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Je suis français et j’aime ça

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Descartes pensait que le bon sens était la chose la mieux partagée en France. Il semble que ce soit aujourd’hui le goût pour l’autoflagellation. Encore qu’il serait plus juste de parler d’automutilation. De quoi d’autre est-il question quand un pays s’ampute de son histoire, de sa culture, de sa langue même ? La France se comporte comme une adolescente à problèmes. Elle se scarifie, elle a le bonheur anorexique, elle perd toute estime de soi. C’est un peu ridicule, cette crise d’adolescence, pour un vieux pays qui en a vu d’autres. Pourtant, dans ce penchant mortifère, la France est œcuménique : il y en a une version de gauche, une de droite et une à tendance libérale, qui sévit dans les deux camps.

Rien ne m’agace plus que cette humeur injustifiée, sinon par la névrose. Tout de même, ce n’est pas rien, la France, et j’ai quelques raisons d’être heureux d’être français, ou à tout le moins de ne jamais avoir eu honte de l’être. Je pourrais vous parler d’un vers d’Aragon et de la Vienne à Eymoutiers, d’une plage du Nord et d’une bouteille de côte-rôtie, de la plaque honorant des cheminots fusillés dans une petite gare de haute Corrèze et du nom de mon arrière-grand-père sur le monument aux morts de Doudeville-en-Caux. Que voulez-vous, j’ai le communisme barrésien, le gaullisme romantique, et j’aime regarder la silhouette tournée comme une jolie phrase de la femme du pharmacien, aux cheveux couleur de sous-bois, qui fait son marché à Saint-Pourçain-sur-Sioule. J’ai un peu vu le monde, et tout cela me manque si j’en suis éloigné plus d’un mois. J’ai beau savoir que tout est menacé, cet amour-là ne passe pas.

À gauche, on pratique l’automutilation en répétant à longueur de journée que nous sommes tous d’abominables racistes et les héritiers d’une histoire affreuse qui devrait nous conduire à nous couvrir la tête de cendres – nous, c’est-à-dire eux, car, en réalité, c’est toujours la France d’en face que chacun accuse de tous les maux. [access capability= »lire_inedits »]

À force, les Français vont finir par le croire, qu’ils sont racistes, alors que ce pays a encaissé des vagues d’immigration successives, qui ont certes provoqué ponctuellement des réactions xénophobes, avant que l’immigré d’hier ou d’avant-hier devienne le Français d’aujourd’hui. La plupart du temps, on ne remarque plus, ou à peine, que tel patronyme est italien, espagnol, polonais, et cela qu’il s’agisse de votre boucher, de votre plombier, du professeur de latin de vos enfants, de votre député ou même de votre Premier ministre. La gauche vous dira que, justement, ce sont les immigrés d’aujourd’hui, Noirs ou Arabes, qui sont relégués et même soumis à un régime d’ « apartheid » : le terme choisi par Valls montre que cette mauvaise conscience, ce surmoi coupable rongent même l’homme le moins à gauche de la gauche. Nous devons payer notre histoire coloniale, exclusivement abominable, nous devons payer notre manque d’ouverture sans voir que, plus nous nous ouvrons, plus nous excluons. J’ai en tête un exemple concret de cette pitié dangereuse, comme aurait dit Stefan Zweig, et qui ne remonte pas à hier. En 1990, nouveau professeur dans un collège de ZEP, je m’étonnai de la surreprésentation, dans les livres pour les 6es de la bibliothèque du CDI, de contes africains, arabes, asiatiques et, plus généralement, d’une littérature qui renvoyait l’enfant à son origine. « Oui, mais tu comprends, on ne peut pas couper les enfants de leur culture comme ça. » L’« apartheid », comme le diable, se niche dans les détails mais aussi dans les bonnes intentions.

Et pourtant, quand la gauche tient un discours de fierté[1. C’est arrivé avec Chevènement 2002 et Mélenchon 2012, candidats qui m’ont rempli d’aise.], rappelle que nous sommes le peuple de la Révolution française qui a su articuler la nation et l’universel, quand elle braque le projecteur sur les moments, tout de même assez nombreux, de la Commune à la Résistance en passant par le Font populaire, où nous avons été des modèles pour les peuples en quête d’émancipation, cela provoque tout de suite un élan d’une nature différente, une manière de saine colère contre un déclin présenté comme inéluctable, ce qui est tout de même plus gratifiant que de battre sa coulpe en cherchant dans l’étranger pauvre la figure ultime du damné de la terre et la preuve de notre infamie.

La droite sait très bien faire aussi dans l’automutilation. Plus elle s’éloigne dans le temps et les idées de son héroïque âge gaulliste, plus elle tient un discours dépressif, déploratoire et catastrophiste. Et qu’il soit question d’école, de politique pénale ou, bien sûr, d’immigration, la droite pense que sa maladie a un nom, en tout cas une origine, et que si tout fout le camp, c’est à cause de Mai 68.

Pourtant, la droite elle aussi, quand elle renoue avec la fierté d’être soi, connaît des moments de grâce et peut même entraîner toute la nation derrière elle. La campagne de Sarkozy en 2007 fut en grande partie fondée sur ce refus de l’autodénigrement, et ne parlons pas de celle de Chirac en 1995 qui me donna vraiment envie de voter pour lui, avant qu’une fois élu, il m’enchante, toute honte pacifiste bue, en reprenant les essais nucléaires, histoire de montrer que l’on avait encore quelques arguments à faire valoir pour jouer dans la cour des grands. Et puis, avouons-le, c’est à un homme de droite que je dois le plus grand frisson de fierté nationale. Le discours de Villepin à l’ONU, en 2003, refusant de nous engager dans la guerre en Irak, et retournant dialectiquement le reproche fait par les Américains à la France d’être un vieux pays en hommage à notre sagesse historique, m’a enchanté.

Plus généralement, j’ai de plus en plus de mal à supporter qu’on me présente, à gauche comme à droite, « l’exception française » comme une catastrophe, en particulier en matière économique et sociale. C’est pourtant bien d’être une exception, non ? À cause de la présentation arrogante de quelques graphiques par quelques économistes, devrais-je rougir de vivre dans un pays possédant, quoique de moins en moins hélas, un service public de transports, de santé, d’éducation et de distribution d’énergie qui incarne et assure l’égalité entre les citoyens et entre les territoires ? Pas une journée ne se passe sans qu’on entende, dans une inversion orwellienne du sens des mots, que vouloir travailler moins, partir à la retraite dans de bonnes conditions, bénéficier de la Sécurité sociale témoignent de coupables penchants archaïques qui sont la raison de tous nos malheurs. Ou qu’il faut être étroitement conservateur pour ne pas considérer que le droit de travailler le dimanche soit un progrès de la liberté.

Alors oui, je sais, il y a le chômage de masse, le communautarisme de plus en plus crispé, la guerre qui nous est faite par l’islamisme. Tous les ingrédients sont là pour nous faire basculer dans autre chose, dans un mélange de peur de l’autre et de détestation de soi qui n’ont jamais été, pour le coup, quelque chose de très français. Mais je continue à avoir des raisons d’espérer, vraiment. Elles ne sont pas forcément très rationnelles mais, historiquement, lorsque le pire est arrivé pour nous, il y a toujours eu une manière de contre-feu ou d’anticorps qui amenait le sursaut. C’est une jeune fille lorraine qui prend la tête d’une armée alors que l’ennemi est partout, c’est un général solitaire qui continue le combat contre toute logique et gagne quand même à la fin, c’est un écrivain qui accuse l’armée et le gouvernement alors que l’on fait d’un officier juif un bouc émissaire pour mieux jouer sur un nationalisme exacerbé.

À chaque fois tout semblait perdu, comme l’écrit Salluste dans La Guerre de Jugurtha, il y en eut au moins quarante « pour se souvenir qu’ils étaient romains : ils se groupèrent, occupèrent un petit monticule, d’où toutes les forces de l’ennemi ne purent les chasser. » Fier d’être français, alors ? Disons que j’aime à me souvenir que je suis français, comme d’autres, il y a longtemps, se sont souvenus qu’ils étaient romains.[/access]

*Image : Soleil.

Front républicain ou démocratie, il faut choisir

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fn front republicain departementales

Dans l’entretien qu’il accordait la semaine dernière à L’Obs, Serge Klarsfeld ne cachait pas son inquiétude et elle ne manquait pas d’interpeller. En gros, plutôt que de revoir les Panzer aux portes de Paris, il se disait prêt à quitter la France en cas de victoire du FN en 2017. Rien que ça. On se souvient qu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, certains esprits, tout aussi perspicaces, mettaient leur fortune à l’abri de la peste rouge. Plus récemment, c’est Yannick Noah qui nous promettait : « si Sarko passe, j’me casse ». Et on attend toujours. Quand le verdict des urnes déçoit, certains ne se refusent aucune exagération. À défaut de pouvoir contester le jeu démocratique, et forts de toutes les tribunes qui soient, tous les cœurs généreux de ce genre se sentent en devoir d’agiter le spectre du totalitarisme. Il y a là matière à s’interroger sur le sérieux du régime politique que l’on prétend défendre, notamment lorsque certains électeurs sont pris ouvertement pour des cons.

Le verdict est tombé ce week-end : le FN n’obtient en définitive aucun département. Très peu de Gauleiters ont été élus, aucun pas de l’oie à déplorer dans nos rues et pas la moindre ratonnade en représailles. Beaucoup de bruit pour rien. Autant dire qu’il ne s’est rien passé mis à part l’alternance coutumière entre PS et UMP. Le parti bleu Marine va continuer de jouer les victimes, les pleureuses socialistes vont rappliquer et les VRP de l’UMP vont bomber le torse ; tout le monde tiendra le rôle qui lui est dévolu. Et dans quelque temps, rebelote : « tous aux urnes ! » nous dira-t-on, quand aura sonné l’heure pour le PS de retourner à la gamelle.

Il y a malgré tout, et officiellement, un nouveau venu : le ninisme. Le ninisme consiste à assurer de la main gauche que l’on est un républicain bon teint, tout en faisant comprendre de la droite qu’un petit resto avec les cadres d’extrême droite n’est pas à exclure. Topologiquement, les ninistes sont donc des gens classés à droite. La gauche, elle ne joue pas les bégueules lorsqu’il s’agit de son extrême à elle. Il faut dire qu’elle a beaucoup moins de scrupules à avoir puisque l’idée de communisme n’est plus, comme disait Michel, qu’un corps-mort pour des cormorans. À noter que Madame Arlette Laguiller demeure tout de même la plus célèbre niniste de gauche, parce que la seule. En 2002, en effet, elle avait refusé d’appeler à voter pour « Supermenteur » au deuxième tour de l’élection présidentielle. Honte à elle, et on l’a conchiée. Oui, parce que les anti-ninistes – qui sont aux ninistes ce que la moule est à la frite – ne sont pas là pour rigoler. Il y a, dans ce pays, un mal brunâtre qu’il faut à toute force combattre. Et alimenter, accessoirement, sans quoi l’on perd sa raison d’être dans le repos des effets de manche. Grâce à leur grand cœur, les anti-ninistes ont la mainmise en matière de morale. À telle enseigne qu’on en trouve sur l’aile gauche de la droite. Rassurez-vous, tout ce petit monde se retrouve néanmoins autour de l’idée brumeuse de « république », devenue ambigüe, surtout depuis que notre Premier ministre n’a plus que ce terme à la bouche pour ostraciser tous les gens qu’il exècre (pour être poli). Et la démocratie dans tout ça ? Elle ne fait pas le poids…

Dans « démocratie » il y a l’idée de peuple. Il est donc escompté de la part des partis en lice un échantillon minimal de ce « peuple » introuvable dont tout le monde se targue pourtant. Or, le seul parti à mobiliser de « vraies gens » est précisément celui que l’on veut hors du cadre républicain. Le FN a tellement de mal à amener à lui des énarques ou autres oiseaux rares ayant tété le lait du prêt-à-penser de la République des copains qu’il en est à recruter le vulgum pecus, celui qui parle avec l’accent du coin (qui n’est pas toujours chantant), s’époumone devant sa télé en regardant The Voice et dit sans ambages « y’en a marre des négros » sur sa page Facebook. ENA contre café du commerce, un partout. Et les abonnés du « Front républicain » de s’en émouvoir, tandis que Madame Le Pen assure qu’elle fait le ménage et que son parti est le seul à lutter contre ses propres démons. Ce n’est pas faux, mais un plouc qui « dérape » est toujours plus facile à virer qu’un politicien véreux.

