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Culture avec Fink, détente avec Valls!

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Un concert, un film, un spectacle – et le trentième anniversaire de « Répliques », l’émission d’Alain Finkielkraut ; vous, je ne sais pas, mais mon mois à moi a été rudement culturel.

Rassurez-vous, ça ne m’a pas empêché de suivre aussi l’actualité politique, des angoisses de Manuel Valls au suspense des départementales, histoire de me détendre un peu.[access capability= »lire_inedits »]

DUO FURIOSO

Jeudi 5 mars, La Maroquinerie / Concert de Two Gallants (2GS pour les intimes). L’excellent Maire Michel, à qui rien de ce qui est musical n’est étranger, a bien voulu m’accompagner. Heureusement, parce que, à part lui et Aldo Prisu, qui avait Sudoku ce soir-là, je suis le seul de mes amis à apprécier à sa juste valeur ce duo de génie.

Depuis dix ans, Adam H. Stephens et Tyson Vogel, nés en Californie comme mes dieux lares Sparks mais trente ans plus tard, pratiquent avec bonheur le pulk (crase entre folk et punk). Snobs comme des poux, ils sont allés chercher le nom de leur groupe dans une nouvelle de Dubliners (Les Gens de Dublin) de Joyce. Du coup, je me suis farci la nouvelle rien que pour eux ; eh bien, j’aurais mieux fait d’en chercher le résumé dans un vieux Sélection du Reader’s Digest. La salle était pleine, certes, mais elle n’est pas grande. Le fan-club Facebook de 2GS ne compte d’ailleurs que 38 000 membres worldwide – contre 58 millions pour David Guetta, l’artiste qui joue les bras en l’air. Bref, j’ai accepté avec reconnaissance la bonne avant-critique de Télérama. En plus, au lieu de vous raconter bêtement mes impressions d’amateur, ça me permet de citer un rock critique labellisé.

« Déferlement de guitares sauvages », écrit-il ; c’est bien l’impression que ça donne, et c’est d’autant plus méritoire qu’il n’y a qu’un guitariste – accessoirement bassiste, harmoniciste et chanteur. « Voix passée au papier de verre » : de fait, à 33 ans, Adam semble en avoir passé le double à fumer et à boire comme un Arno normal. « Sonorités accidentées » : au sein même d’une chanson, nos deux galants pratiquent volontiers les allers-retours entre calme et tempête, comme Lou Reed dans Heroin. Et quand vient le gros temps, il faut voir Tyson, déchaîné comme Keith Moon et le batteur des Muppets réunis, mais dans un style bien à lui, déclencher ses orages de fer.
Un petit reproche quand même : dans ses dernières productions, la rage originelle de 2GS semble s’apaiser dangereusement. Mais rassurez-vous, ça ne s’entend pas du tout sur scène ; et puis Adam me l’a promis, en coulisses et en V.O. : « La rage reviendra ! » Me voilà rassuré.

LE SALE AIR DE LA PEUR

Dimanche 8 mars, « Le Grand Rendez-vous » Europe 1 / Le Monde / iTélé / Causeur

Manuel Valls a peur du Front national.
Manuel Valls a même peur de Michel Onfray.
Manuel Valls se fout de notre gueule.
J’ai peur de Manuel Valls.

LAPIN CRÉTIN

Lundi 9 mars / Onfray, lui, n’a peur de rien, pas même du Petit Méchant Valls. Et quand il le remet à sa place, c’est dans un style plaisamment limpide pour un philosophe : « Manuel Valls préfère une idée fausse, pourvu qu’elle soit de gauche, à une idée juste si elle est de droite. J’ai vérifié dans le dictionnaire, ça s’appelle un crétin. »

Sur ces entrefaites, Libé s’efforce aimablement de jouer les casques bleus en titrant « Retour sur un malentendu » (?). Et c’est avec un art consommé de la litote qu’il résume dans son chapô l’échange entre le crypto-facho et le crétin du dico : « Le Premier ministre a critiqué Michel Onfray pour des conseils de lecture polémiques. Le philosophe a contre-attaqué, parlant d’erreur d’appréciation. » Ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises…

Mais voilà que, dans le corps du papier, le ton change, et l’auteur prend parti hardiment : « Difficile de ne pas comprendre l’énervement de Michel Onfray, tant ses propos ont été déformés par Manuel Valls. » Il est où, là-dedans, le « malentendu » ? Apparemment, au sein même du quotidien, où le titreur ignore ce qu’il titre…

LAISSE ALLER, CEST DU VALLS !

Vendredi 13 mars, « Zemmour & Naulleau » / À propos de la surdramatisation vallsienne, heureuse citation d’Audiard par Éric Zemmour : « À chaque fois qu’un mauvais coup se prépare, il y a une République à sauver ! » (Gabin dans Le Président.)

HIBERNATUS

Samedi 14 mars, « On n’est pas couché » / « Montée-du-FN » : à une semaine du premier tour des départementales, Ruquier le bateleur bat soudain sa coulpe, devant un Caron ravi et une Salamé incrédule, qui lui demandera de répéter deux fois : « Je regrette d’avoir donné la parole pendant cinq ans à Éric Zemmour »… Et tout ça quatre ans après son départ !

Vous me direz, dans son genre de boulot, on n’a pas trop le temps de penser. Mais du coup, dans cette parodie de mea culpa citoyen, le ridicule s’ajoute à la faux-culerie. Allez savoir pourquoi, ça me rappelle une bonne blague signée Woody Allen, dans « Les Mémoires du coiffeur d’Hitler» : « J’ignorais complètement ce qu’il faisait par ailleurs ; on parlait jamais boulot… »

CARON À TÉLÉ OLÉRON !

Samedi 21 mars, ONPC (suite) / J’ai fini par comprendre pourquoi Ruquier avait fait son coming out anti-Zemmour la semaine dernière : ce samedi, interdit de parler politique ! À signaler en revanche, sur ce plateau toujours plus plat, la première apparition de Chris Esquerre, invité à l’occasion de son nouveau spectacle aux Bouffes-Parisiens.

J’ai déjà eu l’occasion d’apprécier les talents du mec sur Canal+, dans sa « Revue de presse des journaux que personne ne lit », et surtout en tant que présentateur de Télé Oléron, dont il est non seulement le fondateur mais, à ma connaissance, l’unique employé.

Un drôle d’humoriste, qui flirte tant et si bien avec l’absurde que le grand public ne sait jamais quand rire, ni très bien pourquoi. C’est même au nom de cet argument populiste que Caron, faute de mieux, va fondre sur lui tel l’aigle en papier, genre : « Qu’est ce qui nous prouve que c’est drôle, dès lors qu’on ne rit pas ? »

Ne te fais quand même pas plus bête que tu n’es, Aymeric ! Tout le monde ne peut pas rire de tout, surtout avec toi. Il y a un public pour les Ch’tis, et un autre pour le Big Lebowski. Quant à toi, de toute façon, tu ne ris que quand tu crois avoir tué, ou au moins blessé.

Je sais, c’est un job ; mais c’est aussi un tempérament, et je serais curieux de savoir où tu l’exerceras la saison prochaine. En tant qu’ex-grand reporter, je gage que tu as prévu un ou deux parachutes. Mais si d’aventure le tien se posait en Syrie, au milieu de ces « groupes armés modérés » qui n’existent que sous ta mèche, tu comprendrais mieux d’un coup l’absurde esquerrien.

Au péril de ta vie, hélas… Est-ce bien raisonnable ? À ta place, dans les circonstances actuelles, je me rapprocherais plutôt de Chris, ne serait-ce que pour décrocher un petit boulot tranquille à Télé Oléron.

LE FASCISME REPASSERA…

Dimanche 22 mars / Plus la journée avance, plus la tension monte ! C’est ce soir qu’on va enfin savoir… si on peut légitimement rentrer en transes, comme le mois dernier pour la 4e du Doubs, ou pas.

En attendant, radios et chaînes d’info en continu meublent comme elles peuvent. On nous raconte où et quand les stars du polbiz ont voté, et au fil des heures on « affine » les chiffres de participation. Vers 17 heures, on y voit enfin plus clair : en hausse par rapport à 2011, mais bien en deçà de 2008. Reste à savoir ce que ça veut dire…

C’est là qu’interviennent nos amis les politologues. De deux choses l’une, expliquent-ils après réflexion : soit les avertissements de Manuel Valls ont remobilisé à gauche, soit des abstentionnistes ont cédé aux sirènes du FN – à moins que ça ne soit un peu des deux. Bref, autant faire une petite sieste devant Vivement dimanche, en attendant les résultats.

20 heures, réveil en douceur. Finalement, c’est non ! La France ne s’est pas « fracassée contre le Front national », comme on le redoutait tant en haut lieu. Au total, d’ailleurs, rien de bien bouleversifiant dans ces chiffres. L’opposition « républicaine » l’emporte haut la main, comme toujours dans les élections intermédiaires ; mais la gauche « résiste », et surtout la Bête recule de 5 points… par rapport aux sondages.

Le pire est évité ! En apprenant la nouvelle le Premier ministre, soulagé, s’est même offert un cigare, m’informe France Info. Vous m’en direz tant ! Il est vrai qu’il s’était beaucoup investi dans cette juste lutte, et qu’un désaveu des urnes lui eût sans doute été reproché par ses ennemis, s’il en a.

Revers de cette médaille en chocolat : l’épouvantail facho risque de ne plus faire peur aux cervelles de moineau. On aura beau faire valoir, en fin de soirée sur les plateaux, que 25 % c’est quand même 10 de plus qu’il y a quatre ans, le pétard est mouillé. C’est embêtant, parce qu’il doit resservir au moins jusqu’en 2017.

L’idéal, dans ces circonstances, ce serait que le FN conquière au moins un département ; l’Aisne par exemple, ça ne mange pas de pain, et en plus ça rime avec « F Haine ! » L’invasion de ce département, abandonné de toute façon, par les hordes bleu marine, permettrait de raviver à moindres frais la flamme de la résistance – qui ne doit pas s’éteindre tant que résonnera, même au loin, le bruit des bottes de Mme Le Pen.
J’ai bon ?

SANS RÉPLIQUE !

Samedi 28 mars / Dommage que la Cheffe ait déjà ramassé les copies. Sinon, je vous aurais volontiers raconté le trentième anniversaire de « Répliques », l’hebdo de Finkielkraut sur France Culture. Il donne lieu aujourd’hui à une surboum bac + 12 à la Maison de la radio : deux émissions en public au studio 104. La première, diffusée en direct live ce samedi matin, réunit Mona Ozouf et Patrice Gueniffey sur « La Révolution, la République et la France ». Dans l’autre, mise en boîte pour samedi prochain, Régis Debray et Marc Fumaroli controversent sur « La République des lettres ». Rien qu’à cet énoncé on voit le niveau, rare à la radio et même à France Culture.

Eh bien moi, tel que vous me lisez, j’ai été invité une fois dans cette émission classieuse ; c’est même la deuxième fois que je m’en vante ici. Mais ne soyez pas trop jaloux quand même : c’était un remplacement de dernière minute. Le vrai invité avait fait une mauvaise chute ; heureusement, j’ai un alibi.

D’ordinaire, j’écoute « Répliques » en podcast au cours de mes promenades nocturnes à vélo. C’est rudement pratique quand, comme moi, on a des horaires australiens. Mais qu’importent les fuseaux ! L’essentiel c’est qu’une heure durant, je cumule ainsi culture physique et intellectuelle. « Pensez, bougez ! » : ça doit être ça, le secret de mon équilibre.

LE CRI DU PNEU TUEUR

Mercredi 17 mars / Au commencement était Mr Oizo, un musicien spécialisé, selon ses propres dires, dans l’« inécoutable ». Sa devise : « Il n’y a rien de plus beau dans l’art que de ne pas réfléchir. » Sur cette base, en l’an 2000, il a quand même vendu (mais pas à moi) trois millions d’exemplaires de Flat Beat, un tube house parfaitement conforme à ses critères artistiques.

Par bonheur, depuis dix ans, notre Oizo-orchestre cohabite harmonieusement avec son double le réalisateur Quentin Dupieux, que je comprends mieux ; sans doute parce que, à la différence de la musique, dans le cinéma il y a quelque chose à ne pas comprendre.

Mon premier « choc esthétique », comme ils disent, ce fut Rubber (2010) : les aventures de Robert, un pneu serial killer embarqué contre son gré dans une télé-réalité US.

Happy ending oblige, il parviendra à s’en sortir – au terme d’aventures haletantes. Après avoir exterminé tous les méchants, non sans être lui-même flingué au passage, il se réincarnera en tricycle avant de lever une armée hétéroclite pour foncer sur Hollywood…

Comment ne pas empathiser avec un tel personnage, leader d’une horde de tricycles vides en formation de Hell’s ?

Cinq ans plus tard, le nouvel opus de Dupieux, Réalité, est d’un abord moins facile. Faute de pitch, voici le teaser : Jonathan Lambert, producteur lunatique, accepte de financer le film d’horreur que projette dans sa tête Alain Chabat, cameraman allumé. À une seule condition : qu’il trouve, pour l’illustrer, le cri le plus déchirant de l’histoire du cinéma…

Cinq minutes à peine, et déjà un hommage au Blow Out de Brian de Palma ! Tout le film est ainsi truffé de références aux réalisateurs préférés de Quentin, célèbres ou pas, mais tous américains. D’ailleurs, lui-même s’est exilé à L.A., où il a dû retrouver son ami tricycle.

Le reste du flim[1. Comme on dit dans La Classe américaine, le chef-d’œuvre de jeunesse de Michel Hazanavicius qui vaut tous les Artist du monde.] est parfaitement irracontable, tant on balance incessamment entre rêve et Réalité – qui se trouve être aussi le prénom de la jeune héroïne. Peu à peu cette histoire, déjà pas banale, s’entremêle avec d’autres encore plus décontrastantes, mais qui finiront toutes par s’emboîter – sans que l’ensemble « prenne sens » au sens andrécomtesponvillien du terme. Mais qui va au cinéma pour voir du André ?

Dupieux fait comme l’Oizo : tout est permis, quand on plane au-dessus de la Raison, et pour autant qu’on maîtrise – ce qui est diablement son cas. Des espèces de branchés du Minitel l’ont comparé au Lynch de Mulholland Drive. Et puis quoi encore ? Chez Quentin, on s’amuse avant même de comprendre ; chez David, on attend encore l’un et l’autre. « Branque », « surréel », « ovniesque » et même « inquiétant » : on a tout dit à propos de Réalité, et tout est vrai. À condition d’ajouter quand même, comme mon Télérama, que l’ensemble est « drôle et brillant ».

PS : Tiens, c’est la première fois que je fais sans rire l’éloge de Télérama. J’essaierai de le faire plus souvent ; mais ça dépend aussi d’eux.[/access]

*Photo : Hannah.

Sur TF1, Marine Le Pen condamne son père

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marine lepen fn rivarol

Une heure avant l’entretien qu’elle a accordé à Gilles Bouleau pendant le journal télévisé de TF1, je me risquais à prévoir sur un réseau social que Marine Le Pen annoncerait certainement qu’elle souhaitait que sa nièce Marion mène les listes du FN en Provence-Alpes-Côte d’Azur aux régionales de décembre prochain. Je la voyais ainsi déjà piéger la députée du Vaucluse qui n’aurait pas pu se dérober, quitte à affronter son grand-père devenu dissident.

J’avoue humblement que je me suis trompé. Certes, elle usera possiblement de cette habile stratégie dans quelques jours. Mais hier soir, Marine Le Pen n’a usé ni de tactique ni de stratégie, elle a fait dans l’émotion. Le sémillant Gilles Boyer, conseiller proche d’Alain Juppé, ne s’y est d’ailleurs pas trompé en tweetant : « Le père a réussi à faire montrer à sa fille un visage humain. Brrr ». Pendant tout l’entretien, la présidente du FN n’a pas varié le ton. Elle est demeurée posée et l’air ému, ajoutant une touche de gravité. Conversant sur le même réseau social avec un spécialiste en communication de mes amis, nous avons l’un et l’autre noté la maîtrise exceptionnelle de la prestation de la présidente du FN. Le message qu’elle voulait faire passer était simple et limpide : « Pour moi, la France est plus importante que mon père ». C’est pourquoi elle a expliqué qu’elle s’opposerait à l’investiture de Jean-Marie Le Pen aux prochaines régionales ; c’est pourquoi elle a annoncé que, tout président d’honneur qu’il était, Jean-Marie Le Pen serait convoqué prochainement devant les instances disciplinaires du parti qu’il a présidé pendant près de quarante ans ; c’est pourquoi elle a demandé solennellement à son père de se retirer définitivement de la vie politique, comme on dit sur l’île de Ré.

Marine Le Pen a définitivement compris qu’elle ne devait plus s’embarrasser d’un vieux punk comme elle l’appelait dans l’entretien accordé à Causeur en ce début de mois d’avril. Jean-Marie Le Pen, depuis quelques jours, fait vivre en accéléré toute sa vie politique, telle qu’elle avait été si bien racontée et expliquée par notre ami disparu Philippe Cohen. Un type totalement égocentrique, personnel. Un jouisseur à la mode soixante-huitarde qui ne prend son pied que lorsqu’ il est au centre du jeu médiatique. Sans doute en était-elle consciente depuis longtemps. Comme lorsqu’elle avait été tentée d’arrêter la politique il y a une petite dizaine d’années quand son père avait balancé sur l’occupation allemande, si humaine. Elle s’était mise en retrait du côté de La-Trinité-sur-Mer et avait finalement entrepris de coucher son corpus idéologique sur le papier, dans un livre intitulé À contreflots.

