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Choc des civilisations, beurk beurk!

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ruwen ogien choc civilisations

Quand on veut philosopher dans le boudoir et qu’on n’est pas le Marquis de Sade, il faut montrer patte blanche. Et pour être admis dans le sérail rose où seuls peuvent pénétrer (oh pardon!) les eunuques, on sait qu’il convient de taper sur « le choc des civilisations », marqueur absolu de la noirceur réac et facho. Dans le dictionnaire des idées reçues de la gauche, bien plus pauvre que celui de Flaubert, la notion de « choc des civilisations » est obligatoirement assortie de la mention « hurler contre ».

Ayant satisfait à ce rituel, qui est l’équivalent de la « limpieza di sangre » exigée par les inquisiteurs espagnols, Ruwen Ogien s’exprima. Philosophe de son métier, membre du CNRS, il tient un blog à Libération : c’est dire s’il est AGC (appellation de gauche contrôlée). Son texte aurait pu tenir en deux lignes percutantes et bien senties : « Choc des civilisations beurk beurk ! Multiculturalisme miam miam ! ». Mais pour des raisons de mise en page, il a été contraint de faire plus…

Pour illustrer sa pensée apitoyée sur les pauvres immigrés qu’on voudrait forcer à s’intégrer, il a eu cette formule ô combien juste et lumineuse : « Dans le pedigree qui fonde l’identité française, il y a « l’arrogance culturelle, le passé colonial, le conservatisme moral, la xénophobie latente, le culte de la rente, le goût de l’alcool » ». La rente ? Les derniers livres qu’a lus le philosophe sont certainement ceux de Balzac, Le Père Goriot, Gobseck… c’est pourquoi Ruwen Ogien semble vivre toujours sous le règne de Louis-Philippe et de Guizot (« enrichissez-vous »), encerclé par des petits bourgeois ventripotents et rentiers, massacreurs du peuple.

Ce qui lui permet de mettre en lumière la détresse ignorée jusqu’à lui qui étreint les âmes sensibles des jeunes de banlieue. Ainsi il s’écrie, douloureusement on suppose : « Un immigré devrait-il devenir culturellement arrogant, fier du passé colonial, moralement conservateur et alcoolique sur les bords pour être un bon Français ? ». Nous avons ouï dire que de pathétiques controverses se tiennent le soir à Stains où, adossés au mur de leur barre d’immeuble, Driss, Mamadou et Jamel se lamentent. « T’as envie de d’venir un céfran bourré comme Depardieu et xénophobe, toi ? » « Ah ça non ! » À la suite de quoi ils sont tentés de s’intégrer à un groupe assez lointain, quelque part en Irak et en Syrie, qui est sans pitié avec les alcooliques. Mais Driss, Mamadou et Jamel n’ont pas compris toutes les subtilités du philosophe. « La rente, c’est quoi, ça ? ». Perplexité. Puis Mamadou, le plus vif d’entre eux, trouve : « ça doit être une rente d’invalidité ». Ce qui les conforte dans l’idée que le céfran alcoolisé et xénophobe est aussi un handicapé physique.

Je me suis regardé dans une glace. Quelques efforts étaient nécessaires. Je me suis enfourné une dizaine de tartines de rillettes que j’ai noyées dans une vingtaine de verres de Ricard et j’ai mis mon casque colonial. C’était bien. Mais pas parfait. Manquait la baguette, attirail évident du parfait céfran. Complètement bourré, je suis allé en acheter une chez le boulanger du coin. Manque de bol, j’avais oublié qu’il était arabe. Il m’a viré.

*Photo : wikicommons.

Massacre de Garissa : qui sont les Chebabs?

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somalie chebabs kenya islam

Chercheur au CERI-Sciences Po ainsi qu’au CNRS, Roland Marchal axe ses recherches sur l’économie et les conflits dans l’Afrique sub-saharienne. Une semaine après la tuerie de Garissa, il décortique les identités multiples du groupe islamiste Harakat-ach-Chebab-al-Moujahidine (Mouvement de la Jeunesse des combattants) qui sévit en Somalie et au Kenya. Car, tout affiliée à Al-Qaïda qu’elle est, cette phalange combattante joue sur plusieurs registres – nationaliste, social, clanique. Une telle complexité ne simplifie pas la lutte antiterroriste dans la corne de l’Afrique…

Daoud Boughezala : Le 2 avril, l’organisation des « chebabs » somaliens a assassiné 148 étudiants chrétiens à l’université de Garissa, au Kenya. Quelles sont les origines de ce groupe djihadiste ?

Roland Marchal : L’organisation chebab est née, sans doute vers 2004/2005, de la conjonction de trois groupes distincts: des disciples d’Al-Qaïda qui sont allés se former en Afghanistan, des salafistes armés radicaux qui les ont rejoints car ils défendaient alors les mêmes thèses; enfin un groupe nombreux d’islamistes somaliens qui voulaient former une milice trans-clanique qui serait capable de ne pas se diviser sur des questions tribales.

Dans un article[1. « Gagner toutes les batailles et perdre la guerre ? La lutte contre Al-Shabab en Somalie », Diplomatie, mars-avril 2015.] qu’a publié la revue Diplomatie, vous expliquez que les Chebabs ont militairement perdu la bataille en Somalie contre une coalition menée par le Kenya et l’Ethiopie mais conservent une forte capacité de nuisance. Comment expliquez-vous leur étonnante capacité de résilience ?

Les Chebabs ont été affaiblis par les forces internationales mais demeurent capables de frapper dans toutes les grandes villes somaliennes, surtout dans le sud du pays, et de façon plus épisodique au Kenya. Leur résilience s’explique par plusieurs facteurs : l’absence de solution claire en Somalie même, la défiance de certaines franges minoritaires de la population vis-à-vis des 22 000 soldats étrangers, la capacité des Chebabs à jouer un rôle dans la politique locale, d’apporter de l’ordre et une loi dans des lieux dangereux, de régler des problèmes auxquels personne ne s’intéresse. À plusieurs reprises, le groupe a su jouer sur la fibre nationaliste. En 2007, l’hostilité extrême à l’intervention armée éthiopienne a permis à Chebab de se réinventer et surtout de pallier les nombreuses pertes subies. Plus tard en 2009, la lutte contre un pouvoir somalien mis en place avec l’assentiment américain et régional l’a remis en selle. Entre temps, Chebab a eu l’expérience du pouvoir, a noué des relations avec certains secteurs de la population, bref est une organisation terroriste mais aussi un mouvement armé, une réponse sociale à l’interventionnisme international (fût-il de bonne volonté).

Autrement dit, les Chebabs ne se réduisent pas à leur dimension islamiste. Outre l’allégeance à la nébuleuse djihadiste et la vieille corde nationaliste, mobilisent-ils d’autres ressorts locaux pour attirer l’adhésion des populations locales ?

Il faut en effet aller au-delà de la simple mention de l’affiliation à Al-Qaïda pour comprendre la fonction que les Chebabs jouent dans la situation actuelle malgré un bilan très négatif pour une majorité de Somaliens. Chebab bénéficie d’une infrastructure mise en place entre 2007 et 2009 et ses membres apparaissent à beaucoup comme les empêcheurs de tourner en rond. On les soutient souvent tactiquement plus que stratégiquement mais ils sont une véritable organisation et construisent des biens publics, ce qui nuance leur aspect terroriste aux yeux de certains Somaliens. Pour leurs recrues kenyanes, Chebab offre la possibilité d’une formation militaire et la possibilité de frapper le régime de Nairobi perçu comme fondamentalement chrétien et anti-musulman. Il faut bien admettre que la réaction souvent brutale et sans discernement de la police kenyane alimente également le recrutement de Chebab.

À terme, si ce mouvement terroriste gagne en popularité, doit-on craindre l’édification d’un « Etat islamique » dans la corne de l’Afrique ?

Chebab a fait allégeance à Al-Qaïda. Changer de parrain pour aller avec Daech pose donc quelques problèmes dogmatiques. Chebab n’a pas la possibilité de gagner la guerre actuelle, mais cela ne signifie pas forcément sa défaite. L’Ethiopie lui fait face avec succès car c’est un état autoritaire et policier. Or, le Kenya est plus ouvert, et évidemment la première victime des événements actuels va être la démocratie et le débat pluraliste. Déjà, les médias kenyans font souvent preuve d’autocensure dès que les questions de sécurité nationale sont discutées, cela va empirer à un moment où il faudrait au contraire par le débat public rendre confiance à ceux qui mettent en doute l’intérêt des élites gouvernantes à s’intéresser au peuple au lieu de se remplir les poches.

Il y a quelques mois, les Chebabs ont menacé la France en citant plusieurs centres commerciaux comme cibles potentielles d’attaques terroristes. Pourquoi menacent-ils un pays aussi lointain que le nôtre ?

La crédibilité de Chebab ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. En prenant à parti la France, ils mettent en exergue le rôle joué par les services de renseignement français (parmi d’autres) pour identifier le lieu où résidait leur précédent leader, Ahemd Aw Godane, tué par un drone américain le 1er septembre 2013. Ensuite, vient la question du voile (enfin, ce qu’ils en ont compris) et évidemment les caricatures de Charlie Hebdo. En menaçant la France, Chebab fait aussi la preuve qu’il est arrimé au mouvement djihadiste international, et pas seulement une organisation aux ambitions nationales.

*Image : wikicommons.

Le Pen contre Le Pen: No future pour le punk en PACA?

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(Avec AFP) Jean-Marie Le Pen bientôt exclu de son propre parti ? Après les dernières sorties de route du président du Front national dans Rivarol au sujet de Pétain, Vichy et des immigrés censés nous gouverner, Florian Philippot promet que « des mesures vont être prises ». Sur Twitter, le bras droit de Marine Le Pen, mis en cause par JMLP en raison de son passé chevènementiste et de son influence idéologique sur la ligne du Front, n’y va pas par quatre chemins : « La rupture politique avec Jean-Marie Le Pen est désormais totale et définitive. Sous l’impulsion de Marine Le Pen des décisions seront prises rapidement. » Aujourd’hui, il est jusqu’à Louis Aliot, fidèle entre les fidèles, pour parler de « rupture » avec l’ancien dirigeant frontiste cependant que Marine Le Pen annonce : « Je m’opposerai, lors du bureau politique du 17 avril (…) à sa candidature [NDLR : aux régionales] en Provence-Alpes-Côte d’Azur ». »  La présidente du FN compte « réunir rapidement un bureau exécutif afin d’envisager avec lui les moyens de protéger au mieux les intérêts politiques du FN ».