Sont reprochés par-dessous tout au FN son populisme et l’amateurisme de ses cadres à vocation nationale. C’est oublier un peu vite que la démocratie est à l’origine un régime d’amateurs, de gens extraits de leur quotidien, requis pour une charge publique temporaire, puis conviés à retourner à leurs affaires sans espoir de profit ni de carrière. Nous sommes là très loin de la logique des fronts (national comme républicain) et de leurs professionnels de l’invective et de l’indignation de commande. Le mercenariat n’est démocratique qu’à défaut de mieux. Le label « vraies gens dedans » devrait être le seul garant de la démocratie en dépit de tout ce que le bon peuple peut véhiculer de choses peu bonnes à dire chez Ruquier ou Pujadas. Étant donné que l’idée de démocratie implique celle de la représentativité la plus étendue possible, il est par ailleurs attendu que les charges et les chambres soient soumises au régime proportionnel, ce qui n’est bien sûr pas le cas en France. Tout se joue comme si l’on nous donnait l’illusion de la démocratie par la pluralité des tendances politiques, tout en se prémunissant contre le « pire » par l’alternance de deux formations politiques interchangeables au logo près. En d’autres termes, on dédie un premier tour au folklore « démocratique », puis un second au sérieux « républicain ». Tout ceci explique les déconvenues du FN, les sarcasmes de NKM, la pérennité de l’UMPS. Et le ras-le-bol populaire.

Accoutumés que nous avons été à ranger la démocratie dans le camp du bien, il nous vient difficilement à l’idée qu’elle puisse être porteuse des pires excès. Or le régime démocratique n’est en soi ni bon ni mauvais, c’est un simple outil politique. La classe politique, elle, le sait pertinemment sous ses dehors lyriques, et à présent qu’un troisième larron, promu par ce qui reste de chimères démocratiques dans ce pays, vient déranger les deux rombières dans leur petit jeu de l’alternance, la chasse aux « populistes » est ouverte. On fait jouer contre eux la généreuse « république », on plastronne, on condamne les suppôts du mal. La mécanique est bien huilée, les institutions s’y prêtent à merveille. Gare cependant à ce que les péquenauds ne finissent pas par se lasser d’élections qui ne mènent à rien et à opter pour la manière forte, emmenés par l’un de ces « populistes » qui aura su le leur expliquer.

 *Photo : Michel Spingler/AP/SIPA. AP21713973_000029.

 

Alain Finkielkraut contre le Front national

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Alain Finkielkraut Netanyahou Obama Israël Etats-Unis fessée

En cette période d’élections départementales, Alain Finkielkraut revient sur le fait politique majeur de ces dernières années : la montée du Front national, devenu le premier parti de France depuis les Européennes 2014. Regrettant l’abandon de la laïcité et des valeurs républicaines par les autres formations politiques, l’auteur de L’identité malheureuse n’économise pas pour autant ses critiques contre le Front national.

Ce parti « démagogique et bonapartiste » serait adepte du « y’a qu’aïsme » en matière économique et sociale : conspuant les élites, Marine Le Pen préconise l’instauration d’un protectionnisme aux frontières sans en mesurer les effets délétères.

Enfin, la perspective de voir une France offerte au Front national se jeter dans les bras de Vladimir Poutine Poutine autour d’un hypothétique axe stratégique Paris-Berlin-Moscou n’enchante guère Alain Finkielkraut qui appelle à ne pas céder aux sirènes du parti frontiste.

Frank Melloul : «I24news est une réalité avec laquelle il faut compter»

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frank melloul i24news

Luc Rosenzweig : I24News vient de confier à Paul Amar une mission pour permettre à la chaîne  « de  renforcer sa conquête des publics français et internationaux » Pouvez-vous préciser quelle est sa « feuille de route » pour cette mission ?

Frank Melloul : I24news a réussi à s’inscrire très vite dans le zapping des chaînes d’information internationales et ce dès son lancement.  Elle a déjà acquise très vite une forte crédibilité sur le contenu. Il est donc essentiel maintenant de réussir la prochaine étape celle de la consolidation et de la professionnalisation d’une « start up news channel » en trois langues (français, anglais et arabe) qui s’est construite, je vous le rappelle, en seulement cent jours. La mission de Paul Amar s’inscrit tout à fait dans cette logique pour définir ensemble une nouvelle ligne éditoriale encore plus compétitive et réorganiser la newsroom en fonction.

Paul Amar présente le profil d’un journaliste d’expérience très inséré dans l’audiovisuel français, mais peu familier de l’audiovisuel international. Cela est-il un signe que I24news envisage de se réorienter vers le format d’une chaine « tout-info » française, comme BFM ou ITélé ?

Je rappelle tous les jours à mes équipes que l’on ne fait pas de la télé pour se faire plaisir mais pour les téléspectateurs qui nous regardent. Il est important d’ajuster aujourd’hui chacune des rédactions françaises, anglaises et arabes en fonction de leurs publics cibles. La version française va apporter un regard plus ciblé sur ce qu’il se passe en France comma la version anglaise le fera pour le Royaume-Uni et les Etats-Unis, vu du port de Jaffa. L’expertise et l’expérience de Paul Amar dans ce domaine sont une chance pour I24news. Tant dans le domaine des médias français que dans le domaine des informations internationales, à France Inter et à France Télévisions comme à travers les différents postes qu’il a occupés à l’étranger notamment au Cambodge et à Washington. J’ai toute confiance en lui pour réussir dans ce secteur et j’en veux pour preuve l’excellent accueil qui lui a été réservé par les  trois rédactions, notamment anglaise, arabe et française.

Comment I24News, nouvelle formule, pourrait-elle s’insérer dans le groupe média constitué par Patrick Drahi et Marc Laufer (Libération, L’Express, etc.) ?

La constitution de ce groupe est une excellente nouvelle pour I24news. Bénéficier de synergies avec de grands médias de la presse écrite française est une consécration pour notre chaine. Ce regard de la société israélienne que nous portons dans toute sa diversité va pouvoir également s’inscrire dans le paysage médiatique français de façon plus prégnante.

Où en sont vos discussions avec l’autorité de régulation de la concurrence israélienne ? 124news pourra-t-elle être diffusée en Israël en 2015 ?

La loi israélienne dans son état actuel, ne permet pas la diffusion de chaînes toutes infos qui émettent depuis Israël. Toutefois, diffuser i24news en Israël fait l’objet d’un grand consensus et d’une forte demande tant dans l’opinion publique qu’auprès des législateurs. Nous avions entrepris les démarches pour changer la loi, mais les élections ont bouleversé notre calendrier. Nous allons donc pouvoir très vite reprendre langue avec la Knesset.

Plus généralement, quel bilan tirez-vous à l’issue des vingt mois  de fonctionnement de  la chaîne, en termes d’audience, de validité du modèle économique, de perspectives de développement ?

Le bilan est évidemment positif : I24news est maintenant une réalité avec laquelle il faut compter. Sur l’ensemble de l’Europe, notre chaine atteint les mêmes audiences qu’Al-Jazeera en anglais, en France les mois de janvier et février ont été des mois records pour la chaine depuis son lancement, selon Médiamétrie et ce, en seulement dix-huit mois. L’entrée dans un groupe va consolider notre modèle économique et renforcer notre commercialisation. De nombreux pays nous demandent de diffuser notre chaine qui est déjà dans un milliard de foyers via les satellites et 72 millions via le câble – ADSL. Sans compter le streaming live de la chaine dans le monde entier sur internet et nos applications qui ne cesse de croître. Nous travaillons également au développement d’une nouvelle langue : l’espagnol afin de toucher l’Amérique latine.

*Photo : I24news.

Réforme du collège : un pédagogisme venu du froid

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On croyait tout savoir des pédadémagogues. On s’attendait à tout. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Rien de plus inventif que le génie du Mal.
La Finlande a de nouveau frappé — la Finlande est de nouveau frappée. Et elle fait des émules : la partie la plus décoiffante de la réforme du collège que tente de nous vendre Najat Vallaud-Belkacem vient du froid, et en jette un vrai. Je veux parler, bien sûr, de l’interdisciplinarité, qui constitue le noyau dur de cette mise à plat, réduction à zéro, plancher des vaches et des vacheries, niveau subaquatique et même carrément abyssal — bref, le « socle de compétences » revu et corrigé pour les analphabètes par la bande d’analphacons qui sévit rue de Grenelle. Au dernier Conseil Supérieur de l’Education, le SNALC et la CGT (si !) ont voté contre, le SGEN et le SE-UNSA pour (on n’en attendait pas moins, quand on est godillot c’est pour la vie) et la FSU, tiraillée entre le SNES, qui a tout de même réfléchi, ces derniers temps, et le SNUIPP qui fait tout pour que le niveau général ne dépasse jamais celui de la mer et de Bernadette Groison, a voté blanc, ce qui a permis au projet de passer…

La Finlande, donc, nous montre la voie : plus d’enseignements disciplinaires. Tout se fera désormais par objets d’études, qui mobiliseront forcément plusieurs champs en même temps. C’est la fête !
Exemple proposé, l’Europe. Les élèves donc se lancent dans un Itinéraire De Découverte (la chose s’appelait ainsi déjà au début des années 2000, on reprend les vieux pots et la même soupe aigre) sur la CEE, et pour construire leurs connaissances (ah, ce bon vieux constructivisme, toujours fringant !) voient un peu de géographie réduite à ses fonctions utilitaires (le Rhin est allemand en France comme aux Pays-Bas, la Loire a de jolis châteaux, le Tibre et le Tage sont des fleuves paresseux comme les gens qui habitent leurs rives), un peu d’histoire (Jean Monnet a dit… Angela Merkel a dit…), un peu de langues appliquées (« Do you wanna be fucked Greek way or Brussels’s way ? »), un peu d’économie (un mark = deux euros, le reste ne compte pas), le tout dans un joyeux désordre — car si des disciplines peut naître la discipline, l’interdisciplinarité enfante toujours le bordel.

Mais c’est la joie immédiate qui compte. Le bonheur instantané. Peu importe aux apprentis-sorciers que cinq ans plus tard, par manque de bases sûres, l’ex-ado rigolard soit technicien de surface : ils ne seront plus là pour le voir, et leurs propres enfants seront passés par les derniers cycles élitistes disponibles — on en gardera quelques-uns comme repoussoir pour les uns, et pôle de formation pour les élites en auto-reproduction.
Le problème, c’est que le bonheur scolaire — le vrai — est toujours en deux temps. Il naît d’abord de la difficulté vaincue bien plus que de l’amusement généralisé. Et il redouble plus tard, quand on en est à appliquer dans le réel ce que l’on a appris dans l’abstrait — et non le contraire, connard ! On aurait bien surpris Louis-Camille Maillard, le chimiste auquel Nancy et tous les gastronomes devraient élever une statue, si on lui avait expliqué, durant la période où il professait à la Faculté de Médecine d’Alger, qu’il fallait renoncer à enseigner l’interaction des acides aminés et des sucres et faire cuire un steak ou brûler une crème, inciter les étudiants à en tirer des conclusions — et aller à la plage. On aurait sidéré John Forbes Nash si on l’avait dissuadé de s’intéresser à la théorie des nombres et aux équations diophantiennes et sommé de se focaliser sur les opérations boursières : ce n’est pas ainsi qu’il aurait été couronné Nobel d’économie. Mais les petites gens ont toujours la vue courte.
Les Finlandais ont eu de remarquables réussites dans les sciences appliquées — Nokia, par exemple. Elles furent le produit d’un système où l’on enseignait les fondamentaux avant de se soucier d’appuyer sur les boutons d’un smartphone. Les voici qui récusent ce qui les a faits rois : ils seront gueux, et nous aussi.

*Photo : Pixabay.

