de l’homme. » Dans les IGM, nulle trace de médecins ou d’infirmières, il n’y a que des « soignants ». Il s’agit de « passer de la médecine « vétérinaire » à une rencontre des « humanitudes dans le soin » », car « on ne devient soignant qu ‘en s’occupant de l’humanitude ». Quand un « soignant » vous montre son « humanitude », une seule solution : le mordre ! Évidemment, à la longue on en vient à se demander si cette orgie d’inventions lexicales ne dissimule pas la pauvreté des inventions réelles en matière de soin. « Soigner avec humanité n’est pas prendre soin en humanitude », paraît-il. La différence : la modestie ? La métamorphose de l’amour en protocole médical sous haute surveillance ?

L’un des plus inquiétants concepts des IGM est quand même « le vivre et mourir debout », qui semble empreint d’un volontarisme médical assez obscène, voire moderne. Et qui évoque irrésistiblement des images d’une horreur burlesque : des lits installés verticalement contre les murs, les vieillards sanglés nuits et jours pour « rester debout » ? Ou pire : la scène de Blue Velvet de David Lynch où un cadavre est maintenu debout ligoté… Elle est belle, l’humanitude !

Preuve ultime que l’humanitude est un grand pas pour l’humanité : « Une récente étude, menée auprès de 111 personnes âgées de 67 à 101 ans, présentant une démence de type Alzheimer, a permis d’observer les modifications de comportement d’agitation de ces personnes. » Stupéfiante conquête de la science ! Placez cinquante vieillards dans un grand dortoir sans éclairage, plein de rats, d’araignées et de cactus, traitez-les par le silence, les coups et les crachats. Dans le même temps, placez cinquante autres vieillards dans un dortoir lumineux et spacieux, débordant de fleurs, parlez-leur, massez-les, souriez-leur, caressez leurs mains et leurs cheveux. Miracle de la bientraitance et de l’humanitude : à l’arrivée, la deuxième bande de vieillards se porte mieux que la première ! (Même si la première tire une consolation certaine de la fierté d’avoir participé à un protocole scientifique aussi grandiose.) L’amour est bon pour l’homme ! Comment le saurions-nous sans la science ?

Mais pourquoi préférer « humanitude » à « humanité » ? « Il nous est apparu que l’utilisation du mot humanité pouvait prêter à confusion. » Etonnant, non ? Certaines innovations lexicales manquent hélas encore à la panoplie Humanitude. A titre personnel, les mots « malades » et « morts » me choquent considérablement. Je suggère de les remplacer sans plus tarder par les plus convenables « personnes en cessation de santé » et « personnes en cessation de vie ».

En découvrant la bravitude sur la muraille de Chine le 7 janvier 2007, Ségolène Royale n’a pas posé la pierre fondatrice de l’itude attitude. Elle n’a fait que s’inscrire, avec panache, dans la longue tradition inaugurée en 1980 par Freddy Klopfenstein, l’inventeur du mot « humanitude », qui n’avait certes pas encore toute la richesse de sens qu’on lui connaît aujourd’hui. Les vertus du préfixe « itude » sont multiples. Il est moderne, dérangeant, il est à lui seul un cri de liberté contre « le fascisme de la syntaxe ». Il rend toute vieillerie nouvelle. Il permet de rajouter une touche de cœur, un zeste de chaleur à n’importe quoi. Enfin, il est incontestablement plus scientifique.

La « pénibilité » doit faire encore un effort, afin de trouver sa maturité novlinguistique dans la « pénibilitude ». Les « incivilités » méritent haut les mains de devenir des « incivilitudes ». Innovitude, féminitude, altéritude, flexibilitude, sens des réalitudes, sécuritude et sincéritude sont les authentiques valeurs de demain, ou pire, d’aujourd’hui. L’itude attitude est sans conteste la sœur jumelle du « mariadage » cher à Philippe Muray.

Ah oui, et au fait, à propos… Elle est retrouvude !

– Quoi ?
– L’éternitude.

Historie collective

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Ces jours-ci, tout a une fâcheuse tendance à devenir historique. Il y a une semaine, la chute des cours boursiers était qualifiée d’historique par tous les commentateurs. Lundi, l’ouverture des cours à la Bourse de Paris a donné lieu, selon Le Monde, à un « rebond historique » (Le Figaro ne la considérait que « spectaculaire »). Mercredi, la rechute des indices européens était due, bien sûr, à « des volumes de ventes historiques ». Quant à la moyenne entre la chute et la reprise, elle est quoi ?

Crise : le pire est peut-être devant nous

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Dans La Crise globale,son dernier livre, le journaliste Jean-Michel Quatrepoint montre comment Wall Street a gagné contre Main Street.

Vous reprochez aux élites occidentales de ne « jamais relier les problèmes entre eux », de ne jamais admettre devant les opinions publiques que c’est le système dans sa globalité qui s’est déréglé : la crise financière, concomitante à la sortie de votre essai, n’a-t-elle pas mis en évidence le contraire, en contraignant les grands argentiers à se concerter et à annoncer ce lundi 13 octobre un « plan global » ?
Il pouvait difficilement en aller autrement : toutes les places financières s’écroulaient en même temps et les banques tremblaient sur leurs assises ! Mais dans un premier temps, ne l’oublions pas, nos dirigeants prétendaient que l’Europe était à l’abri… Et le plan Paulson, avant d’être remanié, visait essentiellement à voler au secours de l’élite financière américaine. Seule la violence de la crise, son accélération subite et sa propagation à toute l’économie, par l’assèchement brutal du crédit aux entreprises et aux particuliers, a obligé les dirigeants a envisagé des solutions de grande ampleur et, surtout, communes. Il y a encore quelques jours, Angela Merkel ne voulait tout simplement pas en entendre parler ! C’est donc la peur qui a motivé cette concertation, et non pas une réflexion de fond sur ce qu’est devenue l’économie mondialisée. Le travail d’analyse sur les trente dernières années n’a pas été fait par les élites à commencer par les élites américaines – républicaines mais aussi démocrates. Çà et là, quelques critiques du système se font jour, certes, mais pour l’essentiel ce sont surtout les « excès » du système qu’on déplore et non pas son fonctionnement. Or, ainsi que je l’explique dans mon livre, nous ne sommes pas confrontés à une énième crise d’ajustement, comme on a pu le dire des bulles « Internet » ou des « subprimes », mais à la crise globale et profonde d’un système né il y a 27 ans avec la victoire de Ronald Reagan.