Mais Marine Le Pen a longtemps hésité avant de mettre le hola. Elle en a eu pourtant plusieurs fois l’occasion. Elle savait son père toujours prêt à prendre la lumière avec une des saillies dont il a le secret mais ne tranchait pas. Surtout, elle n’avait jamais vraiment intégré depuis la dernière élection présidentielle qu’elle avait désormais fait mieux que son père, rassemblant plus de six millions d’électeurs sur son nom, exploit qui dote la fille de davantage de légitimité que son père. C’est à ce moment que la présidente frontiste aurait dû prendre la décision de tourner la page paternelle en ne l’investissant pas aux élections européennes, évitant de l’exposer à Monseigneur Ebola ou à la fournée de Bruel, outrances qui lui ont peut-être coûté un groupe au Parlement européen. Et si Jean-Marie Le Pen n’avait pas décidé d’en remettre une couche chez Jean-Jacques Bourdin puis dans Rivarol, qui sait si elle ne l’aurait pas encore adoubé pour les régionales. Derrière ses postures péremptoires et sa voix de stentor, habilement adoucie hier soir, Marine Le Pen n’est pas quelqu’un qui tranche facilement. Et cela commençait à se voir un peu. À tel point que nous l’avions dépeinte, un jour, sous les traits de Léon Galipeau.

C’est donc son père, bien involontairement – qui peut croire encore à la fadaise de d’une prétendue répartition des rôles ? – qui lui a permis de cacher cette faiblesse. Il y a deux jours, je me demandais si ce n’était pas ce grave péché de misogynie qui avait fait tomber le Vieux dans le panneau. Jean-Marie Le Pen mésestime tellement les femmes qu’il croit sa fille manipulée par Philippot, et sa petite-fille instrumentalisée par lui-même. Dans les deux cas, c’est évidemment faux. Florian Philippot a été appelé par Marine Le Pen pour formaliser, mettre en musique et servir de vitrine à des idées qu’elle avait déjà. Quant à la jeune Marion, en fine stratège, elle a sans doute laissé croire habilement à son grand-père qu’il pouvait l’utiliser comme un jouet mais il n’en est évidemment rien. Le plus amusant, c’est qu’une bonne partie de la presse qui fait souvent assaut de leçons de féminisme, reprenait cette antienne jeanmariste des femmes Le Pen manipulées, avec une délectation qui n’avait égale que l’opportunisme idéologique qu’elle en tirait. Et on entend d’ailleurs la complainte de ces journaux monter depuis quelques jours : « ne nous privez pas de notre Diable ! Par pitié ! ». Il va falloir peut-être faire votre deuil, les amis…

«Français de souche», Israël : le journal d’Alain Finkielkraut

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L’expression « Français de souche » (1er mars)

Élisabeth Lévy. Au dîner du CRIF François Hollande a parlé de sa visite à Sarre-Union, « dans ce cimetière dévasté par de jeunes lycéens, français de souche comme on dit, ignorants au point de ne pas avoir vu les écritures en hébreu dans ce cimetière, inconscients pour ne pas avoir remarqué les étoiles de David » Cette expression, « Français de souche », a créé le scandale…

Alain Finkielkraut. Réagissant aux propos du président de la République, son ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, a envoyé sur les réseaux sociaux ce message indigné : «  Plus qu’une maladresse, une faute. Camus : “Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde”. » Mais par quel vocable désigner tous ceux qui ne peuvent se prévaloir d’un patronyme à consonance étrangère ? On ne doit pas les désigner, justement. Car désigner, c’est distinguer, et la distinction mène à la sélection, de sinistre mémoire. On doit certes faire la différence entre une vache landaise et un hippopotame d’Afrique, car aucun hippopotame ne sera vexé de ne pas être une vache landaise. Mais il en va tout autrement dans le monde des hommes. À dire « Français de souche », en bonne ou en mauvaise part, on porte atteinte à l’égalité des citoyens. Il ne faut donc pas nommer les choses, car « nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Sous l’égide de l’antiracisme, l’indifférenciation règne, et la vie s’aligne sur le modèle de la fosse commune..[access capability= »lire_inedits »]

Ce fanatisme du Même conduit Gérard Biard, le directeur de Charlie Hebdo, à écrire : « Il existe bien un régime de ségrégation en France, et il frappe ceux qu’on a regroupés sous l’appellation réductrice – et discriminante – de “musulmans de France” ou, pire encore, “Français d’origine musulmane”. On a assigné plus de quatre millions et demi d’individus à leur confession présumée. » Ainsi la religion de l’humanité confie-t-elle au langage ce mandat extravagant : non plus faire apparaître la pluralité humaine, mais la rendre définitivement invisible.

Et la couverture de l’hebdomadaire satirique où est paru cet article représente le petit chien de Charlie poursuivi par une meute de molosses enragés : un évêque, un islamiste, un représentant de La Manif pour tous, conduits par Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. « C’est reparti », dit la légende. En effet, la parenthèse se ferme. Au mépris de la mobilisation nationale du 11 janvier, la vieille haine domestique refait surface : le facho, voilà l’ennemi. Ceux qui disaient « Je suis Charlie » en pensant qu’il venait de se passer quelque chose se sentent floués. La guerre de Troie n’a pas eu lieu, leur font savoir maintenant ses premières victimes.

La guerre de la fessée (8 mars)

La France a été condamnée par le Conseil de l’Europe, car son droit « ne prévoit pas d’interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels à l’égard des enfants », ce qui est une violation de la Charte européenne des droits sociaux. Qu’en pensez-vous ?

La psychanalyste Françoise Dolto disait, dans une interview ancienne, qu’une petite taloche était beaucoup moins pernicieuse que des mots choisis pour faire mal. Mais comme ces féministes qui criminalisent la galanterie, c’est-à-dire la civilisation, pour mieux combattre la barbarie du viol, en proclamant que « Bonjour, ma belle ! » est une remarque sexiste, le Conseil de l’Europe a adopté la théorie de la pente glissante. La fessée, dit-il, doit être abolie dans tous les pays du Vieux Continent, car c’est par ce geste, en apparence anodin, que commence le calvaire des enfants battus. L’Europe était, jusqu’à une date récente, l’Amateur des jardins. Elle est devenue l’Ours qui « empoigne un pavé, le lance avec roideur » et casse la tête du vieillard endormi pour chasser la mouche posée sur son visage.

L’euthanasie (15 mars)

C’était la proposition n° 21 du candidat Hollande: « Que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. » La loi Claeys-Leonetti, qui autorise le recours à «une sédation profonde et continue» jusqu’au décès, inquiète les adversaires de l’euthanasie et déçoit tout autant ses partisans. « Pendant ce temps, on continue à mal mourir », s’indigne Jean-Luc Roméro. Y a-t-il une bonne mort ?

Homo festivus aura beau faire, la mort ne sera jamais légère. Rien – ni religion, ni morphine – ne pourra en apaiser le scandale. « Dieu même a craint la mort », dit Néarque à Polyeucte qui s’apprête au martyre. « Quand il s’agit de périr, commente Péguy, le corps comprend très bien qu’il n’y a plus à blaguer. Un instinct profond l’avertit, un secret instinct organique, que c’est sérieux, qu’il s’agit de mourir même. (…) Alors il se révolte, le corps. Il se défend. Ça n’est pas juste. Ce n’est pas organiquement juste. Et le corps du saint ne se révolte pas moins que le corps du pécheur. » Reste qu’il y a une différence abyssale entre mourir et crever, ou encore entre dire adieu aux siens et décéder seul, entubé, dans le blême anonymat d’une chambre d’hôpital. La civilisation, c’est-à-dire la mise en forme de l’existence humaine, doit pouvoir intégrer le passage de vie à trépas. Initialement, d’ailleurs, le projet moderne de domination de la Nature pour l’amélioration du sort humain avait cette ambition. « J’estime, disait Francis Bacon, le premier rédacteur de ce grand projet, que c’est la tâche du médecin, non seulement de faire retrouver la santé, mais encore d’atténuer les souffrances et les douleurs. Et ce non seulement quand un tel adoucissement est propice à la guérison, mais quand il peut aider à trépasser paisiblement et facilement. » Depuis Bacon et les Diafoirus de Molière, la médecine a fait des miracles. Mieux que toute autre technoscience, elle a, pour paraphraser Balzac, transporté dans le présent « ce qui nous attendait par-delà le Requiem », elle a rapatrié sur terre l’espérance des hommes : la santé a détrôné le salut, et la longévité du corps, l’immortalité de l’âme.

Mais il y a un revers de la médaille, il y a une Némésis du progrès : dans un corps devenu appareil, tout est réparable, tout est remplaçable, sauf le cerveau. L’encéphale ne se greffant pas encore, « la médecine engendre aujourd’hui des handicapés », comme l’écrit Anne-Laure Boch, neurochirurgien à La Pitié-Salpêtrière. La promesse de longévité contient maintenant, pour tout un chacun, la menace de devenir un « nonagénaire dément ». Passé 50 ans, le moindre trou de mémoire nous fait penser à la maladie d’Alzheimer. Nous ne sommes plus seulement des êtres pour la mort, comme le voulait Heidegger, mais des êtres pour la démence sénile et sa terrible triade : apraxie, aphasie, agnosie. Un patient apraxique est incapable de porter un verre d’eau à sa bouche. Un patient agnosique est perturbé par le bout de viande qu’il a dans son assiette et, ne sachant plus à quoi sert une fourchette, il peut très bien l’utiliser comme un peigne. Sa syntaxe, enfin, peut devenir incompréhensible. Ainsi de nombreux vieillards meurent-ils ligotés parce qu’ils sont en permanence tentés d’arracher la sonde gastrique qui les nourrit. Est-ce cela que nous voulons pour nous-mêmes et pour nos proches ?

Dans son livre Je vous tiendrai la main. Euthanasie, travaux pratiques, Paulina Dalmayer reproduit cette lettre déchirante reçue par un médecin belge : « Je vis sans espoir, sans passé, sans mémoire, sans avenir. J’ai la maladie d’Alzheimer. Je perds peu à peu la parole (…). Je meurs un peu chaque jour (…). Je n’appartiens pas à un dieu. Je suis libre. Je pense au suicide assisté. J’ai fait ma demande parce que je suis fatiguée. J’ai fait mon devoir envers la société. Tout le monde peut attraper Alzheimer, riche ou pauvre. » Et dans une carte postale envoyée un peu plus tard, cette femme au bout du rouleau écrit au médecin que, s’il n’accepte pas sa demande, elle essaiera de s’écraser contre un mur avec sa voiture. Je ne sais pas ce qu’il est advenu d’elle, mais je pense en la lisant à l’éditeur Charles Ronsac qui, dans une émission de télévision, se félicitait d’avoir gardé chez lui sa femme atteinte de cette pathologie neurodégénérative et qui disait, sans saisir la portée de cette révélation, qu’il devait continuellement veiller sur elle car elle profitait de la moindre inattention pour monter au balcon et tenter de se jeter dans le vide. Et je pense, a contrario, à l’écrivain belge Hugo Claus, lucide sur l’hébétude vers laquelle il tendait, et qui a pu interrompre le processus destructeur de l’Alzheimer en sabrant le champagne avec son épouse juste avant de recevoir l’injection létale dans une clinique prévue à cet effet. Je voudrais pouvoir bénéficier de cette possibilité, au cas où, et les médecins qui me la refusent aujourd’hui en se drapant dans le serment d’Hippocrate ou dans le sixième commandement oublient que la morale, ce n’est pas le souci de la morale, c’est le souci d’autrui. Quand on ne peut rien faire d’autre pour son prochain que de l’aider à mourir, alors il faut l’aider à mourir. « Il est inconcevable, écrit George Steiner, que l’on puisse garder en vie malgré eux ceux qui n’ont plus pour seul espoir que de quitter la vie. Cela me semble d’un sadisme affreux. » Sadisme est un mot fort, mais ce n’est vraiment pas faire preuve de sollicitude que de prolonger malgré lui l’être à qui l’on annonce son inéluctable déchéance ou que de lui offrir, comme le permet maintenant la loi, une sédation profonde et continue deux semaines avant le grand sommeil.

Vouloir mourir dignement ne signifie en aucune façon que les infirmes ou les non-performants sont indignes de vivre. Mais si l’égale dignité de tous les êtres humains ne se discute pas, reste ce que l’on doit à soi-même et à ses proches. Mes parents résumaient leur morale à cet impératif : « Sois un mensch ! » Je ne suis pas assez cabotin pour souhaiter que ma mort ait de la gueule, mais je voudrais pouvoir être un mensch jusqu’à la fin et que la médecine m’y aide.

La victoire de Netanyahou en Israël (22 mars)

Contrairement aux prévisions des sondages, qui annonçaient la victoire du bloc de l’Union sioniste Livni-Herzog, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a remporté une large victoire électorale en promettant de ne pas accepter d’État palestinien. Quel bulletin auriez-vous mis dans l’urne si vous étiez israélien ?

L’un des messages publicitaires diffusés par le Likoud sur les réseaux sociaux montre un couple de la classe moyenne dans son appartement. Soudain, la sonnette retentit. La femme va ouvrir, et qui découvre-t-elle sur le pas de la porte ? Le Premier ministre d’Israël en personne. Répondant à l’annonce, celui-ci se propose de garder les enfants pendant que le couple va au cinéma. « Bibi, claironne-t-il, c’est plus sûr que Tzipi (Livni), qui est instable, versatile, et qui peut s’en aller à tout moment. » Le papa et la maman acceptent, éperdus de gratitude. « Je suis Bibi-sitter », conclut Benyamin Netanyahou, pas peu fier de sa trouvaille.

En regardant ce film sur Internet, j’ai eu une pensée émue pour David Ben Gourion, qui s’était opposé de toutes ses forces à l’introduction de la télévision en Israël. Pour que l’interdit soit levé, il a fallu attendre 1968 et que le « Vieux Lion » ait pris sa retraite à Sde Boker. En 2015, l’écran est partout, et il règne sur Israël dans sa version la plus agressivement américaine. À l’âge du show-business, Netanyahou joue sans vergogne son propre rôle dans un sketch destiné à faire peur en faisant rire, car, comme l’a écrit Neil Postman dans un livre dont le titre – Se distraire à en mourir – annonce la noirceur, « le divertissement est aujourd’hui le mode de présentation naturel de toute expérience ». Les juifs ont résisté à tout, résisteront-ils à l’infantilisation programmée par la vidéosphère ? C’est la question que pose cette campagne électorale.

Reste que, blague à part, Netanyahou a été reconduit à son poste de Premier ministre parce que les Israéliens sont inquiets. Et cette inquiétude n’a rien d’irrationnel. Elle est même solidement argumentée. Israël s’est retiré du Liban-Sud et il a eu le Hezbollah, Israël s’est retiré de Gaza, et il a eu le Hamas, qui peut garantir, à l’heure de l’islamisme conquérant, que l’État palestinien ne se transformera pas, tôt ou tard, en Hamasland ? Cela, le Likoud n’en veut à aucun prix. Mais que veut le Likoud ? La perpétuation indéfinie du statu quo ? L’annexion de la plus grande partie de la Cisjordanie avec octroi de la citoyenneté israélienne aux Palestiniens, comme le demande Naftali Bennett, le chef du Foyer juif  ? Israël aura alors choisi, en guise de sécurité, la violence endémique du choc des cultures.

On aimerait, bien sûr, que les Palestiniens reconnaissent Israël comme État juif, car leur réticence à le faire prouve qu’ils en contestent encore la légitimité. Mais que répondre à ceux d’entre eux qui n’ont d’autre désir que l’indépendance et qui disent : « On accepte de distinguer un partage de la pizza avec les Israéliens, mais cela suppose qu’ils arrêtent de la manger pendant la discussion. » ? On a l’impression que la droite israélienne, qui se défie des Palestiniens, fait tout, par sa politique de construction dans les territoires occupés, pour les rendre conformes à l’opinion négative qu’elle a d’eux. Elle s’alarme de leur radicalisation et elle travaille à les radicaliser. Reste le frêle espoir que Benyamin Netanyahou n’aie pas d’autre choix que de retourner à la table de négociation et que, sous égide américano-européenne, puisse se faire un partage équitable de la pizza. Cela ne transformera pas les ennemis en amis, mais la paix, au sens diplomatique, peut offrir à l’inimitié une autre issue que la guerre, et elle doit permettre à Israël de rester soi-même au lieu de devenir un Liban chauffé à blanc.[/access]

*Photo : BEN GERSHOM/G.P.O./SIPA. 00649059_000002.

Jean-Vincent Placé : le dérapage de trop?

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« Je ne suis pas très Larzac ! J’aime passionnément mon pays, son histoire, ses cultures. Je suis attaché à ses figures, dont Jeanne d’Arc. J’assume sans problème mon côté maurrassien. Je suis assez conservateur. Je pense que 1968 n’est pas une date essentielle de notre histoire. »

Ces propos ont été tenus dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles le 5 juillet 2012. Rien d’estomaquant jusque-là. Sauf que leur auteur n’est autre que le président du groupe écologiste au Sénat, Jean-Vincent Placé, ancien militant radical… de gauche, proche de Michel Crépeau connu comme le loup blanc par la base des Verts. As des combinazione, Placé traîne une réputation de machiavélien amateur de bonne chère bien-de-chez-nous. La semaine dernière, il aggravait son cas en déclarant EELV « en état de mort clinique » peu après avoir participé à un rassemblement d’écolos des deux bords – Lepage, Waechter, Benhamias –  qui piaffent dans le hall d’entrée du gouvernement. Depuis, les noms d’oiseau fusent entre les Verts fidèles à la ligne Duflot, esquissant un rapprochement (factice ?) avec Mélenchon et les « unionistes » Placé, Pompili, Cosse ou Rugy, qui font les yeux doux à Manuel Valls.