Départementales : la gauche en lambeaux

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valls gauche ps departements

« Ceterum autem censeo, Carthaginem esse delendam ». Ceux qui auront eu la chance de faire un peu de latin avant l’interdiction prochaine de son enseignement se rappelleront que, selon la tradition, Caton l’ancien prononçait cette formule à chaque discours devant le Sénat Romain, quel que fût le sujet abordé. « À mon avis, Carthage doit être détruite ». L’expression s’emploie aujourd’hui pour parler d’une idée fixe, poursuivie jusqu’à sa réalisation. L’adage signifie aussi la nécessité de détruire une institution ou une structure devenue néfaste mais qui persiste.

Le Parti socialiste est moribond. Nous l’avons relevé dans ces colonnes, il y a un an, après le résultat des municipales. L’année qui vient de s’écouler a confirmé, si nécessaire, que le mal était incurable. Et, plus grave, qu’il avait contaminé toute la gauche. Et plus grave encore, qu’il emmenait ce pays sur des chemins dangereux. Le déroulement des élections départementales et leurs résultats ne peuvent que plonger dans l’angoisse. Une campagne absurde à tout point de vue, une nouvelle défaite en rase campagne et une attitude après les résultats qui témoigne du passage de la panique à l’autisme.

Depuis les années 70, le Parti socialiste avait réussi à construire un socialisme départemental. Ce dispositif, fondé sur l’efficacité locale et la protection sociale, pouvait présenter un bilan flatteur. Cette drôle de cohabitation qui faisait que les Français voulaient voir la droite (papa) à l’Élysée et la gauche (maman) à la mairie expliquait en partie pourquoi la gauche était hégémonique sur près de 60 % des collectivités territoriales significatives. Il aurait peut-être été pertinent de valoriser ce bilan et l’action des sortants n’ayant pas démérité. Non, à l’Élysée, on pratique l’adage « pourquoi être efficace quand on peut facilement être désastreux ». Et là, c’est un florilège. Une attaque absurde contre une institution à laquelle les Français sont pourtant très attachés. La promesse (menace) de la supprimer, et un flou total sur les compétences qu’auront à assumer des institutions qu’on nous demande d’élire. L’instauration au nom de la parité d’un mode de scrutin délirant. Permettant ainsi de se débarrasser de sortants populaires au profit de parfaites inconnues recrutées pour la circonstance. Envoyer en première ligne le Premier ministre « nationaliser » le scrutin en diabolisant celui qui se revendique aujourd’hui à juste titre comme le « premier parti de France », rejetant au passage son électorat hors de la République. La gauche qui disposait de tous les pouvoirs en mai 2012, sortante dans 61 départements sur 100, en est aujourd’hui réduite à ce seul mot d’ordre : « faire barrage » au FN. Pathétique.

Ça, c’était avant le premier tour. Dont les résultats ont été conformes aux prévisions. La coalition de droite première, et le FN au plus haut qui s’enracine[1. Une des leçons frappantes du premier tour, était que dans toutes les communes gagnées en mars 2014, le FN a progressé pouvant à juste titre revendiquer une légitimation de sa gestion.]. Il a donc fallu monter une opération de communication pitoyable. Prétendre que le FN reculait en comparant son score objectif à ce que prévoyaient les sondages ! Affirmer contre l’évidence que le PS résistait bien en additionnant les choux et les carottes. Jusqu’à l’épisode du cigare de Manuel Valls.

Ficelles si grosses, si insultantes, qu’elles furent rapidement abandonnées par des médias pourtant facilement complaisants. Peut-on mieux être aveugle et sourd ? Ce n’est plus du cynisme mais carrément de l’autisme. Le second tour n’est que la confirmation du premier.

Le socialisme municipal est mort en mars 2014, le socialisme départemental cette fois-ci. Après la perte d’environ quatre mille permanents aux municipales (notables élus, emplois de cabinet, militants des associations subventionnées), le déficit devrait être d’environ mille deux cents. Nouvelle boucherie prévue aux régionales en décembre prochain.

On ne va pas énumérer ici toutes les catastrophes,  erreurs,  inconséquences,  couacs qui rythment cette course à l’abîme. Cela relèverait d’un recensement quotidien. Et désormais, la dérision emporte tout. Sociologues, politologues, démographes, philosophes auscultent la société française pour comprendre ce qui se passe. Ceux qui sont sérieux convergent vers le constat d’une France désormais culturellement à droite. Un «oligopole culturel gramscien » portant des valeurs de droite se serait constitué. À cela on ajoutera la faiblesse politique de l’appareil du PS. Qui n’était pas politiquement, culturellement et professionnellement équipé pour assurer l’exercice du pouvoir d’État.

Mai 2012 est un accident historique étrange. Un candidat socialiste de substitution inconnu dont les éléphants du PS savaient les limites et qui se révélera inapte à la fonction. Un vote (serré) qui ne fut pas d’adhésion mais de rejet de son prédécesseur. La catastrophe était pourtant prévisible. Emmanuel Todd lui-même ne croyait pas une seconde à son « hollandisme révolutionnaire ». Or le choix n’était pas en fait pour ou contre Sarkozy. Il se posait en ces termes : faut-il porter la gauche au pouvoir pour faire une politique de droite ? Avec le risque qu’elle s’y brise pour longtemps. Ou bien : doit-elle rester, utilisant ses bases solides, dans une opposition tribunitienne indispensable dans une démocratie. Les Français ont choisi la première. Avec son corollaire, une gauche anéantie. Et, défi inattendu, un parti d’extrême droite en pleine ascension qui va bientôt représenter un Français sur trois…

Une gauche anéantie car, dans son naufrage, le Parti socialiste a entraîné le reste de la gauche. Mention spéciale pour le PCF qui a été au cœur de la vie politique française pendant plus de soixante ans. C’est aujourd’hui une coquille vidée de tout ce qui avait fait sa force et sa raison d’être. Systématiquement à la remorque de la gauche sociétale, subissant sans broncher, quand il ne les approuve pas, toutes les déformations historiques le concernant, il gère en comptable anxieux les lambeaux de l’héritage, sauvant le Val-de-Marne, perdant l’Allier. Son legs comprend notamment la direction de quelques centaines de collectivités locales qui viennent de l’obliger une fois de plus à des indigestions de couleuvres. Exit l’aristocratie ouvrière, fonctionnaires et élus fournissent les maigres cadres politiques qui lui restent. Et en guise de mémoire collective, on se contentera d’une poignée de commémorations tristes où l’on brandit encore quelques oripeaux jaunis du passé disparu. Le Front de gauche qui recueille 3 % du vote ouvrier (!), c’est groupuscule contre groupuscule, Mélenchon versus Autain. Et puis, les increvables et inutiles petites sectes gauchistes. Un peu de charité nous dispensera de parler d’EELV, voué à disparaître et dont l’ancrage à gauche est une plaisanterie.

Les élections présidentielles de 2017 verront probablement le retour aux affaires de la droite en la personne de Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen recueillant au second tour entre 30% et 40 % des voix. Les projections actuelles donnent une quarantaine de députés socialistes (!) sauvant leur siège. Les collectivités locales entre les mains d’une droite revancharde. Une gauche dans l’incapacité politique et matérielle de jouer son rôle d’opposition démocratique. « Ne proposant plus d’horizon politique émancipateur », ayant abandonné les couches populaires au FN, la gauche a fait la démonstration de son inaptitude à gouverner. Faute d’argent, d’élus et de militants, la crise est aussi matérielle.

Alors que faire ? Écoutons l’intellectuel socialiste Gaël Brustier, ancien gaulliste qui ne fut pas le dernier à sonner l’alarme à gauche : «L’homme politique n’est pas un représentant de commerce. Donner une vision du monde corrélée à l’expérience quotidienne des citoyens (qui est marquée par la désindustrialisation, la précarisation, des mutations diverses du lien social, la crise de l’école ou le déclassement) est le point de passage obligé d’une stratégie gagnante en politique. C’est, pour l’heure, l’angle mort de la stratégie de la gauche. »

Angle mort ou point aveugle, qu’attendre de ceux qui garderont les quelques places pour sauver leur gamelle, ceux qui n’ont toujours vécu que des prébendes de l’appareil, ceux qui sans vergogne donnent des leçons aux chômeurs[2. Interrogé par Jean-Jacques Bourdin, Emmanuel Macron a gratifié les cinq millions de chômeurs de la phrase suivante : « Si j’étais au chômage, je me battrais et je n’attendrais pas tout des autres ». Sachant très bien que pantoufleur virtuose, il ne sera JAMAIS au chômage. Quand il quittera le gouvernement, ce sera pour un placard doré de la République, ou une banque d’affaires pour y monnayer son carnet d’adresses.] ? Comment imaginer le début d’une remise en cause ? Que ceux qui depuis trente ans ne s’adressent qu’aux couches moyennes supérieures du centre des grandes villes, ignorent les couches populaires quand ils ne les méprisent pas, puissent être soudain touchés par la grâce ?

Il faut, du passé, faire table rase. Sortir les sortants. Toute reconstruction d’une gauche nécessaire à ce pays passe par ce préalable : détruire cette gauche-là, enfant monstrueux de « l’union de la gauche » des années 70. Dans des contextes différents, la Grèce et l’Espagne sont en train de s’y essayer. Là aussi, la destruction du PS fut un préalable. Les situations ne sont pas transposables, essentiellement d’ailleurs à cause de l’existence chez nous d’un Front national fort. Un des premiers combats à mener sera contre ce dernier. Pour lui reprendre ce qu’il a volé, le soutien des couches populaires.

En France aussi, il y a un préalable : « Ceterum autem censeo, sinistram esse delendam ».

*Photo : Alain Robert/Apercu/SIPA. 00709135_000001.

Départementales : l’exploit à l’envers du PS

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fn ump ps

En 2004, alors que l’UMP perdait la quasi-totalité des régions, le ministre des Affaires sociales François Fillon parlait de « 21 avril à l’envers ». Aujourd’hui, malgré la déculottée sévère du Parti socialiste, qui perd une trentaine de départements (Ain, Cher, Deux-Sèvres, Drôme, Essonne, Eure, Charente, Corrèze, Côtes d’Armor, Indre-et-Loire, Jura, Oise, Seine-et-Marne, Seine-Maritime, Somme, territoire de Belfort, et j’en oublie…), Manuel Valls diagnostique « un score beaucoup trop élevé pour l’’extrême droite » qui représente « un bouleversement durable de notre paysage politique dont chacun devra tirer les leçons » et, aveuglé par l’économisme, répète « (s)a priorité : l’emploi, l’emploi, l’emploi » en restant droit dans ses bottes. Laïus classique sur la division de la gauche – qui gagnerait à être rassemblée, comme si la censure du gouvernement par les parlementaires Front de gauche n’avait rien à voir avec la présence de Valls à Matignon…

Mais le séisme doit être de taille sur l’échelle de Solférino pour que le Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis promette « un discours de vérité » huit jours après son quasi-triomphalisme du premier tour !

À bâbord du PS, Jean-Luc Mélenchon s’est cru téléporté le 6 février 1934, acculé par les ligues factieuses, « la face obscure du Vieux continent », qui menacerait la démocratie la dague entre les dents. Face à la trentaine de cantons que le Front national remporte (sur plus de deux mille), le leader charismatique du Front de gauche préconise un « devoir de résistance » sous la forme d’« assemblées citoyennes ouvertes à tous ».

« Pas un canton pour le FN ! », scandaient les Jeunes socialistes en 2011. Si on en est aujourd’hui loin, force est de reconnaître que Marine Le Pen n’a pas encore réussi à édifier un parti de second tour. Dans des cantons où les candidats frontistes étaient arrivés en tête, avec un ballotage favorable à la clé, ils se retrouvent régulièrement en dernière position des triangulaires, derrière l’UMP et le PS. Soit que le front républicain marche en un certain sens (les reports du PS vers l’UMP ne sont pas tout à fait négligeables), soit que la perméabilité des électorats dits de droite profite au « vote utile » UMP. Les candidats socialistes, fussent-ils frondeurs (Jura,  Essonne…), sont apparus comme des repoussoirs, finalement bien plus utiles pour endiguer la montée du FN que la campagne stigmatisante qu’avait lancée Manuel Valls. L’opération « implantation locale » du Front sur tout le territoire n’en est pas moins un succès qui annonce bien des surprises aux prochaines régionales.