De source proche de la direction du parti, un retrait de son statut de président d’honneur semble exclu, mais un divorce clair et net semble consommé entre Jean-Marie Le Pen d’une part, sa fille et l’ensemble des cadres du mouvement d’autre part. Une mise à distance engagée depuis plusieurs années, mais qui s’est récemment accélérée avec la publication de notre interview de Marine Le Pen. « Nous avons un désaccord de fond » y confessait l’ancienne candidate à la présidentielle, critiquant mezzo voce la posture contestataire de son père, dont les provocations à répétition manifesteraient le « côté punk »…

L’heure de la retraite politique a-t-elle enfin sonné pour le Johnny Rotten de l’extrême droite ? C’est probablement la hantise de l’« UMPS »… et le rêve des nouveaux dirigeants frontistes.

marine le pen

Également en version numérique avec notre application :

5 millions de fachos?

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fn valls hollande francais souche

Dans un roman de Philip Roth, ça se finirait par la démission de François Hollande. Par chance pour le président, la France est frivole, même dans l’indignation : il s’en est tiré avec une micro-bronca et, tout de même, la réprobation bruyante de la patronne des Jeunes socialistes, Laura Slimani, qui l’a froidement tancé pour « brouillage intellectuel » – cette toupie n’a aucun respect…

C’est qu’il en a fait une belle. Vous n’allez pas le croire : il a dit « Français de souche ». En toutes lettres. Enfin, entre guillemets, paraît-il, mais on ne les a pas entendus, c’est ballot (le coup des guillemets est une trouvaille de Bruno Le Roux, chef des députés socialistes qui l’écoutent).

Le président croyait pourtant s’être bordé. Oui, il a bien prononcé le mot en F, le mot français qui fâche, mais dans un contexte qui ne laissait aucun doute sur ses sentiments. Le 23 février, au milieu d’un dîner du CRIF particulièrement pimenté cette année, il a évoqué sa visite à Sarre-Union, « dans ce cimetière dévasté par de jeunes lycéens, français de souche, comme on dit, ignorants au point de ne pas avoir vu les écritures en hébreu (…), inconscients pour ne pas avoir remarqué les étoiles de David, mais à ce point intolérants pour renverser le monument dédié aux victimes de la Shoah ». Imaginons qu’au soir du 7 janvier, le président ait précisé que les frères Kouachi étaient arabes et musulmans : on en parlerait encore. On découvre ici la matrice du double lien qui pèse sur tous les Français, sommés à la fois de ne pas voir la différence et de l’adorer. En vertu de la même logique, on a le droit de célébrer les bienfaits de l’immigration, mais il est interdit de remarquer qu’elle a changé le visage de la France. Et il va sans dire que toute mention du roman national exige une sémantique dépréciative.  

Pas de panique, Hollande n’a nommé les « Français de souche » que pour pouvoir proclamer le dégoût qu’ils lui inspirent. Mais ce dégoût, c’est leur accorder une existence. Pour le Parti de l’Autre, c’est encore trop. Cette réjouissante formule d’Alain Finkielkraut est le meilleur nom que l’on puisse donner à la gauche d’aujourd’hui. Voilà quarante ans que ces « de souche » sont ses têtes de Turcs, au Parti de l’Autre. Il les a ridiculisés, intimidés, diabolisés, ringardisés, il les a mis entre guillemets. Maintenant, il voudrait bien les mettre entre parenthèses, et une bonne partie du réel avec eux. Et comme les vraies choses et les vrais gens ne se laissent pas engloutir volontiers, on interdit les mots. Supprimez le signifiant, le référent disparaîtra – méthode éprouvée sous de nombreux cieux. Bon, signifiant et référent, on dirait qu’il se mélange un peu les pinceaux, François Hollande : « Pour ceux qui m’ont écouté, il n’y avait pas de doute à avoir, je me suis distingué justement de cette expression », a-t-il déclaré. Le gentil président s’est distingué d’une méchante expression. Seigneur, protégez-nous des mots !

Il est clair que, d’un point de vue scientifique, un Français de souche, ça n’existe pas. Ce n’est pas le synonyme de « blanc », ni de « catholique », bien que cela n’ait pas rien à voir. En réalité, personne ne sait le définir, mais tout le monde sait ce que c’est – une marque d’ancienneté, un droit d’aînesse conféré non pas aux individus mais à leurs mœurs et à leurs usages. Du reste, si on utilise une notion aussi hasardeuse, c’est bien pour vivre dans la même réalité sensible que nos contemporains. Et là, il y a comme un gros problème. Quand un propos banal sur l’antisémitisme qui sévit dans nos banlieues peut vous envoyer au tribunal – version Arno Klarsfeld –  ou vous valoir un lynchage en règle – version Cukierman –, quand au sommet de l’État on nous serine que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam, c’est qu’on ne vit plus dans le même monde. Surtout que ces billevesées reçoivent promptement l’onction médiatique. Ainsi entendrai-je, sur une chaîne-info, une journaliste standard proférer avec assurance que « tout le monde sait bien que, Français de souche, ça ne veut rien dire ». Quelques jours plus tard, juste après les attentats de Copenhague, j’entends une autre voix affirmer doctement : « Tout le monde sait bien que c’est la misère sociale qui nourrit le terrorisme. » Si tout le monde le sait, évidemment, on ne peut pas lutter.

La messe est dite, les Français de souche n’existent pas. Puisque nous sommes tous immigrés, « avant moi, y’avait pas d’avant », comme ne le chantait pas tout à fait Barbara. Et puis « souche », ça a un petit côté biologisant, non ? Le paradoxe, c’est qu’à investir de sombres humeurs racialistes le concept, ceux qui l’utilisent, et en prime le groupe aux contours flous qu’il désigne, on a fourni à ce groupe une cohésion identitaire dont il était absolument dépourvu. L’appellation « Français de souche » est peut-être en passe de devenir une affaire de culture autant que de filiation – la communauté des sans-communautés. D’ailleurs, si elle perturbe les odorats trop délicats, ce n’est pas parce qu’elle suggère une hérédité, mais parce qu’elle exprime la volonté de rester un peuple, c’est-à-dire une collectivité humaine relativement homogène, en termes non pas ethniques, mais culturels et anthropologiques. Au point qu’on pourrait dire : on ne naît pas « de souche », on le devient. 

Reste une question : que lui a-t-il fait, à la gauche, ce malheureux « de souche » ? En vérité, rien, sinon lui servir d’alibi, d’épouvantail et finalement d’ennemi, sous diverses figures – du beauf au facho en passant par le réac et le petit blanc. Il a donc fourni la trame d’un récit épique opposant la générosité à l’égoïsme, l’hospitalité à la fermeture, le frère humain au compatriote. Un récit dont il est interdit, depuis quarante ans, de contester les postulats qui le fondent. C’est ainsi que les Français ont dû accepter un changement démographique de grande ampleur, sans jamais être invités à se prononcer.   

Dans ce dispositif, le Front national a joué et joue encore le rôle décisif du diable, qui coalise contre lui toutes les forces du bien – dans un fragile et improbable Front républicain. Certes, la normalisation engagée par Marine Le Pen est un sale coup pour le Parti de l’Autre, réduit à répéter en boucle que le FN ne respecte pas les valeurs de la République, voire qu’il a des « intentions funestes pour la démocratie », sans que ces affirmations soient jamais référées à un propos précis. Ainsi, quelques semaines après les attentats, la glorieuse lutte contre le FN redevenait-elle la priorité de la classe politique et médiatique. Ainsi, le 24 février, le dessin de « une » de Charlie Hebdo représentait le journal poursuivi par un djihadiste, Marine Le Pen et le pape. Sans doute fallait-il éviter de stigmatiser les djihadistes.

Mais la plus grande vertu du parti lepéniste est d’être un revolver pointé sur la tempe de tout citoyen, averti à intervalles régulier que ses agissements, voire ses pensées, pourraient faire le jeu de qui vous savez. En attendant, tous les présidentiables, convaincus que ce chantage suffira à leur barrer l’accès au pouvoir, rêvent d’un deuxième tour les opposant à la « peste blonde ». Reste que si le Front national est aussi dangereux qu’on le dit, il n’est pas très malin de le laisser se présenter comme le seul parti de la France.

Le cheminement qui a conduit la gauche à remplacer le prolo d’antan par l’immigré clandestin, le résistant palestinien ou le musulman dont l’ultime dignité tiendrait à l’adoration pour son prophète, est connu et brillamment analysé par Jean-Pierre Le Goff dans les pages suivantes. On a moins remarqué la formidable entourloupe réalisée dans l’opération. On dénonce volontiers le goût de nos élites pour l’autoflagellation et la repentance, mais il s’agit toujours ou presque de se battre la coulpe sur la poitrine des autres. La haine de soi française masque le plus souvent la haine de la France d’en face, ou de celle d’en bas. Eh bien, moi, j’aime qu’on m’aime ou, au moins, qu’on me considère, et à l’inverse, je n’aime pas qu’on se paie ma tête ou qu’on me méprise. Et j’ai comme l’impression que la majorité de mes compatriotes éprouvent les mêmes sentiments, donc la même exaspération que moi. Un jour viendra où des millions de Français, de souche ou pas, crieront : Respect !

Cet article en accès libre est extrait de Causeur n°23. Pour lire le numéro entier, cliquez ici.

*Photo : Albert Ziri.

Vie et mort de Jean Germain

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jean germain suicide

Jean Germain s’est donné la mort. Comme Robert Boulin et Pierre Bérégovoy avant lui. Et probablement pour les mêmes raisons.

Universitaire passé à la politique, il fut pendant presque vingt ans un maire de Tours manifestement apprécié. Brutalement battu dans le tsunami bleu de mars 2014, peut-être a-t-il subi aussi l’usure du pouvoir et l’affaire judiciaire qu’on lui avait jetée dans les jambes. Dans les quelques informations dont on dispose par la presse, on retrouve les éléments habituels qui permettent de gonfler les baudruches au grand plaisir des médias, des amis politiques dont il y a tout à craindre, et aussi d’une justice qui n’est pas mécontente de faire des cartons permettant à certains de se mettre en avant.