Bien malin qui saura prédire l’issue de la bataille. Moi, pour avoir flâné dans les travées de leur université d’été, j’ai déjà une petite idée du communiqué que le PolitBuro de la rue La Fayette publierait si l’histoire tournait au vinaigre. Cela ressemblerait à quelque chose dans ce goût-là : « Jean-Vincent Placé est dans une spirale entre la terre brûlée et le suicide politique. Son but est de nous nuire. […] Nous allons réunir le bureau exécutif pour trouver les meilleurs moyens de protéger les intérêts d’Europe Ecologie -Les Verts. »

UMP : la primaire aura bien lieu

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sarkozy ump primaire

La primaire de droite est organisée. Tout semble réglé. Comme le souhaitaient Alain Juppé et François Fillon et comme le craignaient beaucoup de militants sarkozystes, le fonctionnement a été calqué sur l’organisation de la primaire socialiste de l’automne 2011, afin que le nombre de votants soit le plus important possible. Ainsi, la simple signature d’une charte qui ne casse pas trois pattes à un canard et le paiement d’une somme symbolique de deux euros (couvrant les frais de fonctionnement du scrutin) permettra à n’importe quel électeur de participer. De même, 10 000 bureaux de vote sont prévus (la gauche en avait ouvert 9500 à 10000 en 2011) mais il faudra bien examiner leur implantation sur le territoire.

Juppé et Fillon ont donc tout lieu d’être satisfaits. Nicolas Sarkozy a accepté les conditions de ses adversaires les plus solides. Comme il n’est pas un perdreau de l’année, il doit savoir ce qu’il fait, et penser que même avec les règles réclamées par ses adversaires, il leur mettra quand même une fessée. Alain Juppé n’a pas tort quand il dit : « avec 500 000 votants, Nicolas Sarkozy a ses chances, et avec trois millions, j’ai mes chances ». En effet, la participation du seul bloc de militants et d’anciens militants de l’UMP donnerait une majorité à Nicolas Sarkozy, sans doute dès le premier tour. On peut aussi parier que dans le contexte d’un premier tour de l’élection présidentielle (donc à très forte participation), l’ancien président devancerait de très loin le maire de Bordeaux. Qu’en est-il en revanche pour cet « entre-deux » que constitue une primaire ouverte aux « sympathisants », catégorie beaucoup plus impalpable et très difficilement sondable ? Sans doute Juppé n’a-t-il pas tort de penser qu’il s’agit là de la configuration la moins favorable à Nicolas Sarkozy. Les « sympathisants » risquent fort d’être davantage urbains que ruraux ou périurbains, plus CSP+ que de la « droite des garagistes » chère à William Abitbol, et coller avec la droite bourgeoise et très propre sur elle, davantage séduite par Alain Juppé que par l’ancien président. Nicolas Sarkozy pourrait être victime, à l’instar de Ségolène Royal en 2011, de l’abstention d’une droite profonde – notamment en milieu rural- qui l’apprécie davantage que les énarques Juppé et Fillon, mais qui ne se déplacerait pas en novembre 2016.

Malgré toutes ces données, Nicolas Sarkozy se croit supérieur à ses adversaires. Parie-t-il sur sa capacité à rallier Fillon contre Juppé au second tour (ou l’inverse même si cette configuration est moins probable) ? Il aurait tort, d’une part parce qu’il concentre détestation et méfiance de la part de ces deux-là et que la proximité de leurs programmes (néo-thatchérien sur le plan économique, et modéré sur le plan sociétal) les fait converger. Pense-t-il prendre Alain Juppé à son propre piège centriste en encourageant la candidature de Jean-Christophe Lagarde à la primaire, qui pourrait manger de la laine modérée sur le dos bordelais ? Pari risqué. Hormis en Seine-Saint-Denis, département à la fois le plus abstentionniste et le plus lagardiste de France, le président de l’UDI ne mobilise pas les foules. Suscitera-t-il la candidature de Bruno Le Maire, qui bien qu’ayant fait une campagne très droitière à la présidence de l’UMP, conserve l’image d’un homme modéré ? Pari beaucoup plus intéressant ! Le Maire pourrait rallier au second tour de la primaire celui qui lui aurait permis d’obtenir les parrainages, lui permettant d’être présent au premier, et rêver à Matignon. C’est peut-être cette équation que Nicolas Sarkozy a en tête. Il pourrait même faire coup double avec NKM et l’électorat modéré serait ainsi émietté, à la défaveur de Juppé.

Nicolas Sarkozy semble négliger également le renfort d’électeurs de gauche en faveur de Juppé. Déjà certains chroniqueurs se font ouvertement les porte-parole du candidat « républicain », pariant sur l’échec annoncé de François Hollande, et considérant le maire de Bordeaux comme un moindre mal, une sorte d’assurance-vie contre leurs phobies – car eux aussi en ont ! Si les bureaux de vote sont nombreux dans les grandes villes, certains électeurs de gauche très politisés pourraient être tentés d’aller participer à cette primaire. Mais est-on bien sûr qu’ils feraient tous le même calcul ? Si certains voient déjà le candidat socialiste perdant, d’autres peuvent aussi bien faire le pari que François Hollande aurait davantage d’espace électoral confronté à Nicolas Sarkozy qu’à Alain Juppé ! Et ceux-là iraient donc voter pour l’ancien président. Ils franchiraient le pas d’autant plus facilement que François Bayrou a fait comprendre qu’il serait candidat en cas de candidature de Sarkozy et soutiendrait la candidature éventuelle de Juppé ! Au total, les voix des gens de gauche participant à cette primaire pourraient très bien s’équilibrer entre optimistes et pessimistes : rien de décisif pour troubler la véritable compétition à droite.

Mais toutes ces conjectures ne vaudraient plus grand chose en cas d’impossibilité « bygmalionne » pour Nicolas Sarkozy d’être candidat. Si c’était le cas, Alain Juppé n’aurait pas pour autant bataille gagnée, tant sa candidature n’est finalement qu’une dynamique anti-Sarko. Il ne faudrait pas non plus exclure l’émergence d’un Bertrand, fort d’une victoire aux régionales dans le Nord (ou d’un Le Maire) qui pourrait coiffer (sic) Juppé sur le poteau. On reconnaît en tout cas à Thierry Solère, député de Boulogne-Billancourt et artisan de ce compromis d’organisation, un certain talent pour avoir mis tout les candidats d’accord entre eux. Chapeau ! La primaire à droite aura bien lieu. Pour le meilleur ou pour le pire.

TV5 Monde piraté par l’Etat islamique

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(Avec AFP). Ce matin, la chaîne francophone internationale TV5 Monde, piratée hier soir par des individus se réclamant du groupe jihadiste Etat islamique (EI), ne peut plus diffuser que des programmes enregistrés.

« À l’heure où l’on parle, nous avons réussi à restaurer un signal unique sur l’ensemble de nos chaînes mais nous ne pouvons diffuser que des programmes préenregistrés, nous ne sommes pas encore en état de rétablir la diffusion ni la production de nos journaux », a indiqué sur RTL le directeur général de TV5 Monde, Yves Bigot.

« On a repris la main sur Facebook et Twitter », a déclaré à l’AFP Yves Bigot, au cours de la nuit dernière. Des messages menaçant la France n raison de son engagement militaire anti-jihadiste et revendiquant les attentats de janvier circulaient hier soir sur le site de la chaîne. Simultanément, des documents présentés comme des pièces d’identité et des CV de proches de militaires français impliqués dans les opérations contre l’EI avaient été postés sur le compte Facebook de TV5Monde par les pirates.

« Soldats de France, tenez-vous à l’écart de l’Etat islamique! Vous avez la chance de sauver vos familles, profitez-en », pouvait-on lire dans un message des pirates publié sur Facebook pour accompagner ces documents. « Au nom d’Allah le tout Clément, le très Miséricordieux, le CyberCaliphate continue à mener son cyberjihad contre les ennemis de l’Etat islamique ».

Ce piratage est intervenu le jour du lancement de TV5 Monde Style HD, nouvelle chaîne thématique consacrée à « l’art de vivre à la française ». Cependant, pour M. Bigot, le piratage « n’a aucun lien » avec ce lancement, car une cyberattaque d’une telle puissance nécessite des semaines de préparation.

Les pirates de l’Etat islamique n’en sont pas à leur premier détournement. Il y a quelques semaines, ils se sont attaqué au compte Twitter du commandement militaire américain au Moyen-Orient, diffusant les noms et les données personnelles de nombreux soldats engagés dans la lutte contre Daech en Irak.

Le FN, dernier rempart contre l’extrême droite?

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Il y a quelques années, on votait FN en loucedé, bien planqué dans l’isoloir, et on ne s’en vantait pas à la machine à café – qui se proclamerait tranquillement nazi ? Si on observe la réalité à travers les lunettes médiatiques, on peut penser que rien n’a changé. Tel père, telle fille, répètent inlassablement les journalistes. Ils ne savent pas que, des électeurs du FN, ils en croisent tous les jours, peut-être même parmi leurs copains, qui sont totalement étrangers à l’histoire et aux démons de l’extrême droite. Ni que dans nos belles provinces des citoyens parfaitement respectables portent sans complexe les couleurs de Marine. On entend même des bobos parisiens commenter la dernière prestation télé de la fille Le Pen, sans les mines outragées et étranglements de rigueur. Ou des gens très bien – lecteurs de Télérama et électeurs de gauche – dire à table qu’il faudrait « rouvrir Cayenne » pour y envoyer nos islamistes « casser des cailloux à vie ».

Tout occupés qu’ils sont à traquer les intentions fascistes, les amitiés douteuses, les arrière-pensées racistes – sans oublier les déclarations bien réelles et parfaitement dégoûtantes d’une vingtaine de candidats promptement éjectés –, les médias sont aveugles à l’essentiel : la montée en puissance électorale et la conquête de mandats électifs s’accompagnent presque mécaniquement d’une normalisation culturelle. Si le FN réalise des scores de notable, c’est parce qu’il donne de nombreux signes de notabilisation.[access capability= »lire_inedits »]

Après les attentats de janvier, MLP n’a pas parlé de bateaux pleins de Kouachi en puissance déferlant sur nos côtes. Elle a préventivement exprimé son « refus des amalgames », comme n’importe quelle représentante du « Système » : « Personne ne souhaite qu’une confusion soit effectuée entre nos compatriotes musulmans attachés à notre nation et à ses valeurs, et ceux qui croient pouvoir tuer au nom de l’islam. » À l’exception de la mention de crimes commis « au nom de l’islam », ces mots auraient pu être prononcés par Hollande, Valls ou Juppé.

On est loin des années 1980, quand les militants FN tendance GUD recouvraient les « Touche pas à mon pote » de SOS Racisme d’autocollants représentant des femmes voilées sur un tapis volant, sous le slogan « Mettez les voiles ! », ou des badges « Bon voyage mon pote ! ». Depuis quelques mois, sur ces « sujets qui fâchent », on dirait que la consigne est d’être « irréprochable », comme dirait Cukierman. Une sortie antisémite de trop, et Jean-Marie Le Pen a été prié d’aller tenir son journal ailleurs que sur le site internet du Front. Ces temps-ci, une blague raciste ou un tweet moisi d’un candidat, et c’est la reconduite immédiate à la frontière du Front. Le camp antifasciste ne s’en laisse pas conter. La modération du discours, la main tendue à « nos compatriotes musulmans », le souci d’échapper au soupçon de racisme sont autant de ruses pour acquérir une respectabilité de façade. Les vrais « fachos », ou ceux qui s’en rapprochent le plus, croient au contraire que, derrière la façade, c’est la maison entière qui devient respectable, bien trop à leur goût. Pour tout dire, le Front de Marine, ils le trouvent un peu « mou du genou ». Pour les « historiques », héritiers directs de la vieille extrême droite et de l’antisémitisme qui va avec, le plus fâcheux, c’est de ne plus avoir le droit de faire des blagues sur les juifs. Mais qu’ils appartiennent à la mouvance identitaire ou nationaliste, ou encore à la branche qu’on appellera « laïcarde », les « jusqu’au-frontistes » partagent une même obsession de l’islam, érigé en ennemi prioritaire. Ce n’est pas l’islamophobie du nouveau FN qui les inquiète mais les germes de « soumission » qu’ils croient déjà détecter en son sein.

Certes, en l’absence de tout autre débouché politique, ces orphelins du FN de papa restent un marché électoral captif pour celui de la fille. Il n’en est pas moins intéressant de comprendre ce qui se trame dans cette nébuleuse disparate située à la droite du Front. C’est ainsi que, le 15 mars, je décide d’assister aux « Assises de la liberté d’expression », organisées par les associations Riposte laïque et Résistance républicaine à Rungis, dans la banlieue sud de Paris, les organisateurs ayant essuyé plusieurs refus dans la capitale.

Devant l’entrée de la salle, passablement sinistre, trois costauds en bombers chargés de la sécurité rigolent. À l’intérieur, je suis vite plongé dans l’ambiance. « Nous ne voulons pas de ces cochons salafistes !, hurle en allemand la jeune Mélanie Dittmer, le poing levé. Nous devons nous soulever ! Nous sommes le peuple. » La sono sature légèrement, tandis qu’un speaker traduit l’appel à l’insurrection de la responsable de Pegida. Des applaudissements parcourent les rangées de cheveux gris. Question look, ce n’est pas exactement la fashion week. Sur les murs, deux grandes banderoles se répondent : « Union des patriotes » d’un côté et, de l’autre, « Le fascisme islamiste ne passera pas ». J’entre dans un local identifié par une pancarte « Apéro saucisson pinard ». Le vin sort de Cubitainers et le saucisson d’une charcuterie industrielle, mais il n’y a pas que la nourriture dans la vie, et les symboles ? Une quinqua de chez Radio Courtoisie confie, la bouche pleine : « On est lucides sur Marine, mais on vote pour le Front quand même, parce qu’on n’a pas le choix, il n’y a rien d’autre. »

Ici, la défense de la liberté d’expression a un caractère monomaniaque : la seule liberté dont il est question, c’est celle de dire qu’il faut bouter l’islam hors de nos frontières. Après la première intervention intitulée, tout en nuances, « La militante musulmane à l’assaut de la France », Christine Tasin, la présidente de Riposte laïque, appelle sobrement à « se battre contre le système de la dhimmitude pour préserver la liberté d’expression ». « Nous ne sommes pas des emburkinées », s’écrie cette femme qui se dit toujours « de gauche », alors que ce seul mot semble susciter le dégoût, la colère ou l’effroi de la majorité de l’assistance. Enfin, l’invité le plus illustre monte sur scène, encouragé par une assistance enthousiaste. Renaud Camus a écrit un faux conte pour enfant dans lequel « un petit Dieu cruel » nommé « Padamalgam », est vénéré par tous bien qu’il ait permis le débarquement massif d’« envahisseurs » lancés à « la conquête » du continent Øropa (prononcer Europa).

Ici, le Le Pen qu’on aime, c’est le père. Il figure en couverture de la brochure promotionnelle de « TV Libertés », où le Vieux « peut enfin s’exprimer librement », et où Alain de Benoist anime une émission. Créée en 2014 par Philippe Milliau, un HEC de la même promo que DSK, « TV Libertés » se présente comme « la première chaîne de réinformation de France ». Issu de la Nouvelle Droite, longtemps proche de Dominique Venner, Milliau a suivi son ami Jean-Pierre Stirbois au Front national en 1986, avant de suivre les mégrétistes lors de la scission sanglante de 1992. Il confie redouter l’existence, au sein du FN, d’un tribunal informel chargé de relayer les procès en sorcellerie intentés par les médias mainstream. Sans compter, euphémise-t-il en riant, que « le programme économique de Marine Le Pen laisse à sa droite un très large espace ».

Il n’est pas le seul frontiste de la grande époque à cracher dans la soupe bleu marine. Carl Lang, qui a quitté le Front en 2008, préside aujourd’hui le lilliputien Parti de la France (PLF), dont il s’active à faire le refuge des déçus du marinisme. Il s’en explique lors d’un entretien téléphonique : « Marine Le Pen a été promue par les médias. Résultat, aujourd’hui, le FN fait partie des meubles. » Sans surprise, c’est le discours « citoyen, laïciste et républicain sur l’islam » de la présidente qui hérisse Carl Lang : « Elle est pour un islam de France, comme tout le monde. Elle dit la même chose que les autres. » De surcroît, quoique plus anti-européenne que son père, Marine est aussi, selon Lang, bien moins attachée que lui à la « droite patriote » : « Elle fait du nationalisme de gauche par électoralisme. Évidemment, le meilleur moyen de ne plus être d’extrême droite, c’est de ne plus être de droite. » Candidat du PLF à Beauvais, Thomas Joly ne dit pas autre chose, dans une interview au site Le Rouge & Le Noir : « À force de se renier, de s’aplatir avec zèle devant les diktats des lobbies de la pensée unique, le Front National de Marine Le Pen n’est plus ce pôle anti-Système qu’il incarnait autrefois. » Pour Lang, cette stratégie est un piège : « Elle croit qu’elle peut se dédiaboliser elle-même, mais en fait elle se normalise. »

Dans ces conditions, Marine Le Pen serait-elle le dernier rempart contre l’extrême droite ? Pour savoir si cette blague contient une part de vérité et découvrir l’endroit où se terre désormais la bête immonde, on prend langue avec un sympathisant de longue date qui, sans avoir jamais milité, affirme avoir ressenti « une adhésion maximale » aux thèses du Front jusqu’à la prise de pouvoir de Marine Le Pen. Comme beaucoup d’autres, il regrette la « mélenchonisation » du programme économique : « Applaudir la victoire des néo-bolchos de Syriza en Grèce, c’est pas mon truc. » Poujadiste assumé, il regrette « la vision libérale modérée » de Jean-Marie Le Pen et le virage « étatiste jacobin » pris par sa fille pour « rafler des électeurs à gauche, au risque de décourager des sympathisants UMP qui auraient pu basculer ». Mais, pour ce catho tradi qui œuvre dans une association caritative, l’essentiel, ce n’est pas l’économie : « Les questions identitaires et religieuses concernant l’islam et la chrétienté sont rejetées dans une zone de flou. On ne sait pas ce qu’elle pense ni si elle pense ce qu’elle dit. Quand un gay mondain comme Renaud Camus, ancien pote d’Andy Warhol, est plus radical que Marine Le Pen, il y a peut-être un petit problème… »

Si la gauche LGBT a découvert avec stupéfaction que l’on pouvait être à la fois homosexuel et lepéniste, la nouvelle tendance « gay friendly » n’enthousiasme pas tous les frontistes canal historique. L’un d’eux me parle de « Rassemblement Rose Marine », tandis que d’autres soupçonnent carrément Florian Philippot de vouloir créer « un parti dans le parti » en recrutant à tout-va de gentils bobos, diplômés et bien mis, qui en ont simplement marre de se faire agresser dans les rues de leurs centres-villes – ce que d’aucuns qualifient de ligne « homo-sécuritaire ». Cette piste m’est suggérée par un connaisseur croisé au cours d’une conférence de Dextra, émanation dissidente de l’Action française qui rassemble des jeunes gens cultivés des banlieues Ouest. L’ambiance, ici, est donc nettement plus intello, et le look Deschiens moins en vogue qu’à Rungis. Dans le bar parisien où se tient cette réunion hebdomadaire, on ne s’embarrasse pas de respect pour les anciens : « Jean-Marie Le Pen, c’est le cirque Pinder », déclare mon interlocuteur, qui ne désespère pas cependant « que la droite nationale soit reconnue comme un courant dans le parti ». Il continuera à voter FN, dans l’espoir qu’un nombre conséquent de députés Front national obligera l’UMPS à changer de politique. Pour le reste, il ne se fait pas trop d’illusions : « Ils n’ont même pas le nombre de technocrates suffisant pour faire tourner le ministère de l’Equipement… »

Un autre de nos contacts, membre d’un groupuscule qui partage son temps entre boxe et maraude pour SDF bien de chez nous, est en revanche bien décidé à ne plus donner sa voix à un parti dont « l’opportunisme vire au reniement, et les compromis à la compromission ».

