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American franc-tireur

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eastwood american sniper

Sorti à Noël, American  sniper a fait un  tabac aux Etats-Unis – 250 millions de dollars de recettes en un mois, pour un budget de 60 millions, et six nominations aux Oscars, dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Bradley Cooper, qui campe le personnage principal, Chris Kyle. Il a fait aussi grincer des dents et couler beaucoup d’encre. Le film serait une apologie de la guerre. Un exercice de propagande raciste anti-arabe et antimusulman, où les Irakiens apparaissent barbares et cruels.

Il est surprenant que Clint Eastwood soit adulé en France. Ses films sont régulièrement encensés dans les Cahiers du Cinéma, Jean Luc Godard lui a dédié son  Détective  en 1984.  Eastwood a été  décoré par Jack Lang en 1985, Jacques  Chirac en 2007 et Nicolas Sarkozy en 2009. Cette faveur tient à deux malentendus, artistique et politique. D’abord, Clint Eastwood ne fait pas des films « d’auteur », mais des films « de genre ». Sur la grosse trentaine qu’il a réalisés, un tiers avaient initialement été confiés à d’autres réalisateurs y compris American Sniper,  qui devait être mis en scène par Steven Spielberg et qu’Eastwood récupéra suite à un différend  budgétaire.

Sur le plan idéologique, il concentre sur sa personne les défauts que les Français aiment tant détester chez les Américains. Il méprise le « système », l’interventionnisme d’Etat, la bureaucratie et les fonctionnaires. En revanche, il approuve la peine de mort, l’auto-défense et glorifie les armes à feu. Il ne reconnait à personne le droit de lui dire comment mener sa vie tant que celle-ci ne menace personne. Bien entendu, il vote républicain et a soutenu Ronald Reagan et Mitt Romney. Mais il s’est opposé à la guerre en Irak car pour lui les Etats-Unis n’ont pas à être le shérif du monde. Circonstance aggravante, il dédaigne  Barack Obama, intellectuel élitiste,  bavard et arrogant. Autant dire qu’il n’est pas l’un de ces acteurs engagés dans toutes les « bonnes causes » et qu’il est encore plus loin du comédien français luttant pour les sans-papiers…[access capability= »lire_inedits »]

Eastwood est un « libertarien », un anarchiste de droite, attaché à la fois à l’ordre et aux droits individuels, qui sont les deux piliers indissociables d’une société éprise de liberté. Bref, il est tout sauf politiquement correct. Est-ce ce pour ou malgré cela que les Français l’aiment tant ? Pas seulement. Eastwood, c’est le rebelle à Hollywood, le type qui ose aller contre le système, la figure à laquelle l’esprit révolutionnaire français adore s’identifier. Cependant, la première raison de sa popularité, est que ses films sont redoutablement efficaces et aussi, qu’ils montrent l’existence d’une part d’humanité chez le pire tueur, y compris celui d’American Sniper que Clint Eastwood, finalement, rend plutôt sympathique.

En apparence, American Sniper est un film de guerre. En vérité une réflexion sur le mythe du héros, constitutif de l’histoire et de l’identité américaines, mais qui heurte frontalement la passion française de l’égalité. Tiré d’une histoire vraie, American Sniper raconte les quatre missions effectuées en Irak entre 2003 et 2009, par Chris Kyle, un tireur d’élite, membre des Navy SEAL, ces commandos ultra-entrainés des Forces Spéciales, susceptibles d’agir sur « mer, air et terre », comme l’indiquent leurs initiales «  Sea Air And Land ». En tuant des « méchants », il sauvait des vies américaines. Et son seul regret était de ne pas en avoir sauvé plus… Officiellement, Kyle est crédité de 160 « cartons » – « kills » dans le vocabulaire militaire –,  ce qui en fait le tueur le plus  efficace de  l’histoire américaine.  Après la guerre, il a été assassiné par un ancien combattant atteint de « stress post-traumatique », dont le procès se déroule en ce moment même aux Etats-Unis…

Eastwood excelle à filmer la guerre.  « La guerre me fascine, dit-il, même si je ne l’aime pas forcément. La guerre c’est le conflit ultime, et le conflit est par essence dramatique. »  En 2006 et 2007 avec Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima, il racontait la guerre du Pacifique, vue du côté américain, puis du côté japonais, pas pour choisir un camp mais pour montrer comment la guerre change les gens.

C’est encore ce qu’il fait dans American sniper. Derrière l’apparence du film patriotique destiné à diffuser une histoire ripolinée de la guerre en Irak, Eastwood nous parle d’un homme et de sa famille. De la façon dont la guerre a déshumanisé le jeune cowboy qu’était Kyle, pour en faire une machine à tuer, un être obsédé, insensible et impénétrable, sa femme et ses enfants devenant en quelque sorte les victimes collatérales de ses meurtres.

Eastwood laisse une chance au Salut. « Je suis prêt à rencontrer mon créateur et justifier chacun de mes tirs, dit Kyle à un médecin. Ils méritaient tous de mourir. »  On comprend que, pour le réalisateur, Kyle n’est pas coupable d’avoir tué, mais d’avoir perdu sa famille et de s’être perdu lui-même. Et c’est précisément quand il redevient  lui-même et retrouve les siens qu’il est à son tour assassiné, sa mort devenant le sacrifice christique nécessaire à la rédemption des autres, comme celle de Walt Kowalski, le vieil ouvrier blanc de Detroit dans Gran Torino.

Le véritable Kyle, surnommé « la légende » par ses compagnons d’armes avait été conditionné pour devenir un héros américain. Son père lui expliquait que le monde était peuplé de trois types d’individus, les « moutons », les « loups » et les « chiens de garde ». Lui était destiné à être « chien de garde ».  Lors de ses funérailles, des milliers d’Américains lui rendirent les honneurs, une main sur le cœur, l’autre sur la bannière étoilée.

Cependant, ce qui intéresse Eastwood ce n’est pas le héros modèle surhomme, à la façon d’un Paul Bunyan, personnage à la force herculéenne du folklore américain, ou au superhéros des bandes dessinées Marvel et autres,  plutôt le genre dur dehors-fragile dedans. Dans son autobiographie, Kyle confie le plaisir que lui a procuré chacun  de ses cartons, Eastwood préfère  montrer l’humanité troublante du tueur et ses dilemmes quand le combattant ennemi est une femme ou un enfant… Son Kyle agit par patriotisme et devoir, et ne souhaite en tirer aucune gloire. Il est grand, costaud, taciturne, bagarreur, et sait manier les armes. Bref, il projette une certaine image de la masculinité, jadis incarnée par Eastwood lui-même.  Mais dans le film, le vrai héros n’est pas Kyle le tireur d’élite, mais Kyle, l’homme, le mari, le père, l’ami. L’homme qui  protège les communautés qu’il s’est choisies, ses frères d’armes et sa famille.

American Sniper revisite ainsi un thème récurrent dans l’œuvre d’Eastwood, celui du héros solitaire qui lutte seul contre tous pour les siens, même s’il lui faut défier l’armée, comme le sergent du Maître de guerre (1987), voire le président des Etats-Unis comme le voleur de Pleins Pouvoirs (1996). Kyle est au sens propre comme au figuré un « franc-tireur ». Contre l’avis de ses supérieurs il n’hésite pas à accompagner lui-même les patrouilles, pour mieux en protéger les soldats, jeunes et inexpérimentés. Son courage, son code d’honneur, ses valeurs sont placées au service de ses frères d’armes et des Etats-Unis d’Amérique. Seulement les Etats-Unis dont parle Eastwood ne sont plus cette puissance dont les excès menacent la paix, ni le phare de la liberté illuminant le monde, mais plutôt une créature vulnérable qu’il faut protéger des fracas du monde. C’est sans doute ce constat qui perturbe les grilles de lecture bien rodées des critiques. Et plus encore la conclusion qu’en tire Eastwood, qui est l’Amérique devrait accepter qu’elle est devenue une île et s’occuper des siens, comme Kyle, plutôt que chercher à propager des valeurs là où elles ne peuvent même plus être comprises.[/access]

*Photo : AP21697013_000043.Vince Bucci/AP/SIPA.

L’amour encore, l’amour toujours

Pour l’inconscient, eh oui, le principe de contradiction n’existe pas! Ce n’est pas un scoop mais l’on semble souvent l’oublier… Alors à chaque question, la réponse ne peut être que oui ! Tout au moins dans l’inconscient…

Quand  la philosophe  Nathalie Sarthou-Lajus et le psychanalyste Jean-Pierre Winter posent la question : « Peut-on croire à l’amour ? » le lecteur averti subodore donc déjà quelle en sera la réponse. Evidemment, ce qui nous intéresse n’est pas le oui ou sa dénégation consubstantielle mais les chemins que chacun d’eux emprunteront pour tout simplement nous parler de l’amour, de ses possibles écueils.

« Deviner l’amour véritable » est la question que se pose le psychanalyste. Nous faisant ainsi entendre qu’il existerait des faux-amour dans les bras desquels il conviendrait de ne pas trop se fourvoyer. Mais comment savoir ? L’amour fou s’apparente à la psychose celle-ci nous renseignant sur celui-ci.

Sur ces entrefaites, le lecteur s’interroge :

Comment aimer sans être fou ?

Comment ne pas perdre son âme dans l’amour ?

Comment ne pas mourir d’amour ?

Déclinant à partir des grandes structures psychopathologiques (psychoses, perversions, névroses) les modalités de l’amour fou et de ses illusions, Jean-Pierre Winter nous invite à renoncer à faire un avec l’être aimé.  « Rilke aura bien raison de dire que l’amour est un travail solitaire. Un travail où il ne s’agit pas de faire du Un avec du deux, illusion poético-philosophique, mais un processus au cours duquel l’amoureux va à la conquête de lui-même par le détour de l’autre. « va vers toi-même » dit l’amant du cantique des cantiques à la Shulaminte qui lui déclare son amour, avec la formule même de Dieu s’adressant à Abraham quand il l’enjoint de quitter la maison de son père et le pays où il est né :  lekh lekha » (p 55).

« L’amour et le risque de croire » est le chemin choisi par la philosophe  Nathalie Sarthou-Lajus. Mais Jean-Pierre Winter nous aura prévenu, les femmes en amour prennent plus de risque que les hommes et Nathalie Sarthou-Lajus est une femme !

Plus prosaïque et plus passionné, le discours amoureux de la philosophe nous rappelle le pari de Pascal. Et si ce dernier n’est pas cité, il est bel et bien là et l’enthousiasme de Nathalie Sarthou-Lajus pourrait bien être contagieux…

Quand on sait que ce que souhaite le joueur, c’est perdre !  L’on trouvera là une petite indication sur cette question banale et éternelle : pourquoi donc les histoires d’amour finissent mal… en général…

Un livre donc qui tente de démasquer les artifices de l’amour pour mieux se laisser aller à y croire…

 

Peut-on croire à l’amour ? par Nathalie Sarthou-Lajus – Jean-Pierre Winter, Editions le passeur

 

Contes de bistrot

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chinois 14 topor

À la lueur d’une coupure d’électricité, les habitués du café « Mon Moulin », dans le XIVème arrondissement, se racontent. Ils s’épanchent avec brusquerie comme on se libère d’un poids, comme si ce soir on pouvait tout se dire. Le temps s’arrête. C’est l’heure des confidences, des aigreurs, des souvenirs surtout. Dans cette semi-obscurité, les mots éclairent les existences simples, les vies ratées, cette poisse qui colle aux gens de peu. Le fil des histoires tisse une nappe à carreaux d’un Paris ouvrier à jamais enfoui. Celui des sorties d’usine et de la débine. Mobylette et cacahouètes. Entre chien et loup, le patron, la vieille bonne, le clochard chiffonnier, le représentant en vins, le combattant de la dernière guerre, chacun y va de sa mélancolie, de sa rengaine. Cette poésie du zinc n’a rien à voir, j’allais écrire à boire, avec un précis de soulographie.

L’alcool fort n’est pas le moteur de ce livre amer au titre plus qu’étrange.  Le Chinois du XIVème  ressort aux éditions Wombat avec une préface d’André Hardellet et des illustrations de Roland Topor. Il avait été publié une première fois aux éditions Jérôme Martineau en 1966. Pour écrire aussi justement, pour faire tinter le parler des arrière-salles, son auteur ne pouvait être qu’un natif des fortifs, un adorateur du beaujolpif. Un de ces boucaniers du pavé, inlassable arpenteur des boulevards qui sent battre le cœur de Paname. Béret sur la tête et gauloises au bec. Melvin Van Peebles n’a rien de l’archétype folklorique de l’accoudé des comptoirs, d’un croisement entre Robert Dalban et René Fallet. Melvin, c’est plutôt le genre Shaft, un père spirituel de Spike Lee. Cigare de mafioso et lunettes d’intello. Ce Noir américain né à Chicago en 1932 est un phénomène, une légende du mouvement Blaxploitation au cinéma. Touche-à-tout, à la fois réalisateur, acteur, écrivain, transfuge d’Hara-Kiri, ce mec a passé quelques années à Paris dans un temps où la Capitale attirait les vrais créateurs, ceux capables d’inventer un art nouveau et de côtoyer le populo. Et il écrit en français pur jus. « Nous croirions entendre un authentique citoyen du XIVème – ou de tout autre arrondissement populaire » se réjouissait Hardellet à la lecture de ce roman inclassable. L’imprimatur d’André valait tous les passeports officiels.

Cette féérie du bistrot séduit par l’âpreté des échanges, la dinguerie des propos et puis dans les silences de ces âmes en peine, brille une émotion brute. Quand un client s’interroge sur « boire un canon, ça, c’est une expression que j’ai l’intention d’en étudier l’origine…Une armée qui ne boit pas, c’est la loterie nationale », la drôlerie confine à la l’utopie. Cette suite de contes foutraques dessine le portrait d’une génération perdue où guerre et misère ont façonné les caractères. Le clodo se fait philosophe : « Moi, je ne veux pas aider le système, mais je ne veux pas non plus être complètement bouffé par la lutte ». Et quand le veilleur de nuit délire sur les soucoupes volantes et la supposée bisexualité des cosmonautes, il conclue « de toute façon, dans quatre ans nous serons probablement tous morts…Je m’en voudrais de semer la panique. Je vous l’ai déjà dit, mais les savants sont fous ».

Dans cette réédition très réussie, les dessins de Topor diffusent une atmosphère oppressante et nous rappellent quel grand artiste il fut. Du Chinois, il en est très peu question finalement dans ce livre, sa silhouette passe, témoin éphémère, client parmi d’autres. Chez Van Peebles, la parole circule, les récits rebondissent de table en table. Par contre, le goût de la sincérité persiste longtemps en bouche.