Ceci étant, si la bonne foi de Jean Germain est probable, et si le chef ne s’occupe pas des détails, l’ingénuité ne saurait constituer une excuse absolutoire pour celui qui dirigeait, en bon cumulard, plusieurs collectivités de grande taille. L’inculture juridique et surtout judiciaire de nos élus est massive. Ce qui permet aux profiteurs sans scrupules de faire leur beurre. Cela semble le cas en l’espèce, et  Jean Germain en a apparemment été victime.

Cela méritait-il une procédure pénale ? Je ne sais y répondre. Je constate simplement que cela a fini par le tuer. Parce qu’il faut savoir ce que veut dire une « mise en cause » pour un homme public. Ce que l’on appelle pour eux le « risque pénal » ce n’est pas une éventuelle condamnation à la fin de la procédure. C’est tout ce qui précède, campagnes de presse, rumeurs, calomnies, mensonge, lettres anonymes qui détruisent non seulement l’honneur et l’estime de soi, mais rompent brutalement le lien à la population que vous représentiez. Les élus aiment le pouvoir et les ors, mais souvent, ils aiment aussi les gens.

Et puis il y a la violence de la justice. Qui est chose relative mais constitue pour l’homme normal une agression surprenante et douloureuse. La garde à vue est quelque chose de très difficile, une perquisition à son domicile qui pulvérise l’intimité, une expérience pénible. Le constat face à la machine judiciaire, qui connaît mal les conditions concrètes de la gestion publique, que l’innocence et la bonne foi ne protègent de rien, provoque une surprise accablée.

Comme souvent dans les affaires politico-judiciaires, les choses ont commencé par une lettre anonyme. Outil bien commode, dont la justice française fait grand usage. Une certaine presse aussi d’ailleurs. Et surprise, cette délation vient souvent de son propre camp. Avec la fin des idéologies, l’engagement politique n’étant plus que la gestion d’une carrière, il y a de la concurrence et des règlements de compte à tire-larigot… Dans l’affaire Germain, un nom circule avec insistance. Je ne sais pas si c’est à raison, mais en tout cas spontanément c’est de ce côté-là que se sont tournés tous les yeux. Et non vers les opposants politiques.

Autre conséquence d’une mise en cause judiciaire : soudain, vous attrapez la peste. Tous vos amis, vos obligés, vos protégés vous tournent le dos. Quand ils n’y tirent pas. À propos d’obligés, naturellement toutes les personnes impliquées vous chargent. Bien sûr, vous étiez le chef, vous avez tout organisé et eux n’ont fait qu’obéir. Ce qui vous arrive n’est pas contagieux, mais vous pourriez en mourir. Ce qui serait une bonne chose, cela libérerait des places. L’amitié, le respect, la déférence, la flatterie voir la flagornerie, tout cela disparaît tout d’un coup. Les visages se ferment et se tournent. Les petits complots se nouent. « Le bateau risque de couler, il vaudrait mieux le jeter par-dessus bord ». Et quand à cela s’ajoute la perte d’une élection et que celle-ci vous est naturellement imputée, la solitude est totale. Pierre Bérégovoy en est mort le 1er mai 1993 après la catastrophe des législatives dont on le rendait responsable.

Après le suicide de Germain, les  responsables socialistes ont eu la réaction que l’on pouvait attendre. Avec une absence totale de vergogne, ceux qui, foulant aux pieds tous les principes, ont instrumentalisé la justice dans une chasse au Sarkozy invraisemblable viennent maintenant déplorer la « chasse judiciaire aux élus ».La presse va pendant quelques jours regarder un peu le bout de ses chaussures avant de reprendre les bonnes habitudes. Il y a peu de chances que l’on échappe à un prêche d’Edwy Plenel.

Les réseaux sociaux irrigués par le poison du « tous pourris » s’en sont donnés à cœur joie. Cracher anonymement sur un cadavre doit être quelque chose de délectable. « Jean Germain est un lâche, la preuve qu’il était coupable, un innocent n’aurait pas fait ça, pourquoi avoir eu peur de l’audience ? ».

Jean Germain a eu peur de l’audience ? Évidemment, et à juste titre. Pas parce que les magistrats du siège sont méchants, mais parce que la justice n’est pas une partie de plaisir. Et l’audience pénale lorsqu’on est poursuivi une épreuve. Encore plus difficile lorsque l’on a été un homme public. Comme l’a dit Malraux, l’homme est un petit tas de secrets. Et ces secrets vont être dévoilés décortiqués. Jean Germain aurait probablement dû s’expliquer sur sa relation avec sa collaboratrice taïwanaise et peut-être d’autres choses dont il ne voulait pas que ceux qui l’aiment les connaissent Le précédent terrifiant de l’audience dans l’affaire du Carlton de Lille pouvait légitimement inquiéter. Pendant des journées entières, on a décrit, décortiqué les pratiques sexuelles des uns et des autres, raconté le détail des parties fines et débattu sur la portée de la sodomie. J’espère que les enfants des prévenus avaient soigneusement éteint tous leurs écrans.

Jean Germain ne voulait pas s’asseoir « sur le banc d’infamie » comme on le nommait aux enfants de sa génération. Il devait avoir la conviction construite pendant l’instruction que sa bonne foi ne serait pas reconnue. Qu’il serait traîné dans la boue et surtout traité de voleur par les ignorants qui sont les plus nombreux. Il n’avait pas le cuir assez épais. Tout le monde n’est pas équipé comme Nicolas Sarkozy. Il a préféré se retirer. En accord avec lui-même, et c’est ce qui compte.

*Photo : SOUVANT GUILLAUME/SIPA. 00664142_000014.

Nu comme dans un musée australien

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australie art nu

L’art contemporain n’a pas fini de nous étonner. Mais en l’occurrence, ce n’est pas de l’artiste que vient le scandale, par exemple pour cause de confusion entre plug anal et sapin de Noël ou encore de dépôts d’étrons colorés dans la Galerie des Glaces de Versailles, mais des consommateurs, pardon, des amateurs eux-mêmes.

Pour visiter, jeudi matin, une exposition temporaire à la National Gallery of Australia de Canberra consacrée à l’artiste américain James Turrell qui joue, nous dit-on, avec l’espace et la lumière, un certain Stuart Ringold, lui-même artiste, a proposé à ses amis (enfin j’espère que ce sont ses amis) de découvrir les œuvres en se mettant complètement à oilpé.

Commentaire de monsieur Ringold: « L’exposition de Turrell tourne autour de la lumière. La peau absorbe la lumière et nous avons pensé que le corps tout entier pouvait partager cette expérience. Les spectateurs étaient un peu gênés au départ mais une fois dévêtus, ils souriaient et riaient. » Après tout, ça ne peut pas faire de mal dans la mesure où l’on n’est pas obligé de suivre les principes de Stuart Ringold qui pense que seule la tenue d’Eve peut permettre de lever nos inhibitions en face de l’Art et de mieux comprendre l’artiste. Personnellement, j’ai surtout l’impression que l’on risque un rhume avec la climatisation qui va assez fort en Australie.

On remarquera que ce naturisme esthétique nous vient du monde anglo-saxon qui, on le sait au moins depuis l’érotisme pesant de D.H. Lawrence dans L’amant de Lady Chatterley, connaît un relatif problème avec le corps et la sexualité, puritanisme protestant oblige. Là-bas, quand on surexpose le corps, c’est pour mieux le refouler, préférant toujours le naturisme à l’érotisme dans une candeur qui exclut toute ambiguïté sexuelle. Ou à l’inverse, on pratique la pornographie la plus débridée qui est une autre forme de normalisation, mécanique, du sexe et du désir. Alors qu, ce qu’il y a de bien dans les noces intelligentes du sexe et de l’art, comme pouvait sans doute la pratiquer les libertins français du XVIIIème sous l’œil bienveillant des tableaux de Fragonard, de Boucher pu de Watteau, c’est précisément l’ambiguïté, le jeu du dévoilement progressif, les clair-obscur, les départs pour Cythère, les fêtes galantes où l’âme est un paysage choisi.

Pour le reste, on attend avec impatience de savoir si la France suivra ou non cette initiative forcément bonne puisqu’elle vient d’ailleurs, que d’une part le Louvre ne se transfère plus dans les Emirats arabes où tout le monde est très habillé, -surtout les femmes- mais plutôt vers les plages du cap d’Agde. Et, d’autre part, que l’Education nationale, dans le cadre de dispositifs innovants, expérimente dès la rentrée des cours où enseignants et élèves seront nus, en toute innocence, pour se rapprocher les uns des autres et mieux se comprendre, comme des œuvres d’art.

*Photo : wikicommons.

Cukierman persiste et signe

cukierman crif islam fn

Causeur. Dans votre famille, la blague juive est un sport de combat. La dernière de votre cru, lâchée au micro de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, a suscité pas mal de remous. Le 23 février, au matin du premier dîner du CRIF post-attentats, vous afformez : « Toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans. » S’ensuit un pataquès politico-mondain avec le CFCM, Dalil Boubakeur annonçant bruyamment qu’il ne participera pas aux agapes, tandis que nombre de médias s’indignent de ce « dérapage » – par rapport aux bonnes manières, suppose-t-on. L’aviez-vous prémédité ?

Roger Cukierman : Bien sûr que non ! J’ai répondu très normalement à une question simple sur les auteurs de violences terroristes en observant qu’il s’agissait de jeunes musulmans. Mais j’ai immédiatement éclairci ce qui pouvait sembler ambigu dans les mots que j’avais prononcés, en précisant que, bien sûr, il s’agissait d’une « toute petite minorité de la communauté musulmane ». La presse a retenu ce qu’elle voulait retenir, une phrase détachée de son contexte. Elle adore ça.

Il n’y a pas que la presse qui se soit étranglée. On suppose que Dalil Boubakeur a écouté l’ensemble de votre intervention. Pourtant, le CFCM n’en a pas moins voté à l’unanimité le boycott du dîner du CRIF.

Le CFCM avait une réunion ce matin-là, et le sujet a été évoqué.  Ils ont décidé de ne pas venir au dîner du CRIF.  Je ne suis pas sûr que le vote ait été unanime, mais en tout cas, je regrette leur absence dans un moment ou l’union est beaucoup plus importante que les susceptibilités.  Je rappelle que Dalil Boubakeur avait été le premier en avril 2014 à accepter de signer l’appel au vivre-ensemble que nous avions lancé et qui a été signé par les représentants politiques, religieux et syndicaux.