Selon vous, en effet, le système qui vacille aujourd’hui est le résultat d’une « révolution idéologique » mais aussi d’un triomphe géopolitique complet, et souvent mal perçu, des Etats-Unis à la fin du XXe siècle…
Absolument. C’est la conjonction de ces deux bouleversements, l’un dans l’ordre de la représentation du monde, l’autre dans son organisation politique et économique, qui a permis la naissance de cette économie globalisée dont les principaux traits sont la prédation et la financiarisation, et qui est aujourd’hui à l’agonie. Commençons par la révolution idéologique : en 1981, Reagan arrive au pouvoir aux Etats-Unis, précédé de peu, en Grande-Bretagne, par celle qui deviendra sa fidèle alliée : Margaret Thatcher. Les deux chefs d’Etat sont confrontés à un problème bien réel : la dégénérescence de l’Etat providence. Les entreprises, à l’image d’IBM et de General Motors, sont devenus des géants arthritiques, les administrations se mêlent de tout, paralysent tout, les syndicats très puissants ne jouent plus leur rôle, les impôts étouffent la créativité – bref, ceux qui parlent alors de « soviétisation » des économies occidentales n’ont pas complètement tort. Il fallait réformer tout cela, redonner une certaine souplesse au système économique. Reagan et ses émules, partout dans le monde, de l’Europe au Chili, vont faire le choix de fracasser ce système, qui était tout de même l’héritier lointain du New Deal. Son fonctionnement était devenu certes calamiteux, mais son principe « éthique », si j’ose dire, était bon : partage et redistribution. Au cours des années 80 et 90, tout cela sera détruit.

En regard de ce basculement idéologique, vous pointez un basculement géopolitique complet en faveur des Etats-Unis, et donc de leur conception de l’économie…
C’est un fait qu’en dix ans, entre 1979 et 1989, les Etats-Unis ont réussi la prouesse de se débarrasser de toute concurrence parmi les super puissances en place ou émergentes. Ou plus exactement, car le terme « débarrasser » ne rend pas compte des faits, les USA ont non seulement mis hors d’état de nuire mais aussi intégré à leur système naissant, au monde globalisé qu’ils étaient entrain de concevoir, tous leurs rivaux à commencer par l’URSS, assommée par la relance de la course aux armements technologiques. L’empire s’est effondré en 1989 et Washington a assigné à la Russie nouvelle, et à un Boris Eltsine très coopératif, une place très claire : réservoir en énergies fossiles et matières premières. Ses satellites, eux, en intégrant l’OTAN et l’économie de marché, devaient devenir de nouveaux débouchés pour le made in USA. Après l’URSS, ce fut le tour du Japon d’être mis sur la touche. En avance technologiquement, accumulant les excédents commerciaux, taillant des croupières aux Américains jusque dans leur pré carré de l’automobile, les Japonais ont été politiquement contraints, en 1985, lors des accords dit du Plaza, de réévaluer leur monnaie, ce qui n’était pas du tout conforme à leurs intérêts d’exportateurs. Le Japon a été ainsi mis à genoux financièrement en quelques mois. L’archipel mettra plus dix ans à s’en remettre… pour prendre aujourd’hui de plein fouet la nouvelle crise. Quant à la Chine, ses dirigeants allaient se montrer beaucoup plus malins que leurs homologues soviétiques : Den Xiao Ping a vite compris que son régime était en danger de mort. A partir de 1979 et de la normalisation des relations avec Washington, il va progressivement faire entrer son pays-continent dans la zone dollar, attirant ainsi les capitaux et devenant l’usine de l’Occident. Pour le plus grand profit des multinationales anglo-saxonnes. Un deal gagnant-gagnant, dont les Etats-Unis seront les authentiques vainqueurs : décrétés à juste titre hyperpuissance, dénués de rival, ils vont façonner le monde selon leur idéologie, leur modèle.

Complot judéo-bolchevique

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Conséquence inattendue de la crise des subprimes, Marx est de nouveau à la mode. C’est en tout cas ce qu’affirme Jörn Schütrumpf de la maison d’édition allemande Karl-Dietz Verlag. Sa version de Das Kapital s’est vendue à 1.500 exemplaires cette année, contre 500 en 2005. « Les lecteurs, a-t-il souligné, sont issus d’une jeune génération d’érudits qui a dû reconnaître que les promesses néo-libérales ne se sont pas réalisées », ce qui est quasiment un portrait-robot de l’ami Jérôme. Si elle rassurera les éditeurs en panne d’idées et de fonds propres (toutes les œuvres de Marx sont libres de droits depuis longtemps), cette nouvelle est néanmoins un coup dur pour les tenants d’une crise téléguidée par Israël, comme semblait le prouver la faillite de Lehman. A moins qu’il ne s’agisse d’une joint venture cosignée Mossad et Guépéou ?