Déçu par le manque d’épaisseur et l’absence de la moindre fibre révolutionnaire des militants de la « génération Marine », il ne cache pas son amertume : « La droite n’a jamais osé imposer son propre langage, ses concepts. Or, accepter le langage de l’adversaire, c’est lui donner des gages. Résultat, le FN attire tout un courant d’opinion qu’il ne souhaite plus représenter. Des millions de Français vont voter pour un parti beaucoup moins radical qu’ils ne le croient. » Beaucoup moins radical en effet, sur le plan identitaire, et beaucoup plus radical qu’ils ne le voudraient sur le plan économique.

Autrement dit, malgré ces éclatants succès électoraux Marine Le Pen pourrait faire fuir une partie de sa base traditionnelle qui préfère stigmatiser « ces cochons de salafistes » que faire la guerre aux Allemands. Certes, ces déçus du frontisme ne constituent pas une mouvance organisée et encore moins une force électorale susceptible de menacer l’ascension du parti lepéniste. En attendant, Marine Le Pen devra tenir un équilibre plutôt périlleux en prouvant à la fois sa capacité de détruire le « système » et son aptitude à l’intégrer.[/access]

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00678372_000016.

Le premier meurtre de la révo.cul.

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Hu Jie est un cinéaste indépendant chinois. Un des plus grands. Il vit, très modestement, à Nankin. Il a produit et réalisé la plupart de ses trente films documentaires avec une petite caméra. J’ai fait sa connaissance récemment à Paris lorsqu’il a été invité par l’Ecole nationale des Chartes. J’ai alors eu le plaisir de lui servir d’interprète et j’ai décidé de contribuer à la version sous-titrée française de plusieurs de ses films, d’aider à leur diffusion en milieu scolaire et sur des sites web accessibles gratuitement. C’est déjà le cas pour « Ne pleurez pas sur mon cadavre », une citation d’un poème de Pasternak, le premier de ses documentaires ainsi désormais facilement disponible, sur Dailymotion.


Though I Am Gone – vo sub-fr par rue89

Mais pour ceux qui préfèrent les films sur grand écran, une projection est programmée à la Cinémathèque française, à Bercy, le 10 avril à 17h15. Quelques lignes pour préparer le lecteur à regarder ce film déstabilisant : la révolution culturelle a provoqué probablement quatre millions de morts, en dix ans, de son lancement par Mao Zedong en 1966 jusqu’à sa conclusion – avec la mort du «grand timonier» – en 1976. Hu Jie raconte ici l’histoire de la première victime : une respectable cadre du PCC, vétéran du mouvement communiste, proviseur adjoint du lycée de filles le plus renommé de Pékin, celui qui est rattaché à l’Université normale de Pékin, fréquenté par les enfants des plus hauts dirigeants. Le 5 août 1966, Mme Bian est torturée par ses élèves de terminale pendant plusieurs heures : frappée à coups de bâtons cloutés et on l’oblige à avaler des excréments. Lorsqu’elle meurt, son cadavre est jeté dans les poubelles du lycée, où son mari est invité à le récupérer. Le meurtre a été prémédité et ordonné, au plus haut niveau, ce que les élèves dans leur enthousiasme pour le Président Mao n’ont certainement pas immédiatement compris.

Parmi ces lycéennes, il y avait l’une des filles du président de la République, Liu ShaoQi. Un sort semblable attendra ce dernier à la fin de l’année 1969, trois ans plus tard : il mourra de faim et de mauvais traitements, emprisonné dans une cave. Son épouse, après des années de tortures et de prison, aura la chance de survivre.

Une lycéenne de l’établissement est devenue célèbre ce jour-là : Song BinBin, la fille de Song Ren-Qiong, un des hauts dirigeants communistes historiques. Quinze jours après le meurtre, Song Bin- Bin apparut au sommet de la Porte de la paix céleste (Tian An Men), devant un million de manifestants : elle eut l’honneur d’enfiler au bras de Mao le brassard des gardes rouges. Le film de l’événement fit le tour du monde des journaux télévisés.

Plus de trente années plus tard, plusieurs des lycéennes, parvenues au sommet des honneurs, se retrouveront pour s’incliner devant la statue de Mme Bian et exprimer leurs remords — mais sans que le mari ni les enfants de Mme Bian soient invités à cette cérémonie.

Durant les six semaines suivantes de l’été 1966, près de deux milles autres enseignants du secondaire étaient assassinés dans leurs établissements à Pékin. Ce fut le début de massacres. La révolution culturelle est – désormais – condamnée officiellement en Chine, de même que « le traître Lin Biao » qui en était – sous les ordres de Mao – le second grand dirigeant jusqu’à son élimination en 1971 et à celle de la « Bande des quatre » qui pendant dix années tint la vedette de tous les films de propagande, jusqu’à l’arrestation de ses membres aussitôt après la mort de Mao.

Jiang Qing (Mme Mao) sera par la suite condamnée à mort, lorsque Deng Xiaoping reprendra complètement le pouvoir. Elle verra sa peine commuée en prison à perpétuité, mais finira par se pendre dans sa cellule (ou être peut-être « suicidée » pour avoir insisté lors de son procès sur le fait qu’ils étaient cinq dans la « Bande des quatre », et que le cinquième était son mari).

En évoquant tout cela, je m’étonne moi, jeune Taiwanaise, que le cadavre de Mao soit toujours exposé au centre de Pékin à la vénération des touristes ; et que les memorabilia maoïstes, surtout ceux de la révo.cul., se vendent aussi chers en Chine.

Jean-Marie Le Pen précipitera-t-il la fusion des droites?

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jean marie lepen sarkozy

Les déclarations tonitruantes de Jean-Marie Le Pen à Rivarol sonnent un peu comme son testament politique : il rappelle toute l’admiration qu’il voue à Philippe Pétain, la suspicion dans laquelle il tient la démocratie, son ancrage à la droite de la droite et last but not least, son antisémitisme à peine dissimulé. C’en est visiblement trop pour Marine Le Pen qui a décidé d’en découdre avec lui. De tuer le père avant que la nature ne fasse son œuvre. C’est une question de crédibilité pour elle.

Il est probable qu’elle y parviendra. Il y aura des soubresauts, mais elle y parviendra. Car les nostalgiques de Pétain, de l’OAS ou les fachos qui sont aux racines du FN sont désormais au bord du tombeau comme leur chef de file. Avec l’enterrement de première classe que Marine le Pen prépare à son père, c’est un verrou qui saute à droite. Le Père était infréquentable, en le tuant, la fille devient beaucoup plus fréquentable. Et cette pseudo-virginité reconquise par la présidente du FN fera sans doute les affaires d’une UMP au bord de l’éclatement pour cause de recul historique (en dépit des gains électoraux en trompe-l’oeil lors des départementales)

Dans un précédent article, j’évoquais le scénario où Nicolas Sarkozy serait élu Président de la République en 2017. Il apparaissait que compte tenu du rapport de force à droite, il serait obligé de trouver un accord de gouvernement avec le FN. Rappelons avant toute chose que dans ce scénario, les députés FN entreraient massivement à l’Assemblée après avoir été en tête  au premier tour dans plus de la moitié des circonscriptions législatives. Ce rapprochement est inéluctable : l’UMP n’aura pas de majorité stable et le FN ne peut conquérir le pouvoir sans s’appuyer sur un parti de gouvernement. Mais cette convergence suppose un double mouvement idéologique.

Un mouvement de la future ex-UMP vers le FN sur le plan identitaire tout d’abord. Le noyau dur des électeurs UMP est tout autant  acquis aux thèses identitaires que l’électorat du Front national. Il suffit de parcourir le courrier des lecteurs du Figaro et de Valeurs Actuelles pour se rendre compte que la droite de la droite partage avec l’extrême-droite un socle de valeurs fortement imprégné par les thèses identitaires. Ces électorats ne demandent qu’à s’allier, reste à convaincre les états-majors.

Cette fusion identitaire sur la base des thèses anti-immigration du FN est possible parce qu’il y a désormais une forte composante légitimiste assumée (la droite de l’ordre) au sein de l’UMP aux côtés des bonapartistes (la droite sociale et républicaine)  et qu’on retrouve dans des proportions différentes ces deux composantes décrites par René Rémond au FN. Laissons pour l’instant de côté la droite orléaniste (la droite de l’argent) qui sortirait probablement de l’UMP à la suite de Juppé. Nicolas Sarkozy peut négocier avec le FN un programme ouvertement identitaire avec quelques mesures symboliques mais à l‘effet relativement limité : sortie de l’espace Schengen, instauration de quotas d’immigration, durcissement de la loi sur le voile islamique, renforcement de laïcité, restriction de certaines prestations sociales aux seuls français…

Un mouvement du FN vers l’UMP au plan économique, ensuite. Il faudrait que le FN fasse un pas non négligeable vers le noyau bonapartiste de l’UMP. En devenant euro-compatible. En effet, une UMP réduite à l’ex RPR peut accepter de remettre en cause une trop forte soumission aux injonctions de la Commission Européenne. Mais elle n’acceptera pas un programme « révolutionnaire » où d’emblée la France choisirait de sortir de l’Euro. Sarkozy est prêt à être dur sur la forme, mais il est sans doute résigné à être mou sur le fond. C’est pourquoi tous ceux qui souhaitent ce futur rapprochement entre UMP et FN attendent de ce dernier qu’il « dégauchise » son discours. La ligne Philippot sera de plus en plus contestée au FN : il incarne un FN qui se veut « révolutionnaire » au plan économique et débarrassé de tous ses oripeaux racistes et xénophobes au plan identitaire. Il est intéressant à cet égard de voir comment ceux qui, à l’instar d’Eric Zemmour, défendent ce rapprochement commencent à manger leur chapeau sur l’euro qu’ils ont pourtant voué aux gémonies. L’interview de Marine le Pen dans l’émission « Zemmour et Naulleau » est à cet égard éclairante : Zemmour y relaie les objections faites à une future dévaluation et se fait le porte-voix de ceux qui stigmatisent Philippot et sa ligne de gauche. C’est un signe précurseur de ce mouvement.

Ces deux mouvements sont possibles. Le FN allant à la rencontre de l’UMP sur le plan économique et la résultante « FN compatible » issue de l’UMP allant à la rencontre du FN au plan identitaire.

Le premier est possible parce que le FN n’est pas un parti révolutionnaire. Ceux qui voient en lui des « nationaux révolutionnaires » à l’égal des nazis se trompent sans doute. L’idéologie du FN, c’est avant tout une idéologie conservatrice, une idéologie de petits bourgeois qui se sentent les laissés pour compte de la République par ses grands hiérarques. L’histoire du FN et celle des Le Pen, en particulier, ce sont celles de l’arrivisme politique et financier : la manière dont les Le Pen se sont accaparé la fortune de Lambert est très éclairante. Il s’agissait pour eux d’aller vite dans la reconnaissance sociale et ses attributs parmi lesquels l’hôtel particulier à Montretout. Marine Le Pen ne laissera pas passer sa chance en 2017. S’il faut lâcher du lest sur l’euro et s’emparer de quelques ministères clés, elle n’hésitera sans doute pas car elle sait que le FN n’est pas en mesure de s’emparer seul du pouvoir. Le FN, c’est avant tout l’histoire de petits provinciaux avides de notabilité, d’entrées au Rotary Club et de places sous les ors de la République. Cette idéologie petite bourgeoise peut fort bien s’accommoder de ce que fut par le passé la doctrine économique du FN : l’exaltation du travail et de l’argent durement gagné, c’est-à-dire une ligne parfaitement compatible avec le « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy.

Le second est possible aussi : on sait combien Nicolas Sarkozy est proche des thèses identitaires. Aller plus loin dans ce sens qu’il n’y est allé par le passé ne lui posera sans doute pas de grands cas de conscience. Il suffit de l’écouter se laisser aller dans les travées du salon de l’agriculture pour comprendre combien il est compatible avec cette idéologie revancharde. Car comme les dirigeants du FN, il n’a jamais fait partie de la caste des grands commis de l’Etat et il serait sans doute satisfait de les mettre à l’écart. Et surtout, l’opportunisme occupe une telle place chez lui qu’il est capable de s’adapter à toutes les situations pourvu qu’elles ne remettent pas en cause la prééminence.

On voit que le scénario d’un pacte gouvernemental entre les sarkozystes et le Front national juste après les présidentielles de 2017 est une hypothèse très sérieuse. D’autant plus sérieuse que Nicolas Sarkozy a toutes les chances de l’emporter face à Juppé aux primaires et de l’emporter face à François Hollande pour la qualification au second tour des présidentielles. Ce scénario serait un deuxième enterrement pour le gaullisme. La première pelletée de terre fut jetée par Sarkozy en 2007 quand il a prétendu mettre fin au consensus national issu du CNR de 1945. La seconde pelletée pourra être donnée en 2017 par l’alliance avec les adversaires de toujours du gaullisme.

En renonçant à sortir de l’euro, Sarkozy bloquerait toute initiative révolutionnaire sur le plan économique et enfermerait la France dans un discours identitaire  fermé. Un discours de soumission sur le plan économico-politique et un discours « fort en gueule » sur le plan sociétal. Exactement l’inverse de ce que prônait le général de Gaulle : une France sûre de ses valeurs et ouverte au dialogue avec les autres peuples, mais intransigeante sur sa souveraineté économique et politique. Une France de la coopération et de l’ambition.

À l’inverse, le rapprochement de l’UMP et du FN, de l’ultradroite et de l’extrême droite sur les bases du double mouvement que nous avons décrit, conduirait au maintien consenti de la France sous la sujétion d’une politique économique bruxelloise tout en s’enfermant dans un discours de repli culturel et identitaire. Une France de la sujétion et de l’exclusion. Une France qui perd, car ses problèmes resteront entiers : le chômage de masse, la stagnation économique, le repli identitaire, le communautarisme seront non seulement toujours présents mais s’accroitront inévitablement. Dans la douleur et le désordre.

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00612200_000018

Djihad: 84% de départs en plus depuis janvier

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(AFP) – Au total, près de 1.500 Français ont quitté la France à destination des zones de djihad en Syrie et en Irak, selon un rapport sénatorial publié mercredi qui note que ce chiffre est en augmentation de 84% comparé à celui de janvier 2014.

Présentant au Sénat ce document sur « les réseaux djihadistes en France et en Europe », le sénateur Jean-Pierre Sueur a souligné que sur les quelque 3.000 djihadistes européens recensés dans les régions tenues par le groupe Etat islamique – il a précisé que tous sont loin d’avoir été recensés –, près de la moitié, soit 47%, sont Français.

« Les services de la Direction centrale de la sécurité intérieure (DGSI) suivent actuellement plus de 3.000 personnes suspectées d’être impliquées dans des filières syriennes, un chiffre en augmentation de 24% par rapport au mois de novembre 2014 », a ajouté le parlementaire.

Le rapport précise que sur les 1.432 Français concernés par cette filière, 413 se trouvent effectivement dans les zones de combat, dont 119 femmes. 261 ont quitté la zone de djihad, dont 200 pour regagner la France. 85 auraient été tués sur place et deux sont emprisonnés en Syrie.

La plateforme d’appel mise en France à la disposition des familles et des proches pour prévenir les services de police de leurs doutes avait enregistré fin mars 3.246 signalements, contre 1.608 à la fin 2014, soit une augmentation inquiétante de 116%, a ajouté le sénateur Sueur.

Il a précisé que 152 islamistes radicaux sont actuellement incarcérés en France, pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », dont seulement 22 avaient effectué un séjour préalable en prison.

Culture avec Fink, détente avec Valls!