D’après nos informations, Dalil Boubakeur était convoqué le lendemain chez Bernard Cazeneuve, qui devait lui signifier que le CFCM allait être noyé dans une entité plus large. Autrement dit, on allait lui annoncer la fin du CFCM et c’était, semble-t-il, la raison de sa réunion. N’a-t-il pas voulu faire un coup ?

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En tout cas, cette bisbille entre le chef des juifs et le chef des musulmans a inquiété au plus haut niveau, puisque, le lendemain, c’est le chef de l’État qui a organisé votre réconciliation, annoncée depuis la cour de l’Élysée !

En fait, l’affaire était réglée avant que nous allions à l’Élysée. Au cours du dîner, le président m’avait proposé ses bons offices. Lorsque j’appelle Boubakeur, le lendemain, pour lui proposer de nous rencontrer, cette offre de médiation présidentielle a immédiatement raison de ses hésitations. Il me tutoie et m’appelle « mon frère ». Tout va bien.

Avez-vous parlé du fond, c’est-à-dire de la responsabilité de (« de » et non pas « des ») jeunes musulmans dans les violences ?

Non.

Et quelles sont vos relations avec Boubakeur ?

Je l’adore ! Il y a douze ans, nous avons créé ensemble les amitiés judéo-musulmanes.

Rétrospectivement, regrettez-vous cette phrase ?

Absolument pas. Je revendique ces propos tout à fait conformes à la réalité. Cent pour cent des attentats antisémites ont été commis par des musulmans djihadistes. Si c’est vrai, pourquoi ne pas le dire ?

Allons, vous savez bien pourquoi : stigmatisation, amalgame… Passons. En tout cas, vous étiez très en forme ce matin-là, car au cours de la même émission vous avez également déclaré : « Sur l’antisémitisme, Marine Le Pen est irréprochable. »

J’ai seulement remarqué qu’à la différence de son père Marine Le Pen fait très attention à ne rien dire qui puisse heurter les juifs. J’ai  ajouté dans la même phrase que je ne voterais jamais pour le FN car, derrière Marine Le Pen, on trouve des négationnistes, des vichystes et des pétainistes. Mais, là aussi, les médias ont préféré retenir un mot sans tenir compte du reste de la phrase. On sort un mot d’une phrase et on en change le sens. C’est un mauvais procédé.

N’empêche, alors que vous maintenez vos propos sur les musulmans, sur Le Pen, vous avez promptement rétropédalé en déclarant à l’AFP : « Mme Le Pen n’est pas fréquentable parce qu’elle ne s’est pas désolidarisée des propos de son père. » D’abord, ce n’est pas tout à fait exact. Ensuite, n’avez-vous pas cédé au politiquement correct ? Le lundi elle n’est pas antisémite et le mardi elle l’est ?

Le mercredi et les jours suivants une chose n’a pas changé, le FN reste un parti extrémiste à éviter et à combattre !

Quoi qu’il en soit, le danger concret pour les juifs de France ne vient pas de l’extrême droite, et nous le savons tous.

En ce qui concerne le danger physique, c’est vrai. Mais il y a aussi des dangers moraux. On ne peut pas faire l’impasse sur la question des valeurs morales de l’extrême droite.

Sur le sujet Le Pen, vous êtes pourtant un récidiviste. En 2002, après le premier tour de l’élection présidentielle, vous aviez dit à Haaretz : « J’espère que le score de Le Pen contribuera à réduire l’antisémitisme musulman et le comportement anti-israélien, parce qu’il est un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles. »

Vous avez du goût pour l’histoire antique. Je parlais anglais à un israélien qui a écrit son article en hébreu. Ces propos rapportés ont ensuite été traduits en français pour le journal Le Monde, ce qui a provoqué un scandale. Je ne sais plus exactement ce que j’ai dit, mais j’ai écrit plus tard dans Le Monde ce que je pensais réellement.

Allons, vous n’avez pas une stratégie des petites phrases ?

Non.

Comment la « rue juive » réagit-elle à vos sorties ?

Ça dépend… Je n’en vois pas beaucoup qui aient été outragés par ma phrase sur les musulmans. En revanche, certains m’ont reproché le mot sur Marine Le Pen, ce qui m’ennuie, car c’est un malentendu. Et au sein du comité directeur du CRIF, deux personnes ont émis des critiques et les autres m’ont donné raison ou, en tout cas, ne m’en ont pas voulu, le tout dans un climat très courtois.

Néanmoins, vos propos prennent un sens particulier alors que pas mal de juifs, confrontés à l’antisémitisme musulman, sont tentés par le vote FN, en particulier depuis que Marine Le Pen a écarté son père.

Que des juifs votent FN, c’est un fait, et je m’en désole. Chez Elkabbach, j’ai été très clair : pour moi, un juif ne doit pas voter Front national. Je l’ai dit mot pour mot.

Il faut croire qu’on vous comprend mal. Ainsi, Nicolas Sarkozy vous a durement critiqué en même temps qu’il félicitait Arno Klarsfeld, qui a tenu sur les musulmans des banlieues des propos identiques aux vôtres[1. Début 2014, Arno Klarsfeld avait déclaré sur un plateau d’iTélé : « Non, la France n’est pas antisémite. Il y a le noyau dur de l’extrême droite qui l’est vigoureusement, une partie de l’ultragauche et les islamistes, et une partie des jeunes de banlieue. » Une plainte pour « atteinte à l’honneur et à la considération » des « jeunes de banlieue » a été transmise par le procureur de Paris à un juge d’instruction début 2015.]…

Sarkozy se rendait à une soirée dont le président de la République était l’invité d’honneur – d’ailleurs, il n’a participé qu’au cocktail. M’attaquer lui permettait de signaler sa présence.

En attendant, nous pensons, nous, que lorsque vous appelez à voter ou à ne pas voter pour un parti, vous sortez de votre rôle.

La question m’étonne de vous, d’habitude vous vous mêlez bien de tout… Quand on me demande mon avis, je le donne. Comme président du CRIF, à chaque élection, je recommande de ne voter ni pour le FN ni pour l’extrême gauche. Mes prédécesseurs ont fait la même chose.  

C’est bien ce qui nous chiffonne : cela accrédite l’idée que le CRIF est le parti des juifs. Peut-il et doit-il y avoir une représentation politique des juifs de France ?

Oui, absolument. Nous sommes la représentation politique des organisations juives de France à côté du Consistoire, qui représente le religieux, et du Fonds social. C’est notre vocation

Permettez-nous d’en débattre. N’est-il pas dangereux d’instituer les juifs en communauté politique à l’intérieur de la communauté nationale ?

Cela a été décidé en 1943, au cours d’une réunion de responsables juifs. Un orthodoxe religieux, un communiste stalinien, un sioniste et un bundiste[1. L’Union générale des travailleurs juifs, ou « Bund », est un mouvement socialiste fondé en 1897 pour représenter la minorité juive en Lituanie, Pologne et Russie.] sont parvenus à la conclusion que les juifs devaient faire de la politique et lutter contre l’antisémitisme – à l’époque, il y avait de quoi faire –, puis, une fois que la France serait libérée, contribuer à la création d’un État juif. Et ce sont encore les missions du CRIF, clairement précisées dans nos statuts : s’occuper de politique, lutter contre l’antisémitisme, défendre les droits de l’homme, cultiver le devoir de mémoire et soutenir Israël.

Et que faites-vous des juifs qui ne veulent pas être embarqués là-dedans ?

Mais je ne les embarque pas, car je ne prétends pas les représenter ! Je représente seulement les 70 associations membres du CRIF. Point.

Vous savez bien que ces nuances échappent à la moulinette médiatique… Depuis quelques années, les problèmes de la France ont souvent à voir avec les dieux des uns ou des autres, et le plus souvent avec l’islam ?

Ce qui est sûr, c’est que l’organisation des musulmans de France est aberrante. La plupart des quelque 2 500 imams en activité sont formés et payés par des pays étrangers, notamment ceux qui encouragent le salafisme ou les Frères musulmans. Beaucoup ne parlent même pas français ! Des propositions ont été faites aux autorités de notre pays de fonder une école française de formation des imams et de faire en sorte qu’ils soient payés en France, par la France s’il faut, quitte à violer la loi de 1905, ou au moins à instaurer un régime dérogatoire pendant cinq ou dix ans. C’est une bonne idée.

Pourquoi le CFCM a-t-il échoué à fédérer les musulmans ?

En 2003, Sarkozy voulait créer un organisme véritablement représentatif, et on pouvait penser que ça marcherait car, à l’époque, l’UOIF  était à la recherche de spécificité et semblait vouloir jouer le jeu. L’UOIF s’est placée dans le sillage des Frères musulmans et s’est éloignée du CFCM, qui est devenu pour beaucoup de musulmans engagés le symbole de l’islam institutionnel, voire collabo. Et il faut bien dire qu’aujourd’hui le CFCM est assez largement coupé de la « base ».

Que l’on puisse s’aliéner la base en dénonçant l’antisémitisme, c’est le cœur du problème. Mais pourquoi faudrait-il déroger à la loi de 1905 au risque de déclencher une bataille rangée ? Ne faut-il pas plutôt, comme l’ont longtemps fait les juifs, négocier discrètement des exceptions (dates d’examens, cours du samedi, repas sans porc en classes de neige) sans proclamer bruyamment que ce pays de salauds leur devait bien ça.

Malheureusement, cette ère de la tolérance tranquille est révolue. Ces arrangements discrets pouvaient se faire avec les juifs, vu leur petit nombre. Le poids démographique des musulmans fait que les exceptions deviennent impossibles.

C’est bien pour cette raison que pas mal de juifs, notamment les religieux, pensent qu’il est trop tard…

Dans mon discours au dîner du CRIF, j’ai cité des élèves d’écoles juives que j’avais rencontrés dont les propos m’avaient frappé. Il y avait deux groupes : les uns roulaient des mécaniques sur le mode « on va rester en France et former des milices de défense », les autres disaient « quand nous aurons votre âge (ça leur laisse un peu de temps), la France sera sous l’empire de la charia ! ».

Et vous ? Vous arrive-t-il de penser que les juifs n’ont pas d’avenir en France ?