Les prochaines heures nous diront quels ingrédients ont offert cette large victoire à l’UMP. Une réaction des vieux et des retraités, dernière catégorie à résister encore et toujours à la vague mariniste ? Peut-être. Marion Maréchal-Le Pen n’a pas caché sa « déception » face au semi-échec du FN dans le Vaucluse, tandis que l’Aisne ne bascule pas davantage dans le giron frontiste.

En tout cas, nous devrions tous avoir une pensée pour les victimes du plus grand plan social organisé depuis les dernières municipales puisque des centaines de collaborateurs et assistants départementaux socialistes vont essuyer les plâtres du Pôle emploi. Bref, le PS voulait supprimer les départements mais ce sont finalement les départementales qui l’auront atomisé.

*Photo : Sarah ALCALAY/SIPA.00709210_000002.

Drawing now : le grand virage

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drawing now dessin

Si vous êtes un peu las des grandes foires d’art contemporain, si vous les trouvez assoupies dans une sorte d’académisme financiarisé, vous devez vous rendre à Drawing Now. Cet événement consacré au dessin est né il y a moins de dix ans, et l’engouement qu’il suscite se confirme d’année en année.
Le mois de mars est aussi l’occasion de divers rendez-vous à Paris sur le thème des travaux sur papier. Des expositions en galerie sont programmées, comme la magnifique présentation des travaux au stylo bille de Karl Beaudelere, prévue à la galerie Routes. Le Salon du dessin, quant à lui, fait le lien entre notre époque et les précédentes.
Il faut dire que le dessin, trop souvent tenu pour un art mineur, n’est pas plombé par les enjeux financiers qui pèsent sur le reste du marché de l’art. Le dessin se vend à un prix relativement accessible. On accepte de prendre des risques, d’écouter son goût, de se faire plaisir. Les collectionneurs se sentent plus libres de se décider sur un coup de cœur. Des galeries spécialisées ont vu le jour, tandis que les généralistes font une place croissante à ce média. On n’hésite pas à présenter des personnalités et des tendances inédites. Il y a de la souplesse, de la liberté. Vraiment, on sent que ça bouge du côté du dessin.
Les évolutions qu’on observe interviennent évidemment dans des directions très variées. On peut avoir l’impression que les recherches des artistes relèvent du mouvement brownien. Pas tout à fait cependant, car chez certains dessinateurs, qui sont parfois également peintres, des tendances très figuratives témoignent d’un nouvel état d’esprit.[access capability= »lire_inedits »]
L’orientation la plus perceptible est sans doute cette envie de nous faire comprendre en quoi consiste la vie de nos contemporains. Jérôme Zonder, par exemple, capte la violence latente de l’histoire au cœur même de la vie sociale des enfants. Claire Tabouret, qui a marqué la précédente édition de Drawing now, montre des groupes humains entassés sur de petites embarcations ou placés sur des gradins, comme pour une photo-souvenir collective. Jérémy Liron s’attache à faire ressentir la luxueuse vacuité d’un certain habitat moderne. Didier Rittener alterne de grands visages contemplatifs avec des paysages de désastre.
Ces dessinateurs ont en partage une passion pour l’existence humaine. Ils veulent la montrer telle qu’elle se présente à eux, avec son étrangeté, sa saveur particulière, avec ce qu’elle a d’excitant ou de décevant, de beau ou de misérable. On pourrait penser qu’il est bien naturel que des artistes aient envie de s’exprimer sur la vie des hommes à leur époque – et même que c’est un peu leur boulot. Force est de constater que c’est loin d’être le cas. L’art au XXe siècle, en dépit de sa variété, a surtout abondé en personnalités soucieuses de se démarquer du réel en créant leur propre vocabulaire plastique, en construisant leur monde spécifique. Il faut bien reconnaître qu’à quelques exceptions près les artistes du XXe siècle ont très peu représenté la vie de leurs contemporains. L’idée même de la représentation leur paraissait souvent discutable.
Les dessinateurs dont il est question font passer en nous, par une imperceptible osmose, des bribes de vécu, des sentiments, des intuitions. Ils nous aident, en fin de compte, à mieux faire l’expérience de notre époque, exactement dans la même perspective que le feraient un film ou un roman, mais, bien sûr, avec d’autres moyens.
Dès qu’on représente la vie des hommes se pose la question des instants que l’on distingue, des situations que l’on met en scène. C’est le problème du choix du sujet. Chaque époque, chaque mouvement a eu ses idées à ce propos. Depuis la fondation de l’Académie au XVIIe siècle, l’option communément retenue en France a été de se focaliser sur des moments exceptionnels, porteurs d’un potentiel didactique ou moral hors du commun : péripéties bibliques ou mythologiques, actes héroïques, vues de batailles, etc. Plus près de nous, la peinture militante obéissait largement au même principe. Mais cette prédilection pour des circonstances édifiantes a fait long feu, car, à force de se consacrer à l’exceptionnel, on perd de vue la réalité de l’existence, on tombe dans le hors-sujet, on devient ennuyeux.
Une autre approche a prospéré en parallèle depuis Jérôme Bosch jusqu’aux surréalistes, du gothique tardif à l’art brut. Elle a consisté à mettre l’accent sur les fantasmes, incongruités et détournements divers. Cette filiation est encore très présente à Drawing Now. Beaucoup d’artistes revendiquent, effectivement, une parenté avec le surréalisme. Cela semble être le cas, en particulier, de Mohamed Lekleti, qui pratique avec virtuosité des compositions acrobatiques pleines d’inattendus. Cependant, ce plasticien est une exception qui confirme la règle. On sent bien, il est vrai, que les accumulations de bizarreries, la recherche systématique du drolatique et de l’extravagant sont devenues à la longue fatigantes, artificielles et, pour tout dire, un peu datées.
Cela donne tout son sens aux nouvelles orientations du dessin contemporain, options qu’il partage d’ailleurs en grande partie avec la peinture figurative actuelle. En effet, les artistes de cette mouvance s’intéressent prioritairement à des bribes de vécu qui peuvent paraître anodines, voire insignifiantes, mais qui constituent le tissu même de notre existence. Ils s’attachent à des moments fortuits pour en révéler la nature. On a l’impression que ces dessinateurs essayent de saisir les constituants élémentaires de nos vies. Ils proposent une sorte d’arrêt sur image pour entrer dans la vérité de l’instant. L’idée est de ne s’appuyer ni sur des moments exceptionnels ni sur des fantasmes extraordinaires, mais de partir de la trame même de la vie ordinaire. Cela confère à la nouvelle figuration un côté un peu minimaliste. Mais il y a là une sorte de progrès dans la « manifestation de la vérité ». C’est ce qui donne au renouveau du dessin contemporain son caractère réellement passionnant.
L’Américain Joe Biel (galerie Kuckei + Kuckei) est assez représentatif de cette évolution. Il présente des myriades de saynètes placées dans de petits écrans de télévision. Dans chaque hublot est dessiné quelque chose de différent : ici des voitures en train de brûler, là un couple faisant l’amour, là encore un sportif s’entraînant, plus loin une personne regardant sa montre, etc. Toutes ces activités se produisent en parallèle, comme des chaînes de télévision livrées à un absurde zapping. On éprouve en un seul regard toute la différence qu’il y a entre la vie vécue de l’intérieur et celle vue de l’extérieur. L’incommunicabilité latente du monde moderne saute aux yeux.
Tous les artistes de cette nouvelle figuration ont en commun d’avoir été très marqués par la BD, le cinéma, la photo, le film d’animation ou l’illustration. Le cas de Frédéric Poncelet (galerie Catherine Putman), passé presque directement de la BD au dessin, est typique de ce contexte. La plupart du temps, ces plasticiens n’ont rien d’hostile à l’art moderne et contemporain. Ils y puisent même tant que de besoin. Mais cette source est devenue pour eux étonnamment secondaire. En somme, ce qui se passe dans le domaine du dessin confirme l’hypothèse selon laquelle il y aurait deux traditions artistiques au XXe siècle. La première, savante, alimente les manuels d’histoire de l’art. La seconde, plus populaire et protéiforme, est portée par un appétit jamais démenti pour l’exploration du monde et sa représentation. Elle a prospéré à l’écart des institutions artistiques, avec des moyens d’expression collatéraux. C’est cette seconde tradition qui produit principalement ses fruits à présent. Le mouvement qui s’amorce est donc, mine de rien, un grand virage.[/access]

Drawing Now, du 25 au 29 mars 2015, Carreau du Temple, 4, rue Eugène-Spuller, 75003 Paris, métro Temple ou République.

Galerie Routes, Karl Beaudelere, du 3 au 14 mars, 53, rue de Seine, 75006 Paris.

Salon du dessin, du 25 au 30 mars, palais Brongniart, place de la Bourse, 75002 Paris.

*Image : Didier Rittener, Revolution, 2007.

Culture pop et protestantisme

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culture pop protestantisme

L’avantage avec le matérialisme historique, disait Walter Benjamin, c’est qu’il est conçu pour gagner à tous les coups. Dans le cas de l’essai de Mark Alizart, Pop théologie, protestantisme et postmodernité, la combine est particulièrement efficace. Dense, fourni, enlevé et éclairé, c’est un véritable traité de théologie 2.0, puisqu’on y trouve autant de théologie que de culture pop, et c’est tant mieux mais une culture pop qui se met au service de la démonstration théologique : ainsi, le sérieux de Kung-fu Panda est enfin réhabilité en même temps que la crédibilité philosophique de Maître Yoda, entre autres bestsellers et blockbusters trop facilement méprisés par nos élites. Non, on ne sert pas aux masses que de la soupe insensée, c’est même tout le contraire.

Ce serait dans les méandres des querelles internes au protestantisme du XVIIIème siècle qu’aurait germé la pop culture, grâce à la Réforme de la Réforme, le Réveil, revendiquant par la voix de John Wesley un revival de la religion donnée pour morte par Weber. Son succès fut immédiat dans le monde anglo-saxon. A partir de là, Mark Alizart déroule le fil, implacable. Il prend la singularisation, l’apologie du moi et de l’auto réalisation comme trait distinctif du Réveil par rapport au protestantisme traditionnel.

« Tu dois être singulier ou damné » prévenait Wesley. Le concept de Bildung est au cœur de la pensée qui envahit l’Occident réformé : avoir la foi, c’est se réconcilier charnellement avec la Création, c’est-à-dire en premier lieu avec soi-même, c’est se former et se réaliser, épouser l’autoproduction du divin.

De la même manière, les tenants de « l’hygiène de vie », héritiers des ligues de vertu, inventèrent le bronzage et la mode, édictèrent les règles du sport et de la sexualité modérés, dans le seul but de parvenir à l’autoréalisation. Du jean « Blue Jean Calvin Klein » dont la référence est grossièrement étalée, jusqu’au taylorisme, la thèse de Pop théologie est que les fondements du Réveil ont imprégné profondément la société occidentale, devenue logiquement un conglomérat de petits propriétaires individualistes, et a préparé le terrain à la déferlante consumériste.

Que les méchants des films grand public, Disney en tête, parlent avec l’accent aristocratique des Anglicans, que même la magie soit l’objet d’un apprentissage dans la saga Harry Potter, Bartleby le précurseur des geeks et Pollock un des principaux opposants à la vieille Europe catholique, la logique de la démonstration le confirme. Tout semble s’emboîter avec une évidence séduisante et rassurante : le monde n’est pas devenu fou, il l’a toujours été.

On ne saurait finalement que trop conseiller à Jérôme Leroy, qui déplore l’inertie de la jeunesse et l’explique par la surdité que provoquent les écouteurs de iPhone , ces éclaircissements supplémentaires. A l’instar du « Enjoy », devise de Coca-Cola, les idées qui infusent en permanence dans la tête des jeunes proies du système sont pétries par l’exigence d’auto-réalisation. Le choix, le lâcher-prise, la glorification et la prolifération du « je fais ce que je veux », reliquats du Réveil dont la substantifique moelle est devenue trop subtile, ont engendré une génération d’égoïstes narcisses adeptes de téléréalité et persuadés que le salut est dans la célébrité à tout prix, la vacuité monétisée et la bêtise revendiquée.

Mark Alizart, Pop théologie, PUF, 2015.