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alain finkielkraut zemmour

alain finkielkraut zemmour

Un concert, un film, un spectacle – et le trentième anniversaire de « Répliques », l’émission d’Alain Finkielkraut ; vous, je ne sais pas, mais mon mois à moi a été rudement culturel.

Rassurez-vous, ça ne m’a pas empêché de suivre aussi l’actualité politique, des angoisses de Manuel Valls au suspense des départementales, histoire de me détendre un peu.[access capability= »lire_inedits »]

DUO FURIOSO

Jeudi 5 mars, La Maroquinerie / Concert de Two Gallants (2GS pour les intimes). L’excellent Maire Michel, à qui rien de ce qui est musical n’est étranger, a bien voulu m’accompagner. Heureusement, parce que, à part lui et Aldo Prisu, qui avait Sudoku ce soir-là, je suis le seul de mes amis à apprécier à sa juste valeur ce duo de génie.

Depuis dix ans, Adam H. Stephens et Tyson Vogel, nés en Californie comme mes dieux lares Sparks mais trente ans plus tard, pratiquent avec bonheur le pulk (crase entre folk et punk). Snobs comme des poux, ils sont allés chercher le nom de leur groupe dans une nouvelle de Dubliners (Les Gens de Dublin) de Joyce. Du coup, je me suis farci la nouvelle rien que pour eux ; eh bien, j’aurais mieux fait d’en chercher le résumé dans un vieux Sélection du Reader’s Digest. La salle était pleine, certes, mais elle n’est pas grande. Le fan-club Facebook de 2GS ne compte d’ailleurs que 38 000 membres worldwide – contre 58 millions pour David Guetta, l’artiste qui joue les bras en l’air. Bref, j’ai accepté avec reconnaissance la bonne avant-critique de Télérama. En plus, au lieu de vous raconter bêtement mes impressions d’amateur, ça me permet de citer un rock critique labellisé.

« Déferlement de guitares sauvages », écrit-il ; c’est bien l’impression que ça donne, et c’est d’autant plus méritoire qu’il n’y a qu’un guitariste – accessoirement bassiste, harmoniciste et chanteur. « Voix passée au papier de verre » : de fait, à 33 ans, Adam semble en avoir passé le double à fumer et à boire comme un Arno normal. « Sonorités accidentées » : au sein même d’une chanson, nos deux galants pratiquent volontiers les allers-retours entre calme et tempête, comme Lou Reed dans Heroin. Et quand vient le gros temps, il faut voir Tyson, déchaîné comme Keith Moon et le batteur des Muppets réunis, mais dans un style bien à lui, déclencher ses orages de fer.
Un petit reproche quand même : dans ses dernières productions, la rage originelle de 2GS semble s’apaiser dangereusement. Mais rassurez-vous, ça ne s’entend pas du tout sur scène ; et puis Adam me l’a promis, en coulisses et en V.O. : « La rage reviendra ! » Me voilà rassuré.

LE SALE AIR DE LA PEUR

Dimanche 8 mars, « Le Grand Rendez-vous » Europe 1 / Le Monde / iTélé / Causeur

Manuel Valls a peur du Front national.
Manuel Valls a même peur de Michel Onfray.
Manuel Valls se fout de notre gueule.
J’ai peur de Manuel Valls.

LAPIN CRÉTIN

Lundi 9 mars / Onfray, lui, n’a peur de rien, pas même du Petit Méchant Valls. Et quand il le remet à sa place, c’est dans un style plaisamment limpide pour un philosophe : « Manuel Valls préfère une idée fausse, pourvu qu’elle soit de gauche, à une idée juste si elle est de droite. J’ai vérifié dans le dictionnaire, ça s’appelle un crétin. »

Sur ces entrefaites, Libé s’efforce aimablement de jouer les casques bleus en titrant « Retour sur un malentendu » (?). Et c’est avec un art consommé de la litote qu’il résume dans son chapô l’échange entre le crypto-facho et le crétin du dico : « Le Premier ministre a critiqué Michel Onfray pour des conseils de lecture polémiques. Le philosophe a contre-attaqué, parlant d’erreur d’appréciation. » Ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises…

Mais voilà que, dans le corps du papier, le ton change, et l’auteur prend parti hardiment : « Difficile de ne pas comprendre l’énervement de Michel Onfray, tant ses propos ont été déformés par Manuel Valls. » Il est où, là-dedans, le « malentendu » ? Apparemment, au sein même du quotidien, où le titreur ignore ce qu’il titre…

LAISSE ALLER, CEST DU VALLS !

Vendredi 13 mars, « Zemmour & Naulleau » / À propos de la surdramatisation vallsienne, heureuse citation d’Audiard par Éric Zemmour : « À chaque fois qu’un mauvais coup se prépare, il y a une République à sauver ! » (Gabin dans Le Président.)

HIBERNATUS

Samedi 14 mars, « On n’est pas couché » / « Montée-du-FN » : à une semaine du premier tour des départementales, Ruquier le bateleur bat soudain sa coulpe, devant un Caron ravi et une Salamé incrédule, qui lui demandera de répéter deux fois : « Je regrette d’avoir donné la parole pendant cinq ans à Éric Zemmour »… Et tout ça quatre ans après son départ !

Vous me direz, dans son genre de boulot, on n’a pas trop le temps de penser. Mais du coup, dans cette parodie de mea culpa citoyen, le ridicule s’ajoute à la faux-culerie. Allez savoir pourquoi, ça me rappelle une bonne blague signée Woody Allen, dans « Les Mémoires du coiffeur d’Hitler» : « J’ignorais complètement ce qu’il faisait par ailleurs ; on parlait jamais boulot… »

CARON À TÉLÉ OLÉRON !

Samedi 21 mars, ONPC (suite) / J’ai fini par comprendre pourquoi Ruquier avait fait son coming out anti-Zemmour la semaine dernière : ce samedi, interdit de parler politique ! À signaler en revanche, sur ce plateau toujours plus plat, la première apparition de Chris Esquerre, invité à l’occasion de son nouveau spectacle aux Bouffes-Parisiens.

J’ai déjà eu l’occasion d’apprécier les talents du mec sur Canal+, dans sa « Revue de presse des journaux que personne ne lit », et surtout en tant que présentateur de Télé Oléron, dont il est non seulement le fondateur mais, à ma connaissance, l’unique employé.

Un drôle d’humoriste, qui flirte tant et si bien avec l’absurde que le grand public ne sait jamais quand rire, ni très bien pourquoi. C’est même au nom de cet argument populiste que Caron, faute de mieux, va fondre sur lui tel l’aigle en papier, genre : « Qu’est ce qui nous prouve que c’est drôle, dès lors qu’on ne rit pas ? »

Ne te fais quand même pas plus bête que tu n’es, Aymeric ! Tout le monde ne peut pas rire de tout, surtout avec toi. Il y a un public pour les Ch’tis, et un autre pour le Big Lebowski. Quant à toi, de toute façon, tu ne ris que quand tu crois avoir tué, ou au moins blessé.

Je sais, c’est un job ; mais c’est aussi un tempérament, et je serais curieux de savoir où tu l’exerceras la saison prochaine. En tant qu’ex-grand reporter, je gage que tu as prévu un ou deux parachutes. Mais si d’aventure le tien se posait en Syrie, au milieu de ces « groupes armés modérés » qui n’existent que sous ta mèche, tu comprendrais mieux d’un coup l’absurde esquerrien.

Au péril de ta vie, hélas… Est-ce bien raisonnable ? À ta place, dans les circonstances actuelles, je me rapprocherais plutôt de Chris, ne serait-ce que pour décrocher un petit boulot tranquille à Télé Oléron.

LE FASCISME REPASSERA…

Dimanche 22 mars / Plus la journée avance, plus la tension monte ! C’est ce soir qu’on va enfin savoir… si on peut légitimement rentrer en transes, comme le mois dernier pour la 4e du Doubs, ou pas.

En attendant, radios et chaînes d’info en continu meublent comme elles peuvent. On nous raconte où et quand les stars du polbiz ont voté, et au fil des heures on « affine » les chiffres de participation. Vers 17 heures, on y voit enfin plus clair : en hausse par rapport à 2011, mais bien en deçà de 2008. Reste à savoir ce que ça veut dire…

C’est là qu’interviennent nos amis les politologues. De deux choses l’une, expliquent-ils après réflexion : soit les avertissements de Manuel Valls ont remobilisé à gauche, soit des abstentionnistes ont cédé aux sirènes du FN – à moins que ça ne soit un peu des deux. Bref, autant faire une petite sieste devant Vivement dimanche, en attendant les résultats.

20 heures, réveil en douceur. Finalement, c’est non ! La France ne s’est pas « fracassée contre le Front national », comme on le redoutait tant en haut lieu. Au total, d’ailleurs, rien de bien bouleversifiant dans ces chiffres. L’opposition « républicaine » l’emporte haut la main, comme toujours dans les élections intermédiaires ; mais la gauche « résiste », et surtout la Bête recule de 5 points… par rapport aux sondages.

Le pire est évité ! En apprenant la nouvelle le Premier ministre, soulagé, s’est même offert un cigare, m’informe France Info. Vous m’en direz tant ! Il est vrai qu’il s’était beaucoup investi dans cette juste lutte, et qu’un désaveu des urnes lui eût sans doute été reproché par ses ennemis, s’il en a.

Revers de cette médaille en chocolat : l’épouvantail facho risque de ne plus faire peur aux cervelles de moineau. On aura beau faire valoir, en fin de soirée sur les plateaux, que 25 % c’est quand même 10 de plus qu’il y a quatre ans, le pétard est mouillé. C’est embêtant, parce qu’il doit resservir au moins jusqu’en 2017.

L’idéal, dans ces circonstances, ce serait que le FN conquière au moins un département ; l’Aisne par exemple, ça ne mange pas de pain, et en plus ça rime avec « F Haine ! » L’invasion de ce département, abandonné de toute façon, par les hordes bleu marine, permettrait de raviver à moindres frais la flamme de la résistance – qui ne doit pas s’éteindre tant que résonnera, même au loin, le bruit des bottes de Mme Le Pen.
J’ai bon ?

SANS RÉPLIQUE !

Samedi 28 mars / Dommage que la Cheffe ait déjà ramassé les copies. Sinon, je vous aurais volontiers raconté le trentième anniversaire de « Répliques », l’hebdo de Finkielkraut sur France Culture. Il donne lieu aujourd’hui à une surboum bac + 12 à la Maison de la radio : deux émissions en public au studio 104. La première, diffusée en direct live ce samedi matin, réunit Mona Ozouf et Patrice Gueniffey sur « La Révolution, la République et la France ». Dans l’autre, mise en boîte pour samedi prochain, Régis Debray et Marc Fumaroli controversent sur « La République des lettres ». Rien qu’à cet énoncé on voit le niveau, rare à la radio et même à France Culture.

Eh bien moi, tel que vous me lisez, j’ai été invité une fois dans cette émission classieuse ; c’est même la deuxième fois que je m’en vante ici. Mais ne soyez pas trop jaloux quand même : c’était un remplacement de dernière minute. Le vrai invité avait fait une mauvaise chute ; heureusement, j’ai un alibi.

D’ordinaire, j’écoute « Répliques » en podcast au cours de mes promenades nocturnes à vélo. C’est rudement pratique quand, comme moi, on a des horaires australiens. Mais qu’importent les fuseaux ! L’essentiel c’est qu’une heure durant, je cumule ainsi culture physique et intellectuelle. « Pensez, bougez ! » : ça doit être ça, le secret de mon équilibre.

LE CRI DU PNEU TUEUR

Mercredi 17 mars / Au commencement était Mr Oizo, un musicien spécialisé, selon ses propres dires, dans l’« inécoutable ». Sa devise : « Il n’y a rien de plus beau dans l’art que de ne pas réfléchir. » Sur cette base, en l’an 2000, il a quand même vendu (mais pas à moi) trois millions d’exemplaires de Flat Beat, un tube house parfaitement conforme à ses critères artistiques.

Par bonheur, depuis dix ans, notre Oizo-orchestre cohabite harmonieusement avec son double le réalisateur Quentin Dupieux, que je comprends mieux ; sans doute parce que, à la différence de la musique, dans le cinéma il y a quelque chose à ne pas comprendre.

Mon premier « choc esthétique », comme ils disent, ce fut Rubber (2010) : les aventures de Robert, un pneu serial killer embarqué contre son gré dans une télé-réalité US.

Happy ending oblige, il parviendra à s’en sortir – au terme d’aventures haletantes. Après avoir exterminé tous les méchants, non sans être lui-même flingué au passage, il se réincarnera en tricycle avant de lever une armée hétéroclite pour foncer sur Hollywood…

Comment ne pas empathiser avec un tel personnage, leader d’une horde de tricycles vides en formation de Hell’s ?

Cinq ans plus tard, le nouvel opus de Dupieux, Réalité, est d’un abord moins facile. Faute de pitch, voici le teaser : Jonathan Lambert, producteur lunatique, accepte de financer le film d’horreur que projette dans sa tête Alain Chabat, cameraman allumé. À une seule condition : qu’il trouve, pour l’illustrer, le cri le plus déchirant de l’histoire du cinéma…

Cinq minutes à peine, et déjà un hommage au Blow Out de Brian de Palma ! Tout le film est ainsi truffé de références aux réalisateurs préférés de Quentin, célèbres ou pas, mais tous américains. D’ailleurs, lui-même s’est exilé à L.A., où il a dû retrouver son ami tricycle.

Le reste du flim[1. Comme on dit dans La Classe américaine, le chef-d’œuvre de jeunesse de Michel Hazanavicius qui vaut tous les Artist du monde.] est parfaitement irracontable, tant on balance incessamment entre rêve et Réalité – qui se trouve être aussi le prénom de la jeune héroïne. Peu à peu cette histoire, déjà pas banale, s’entremêle avec d’autres encore plus décontrastantes, mais qui finiront toutes par s’emboîter – sans que l’ensemble « prenne sens » au sens andrécomtesponvillien du terme. Mais qui va au cinéma pour voir du André ?

Dupieux fait comme l’Oizo : tout est permis, quand on plane au-dessus de la Raison, et pour autant qu’on maîtrise – ce qui est diablement son cas. Des espèces de branchés du Minitel l’ont comparé au Lynch de Mulholland Drive. Et puis quoi encore ? Chez Quentin, on s’amuse avant même de comprendre ; chez David, on attend encore l’un et l’autre. « Branque », « surréel », « ovniesque » et même « inquiétant » : on a tout dit à propos de Réalité, et tout est vrai. À condition d’ajouter quand même, comme mon Télérama, que l’ensemble est « drôle et brillant ».

PS : Tiens, c’est la première fois que je fais sans rire l’éloge de Télérama. J’essaierai de le faire plus souvent ; mais ça dépend aussi d’eux.[/access]

*Photo : Hannah.

Sur TF1, Marine Le Pen condamne son père

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marine lepen fn rivarol

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Une heure avant l’entretien qu’elle a accordé à Gilles Bouleau pendant le journal télévisé de TF1, je me risquais à prévoir sur un réseau social que Marine Le Pen annoncerait certainement qu’elle souhaitait que sa nièce Marion mène les listes du FN en Provence-Alpes-Côte d’Azur aux régionales de décembre prochain. Je la voyais ainsi déjà piéger la députée du Vaucluse qui n’aurait pas pu se dérober, quitte à affronter son grand-père devenu dissident.

J’avoue humblement que je me suis trompé. Certes, elle usera possiblement de cette habile stratégie dans quelques jours. Mais hier soir, Marine Le Pen n’a usé ni de tactique ni de stratégie, elle a fait dans l’émotion. Le sémillant Gilles Boyer, conseiller proche d’Alain Juppé, ne s’y est d’ailleurs pas trompé en tweetant : « Le père a réussi à faire montrer à sa fille un visage humain. Brrr ». Pendant tout l’entretien, la présidente du FN n’a pas varié le ton. Elle est demeurée posée et l’air ému, ajoutant une touche de gravité. Conversant sur le même réseau social avec un spécialiste en communication de mes amis, nous avons l’un et l’autre noté la maîtrise exceptionnelle de la prestation de la présidente du FN. Le message qu’elle voulait faire passer était simple et limpide : « Pour moi, la France est plus importante que mon père ». C’est pourquoi elle a expliqué qu’elle s’opposerait à l’investiture de Jean-Marie Le Pen aux prochaines régionales ; c’est pourquoi elle a annoncé que, tout président d’honneur qu’il était, Jean-Marie Le Pen serait convoqué prochainement devant les instances disciplinaires du parti qu’il a présidé pendant près de quarante ans ; c’est pourquoi elle a demandé solennellement à son père de se retirer définitivement de la vie politique, comme on dit sur l’île de Ré.

Marine Le Pen a définitivement compris qu’elle ne devait plus s’embarrasser d’un vieux punk comme elle l’appelait dans l’entretien accordé à Causeur en ce début de mois d’avril. Jean-Marie Le Pen, depuis quelques jours, fait vivre en accéléré toute sa vie politique, telle qu’elle avait été si bien racontée et expliquée par notre ami disparu Philippe Cohen. Un type totalement égocentrique, personnel. Un jouisseur à la mode soixante-huitarde qui ne prend son pied que lorsqu’ il est au centre du jeu médiatique. Sans doute en était-elle consciente depuis longtemps. Comme lorsqu’elle avait été tentée d’arrêter la politique il y a une petite dizaine d’années quand son père avait balancé sur l’occupation allemande, si humaine. Elle s’était mise en retrait du côté de La-Trinité-sur-Mer et avait finalement entrepris de coucher son corpus idéologique sur le papier, dans un livre intitulé À contreflots.