Moi, je constate que l’inquiétude monte et que pas mal de juifs envisagent de quitter la France, pour Israël ou pour d’autres pays. Pour le reste…, il faut faire preuve d’optimisme et se battre là où on est. De toute façon, il n’y a aucun lieu sûr pour les juifs. Israël vit dans un environnement dangereux, il y a des attentats anti-juifs en Australie, en Argentine, un peu partout dans le monde… Même les États-Unis ne sont pas absolument sûrs, les campus américains sont en ébullition. Après les attentats de janvier, j’espère que la France va se réveiller. Mais, ici, nous avons au moins la chance d’avoir un gouvernement qui combat l’antisémitisme.

C’est ce que Houria Bouteldja appelle le philosémitisme d’État. Mais ces gouvernements ont peur de leur ombre dès qu’il est question de l’islam – ça se comprend d’ailleurs. Ici, il ne faut pas faire d’amalgame, là, on parle d’apartheid…

Je trouve que Manuel Valls tient un langage solide. Et si on m’autorise une blague, je me garderai bien de commenter les petites phrases des uns et des autres.

Vous vous félicitez du discours du gouvernement, approuvez-vous également ses actes ?

Sur le front de la sécurité, les mesures nécessaires ont été prises. Dès le lendemain du 9 janvier, la sécurité des lieux juifs a été renforcée par le concours des militaires. Un préfet interministériel vient d’être nommé pour s’occuper de l’antisémitisme, on travaille avec lui sur de nombreuses pistes, et j’espère qu’il y aura un renforcement de toutes les actions possibles dans tous les domaines.

La question sécuritaire est fondamentale à court terme, mais le véritable problème, c’est l’imprégnation culturelle, la diffusion des sentiments antijuifs qui oblige à surveiller les lieux juifs.

Ça, ce n’est pas seulement une affaire de plans gouvernementaux, bien sûr. J’espère que l’esprit du 11 janvier va se perpétuer. Car, en matière d’éducation, tout est à refaire même si l’introduction de l’éducation civique et morale en cours préparatoire est une bonne chose. Et puis il y a un combat à mener sur Internet, les prisons qu’il faut nettoyer des influences idéologiques, etc. Cependant, il y a des mesures assez simples à prendre : par exemple soumettre les salles de spectacle appartenant directement ou indirectement à l’État à une charte morale ou éthique qui permette d’interdire les spectacles d’antisémites nauséabonds.

Vous pouvez sanctionner les manquements à la loi – voire faire exécuter les décisions de justice –, mais vous ne pouvez pas édicter une morale d’État. De plus, interdire a priori les spectacles de Dieudonné aura pour principal effet de grossir le flot de ses partisans convaincus qu’il n’y en a que pour les juifs…

Un individu condamné à sept reprises pour propos antisémites ne devrait pas avoir le droit de monter sur scène. L’antisémitisme n’est pas une opinion c’est un délit.

Le grand fantasme dieudonniste, c’est le pouvoir juif et son incarnation lors du dîner du CRIF. De fait, on a vu l’exécutif se rendre à ce qu’Alain Finkielkraut appelait alors un «  tribunal dînatoire » pour se faire sermonner sur la politique moyen-orientale de la France. En clair, on pouvait voir une « communauté organisée » sommer l’État français d’adopter telle ou telle politique. Admettez que cela puisse faire désordre !

En tout cas, ces « sommations », comme vous dites, n’ont pas eu d’effet sur la politique étrangère française. Et pour ma part, je le regrette. Si le « lobby juif » existe en France, à la différence de son équivalent américain, il n’a aucune influence. Si le CRIF est un lobby juif, je plaide coupable d’inefficacité. Personnellement, je récuse le mot lobby qui, en France, a une connotation négative, qui manque d’élégance. En France, on déjeune ou on dîne en bonne compagnie, et c’est une occasion de s’exprimer, de dire les choses.

À vous entendre, le dîner du CRIF serait une sorte de banquet républicain casher…

Ça me va très bien ! Un jour Raffarin m’a dit : « C’est le seul endroit où tout ce qui compte dans notre pays est réuni, et c’est une occasion particulièrement républicaine. »

Justement, le fait que cette table soit la seule où opposition et gouvernement dînent ensemble accrédite l’idée du pouvoir juif, et pas seulement chez les antisémites patentés. Pas mal de nos concitoyens en ont assez d’entendre parler tout le temps d’histoires de juifs…

Aurais-je oublié de vous inviter ? En tout cas, si le dîner du CRIF a acquis une certaine solennité, c’est parce que les juifs sont les seuls à être assassinés (parce qu’ils sont juifs). Si nous pouvons nous exprimer quand on tue nos enfants, quand des hommes munis de mitrailleuses doivent monter la garde devant les écoles et les synagogues, c’est pour qu’on nous entende. Les plus hautes autorités de ce pays dans tous les domaines – politique, religieux, moral – doivent entendre la voix de ceux qui ont peur pour l’avenir de leurs enfants. Je refuse de céder à la tentation d’un grand nombre de juifs qui préfèrent ne pas faire de vagues. Qu’on n’attende pas que nous nous écrasions quand nos existences sont menacées, alors que nous sommes présents en France depuis 2000 ans et que nous avons largement contribué à la grandeur de notre pays.

En tout cas, le Premier ministre israélien devrait peut-être faire preuve d’un brin de diplomatie. Après les attentats de janvier, il a explicitement appelé les juifs à fuir la France. Qu’avez-vous pensé en tant que président du CRIF ?

J’ai entendu exactement le même langage de la part de tous ses prédécesseurs. Je me rappelle que quand Sharon disait la même chose, cela avait enragé Chirac. Sharon avait tellement l’habitude de tenir son discours sur l’alya à des auditoires juifs qu’un jour il l’a servi à des parlementaires. Bref, il n’y a pas de quoi sauter au plafond. De toute façon, ce n’est certainement pas une déclaration du Premier ministre israélien qui va inciter Cohen, Dupont ou Lévy à faire son alya.

Cela n’entretient-il pas l’ambiguïté autour de la double allégeance ?

Le Grand rabbin Kaplan disait : « On a le droit d’aimer son papa et sa maman. » Monsieur Bolloré est breton, catholique, français, et il aime la cornemuse. On ne va pas se mettre à reprocher aux gens leurs attaches sentimentales. D’excellents Français sont attachés à leur Espagne, leur Italie ou à leur Algérie natales.

Lorsque Théo Klein et Laurent Fabius ont inventé le dîner du CRIF, en 1985, l’invité d’honneur était le Premier ministre.

Oui, aussi apparaissait-il comme un événement moins politique qu’aujourd’hui. En 2002, Chirac a voulu se faire inviter à la place de Jospin, mais j’ai répondu que je préférais respecter la tradition – je ne tenais pas à être impliqué dans les querelles de la cohabitation. En échange, je lui avais proposé de nous recevoir à l’Élysée pour le 60e anniversaire du CRIF, ce qu’il avait fait, de même que Hollande pour le 70e anniversaire. Mais, pour le dîner, c’est Sarkozy qui a obtenu que l’on change la tradition.

Depuis 1985, beaucoup de choses ont changé, y compris les relations entre les juifs et la gauche. Avez-vous le sentiment d’un glissement assez général de la communauté juive vers la droite ?

Sur le plan de la politique française, je ne suis pas sûr, sur le plan de la politique israélienne, certainement. Le même individu peut être à gauche en France et à droite pour Israël afin de soutenir « Jérusalem unifiée indivisible et éternelle ».

Avez-vous senti l’évolution d’une partie de la gauche pour laquelle la Palestine est devenue une cause identitaire ?

Oui, Martine Aubry en est un exemple terrible. Elle en est même arrivée à suspendre un jumelage avec une ville israélienne de Safed ! Pourtant, lors de mon précédent mandat, je me rappelle un dîner du CRIF à Lille, j’étais assis à côté d’elle, et les échanges étaient plutôt sympathiques.Aujourd’hui, elle est devenue hostile à Israël et certains finissent même par croire qu’elle l’est aux juifs.

Globalement, les juifs ont pu rester juifs et se sentir pleinement français – au moins jusqu’au début du XXIe siècle. D’un point de vue culturel, le modèle juif d’intégration n’est-il pas le bon pour les musulmans ?

Why not ? Mais il faut commencer par reconnaitre que la loi de la France l’emporte sur la loi de la religion. C’est un principe talmudique que Napoléon a fait sien.[/access]


*Photo : Hannah.

Don d’organe: vers une «nationalisation des corps»?

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(Avec AFP) – Faut-il passer outre l’avis des familles avant de prélever un organe sur une personne décédée ? Les députés se prononcent cette semaine sur un amendement renforçant le principe du consentement présumé, qui ne fait pas l’unanimité, en particulier chez certains médecins.

« Il est inconcevable de passer outre le témoignage d’une famille en deuil. Une telle attitude sera vécue par les familles comme une négation de la personnalité et de la mémoire du défunt », soulignent les présidentes de la Société française de médecine des prélèvements d’organes et tissus (SFMPOT), le Dr Vanessa Labeye, et de l’Association française des Coordinateurs hospitaliers (AFCH), Carole Genty.

L’amendement prévoit qu’à partir de 2018, le consentement au don d’organes sera présumé chez toute personne majeure décédée, sauf si son nom figure dans le registre national des refus. Ses proches seront seulement « informés des prélèvements envisagés et de la finalité de ces prélèvements » et non plus consultés, comme c’est le cas jusqu’à présent.

Pour son auteur, le député PS et médecin Jean-Louis Touraine, l’amendement permettra aux familles de ne pas « être perturbées lors de la période du deuil ».

Jean-Pierre Scotti, le président de la Fondation Greffe de vie qui milite pour une modification de la loi actuelle, souligne pour sa part que l’amendement va « sauver des centaines de vies », en augmentant le nombre de greffons disponibles.

19.000 personnes sont aujourd’hui en attente d’une greffe en France. Et ce nombre augmente plus vite que le nombre d’organes prélevés, en raison d’un taux de refus qui avoisine les 40% alors même que, selon un sondage réalisé en 2013, près de 80% des Français seraient prêts à donner leurs organes.

Pour les promoteurs de l’amendement, soutenu par le gouvernement, l’explication réside dans l’attitude souvent négative des familles qui, interrogées dans un moment de choc émotionnel, optent pour le non par précaution « quitte à le regretter par la suite ».