Le Chinois du XIVème de Melvin Van Peebles – Préface d’André Hardellet – Illustrations de Topor – Editions Wombat.

Le Chinois du XIVe

Prix: 17,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 4,85 €

La France, fille aînée de l’athéisme

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eglise laicite atheisme

Après les attentats du mois de janvier, un débat s’est instauré sur les moyens à envisager pour permettre à la religion musulmane de s’intégrer dans la société française. Parmi les sujets abordés, celui de la laïcité « à la française ». Celle-ci s’oppose à la conception anglo-saxonne (américaine surtout) de la laïcité, notamment par le fait qu’elle privilégie un espace public où les religions doivent se montrer discrètes, voire absentes, à une société où les religions sont à la fois valorisées et mises sur un pied d’égalité. Comment les évolutions sociologiques récentes de la société française peuvent-elles nous amener à réexaminer cette question ?

Le reproche fait à la loi de 1905 repose sur le fait qu’elle a été établie pour contraindre la religion catholique à s’intégrer à la République alors que cette religion avait été ultra-majoritaire pendant des siècles. Et qu’elle ne faisait qu’entériner cette situation de domination en la contraignant à rester dans les limites de la loi. Dans cette logique, l’islam ne pourrait trouver, selon les contempteurs de la loi de 1905, sa place sur un pied d’égalité réelle. Principalement à cause de la quasi-impossibilité de construire des lieux de culte nouveaux.

Mais qu’en est-il de cette situation de domination aujourd’hui ? Regardons de plus près les chiffres. En trente ans, sa pratique, sa pénétration et son influence ont été divisées par trois : le ratio de baptêmes sur le nombre de naissances enregistré est passé de 80% à 36% – le ratio de confirmations est passé de 15% à 5% – le ratio de mariages catholiques sur le nombre d’unions civiles (mariages civils et Pacs) est passé de 35% à 9% – le nombre de prêtres est passé de 38 000 à 13 000 (dont largement plus de la moitié ont dépassé l’âge de la retraite) – le nombre de catholiques pratiquants « une fois par an au moins » est passé de 60% à 27%, celui de pratiquants « une fois par mois au moins » de 40% à 9%. Celui des pratiquants « une fois par semaine » a été divisé par 5, passant à 4%.

La moitié des catholiques déclarés (45% de la population) affirment ne pas croire en Dieu, soit 23% de « catholiques athées » auxquels il faut ajouter une majorité des Français qui se déclarent sans religion (45% de la population aussi). Si on additionne « catholiques athées » et « sans religion athées » (certains « sans religion » sont peut-être déistes), on a sans doute largement plus de 50% des Français qui sont athées. Le reste de la population étant composé de 6 à 8% de musulmans, de 0,5% de juifs religieux (pratiquant ou respectant des prescriptions religieuses), de 1% de protestants déclarés, et de 1% de bouddhistes réguliers.

On est donc passé en trente ans d’une situation où la religion catholique était dominante et incontestée (plus de 80% de la population grosso modo) à une situation ou plus de 50% des Français se déclarent athées, voire près de 70%  si l’on additionne les 23% de catholiques athées (c’est-à-dire des baptisés qui ne pratiquent pas leur religion et qui déclarent ne pas croire en Dieu) et les 45% de « sans religion ». Le « fait catholique », n’est donc plus un fait dominant, loin de là. On peut même imaginer, si l’on prolonge les courbes de tendance, qu’à l’horizon de 20 ou 30 ans, il n’y aura plus en France que 10% de catholiques. À côté de peut-être 10% de musulmans (si l’immigration ne progresse pas démesurément, sinon on peut imaginer un socle de près de 15% de musulmans).
Ceux qui veulent exonérer les musulmans des efforts à faire pour s’adapter à la République française mettent volontiers en avant une situation française où la religion musulmane serait dominée par la religion catholique. Cette situation de domination religieuse étant le reflet d’une situation de domination sociale et culturelle. Mais on a vu que la structure religieuse française n’était plus celle-ci. Et qu’elle le sera encore moins à l’avenir. Le fait religieux dominant, c’est l’athéisme. La France est devenue « fille aînée de l’athéisme » après avoir été celle de l’Église. Il est tout à fait envisageable, on l’a vu, d’imaginer à l’horizon 2050 une France composée de 80% d’athées ou de sans religion, de 10% de catholiques et de 10% de musulmans.

Dans cette situation sans précédent, le catholicisme ne serait plus le fait dominant de notre nation, mais une de ses deux religions minoritaires, à égalité avec l’islam. Le fait dominant sera celui de l’athéisme, ou tout du moins d’une irréligiosité massive de la population. Dans cette perspective, la laïcité change de rôle. Elle n’est plus un instrument de combat pour réduire une religion dominante et la maîtriser mais la base d’un comportement très largement majoritaire qui s’impose à tous. Elle n’essaie plus d’écarter de l’espace public des comportements religieux pour les contraindre à rester dans le domaine privé car ils seront à l’avenir aussi très largement absents du domaine privé. Elle devient un état majoritaire et largement partagé par la population. Le débat ne se pose plus dès lors entre « séparatistes » (au sens de 1905) et « concordataires » (au sens de 1801) , puisqu’il n’y aura plus grand chose à séparer hormis les pratiques minoritaires de 10% de catholiques et de 10% de musulmans et qu’il n’y aura plus grand chose à protéger puisque la religion musulmane sera à égalité avec la religion catholique.

En étant provocateur, on pourrait dire que le déclin de la religion catholique est une grande opportunité pour imposer la laïcité aux musulmans. Car à l’avenir elle n’apparaîtra plus comme l’instrument de domination d’une France blanche et chrétienne sur une France colorée et musulmane, mais comme l’état général et normal de la très grande majorité de la population. C’est pourquoi, ce n’est absolument pas le moment de renoncer ou d’aménager la laïcité au sens où elle a été mise en place en 1905. C’est au contraire le moment de réaffirmer ses valeurs parce qu’elles ont un avenir certain car la laïcité invite tous les Français à se conformer à quelques règles simples de bienséance : ne pas exposer sa religion en public par des signes ostentatoires – tolérer la critique de sa propre religion – ne pas imposer aux autres des règles qui ne les concernent en rien (le fait de dessiner Mahomet par exemple) – et sans doute laïciser aussi les jours fériés (en proposant à chaque français de disposer d’un stock de 5 jours fériés à utiliser à sa propre convenance, religieuse ou pas).

Régis Debray a écrit que la religion chrétienne était en train de laisser la place à une nouvelle religion « athée » qu’il appelle la ROC (Religion de l’Occident Contemporain). Il se trompe sans doute en l’étendant à tout l’Occident car le continent américain en général et les USA en particulier restent très attachés au christianisme. Mais les signes sont très forts en Europe d’une évolution vers la ROC (ou de la REC, Religion de l’Europe Contemporaine). Ils le sont tout particulièrement en France car les 67% de Français qui se déclarent aujourd’hui athées ou sans religion et qui seront sans doute demain 80% de la population sont certainement à l’avant-garde de cette évolution. Sont-ils pour autant sans valeurs ? Non car ils partagent un certain nombre de principes qui sont au cœur de la laïcité : le respect de l’égalité (hommes-femmes) – le respect des minorités (sexuelles en particulier) – la défense des libertés individuelles et collectives – la tolérance. Ce sont les principes fondamentaux de cette religion des droits de l’homme. Ils s’imposent à tous.

Dans un article récent sur Atlantico, Michel Maffesoli décrit une France évoluant vers une forme de tribalisme fondé sur les affinités électives. Il a certainement raison sur le plan culturel, comportemental, vestimentaire, alimentaire… Mais il omet de voir que sur le plan religieux, une tribu dominera très largement les autres : celles des athées sans religion qui représentera 80% de la population. C’est pourquoi il comment une erreur historique en désignant la laïcité comme l’obstacle à l’harmonie globale de la nation. Il veut « une République multiple et tolérante pour que la France ne soit plus une machine à produire des djihadistes ». Oublions le fait qu’il culpabilise inutilement la République laïque comme responsable des crimes commis par ceux qui réfutent la laïcité, nous avons déjà fait un sort à ces mauvaises interprétations du djihadisme, pour considérer qu’il s’interdit d’imaginer que la laïcité peut être vecteur de tolérance. Il n’est pourtant pas difficile d’entrevoir que des citoyens peuvent – doivent – se respecter pour ce qu’ils ont en commun plus que s’interpeller sur ce qui les différencie. Surtout quand 80% d’entre eux n’ont pas de différences à affirmer au plan religieux.

Avec Régis Debray, on peut au contraire envisager la laïcité non pas comme un obstacle à l’épanouissement de l’individu mais comme un projet pour cimenter une nation en déclin spirituel. La laïcité n’est sans doute plus l’ennemie de la religion chrétienne. Elle ne doit pas devenir l’ennemie de la religion musulmane. La France, parce qu’elle a une vocation universelle et parce qu’elle a la première exprimé le désir de liberté, d’égalité et de fraternité sans lesquelles la laïcité n’existe pas, peut jouer un rôle de premier plan pour faire de l’Europe un espace laïc et tolérant dans un monde en proie à l’intolérance et au désordre. Elle peut montrer la voie si elle est sûre d’elle-même et si elle trouve la force de faire partager son projet à tous.

L’athéisme : une religion d’Etat?

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atheisme laicite religion

Après les attaques contre Charlie Hebdo et le centre culturel de Copenhague, il est urgent de rendre à la liberté d’expression toute sa place et de réaffirmer l’importance de la laïcité. Mais il est tout aussi important de s’accorder sur le concept de laïcité.

Dans la foulée de ces attentats, confondant peut-être vitesse et précipitation, Reporters Sans Frontières (RSF) a proposé à tous les responsables des cultes de signer une « Proclamation pour la liberté d’expression ». Or, ce texte pose question.

S’il réaffirme avec force le droit au blasphème et évoque la liberté de conscience qui permet à chacun de pratiquer librement sa religion, il semble ne pas accorder aux croyants une liberté d’expression totale. Extrait : « La liberté d’information et d’expression, celle des journalistes comme des citoyens, ne saurait être contrainte ou limitée par les convictions ou les sensibilités des uns ou des autres. (…) Nul ne peut imposer sa conception du sacré à autrui. »

Si la conception du sacré ne « s’impose » effectivement pas à l’autre, on est en droit de se demander au nom de quoi un simple « citoyen » n’aurait pas le droit de parler de sa foi à d’autres. S’agit-il de limiter l’expression de la foi au nom de la laïcité ? La formule choisie pour définir le droit à pratiquer sa religion (« liberté de conscience » plutôt que « liberté d’expression ») semble effectivement aller en ce sens. Le croyant aurait le droit d’avoir la foi, mais à la seule condition que ce soit tout seul et dans son coin.

Puisque « chacun est libre d’exprimer et de diffuser des critiques, même irrévérencieuses, envers tout système de pensée politique, philosophique ou religieux », comme le précise le texte, n’est-il pas légitime que cette même liberté permette de réfuter ces critiques et de soutenir la thèse opposée ? Si l’on souhaite que la liberté d’expression soit la même pour tous, ne devrait-on pas refuser que le blâme de la religion l’emporte sur l’éloge ?

C’est peut-être un détail et on peut légitimement penser qu’en rédigeant ces lignes, RSF entendait surtout prévenir les réactions des croyants aux critiques de leur religion plutôt que limiter l’expression de leur foi. Pourtant, ces lignes traduisent également une tendance perceptible dans la société française, qui consiste à confondre laïcité et athéisme au risque d’en faire une religion, avec son lot de fanatiques.

La laïcité ne doit certes pas transiger avec l’extrémisme mais elle ne doit pas non plus privilégier l’athéisme au détriment de la foi. Le droit au blasphème doit pouvoir s’appliquer aussi bien à l’athéisme – car qu’est-ce que l’athéisme sinon une croyance en l’inexistence de Dieu ? – qu’aux religions.

Rien de plus évident, me direz-vous. J’ai pourtant souvent été surpris de constater que les professeurs croyants se gardaient bien de parler de leur foi à leurs élèves dans le cadre public de l’école, tandis que de nombreux collègues ne se gênaient pas toujours pour faire la publicité de leur athéisme, avec parfois force arguments.

La suspicion a priori vis-à-vis du fait religieux est une attitude très française. Pour preuve, la rapidité avec laquelle on qualifie de prosélytisme la simple affirmation d’une croyance, sans toujours prendre la peine de distinguer entre ce qui relève de la fonction et ce qui relève de l’individu. Pour Le Robert, le prosélytisme, c’est par extension « recruter des adeptes ». Selon Paul Valéry, c’est « vouloir que les autres soient de notre avis ». Or, toute proclamation de sa foi n’est pas nécessairement prosélyte. Elle a autant droit de cité que la profession de foi athée qui, depuis le fameux « je crois que deux et deux sont quatre et que quatre et quatre sont huit » de Don Juan, a fait beaucoup d’adeptes.

Le danger, ce n’est pas la religion comme expression d’une croyance, c’est la religion comme modèle commun. Et cela vaut autant pour l’athéisme que pour les autres croyances, car il serait bien naïf de penser que l’athéisme ne saurait influencer la société au même titre que la foi. « La liberté d’expression n’a pas de religion » écrit RSF. C’est exact. Il importe donc qu’elle ne promeuve pas l’athéisme.

L’enjeu dépasse peut-être le simple cadre des libertés individuelles. Car si l’on veut donner une chance aux croyants de tous bords d’adhérer à notre modèle, il convient avant tout de ne rien y ajouter. Obliger les croyants à choisir entre athéisme et religion, entre laïcité et croyance, c’est leur imposer des contraintes inutiles et prendre le risque de susciter une hostilité superflue. Or choisir de limiter la liberté d’expression des croyants pourrait contribuer à ce que celle-ci s’affirme sous d’autres formes, plus ostentatoires et plus offensives.

Ce qui est inquiétant, dans les réactions post-Charlie Hebdo, ce ne sont pas celles des radicaux, dont il n’y a rien à attendre, ce sont celles de certains soi-disant modérés. Il convient face à cette attitude, nous le répétons, de ne pas céder un pouce sur la laïcité, de réaffirmer avec force le droit au blasphème. Mais il convient également de ne pas se laisser emporter par certaines tendances laïcardes et de ne surtout pas laisser croire que la laïcité serait, par essence, contre les religions.