Pop théologie: Protestantisme et postmodernité

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Je suis français et j’aime ça

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pcf france melenchon

pcf france melenchon

Descartes pensait que le bon sens était la chose la mieux partagée en France. Il semble que ce soit aujourd’hui le goût pour l’autoflagellation. Encore qu’il serait plus juste de parler d’automutilation. De quoi d’autre est-il question quand un pays s’ampute de son histoire, de sa culture, de sa langue même ? La France se comporte comme une adolescente à problèmes. Elle se scarifie, elle a le bonheur anorexique, elle perd toute estime de soi. C’est un peu ridicule, cette crise d’adolescence, pour un vieux pays qui en a vu d’autres. Pourtant, dans ce penchant mortifère, la France est œcuménique : il y en a une version de gauche, une de droite et une à tendance libérale, qui sévit dans les deux camps.

Rien ne m’agace plus que cette humeur injustifiée, sinon par la névrose. Tout de même, ce n’est pas rien, la France, et j’ai quelques raisons d’être heureux d’être français, ou à tout le moins de ne jamais avoir eu honte de l’être. Je pourrais vous parler d’un vers d’Aragon et de la Vienne à Eymoutiers, d’une plage du Nord et d’une bouteille de côte-rôtie, de la plaque honorant des cheminots fusillés dans une petite gare de haute Corrèze et du nom de mon arrière-grand-père sur le monument aux morts de Doudeville-en-Caux. Que voulez-vous, j’ai le communisme barrésien, le gaullisme romantique, et j’aime regarder la silhouette tournée comme une jolie phrase de la femme du pharmacien, aux cheveux couleur de sous-bois, qui fait son marché à Saint-Pourçain-sur-Sioule. J’ai un peu vu le monde, et tout cela me manque si j’en suis éloigné plus d’un mois. J’ai beau savoir que tout est menacé, cet amour-là ne passe pas.

À gauche, on pratique l’automutilation en répétant à longueur de journée que nous sommes tous d’abominables racistes et les héritiers d’une histoire affreuse qui devrait nous conduire à nous couvrir la tête de cendres – nous, c’est-à-dire eux, car, en réalité, c’est toujours la France d’en face que chacun accuse de tous les maux. [access capability= »lire_inedits »]

À force, les Français vont finir par le croire, qu’ils sont racistes, alors que ce pays a encaissé des vagues d’immigration successives, qui ont certes provoqué ponctuellement des réactions xénophobes, avant que l’immigré d’hier ou d’avant-hier devienne le Français d’aujourd’hui. La plupart du temps, on ne remarque plus, ou à peine, que tel patronyme est italien, espagnol, polonais, et cela qu’il s’agisse de votre boucher, de votre plombier, du professeur de latin de vos enfants, de votre député ou même de votre Premier ministre. La gauche vous dira que, justement, ce sont les immigrés d’aujourd’hui, Noirs ou Arabes, qui sont relégués et même soumis à un régime d’ « apartheid » : le terme choisi par Valls montre que cette mauvaise conscience, ce surmoi coupable rongent même l’homme le moins à gauche de la gauche. Nous devons payer notre histoire coloniale, exclusivement abominable, nous devons payer notre manque d’ouverture sans voir que, plus nous nous ouvrons, plus nous excluons. J’ai en tête un exemple concret de cette pitié dangereuse, comme aurait dit Stefan Zweig, et qui ne remonte pas à hier. En 1990, nouveau professeur dans un collège de ZEP, je m’étonnai de la surreprésentation, dans les livres pour les 6es de la bibliothèque du CDI, de contes africains, arabes, asiatiques et, plus généralement, d’une littérature qui renvoyait l’enfant à son origine. « Oui, mais tu comprends, on ne peut pas couper les enfants de leur culture comme ça. » L’« apartheid », comme le diable, se niche dans les détails mais aussi dans les bonnes intentions.

Et pourtant, quand la gauche tient un discours de fierté[1. C’est arrivé avec Chevènement 2002 et Mélenchon 2012, candidats qui m’ont rempli d’aise.], rappelle que nous sommes le peuple de la Révolution française qui a su articuler la nation et l’universel, quand elle braque le projecteur sur les moments, tout de même assez nombreux, de la Commune à la Résistance en passant par le Font populaire, où nous avons été des modèles pour les peuples en quête d’émancipation, cela provoque tout de suite un élan d’une nature différente, une manière de saine colère contre un déclin présenté comme inéluctable, ce qui est tout de même plus gratifiant que de battre sa coulpe en cherchant dans l’étranger pauvre la figure ultime du damné de la terre et la preuve de notre infamie.

La droite sait très bien faire aussi dans l’automutilation. Plus elle s’éloigne dans le temps et les idées de son héroïque âge gaulliste, plus elle tient un discours dépressif, déploratoire et catastrophiste. Et qu’il soit question d’école, de politique pénale ou, bien sûr, d’immigration, la droite pense que sa maladie a un nom, en tout cas une origine, et que si tout fout le camp, c’est à cause de Mai 68.

Pourtant, la droite elle aussi, quand elle renoue avec la fierté d’être soi, connaît des moments de grâce et peut même entraîner toute la nation derrière elle. La campagne de Sarkozy en 2007 fut en grande partie fondée sur ce refus de l’autodénigrement, et ne parlons pas de celle de Chirac en 1995 qui me donna vraiment envie de voter pour lui, avant qu’une fois élu, il m’enchante, toute honte pacifiste bue, en reprenant les essais nucléaires, histoire de montrer que l’on avait encore quelques arguments à faire valoir pour jouer dans la cour des grands. Et puis, avouons-le, c’est à un homme de droite que je dois le plus grand frisson de fierté nationale. Le discours de Villepin à l’ONU, en 2003, refusant de nous engager dans la guerre en Irak, et retournant dialectiquement le reproche fait par les Américains à la France d’être un vieux pays en hommage à notre sagesse historique, m’a enchanté.

Plus généralement, j’ai de plus en plus de mal à supporter qu’on me présente, à gauche comme à droite, « l’exception française » comme une catastrophe, en particulier en matière économique et sociale. C’est pourtant bien d’être une exception, non ? À cause de la présentation arrogante de quelques graphiques par quelques économistes, devrais-je rougir de vivre dans un pays possédant, quoique de moins en moins hélas, un service public de transports, de santé, d’éducation et de distribution d’énergie qui incarne et assure l’égalité entre les citoyens et entre les territoires ? Pas une journée ne se passe sans qu’on entende, dans une inversion orwellienne du sens des mots, que vouloir travailler moins, partir à la retraite dans de bonnes conditions, bénéficier de la Sécurité sociale témoignent de coupables penchants archaïques qui sont la raison de tous nos malheurs. Ou qu’il faut être étroitement conservateur pour ne pas considérer que le droit de travailler le dimanche soit un progrès de la liberté.

Alors oui, je sais, il y a le chômage de masse, le communautarisme de plus en plus crispé, la guerre qui nous est faite par l’islamisme. Tous les ingrédients sont là pour nous faire basculer dans autre chose, dans un mélange de peur de l’autre et de détestation de soi qui n’ont jamais été, pour le coup, quelque chose de très français. Mais je continue à avoir des raisons d’espérer, vraiment. Elles ne sont pas forcément très rationnelles mais, historiquement, lorsque le pire est arrivé pour nous, il y a toujours eu une manière de contre-feu ou d’anticorps qui amenait le sursaut. C’est une jeune fille lorraine qui prend la tête d’une armée alors que l’ennemi est partout, c’est un général solitaire qui continue le combat contre toute logique et gagne quand même à la fin, c’est un écrivain qui accuse l’armée et le gouvernement alors que l’on fait d’un officier juif un bouc émissaire pour mieux jouer sur un nationalisme exacerbé.

À chaque fois tout semblait perdu, comme l’écrit Salluste dans La Guerre de Jugurtha, il y en eut au moins quarante « pour se souvenir qu’ils étaient romains : ils se groupèrent, occupèrent un petit monticule, d’où toutes les forces de l’ennemi ne purent les chasser. » Fier d’être français, alors ? Disons que j’aime à me souvenir que je suis français, comme d’autres, il y a longtemps, se sont souvenus qu’ils étaient romains.[/access]

*Image : Soleil.

Front républicain ou démocratie, il faut choisir

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fn front republicain departementales

fn front republicain departementales

Dans l’entretien qu’il accordait la semaine dernière à L’Obs, Serge Klarsfeld ne cachait pas son inquiétude et elle ne manquait pas d’interpeller. En gros, plutôt que de revoir les Panzer aux portes de Paris, il se disait prêt à quitter la France en cas de victoire du FN en 2017. Rien que ça. On se souvient qu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, certains esprits, tout aussi perspicaces, mettaient leur fortune à l’abri de la peste rouge. Plus récemment, c’est Yannick Noah qui nous promettait : « si Sarko passe, j’me casse ». Et on attend toujours. Quand le verdict des urnes déçoit, certains ne se refusent aucune exagération. À défaut de pouvoir contester le jeu démocratique, et forts de toutes les tribunes qui soient, tous les cœurs généreux de ce genre se sentent en devoir d’agiter le spectre du totalitarisme. Il y a là matière à s’interroger sur le sérieux du régime politique que l’on prétend défendre, notamment lorsque certains électeurs sont pris ouvertement pour des cons.

Le verdict est tombé ce week-end : le FN n’obtient en définitive aucun département. Très peu de Gauleiters ont été élus, aucun pas de l’oie à déplorer dans nos rues et pas la moindre ratonnade en représailles. Beaucoup de bruit pour rien. Autant dire qu’il ne s’est rien passé mis à part l’alternance coutumière entre PS et UMP. Le parti bleu Marine va continuer de jouer les victimes, les pleureuses socialistes vont rappliquer et les VRP de l’UMP vont bomber le torse ; tout le monde tiendra le rôle qui lui est dévolu. Et dans quelque temps, rebelote : « tous aux urnes ! » nous dira-t-on, quand aura sonné l’heure pour le PS de retourner à la gamelle.

Il y a malgré tout, et officiellement, un nouveau venu : le ninisme. Le ninisme consiste à assurer de la main gauche que l’on est un républicain bon teint, tout en faisant comprendre de la droite qu’un petit resto avec les cadres d’extrême droite n’est pas à exclure. Topologiquement, les ninistes sont donc des gens classés à droite. La gauche, elle ne joue pas les bégueules lorsqu’il s’agit de son extrême à elle. Il faut dire qu’elle a beaucoup moins de scrupules à avoir puisque l’idée de communisme n’est plus, comme disait Michel, qu’un corps-mort pour des cormorans. À noter que Madame Arlette Laguiller demeure tout de même la plus célèbre niniste de gauche, parce que la seule. En 2002, en effet, elle avait refusé d’appeler à voter pour « Supermenteur » au deuxième tour de l’élection présidentielle. Honte à elle, et on l’a conchiée. Oui, parce que les anti-ninistes – qui sont aux ninistes ce que la moule est à la frite – ne sont pas là pour rigoler. Il y a, dans ce pays, un mal brunâtre qu’il faut à toute force combattre. Et alimenter, accessoirement, sans quoi l’on perd sa raison d’être dans le repos des effets de manche. Grâce à leur grand cœur, les anti-ninistes ont la mainmise en matière de morale. À telle enseigne qu’on en trouve sur l’aile gauche de la droite. Rassurez-vous, tout ce petit monde se retrouve néanmoins autour de l’idée brumeuse de « république », devenue ambigüe, surtout depuis que notre Premier ministre n’a plus que ce terme à la bouche pour ostraciser tous les gens qu’il exècre (pour être poli). Et la démocratie dans tout ça ? Elle ne fait pas le poids…

Dans « démocratie » il y a l’idée de peuple. Il est donc escompté de la part des partis en lice un échantillon minimal de ce « peuple » introuvable dont tout le monde se targue pourtant. Or, le seul parti à mobiliser de « vraies gens » est précisément celui que l’on veut hors du cadre républicain. Le FN a tellement de mal à amener à lui des énarques ou autres oiseaux rares ayant tété le lait du prêt-à-penser de la République des copains qu’il en est à recruter le vulgum pecus, celui qui parle avec l’accent du coin (qui n’est pas toujours chantant), s’époumone devant sa télé en regardant The Voice et dit sans ambages « y’en a marre des négros » sur sa page Facebook. ENA contre café du commerce, un partout. Et les abonnés du « Front républicain » de s’en émouvoir, tandis que Madame Le Pen assure qu’elle fait le ménage et que son parti est le seul à lutter contre ses propres démons. Ce n’est pas faux, mais un plouc qui « dérape » est toujours plus facile à virer qu’un politicien véreux.