Mais pour les médecins et infirmiers chargés de faire les prélèvements, l’application de l’amendement « conduira de manière inéluctable à une perte de la notion de don pour tout ce qu’il contient d’humanité et risque de produire des effets opposés à ceux attendus » souligne la présidente de la SFMPOT qui réclame le retrait de l’amendement.

Seulement 100.000 noms figurent à ce jour sur le registre des refus. Car, pour « de nombreuses personnes », il est difficile d’envisager sa propre mort « par crainte, par gêne ou par superstition » et s’inscrire sur un registre équivaudrait « à un passage à l’acte », relève le Dr Labeye.

Le Pr Claude Ecoffey, président de la société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR), estime, lui, que la mesure « heurte les fondements éthiques du don et s’avère inapplicable en pratique ».

Elle risque, selon lui, « d’augmenter les conflits et d’être interprétée par les familles comme un don réalisé contre leur volonté et/ou celle du défunt dans une sorte de « nationalisation des corps » ».

« Croire que les médecins prélèveront dans une telle situation est tout autant illusoire », ajoute-t-il.

La non consultation des proches est également contestée par certains groupes religieux, voire même par certains anciens greffés.

« Je crains des réactions délétères des familles qui risquent de se sentir agressées par l’application stricto sensu de ce texte », relève Yvanie Caillé, directrice de l’association de malades et greffés du rein Renaloo.

Ce qui prime selon elle, comme pour la SFMPOT, c’est l’importance d’un « dialogue » entre les parents et les équipes de coordination, du type de celui qui existe en Espagne où le taux de refus atteint seulement 15%.

Face à ces critiques, Jean-Louis Touraine semble prêt à des concessions : « Chaque fois qu’il y aura une opposition majeure (de la famille), il n’y aura pas de demande de prélèvement », a-t-il déclaré à des journalistes. Et pour les mineurs, le consentement de la famille restera nécessaire.

Congrès de l’UOIF : l’autre après-Charlie

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Une intervention prend fin, une autre va commencer. « Vous pouvez être pris pour le messie, attention à ce que vous soyez compris dans la cohérence de ce que vous dites », glisse l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou, conférencier entrant, au sortant, le sociologue Raphaël Liogier, directeur de l’Observatoire du religieux à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Ce dimanche matin au Parc des expositions du Bourget, au troisième jour de la 32e Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF), l’auteur du Mythe de l’islamisation a mis le public du « Café Débat » dans sa poche. Nous sommes dans l’enceinte du « Forum Génér’action », consacré à la jeunesse, qu’abrite l’une des trois halles louées au cours du week-end de Pâques par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), patronne de la manifestation, la plus importante du genre « en Europe occidentale ».

L’universitaire a très peu parlé de religion stricto sensu, beaucoup de politique. Et ce qu’il a dit répondait visiblement aux attentes de ses auditeurs, mal à l’aise en cette période d’« après-Charlie », censée pousser les musulmans à l’examen de conscience –  mais les conduisant de facto à une forme de désobéissance civile, soit l’exact contraire du but a priori recherché. « Nous assistons à une saoudisation inversée du droit français (supposément contre l’islam, NDLR) », déclare le chercheur, qui renverse ainsi la charge de la preuve et par conséquent celle de la culpabilité. « La laïcité est devenue un patrimoine national-identitaire », déplore-t-il. L’enseignement de l’Histoire à l’école est de nature « impérialiste ». « L’antisémitisme d’aujourd’hui est à titre réactif (quand) l’islamophobie est à titre principal » (sic), tranche-t-il. « L’Europe subit une blessure narcissique majeure », observe-t-il encore. Et Raphaël Liogier, qui se définit comme « libéral » et non « islamo-gauchiste », précise-t-il, d’appeler les musulmans à « manifester », dans la rue, pour faire valoir « leurs droits », dans « le respect de l’intégrité physique et morale des personnes ».

Le public musulman venu l’écouter n’en demandait peut-être pas tant. D’où l’amicale mise en garde de Tareq Oubrou, imam et théologien réformiste, à ce compagnon de route de la « cause musulmane ». Le sociologue assume son côté provoc et son ton consolateur. Boutefeu ? Sans doute que non. Il se dit favorable à une réforme de l’islam et souhaite la création d’une faculté de théologie musulmane à Strasbourg, à l’image de la catholique et de la protestante déjà présentes dans le chef-lieu du Bas-Rhin, placé sous régime concordataire.

Les attentats des 7, 8 et 9 janvier à Paris, sans même parler des exactions de l’Etat islamique, sont vécus par les Français musulmans, en particulier les jeunes, comme des obstacles posés en travers de leur émancipation. Paradoxalement, plus il est commis d’actes odieux au nom de l’islam, en France mais surtout ailleurs dans le monde, plus ils estiment en être les principales victimes, accusant l’Etat français, et plus globalement l’Occident, d’instrumentaliser ces drames, voire, pour les plus complotistes d’entre eux, de les fomenter.

Cet état d’esprit prévaut au Bourget. On ne parvient pas à saisir la « mentalité musulmane » (au sens religieux et culturel du terme), si l’on n’y entre pas un tant soit peu : le « musulman » est en quête de « dignité » ; il n’ignore rien de son « retard », dans les sciences profanes, sur les « chrétiens » et les « juifs » ; en matière de religion, la situation globale, au vu des conflits en cours opposants des pouvoirs islamistes, ne vaut guère mieux, mais au moins a-t-il la satisfaction d’être fidèle au texte qui ferme le récit monothéiste et prétend en être la figure de proue – ceci explique, chez beaucoup, la fuite, et pour certains la perte, dans le religieux, cette identité à portée de main ; le « musulman », enfin, « vit mal » de devoir son élévation citoyenne à un pays, la France, qui l’a autrefois soumis et dont il lui semble qu’il le tient encore et toujours en soumission, principalement, aujourd’hui, pense-t-il, par le biais de la laïcité…

C’est pourquoi, dès qu’une parole jugée intelligente surgit de la galaxie musulmane, c’est jour de fête et motif de fierté, « tant on nous tient d’habitude pour moins que rien », ont souvent l’habitude de se dénigrer les intéressés. « Tareq Oubrou, Mohamed Bajrafil et Tariq Ramadan, c’est la dream team », se réjouit donc Issa, un musulman converti. L’imam de Bordeaux, son confrère d’Ivry-sur-Seine, originaire des Comores, et « celui qu’on ne présente plus » incarnent aux yeux des plus modernes, le renouveau de l’islam en France, sa porte de salut, face aux salafistes qui donnent de cette religion une image « arriérée » et, chacun en a conscience, majoritaire dans certains quartiers.

Tous trois étaient réunis dimanche sur l’estrade du « Café Débat », pour parler des « Lumières de l’islam ». « Bajrafil c’est l’avenir, Ramadan c’est le médian, Oubrou c’est la sagesse », formule Issa – encore que le premier, pour promoteur qu’il soit d’un islam de « bon sens », n’en développe pas moins à l’occasion une approche un brin traditionnaliste, comme l’atteste sa réponse à un auditeur qui lui demande si sa femme peut se faire couper les cheveux par un coiffeur homme.

Durant quatre jours, on aura donc beaucoup « débattu », mais un peu trop souvent entre personnes du même avis. On n’aura pas poussé l’audace jusqu’à discuter des textes fondateurs de l’islam – ce n’était sans doute pas le lieu de faire de l’exégèse : le « Bourget », pour les musulmans qui s’y rendent, c’est avant tout l’endroit où l’on a plaisir à être ensemble, en famille, entre amis, où l’on prie, mais où l’on consomme aussi, dans la grande halle dédiée à l’activité commerciale, et où l’on verse son obole aux nombreux organismes de bienfaisance. Le pluralisme n’est pas encore d’actualité. L’intolérance demeure çà et là face aux remises en question les plus exigeantes : ainsi un imam a-t-il dressé début avril sur les réseaux sociaux une liste de « musulmans » indignes à ses yeux, parmi eux le philosophe Abdennour Bidar, l’islamologue Rachid Benzine (auteur du Coran expliqué aux jeunes, éditions du Seuil) et l’ex-patron des « jeunes » de l’UOIF, Farid Abdelkrim, devenu comédien, auteur du livre Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste (éditions Les Points sur les i). Comme si la critique ne devait pas dépasser un certain seuil, sous peine de démobiliser les « musulmans » dans leur affirmation identitaire et religieuse, d’en faire des individus « dociles » dans les mains des pouvoirs publics.

Si « Charlie et moi » était l’intitulé d’un des débats, un autre, « Des versets antisémites ? », en rapport avec les attentats anti-juifs commis par des musulmans ces dernières années en France, abordait un « tabou de polichinelle » : le ressentiment, la défiance, voire la haine, qu’éprouvent une partie des musulmans envers les juifs, et le lien réel ou supposé de ces mauvaises passions avec le texte coranique. Tareq Oubrou a expliqué que certains versets ne devaient pas prêter à extrapolation. Il s’agit de ceux portant sur une partie de l’hégire, lorsque, à Médine, des tribus juives « rompent le pacte » qui les unissent aux musulmans conduit par Mahomet, au profit des Mecquois. Pour Tareq Oubrou, cette rupture ne doit pas être comprise religieusement, mais « politiquement ». Autrement dit, selon l’imam de Bordeaux, elle est conjoncturelle, non structurelle.

Comme chaque année au congrès de l’UOIF, de grands panneaux de couleurs sable, marron et kaki, pareils à des cartes de géographie évoquant une aventure merveilleuse, retracent la vie du prophète. Lors d’une édition précédente, un jeune guide avait parlé des tribus juives de Médine – et pas en bien. Cette fois-ci, alors qu’un des panneaux les mentionne nommément, silence à leur sujet, autant que nous avons pu en juger. Samedi, l’un des guides, un homme d’une cinquantaine d’années s’adressant à de jeunes visiteurs, les mettait en garde contre les dérives meurtrières contemporaines, qualifiant ceux qui rejoignent Daesh de « tarés », les décrivant comme « inventeurs d’une religion qui n’a rien à voir avec l’islam » ni le prophète. « Vingt-sept » batailles se sont déroulés au temps de Mahomet, « et peut-on parler de batailles ? Il n’y eut pas plus de 300 morts chez l’ennemi, le prophète ayant cherché à épargner des vies, non à tuer ». Un ton en tout point conforme au thème de la 32e Rencontre des musulmans de France : « Mohamed, Prophète de miséricorde et de paix ».