Dans ce contexte, il paraît opportun de rappeler, à l’heure où l’on érige Voltaire au rang d’étendard de la liberté d’expression et de symbole de la laïcité, que celui-ci, souvent très critique à l’égard des religions, était un théiste convaincu, pour qui le dogme du croyant devait se résumer à quelques éléments essentiels : « Sa religion est la plus simple et la plus étendue ; car l’adoration simple d’un dieu a précédé tous les systèmes du monde. […] Il compte tous les sages pour ses frères. […] Faire le bien, voilà son culte, être soumis à Dieu, voilà sa doctrine. » (Le Dictionnaire philosophique, article « Théiste »).

On reproche parfois à certains croyants, à raison, la certitude avec laquelle ils affirment l’existence de Dieu. On est en droit d’attendre la même chose de ceux qui penchent pour sa non-existence. Car, au risque d’en décevoir certains, cette question n’est pas tranchée.

Or il y a, de la part de certains intellectuels ou auto-proclamés comme tels, des postures qui frisent le manque d’humilité et la condescendance à l’égard des croyants. Il serait dommage que le soupçon de foi constitue un défaut de pensée, près de deux siècles après qu’on a cessé de considérer l’athéisme comme un défaut de l’esprit.

Dans un article paru sur le site Slate.fr, Eric Leser explique qu’« il y a trois siècles, la croyance en Dieu était universelle y compris parmi les savants et les instruits » mais que « tout cela a changé à la suite du développement de la science moderne et de la capacité de l’homme à dominer et comprendre la nature par l’usage de la raison ». Ce faisant, il semble à la fois tirer un trait sur tout un pan de l’histoire de la philosophie et oublier que de nombreux philosophes ont essayé de prouver l’existence de Dieu par la raison, à commencer par Platon (dans le Phédon notamment). Voltaire lui-même définissait sa croyance comme le simple effet de l’usage de celle-ci : « Qu’est-ce que la foi ? Est-ce de croire ce qui paraît évident ? Non : il m’est évident qu’il y a un Être nécessaire, éternel, suprême, intelligent ; ce n’est pas là de la foi, c’est de la raison. » (Dictionnaire philosophique, article « Foi »). Il oublie également que le relativisme n’a rien de moderne et que Socrate critiquait déjà, il y a plus de deux millénaires, celui des sophistes, notamment Protagoras et Gorgias.

Ce serait un comble que le fait de s’interroger sur l’existence de Dieu devienne le tabou de ceux qui prônent la liberté d’expression !

Pour que la laïcité cesse d’être en crise, il faut réaffirmer notre attachement à celle-ci, il faut rappeler ses principes, son intransigeance, mais également rappeler qu’elle est l’aboutissement de la réflexion de croyants autant que d’athées. Il faut peut-être enfin qu’elle cesse d’être, pour une certaine catégorie de citoyens, une sorte de religion. Il faut que la foi et le fait religieux s’inscrivent de nouveau dans le débat public et qu’ils y trouvent leur place autant que l’athéisme. La laïcité, et c’est là toute sa grandeur, ne distingue pas entre le croyant et l’athée, elle les accueille et les protège de la même façon et ne considère pas l’un comme supérieur à l’autre. C’est sans doute aussi à ce prix que les religions cesseront d’être intolérantes.

*Image : wikicommons.

Ivan Rioufol lève le poing

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« Cesser d’être polis ». C’est par cette formule menaçante qu’Ivan Rioufol appelle les Français à réagir dans Poings sur les i, le recueil de ses bloc-notes publiés dans Le Figaro en 2014. Voilà qui nous change un peu du sempiternel « sursaut républicain », nettement moins punk, auquel nous enjoignent en boucle les tenants du « Système » dont il souhaite « accélérer la chute ».

D’ailleurs, pour le chroniqueur réac – qui pose poing serré (sous le menton) en couverture de son livre – les idées politiques sont aussi fatiguées que les mots employés par nos dirigeants. Ainsi qualifie-t-il d’« utopies dévoyées » le socialisme, l’égalitarisme, l’antiracisme et l’incontournable « vivre ensemble »… Lui voit dans l’année 2014 la poursuite d’une « révolution conservatrice et libérale qui échappe aux partis et dépossède la gauche de sa maîtrise des manifestations de rue ».

A la gauche « prolophobe », il oppose « la classe moyenne, les provinces tranquilles, la France catholique [qui] sont définitivement sorties de leur silencieuse hébétude ». Conséquence : « Le camp du bien devine que ses jours sont comptés. Il est sur la défensive. » Mais la « droite » n’en bénéficie pas pour autant : « A mesure que l’ancienne société s’affaisse, se précise le clivage qui relègue droite et gauche au rang des antiquités », diagnostique le docteur Rioufol.

Pour lui, désormais, « le peuple de droite est en attente d’une alternative à Marine Le Pen ». Mais ni Sarkozy ni Juppé ne lui feront de l’ombre en allant chercher des voix « vers le centre et son eau tiède ». Dès lors, son constat se veut résolument alarmiste, et ne laisse rien présager de paisible. « D’où partira l’étincelle ?, s’interroge Rioufol. La faiblesse du pouvoir est telle que, sous ses doigts maladroits, toutes les déflagrations sont imaginables. »

Ivan Rioufol, Poings sur les i, éditions de Passy.

«La partition sociale favorise l’islamisme»

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Laurent Joffrin apartheid terrorisme charlie hebdoLes médias sont sans doute les principaux agents propagateurs de la maladie française de l’autoflagellation. Avec une méthode simple : ils s’interdisent de dire ce qu’ils ne veulent pas voir et nous interdisent de voir ce qu’ils ne veulent pas dire. Reste à comprendre pourquoi ce qu’ils retiennent volontiers de la réalité française se résume à une litanie de fautes, voire de crimes – des discriminations à l’apartheid. Quel meilleur interlocuteur pouvions-nous trouver pour avoir ce débat que le directeur des rédactions de L’Obs et de Libération, en alternance, depuis 1988 ? Laurent Joffrin me reçoit le dimanche 8 février, dans son bureau, à quelques enjambées de la salle de rédaction qu’il prête gracieusement aux survivants de Charlie Hebdo.

Au lendemain du 11 janvier, toute la presse célébrait « l’unité nationale » contre le terrorisme et l’obscurantisme. Quelques semaines plus tard, le 5 février, une question barrait votre une : « Comment abolir l’apartheid en France ? » – comme si l’existence même de l’apartheid était une vérité scientifique. Comment est-on passé de la guerre contre le terrorisme au combat contre les discriminations ?

Si on croit que toute la France a manifesté le 11 janvier, on peut effectivement trouver étrange de voir un journal s’occuper aussitôt des fractures de la société. Mais je ne pense pas qu’il y ait eu d’« unité nationale » le 11 janvier. Si 4 millions de personnes ont manifesté, ça veut dire que 58 millions ne l’ont pas fait. Une partie des banlieues, pour faire court, considérait que Charlie insultait la religion musulmane. D’autres, à la droite de la droite, ne voulaient pas pleurer un journal qu’ils n’aimaient pas, et considéraient que ça allait masquer les vrais problèmes. D’autres étaient simplement indifférents. Toute la gauche et une partie de la droite républicaine se sont mobilisées. C’est déjà beaucoup. La sensibilité qui a manifesté est majoritaire. Mais la population n’est pas unanime.

D’accord, mais au lieu de se demander ce que signifiait cette abstention des « quartiers », on a expliqué à la jeunesse issue de l’immigration qu’elle était victime d’un système injuste. Quel message lui envoie-t-on ?

Le mot est de Valls, nous l’avons repris à notre compte, même s’il est un peu exagéré, puisqu’on sait qu’il n’y a pas d’apartheid légal en France. C’est une situation de fait. En réalité il faut penser deux choses à la fois : la responsabilité des fanatiques, qui prennent des options criminelles. Et puis les conditions sociales, qui favorisent leur action en mettant à l’écart une partie de la population. D’où notre enquête sur l’apartheid social.[access capability= »lire_inedits »]

Dans un article du 8 janvier, vous citez Abou Moussab al-Souri, théoricien du « nouveau djihad », qui le justifie par « l’oppression » et « l’humiliation » des musulmans vivant en Occident. Reprendre ses mots, n’est-ce pas faire son jeu ?

J’ai essayé de tenir les deux bouts du raisonnement : ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on a raison d’être fanatique – même Marx ne pensait pas ça, Bourdieu éventuellement, et encore –, mais ce n’est pas parce qu’il y a des fanatiques qu’il ne faut pas se soucier des conditions sociales qui favorisent le fanatisme. C’est une réalité. Cependant, s’il y a des gens à gauche qui cherchent des excuses sociales au terrorisme, ce n’est pas mon cas ni celui du gouvernement.

N’empêche, vous semblez bien plus préoccupé par les conditions sociales que par le fanatisme. Sauf erreur de ma part, le mot « islam » ne figure pas une seule fois dans vos derniers éditos. C’est un choix délibéré ?

Ah, bon ? Alors il faut que j’en refasse un[1. Le lendemain de notre entretien, le 9 février, Laurent Joffrin écrira dans son édito : « Les questions d’immigration et d’islam – la politique de l’identité, comme disent les Anglo-Saxons – sont bien au cœur du malaise français. Quelle laïcité ? Quelle République ? Quelle intégration ? Sans réponse claire à ces questions enchevêtrées, la gauche court au-devant de cruelles déconvenues. » Je n’ose penser que ma question ait pu en être à l’origine…]. J’ai pourtant évoqué cette bataille au sein de l’islam, à la fois théologique et politique. Les intégristes sont des ennemis de la modernité qui lisent le Coran de manière littérale et veulent revenir à l’islam du Moyen Âge. Parmi eux, il y en a qui basculent dans le terrorisme. Non parce qu’ils manquaient d’éducateurs sociaux, mais à cause de ce processus politique interne à l’islam. Je ne crois pas au déterminisme social. Les idées ont aussi une force autonome. En même temps, ce courant a tendance à recruter des jeunes qui viennent des banlieues, parce qu’ils y trouvent une identité, parce que ça donne un sens à leur vie. Ils se sentent rejetés, donc ils sont plus sensibles à la propagande de ces prêcheurs islamistes. Même s’il n’est pas lui-même un exclu, Coulibaly, qui vient de la Grande Borne, à Grigny, a eu un parcours typique de ces gamins de banlieue.

François Hollande a déclaré que « les musulmans [étaient] les premières victimes du terrorisme ». Qu’en avez-vous pensé ?

C’est vrai statistiquement. Depuis vingt ans, l’immense majorité des victimes du terrorisme est musulmane. Le pilote jordanien brûlé par Daesh, c’est un musulman. À Paris, les terroristes ont tué un policier musulman. Hollande tient un raisonnement politique, et il a raison. On a en France environ 10 % de gens d’origine étrangère, dont beaucoup de musulmans qui n’ont rien à voir avec le terrorisme. Tenons un discours qui ne les rejette pas du côté des intégristes. Essayons de les mettre de notre côté. Eux aussi sont visés.

D’accord, mais est-il plus urgent de dénoncer la haine antijuive et antifrançaise d’une partie des musulmans français ou de qualifier Finkielkraut d’« ennemi des musulmans » ?

Finkielkraut ? Ah oui, dans mon premier édito après les attentats[2. Le 7 janvier au soir, dans un éditorial publié sur le site de Libération, Laurent Joffrin soulignait le fait que les terroristes ne s’étaient pas attaqués aux « ennemis des musulmans » qui « ne cessent de hurler au loup islamiste » tels que Houellebecq ou Finkielkraut, mais à la « gauche ouverte, tolérante, laïque », dont ces derniers « se moquent tant ».]… Non, je visais surtout Riposte laïque et des gens comme Renaud Camus. Ou encore Houellebecq, qui explique que l’islam va prendre le pouvoir en France… Mais nous n’avons jamais manqué à la solidarité envers les Français juifs attaqués. Dès cet été, au moment des frappes à Gaza, Libé a fait sa une sur les attaques antisémites à Sarcelles et ailleurs. Et nous sommes le premier journal à avoir écrit sur les juifs tentés par le retour en Israël après l’attentat de l’Hyper Cacher.

Ne participez-vous pas tout de même à entretenir un climat d’autodépréciation permanent ?

La France n’est certes pas responsable de la montée de l’islamisme, mais faut-il passer sous silence la responsabilité de la société à l’égard des banlieues ? Une partition sociale, mentale et territoriale comme celle du Val Fourré, à Mantes-la-Jolie, où il y a 80 % de musulmans, ne peut que favoriser l’islamisme.

Peut-être, mais à en croire les élus locaux, occidentaliser ces quartiers ne sera pas si simple.

C’est vrai. Certains endroits vivent de facto en dissidence. Mais à la différence de Zemmour et des autres, je pense que la démocratie est un régime très fort. Nos valeurs républicaines s’imposeront, à la longue.

En avril 2012, François Hollande promettait de convaincre les électeurs du Front national… Trois ans plus tard, les scores du FN ne sont-ils pas la preuve de son échec.

Oui, c’est vrai. Mais Sarkozy n’a pas réussi non plus, alors qu’il se positionnait comme l’adversaire le plus efficace du Front national en reprenant une partie de ses thématiques. La gauche anti-lepéniste a sans doute commis des maladresses, mais ce n’est pas l’essentiel. Les Kouachi et Coulibaly sont des agents électoraux formidables pour le Front national. Et la condition ouvrière ne cesse de se dégrader avec la crise, les fermetures d’usines, la progression du chômage… La gauche est censée lutter contre le chômage, si elle échoue, c’est plus grave que si c’est la droite. Et il y a la peur de l’islam, très difficile à maîtriser. Malgré cela, la lutte doit continuer. Je préfère ceux qui luttent, même maladroitement, à ceux qui les dénoncent…[/access]

*Photo : Hannah Assouline

Marine Le Pen présidente en 2017 ?

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marine le pen 2017

La déclaration de Manuel Valls quant à une possible victoire possible de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017 a au moins un mérite. Un seul. Elle échappe à une pensée paresseuse de l’avenir qui postule que celui-ci va inévitablement reproduire le visage du passé récent. C’est ainsi que l’armée française de 1939 était prête à gagner la guerre de 14-18. C’est ainsi que Lionel Jospin répétait en 2005 que la nouvelle immigration s’intègrerait à la nation française, après quelques difficultés, comme s’était intégrée la vieille immigration des Italiens-Polonais-Espagnols-Portugais. Aujourd’hui, les hommes politiques aussi bien que les commentateurs tiennent pour acquis que le 22 avril 2002 a de fortes chances de se reproduire, avec la fille à la place du père : elle sera validée au premier tour. Certes, ils concèdent qu’elle recueillera plus de voix que Jean-Marie, et même qu’elle arrivera peut-être en tête du scrutin. Mais au second tour, le 5 mai 2002 ressuscitera inévitablement dans toute sa splendeur. Quel que soit le candidat opposé à MLP – Hollande, Juppé, Sarkozy, ou Boutin – il triomphera. Le diable a surgi, puis est rentré dans sa boîte en 2002, la diablesse fera trois petits tours et puis s’en ira en 2017.