Sont reprochés par-dessous tout au FN son populisme et l’amateurisme de ses cadres à vocation nationale. C’est oublier un peu vite que la démocratie est à l’origine un régime d’amateurs, de gens extraits de leur quotidien, requis pour une charge publique temporaire, puis conviés à retourner à leurs affaires sans espoir de profit ni de carrière. Nous sommes là très loin de la logique des fronts (national comme républicain) et de leurs professionnels de l’invective et de l’indignation de commande. Le mercenariat n’est démocratique qu’à défaut de mieux. Le label « vraies gens dedans » devrait être le seul garant de la démocratie en dépit de tout ce que le bon peuple peut véhiculer de choses peu bonnes à dire chez Ruquier ou Pujadas. Étant donné que l’idée de démocratie implique celle de la représentativité la plus étendue possible, il est par ailleurs attendu que les charges et les chambres soient soumises au régime proportionnel, ce qui n’est bien sûr pas le cas en France. Tout se joue comme si l’on nous donnait l’illusion de la démocratie par la pluralité des tendances politiques, tout en se prémunissant contre le « pire » par l’alternance de deux formations politiques interchangeables au logo près. En d’autres termes, on dédie un premier tour au folklore « démocratique », puis un second au sérieux « républicain ». Tout ceci explique les déconvenues du FN, les sarcasmes de NKM, la pérennité de l’UMPS. Et le ras-le-bol populaire.

Accoutumés que nous avons été à ranger la démocratie dans le camp du bien, il nous vient difficilement à l’idée qu’elle puisse être porteuse des pires excès. Or le régime démocratique n’est en soi ni bon ni mauvais, c’est un simple outil politique. La classe politique, elle, le sait pertinemment sous ses dehors lyriques, et à présent qu’un troisième larron, promu par ce qui reste de chimères démocratiques dans ce pays, vient déranger les deux rombières dans leur petit jeu de l’alternance, la chasse aux « populistes » est ouverte. On fait jouer contre eux la généreuse « république », on plastronne, on condamne les suppôts du mal. La mécanique est bien huilée, les institutions s’y prêtent à merveille. Gare cependant à ce que les péquenauds ne finissent pas par se lasser d’élections qui ne mènent à rien et à opter pour la manière forte, emmenés par l’un de ces « populistes » qui aura su le leur expliquer.

 *Photo : Michel Spingler/AP/SIPA. AP21713973_000029.

 

Alain Finkielkraut contre le Front national

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Alain Finkielkraut Manuel Valls Berlin DSK Carlton

Alain Finkielkraut Netanyahou Obama Israël Etats-Unis fessée

En cette période d’élections départementales, Alain Finkielkraut revient sur le fait politique majeur de ces dernières années : la montée du Front national, devenu le premier parti de France depuis les Européennes 2014. Regrettant l’abandon de la laïcité et des valeurs républicaines par les autres formations politiques, l’auteur de L’identité malheureuse n’économise pas pour autant ses critiques contre le Front national.

Ce parti « démagogique et bonapartiste » serait adepte du « y’a qu’aïsme » en matière économique et sociale : conspuant les élites, Marine Le Pen préconise l’instauration d’un protectionnisme aux frontières sans en mesurer les effets délétères.

Enfin, la perspective de voir une France offerte au Front national se jeter dans les bras de Vladimir Poutine Poutine autour d’un hypothétique axe stratégique Paris-Berlin-Moscou n’enchante guère Alain Finkielkraut qui appelle à ne pas céder aux sirènes du parti frontiste.

Frank Melloul : «I24news est une réalité avec laquelle il faut compter»

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frank melloul i24news

frank melloul i24news

Luc Rosenzweig : I24News vient de confier à Paul Amar une mission pour permettre à la chaîne  « de  renforcer sa conquête des publics français et internationaux » Pouvez-vous préciser quelle est sa « feuille de route » pour cette mission ?

Frank Melloul : I24news a réussi à s’inscrire très vite dans le zapping des chaînes d’information internationales et ce dès son lancement.  Elle a déjà acquise très vite une forte crédibilité sur le contenu. Il est donc essentiel maintenant de réussir la prochaine étape celle de la consolidation et de la professionnalisation d’une « start up news channel » en trois langues (français, anglais et arabe) qui s’est construite, je vous le rappelle, en seulement cent jours. La mission de Paul Amar s’inscrit tout à fait dans cette logique pour définir ensemble une nouvelle ligne éditoriale encore plus compétitive et réorganiser la newsroom en fonction.

Paul Amar présente le profil d’un journaliste d’expérience très inséré dans l’audiovisuel français, mais peu familier de l’audiovisuel international. Cela est-il un signe que I24news envisage de se réorienter vers le format d’une chaine « tout-info » française, comme BFM ou ITélé ?

Je rappelle tous les jours à mes équipes que l’on ne fait pas de la télé pour se faire plaisir mais pour les téléspectateurs qui nous regardent. Il est important d’ajuster aujourd’hui chacune des rédactions françaises, anglaises et arabes en fonction de leurs publics cibles. La version française va apporter un regard plus ciblé sur ce qu’il se passe en France comma la version anglaise le fera pour le Royaume-Uni et les Etats-Unis, vu du port de Jaffa. L’expertise et l’expérience de Paul Amar dans ce domaine sont une chance pour I24news. Tant dans le domaine des médias français que dans le domaine des informations internationales, à France Inter et à France Télévisions comme à travers les différents postes qu’il a occupés à l’étranger notamment au Cambodge et à Washington. J’ai toute confiance en lui pour réussir dans ce secteur et j’en veux pour preuve l’excellent accueil qui lui a été réservé par les  trois rédactions, notamment anglaise, arabe et française.

Comment I24News, nouvelle formule, pourrait-elle s’insérer dans le groupe média constitué par Patrick Drahi et Marc Laufer (Libération, L’Express, etc.) ?

La constitution de ce groupe est une excellente nouvelle pour I24news. Bénéficier de synergies avec de grands médias de la presse écrite française est une consécration pour notre chaine. Ce regard de la société israélienne que nous portons dans toute sa diversité va pouvoir également s’inscrire dans le paysage médiatique français de façon plus prégnante.

Où en sont vos discussions avec l’autorité de régulation de la concurrence israélienne ? 124news pourra-t-elle être diffusée en Israël en 2015 ?

La loi israélienne dans son état actuel, ne permet pas la diffusion de chaînes toutes infos qui émettent depuis Israël. Toutefois, diffuser i24news en Israël fait l’objet d’un grand consensus et d’une forte demande tant dans l’opinion publique qu’auprès des législateurs. Nous avions entrepris les démarches pour changer la loi, mais les élections ont bouleversé notre calendrier. Nous allons donc pouvoir très vite reprendre langue avec la Knesset.

Plus généralement, quel bilan tirez-vous à l’issue des vingt mois  de fonctionnement de  la chaîne, en termes d’audience, de validité du modèle économique, de perspectives de développement ?

Le bilan est évidemment positif : I24news est maintenant une réalité avec laquelle il faut compter. Sur l’ensemble de l’Europe, notre chaine atteint les mêmes audiences qu’Al-Jazeera en anglais, en France les mois de janvier et février ont été des mois records pour la chaine depuis son lancement, selon Médiamétrie et ce, en seulement dix-huit mois. L’entrée dans un groupe va consolider notre modèle économique et renforcer notre commercialisation. De nombreux pays nous demandent de diffuser notre chaine qui est déjà dans un milliard de foyers via les satellites et 72 millions via le câble – ADSL. Sans compter le streaming live de la chaine dans le monde entier sur internet et nos applications qui ne cesse de croître. Nous travaillons également au développement d’une nouvelle langue : l’espagnol afin de toucher l’Amérique latine.

*Photo : I24news.

Réforme du collège : un pédagogisme venu du froid

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najat vallaud reforme college

najat vallaud reforme college

On croyait tout savoir des pédadémagogues. On s’attendait à tout. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Rien de plus inventif que le génie du Mal.
La Finlande a de nouveau frappé — la Finlande est de nouveau frappée. Et elle fait des émules : la partie la plus décoiffante de la réforme du collège que tente de nous vendre Najat Vallaud-Belkacem vient du froid, et en jette un vrai. Je veux parler, bien sûr, de l’interdisciplinarité, qui constitue le noyau dur de cette mise à plat, réduction à zéro, plancher des vaches et des vacheries, niveau subaquatique et même carrément abyssal — bref, le « socle de compétences » revu et corrigé pour les analphabètes par la bande d’analphacons qui sévit rue de Grenelle. Au dernier Conseil Supérieur de l’Education, le SNALC et la CGT (si !) ont voté contre, le SGEN et le SE-UNSA pour (on n’en attendait pas moins, quand on est godillot c’est pour la vie) et la FSU, tiraillée entre le SNES, qui a tout de même réfléchi, ces derniers temps, et le SNUIPP qui fait tout pour que le niveau général ne dépasse jamais celui de la mer et de Bernadette Groison, a voté blanc, ce qui a permis au projet de passer…

La Finlande, donc, nous montre la voie : plus d’enseignements disciplinaires. Tout se fera désormais par objets d’études, qui mobiliseront forcément plusieurs champs en même temps. C’est la fête !
Exemple proposé, l’Europe. Les élèves donc se lancent dans un Itinéraire De Découverte (la chose s’appelait ainsi déjà au début des années 2000, on reprend les vieux pots et la même soupe aigre) sur la CEE, et pour construire leurs connaissances (ah, ce bon vieux constructivisme, toujours fringant !) voient un peu de géographie réduite à ses fonctions utilitaires (le Rhin est allemand en France comme aux Pays-Bas, la Loire a de jolis châteaux, le Tibre et le Tage sont des fleuves paresseux comme les gens qui habitent leurs rives), un peu d’histoire (Jean Monnet a dit… Angela Merkel a dit…), un peu de langues appliquées (« Do you wanna be fucked Greek way or Brussels’s way ? »), un peu d’économie (un mark = deux euros, le reste ne compte pas), le tout dans un joyeux désordre — car si des disciplines peut naître la discipline, l’interdisciplinarité enfante toujours le bordel.

Mais c’est la joie immédiate qui compte. Le bonheur instantané. Peu importe aux apprentis-sorciers que cinq ans plus tard, par manque de bases sûres, l’ex-ado rigolard soit technicien de surface : ils ne seront plus là pour le voir, et leurs propres enfants seront passés par les derniers cycles élitistes disponibles — on en gardera quelques-uns comme repoussoir pour les uns, et pôle de formation pour les élites en auto-reproduction.
Le problème, c’est que le bonheur scolaire — le vrai — est toujours en deux temps. Il naît d’abord de la difficulté vaincue bien plus que de l’amusement généralisé. Et il redouble plus tard, quand on en est à appliquer dans le réel ce que l’on a appris dans l’abstrait — et non le contraire, connard ! On aurait bien surpris Louis-Camille Maillard, le chimiste auquel Nancy et tous les gastronomes devraient élever une statue, si on lui avait expliqué, durant la période où il professait à la Faculté de Médecine d’Alger, qu’il fallait renoncer à enseigner l’interaction des acides aminés et des sucres et faire cuire un steak ou brûler une crème, inciter les étudiants à en tirer des conclusions — et aller à la plage. On aurait sidéré John Forbes Nash si on l’avait dissuadé de s’intéresser à la théorie des nombres et aux équations diophantiennes et sommé de se focaliser sur les opérations boursières : ce n’est pas ainsi qu’il aurait été couronné Nobel d’économie. Mais les petites gens ont toujours la vue courte.
Les Finlandais ont eu de remarquables réussites dans les sciences appliquées — Nokia, par exemple. Elles furent le produit d’un système où l’on enseignait les fondamentaux avant de se soucier d’appuyer sur les boutons d’un smartphone. Les voici qui récusent ce qui les a faits rois : ils seront gueux, et nous aussi.

*Photo : Pixabay.