Mais Marine Le Pen a longtemps hésité avant de mettre le hola. Elle en a eu pourtant plusieurs fois l’occasion. Elle savait son père toujours prêt à prendre la lumière avec une des saillies dont il a le secret mais ne tranchait pas. Surtout, elle n’avait jamais vraiment intégré depuis la dernière élection présidentielle qu’elle avait désormais fait mieux que son père, rassemblant plus de six millions d’électeurs sur son nom, exploit qui dote la fille de davantage de légitimité que son père. C’est à ce moment que la présidente frontiste aurait dû prendre la décision de tourner la page paternelle en ne l’investissant pas aux élections européennes, évitant de l’exposer à Monseigneur Ebola ou à la fournée de Bruel, outrances qui lui ont peut-être coûté un groupe au Parlement européen. Et si Jean-Marie Le Pen n’avait pas décidé d’en remettre une couche chez Jean-Jacques Bourdin puis dans Rivarol, qui sait si elle ne l’aurait pas encore adoubé pour les régionales. Derrière ses postures péremptoires et sa voix de stentor, habilement adoucie hier soir, Marine Le Pen n’est pas quelqu’un qui tranche facilement. Et cela commençait à se voir un peu. À tel point que nous l’avions dépeinte, un jour, sous les traits de Léon Galipeau.

C’est donc son père, bien involontairement – qui peut croire encore à la fadaise de d’une prétendue répartition des rôles ? – qui lui a permis de cacher cette faiblesse. Il y a deux jours, je me demandais si ce n’était pas ce grave péché de misogynie qui avait fait tomber le Vieux dans le panneau. Jean-Marie Le Pen mésestime tellement les femmes qu’il croit sa fille manipulée par Philippot, et sa petite-fille instrumentalisée par lui-même. Dans les deux cas, c’est évidemment faux. Florian Philippot a été appelé par Marine Le Pen pour formaliser, mettre en musique et servir de vitrine à des idées qu’elle avait déjà. Quant à la jeune Marion, en fine stratège, elle a sans doute laissé croire habilement à son grand-père qu’il pouvait l’utiliser comme un jouet mais il n’en est évidemment rien. Le plus amusant, c’est qu’une bonne partie de la presse qui fait souvent assaut de leçons de féminisme, reprenait cette antienne jeanmariste des femmes Le Pen manipulées, avec une délectation qui n’avait égale que l’opportunisme idéologique qu’elle en tirait. Et on entend d’ailleurs la complainte de ces journaux monter depuis quelques jours : « ne nous privez pas de notre Diable ! Par pitié ! ». Il va falloir peut-être faire votre deuil, les amis…

«Français de souche», Israël : le journal d’Alain Finkielkraut

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netanyahou fn euthanasie francais souche

netanyahou fn euthanasie francais souche

L’expression « Français de souche » (1er mars)

Élisabeth Lévy. Au dîner du CRIF François Hollande a parlé de sa visite à Sarre-Union, « dans ce cimetière dévasté par de jeunes lycéens, français de souche comme on dit, ignorants au point de ne pas avoir vu les écritures en hébreu dans ce cimetière, inconscients pour ne pas avoir remarqué les étoiles de David » Cette expression, « Français de souche », a créé le scandale…

Alain Finkielkraut. Réagissant aux propos du président de la République, son ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, a envoyé sur les réseaux sociaux ce message indigné : «  Plus qu’une maladresse, une faute. Camus : “Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde”. » Mais par quel vocable désigner tous ceux qui ne peuvent se prévaloir d’un patronyme à consonance étrangère ? On ne doit pas les désigner, justement. Car désigner, c’est distinguer, et la distinction mène à la sélection, de sinistre mémoire. On doit certes faire la différence entre une vache landaise et un hippopotame d’Afrique, car aucun hippopotame ne sera vexé de ne pas être une vache landaise. Mais il en va tout autrement dans le monde des hommes. À dire « Français de souche », en bonne ou en mauvaise part, on porte atteinte à l’égalité des citoyens. Il ne faut donc pas nommer les choses, car « nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Sous l’égide de l’antiracisme, l’indifférenciation règne, et la vie s’aligne sur le modèle de la fosse commune..[access capability= »lire_inedits »]

Ce fanatisme du Même conduit Gérard Biard, le directeur de Charlie Hebdo, à écrire : « Il existe bien un régime de ségrégation en France, et il frappe ceux qu’on a regroupés sous l’appellation réductrice – et discriminante – de “musulmans de France” ou, pire encore, “Français d’origine musulmane”. On a assigné plus de quatre millions et demi d’individus à leur confession présumée. » Ainsi la religion de l’humanité confie-t-elle au langage ce mandat extravagant : non plus faire apparaître la pluralité humaine, mais la rendre définitivement invisible.

Et la couverture de l’hebdomadaire satirique où est paru cet article représente le petit chien de Charlie poursuivi par une meute de molosses enragés : un évêque, un islamiste, un représentant de La Manif pour tous, conduits par Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. « C’est reparti », dit la légende. En effet, la parenthèse se ferme. Au mépris de la mobilisation nationale du 11 janvier, la vieille haine domestique refait surface : le facho, voilà l’ennemi. Ceux qui disaient « Je suis Charlie » en pensant qu’il venait de se passer quelque chose se sentent floués. La guerre de Troie n’a pas eu lieu, leur font savoir maintenant ses premières victimes.

La guerre de la fessée (8 mars)

La France a été condamnée par le Conseil de l’Europe, car son droit « ne prévoit pas d’interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels à l’égard des enfants », ce qui est une violation de la Charte européenne des droits sociaux. Qu’en pensez-vous ?

La psychanalyste Françoise Dolto disait, dans une interview ancienne, qu’une petite taloche était beaucoup moins pernicieuse que des mots choisis pour faire mal. Mais comme ces féministes qui criminalisent la galanterie, c’est-à-dire la civilisation, pour mieux combattre la barbarie du viol, en proclamant que « Bonjour, ma belle ! » est une remarque sexiste, le Conseil de l’Europe a adopté la théorie de la pente glissante. La fessée, dit-il, doit être abolie dans tous les pays du Vieux Continent, car c’est par ce geste, en apparence anodin, que commence le calvaire des enfants battus. L’Europe était, jusqu’à une date récente, l’Amateur des jardins. Elle est devenue l’Ours qui « empoigne un pavé, le lance avec roideur » et casse la tête du vieillard endormi pour chasser la mouche posée sur son visage.

L’euthanasie (15 mars)

C’était la proposition n° 21 du candidat Hollande: « Que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. » La loi Claeys-Leonetti, qui autorise le recours à «une sédation profonde et continue» jusqu’au décès, inquiète les adversaires de l’euthanasie et déçoit tout autant ses partisans. « Pendant ce temps, on continue à mal mourir », s’indigne Jean-Luc Roméro. Y a-t-il une bonne mort ?

Homo festivus aura beau faire, la mort ne sera jamais légère. Rien – ni religion, ni morphine – ne pourra en apaiser le scandale. « Dieu même a craint la mort », dit Néarque à Polyeucte qui s’apprête au martyre. « Quand il s’agit de périr, commente Péguy, le corps comprend très bien qu’il n’y a plus à blaguer. Un instinct profond l’avertit, un secret instinct organique, que c’est sérieux, qu’il s’agit de mourir même. (…) Alors il se révolte, le corps. Il se défend. Ça n’est pas juste. Ce n’est pas organiquement juste. Et le corps du saint ne se révolte pas moins que le corps du pécheur. » Reste qu’il y a une différence abyssale entre mourir et crever, ou encore entre dire adieu aux siens et décéder seul, entubé, dans le blême anonymat d’une chambre d’hôpital. La civilisation, c’est-à-dire la mise en forme de l’existence humaine, doit pouvoir intégrer le passage de vie à trépas. Initialement, d’ailleurs, le projet moderne de domination de la Nature pour l’amélioration du sort humain avait cette ambition. « J’estime, disait Francis Bacon, le premier rédacteur de ce grand projet, que c’est la tâche du médecin, non seulement de faire retrouver la santé, mais encore d’atténuer les souffrances et les douleurs. Et ce non seulement quand un tel adoucissement est propice à la guérison, mais quand il peut aider à trépasser paisiblement et facilement. » Depuis Bacon et les Diafoirus de Molière, la médecine a fait des miracles. Mieux que toute autre technoscience, elle a, pour paraphraser Balzac, transporté dans le présent « ce qui nous attendait par-delà le Requiem », elle a rapatrié sur terre l’espérance des hommes : la santé a détrôné le salut, et la longévité du corps, l’immortalité de l’âme.

Mais il y a un revers de la médaille, il y a une Némésis du progrès : dans un corps devenu appareil, tout est réparable, tout est remplaçable, sauf le cerveau. L’encéphale ne se greffant pas encore, « la médecine engendre aujourd’hui des handicapés », comme l’écrit Anne-Laure Boch, neurochirurgien à La Pitié-Salpêtrière. La promesse de longévité contient maintenant, pour tout un chacun, la menace de devenir un « nonagénaire dément ». Passé 50 ans, le moindre trou de mémoire nous fait penser à la maladie d’Alzheimer. Nous ne sommes plus seulement des êtres pour la mort, comme le voulait Heidegger, mais des êtres pour la démence sénile et sa terrible triade : apraxie, aphasie, agnosie. Un patient apraxique est incapable de porter un verre d’eau à sa bouche. Un patient agnosique est perturbé par le bout de viande qu’il a dans son assiette et, ne sachant plus à quoi sert une fourchette, il peut très bien l’utiliser comme un peigne. Sa syntaxe, enfin, peut devenir incompréhensible. Ainsi de nombreux vieillards meurent-ils ligotés parce qu’ils sont en permanence tentés d’arracher la sonde gastrique qui les nourrit. Est-ce cela que nous voulons pour nous-mêmes et pour nos proches ?

Dans son livre Je vous tiendrai la main. Euthanasie, travaux pratiques, Paulina Dalmayer reproduit cette lettre déchirante reçue par un médecin belge : « Je vis sans espoir, sans passé, sans mémoire, sans avenir. J’ai la maladie d’Alzheimer. Je perds peu à peu la parole (…). Je meurs un peu chaque jour (…). Je n’appartiens pas à un dieu. Je suis libre. Je pense au suicide assisté. J’ai fait ma demande parce que je suis fatiguée. J’ai fait mon devoir envers la société. Tout le monde peut attraper Alzheimer, riche ou pauvre. » Et dans une carte postale envoyée un peu plus tard, cette femme au bout du rouleau écrit au médecin que, s’il n’accepte pas sa demande, elle essaiera de s’écraser contre un mur avec sa voiture. Je ne sais pas ce qu’il est advenu d’elle, mais je pense en la lisant à l’éditeur Charles Ronsac qui, dans une émission de télévision, se félicitait d’avoir gardé chez lui sa femme atteinte de cette pathologie neurodégénérative et qui disait, sans saisir la portée de cette révélation, qu’il devait continuellement veiller sur elle car elle profitait de la moindre inattention pour monter au balcon et tenter de se jeter dans le vide. Et je pense, a contrario, à l’écrivain belge Hugo Claus, lucide sur l’hébétude vers laquelle il tendait, et qui a pu interrompre le processus destructeur de l’Alzheimer en sabrant le champagne avec son épouse juste avant de recevoir l’injection létale dans une clinique prévue à cet effet. Je voudrais pouvoir bénéficier de cette possibilité, au cas où, et les médecins qui me la refusent aujourd’hui en se drapant dans le serment d’Hippocrate ou dans le sixième commandement oublient que la morale, ce n’est pas le souci de la morale, c’est le souci d’autrui. Quand on ne peut rien faire d’autre pour son prochain que de l’aider à mourir, alors il faut l’aider à mourir. « Il est inconcevable, écrit George Steiner, que l’on puisse garder en vie malgré eux ceux qui n’ont plus pour seul espoir que de quitter la vie. Cela me semble d’un sadisme affreux. » Sadisme est un mot fort, mais ce n’est vraiment pas faire preuve de sollicitude que de prolonger malgré lui l’être à qui l’on annonce son inéluctable déchéance ou que de lui offrir, comme le permet maintenant la loi, une sédation profonde et continue deux semaines avant le grand sommeil.

Vouloir mourir dignement ne signifie en aucune façon que les infirmes ou les non-performants sont indignes de vivre. Mais si l’égale dignité de tous les êtres humains ne se discute pas, reste ce que l’on doit à soi-même et à ses proches. Mes parents résumaient leur morale à cet impératif : « Sois un mensch ! » Je ne suis pas assez cabotin pour souhaiter que ma mort ait de la gueule, mais je voudrais pouvoir être un mensch jusqu’à la fin et que la médecine m’y aide.

La victoire de Netanyahou en Israël (22 mars)

Contrairement aux prévisions des sondages, qui annonçaient la victoire du bloc de l’Union sioniste Livni-Herzog, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a remporté une large victoire électorale en promettant de ne pas accepter d’État palestinien. Quel bulletin auriez-vous mis dans l’urne si vous étiez israélien ?

L’un des messages publicitaires diffusés par le Likoud sur les réseaux sociaux montre un couple de la classe moyenne dans son appartement. Soudain, la sonnette retentit. La femme va ouvrir, et qui découvre-t-elle sur le pas de la porte ? Le Premier ministre d’Israël en personne. Répondant à l’annonce, celui-ci se propose de garder les enfants pendant que le couple va au cinéma. « Bibi, claironne-t-il, c’est plus sûr que Tzipi (Livni), qui est instable, versatile, et qui peut s’en aller à tout moment. » Le papa et la maman acceptent, éperdus de gratitude. « Je suis Bibi-sitter », conclut Benyamin Netanyahou, pas peu fier de sa trouvaille.

En regardant ce film sur Internet, j’ai eu une pensée émue pour David Ben Gourion, qui s’était opposé de toutes ses forces à l’introduction de la télévision en Israël. Pour que l’interdit soit levé, il a fallu attendre 1968 et que le « Vieux Lion » ait pris sa retraite à Sde Boker. En 2015, l’écran est partout, et il règne sur Israël dans sa version la plus agressivement américaine. À l’âge du show-business, Netanyahou joue sans vergogne son propre rôle dans un sketch destiné à faire peur en faisant rire, car, comme l’a écrit Neil Postman dans un livre dont le titre – Se distraire à en mourir – annonce la noirceur, « le divertissement est aujourd’hui le mode de présentation naturel de toute expérience ». Les juifs ont résisté à tout, résisteront-ils à l’infantilisation programmée par la vidéosphère ? C’est la question que pose cette campagne électorale.

Reste que, blague à part, Netanyahou a été reconduit à son poste de Premier ministre parce que les Israéliens sont inquiets. Et cette inquiétude n’a rien d’irrationnel. Elle est même solidement argumentée. Israël s’est retiré du Liban-Sud et il a eu le Hezbollah, Israël s’est retiré de Gaza, et il a eu le Hamas, qui peut garantir, à l’heure de l’islamisme conquérant, que l’État palestinien ne se transformera pas, tôt ou tard, en Hamasland ? Cela, le Likoud n’en veut à aucun prix. Mais que veut le Likoud ? La perpétuation indéfinie du statu quo ? L’annexion de la plus grande partie de la Cisjordanie avec octroi de la citoyenneté israélienne aux Palestiniens, comme le demande Naftali Bennett, le chef du Foyer juif  ? Israël aura alors choisi, en guise de sécurité, la violence endémique du choc des cultures.

On aimerait, bien sûr, que les Palestiniens reconnaissent Israël comme État juif, car leur réticence à le faire prouve qu’ils en contestent encore la légitimité. Mais que répondre à ceux d’entre eux qui n’ont d’autre désir que l’indépendance et qui disent : « On accepte de distinguer un partage de la pizza avec les Israéliens, mais cela suppose qu’ils arrêtent de la manger pendant la discussion. » ? On a l’impression que la droite israélienne, qui se défie des Palestiniens, fait tout, par sa politique de construction dans les territoires occupés, pour les rendre conformes à l’opinion négative qu’elle a d’eux. Elle s’alarme de leur radicalisation et elle travaille à les radicaliser. Reste le frêle espoir que Benyamin Netanyahou n’aie pas d’autre choix que de retourner à la table de négociation et que, sous égide américano-européenne, puisse se faire un partage équitable de la pizza. Cela ne transformera pas les ennemis en amis, mais la paix, au sens diplomatique, peut offrir à l’inimitié une autre issue que la guerre, et elle doit permettre à Israël de rester soi-même au lieu de devenir un Liban chauffé à blanc.[/access]

*Photo : BEN GERSHOM/G.P.O./SIPA. 00649059_000002.

Jean-Vincent Placé : le dérapage de trop?

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« Je ne suis pas très Larzac ! J’aime passionnément mon pays, son histoire, ses cultures. Je suis attaché à ses figures, dont Jeanne d’Arc. J’assume sans problème mon côté maurrassien. Je suis assez conservateur. Je pense que 1968 n’est pas une date essentielle de notre histoire. »

Ces propos ont été tenus dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles le 5 juillet 2012. Rien d’estomaquant jusque-là. Sauf que leur auteur n’est autre que le président du groupe écologiste au Sénat, Jean-Vincent Placé, ancien militant radical… de gauche, proche de Michel Crépeau connu comme le loup blanc par la base des Verts. As des combinazione, Placé traîne une réputation de machiavélien amateur de bonne chère bien-de-chez-nous. La semaine dernière, il aggravait son cas en déclarant EELV « en état de mort clinique » peu après avoir participé à un rassemblement d’écolos des deux bords – Lepage, Waechter, Benhamias –  qui piaffent dans le hall d’entrée du gouvernement. Depuis, les noms d’oiseau fusent entre les Verts fidèles à la ligne Duflot, esquissant un rapprochement (factice ?) avec Mélenchon et les « unionistes » Placé, Pompili, Cosse ou Rugy, qui font les yeux doux à Manuel Valls.