Or voilà que Manuel Valls, sur le mode hystérique et vaticinant de la pythie de Delphes, profère l’indicible, l’impensable, l’inacceptable : Mme Le Pen peut très bien devenir Présidente de la République Française en 2017. Eh bien, pensons l’impensable. Je crois qu’il faut prendre le Premier ministre au pied de la lettre et considérer cette prophétie en la débarrassant au maximum de sa gangue de terreur et d’enthousiasme. Je crois qu’il est du devoir de chaque Français, et surtout de ceux qui font métier ou passion de penser et d’écrire, d’envisager cette hypothèse sans amour et sans haine. Le prix à gagner à ces réflexions et ajustements préalables : l’évitement d’une guerre civile.

Comme dans la Pologne des « lustrations », comme dans l’Afrique du Sud de la réconciliation ethnique, il faudra d’abord se pardonner les uns aux autres. Désigner des coupables ne servira à rien sinon à attiser les haines mortelles. La gauche s’est bouché les yeux devant la réalité pendant des lustres, la droite l’a imitée et aucun de ses chefs n’a eu le courage singulier de s’allier au Front National pour mieux l’étouffer, comme avait fait Mitterrand avec les communistes. Giscard d’Estaing a sa part de responsabilité avec le regroupement familial, le général Bugeaud avec la conquête de l’Algérie, et aussi les Byzantins qui, s’ils avaient mieux lutté contre les armées fatimides, auraient pu nous laisser une Afrique du Nord chrétienne, ce qui simplifierait évidemment le problème. Et aussi le Christ, qui aurait mieux fait de naître après Mahomet.

C’est bien sûr le nouveau pouvoir qui aura les plus grands efforts à faire pour éviter que sa victoire ne se transforme en conflagration nationale. Je vois un signe encourageant dans le fait que les dirigeants du Front national éliminent impitoyablement leurs candidats qui étalent des opinions racistes. Zemmour trouve Mme Le Pen trop à gauche et c’est tant mieux : la femme politique et le commentateur doivent rester dans leurs rôles respectifs. Comme c’est une fine manœuvrière, je pense que je n’ai même pas besoin de lui souffler à l’oreille une chaude recommandation : celle de s’adresser, dès son premier discours, à nos compatriotes musulmans pour les rassurer. Un moratoire sur l’immigration qui continue à arriver certes, mais l’assurance de l’égalité de leurs droits et devoirs aux musulmans français. Et même une accolade publique avec le recteur Boubakeur, Paris vaut bien une prière du vendredi.

Beaucoup plus difficiles que les rapports avec les musulmans : éviter la panique des milieux économiques, éviter le rejet de la France par le reste de l’Europe. Les deux problèmes sont liés : le refus du libéralisme économique et le refus de l’Europe vont de pair pour le Front national. A priori, il y a là deux ruptures majeures à craindre : avec le patronat, avec le reste de l’Europe. Marine Le Pen et Florian Philippot, s’ils sentent tout le poids des responsabilités qui vont peut-être peser sur leurs épaules, devront entamer un aggiornamento vers le libéralisme et vers l’Europe. L’échec programmé de la Grèce syrizienne et de sa démagogie insensée leur donnera matière à réflexion. Un certain nombre de membres du Front national, à commencer par le père fondateur, n’adhèrent pas au nouveau catéchisme gauchiste du parti. De son côté, le continent européen va glisser inévitablement à droite sous la pression de la menace islamiste. Une conception plus ferme et plus défensive de l’Europe, un patriotisme européen réaffirmé, seraient plus compatibles avec le FN que l’actuel agrégat sans foi ni fierté.

Civiliser le FN, ou disons-le plus poliment, achever de le civiliser, est-ce un rêve fou ? C’est en tout cas un travail à entreprendre dès aujourd’hui en chacun de nous et autour de nous. Il faut recenser les champs de mines les plus dangereux et en extraire les matières les plus explosives : il en va de la paix civile en 2017. Les plus sages et les plus patients auront le droit de rêver à une alternance en 2022.

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00706047_000033.

L’Euthanasie sur France 2: plus belle la mort?

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Euthanasie France 2 sédation fin de vieLe patriarche décide d’en finir. Il a bâti un empire dans le domaine de la pâtisserie artisanale. Il a élevé trois enfants. Il aime la même femme depuis quatre décennies. Il a courageusement lutté contre un cancer. Mais là, il en a marre. Il décide donc de mourir debout, dans la dignité comme il dit, et comme disent tout ceux qui militent en faveur de la légalisation de l’aide active à mourir. Voilà en substance le synopsis du film Des roses en hiver, programmé en première partie de la soirée que France 2 a consacré hier au sujet de la fin de vie. On ne gâchera pas le suspense – il y en a rarement dans les productions télé diffusées aux heures de grande audience – en disant qu’au final l’octogénaire meurt chez lui, naturellement, dans les bras de son épouse bien aimée et bien aimante, à quelques jours de la date qu’il avait choisie pour son départ en Suisse. Grâce à ce dénouement, France 2 a pu habilement ménager son statut de chaîne publique, en s’attaquant à un problème de société majeur sans heurter la sensibilité de certains téléspectateurs et sans faire la promotion de pratiques illégales. Marc Lévy n’aurait pas mieux fait. Sauf que la vie, et surtout la fin de vie, ressemblent rarement à un téléfilm.

En témoignait avec beaucoup de verve Emmanuèle Bernheim dans son décapant récit Tout s’est bien passé (Gallimard, 2013), qui raconte le départ rocambolesque de son père malade pour le pays des Helvètes où, on le sait, on peut bénéficier d’une « mort douce » moyennant la modique somme de 10.000 euros. Quand bien même ce prix du passage à trépas dans la dignité est réservé aux happy few, nous autres aurions tort de les envier. En effet, ce n’est pas dans une chambre avec vue sur le lac que meurent les clients étrangers des associations d’accompagnement au suicide, mais plutôt dans des garages aménagés ou dans des bâtiments industriels, à l’instar du père de Jed Martin, le héros de Houellebecq dans La carte et le territoire. Il n’est toutefois pas question ici de jeter la pierre à nos voisins suisses. Si la vue, ou plus précisément l’absence de celle-ci, nous froisse et si nous trouvons le forfait trop élevé, nous n’avons qu’à nous débrouiller avec nos malheurs et nos cancers en phase terminale. Inutile de dire qu’on n’y arrive pas.

Les choses n’iront pas mieux quand bien même la nouvelle proposition de loi sur la fin de vie, dont débat actuellement l’Assemblée nationale, serait votée. Son co-auteur, Jean Leonetti, présent sur le plateau lors de la discussion qui a suivi la projection du film, est probablement le dernier à croire le contraire. On dirait même que le député UMP a acquis une forme de dignité, dans son obstination déraisonnable à défendre un texte qui semble avoir pour principale qualité de pousser l’art de la nuance à son sommet. Si le projet devait passer, nous aurions en France la possibilité, en cas de maladie grave et incurable, de demander une sédation « profonde et continue » jusqu’au décès, accompagnée de l’arrêt de tout traitement de maintien en vie. Et ce, qu’il s’agisse de techniques invasives de réanimation, de traitements antibiotiques ou de nutrition et d’hydratation artificielles. La loi de 2005 en vigueur offre à peu de détails près une option identique. Certes, il serait désormais impossible de réveiller un patient une fois sédaté, ce qui est le cas à présent, du moins en théorie. Mais justement cette alternative théorique, appelée par certains médecins « le dogme de la réversibilité », marquait symboliquement la différence entre une sédation et une euthanasie. En l’abandonnant, comment nommera-t-on l’acte d’endormissement aussi profond qu’il devient irréversible, sinon euthanasie ? Une « troisième voie », selon le député PS Alain Claeys, l’autre corédacteur de la proposition de loi, laquelle écarte formellement tout recourt à l’euthanasie et au suicide assisté. Reste à savoir si les Français voudront l’emprunter, tant elle paraît sinueuse. En outre, dans la mesure où aucune loi relative à nos fin de vie – ni celle de 1999 qui devait garantir à chacun un droit d’accès aux soins palliatifs, ni celle de 2005 qui promettait de bannir la pratique de l’acharnement thérapeutique – n’a été appliquée, on s’interroge légitimement sur la démarche du législateur.

Depuis des décennies, on nous rabâche que les résultats des sondages d’opinion qui démontrent l’appui massif des Français à la légalisation de l’euthanasie ne démontreraient en réalité que leur ignorance en la matière. Ce n’est pas entièrement faux. Un des fils du vieil homme, dans Des roses en hiver, apprenant le souhait de son père, pose d’ailleurs la question : « Comment ça se passe alors ? » La veille, depuis la tribune à l’Assemblée nationale, Jean Leonetti a rappelé, non sans raison, que « ça » se passe toujours de façon violente, puisque la mort est un arrachement. Reste que pour beaucoup d’entre nous et de nos proches, « ça » pourrait se passer moins violement si nous n’étions pas obligés, par peur justifiée d’être mal ou pas du tout soulagés en France, de nous exiler pour mourir sans souffrance physique. « Ça » pourrait même se passer sans violence, si tous les Français qui en ont besoin avaient l’opportunité de profiter des soins palliatifs. Ils ne sont que 20 % à en bénéficier et souvent dans les tous derniers jours ou instants de vie. Il faudra encore attendre une trentaine d’années pour que cette couverture soit étendue à tous les mourants nécessitants. Qu’il nous soit alors permis de croire naïvement qu’en Suisse « ça » se passe dans des chambres avec vue sur le lac et de continuer de réclamer, à travers les sondages, que « ça » se passe de la même manière en France aussi.

Paulina Dalmayer est l’auteur d’un ouvrage sur l’euthanasie : Je vous tiendrai la main, à paraître le 19 mars aux éditions Plein Jour.

*Photo : Pixabay.com

Yonne : Souriez, c’est un braquage!

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braquage yonne avallon

Les braqueurs de l’Yonne, une quinzaine de gonzes qui ont des valseuses grosses comme une dette souveraine hellène et qui ont délesté de 9 millions d’euros deux fourgons de joncaille au péage d’Avallon, tiennent à préciser quelques petites choses. Ils ont bien entravé que chez les caves des chaines infos en continu et autres canards à sensation pour donner des frissons à la ménagère de moins de cinquante ans qu’a des mélancolies bovaryste dans le frifri, on allait assez vite narrer des inepties pour songe-creux et des calembredaines hypothétiques, voire des calomnies. Il fallait donc communiquer. Alors, ils communiquent, qu’est-ce que tu veux Paulo, on est bien forcé, sinon c’est les autres qui parlent dans ton dos comme des lopettes lorgnant sur ton drageoir à épices.

Ils précisent donc pour les mal-comprenants que :

1°) Ils ne sont pas des islamos cherchant à financer des réseaux de décapiteurs ou autres énervés de la gâchette coranique. Ils n’affirment pas qu’on ne trouverait pas chez eux un ou deux blazes aux consonances qui sentent le sable chaud mais bon ça les a jamais empêché de choucrouter entre potes chez Bollinger quand le braquo a réussi.

2°) Ils ne sont pas des zadistes passés à l’action directe. Ils aiment trop les belles pompes et les limaces club en soie sauvage pour porter des dreadlocks douteuses et des fringues de griveton en déroute. En plus, ils sont impitoyables sur la propreté des sous-vêtements de ces dames. C’est pas à leur âge qu’ils vont commencer à bouillaver de la crasseuse, même conscientisée. En plus les zadistes, c’est des mous. Faut voir comment ils se laissent bousculer par la maison poulaga ou quelques croquants à fourche sans même défourailler.

3°) Ils ne sont pas des gagne-petits suburbains ensuqués par la came et prêts à faire n’importe quoi pour trouver un képa, y compris des violences sur des vioques. Non, eux, ils braquent juste pour l’argent et pas pour faire monter les statistiques sur l’insécurité. D’ailleurs, la politique, c’est pas leur truc. C’est rien que des ennuis et des motifs de fâcheries. On se souvient encore comment ça a décimé des fratries, l’Occup, avec ceusses qu’étaient de la Carlingue et ceusses qu’avaient vibré en entendant le Grand Charles. Sans compter ceux qu’on finit au SAC pour aider au collage d’affiche contre les partageux sauf qu’à la première embrouille un peu sérieuse, les politiques, ça vous lâche pire qu’une gagneuse qu’a pas de mentalité.

4°) Il ne s’agissait pas d’une émission téléréalité. Alfred-le-Diplômé, qu’a des lettres parce qu’il a été en zonzon à une époque avec des énarques banquiers dans le quartier VIP, il dit même que téléréalité, c’est un oxymore. Cependant, la bande ne nie pas que certaines chaines leur ont proposé des reportages plus bidonnés que des statistiques sur les chômedus mais ils aiment pas trop qu’on les prennent pour des bêtes de cirque avec la frimousse floutée pour faire vrai. En plus, c’est pas pour dire, mais quand il s’agit de conduire la grosse berline qui va te faire gicler loin des ennuis une fois que t’as récupéré la caverne d’Ali Baba, ils font plus confiance à leur production à eux qu’à celle de TF1 et ils préfèrent le petit Jacquot de Montreuil à un pilote argentin sous-payé. Qualité France d’abord, monsieur…

5°) Il ne s’agit pas non plus d’une crainte d’un Grexit précipité suivi d’un écroulement de l’euro. Eux, les sueurs froides des pignoufs de Bruxelles, ça les laisse de marbre. Ils ont toujours aimé les cailloux gros comme le Ritz pour leur côté valeur refuge même si les fourgues sont plus voleurs qu’une politique fiscale social-libérale

Enfin bref, pas d’affolement, c’est juste un braquage à l’ancienne, un genre de survivance du monde d’avant, comme les cabines téléphoniques à pièces, les crêpes Suzette et la retraite à soixante piges.

