Parfois, chez Causeur, on est un peu poseur. C’est ce que m’a d’abord inspiré votre opération « 343 salauds », jusqu’à ce que je réalise qu’elle vous avait fait tomber le ciel sur la tête. N’étant pas amateur d’amours tarifées, je ne m’intéressais guère à ce qui me paraissait une espèce d’improvisation d’après-dîner, à l’heure du cognac. On discute en s’échauffant (ou l’inverse), on s’excite en rigolant, on écrit sur la nappe un manifeste « à la manière de », chipant la sémantique libertaire pour faire la nique à Libé et au Nouvel Obs, et pour finir on trouve archi-génial (avec un digestif dans le pif) un slogan comme « Touche pas à ma pute ». Pourquoi pas ?

Et voilà qu’on se retrouve sur un champ de bataille avec des balles qui sifflent de tous côtés. Pourtant, l’ex-chanteur et ex-lunettier Antoine, initiateur d’une pétition parfaitement identique sur le fond, ne ramasse pas le moindre Scud. Le problème, c’était la forme, trop vulgaire paraît-il, et plus encore les auteurs, non homologués comme provocateurs. Les libertaires se sont vexés. La rébellion, c’est leur chasse gardée depuis quarante-cinq ans. Ils ont vieilli et les vieux, voyez-vous, n’aiment pas qu’on change leurs habitudes. Or, au lieu de se faire courser par les juges et les flics, ce sont eux qui, devenus dominants, les lancent aux trousses des nouveaux chenapans. La honte. Et que cette leçon soit administrée sur le mode rigolard par des réacs-fachos-omniphobes, encore plus la honte.

Lire la suite