Départementales : la gauche en lambeaux

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valls gauche ps departements

valls gauche ps departements

« Ceterum autem censeo, Carthaginem esse delendam ». Ceux qui auront eu la chance de faire un peu de latin avant l’interdiction prochaine de son enseignement se rappelleront que, selon la tradition, Caton l’ancien prononçait cette formule à chaque discours devant le Sénat Romain, quel que fût le sujet abordé. « À mon avis, Carthage doit être détruite ». L’expression s’emploie aujourd’hui pour parler d’une idée fixe, poursuivie jusqu’à sa réalisation. L’adage signifie aussi la nécessité de détruire une institution ou une structure devenue néfaste mais qui persiste.

Le Parti socialiste est moribond. Nous l’avons relevé dans ces colonnes, il y a un an, après le résultat des municipales. L’année qui vient de s’écouler a confirmé, si nécessaire, que le mal était incurable. Et, plus grave, qu’il avait contaminé toute la gauche. Et plus grave encore, qu’il emmenait ce pays sur des chemins dangereux. Le déroulement des élections départementales et leurs résultats ne peuvent que plonger dans l’angoisse. Une campagne absurde à tout point de vue, une nouvelle défaite en rase campagne et une attitude après les résultats qui témoigne du passage de la panique à l’autisme.

Depuis les années 70, le Parti socialiste avait réussi à construire un socialisme départemental. Ce dispositif, fondé sur l’efficacité locale et la protection sociale, pouvait présenter un bilan flatteur. Cette drôle de cohabitation qui faisait que les Français voulaient voir la droite (papa) à l’Élysée et la gauche (maman) à la mairie expliquait en partie pourquoi la gauche était hégémonique sur près de 60 % des collectivités territoriales significatives. Il aurait peut-être été pertinent de valoriser ce bilan et l’action des sortants n’ayant pas démérité. Non, à l’Élysée, on pratique l’adage « pourquoi être efficace quand on peut facilement être désastreux ». Et là, c’est un florilège. Une attaque absurde contre une institution à laquelle les Français sont pourtant très attachés. La promesse (menace) de la supprimer, et un flou total sur les compétences qu’auront à assumer des institutions qu’on nous demande d’élire. L’instauration au nom de la parité d’un mode de scrutin délirant. Permettant ainsi de se débarrasser de sortants populaires au profit de parfaites inconnues recrutées pour la circonstance. Envoyer en première ligne le Premier ministre « nationaliser » le scrutin en diabolisant celui qui se revendique aujourd’hui à juste titre comme le « premier parti de France », rejetant au passage son électorat hors de la République. La gauche qui disposait de tous les pouvoirs en mai 2012, sortante dans 61 départements sur 100, en est aujourd’hui réduite à ce seul mot d’ordre : « faire barrage » au FN. Pathétique.

Ça, c’était avant le premier tour. Dont les résultats ont été conformes aux prévisions. La coalition de droite première, et le FN au plus haut qui s’enracine[1. Une des leçons frappantes du premier tour, était que dans toutes les communes gagnées en mars 2014, le FN a progressé pouvant à juste titre revendiquer une légitimation de sa gestion.]. Il a donc fallu monter une opération de communication pitoyable. Prétendre que le FN reculait en comparant son score objectif à ce que prévoyaient les sondages ! Affirmer contre l’évidence que le PS résistait bien en additionnant les choux et les carottes. Jusqu’à l’épisode du cigare de Manuel Valls.

Ficelles si grosses, si insultantes, qu’elles furent rapidement abandonnées par des médias pourtant facilement complaisants. Peut-on mieux être aveugle et sourd ? Ce n’est plus du cynisme mais carrément de l’autisme. Le second tour n’est que la confirmation du premier.

Le socialisme municipal est mort en mars 2014, le socialisme départemental cette fois-ci. Après la perte d’environ quatre mille permanents aux municipales (notables élus, emplois de cabinet, militants des associations subventionnées), le déficit devrait être d’environ mille deux cents. Nouvelle boucherie prévue aux régionales en décembre prochain.

On ne va pas énumérer ici toutes les catastrophes,  erreurs,  inconséquences,  couacs qui rythment cette course à l’abîme. Cela relèverait d’un recensement quotidien. Et désormais, la dérision emporte tout. Sociologues, politologues, démographes, philosophes auscultent la société française pour comprendre ce qui se passe. Ceux qui sont sérieux convergent vers le constat d’une France désormais culturellement à droite. Un «oligopole culturel gramscien » portant des valeurs de droite se serait constitué. À cela on ajoutera la faiblesse politique de l’appareil du PS. Qui n’était pas politiquement, culturellement et professionnellement équipé pour assurer l’exercice du pouvoir d’État.

Mai 2012 est un accident historique étrange. Un candidat socialiste de substitution inconnu dont les éléphants du PS savaient les limites et qui se révélera inapte à la fonction. Un vote (serré) qui ne fut pas d’adhésion mais de rejet de son prédécesseur. La catastrophe était pourtant prévisible. Emmanuel Todd lui-même ne croyait pas une seconde à son « hollandisme révolutionnaire ». Or le choix n’était pas en fait pour ou contre Sarkozy. Il se posait en ces termes : faut-il porter la gauche au pouvoir pour faire une politique de droite ? Avec le risque qu’elle s’y brise pour longtemps. Ou bien : doit-elle rester, utilisant ses bases solides, dans une opposition tribunitienne indispensable dans une démocratie. Les Français ont choisi la première. Avec son corollaire, une gauche anéantie. Et, défi inattendu, un parti d’extrême droite en pleine ascension qui va bientôt représenter un Français sur trois…

Une gauche anéantie car, dans son naufrage, le Parti socialiste a entraîné le reste de la gauche. Mention spéciale pour le PCF qui a été au cœur de la vie politique française pendant plus de soixante ans. C’est aujourd’hui une coquille vidée de tout ce qui avait fait sa force et sa raison d’être. Systématiquement à la remorque de la gauche sociétale, subissant sans broncher, quand il ne les approuve pas, toutes les déformations historiques le concernant, il gère en comptable anxieux les lambeaux de l’héritage, sauvant le Val-de-Marne, perdant l’Allier. Son legs comprend notamment la direction de quelques centaines de collectivités locales qui viennent de l’obliger une fois de plus à des indigestions de couleuvres. Exit l’aristocratie ouvrière, fonctionnaires et élus fournissent les maigres cadres politiques qui lui restent. Et en guise de mémoire collective, on se contentera d’une poignée de commémorations tristes où l’on brandit encore quelques oripeaux jaunis du passé disparu. Le Front de gauche qui recueille 3 % du vote ouvrier (!), c’est groupuscule contre groupuscule, Mélenchon versus Autain. Et puis, les increvables et inutiles petites sectes gauchistes. Un peu de charité nous dispensera de parler d’EELV, voué à disparaître et dont l’ancrage à gauche est une plaisanterie.

Les élections présidentielles de 2017 verront probablement le retour aux affaires de la droite en la personne de Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen recueillant au second tour entre 30% et 40 % des voix. Les projections actuelles donnent une quarantaine de députés socialistes (!) sauvant leur siège. Les collectivités locales entre les mains d’une droite revancharde. Une gauche dans l’incapacité politique et matérielle de jouer son rôle d’opposition démocratique. « Ne proposant plus d’horizon politique émancipateur », ayant abandonné les couches populaires au FN, la gauche a fait la démonstration de son inaptitude à gouverner. Faute d’argent, d’élus et de militants, la crise est aussi matérielle.

Alors que faire ? Écoutons l’intellectuel socialiste Gaël Brustier, ancien gaulliste qui ne fut pas le dernier à sonner l’alarme à gauche : «L’homme politique n’est pas un représentant de commerce. Donner une vision du monde corrélée à l’expérience quotidienne des citoyens (qui est marquée par la désindustrialisation, la précarisation, des mutations diverses du lien social, la crise de l’école ou le déclassement) est le point de passage obligé d’une stratégie gagnante en politique. C’est, pour l’heure, l’angle mort de la stratégie de la gauche. »

Angle mort ou point aveugle, qu’attendre de ceux qui garderont les quelques places pour sauver leur gamelle, ceux qui n’ont toujours vécu que des prébendes de l’appareil, ceux qui sans vergogne donnent des leçons aux chômeurs[2. Interrogé par Jean-Jacques Bourdin, Emmanuel Macron a gratifié les cinq millions de chômeurs de la phrase suivante : « Si j’étais au chômage, je me battrais et je n’attendrais pas tout des autres ». Sachant très bien que pantoufleur virtuose, il ne sera JAMAIS au chômage. Quand il quittera le gouvernement, ce sera pour un placard doré de la République, ou une banque d’affaires pour y monnayer son carnet d’adresses.] ? Comment imaginer le début d’une remise en cause ? Que ceux qui depuis trente ans ne s’adressent qu’aux couches moyennes supérieures du centre des grandes villes, ignorent les couches populaires quand ils ne les méprisent pas, puissent être soudain touchés par la grâce ?

Il faut, du passé, faire table rase. Sortir les sortants. Toute reconstruction d’une gauche nécessaire à ce pays passe par ce préalable : détruire cette gauche-là, enfant monstrueux de « l’union de la gauche » des années 70. Dans des contextes différents, la Grèce et l’Espagne sont en train de s’y essayer. Là aussi, la destruction du PS fut un préalable. Les situations ne sont pas transposables, essentiellement d’ailleurs à cause de l’existence chez nous d’un Front national fort. Un des premiers combats à mener sera contre ce dernier. Pour lui reprendre ce qu’il a volé, le soutien des couches populaires.

En France aussi, il y a un préalable : « Ceterum autem censeo, sinistram esse delendam ».

*Photo : Alain Robert/Apercu/SIPA. 00709135_000001.

Départementales : l’exploit à l’envers du PS

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En 2004, alors que l’UMP perdait la quasi-totalité des régions, le ministre des Affaires sociales François Fillon parlait de « 21 avril à l’envers ». Aujourd’hui, malgré la déculottée sévère du Parti socialiste, qui perd une trentaine de départements (Ain, Cher, Deux-Sèvres, Drôme, Essonne, Eure, Charente, Corrèze, Côtes d’Armor, Indre-et-Loire, Jura, Oise, Seine-et-Marne, Seine-Maritime, Somme, territoire de Belfort, et j’en oublie…), Manuel Valls diagnostique « un score beaucoup trop élevé pour l’’extrême droite » qui représente « un bouleversement durable de notre paysage politique dont chacun devra tirer les leçons » et, aveuglé par l’économisme, répète « (s)a priorité : l’emploi, l’emploi, l’emploi » en restant droit dans ses bottes. Laïus classique sur la division de la gauche – qui gagnerait à être rassemblée, comme si la censure du gouvernement par les parlementaires Front de gauche n’avait rien à voir avec la présence de Valls à Matignon…

Mais le séisme doit être de taille sur l’échelle de Solférino pour que le Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis promette « un discours de vérité » huit jours après son quasi-triomphalisme du premier tour !

À bâbord du PS, Jean-Luc Mélenchon s’est cru téléporté le 6 février 1934, acculé par les ligues factieuses, « la face obscure du Vieux continent », qui menacerait la démocratie la dague entre les dents. Face à la trentaine de cantons que le Front national remporte (sur plus de deux mille), le leader charismatique du Front de gauche préconise un « devoir de résistance » sous la forme d’« assemblées citoyennes ouvertes à tous ».

« Pas un canton pour le FN ! », scandaient les Jeunes socialistes en 2011. Si on en est aujourd’hui loin, force est de reconnaître que Marine Le Pen n’a pas encore réussi à édifier un parti de second tour. Dans des cantons où les candidats frontistes étaient arrivés en tête, avec un ballotage favorable à la clé, ils se retrouvent régulièrement en dernière position des triangulaires, derrière l’UMP et le PS. Soit que le front républicain marche en un certain sens (les reports du PS vers l’UMP ne sont pas tout à fait négligeables), soit que la perméabilité des électorats dits de droite profite au « vote utile » UMP. Les candidats socialistes, fussent-ils frondeurs (Jura,  Essonne…), sont apparus comme des repoussoirs, finalement bien plus utiles pour endiguer la montée du FN que la campagne stigmatisante qu’avait lancée Manuel Valls. L’opération « implantation locale » du Front sur tout le territoire n’en est pas moins un succès qui annonce bien des surprises aux prochaines régionales.