American franc-tireur

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eastwood american sniper

eastwood american sniper

Sorti à Noël, American  sniper a fait un  tabac aux Etats-Unis – 250 millions de dollars de recettes en un mois, pour un budget de 60 millions, et six nominations aux Oscars, dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Bradley Cooper, qui campe le personnage principal, Chris Kyle. Il a fait aussi grincer des dents et couler beaucoup d’encre. Le film serait une apologie de la guerre. Un exercice de propagande raciste anti-arabe et antimusulman, où les Irakiens apparaissent barbares et cruels.

Il est surprenant que Clint Eastwood soit adulé en France. Ses films sont régulièrement encensés dans les Cahiers du Cinéma, Jean Luc Godard lui a dédié son  Détective  en 1984.  Eastwood a été  décoré par Jack Lang en 1985, Jacques  Chirac en 2007 et Nicolas Sarkozy en 2009. Cette faveur tient à deux malentendus, artistique et politique. D’abord, Clint Eastwood ne fait pas des films « d’auteur », mais des films « de genre ». Sur la grosse trentaine qu’il a réalisés, un tiers avaient initialement été confiés à d’autres réalisateurs y compris American Sniper,  qui devait être mis en scène par Steven Spielberg et qu’Eastwood récupéra suite à un différend  budgétaire.

Sur le plan idéologique, il concentre sur sa personne les défauts que les Français aiment tant détester chez les Américains. Il méprise le « système », l’interventionnisme d’Etat, la bureaucratie et les fonctionnaires. En revanche, il approuve la peine de mort, l’auto-défense et glorifie les armes à feu. Il ne reconnait à personne le droit de lui dire comment mener sa vie tant que celle-ci ne menace personne. Bien entendu, il vote républicain et a soutenu Ronald Reagan et Mitt Romney. Mais il s’est opposé à la guerre en Irak car pour lui les Etats-Unis n’ont pas à être le shérif du monde. Circonstance aggravante, il dédaigne  Barack Obama, intellectuel élitiste,  bavard et arrogant. Autant dire qu’il n’est pas l’un de ces acteurs engagés dans toutes les « bonnes causes » et qu’il est encore plus loin du comédien français luttant pour les sans-papiers…[access capability= »lire_inedits »]

Eastwood est un « libertarien », un anarchiste de droite, attaché à la fois à l’ordre et aux droits individuels, qui sont les deux piliers indissociables d’une société éprise de liberté. Bref, il est tout sauf politiquement correct. Est-ce ce pour ou malgré cela que les Français l’aiment tant ? Pas seulement. Eastwood, c’est le rebelle à Hollywood, le type qui ose aller contre le système, la figure à laquelle l’esprit révolutionnaire français adore s’identifier. Cependant, la première raison de sa popularité, est que ses films sont redoutablement efficaces et aussi, qu’ils montrent l’existence d’une part d’humanité chez le pire tueur, y compris celui d’American Sniper que Clint Eastwood, finalement, rend plutôt sympathique.

En apparence, American Sniper est un film de guerre. En vérité une réflexion sur le mythe du héros, constitutif de l’histoire et de l’identité américaines, mais qui heurte frontalement la passion française de l’égalité. Tiré d’une histoire vraie, American Sniper raconte les quatre missions effectuées en Irak entre 2003 et 2009, par Chris Kyle, un tireur d’élite, membre des Navy SEAL, ces commandos ultra-entrainés des Forces Spéciales, susceptibles d’agir sur « mer, air et terre », comme l’indiquent leurs initiales «  Sea Air And Land ». En tuant des « méchants », il sauvait des vies américaines. Et son seul regret était de ne pas en avoir sauvé plus… Officiellement, Kyle est crédité de 160 « cartons » – « kills » dans le vocabulaire militaire –,  ce qui en fait le tueur le plus  efficace de  l’histoire américaine.  Après la guerre, il a été assassiné par un ancien combattant atteint de « stress post-traumatique », dont le procès se déroule en ce moment même aux Etats-Unis…

Eastwood excelle à filmer la guerre.  « La guerre me fascine, dit-il, même si je ne l’aime pas forcément. La guerre c’est le conflit ultime, et le conflit est par essence dramatique. »  En 2006 et 2007 avec Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima, il racontait la guerre du Pacifique, vue du côté américain, puis du côté japonais, pas pour choisir un camp mais pour montrer comment la guerre change les gens.

C’est encore ce qu’il fait dans American sniper. Derrière l’apparence du film patriotique destiné à diffuser une histoire ripolinée de la guerre en Irak, Eastwood nous parle d’un homme et de sa famille. De la façon dont la guerre a déshumanisé le jeune cowboy qu’était Kyle, pour en faire une machine à tuer, un être obsédé, insensible et impénétrable, sa femme et ses enfants devenant en quelque sorte les victimes collatérales de ses meurtres.

Eastwood laisse une chance au Salut. « Je suis prêt à rencontrer mon créateur et justifier chacun de mes tirs, dit Kyle à un médecin. Ils méritaient tous de mourir. »  On comprend que, pour le réalisateur, Kyle n’est pas coupable d’avoir tué, mais d’avoir perdu sa famille et de s’être perdu lui-même. Et c’est précisément quand il redevient  lui-même et retrouve les siens qu’il est à son tour assassiné, sa mort devenant le sacrifice christique nécessaire à la rédemption des autres, comme celle de Walt Kowalski, le vieil ouvrier blanc de Detroit dans Gran Torino.

Le véritable Kyle, surnommé « la légende » par ses compagnons d’armes avait été conditionné pour devenir un héros américain. Son père lui expliquait que le monde était peuplé de trois types d’individus, les « moutons », les « loups » et les « chiens de garde ». Lui était destiné à être « chien de garde ».  Lors de ses funérailles, des milliers d’Américains lui rendirent les honneurs, une main sur le cœur, l’autre sur la bannière étoilée.

Cependant, ce qui intéresse Eastwood ce n’est pas le héros modèle surhomme, à la façon d’un Paul Bunyan, personnage à la force herculéenne du folklore américain, ou au superhéros des bandes dessinées Marvel et autres,  plutôt le genre dur dehors-fragile dedans. Dans son autobiographie, Kyle confie le plaisir que lui a procuré chacun  de ses cartons, Eastwood préfère  montrer l’humanité troublante du tueur et ses dilemmes quand le combattant ennemi est une femme ou un enfant… Son Kyle agit par patriotisme et devoir, et ne souhaite en tirer aucune gloire. Il est grand, costaud, taciturne, bagarreur, et sait manier les armes. Bref, il projette une certaine image de la masculinité, jadis incarnée par Eastwood lui-même.  Mais dans le film, le vrai héros n’est pas Kyle le tireur d’élite, mais Kyle, l’homme, le mari, le père, l’ami. L’homme qui  protège les communautés qu’il s’est choisies, ses frères d’armes et sa famille.

American Sniper revisite ainsi un thème récurrent dans l’œuvre d’Eastwood, celui du héros solitaire qui lutte seul contre tous pour les siens, même s’il lui faut défier l’armée, comme le sergent du Maître de guerre (1987), voire le président des Etats-Unis comme le voleur de Pleins Pouvoirs (1996). Kyle est au sens propre comme au figuré un « franc-tireur ». Contre l’avis de ses supérieurs il n’hésite pas à accompagner lui-même les patrouilles, pour mieux en protéger les soldats, jeunes et inexpérimentés. Son courage, son code d’honneur, ses valeurs sont placées au service de ses frères d’armes et des Etats-Unis d’Amérique. Seulement les Etats-Unis dont parle Eastwood ne sont plus cette puissance dont les excès menacent la paix, ni le phare de la liberté illuminant le monde, mais plutôt une créature vulnérable qu’il faut protéger des fracas du monde. C’est sans doute ce constat qui perturbe les grilles de lecture bien rodées des critiques. Et plus encore la conclusion qu’en tire Eastwood, qui est l’Amérique devrait accepter qu’elle est devenue une île et s’occuper des siens, comme Kyle, plutôt que chercher à propager des valeurs là où elles ne peuvent même plus être comprises.[/access]

*Photo : AP21697013_000043.Vince Bucci/AP/SIPA.

L’amour encore, l’amour toujours

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Pour l’inconscient, eh oui, le principe de contradiction n’existe pas! Ce n’est pas un scoop mais l’on semble souvent l’oublier… Alors à chaque question, la réponse ne peut être que oui ! Tout au moins dans l’inconscient…

Quand  la philosophe  Nathalie Sarthou-Lajus et le psychanalyste Jean-Pierre Winter posent la question : « Peut-on croire à l’amour ? » le lecteur averti subodore donc déjà quelle en sera la réponse. Evidemment, ce qui nous intéresse n’est pas le oui ou sa dénégation consubstantielle mais les chemins que chacun d’eux emprunteront pour tout simplement nous parler de l’amour, de ses possibles écueils.

« Deviner l’amour véritable » est la question que se pose le psychanalyste. Nous faisant ainsi entendre qu’il existerait des faux-amour dans les bras desquels il conviendrait de ne pas trop se fourvoyer. Mais comment savoir ? L’amour fou s’apparente à la psychose celle-ci nous renseignant sur celui-ci.

Sur ces entrefaites, le lecteur s’interroge :

Comment aimer sans être fou ?

Comment ne pas perdre son âme dans l’amour ?

Comment ne pas mourir d’amour ?

Déclinant à partir des grandes structures psychopathologiques (psychoses, perversions, névroses) les modalités de l’amour fou et de ses illusions, Jean-Pierre Winter nous invite à renoncer à faire un avec l’être aimé.  « Rilke aura bien raison de dire que l’amour est un travail solitaire. Un travail où il ne s’agit pas de faire du Un avec du deux, illusion poético-philosophique, mais un processus au cours duquel l’amoureux va à la conquête de lui-même par le détour de l’autre. « va vers toi-même » dit l’amant du cantique des cantiques à la Shulaminte qui lui déclare son amour, avec la formule même de Dieu s’adressant à Abraham quand il l’enjoint de quitter la maison de son père et le pays où il est né :  lekh lekha » (p 55).

« L’amour et le risque de croire » est le chemin choisi par la philosophe  Nathalie Sarthou-Lajus. Mais Jean-Pierre Winter nous aura prévenu, les femmes en amour prennent plus de risque que les hommes et Nathalie Sarthou-Lajus est une femme !

Plus prosaïque et plus passionné, le discours amoureux de la philosophe nous rappelle le pari de Pascal. Et si ce dernier n’est pas cité, il est bel et bien là et l’enthousiasme de Nathalie Sarthou-Lajus pourrait bien être contagieux…

Quand on sait que ce que souhaite le joueur, c’est perdre !  L’on trouvera là une petite indication sur cette question banale et éternelle : pourquoi donc les histoires d’amour finissent mal… en général…

Un livre donc qui tente de démasquer les artifices de l’amour pour mieux se laisser aller à y croire…

 

Peut-on croire à l’amour ? par Nathalie Sarthou-Lajus – Jean-Pierre Winter, Editions le passeur

 

Contes de bistrot

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chinois 14 topor

chinois 14 topor

À la lueur d’une coupure d’électricité, les habitués du café « Mon Moulin », dans le XIVème arrondissement, se racontent. Ils s’épanchent avec brusquerie comme on se libère d’un poids, comme si ce soir on pouvait tout se dire. Le temps s’arrête. C’est l’heure des confidences, des aigreurs, des souvenirs surtout. Dans cette semi-obscurité, les mots éclairent les existences simples, les vies ratées, cette poisse qui colle aux gens de peu. Le fil des histoires tisse une nappe à carreaux d’un Paris ouvrier à jamais enfoui. Celui des sorties d’usine et de la débine. Mobylette et cacahouètes. Entre chien et loup, le patron, la vieille bonne, le clochard chiffonnier, le représentant en vins, le combattant de la dernière guerre, chacun y va de sa mélancolie, de sa rengaine. Cette poésie du zinc n’a rien à voir, j’allais écrire à boire, avec un précis de soulographie.

L’alcool fort n’est pas le moteur de ce livre amer au titre plus qu’étrange.  Le Chinois du XIVème  ressort aux éditions Wombat avec une préface d’André Hardellet et des illustrations de Roland Topor. Il avait été publié une première fois aux éditions Jérôme Martineau en 1966. Pour écrire aussi justement, pour faire tinter le parler des arrière-salles, son auteur ne pouvait être qu’un natif des fortifs, un adorateur du beaujolpif. Un de ces boucaniers du pavé, inlassable arpenteur des boulevards qui sent battre le cœur de Paname. Béret sur la tête et gauloises au bec. Melvin Van Peebles n’a rien de l’archétype folklorique de l’accoudé des comptoirs, d’un croisement entre Robert Dalban et René Fallet. Melvin, c’est plutôt le genre Shaft, un père spirituel de Spike Lee. Cigare de mafioso et lunettes d’intello. Ce Noir américain né à Chicago en 1932 est un phénomène, une légende du mouvement Blaxploitation au cinéma. Touche-à-tout, à la fois réalisateur, acteur, écrivain, transfuge d’Hara-Kiri, ce mec a passé quelques années à Paris dans un temps où la Capitale attirait les vrais créateurs, ceux capables d’inventer un art nouveau et de côtoyer le populo. Et il écrit en français pur jus. « Nous croirions entendre un authentique citoyen du XIVème – ou de tout autre arrondissement populaire » se réjouissait Hardellet à la lecture de ce roman inclassable. L’imprimatur d’André valait tous les passeports officiels.

Cette féérie du bistrot séduit par l’âpreté des échanges, la dinguerie des propos et puis dans les silences de ces âmes en peine, brille une émotion brute. Quand un client s’interroge sur « boire un canon, ça, c’est une expression que j’ai l’intention d’en étudier l’origine…Une armée qui ne boit pas, c’est la loterie nationale », la drôlerie confine à la l’utopie. Cette suite de contes foutraques dessine le portrait d’une génération perdue où guerre et misère ont façonné les caractères. Le clodo se fait philosophe : « Moi, je ne veux pas aider le système, mais je ne veux pas non plus être complètement bouffé par la lutte ». Et quand le veilleur de nuit délire sur les soucoupes volantes et la supposée bisexualité des cosmonautes, il conclue « de toute façon, dans quatre ans nous serons probablement tous morts…Je m’en voudrais de semer la panique. Je vous l’ai déjà dit, mais les savants sont fous ».

Dans cette réédition très réussie, les dessins de Topor diffusent une atmosphère oppressante et nous rappellent quel grand artiste il fut. Du Chinois, il en est très peu question finalement dans ce livre, sa silhouette passe, témoin éphémère, client parmi d’autres. Chez Van Peebles, la parole circule, les récits rebondissent de table en table. Par contre, le goût de la sincérité persiste longtemps en bouche.