*Photo : DR.

Discours d’Izieu : François Hollande corrige Valls

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francois hollande izieu

L’« apartheid territorial, social, ethnique » qui fracture la France aura duré moins de trois mois. Pour être plus précis, du 20 janvier – date des vœux à la presse de Manuel Valls – au discours d’Izieu que François Hollande a prononcé hier là où furent raflés une quarantaine d’enfants juifs en avril 1944.

Bien inspiré, le président n’a pas fait jouer les violons sur l’air du passé qui ne passe pas, en imputant à notre pays la répétition des mêmes crimes, suivant la technique des Indigènes de la République : s’engouffrer dans la moindre brèche mémorielle.

« Le mal ne s’est pas arrêté aux portes de cette maison, il renaît chaque fois que des idéologies totalitaires ou des fondamentalismes religieux s’emparent des passions et des peurs », a-t-il déclaré en citant l’exemple des « 150 étudiants, chrétiens pour la plupart, massacrés par des fanatiques » au Kenya. Qu’Hollande  se montre plus téméraire et moins langue-de-bois que la RATP, en appelant un chat un chat, en étonnera certains.

Et ce n’est pas fini. « En Syrie, en Irak, au moment où je m’exprime, des minorités sont pourchassées pour leur religion, leurs origines, leur tradition, des hommes, des femmes, des enfants. Au Nigeria, des enfants, des jeunes filles sont enlevés, violés et exécutés par une secte qui tue des musulmans au prétexte de l’Islam ». Bon, même si le Président s’adjuge un peu facilement le droit d’excommunier de la communauté islamique tel ou tel groupe au prétexte de sa barbarie, soyons sport, il est rare d’entendre de telles paroles de vérité.

« A chaque fois, a-t-il enchéri, ce sont des juifs qui sont tués parce qu’ils sont juifs, des chrétiens parce qu’ils sont chrétiens. Et des musulmans, parce qu’ils sont musulmans ». On entre dans le vif du sujet. Des juifs tués parce que juifs, l’actualité européenne nous en offre le triste spectacle, des exactions de Merah à la tuerie de l’Hyper cacher en passant par le carton de Nemmouche à Bruxelles. Des chrétiens triés et sélectionnés pour devenir des cibles ambulantes, le massacre de Garissa nous en a récemment fourni un exemple sanglant au Kenya. Mais des musulmans tués parce que musulmans, Dieu merci, j’en vois très peu, sinon dans l’encéphale atrophiée de lycéens skins arrêtés la semaine dernière avant qu’ils ne passent à l’action.

Peut-être le chef de l’Etat pèche-t-il par inculture islamologique, tel son prédécesseur qui croyait avoir affaire à des catégories ethniques lorsqu’il entendait parler de sunnites ou de chiites. Des alaouites, chiites duodécimains ou ismaéliens assassinés par des djihadistes en raison de leur confession, les exploits d’Al-Nosra et de l’Etat islamique nous en offrent à foison. Sans même revenir sur les événements en Irak et en Syrie, songeons aux 140 morts des explosions de Sanaa, survenues dans des mosquées fréquentées par les chiites de la capitale yéménite. Mais puisque le réel abhorre le manichéisme, l’honnêteté m’oblige à vous dire que ces victimes innocentes scandaient « Mort aux Juifs ! Mort à l’Amérique » à l’instant même où la déflagration s’est fait entendre.

Mais revenons à nos moutons tricolores. En guise de péroraison, notre monarque républicain nous a rappelé que « le repli et l’isolement (…) sont toujours des poisons mortels pour une nation ». Rien que de très habituel. Mon confrère Pascal Bories, pourtant fort peu marxiste, me faisait cependant remarquer que la prose présidentielle considère l’isolement moins comme une condition sociale objective que comme un comportement électoral déviant et condamnable : le vote F-Haine.

À ces quelques bémols près, j’avoue avoir été agréablement surpris par la partition du Président. Doit-on l’expliquer par le débauchage d’un nouveau nègre, plus talentueux que ses devanciers ? Pardon, j’oubliais que les races n’existent pas…

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00709950_000054

Choc des civilisations, beurk beurk!

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ruwen ogien choc civilisations

ruwen ogien choc civilisations

Quand on veut philosopher dans le boudoir et qu’on n’est pas le Marquis de Sade, il faut montrer patte blanche. Et pour être admis dans le sérail rose où seuls peuvent pénétrer (oh pardon!) les eunuques, on sait qu’il convient de taper sur « le choc des civilisations », marqueur absolu de la noirceur réac et facho. Dans le dictionnaire des idées reçues de la gauche, bien plus pauvre que celui de Flaubert, la notion de « choc des civilisations » est obligatoirement assortie de la mention « hurler contre ».

Ayant satisfait à ce rituel, qui est l’équivalent de la « limpieza di sangre » exigée par les inquisiteurs espagnols, Ruwen Ogien s’exprima. Philosophe de son métier, membre du CNRS, il tient un blog à Libération : c’est dire s’il est AGC (appellation de gauche contrôlée). Son texte aurait pu tenir en deux lignes percutantes et bien senties : « Choc des civilisations beurk beurk ! Multiculturalisme miam miam ! ». Mais pour des raisons de mise en page, il a été contraint de faire plus…

Pour illustrer sa pensée apitoyée sur les pauvres immigrés qu’on voudrait forcer à s’intégrer, il a eu cette formule ô combien juste et lumineuse : « Dans le pedigree qui fonde l’identité française, il y a « l’arrogance culturelle, le passé colonial, le conservatisme moral, la xénophobie latente, le culte de la rente, le goût de l’alcool » ». La rente ? Les derniers livres qu’a lus le philosophe sont certainement ceux de Balzac, Le Père Goriot, Gobseck… c’est pourquoi Ruwen Ogien semble vivre toujours sous le règne de Louis-Philippe et de Guizot (« enrichissez-vous »), encerclé par des petits bourgeois ventripotents et rentiers, massacreurs du peuple.

Ce qui lui permet de mettre en lumière la détresse ignorée jusqu’à lui qui étreint les âmes sensibles des jeunes de banlieue. Ainsi il s’écrie, douloureusement on suppose : « Un immigré devrait-il devenir culturellement arrogant, fier du passé colonial, moralement conservateur et alcoolique sur les bords pour être un bon Français ? ». Nous avons ouï dire que de pathétiques controverses se tiennent le soir à Stains où, adossés au mur de leur barre d’immeuble, Driss, Mamadou et Jamel se lamentent. « T’as envie de d’venir un céfran bourré comme Depardieu et xénophobe, toi ? » « Ah ça non ! » À la suite de quoi ils sont tentés de s’intégrer à un groupe assez lointain, quelque part en Irak et en Syrie, qui est sans pitié avec les alcooliques. Mais Driss, Mamadou et Jamel n’ont pas compris toutes les subtilités du philosophe. « La rente, c’est quoi, ça ? ». Perplexité. Puis Mamadou, le plus vif d’entre eux, trouve : « ça doit être une rente d’invalidité ». Ce qui les conforte dans l’idée que le céfran alcoolisé et xénophobe est aussi un handicapé physique.

Je me suis regardé dans une glace. Quelques efforts étaient nécessaires. Je me suis enfourné une dizaine de tartines de rillettes que j’ai noyées dans une vingtaine de verres de Ricard et j’ai mis mon casque colonial. C’était bien. Mais pas parfait. Manquait la baguette, attirail évident du parfait céfran. Complètement bourré, je suis allé en acheter une chez le boulanger du coin. Manque de bol, j’avais oublié qu’il était arabe. Il m’a viré.

*Photo : wikicommons.

Massacre de Garissa : qui sont les Chebabs?

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somalie chebabs kenya islam

somalie chebabs kenya islam

Chercheur au CERI-Sciences Po ainsi qu’au CNRS, Roland Marchal axe ses recherches sur l’économie et les conflits dans l’Afrique sub-saharienne. Une semaine après la tuerie de Garissa, il décortique les identités multiples du groupe islamiste Harakat-ach-Chebab-al-Moujahidine (Mouvement de la Jeunesse des combattants) qui sévit en Somalie et au Kenya. Car, tout affiliée à Al-Qaïda qu’elle est, cette phalange combattante joue sur plusieurs registres – nationaliste, social, clanique. Une telle complexité ne simplifie pas la lutte antiterroriste dans la corne de l’Afrique…

Daoud Boughezala : Le 2 avril, l’organisation des « chebabs » somaliens a assassiné 148 étudiants chrétiens à l’université de Garissa, au Kenya. Quelles sont les origines de ce groupe djihadiste ?

Roland Marchal : L’organisation chebab est née, sans doute vers 2004/2005, de la conjonction de trois groupes distincts: des disciples d’Al-Qaïda qui sont allés se former en Afghanistan, des salafistes armés radicaux qui les ont rejoints car ils défendaient alors les mêmes thèses; enfin un groupe nombreux d’islamistes somaliens qui voulaient former une milice trans-clanique qui serait capable de ne pas se diviser sur des questions tribales.

Dans un article[1. « Gagner toutes les batailles et perdre la guerre ? La lutte contre Al-Shabab en Somalie », Diplomatie, mars-avril 2015.] qu’a publié la revue Diplomatie, vous expliquez que les Chebabs ont militairement perdu la bataille en Somalie contre une coalition menée par le Kenya et l’Ethiopie mais conservent une forte capacité de nuisance. Comment expliquez-vous leur étonnante capacité de résilience ?

Les Chebabs ont été affaiblis par les forces internationales mais demeurent capables de frapper dans toutes les grandes villes somaliennes, surtout dans le sud du pays, et de façon plus épisodique au Kenya. Leur résilience s’explique par plusieurs facteurs : l’absence de solution claire en Somalie même, la défiance de certaines franges minoritaires de la population vis-à-vis des 22 000 soldats étrangers, la capacité des Chebabs à jouer un rôle dans la politique locale, d’apporter de l’ordre et une loi dans des lieux dangereux, de régler des problèmes auxquels personne ne s’intéresse. À plusieurs reprises, le groupe a su jouer sur la fibre nationaliste. En 2007, l’hostilité extrême à l’intervention armée éthiopienne a permis à Chebab de se réinventer et surtout de pallier les nombreuses pertes subies. Plus tard en 2009, la lutte contre un pouvoir somalien mis en place avec l’assentiment américain et régional l’a remis en selle. Entre temps, Chebab a eu l’expérience du pouvoir, a noué des relations avec certains secteurs de la population, bref est une organisation terroriste mais aussi un mouvement armé, une réponse sociale à l’interventionnisme international (fût-il de bonne volonté).