Les prochaines heures nous diront quels ingrédients ont offert cette large victoire à l’UMP. Une réaction des vieux et des retraités, dernière catégorie à résister encore et toujours à la vague mariniste ? Peut-être. Marion Maréchal-Le Pen n’a pas caché sa « déception » face au semi-échec du FN dans le Vaucluse, tandis que l’Aisne ne bascule pas davantage dans le giron frontiste.

En tout cas, nous devrions tous avoir une pensée pour les victimes du plus grand plan social organisé depuis les dernières municipales puisque des centaines de collaborateurs et assistants départementaux socialistes vont essuyer les plâtres du Pôle emploi. Bref, le PS voulait supprimer les départements mais ce sont finalement les départementales qui l’auront atomisé.

*Photo : Sarah ALCALAY/SIPA.00709210_000002.

Drawing now : le grand virage

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drawing now dessin

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Si vous êtes un peu las des grandes foires d’art contemporain, si vous les trouvez assoupies dans une sorte d’académisme financiarisé, vous devez vous rendre à Drawing Now. Cet événement consacré au dessin est né il y a moins de dix ans, et l’engouement qu’il suscite se confirme d’année en année.
Le mois de mars est aussi l’occasion de divers rendez-vous à Paris sur le thème des travaux sur papier. Des expositions en galerie sont programmées, comme la magnifique présentation des travaux au stylo bille de Karl Beaudelere, prévue à la galerie Routes. Le Salon du dessin, quant à lui, fait le lien entre notre époque et les précédentes.
Il faut dire que le dessin, trop souvent tenu pour un art mineur, n’est pas plombé par les enjeux financiers qui pèsent sur le reste du marché de l’art. Le dessin se vend à un prix relativement accessible. On accepte de prendre des risques, d’écouter son goût, de se faire plaisir. Les collectionneurs se sentent plus libres de se décider sur un coup de cœur. Des galeries spécialisées ont vu le jour, tandis que les généralistes font une place croissante à ce média. On n’hésite pas à présenter des personnalités et des tendances inédites. Il y a de la souplesse, de la liberté. Vraiment, on sent que ça bouge du côté du dessin.
Les évolutions qu’on observe interviennent évidemment dans des directions très variées. On peut avoir l’impression que les recherches des artistes relèvent du mouvement brownien. Pas tout à fait cependant, car chez certains dessinateurs, qui sont parfois également peintres, des tendances très figuratives témoignent d’un nouvel état d’esprit.[access capability= »lire_inedits »]
L’orientation la plus perceptible est sans doute cette envie de nous faire comprendre en quoi consiste la vie de nos contemporains. Jérôme Zonder, par exemple, capte la violence latente de l’histoire au cœur même de la vie sociale des enfants. Claire Tabouret, qui a marqué la précédente édition de Drawing now, montre des groupes humains entassés sur de petites embarcations ou placés sur des gradins, comme pour une photo-souvenir collective. Jérémy Liron s’attache à faire ressentir la luxueuse vacuité d’un certain habitat moderne. Didier Rittener alterne de grands visages contemplatifs avec des paysages de désastre.
Ces dessinateurs ont en partage une passion pour l’existence humaine. Ils veulent la montrer telle qu’elle se présente à eux, avec son étrangeté, sa saveur particulière, avec ce qu’elle a d’excitant ou de décevant, de beau ou de misérable. On pourrait penser qu’il est bien naturel que des artistes aient envie de s’exprimer sur la vie des hommes à leur époque – et même que c’est un peu leur boulot. Force est de constater que c’est loin d’être le cas. L’art au XXe siècle, en dépit de sa variété, a surtout abondé en personnalités soucieuses de se démarquer du réel en créant leur propre vocabulaire plastique, en construisant leur monde spécifique. Il faut bien reconnaître qu’à quelques exceptions près les artistes du XXe siècle ont très peu représenté la vie de leurs contemporains. L’idée même de la représentation leur paraissait souvent discutable.
Les dessinateurs dont il est question font passer en nous, par une imperceptible osmose, des bribes de vécu, des sentiments, des intuitions. Ils nous aident, en fin de compte, à mieux faire l’expérience de notre époque, exactement dans la même perspective que le feraient un film ou un roman, mais, bien sûr, avec d’autres moyens.
Dès qu’on représente la vie des hommes se pose la question des instants que l’on distingue, des situations que l’on met en scène. C’est le problème du choix du sujet. Chaque époque, chaque mouvement a eu ses idées à ce propos. Depuis la fondation de l’Académie au XVIIe siècle, l’option communément retenue en France a été de se focaliser sur des moments exceptionnels, porteurs d’un potentiel didactique ou moral hors du commun : péripéties bibliques ou mythologiques, actes héroïques, vues de batailles, etc. Plus près de nous, la peinture militante obéissait largement au même principe. Mais cette prédilection pour des circonstances édifiantes a fait long feu, car, à force de se consacrer à l’exceptionnel, on perd de vue la réalité de l’existence, on tombe dans le hors-sujet, on devient ennuyeux.
Une autre approche a prospéré en parallèle depuis Jérôme Bosch jusqu’aux surréalistes, du gothique tardif à l’art brut. Elle a consisté à mettre l’accent sur les fantasmes, incongruités et détournements divers. Cette filiation est encore très présente à Drawing Now. Beaucoup d’artistes revendiquent, effectivement, une parenté avec le surréalisme. Cela semble être le cas, en particulier, de Mohamed Lekleti, qui pratique avec virtuosité des compositions acrobatiques pleines d’inattendus. Cependant, ce plasticien est une exception qui confirme la règle. On sent bien, il est vrai, que les accumulations de bizarreries, la recherche systématique du drolatique et de l’extravagant sont devenues à la longue fatigantes, artificielles et, pour tout dire, un peu datées.
Cela donne tout son sens aux nouvelles orientations du dessin contemporain, options qu’il partage d’ailleurs en grande partie avec la peinture figurative actuelle. En effet, les artistes de cette mouvance s’intéressent prioritairement à des bribes de vécu qui peuvent paraître anodines, voire insignifiantes, mais qui constituent le tissu même de notre existence. Ils s’attachent à des moments fortuits pour en révéler la nature. On a l’impression que ces dessinateurs essayent de saisir les constituants élémentaires de nos vies. Ils proposent une sorte d’arrêt sur image pour entrer dans la vérité de l’instant. L’idée est de ne s’appuyer ni sur des moments exceptionnels ni sur des fantasmes extraordinaires, mais de partir de la trame même de la vie ordinaire. Cela confère à la nouvelle figuration un côté un peu minimaliste. Mais il y a là une sorte de progrès dans la « manifestation de la vérité ». C’est ce qui donne au renouveau du dessin contemporain son caractère réellement passionnant.
L’Américain Joe Biel (galerie Kuckei + Kuckei) est assez représentatif de cette évolution. Il présente des myriades de saynètes placées dans de petits écrans de télévision. Dans chaque hublot est dessiné quelque chose de différent : ici des voitures en train de brûler, là un couple faisant l’amour, là encore un sportif s’entraînant, plus loin une personne regardant sa montre, etc. Toutes ces activités se produisent en parallèle, comme des chaînes de télévision livrées à un absurde zapping. On éprouve en un seul regard toute la différence qu’il y a entre la vie vécue de l’intérieur et celle vue de l’extérieur. L’incommunicabilité latente du monde moderne saute aux yeux.
Tous les artistes de cette nouvelle figuration ont en commun d’avoir été très marqués par la BD, le cinéma, la photo, le film d’animation ou l’illustration. Le cas de Frédéric Poncelet (galerie Catherine Putman), passé presque directement de la BD au dessin, est typique de ce contexte. La plupart du temps, ces plasticiens n’ont rien d’hostile à l’art moderne et contemporain. Ils y puisent même tant que de besoin. Mais cette source est devenue pour eux étonnamment secondaire. En somme, ce qui se passe dans le domaine du dessin confirme l’hypothèse selon laquelle il y aurait deux traditions artistiques au XXe siècle. La première, savante, alimente les manuels d’histoire de l’art. La seconde, plus populaire et protéiforme, est portée par un appétit jamais démenti pour l’exploration du monde et sa représentation. Elle a prospéré à l’écart des institutions artistiques, avec des moyens d’expression collatéraux. C’est cette seconde tradition qui produit principalement ses fruits à présent. Le mouvement qui s’amorce est donc, mine de rien, un grand virage.[/access]

Drawing Now, du 25 au 29 mars 2015, Carreau du Temple, 4, rue Eugène-Spuller, 75003 Paris, métro Temple ou République.

Galerie Routes, Karl Beaudelere, du 3 au 14 mars, 53, rue de Seine, 75006 Paris.

Salon du dessin, du 25 au 30 mars, palais Brongniart, place de la Bourse, 75002 Paris.

*Image : Didier Rittener, Revolution, 2007.

Culture pop et protestantisme

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culture pop protestantisme

culture pop protestantisme

L’avantage avec le matérialisme historique, disait Walter Benjamin, c’est qu’il est conçu pour gagner à tous les coups. Dans le cas de l’essai de Mark Alizart, Pop théologie, protestantisme et postmodernité, la combine est particulièrement efficace. Dense, fourni, enlevé et éclairé, c’est un véritable traité de théologie 2.0, puisqu’on y trouve autant de théologie que de culture pop, et c’est tant mieux mais une culture pop qui se met au service de la démonstration théologique : ainsi, le sérieux de Kung-fu Panda est enfin réhabilité en même temps que la crédibilité philosophique de Maître Yoda, entre autres bestsellers et blockbusters trop facilement méprisés par nos élites. Non, on ne sert pas aux masses que de la soupe insensée, c’est même tout le contraire.

Ce serait dans les méandres des querelles internes au protestantisme du XVIIIème siècle qu’aurait germé la pop culture, grâce à la Réforme de la Réforme, le Réveil, revendiquant par la voix de John Wesley un revival de la religion donnée pour morte par Weber. Son succès fut immédiat dans le monde anglo-saxon. A partir de là, Mark Alizart déroule le fil, implacable. Il prend la singularisation, l’apologie du moi et de l’auto réalisation comme trait distinctif du Réveil par rapport au protestantisme traditionnel.

« Tu dois être singulier ou damné » prévenait Wesley. Le concept de Bildung est au cœur de la pensée qui envahit l’Occident réformé : avoir la foi, c’est se réconcilier charnellement avec la Création, c’est-à-dire en premier lieu avec soi-même, c’est se former et se réaliser, épouser l’autoproduction du divin.

De la même manière, les tenants de « l’hygiène de vie », héritiers des ligues de vertu, inventèrent le bronzage et la mode, édictèrent les règles du sport et de la sexualité modérés, dans le seul but de parvenir à l’autoréalisation. Du jean « Blue Jean Calvin Klein » dont la référence est grossièrement étalée, jusqu’au taylorisme, la thèse de Pop théologie est que les fondements du Réveil ont imprégné profondément la société occidentale, devenue logiquement un conglomérat de petits propriétaires individualistes, et a préparé le terrain à la déferlante consumériste.

Que les méchants des films grand public, Disney en tête, parlent avec l’accent aristocratique des Anglicans, que même la magie soit l’objet d’un apprentissage dans la saga Harry Potter, Bartleby le précurseur des geeks et Pollock un des principaux opposants à la vieille Europe catholique, la logique de la démonstration le confirme. Tout semble s’emboîter avec une évidence séduisante et rassurante : le monde n’est pas devenu fou, il l’a toujours été.

On ne saurait finalement que trop conseiller à Jérôme Leroy, qui déplore l’inertie de la jeunesse et l’explique par la surdité que provoquent les écouteurs de iPhone , ces éclaircissements supplémentaires. A l’instar du « Enjoy », devise de Coca-Cola, les idées qui infusent en permanence dans la tête des jeunes proies du système sont pétries par l’exigence d’auto-réalisation. Le choix, le lâcher-prise, la glorification et la prolifération du « je fais ce que je veux », reliquats du Réveil dont la substantifique moelle est devenue trop subtile, ont engendré une génération d’égoïstes narcisses adeptes de téléréalité et persuadés que le salut est dans la célébrité à tout prix, la vacuité monétisée et la bêtise revendiquée.

Mark Alizart, Pop théologie, PUF, 2015.

Pop théologie: Protestantisme et postmodernité

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