Le Chinois du XIVème de Melvin Van Peebles – Préface d’André Hardellet – Illustrations de Topor – Editions Wombat.

Le Chinois du XIVe

Prix: 17,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 4,85 €

La France, fille aînée de l’athéisme

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eglise laicite atheisme

eglise laicite atheisme

Après les attentats du mois de janvier, un débat s’est instauré sur les moyens à envisager pour permettre à la religion musulmane de s’intégrer dans la société française. Parmi les sujets abordés, celui de la laïcité « à la française ». Celle-ci s’oppose à la conception anglo-saxonne (américaine surtout) de la laïcité, notamment par le fait qu’elle privilégie un espace public où les religions doivent se montrer discrètes, voire absentes, à une société où les religions sont à la fois valorisées et mises sur un pied d’égalité. Comment les évolutions sociologiques récentes de la société française peuvent-elles nous amener à réexaminer cette question ?

Le reproche fait à la loi de 1905 repose sur le fait qu’elle a été établie pour contraindre la religion catholique à s’intégrer à la République alors que cette religion avait été ultra-majoritaire pendant des siècles. Et qu’elle ne faisait qu’entériner cette situation de domination en la contraignant à rester dans les limites de la loi. Dans cette logique, l’islam ne pourrait trouver, selon les contempteurs de la loi de 1905, sa place sur un pied d’égalité réelle. Principalement à cause de la quasi-impossibilité de construire des lieux de culte nouveaux.

Mais qu’en est-il de cette situation de domination aujourd’hui ? Regardons de plus près les chiffres. En trente ans, sa pratique, sa pénétration et son influence ont été divisées par trois : le ratio de baptêmes sur le nombre de naissances enregistré est passé de 80% à 36% – le ratio de confirmations est passé de 15% à 5% – le ratio de mariages catholiques sur le nombre d’unions civiles (mariages civils et Pacs) est passé de 35% à 9% – le nombre de prêtres est passé de 38 000 à 13 000 (dont largement plus de la moitié ont dépassé l’âge de la retraite) – le nombre de catholiques pratiquants « une fois par an au moins » est passé de 60% à 27%, celui de pratiquants « une fois par mois au moins » de 40% à 9%. Celui des pratiquants « une fois par semaine » a été divisé par 5, passant à 4%.

La moitié des catholiques déclarés (45% de la population) affirment ne pas croire en Dieu, soit 23% de « catholiques athées » auxquels il faut ajouter une majorité des Français qui se déclarent sans religion (45% de la population aussi). Si on additionne « catholiques athées » et « sans religion athées » (certains « sans religion » sont peut-être déistes), on a sans doute largement plus de 50% des Français qui sont athées. Le reste de la population étant composé de 6 à 8% de musulmans, de 0,5% de juifs religieux (pratiquant ou respectant des prescriptions religieuses), de 1% de protestants déclarés, et de 1% de bouddhistes réguliers.

On est donc passé en trente ans d’une situation où la religion catholique était dominante et incontestée (plus de 80% de la population grosso modo) à une situation ou plus de 50% des Français se déclarent athées, voire près de 70%  si l’on additionne les 23% de catholiques athées (c’est-à-dire des baptisés qui ne pratiquent pas leur religion et qui déclarent ne pas croire en Dieu) et les 45% de « sans religion ». Le « fait catholique », n’est donc plus un fait dominant, loin de là. On peut même imaginer, si l’on prolonge les courbes de tendance, qu’à l’horizon de 20 ou 30 ans, il n’y aura plus en France que 10% de catholiques. À côté de peut-être 10% de musulmans (si l’immigration ne progresse pas démesurément, sinon on peut imaginer un socle de près de 15% de musulmans).
Ceux qui veulent exonérer les musulmans des efforts à faire pour s’adapter à la République française mettent volontiers en avant une situation française où la religion musulmane serait dominée par la religion catholique. Cette situation de domination religieuse étant le reflet d’une situation de domination sociale et culturelle. Mais on a vu que la structure religieuse française n’était plus celle-ci. Et qu’elle le sera encore moins à l’avenir. Le fait religieux dominant, c’est l’athéisme. La France est devenue « fille aînée de l’athéisme » après avoir été celle de l’Église. Il est tout à fait envisageable, on l’a vu, d’imaginer à l’horizon 2050 une France composée de 80% d’athées ou de sans religion, de 10% de catholiques et de 10% de musulmans.

Dans cette situation sans précédent, le catholicisme ne serait plus le fait dominant de notre nation, mais une de ses deux religions minoritaires, à égalité avec l’islam. Le fait dominant sera celui de l’athéisme, ou tout du moins d’une irréligiosité massive de la population. Dans cette perspective, la laïcité change de rôle. Elle n’est plus un instrument de combat pour réduire une religion dominante et la maîtriser mais la base d’un comportement très largement majoritaire qui s’impose à tous. Elle n’essaie plus d’écarter de l’espace public des comportements religieux pour les contraindre à rester dans le domaine privé car ils seront à l’avenir aussi très largement absents du domaine privé. Elle devient un état majoritaire et largement partagé par la population. Le débat ne se pose plus dès lors entre « séparatistes » (au sens de 1905) et « concordataires » (au sens de 1801) , puisqu’il n’y aura plus grand chose à séparer hormis les pratiques minoritaires de 10% de catholiques et de 10% de musulmans et qu’il n’y aura plus grand chose à protéger puisque la religion musulmane sera à égalité avec la religion catholique.

En étant provocateur, on pourrait dire que le déclin de la religion catholique est une grande opportunité pour imposer la laïcité aux musulmans. Car à l’avenir elle n’apparaîtra plus comme l’instrument de domination d’une France blanche et chrétienne sur une France colorée et musulmane, mais comme l’état général et normal de la très grande majorité de la population. C’est pourquoi, ce n’est absolument pas le moment de renoncer ou d’aménager la laïcité au sens où elle a été mise en place en 1905. C’est au contraire le moment de réaffirmer ses valeurs parce qu’elles ont un avenir certain car la laïcité invite tous les Français à se conformer à quelques règles simples de bienséance : ne pas exposer sa religion en public par des signes ostentatoires – tolérer la critique de sa propre religion – ne pas imposer aux autres des règles qui ne les concernent en rien (le fait de dessiner Mahomet par exemple) – et sans doute laïciser aussi les jours fériés (en proposant à chaque français de disposer d’un stock de 5 jours fériés à utiliser à sa propre convenance, religieuse ou pas).

Régis Debray a écrit que la religion chrétienne était en train de laisser la place à une nouvelle religion « athée » qu’il appelle la ROC (Religion de l’Occident Contemporain). Il se trompe sans doute en l’étendant à tout l’Occident car le continent américain en général et les USA en particulier restent très attachés au christianisme. Mais les signes sont très forts en Europe d’une évolution vers la ROC (ou de la REC, Religion de l’Europe Contemporaine). Ils le sont tout particulièrement en France car les 67% de Français qui se déclarent aujourd’hui athées ou sans religion et qui seront sans doute demain 80% de la population sont certainement à l’avant-garde de cette évolution. Sont-ils pour autant sans valeurs ? Non car ils partagent un certain nombre de principes qui sont au cœur de la laïcité : le respect de l’égalité (hommes-femmes) – le respect des minorités (sexuelles en particulier) – la défense des libertés individuelles et collectives – la tolérance. Ce sont les principes fondamentaux de cette religion des droits de l’homme. Ils s’imposent à tous.

Dans un article récent sur Atlantico, Michel Maffesoli décrit une France évoluant vers une forme de tribalisme fondé sur les affinités électives. Il a certainement raison sur le plan culturel, comportemental, vestimentaire, alimentaire… Mais il omet de voir que sur le plan religieux, une tribu dominera très largement les autres : celles des athées sans religion qui représentera 80% de la population. C’est pourquoi il comment une erreur historique en désignant la laïcité comme l’obstacle à l’harmonie globale de la nation. Il veut « une République multiple et tolérante pour que la France ne soit plus une machine à produire des djihadistes ». Oublions le fait qu’il culpabilise inutilement la République laïque comme responsable des crimes commis par ceux qui réfutent la laïcité, nous avons déjà fait un sort à ces mauvaises interprétations du djihadisme, pour considérer qu’il s’interdit d’imaginer que la laïcité peut être vecteur de tolérance. Il n’est pourtant pas difficile d’entrevoir que des citoyens peuvent – doivent – se respecter pour ce qu’ils ont en commun plus que s’interpeller sur ce qui les différencie. Surtout quand 80% d’entre eux n’ont pas de différences à affirmer au plan religieux.

Avec Régis Debray, on peut au contraire envisager la laïcité non pas comme un obstacle à l’épanouissement de l’individu mais comme un projet pour cimenter une nation en déclin spirituel. La laïcité n’est sans doute plus l’ennemie de la religion chrétienne. Elle ne doit pas devenir l’ennemie de la religion musulmane. La France, parce qu’elle a une vocation universelle et parce qu’elle a la première exprimé le désir de liberté, d’égalité et de fraternité sans lesquelles la laïcité n’existe pas, peut jouer un rôle de premier plan pour faire de l’Europe un espace laïc et tolérant dans un monde en proie à l’intolérance et au désordre. Elle peut montrer la voie si elle est sûre d’elle-même et si elle trouve la force de faire partager son projet à tous.

L’athéisme : une religion d’Etat?

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atheisme laicite religion

atheisme laicite religion

Après les attaques contre Charlie Hebdo et le centre culturel de Copenhague, il est urgent de rendre à la liberté d’expression toute sa place et de réaffirmer l’importance de la laïcité. Mais il est tout aussi important de s’accorder sur le concept de laïcité.

Dans la foulée de ces attentats, confondant peut-être vitesse et précipitation, Reporters Sans Frontières (RSF) a proposé à tous les responsables des cultes de signer une « Proclamation pour la liberté d’expression ». Or, ce texte pose question.

S’il réaffirme avec force le droit au blasphème et évoque la liberté de conscience qui permet à chacun de pratiquer librement sa religion, il semble ne pas accorder aux croyants une liberté d’expression totale. Extrait : « La liberté d’information et d’expression, celle des journalistes comme des citoyens, ne saurait être contrainte ou limitée par les convictions ou les sensibilités des uns ou des autres. (…) Nul ne peut imposer sa conception du sacré à autrui. »

Si la conception du sacré ne « s’impose » effectivement pas à l’autre, on est en droit de se demander au nom de quoi un simple « citoyen » n’aurait pas le droit de parler de sa foi à d’autres. S’agit-il de limiter l’expression de la foi au nom de la laïcité ? La formule choisie pour définir le droit à pratiquer sa religion (« liberté de conscience » plutôt que « liberté d’expression ») semble effectivement aller en ce sens. Le croyant aurait le droit d’avoir la foi, mais à la seule condition que ce soit tout seul et dans son coin.

Puisque « chacun est libre d’exprimer et de diffuser des critiques, même irrévérencieuses, envers tout système de pensée politique, philosophique ou religieux », comme le précise le texte, n’est-il pas légitime que cette même liberté permette de réfuter ces critiques et de soutenir la thèse opposée ? Si l’on souhaite que la liberté d’expression soit la même pour tous, ne devrait-on pas refuser que le blâme de la religion l’emporte sur l’éloge ?

C’est peut-être un détail et on peut légitimement penser qu’en rédigeant ces lignes, RSF entendait surtout prévenir les réactions des croyants aux critiques de leur religion plutôt que limiter l’expression de leur foi. Pourtant, ces lignes traduisent également une tendance perceptible dans la société française, qui consiste à confondre laïcité et athéisme au risque d’en faire une religion, avec son lot de fanatiques.

La laïcité ne doit certes pas transiger avec l’extrémisme mais elle ne doit pas non plus privilégier l’athéisme au détriment de la foi. Le droit au blasphème doit pouvoir s’appliquer aussi bien à l’athéisme – car qu’est-ce que l’athéisme sinon une croyance en l’inexistence de Dieu ? – qu’aux religions.

Rien de plus évident, me direz-vous. J’ai pourtant souvent été surpris de constater que les professeurs croyants se gardaient bien de parler de leur foi à leurs élèves dans le cadre public de l’école, tandis que de nombreux collègues ne se gênaient pas toujours pour faire la publicité de leur athéisme, avec parfois force arguments.

La suspicion a priori vis-à-vis du fait religieux est une attitude très française. Pour preuve, la rapidité avec laquelle on qualifie de prosélytisme la simple affirmation d’une croyance, sans toujours prendre la peine de distinguer entre ce qui relève de la fonction et ce qui relève de l’individu. Pour Le Robert, le prosélytisme, c’est par extension « recruter des adeptes ». Selon Paul Valéry, c’est « vouloir que les autres soient de notre avis ». Or, toute proclamation de sa foi n’est pas nécessairement prosélyte. Elle a autant droit de cité que la profession de foi athée qui, depuis le fameux « je crois que deux et deux sont quatre et que quatre et quatre sont huit » de Don Juan, a fait beaucoup d’adeptes.

Le danger, ce n’est pas la religion comme expression d’une croyance, c’est la religion comme modèle commun. Et cela vaut autant pour l’athéisme que pour les autres croyances, car il serait bien naïf de penser que l’athéisme ne saurait influencer la société au même titre que la foi. « La liberté d’expression n’a pas de religion » écrit RSF. C’est exact. Il importe donc qu’elle ne promeuve pas l’athéisme.

L’enjeu dépasse peut-être le simple cadre des libertés individuelles. Car si l’on veut donner une chance aux croyants de tous bords d’adhérer à notre modèle, il convient avant tout de ne rien y ajouter. Obliger les croyants à choisir entre athéisme et religion, entre laïcité et croyance, c’est leur imposer des contraintes inutiles et prendre le risque de susciter une hostilité superflue. Or choisir de limiter la liberté d’expression des croyants pourrait contribuer à ce que celle-ci s’affirme sous d’autres formes, plus ostentatoires et plus offensives.

Ce qui est inquiétant, dans les réactions post-Charlie Hebdo, ce ne sont pas celles des radicaux, dont il n’y a rien à attendre, ce sont celles de certains soi-disant modérés. Il convient face à cette attitude, nous le répétons, de ne pas céder un pouce sur la laïcité, de réaffirmer avec force le droit au blasphème. Mais il convient également de ne pas se laisser emporter par certaines tendances laïcardes et de ne surtout pas laisser croire que la laïcité serait, par essence, contre les religions.