Bien malin qui saura prédire l’issue de la bataille. Moi, pour avoir flâné dans les travées de leur université d’été, j’ai déjà une petite idée du communiqué que le PolitBuro de la rue La Fayette publierait si l’histoire tournait au vinaigre. Cela ressemblerait à quelque chose dans ce goût-là : « Jean-Vincent Placé est dans une spirale entre la terre brûlée et le suicide politique. Son but est de nous nuire. […] Nous allons réunir le bureau exécutif pour trouver les meilleurs moyens de protéger les intérêts d’Europe Ecologie -Les Verts. »

UMP : la primaire aura bien lieu

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sarkozy ump primaire

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La primaire de droite est organisée. Tout semble réglé. Comme le souhaitaient Alain Juppé et François Fillon et comme le craignaient beaucoup de militants sarkozystes, le fonctionnement a été calqué sur l’organisation de la primaire socialiste de l’automne 2011, afin que le nombre de votants soit le plus important possible. Ainsi, la simple signature d’une charte qui ne casse pas trois pattes à un canard et le paiement d’une somme symbolique de deux euros (couvrant les frais de fonctionnement du scrutin) permettra à n’importe quel électeur de participer. De même, 10 000 bureaux de vote sont prévus (la gauche en avait ouvert 9500 à 10000 en 2011) mais il faudra bien examiner leur implantation sur le territoire.

Juppé et Fillon ont donc tout lieu d’être satisfaits. Nicolas Sarkozy a accepté les conditions de ses adversaires les plus solides. Comme il n’est pas un perdreau de l’année, il doit savoir ce qu’il fait, et penser que même avec les règles réclamées par ses adversaires, il leur mettra quand même une fessée. Alain Juppé n’a pas tort quand il dit : « avec 500 000 votants, Nicolas Sarkozy a ses chances, et avec trois millions, j’ai mes chances ». En effet, la participation du seul bloc de militants et d’anciens militants de l’UMP donnerait une majorité à Nicolas Sarkozy, sans doute dès le premier tour. On peut aussi parier que dans le contexte d’un premier tour de l’élection présidentielle (donc à très forte participation), l’ancien président devancerait de très loin le maire de Bordeaux. Qu’en est-il en revanche pour cet « entre-deux » que constitue une primaire ouverte aux « sympathisants », catégorie beaucoup plus impalpable et très difficilement sondable ? Sans doute Juppé n’a-t-il pas tort de penser qu’il s’agit là de la configuration la moins favorable à Nicolas Sarkozy. Les « sympathisants » risquent fort d’être davantage urbains que ruraux ou périurbains, plus CSP+ que de la « droite des garagistes » chère à William Abitbol, et coller avec la droite bourgeoise et très propre sur elle, davantage séduite par Alain Juppé que par l’ancien président. Nicolas Sarkozy pourrait être victime, à l’instar de Ségolène Royal en 2011, de l’abstention d’une droite profonde – notamment en milieu rural- qui l’apprécie davantage que les énarques Juppé et Fillon, mais qui ne se déplacerait pas en novembre 2016.

Malgré toutes ces données, Nicolas Sarkozy se croit supérieur à ses adversaires. Parie-t-il sur sa capacité à rallier Fillon contre Juppé au second tour (ou l’inverse même si cette configuration est moins probable) ? Il aurait tort, d’une part parce qu’il concentre détestation et méfiance de la part de ces deux-là et que la proximité de leurs programmes (néo-thatchérien sur le plan économique, et modéré sur le plan sociétal) les fait converger. Pense-t-il prendre Alain Juppé à son propre piège centriste en encourageant la candidature de Jean-Christophe Lagarde à la primaire, qui pourrait manger de la laine modérée sur le dos bordelais ? Pari risqué. Hormis en Seine-Saint-Denis, département à la fois le plus abstentionniste et le plus lagardiste de France, le président de l’UDI ne mobilise pas les foules. Suscitera-t-il la candidature de Bruno Le Maire, qui bien qu’ayant fait une campagne très droitière à la présidence de l’UMP, conserve l’image d’un homme modéré ? Pari beaucoup plus intéressant ! Le Maire pourrait rallier au second tour de la primaire celui qui lui aurait permis d’obtenir les parrainages, lui permettant d’être présent au premier, et rêver à Matignon. C’est peut-être cette équation que Nicolas Sarkozy a en tête. Il pourrait même faire coup double avec NKM et l’électorat modéré serait ainsi émietté, à la défaveur de Juppé.

Nicolas Sarkozy semble négliger également le renfort d’électeurs de gauche en faveur de Juppé. Déjà certains chroniqueurs se font ouvertement les porte-parole du candidat « républicain », pariant sur l’échec annoncé de François Hollande, et considérant le maire de Bordeaux comme un moindre mal, une sorte d’assurance-vie contre leurs phobies – car eux aussi en ont ! Si les bureaux de vote sont nombreux dans les grandes villes, certains électeurs de gauche très politisés pourraient être tentés d’aller participer à cette primaire. Mais est-on bien sûr qu’ils feraient tous le même calcul ? Si certains voient déjà le candidat socialiste perdant, d’autres peuvent aussi bien faire le pari que François Hollande aurait davantage d’espace électoral confronté à Nicolas Sarkozy qu’à Alain Juppé ! Et ceux-là iraient donc voter pour l’ancien président. Ils franchiraient le pas d’autant plus facilement que François Bayrou a fait comprendre qu’il serait candidat en cas de candidature de Sarkozy et soutiendrait la candidature éventuelle de Juppé ! Au total, les voix des gens de gauche participant à cette primaire pourraient très bien s’équilibrer entre optimistes et pessimistes : rien de décisif pour troubler la véritable compétition à droite.

Mais toutes ces conjectures ne vaudraient plus grand chose en cas d’impossibilité « bygmalionne » pour Nicolas Sarkozy d’être candidat. Si c’était le cas, Alain Juppé n’aurait pas pour autant bataille gagnée, tant sa candidature n’est finalement qu’une dynamique anti-Sarko. Il ne faudrait pas non plus exclure l’émergence d’un Bertrand, fort d’une victoire aux régionales dans le Nord (ou d’un Le Maire) qui pourrait coiffer (sic) Juppé sur le poteau. On reconnaît en tout cas à Thierry Solère, député de Boulogne-Billancourt et artisan de ce compromis d’organisation, un certain talent pour avoir mis tout les candidats d’accord entre eux. Chapeau ! La primaire à droite aura bien lieu. Pour le meilleur ou pour le pire.

TV5 Monde piraté par l’Etat islamique

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(Avec AFP). Ce matin, la chaîne francophone internationale TV5 Monde, piratée hier soir par des individus se réclamant du groupe jihadiste Etat islamique (EI), ne peut plus diffuser que des programmes enregistrés.

« À l’heure où l’on parle, nous avons réussi à restaurer un signal unique sur l’ensemble de nos chaînes mais nous ne pouvons diffuser que des programmes préenregistrés, nous ne sommes pas encore en état de rétablir la diffusion ni la production de nos journaux », a indiqué sur RTL le directeur général de TV5 Monde, Yves Bigot.

« On a repris la main sur Facebook et Twitter », a déclaré à l’AFP Yves Bigot, au cours de la nuit dernière. Des messages menaçant la France n raison de son engagement militaire anti-jihadiste et revendiquant les attentats de janvier circulaient hier soir sur le site de la chaîne. Simultanément, des documents présentés comme des pièces d’identité et des CV de proches de militaires français impliqués dans les opérations contre l’EI avaient été postés sur le compte Facebook de TV5Monde par les pirates.

« Soldats de France, tenez-vous à l’écart de l’Etat islamique! Vous avez la chance de sauver vos familles, profitez-en », pouvait-on lire dans un message des pirates publié sur Facebook pour accompagner ces documents. « Au nom d’Allah le tout Clément, le très Miséricordieux, le CyberCaliphate continue à mener son cyberjihad contre les ennemis de l’Etat islamique ».

Ce piratage est intervenu le jour du lancement de TV5 Monde Style HD, nouvelle chaîne thématique consacrée à « l’art de vivre à la française ». Cependant, pour M. Bigot, le piratage « n’a aucun lien » avec ce lancement, car une cyberattaque d’une telle puissance nécessite des semaines de préparation.

Les pirates de l’Etat islamique n’en sont pas à leur premier détournement. Il y a quelques semaines, ils se sont attaqué au compte Twitter du commandement militaire américain au Moyen-Orient, diffusant les noms et les données personnelles de nombreux soldats engagés dans la lutte contre Daech en Irak.

Le FN, dernier rempart contre l’extrême droite?

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fn lepen riposte laique

fn lepen riposte laique

Il y a quelques années, on votait FN en loucedé, bien planqué dans l’isoloir, et on ne s’en vantait pas à la machine à café – qui se proclamerait tranquillement nazi ? Si on observe la réalité à travers les lunettes médiatiques, on peut penser que rien n’a changé. Tel père, telle fille, répètent inlassablement les journalistes. Ils ne savent pas que, des électeurs du FN, ils en croisent tous les jours, peut-être même parmi leurs copains, qui sont totalement étrangers à l’histoire et aux démons de l’extrême droite. Ni que dans nos belles provinces des citoyens parfaitement respectables portent sans complexe les couleurs de Marine. On entend même des bobos parisiens commenter la dernière prestation télé de la fille Le Pen, sans les mines outragées et étranglements de rigueur. Ou des gens très bien – lecteurs de Télérama et électeurs de gauche – dire à table qu’il faudrait « rouvrir Cayenne » pour y envoyer nos islamistes « casser des cailloux à vie ».

Tout occupés qu’ils sont à traquer les intentions fascistes, les amitiés douteuses, les arrière-pensées racistes – sans oublier les déclarations bien réelles et parfaitement dégoûtantes d’une vingtaine de candidats promptement éjectés –, les médias sont aveugles à l’essentiel : la montée en puissance électorale et la conquête de mandats électifs s’accompagnent presque mécaniquement d’une normalisation culturelle. Si le FN réalise des scores de notable, c’est parce qu’il donne de nombreux signes de notabilisation.[access capability= »lire_inedits »]

Après les attentats de janvier, MLP n’a pas parlé de bateaux pleins de Kouachi en puissance déferlant sur nos côtes. Elle a préventivement exprimé son « refus des amalgames », comme n’importe quelle représentante du « Système » : « Personne ne souhaite qu’une confusion soit effectuée entre nos compatriotes musulmans attachés à notre nation et à ses valeurs, et ceux qui croient pouvoir tuer au nom de l’islam. » À l’exception de la mention de crimes commis « au nom de l’islam », ces mots auraient pu être prononcés par Hollande, Valls ou Juppé.

On est loin des années 1980, quand les militants FN tendance GUD recouvraient les « Touche pas à mon pote » de SOS Racisme d’autocollants représentant des femmes voilées sur un tapis volant, sous le slogan « Mettez les voiles ! », ou des badges « Bon voyage mon pote ! ». Depuis quelques mois, sur ces « sujets qui fâchent », on dirait que la consigne est d’être « irréprochable », comme dirait Cukierman. Une sortie antisémite de trop, et Jean-Marie Le Pen a été prié d’aller tenir son journal ailleurs que sur le site internet du Front. Ces temps-ci, une blague raciste ou un tweet moisi d’un candidat, et c’est la reconduite immédiate à la frontière du Front. Le camp antifasciste ne s’en laisse pas conter. La modération du discours, la main tendue à « nos compatriotes musulmans », le souci d’échapper au soupçon de racisme sont autant de ruses pour acquérir une respectabilité de façade. Les vrais « fachos », ou ceux qui s’en rapprochent le plus, croient au contraire que, derrière la façade, c’est la maison entière qui devient respectable, bien trop à leur goût. Pour tout dire, le Front de Marine, ils le trouvent un peu « mou du genou ». Pour les « historiques », héritiers directs de la vieille extrême droite et de l’antisémitisme qui va avec, le plus fâcheux, c’est de ne plus avoir le droit de faire des blagues sur les juifs. Mais qu’ils appartiennent à la mouvance identitaire ou nationaliste, ou encore à la branche qu’on appellera « laïcarde », les « jusqu’au-frontistes » partagent une même obsession de l’islam, érigé en ennemi prioritaire. Ce n’est pas l’islamophobie du nouveau FN qui les inquiète mais les germes de « soumission » qu’ils croient déjà détecter en son sein.

Certes, en l’absence de tout autre débouché politique, ces orphelins du FN de papa restent un marché électoral captif pour celui de la fille. Il n’en est pas moins intéressant de comprendre ce qui se trame dans cette nébuleuse disparate située à la droite du Front. C’est ainsi que, le 15 mars, je décide d’assister aux « Assises de la liberté d’expression », organisées par les associations Riposte laïque et Résistance républicaine à Rungis, dans la banlieue sud de Paris, les organisateurs ayant essuyé plusieurs refus dans la capitale.

Devant l’entrée de la salle, passablement sinistre, trois costauds en bombers chargés de la sécurité rigolent. À l’intérieur, je suis vite plongé dans l’ambiance. « Nous ne voulons pas de ces cochons salafistes !, hurle en allemand la jeune Mélanie Dittmer, le poing levé. Nous devons nous soulever ! Nous sommes le peuple. » La sono sature légèrement, tandis qu’un speaker traduit l’appel à l’insurrection de la responsable de Pegida. Des applaudissements parcourent les rangées de cheveux gris. Question look, ce n’est pas exactement la fashion week. Sur les murs, deux grandes banderoles se répondent : « Union des patriotes » d’un côté et, de l’autre, « Le fascisme islamiste ne passera pas ». J’entre dans un local identifié par une pancarte « Apéro saucisson pinard ». Le vin sort de Cubitainers et le saucisson d’une charcuterie industrielle, mais il n’y a pas que la nourriture dans la vie, et les symboles ? Une quinqua de chez Radio Courtoisie confie, la bouche pleine : « On est lucides sur Marine, mais on vote pour le Front quand même, parce qu’on n’a pas le choix, il n’y a rien d’autre. »

Ici, la défense de la liberté d’expression a un caractère monomaniaque : la seule liberté dont il est question, c’est celle de dire qu’il faut bouter l’islam hors de nos frontières. Après la première intervention intitulée, tout en nuances, « La militante musulmane à l’assaut de la France », Christine Tasin, la présidente de Riposte laïque, appelle sobrement à « se battre contre le système de la dhimmitude pour préserver la liberté d’expression ». « Nous ne sommes pas des emburkinées », s’écrie cette femme qui se dit toujours « de gauche », alors que ce seul mot semble susciter le dégoût, la colère ou l’effroi de la majorité de l’assistance. Enfin, l’invité le plus illustre monte sur scène, encouragé par une assistance enthousiaste. Renaud Camus a écrit un faux conte pour enfant dans lequel « un petit Dieu cruel » nommé « Padamalgam », est vénéré par tous bien qu’il ait permis le débarquement massif d’« envahisseurs » lancés à « la conquête » du continent Øropa (prononcer Europa).

Ici, le Le Pen qu’on aime, c’est le père. Il figure en couverture de la brochure promotionnelle de « TV Libertés », où le Vieux « peut enfin s’exprimer librement », et où Alain de Benoist anime une émission. Créée en 2014 par Philippe Milliau, un HEC de la même promo que DSK, « TV Libertés » se présente comme « la première chaîne de réinformation de France ». Issu de la Nouvelle Droite, longtemps proche de Dominique Venner, Milliau a suivi son ami Jean-Pierre Stirbois au Front national en 1986, avant de suivre les mégrétistes lors de la scission sanglante de 1992. Il confie redouter l’existence, au sein du FN, d’un tribunal informel chargé de relayer les procès en sorcellerie intentés par les médias mainstream. Sans compter, euphémise-t-il en riant, que « le programme économique de Marine Le Pen laisse à sa droite un très large espace ».