Dans ce contexte, il paraît opportun de rappeler, à l’heure où l’on érige Voltaire au rang d’étendard de la liberté d’expression et de symbole de la laïcité, que celui-ci, souvent très critique à l’égard des religions, était un théiste convaincu, pour qui le dogme du croyant devait se résumer à quelques éléments essentiels : « Sa religion est la plus simple et la plus étendue ; car l’adoration simple d’un dieu a précédé tous les systèmes du monde. […] Il compte tous les sages pour ses frères. […] Faire le bien, voilà son culte, être soumis à Dieu, voilà sa doctrine. » (Le Dictionnaire philosophique, article « Théiste »).

On reproche parfois à certains croyants, à raison, la certitude avec laquelle ils affirment l’existence de Dieu. On est en droit d’attendre la même chose de ceux qui penchent pour sa non-existence. Car, au risque d’en décevoir certains, cette question n’est pas tranchée.

Or il y a, de la part de certains intellectuels ou auto-proclamés comme tels, des postures qui frisent le manque d’humilité et la condescendance à l’égard des croyants. Il serait dommage que le soupçon de foi constitue un défaut de pensée, près de deux siècles après qu’on a cessé de considérer l’athéisme comme un défaut de l’esprit.

Dans un article paru sur le site Slate.fr, Eric Leser explique qu’« il y a trois siècles, la croyance en Dieu était universelle y compris parmi les savants et les instruits » mais que « tout cela a changé à la suite du développement de la science moderne et de la capacité de l’homme à dominer et comprendre la nature par l’usage de la raison ». Ce faisant, il semble à la fois tirer un trait sur tout un pan de l’histoire de la philosophie et oublier que de nombreux philosophes ont essayé de prouver l’existence de Dieu par la raison, à commencer par Platon (dans le Phédon notamment). Voltaire lui-même définissait sa croyance comme le simple effet de l’usage de celle-ci : « Qu’est-ce que la foi ? Est-ce de croire ce qui paraît évident ? Non : il m’est évident qu’il y a un Être nécessaire, éternel, suprême, intelligent ; ce n’est pas là de la foi, c’est de la raison. » (Dictionnaire philosophique, article « Foi »). Il oublie également que le relativisme n’a rien de moderne et que Socrate critiquait déjà, il y a plus de deux millénaires, celui des sophistes, notamment Protagoras et Gorgias.

Ce serait un comble que le fait de s’interroger sur l’existence de Dieu devienne le tabou de ceux qui prônent la liberté d’expression !

Pour que la laïcité cesse d’être en crise, il faut réaffirmer notre attachement à celle-ci, il faut rappeler ses principes, son intransigeance, mais également rappeler qu’elle est l’aboutissement de la réflexion de croyants autant que d’athées. Il faut peut-être enfin qu’elle cesse d’être, pour une certaine catégorie de citoyens, une sorte de religion. Il faut que la foi et le fait religieux s’inscrivent de nouveau dans le débat public et qu’ils y trouvent leur place autant que l’athéisme. La laïcité, et c’est là toute sa grandeur, ne distingue pas entre le croyant et l’athée, elle les accueille et les protège de la même façon et ne considère pas l’un comme supérieur à l’autre. C’est sans doute aussi à ce prix que les religions cesseront d’être intolérantes.

*Image : wikicommons.

Ivan Rioufol lève le poing

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« Cesser d’être polis ». C’est par cette formule menaçante qu’Ivan Rioufol appelle les Français à réagir dans Poings sur les i, le recueil de ses bloc-notes publiés dans Le Figaro en 2014. Voilà qui nous change un peu du sempiternel « sursaut républicain », nettement moins punk, auquel nous enjoignent en boucle les tenants du « Système » dont il souhaite « accélérer la chute ».

D’ailleurs, pour le chroniqueur réac – qui pose poing serré (sous le menton) en couverture de son livre – les idées politiques sont aussi fatiguées que les mots employés par nos dirigeants. Ainsi qualifie-t-il d’« utopies dévoyées » le socialisme, l’égalitarisme, l’antiracisme et l’incontournable « vivre ensemble »… Lui voit dans l’année 2014 la poursuite d’une « révolution conservatrice et libérale qui échappe aux partis et dépossède la gauche de sa maîtrise des manifestations de rue ».

A la gauche « prolophobe », il oppose « la classe moyenne, les provinces tranquilles, la France catholique [qui] sont définitivement sorties de leur silencieuse hébétude ». Conséquence : « Le camp du bien devine que ses jours sont comptés. Il est sur la défensive. » Mais la « droite » n’en bénéficie pas pour autant : « A mesure que l’ancienne société s’affaisse, se précise le clivage qui relègue droite et gauche au rang des antiquités », diagnostique le docteur Rioufol.

Pour lui, désormais, « le peuple de droite est en attente d’une alternative à Marine Le Pen ». Mais ni Sarkozy ni Juppé ne lui feront de l’ombre en allant chercher des voix « vers le centre et son eau tiède ». Dès lors, son constat se veut résolument alarmiste, et ne laisse rien présager de paisible. « D’où partira l’étincelle ?, s’interroge Rioufol. La faiblesse du pouvoir est telle que, sous ses doigts maladroits, toutes les déflagrations sont imaginables. »

Ivan Rioufol, Poings sur les i, éditions de Passy.

Poings sur les i

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«La partition sociale favorise l’islamisme»

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Laurent Joffrin apartheid terrorisme charlie hebdo

Laurent Joffrin apartheid terrorisme charlie hebdoLes médias sont sans doute les principaux agents propagateurs de la maladie française de l’autoflagellation. Avec une méthode simple : ils s’interdisent de dire ce qu’ils ne veulent pas voir et nous interdisent de voir ce qu’ils ne veulent pas dire. Reste à comprendre pourquoi ce qu’ils retiennent volontiers de la réalité française se résume à une litanie de fautes, voire de crimes – des discriminations à l’apartheid. Quel meilleur interlocuteur pouvions-nous trouver pour avoir ce débat que le directeur des rédactions de L’Obs et de Libération, en alternance, depuis 1988 ? Laurent Joffrin me reçoit le dimanche 8 février, dans son bureau, à quelques enjambées de la salle de rédaction qu’il prête gracieusement aux survivants de Charlie Hebdo.

Au lendemain du 11 janvier, toute la presse célébrait « l’unité nationale » contre le terrorisme et l’obscurantisme. Quelques semaines plus tard, le 5 février, une question barrait votre une : « Comment abolir l’apartheid en France ? » – comme si l’existence même de l’apartheid était une vérité scientifique. Comment est-on passé de la guerre contre le terrorisme au combat contre les discriminations ?

Si on croit que toute la France a manifesté le 11 janvier, on peut effectivement trouver étrange de voir un journal s’occuper aussitôt des fractures de la société. Mais je ne pense pas qu’il y ait eu d’« unité nationale » le 11 janvier. Si 4 millions de personnes ont manifesté, ça veut dire que 58 millions ne l’ont pas fait. Une partie des banlieues, pour faire court, considérait que Charlie insultait la religion musulmane. D’autres, à la droite de la droite, ne voulaient pas pleurer un journal qu’ils n’aimaient pas, et considéraient que ça allait masquer les vrais problèmes. D’autres étaient simplement indifférents. Toute la gauche et une partie de la droite républicaine se sont mobilisées. C’est déjà beaucoup. La sensibilité qui a manifesté est majoritaire. Mais la population n’est pas unanime.

D’accord, mais au lieu de se demander ce que signifiait cette abstention des « quartiers », on a expliqué à la jeunesse issue de l’immigration qu’elle était victime d’un système injuste. Quel message lui envoie-t-on ?

Le mot est de Valls, nous l’avons repris à notre compte, même s’il est un peu exagéré, puisqu’on sait qu’il n’y a pas d’apartheid légal en France. C’est une situation de fait. En réalité il faut penser deux choses à la fois : la responsabilité des fanatiques, qui prennent des options criminelles. Et puis les conditions sociales, qui favorisent leur action en mettant à l’écart une partie de la population. D’où notre enquête sur l’apartheid social.[access capability= »lire_inedits »]

Dans un article du 8 janvier, vous citez Abou Moussab al-Souri, théoricien du « nouveau djihad », qui le justifie par « l’oppression » et « l’humiliation » des musulmans vivant en Occident. Reprendre ses mots, n’est-ce pas faire son jeu ?

J’ai essayé de tenir les deux bouts du raisonnement : ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on a raison d’être fanatique – même Marx ne pensait pas ça, Bourdieu éventuellement, et encore –, mais ce n’est pas parce qu’il y a des fanatiques qu’il ne faut pas se soucier des conditions sociales qui favorisent le fanatisme. C’est une réalité. Cependant, s’il y a des gens à gauche qui cherchent des excuses sociales au terrorisme, ce n’est pas mon cas ni celui du gouvernement.

N’empêche, vous semblez bien plus préoccupé par les conditions sociales que par le fanatisme. Sauf erreur de ma part, le mot « islam » ne figure pas une seule fois dans vos derniers éditos. C’est un choix délibéré ?

Ah, bon ? Alors il faut que j’en refasse un[1. Le lendemain de notre entretien, le 9 février, Laurent Joffrin écrira dans son édito : « Les questions d’immigration et d’islam – la politique de l’identité, comme disent les Anglo-Saxons – sont bien au cœur du malaise français. Quelle laïcité ? Quelle République ? Quelle intégration ? Sans réponse claire à ces questions enchevêtrées, la gauche court au-devant de cruelles déconvenues. » Je n’ose penser que ma question ait pu en être à l’origine…]. J’ai pourtant évoqué cette bataille au sein de l’islam, à la fois théologique et politique. Les intégristes sont des ennemis de la modernité qui lisent le Coran de manière littérale et veulent revenir à l’islam du Moyen Âge. Parmi eux, il y en a qui basculent dans le terrorisme. Non parce qu’ils manquaient d’éducateurs sociaux, mais à cause de ce processus politique interne à l’islam. Je ne crois pas au déterminisme social. Les idées ont aussi une force autonome. En même temps, ce courant a tendance à recruter des jeunes qui viennent des banlieues, parce qu’ils y trouvent une identité, parce que ça donne un sens à leur vie. Ils se sentent rejetés, donc ils sont plus sensibles à la propagande de ces prêcheurs islamistes. Même s’il n’est pas lui-même un exclu, Coulibaly, qui vient de la Grande Borne, à Grigny, a eu un parcours typique de ces gamins de banlieue.

François Hollande a déclaré que « les musulmans [étaient] les premières victimes du terrorisme ». Qu’en avez-vous pensé ?

C’est vrai statistiquement. Depuis vingt ans, l’immense majorité des victimes du terrorisme est musulmane. Le pilote jordanien brûlé par Daesh, c’est un musulman. À Paris, les terroristes ont tué un policier musulman. Hollande tient un raisonnement politique, et il a raison. On a en France environ 10 % de gens d’origine étrangère, dont beaucoup de musulmans qui n’ont rien à voir avec le terrorisme. Tenons un discours qui ne les rejette pas du côté des intégristes. Essayons de les mettre de notre côté. Eux aussi sont visés.

D’accord, mais est-il plus urgent de dénoncer la haine antijuive et antifrançaise d’une partie des musulmans français ou de qualifier Finkielkraut d’« ennemi des musulmans » ?

Finkielkraut ? Ah oui, dans mon premier édito après les attentats[2. Le 7 janvier au soir, dans un éditorial publié sur le site de Libération, Laurent Joffrin soulignait le fait que les terroristes ne s’étaient pas attaqués aux « ennemis des musulmans » qui « ne cessent de hurler au loup islamiste » tels que Houellebecq ou Finkielkraut, mais à la « gauche ouverte, tolérante, laïque », dont ces derniers « se moquent tant ».]… Non, je visais surtout Riposte laïque et des gens comme Renaud Camus. Ou encore Houellebecq, qui explique que l’islam va prendre le pouvoir en France… Mais nous n’avons jamais manqué à la solidarité envers les Français juifs attaqués. Dès cet été, au moment des frappes à Gaza, Libé a fait sa une sur les attaques antisémites à Sarcelles et ailleurs. Et nous sommes le premier journal à avoir écrit sur les juifs tentés par le retour en Israël après l’attentat de l’Hyper Cacher.

Ne participez-vous pas tout de même à entretenir un climat d’autodépréciation permanent ?

La France n’est certes pas responsable de la montée de l’islamisme, mais faut-il passer sous silence la responsabilité de la société à l’égard des banlieues ? Une partition sociale, mentale et territoriale comme celle du Val Fourré, à Mantes-la-Jolie, où il y a 80 % de musulmans, ne peut que favoriser l’islamisme.

Peut-être, mais à en croire les élus locaux, occidentaliser ces quartiers ne sera pas si simple.

C’est vrai. Certains endroits vivent de facto en dissidence. Mais à la différence de Zemmour et des autres, je pense que la démocratie est un régime très fort. Nos valeurs républicaines s’imposeront, à la longue.

En avril 2012, François Hollande promettait de convaincre les électeurs du Front national… Trois ans plus tard, les scores du FN ne sont-ils pas la preuve de son échec.

Oui, c’est vrai. Mais Sarkozy n’a pas réussi non plus, alors qu’il se positionnait comme l’adversaire le plus efficace du Front national en reprenant une partie de ses thématiques. La gauche anti-lepéniste a sans doute commis des maladresses, mais ce n’est pas l’essentiel. Les Kouachi et Coulibaly sont des agents électoraux formidables pour le Front national. Et la condition ouvrière ne cesse de se dégrader avec la crise, les fermetures d’usines, la progression du chômage… La gauche est censée lutter contre le chômage, si elle échoue, c’est plus grave que si c’est la droite. Et il y a la peur de l’islam, très difficile à maîtriser. Malgré cela, la lutte doit continuer. Je préfère ceux qui luttent, même maladroitement, à ceux qui les dénoncent…[/access]

*Photo : Hannah Assouline

Marine Le Pen présidente en 2017 ?

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marine le pen 2017

marine le pen 2017

La déclaration de Manuel Valls quant à une possible victoire possible de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017 a au moins un mérite. Un seul. Elle échappe à une pensée paresseuse de l’avenir qui postule que celui-ci va inévitablement reproduire le visage du passé récent. C’est ainsi que l’armée française de 1939 était prête à gagner la guerre de 14-18. C’est ainsi que Lionel Jospin répétait en 2005 que la nouvelle immigration s’intègrerait à la nation française, après quelques difficultés, comme s’était intégrée la vieille immigration des Italiens-Polonais-Espagnols-Portugais. Aujourd’hui, les hommes politiques aussi bien que les commentateurs tiennent pour acquis que le 22 avril 2002 a de fortes chances de se reproduire, avec la fille à la place du père : elle sera validée au premier tour. Certes, ils concèdent qu’elle recueillera plus de voix que Jean-Marie, et même qu’elle arrivera peut-être en tête du scrutin. Mais au second tour, le 5 mai 2002 ressuscitera inévitablement dans toute sa splendeur. Quel que soit le candidat opposé à MLP – Hollande, Juppé, Sarkozy, ou Boutin – il triomphera. Le diable a surgi, puis est rentré dans sa boîte en 2002, la diablesse fera trois petits tours et puis s’en ira en 2017.

Or voilà que Manuel Valls, sur le mode hystérique et vaticinant de la pythie de Delphes, profère l’indicible, l’impensable, l’inacceptable : Mme Le Pen peut très bien devenir Présidente de la République Française en 2017. Eh bien, pensons l’impensable. Je crois qu’il faut prendre le Premier ministre au pied de la lettre et considérer cette prophétie en la débarrassant au maximum de sa gangue de terreur et d’enthousiasme. Je crois qu’il est du devoir de chaque Français, et surtout de ceux qui font métier ou passion de penser et d’écrire, d’envisager cette hypothèse sans amour et sans haine. Le prix à gagner à ces réflexions et ajustements préalables : l’évitement d’une guerre civile.

Comme dans la Pologne des « lustrations », comme dans l’Afrique du Sud de la réconciliation ethnique, il faudra d’abord se pardonner les uns aux autres. Désigner des coupables ne servira à rien sinon à attiser les haines mortelles. La gauche s’est bouché les yeux devant la réalité pendant des lustres, la droite l’a imitée et aucun de ses chefs n’a eu le courage singulier de s’allier au Front National pour mieux l’étouffer, comme avait fait Mitterrand avec les communistes. Giscard d’Estaing a sa part de responsabilité avec le regroupement familial, le général Bugeaud avec la conquête de l’Algérie, et aussi les Byzantins qui, s’ils avaient mieux lutté contre les armées fatimides, auraient pu nous laisser une Afrique du Nord chrétienne, ce qui simplifierait évidemment le problème. Et aussi le Christ, qui aurait mieux fait de naître après Mahomet.

C’est bien sûr le nouveau pouvoir qui aura les plus grands efforts à faire pour éviter que sa victoire ne se transforme en conflagration nationale. Je vois un signe encourageant dans le fait que les dirigeants du Front national éliminent impitoyablement leurs candidats qui étalent des opinions racistes. Zemmour trouve Mme Le Pen trop à gauche et c’est tant mieux : la femme politique et le commentateur doivent rester dans leurs rôles respectifs. Comme c’est une fine manœuvrière, je pense que je n’ai même pas besoin de lui souffler à l’oreille une chaude recommandation : celle de s’adresser, dès son premier discours, à nos compatriotes musulmans pour les rassurer. Un moratoire sur l’immigration qui continue à arriver certes, mais l’assurance de l’égalité de leurs droits et devoirs aux musulmans français. Et même une accolade publique avec le recteur Boubakeur, Paris vaut bien une prière du vendredi.

Beaucoup plus difficiles que les rapports avec les musulmans : éviter la panique des milieux économiques, éviter le rejet de la France par le reste de l’Europe. Les deux problèmes sont liés : le refus du libéralisme économique et le refus de l’Europe vont de pair pour le Front national. A priori, il y a là deux ruptures majeures à craindre : avec le patronat, avec le reste de l’Europe. Marine Le Pen et Florian Philippot, s’ils sentent tout le poids des responsabilités qui vont peut-être peser sur leurs épaules, devront entamer un aggiornamento vers le libéralisme et vers l’Europe. L’échec programmé de la Grèce syrizienne et de sa démagogie insensée leur donnera matière à réflexion. Un certain nombre de membres du Front national, à commencer par le père fondateur, n’adhèrent pas au nouveau catéchisme gauchiste du parti. De son côté, le continent européen va glisser inévitablement à droite sous la pression de la menace islamiste. Une conception plus ferme et plus défensive de l’Europe, un patriotisme européen réaffirmé, seraient plus compatibles avec le FN que l’actuel agrégat sans foi ni fierté.

Civiliser le FN, ou disons-le plus poliment, achever de le civiliser, est-ce un rêve fou ? C’est en tout cas un travail à entreprendre dès aujourd’hui en chacun de nous et autour de nous. Il faut recenser les champs de mines les plus dangereux et en extraire les matières les plus explosives : il en va de la paix civile en 2017. Les plus sages et les plus patients auront le droit de rêver à une alternance en 2022.

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00706047_000033.

L’Euthanasie sur France 2: plus belle la mort?

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Euthanasie France 2 sédation fin de vie

Euthanasie France 2 sédation fin de vieLe patriarche décide d’en finir. Il a bâti un empire dans le domaine de la pâtisserie artisanale. Il a élevé trois enfants. Il aime la même femme depuis quatre décennies. Il a courageusement lutté contre un cancer. Mais là, il en a marre. Il décide donc de mourir debout, dans la dignité comme il dit, et comme disent tout ceux qui militent en faveur de la légalisation de l’aide active à mourir. Voilà en substance le synopsis du film Des roses en hiver, programmé en première partie de la soirée que France 2 a consacré hier au sujet de la fin de vie. On ne gâchera pas le suspense – il y en a rarement dans les productions télé diffusées aux heures de grande audience – en disant qu’au final l’octogénaire meurt chez lui, naturellement, dans les bras de son épouse bien aimée et bien aimante, à quelques jours de la date qu’il avait choisie pour son départ en Suisse. Grâce à ce dénouement, France 2 a pu habilement ménager son statut de chaîne publique, en s’attaquant à un problème de société majeur sans heurter la sensibilité de certains téléspectateurs et sans faire la promotion de pratiques illégales. Marc Lévy n’aurait pas mieux fait. Sauf que la vie, et surtout la fin de vie, ressemblent rarement à un téléfilm.

En témoignait avec beaucoup de verve Emmanuèle Bernheim dans son décapant récit Tout s’est bien passé (Gallimard, 2013), qui raconte le départ rocambolesque de son père malade pour le pays des Helvètes où, on le sait, on peut bénéficier d’une « mort douce » moyennant la modique somme de 10.000 euros. Quand bien même ce prix du passage à trépas dans la dignité est réservé aux happy few, nous autres aurions tort de les envier. En effet, ce n’est pas dans une chambre avec vue sur le lac que meurent les clients étrangers des associations d’accompagnement au suicide, mais plutôt dans des garages aménagés ou dans des bâtiments industriels, à l’instar du père de Jed Martin, le héros de Houellebecq dans La carte et le territoire. Il n’est toutefois pas question ici de jeter la pierre à nos voisins suisses. Si la vue, ou plus précisément l’absence de celle-ci, nous froisse et si nous trouvons le forfait trop élevé, nous n’avons qu’à nous débrouiller avec nos malheurs et nos cancers en phase terminale. Inutile de dire qu’on n’y arrive pas.

Les choses n’iront pas mieux quand bien même la nouvelle proposition de loi sur la fin de vie, dont débat actuellement l’Assemblée nationale, serait votée. Son co-auteur, Jean Leonetti, présent sur le plateau lors de la discussion qui a suivi la projection du film, est probablement le dernier à croire le contraire. On dirait même que le député UMP a acquis une forme de dignité, dans son obstination déraisonnable à défendre un texte qui semble avoir pour principale qualité de pousser l’art de la nuance à son sommet. Si le projet devait passer, nous aurions en France la possibilité, en cas de maladie grave et incurable, de demander une sédation « profonde et continue » jusqu’au décès, accompagnée de l’arrêt de tout traitement de maintien en vie. Et ce, qu’il s’agisse de techniques invasives de réanimation, de traitements antibiotiques ou de nutrition et d’hydratation artificielles. La loi de 2005 en vigueur offre à peu de détails près une option identique. Certes, il serait désormais impossible de réveiller un patient une fois sédaté, ce qui est le cas à présent, du moins en théorie. Mais justement cette alternative théorique, appelée par certains médecins « le dogme de la réversibilité », marquait symboliquement la différence entre une sédation et une euthanasie. En l’abandonnant, comment nommera-t-on l’acte d’endormissement aussi profond qu’il devient irréversible, sinon euthanasie ? Une « troisième voie », selon le député PS Alain Claeys, l’autre corédacteur de la proposition de loi, laquelle écarte formellement tout recourt à l’euthanasie et au suicide assisté. Reste à savoir si les Français voudront l’emprunter, tant elle paraît sinueuse. En outre, dans la mesure où aucune loi relative à nos fin de vie – ni celle de 1999 qui devait garantir à chacun un droit d’accès aux soins palliatifs, ni celle de 2005 qui promettait de bannir la pratique de l’acharnement thérapeutique – n’a été appliquée, on s’interroge légitimement sur la démarche du législateur.

Depuis des décennies, on nous rabâche que les résultats des sondages d’opinion qui démontrent l’appui massif des Français à la légalisation de l’euthanasie ne démontreraient en réalité que leur ignorance en la matière. Ce n’est pas entièrement faux. Un des fils du vieil homme, dans Des roses en hiver, apprenant le souhait de son père, pose d’ailleurs la question : « Comment ça se passe alors ? » La veille, depuis la tribune à l’Assemblée nationale, Jean Leonetti a rappelé, non sans raison, que « ça » se passe toujours de façon violente, puisque la mort est un arrachement. Reste que pour beaucoup d’entre nous et de nos proches, « ça » pourrait se passer moins violement si nous n’étions pas obligés, par peur justifiée d’être mal ou pas du tout soulagés en France, de nous exiler pour mourir sans souffrance physique. « Ça » pourrait même se passer sans violence, si tous les Français qui en ont besoin avaient l’opportunité de profiter des soins palliatifs. Ils ne sont que 20 % à en bénéficier et souvent dans les tous derniers jours ou instants de vie. Il faudra encore attendre une trentaine d’années pour que cette couverture soit étendue à tous les mourants nécessitants. Qu’il nous soit alors permis de croire naïvement qu’en Suisse « ça » se passe dans des chambres avec vue sur le lac et de continuer de réclamer, à travers les sondages, que « ça » se passe de la même manière en France aussi.

Paulina Dalmayer est l’auteur d’un ouvrage sur l’euthanasie : Je vous tiendrai la main, à paraître le 19 mars aux éditions Plein Jour.

*Photo : Pixabay.com

Yonne : Souriez, c’est un braquage!

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braquage yonne avallon

braquage yonne avallon

Les braqueurs de l’Yonne, une quinzaine de gonzes qui ont des valseuses grosses comme une dette souveraine hellène et qui ont délesté de 9 millions d’euros deux fourgons de joncaille au péage d’Avallon, tiennent à préciser quelques petites choses. Ils ont bien entravé que chez les caves des chaines infos en continu et autres canards à sensation pour donner des frissons à la ménagère de moins de cinquante ans qu’a des mélancolies bovaryste dans le frifri, on allait assez vite narrer des inepties pour songe-creux et des calembredaines hypothétiques, voire des calomnies. Il fallait donc communiquer. Alors, ils communiquent, qu’est-ce que tu veux Paulo, on est bien forcé, sinon c’est les autres qui parlent dans ton dos comme des lopettes lorgnant sur ton drageoir à épices.

Ils précisent donc pour les mal-comprenants que :

1°) Ils ne sont pas des islamos cherchant à financer des réseaux de décapiteurs ou autres énervés de la gâchette coranique. Ils n’affirment pas qu’on ne trouverait pas chez eux un ou deux blazes aux consonances qui sentent le sable chaud mais bon ça les a jamais empêché de choucrouter entre potes chez Bollinger quand le braquo a réussi.

2°) Ils ne sont pas des zadistes passés à l’action directe. Ils aiment trop les belles pompes et les limaces club en soie sauvage pour porter des dreadlocks douteuses et des fringues de griveton en déroute. En plus, ils sont impitoyables sur la propreté des sous-vêtements de ces dames. C’est pas à leur âge qu’ils vont commencer à bouillaver de la crasseuse, même conscientisée. En plus les zadistes, c’est des mous. Faut voir comment ils se laissent bousculer par la maison poulaga ou quelques croquants à fourche sans même défourailler.

3°) Ils ne sont pas des gagne-petits suburbains ensuqués par la came et prêts à faire n’importe quoi pour trouver un képa, y compris des violences sur des vioques. Non, eux, ils braquent juste pour l’argent et pas pour faire monter les statistiques sur l’insécurité. D’ailleurs, la politique, c’est pas leur truc. C’est rien que des ennuis et des motifs de fâcheries. On se souvient encore comment ça a décimé des fratries, l’Occup, avec ceusses qu’étaient de la Carlingue et ceusses qu’avaient vibré en entendant le Grand Charles. Sans compter ceux qu’on finit au SAC pour aider au collage d’affiche contre les partageux sauf qu’à la première embrouille un peu sérieuse, les politiques, ça vous lâche pire qu’une gagneuse qu’a pas de mentalité.

4°) Il ne s’agissait pas d’une émission téléréalité. Alfred-le-Diplômé, qu’a des lettres parce qu’il a été en zonzon à une époque avec des énarques banquiers dans le quartier VIP, il dit même que téléréalité, c’est un oxymore. Cependant, la bande ne nie pas que certaines chaines leur ont proposé des reportages plus bidonnés que des statistiques sur les chômedus mais ils aiment pas trop qu’on les prennent pour des bêtes de cirque avec la frimousse floutée pour faire vrai. En plus, c’est pas pour dire, mais quand il s’agit de conduire la grosse berline qui va te faire gicler loin des ennuis une fois que t’as récupéré la caverne d’Ali Baba, ils font plus confiance à leur production à eux qu’à celle de TF1 et ils préfèrent le petit Jacquot de Montreuil à un pilote argentin sous-payé. Qualité France d’abord, monsieur…

5°) Il ne s’agit pas non plus d’une crainte d’un Grexit précipité suivi d’un écroulement de l’euro. Eux, les sueurs froides des pignoufs de Bruxelles, ça les laisse de marbre. Ils ont toujours aimé les cailloux gros comme le Ritz pour leur côté valeur refuge même si les fourgues sont plus voleurs qu’une politique fiscale social-libérale

Enfin bref, pas d’affolement, c’est juste un braquage à l’ancienne, un genre de survivance du monde d’avant, comme les cabines téléphoniques à pièces, les crêpes Suzette et la retraite à soixante piges.