Il n’est pas le seul frontiste de la grande époque à cracher dans la soupe bleu marine. Carl Lang, qui a quitté le Front en 2008, préside aujourd’hui le lilliputien Parti de la France (PLF), dont il s’active à faire le refuge des déçus du marinisme. Il s’en explique lors d’un entretien téléphonique : « Marine Le Pen a été promue par les médias. Résultat, aujourd’hui, le FN fait partie des meubles. » Sans surprise, c’est le discours « citoyen, laïciste et républicain sur l’islam » de la présidente qui hérisse Carl Lang : « Elle est pour un islam de France, comme tout le monde. Elle dit la même chose que les autres. » De surcroît, quoique plus anti-européenne que son père, Marine est aussi, selon Lang, bien moins attachée que lui à la « droite patriote » : « Elle fait du nationalisme de gauche par électoralisme. Évidemment, le meilleur moyen de ne plus être d’extrême droite, c’est de ne plus être de droite. » Candidat du PLF à Beauvais, Thomas Joly ne dit pas autre chose, dans une interview au site Le Rouge & Le Noir : « À force de se renier, de s’aplatir avec zèle devant les diktats des lobbies de la pensée unique, le Front National de Marine Le Pen n’est plus ce pôle anti-Système qu’il incarnait autrefois. » Pour Lang, cette stratégie est un piège : « Elle croit qu’elle peut se dédiaboliser elle-même, mais en fait elle se normalise. »

Dans ces conditions, Marine Le Pen serait-elle le dernier rempart contre l’extrême droite ? Pour savoir si cette blague contient une part de vérité et découvrir l’endroit où se terre désormais la bête immonde, on prend langue avec un sympathisant de longue date qui, sans avoir jamais milité, affirme avoir ressenti « une adhésion maximale » aux thèses du Front jusqu’à la prise de pouvoir de Marine Le Pen. Comme beaucoup d’autres, il regrette la « mélenchonisation » du programme économique : « Applaudir la victoire des néo-bolchos de Syriza en Grèce, c’est pas mon truc. » Poujadiste assumé, il regrette « la vision libérale modérée » de Jean-Marie Le Pen et le virage « étatiste jacobin » pris par sa fille pour « rafler des électeurs à gauche, au risque de décourager des sympathisants UMP qui auraient pu basculer ». Mais, pour ce catho tradi qui œuvre dans une association caritative, l’essentiel, ce n’est pas l’économie : « Les questions identitaires et religieuses concernant l’islam et la chrétienté sont rejetées dans une zone de flou. On ne sait pas ce qu’elle pense ni si elle pense ce qu’elle dit. Quand un gay mondain comme Renaud Camus, ancien pote d’Andy Warhol, est plus radical que Marine Le Pen, il y a peut-être un petit problème… »

Si la gauche LGBT a découvert avec stupéfaction que l’on pouvait être à la fois homosexuel et lepéniste, la nouvelle tendance « gay friendly » n’enthousiasme pas tous les frontistes canal historique. L’un d’eux me parle de « Rassemblement Rose Marine », tandis que d’autres soupçonnent carrément Florian Philippot de vouloir créer « un parti dans le parti » en recrutant à tout-va de gentils bobos, diplômés et bien mis, qui en ont simplement marre de se faire agresser dans les rues de leurs centres-villes – ce que d’aucuns qualifient de ligne « homo-sécuritaire ». Cette piste m’est suggérée par un connaisseur croisé au cours d’une conférence de Dextra, émanation dissidente de l’Action française qui rassemble des jeunes gens cultivés des banlieues Ouest. L’ambiance, ici, est donc nettement plus intello, et le look Deschiens moins en vogue qu’à Rungis. Dans le bar parisien où se tient cette réunion hebdomadaire, on ne s’embarrasse pas de respect pour les anciens : « Jean-Marie Le Pen, c’est le cirque Pinder », déclare mon interlocuteur, qui ne désespère pas cependant « que la droite nationale soit reconnue comme un courant dans le parti ». Il continuera à voter FN, dans l’espoir qu’un nombre conséquent de députés Front national obligera l’UMPS à changer de politique. Pour le reste, il ne se fait pas trop d’illusions : « Ils n’ont même pas le nombre de technocrates suffisant pour faire tourner le ministère de l’Equipement… »

Un autre de nos contacts, membre d’un groupuscule qui partage son temps entre boxe et maraude pour SDF bien de chez nous, est en revanche bien décidé à ne plus donner sa voix à un parti dont « l’opportunisme vire au reniement, et les compromis à la compromission ».

Déçu par le manque d’épaisseur et l’absence de la moindre fibre révolutionnaire des militants de la « génération Marine », il ne cache pas son amertume : « La droite n’a jamais osé imposer son propre langage, ses concepts. Or, accepter le langage de l’adversaire, c’est lui donner des gages. Résultat, le FN attire tout un courant d’opinion qu’il ne souhaite plus représenter. Des millions de Français vont voter pour un parti beaucoup moins radical qu’ils ne le croient. » Beaucoup moins radical en effet, sur le plan identitaire, et beaucoup plus radical qu’ils ne le voudraient sur le plan économique.

Autrement dit, malgré ces éclatants succès électoraux Marine Le Pen pourrait faire fuir une partie de sa base traditionnelle qui préfère stigmatiser « ces cochons de salafistes » que faire la guerre aux Allemands. Certes, ces déçus du frontisme ne constituent pas une mouvance organisée et encore moins une force électorale susceptible de menacer l’ascension du parti lepéniste. En attendant, Marine Le Pen devra tenir un équilibre plutôt périlleux en prouvant à la fois sa capacité de détruire le « système » et son aptitude à l’intégrer.[/access]

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00678372_000016.

Le premier meurtre de la révo.cul.

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hu jie cinema

hu jie cinema

Hu Jie est un cinéaste indépendant chinois. Un des plus grands. Il vit, très modestement, à Nankin. Il a produit et réalisé la plupart de ses trente films documentaires avec une petite caméra. J’ai fait sa connaissance récemment à Paris lorsqu’il a été invité par l’Ecole nationale des Chartes. J’ai alors eu le plaisir de lui servir d’interprète et j’ai décidé de contribuer à la version sous-titrée française de plusieurs de ses films, d’aider à leur diffusion en milieu scolaire et sur des sites web accessibles gratuitement. C’est déjà le cas pour « Ne pleurez pas sur mon cadavre », une citation d’un poème de Pasternak, le premier de ses documentaires ainsi désormais facilement disponible, sur Dailymotion.


Though I Am Gone – vo sub-fr par rue89

Mais pour ceux qui préfèrent les films sur grand écran, une projection est programmée à la Cinémathèque française, à Bercy, le 10 avril à 17h15. Quelques lignes pour préparer le lecteur à regarder ce film déstabilisant : la révolution culturelle a provoqué probablement quatre millions de morts, en dix ans, de son lancement par Mao Zedong en 1966 jusqu’à sa conclusion – avec la mort du «grand timonier» – en 1976. Hu Jie raconte ici l’histoire de la première victime : une respectable cadre du PCC, vétéran du mouvement communiste, proviseur adjoint du lycée de filles le plus renommé de Pékin, celui qui est rattaché à l’Université normale de Pékin, fréquenté par les enfants des plus hauts dirigeants. Le 5 août 1966, Mme Bian est torturée par ses élèves de terminale pendant plusieurs heures : frappée à coups de bâtons cloutés et on l’oblige à avaler des excréments. Lorsqu’elle meurt, son cadavre est jeté dans les poubelles du lycée, où son mari est invité à le récupérer. Le meurtre a été prémédité et ordonné, au plus haut niveau, ce que les élèves dans leur enthousiasme pour le Président Mao n’ont certainement pas immédiatement compris.

Parmi ces lycéennes, il y avait l’une des filles du président de la République, Liu ShaoQi. Un sort semblable attendra ce dernier à la fin de l’année 1969, trois ans plus tard : il mourra de faim et de mauvais traitements, emprisonné dans une cave. Son épouse, après des années de tortures et de prison, aura la chance de survivre.

Une lycéenne de l’établissement est devenue célèbre ce jour-là : Song BinBin, la fille de Song Ren-Qiong, un des hauts dirigeants communistes historiques. Quinze jours après le meurtre, Song Bin- Bin apparut au sommet de la Porte de la paix céleste (Tian An Men), devant un million de manifestants : elle eut l’honneur d’enfiler au bras de Mao le brassard des gardes rouges. Le film de l’événement fit le tour du monde des journaux télévisés.

Plus de trente années plus tard, plusieurs des lycéennes, parvenues au sommet des honneurs, se retrouveront pour s’incliner devant la statue de Mme Bian et exprimer leurs remords — mais sans que le mari ni les enfants de Mme Bian soient invités à cette cérémonie.

Durant les six semaines suivantes de l’été 1966, près de deux milles autres enseignants du secondaire étaient assassinés dans leurs établissements à Pékin. Ce fut le début de massacres. La révolution culturelle est – désormais – condamnée officiellement en Chine, de même que « le traître Lin Biao » qui en était – sous les ordres de Mao – le second grand dirigeant jusqu’à son élimination en 1971 et à celle de la « Bande des quatre » qui pendant dix années tint la vedette de tous les films de propagande, jusqu’à l’arrestation de ses membres aussitôt après la mort de Mao.

Jiang Qing (Mme Mao) sera par la suite condamnée à mort, lorsque Deng Xiaoping reprendra complètement le pouvoir. Elle verra sa peine commuée en prison à perpétuité, mais finira par se pendre dans sa cellule (ou être peut-être « suicidée » pour avoir insisté lors de son procès sur le fait qu’ils étaient cinq dans la « Bande des quatre », et que le cinquième était son mari).

En évoquant tout cela, je m’étonne moi, jeune Taiwanaise, que le cadavre de Mao soit toujours exposé au centre de Pékin à la vénération des touristes ; et que les memorabilia maoïstes, surtout ceux de la révo.cul., se vendent aussi chers en Chine.

Jean-Marie Le Pen précipitera-t-il la fusion des droites?

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jean marie lepen sarkozy

Les déclarations tonitruantes de Jean-Marie Le Pen à Rivarol sonnent un peu comme son testament politique : il rappelle toute l’admiration qu’il voue à Philippe Pétain, la suspicion dans laquelle il tient la démocratie, son ancrage à la droite de la droite et last but not least, son antisémitisme à peine dissimulé. C’en est visiblement trop pour Marine Le Pen qui a décidé d’en découdre avec lui. De tuer le père avant que la nature ne fasse son œuvre. C’est une question de crédibilité pour elle.

Il est probable qu’elle y parviendra. Il y aura des soubresauts, mais elle y parviendra. Car les nostalgiques de Pétain, de l’OAS ou les fachos qui sont aux racines du FN sont désormais au bord du tombeau comme leur chef de file. Avec l’enterrement de première classe que Marine le Pen prépare à son père, c’est un verrou qui saute à droite. Le Père était infréquentable, en le tuant, la fille devient beaucoup plus fréquentable. Et cette pseudo-virginité reconquise par la présidente du FN fera sans doute les affaires d’une UMP au bord de l’éclatement pour cause de recul historique (en dépit des gains électoraux en trompe-l’oeil lors des départementales)

Dans un précédent article, j’évoquais le scénario où Nicolas Sarkozy serait élu Président de la République en 2017. Il apparaissait que compte tenu du rapport de force à droite, il serait obligé de trouver un accord de gouvernement avec le FN. Rappelons avant toute chose que dans ce scénario, les députés FN entreraient massivement à l’Assemblée après avoir été en tête  au premier tour dans plus de la moitié des circonscriptions législatives. Ce rapprochement est inéluctable : l’UMP n’aura pas de majorité stable et le FN ne peut conquérir le pouvoir sans s’appuyer sur un parti de gouvernement. Mais cette convergence suppose un double mouvement idéologique.

Un mouvement de la future ex-UMP vers le FN sur le plan identitaire tout d’abord. Le noyau dur des électeurs UMP est tout autant  acquis aux thèses identitaires que l’électorat du Front national. Il suffit de parcourir le courrier des lecteurs du Figaro et de Valeurs Actuelles pour se rendre compte que la droite de la droite partage avec l’extrême-droite un socle de valeurs fortement imprégné par les thèses identitaires. Ces électorats ne demandent qu’à s’allier, reste à convaincre les états-majors.

Cette fusion identitaire sur la base des thèses anti-immigration du FN est possible parce qu’il y a désormais une forte composante légitimiste assumée (la droite de l’ordre) au sein de l’UMP aux côtés des bonapartistes (la droite sociale et républicaine)  et qu’on retrouve dans des proportions différentes ces deux composantes décrites par René Rémond au FN. Laissons pour l’instant de côté la droite orléaniste (la droite de l’argent) qui sortirait probablement de l’UMP à la suite de Juppé. Nicolas Sarkozy peut négocier avec le FN un programme ouvertement identitaire avec quelques mesures symboliques mais à l‘effet relativement limité : sortie de l’espace Schengen, instauration de quotas d’immigration, durcissement de la loi sur le voile islamique, renforcement de laïcité, restriction de certaines prestations sociales aux seuls français…

Un mouvement du FN vers l’UMP au plan économique, ensuite. Il faudrait que le FN fasse un pas non négligeable vers le noyau bonapartiste de l’UMP. En devenant euro-compatible. En effet, une UMP réduite à l’ex RPR peut accepter de remettre en cause une trop forte soumission aux injonctions de la Commission Européenne. Mais elle n’acceptera pas un programme « révolutionnaire » où d’emblée la France choisirait de sortir de l’Euro. Sarkozy est prêt à être dur sur la forme, mais il est sans doute résigné à être mou sur le fond. C’est pourquoi tous ceux qui souhaitent ce futur rapprochement entre UMP et FN attendent de ce dernier qu’il « dégauchise » son discours. La ligne Philippot sera de plus en plus contestée au FN : il incarne un FN qui se veut « révolutionnaire » au plan économique et débarrassé de tous ses oripeaux racistes et xénophobes au plan identitaire. Il est intéressant à cet égard de voir comment ceux qui, à l’instar d’Eric Zemmour, défendent ce rapprochement commencent à manger leur chapeau sur l’euro qu’ils ont pourtant voué aux gémonies. L’interview de Marine le Pen dans l’émission « Zemmour et Naulleau » est à cet égard éclairante : Zemmour y relaie les objections faites à une future dévaluation et se fait le porte-voix de ceux qui stigmatisent Philippot et sa ligne de gauche. C’est un signe précurseur de ce mouvement.

Ces deux mouvements sont possibles. Le FN allant à la rencontre de l’UMP sur le plan économique et la résultante « FN compatible » issue de l’UMP allant à la rencontre du FN au plan identitaire.

Le premier est possible parce que le FN n’est pas un parti révolutionnaire. Ceux qui voient en lui des « nationaux révolutionnaires » à l’égal des nazis se trompent sans doute. L’idéologie du FN, c’est avant tout une idéologie conservatrice, une idéologie de petits bourgeois qui se sentent les laissés pour compte de la République par ses grands hiérarques. L’histoire du FN et celle des Le Pen, en particulier, ce sont celles de l’arrivisme politique et financier : la manière dont les Le Pen se sont accaparé la fortune de Lambert est très éclairante. Il s’agissait pour eux d’aller vite dans la reconnaissance sociale et ses attributs parmi lesquels l’hôtel particulier à Montretout. Marine Le Pen ne laissera pas passer sa chance en 2017. S’il faut lâcher du lest sur l’euro et s’emparer de quelques ministères clés, elle n’hésitera sans doute pas car elle sait que le FN n’est pas en mesure de s’emparer seul du pouvoir. Le FN, c’est avant tout l’histoire de petits provinciaux avides de notabilité, d’entrées au Rotary Club et de places sous les ors de la République. Cette idéologie petite bourgeoise peut fort bien s’accommoder de ce que fut par le passé la doctrine économique du FN : l’exaltation du travail et de l’argent durement gagné, c’est-à-dire une ligne parfaitement compatible avec le « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy.

Le second est possible aussi : on sait combien Nicolas Sarkozy est proche des thèses identitaires. Aller plus loin dans ce sens qu’il n’y est allé par le passé ne lui posera sans doute pas de grands cas de conscience. Il suffit de l’écouter se laisser aller dans les travées du salon de l’agriculture pour comprendre combien il est compatible avec cette idéologie revancharde. Car comme les dirigeants du FN, il n’a jamais fait partie de la caste des grands commis de l’Etat et il serait sans doute satisfait de les mettre à l’écart. Et surtout, l’opportunisme occupe une telle place chez lui qu’il est capable de s’adapter à toutes les situations pourvu qu’elles ne remettent pas en cause la prééminence.

On voit que le scénario d’un pacte gouvernemental entre les sarkozystes et le Front national juste après les présidentielles de 2017 est une hypothèse très sérieuse. D’autant plus sérieuse que Nicolas Sarkozy a toutes les chances de l’emporter face à Juppé aux primaires et de l’emporter face à François Hollande pour la qualification au second tour des présidentielles. Ce scénario serait un deuxième enterrement pour le gaullisme. La première pelletée de terre fut jetée par Sarkozy en 2007 quand il a prétendu mettre fin au consensus national issu du CNR de 1945. La seconde pelletée pourra être donnée en 2017 par l’alliance avec les adversaires de toujours du gaullisme.

En renonçant à sortir de l’euro, Sarkozy bloquerait toute initiative révolutionnaire sur le plan économique et enfermerait la France dans un discours identitaire  fermé. Un discours de soumission sur le plan économico-politique et un discours « fort en gueule » sur le plan sociétal. Exactement l’inverse de ce que prônait le général de Gaulle : une France sûre de ses valeurs et ouverte au dialogue avec les autres peuples, mais intransigeante sur sa souveraineté économique et politique. Une France de la coopération et de l’ambition.

À l’inverse, le rapprochement de l’UMP et du FN, de l’ultradroite et de l’extrême droite sur les bases du double mouvement que nous avons décrit, conduirait au maintien consenti de la France sous la sujétion d’une politique économique bruxelloise tout en s’enfermant dans un discours de repli culturel et identitaire. Une France de la sujétion et de l’exclusion. Une France qui perd, car ses problèmes resteront entiers : le chômage de masse, la stagnation économique, le repli identitaire, le communautarisme seront non seulement toujours présents mais s’accroitront inévitablement. Dans la douleur et le désordre.

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00612200_000018

Djihad: 84% de départs en plus depuis janvier

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(AFP) – Au total, près de 1.500 Français ont quitté la France à destination des zones de djihad en Syrie et en Irak, selon un rapport sénatorial publié mercredi qui note que ce chiffre est en augmentation de 84% comparé à celui de janvier 2014.

Présentant au Sénat ce document sur « les réseaux djihadistes en France et en Europe », le sénateur Jean-Pierre Sueur a souligné que sur les quelque 3.000 djihadistes européens recensés dans les régions tenues par le groupe Etat islamique – il a précisé que tous sont loin d’avoir été recensés –, près de la moitié, soit 47%, sont Français.

« Les services de la Direction centrale de la sécurité intérieure (DGSI) suivent actuellement plus de 3.000 personnes suspectées d’être impliquées dans des filières syriennes, un chiffre en augmentation de 24% par rapport au mois de novembre 2014 », a ajouté le parlementaire.

Le rapport précise que sur les 1.432 Français concernés par cette filière, 413 se trouvent effectivement dans les zones de combat, dont 119 femmes. 261 ont quitté la zone de djihad, dont 200 pour regagner la France. 85 auraient été tués sur place et deux sont emprisonnés en Syrie.

La plateforme d’appel mise en France à la disposition des familles et des proches pour prévenir les services de police de leurs doutes avait enregistré fin mars 3.246 signalements, contre 1.608 à la fin 2014, soit une augmentation inquiétante de 116%, a ajouté le sénateur Sueur.

Il a précisé que 152 islamistes radicaux sont actuellement incarcérés en France, pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », dont seulement 22 avaient effectué un séjour préalable en prison.