Autrement dit, les Chebabs ne se réduisent pas à leur dimension islamiste. Outre l’allégeance à la nébuleuse djihadiste et la vieille corde nationaliste, mobilisent-ils d’autres ressorts locaux pour attirer l’adhésion des populations locales ?

Il faut en effet aller au-delà de la simple mention de l’affiliation à Al-Qaïda pour comprendre la fonction que les Chebabs jouent dans la situation actuelle malgré un bilan très négatif pour une majorité de Somaliens. Chebab bénéficie d’une infrastructure mise en place entre 2007 et 2009 et ses membres apparaissent à beaucoup comme les empêcheurs de tourner en rond. On les soutient souvent tactiquement plus que stratégiquement mais ils sont une véritable organisation et construisent des biens publics, ce qui nuance leur aspect terroriste aux yeux de certains Somaliens. Pour leurs recrues kenyanes, Chebab offre la possibilité d’une formation militaire et la possibilité de frapper le régime de Nairobi perçu comme fondamentalement chrétien et anti-musulman. Il faut bien admettre que la réaction souvent brutale et sans discernement de la police kenyane alimente également le recrutement de Chebab.

À terme, si ce mouvement terroriste gagne en popularité, doit-on craindre l’édification d’un « Etat islamique » dans la corne de l’Afrique ?

Chebab a fait allégeance à Al-Qaïda. Changer de parrain pour aller avec Daech pose donc quelques problèmes dogmatiques. Chebab n’a pas la possibilité de gagner la guerre actuelle, mais cela ne signifie pas forcément sa défaite. L’Ethiopie lui fait face avec succès car c’est un état autoritaire et policier. Or, le Kenya est plus ouvert, et évidemment la première victime des événements actuels va être la démocratie et le débat pluraliste. Déjà, les médias kenyans font souvent preuve d’autocensure dès que les questions de sécurité nationale sont discutées, cela va empirer à un moment où il faudrait au contraire par le débat public rendre confiance à ceux qui mettent en doute l’intérêt des élites gouvernantes à s’intéresser au peuple au lieu de se remplir les poches.

Il y a quelques mois, les Chebabs ont menacé la France en citant plusieurs centres commerciaux comme cibles potentielles d’attaques terroristes. Pourquoi menacent-ils un pays aussi lointain que le nôtre ?

La crédibilité de Chebab ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. En prenant à parti la France, ils mettent en exergue le rôle joué par les services de renseignement français (parmi d’autres) pour identifier le lieu où résidait leur précédent leader, Ahemd Aw Godane, tué par un drone américain le 1er septembre 2013. Ensuite, vient la question du voile (enfin, ce qu’ils en ont compris) et évidemment les caricatures de Charlie Hebdo. En menaçant la France, Chebab fait aussi la preuve qu’il est arrimé au mouvement djihadiste international, et pas seulement une organisation aux ambitions nationales.

*Image : wikicommons.

Le Pen contre Le Pen: No future pour le punk en PACA?

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(Avec AFP) Jean-Marie Le Pen bientôt exclu de son propre parti ? Après les dernières sorties de route du président du Front national dans Rivarol au sujet de Pétain, Vichy et des immigrés censés nous gouverner, Florian Philippot promet que « des mesures vont être prises ». Sur Twitter, le bras droit de Marine Le Pen, mis en cause par JMLP en raison de son passé chevènementiste et de son influence idéologique sur la ligne du Front, n’y va pas par quatre chemins : « La rupture politique avec Jean-Marie Le Pen est désormais totale et définitive. Sous l’impulsion de Marine Le Pen des décisions seront prises rapidement. » Aujourd’hui, il est jusqu’à Louis Aliot, fidèle entre les fidèles, pour parler de « rupture » avec l’ancien dirigeant frontiste cependant que Marine Le Pen annonce : « Je m’opposerai, lors du bureau politique du 17 avril (…) à sa candidature [NDLR : aux régionales] en Provence-Alpes-Côte d’Azur ». »  La présidente du FN compte « réunir rapidement un bureau exécutif afin d’envisager avec lui les moyens de protéger au mieux les intérêts politiques du FN ».

De source proche de la direction du parti, un retrait de son statut de président d’honneur semble exclu, mais un divorce clair et net semble consommé entre Jean-Marie Le Pen d’une part, sa fille et l’ensemble des cadres du mouvement d’autre part. Une mise à distance engagée depuis plusieurs années, mais qui s’est récemment accélérée avec la publication de notre interview de Marine Le Pen. « Nous avons un désaccord de fond » y confessait l’ancienne candidate à la présidentielle, critiquant mezzo voce la posture contestataire de son père, dont les provocations à répétition manifesteraient le « côté punk »…

L’heure de la retraite politique a-t-elle enfin sonné pour le Johnny Rotten de l’extrême droite ? C’est probablement la hantise de l’« UMPS »… et le rêve des nouveaux dirigeants frontistes.

marine le pen

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5 millions de fachos?

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fn valls hollande francais souche

Dans un roman de Philip Roth, ça se finirait par la démission de François Hollande. Par chance pour le président, la France est frivole, même dans l’indignation : il s’en est tiré avec une micro-bronca et, tout de même, la réprobation bruyante de la patronne des Jeunes socialistes, Laura Slimani, qui l’a froidement tancé pour « brouillage intellectuel » – cette toupie n’a aucun respect…

C’est qu’il en a fait une belle. Vous n’allez pas le croire : il a dit « Français de souche ». En toutes lettres. Enfin, entre guillemets, paraît-il, mais on ne les a pas entendus, c’est ballot (le coup des guillemets est une trouvaille de Bruno Le Roux, chef des députés socialistes qui l’écoutent).

Le président croyait pourtant s’être bordé. Oui, il a bien prononcé le mot en F, le mot français qui fâche, mais dans un contexte qui ne laissait aucun doute sur ses sentiments. Le 23 février, au milieu d’un dîner du CRIF particulièrement pimenté cette année, il a évoqué sa visite à Sarre-Union, « dans ce cimetière dévasté par de jeunes lycéens, français de souche, comme on dit, ignorants au point de ne pas avoir vu les écritures en hébreu (…), inconscients pour ne pas avoir remarqué les étoiles de David, mais à ce point intolérants pour renverser le monument dédié aux victimes de la Shoah ». Imaginons qu’au soir du 7 janvier, le président ait précisé que les frères Kouachi étaient arabes et musulmans : on en parlerait encore. On découvre ici la matrice du double lien qui pèse sur tous les Français, sommés à la fois de ne pas voir la différence et de l’adorer. En vertu de la même logique, on a le droit de célébrer les bienfaits de l’immigration, mais il est interdit de remarquer qu’elle a changé le visage de la France. Et il va sans dire que toute mention du roman national exige une sémantique dépréciative.  

Pas de panique, Hollande n’a nommé les « Français de souche » que pour pouvoir proclamer le dégoût qu’ils lui inspirent. Mais ce dégoût, c’est leur accorder une existence. Pour le Parti de l’Autre, c’est encore trop. Cette réjouissante formule d’Alain Finkielkraut est le meilleur nom que l’on puisse donner à la gauche d’aujourd’hui. Voilà quarante ans que ces « de souche » sont ses têtes de Turcs, au Parti de l’Autre. Il les a ridiculisés, intimidés, diabolisés, ringardisés, il les a mis entre guillemets. Maintenant, il voudrait bien les mettre entre parenthèses, et une bonne partie du réel avec eux. Et comme les vraies choses et les vrais gens ne se laissent pas engloutir volontiers, on interdit les mots. Supprimez le signifiant, le référent disparaîtra – méthode éprouvée sous de nombreux cieux. Bon, signifiant et référent, on dirait qu’il se mélange un peu les pinceaux, François Hollande : « Pour ceux qui m’ont écouté, il n’y avait pas de doute à avoir, je me suis distingué justement de cette expression », a-t-il déclaré. Le gentil président s’est distingué d’une méchante expression. Seigneur, protégez-nous des mots !

Il est clair que, d’un point de vue scientifique, un Français de souche, ça n’existe pas. Ce n’est pas le synonyme de « blanc », ni de « catholique », bien que cela n’ait pas rien à voir. En réalité, personne ne sait le définir, mais tout le monde sait ce que c’est – une marque d’ancienneté, un droit d’aînesse conféré non pas aux individus mais à leurs mœurs et à leurs usages. Du reste, si on utilise une notion aussi hasardeuse, c’est bien pour vivre dans la même réalité sensible que nos contemporains. Et là, il y a comme un gros problème. Quand un propos banal sur l’antisémitisme qui sévit dans nos banlieues peut vous envoyer au tribunal – version Arno Klarsfeld –  ou vous valoir un lynchage en règle – version Cukierman –, quand au sommet de l’État on nous serine que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam, c’est qu’on ne vit plus dans le même monde. Surtout que ces billevesées reçoivent promptement l’onction médiatique. Ainsi entendrai-je, sur une chaîne-info, une journaliste standard proférer avec assurance que « tout le monde sait bien que, Français de souche, ça ne veut rien dire ». Quelques jours plus tard, juste après les attentats de Copenhague, j’entends une autre voix affirmer doctement : « Tout le monde sait bien que c’est la misère sociale qui nourrit le terrorisme. » Si tout le monde le sait, évidemment, on ne peut pas lutter.

La messe est dite, les Français de souche n’existent pas. Puisque nous sommes tous immigrés, « avant moi, y’avait pas d’avant », comme ne le chantait pas tout à fait Barbara. Et puis « souche », ça a un petit côté biologisant, non ? Le paradoxe, c’est qu’à investir de sombres humeurs racialistes le concept, ceux qui l’utilisent, et en prime le groupe aux contours flous qu’il désigne, on a fourni à ce groupe une cohésion identitaire dont il était absolument dépourvu. L’appellation « Français de souche » est peut-être en passe de devenir une affaire de culture autant que de filiation – la communauté des sans-communautés. D’ailleurs, si elle perturbe les odorats trop délicats, ce n’est pas parce qu’elle suggère une hérédité, mais parce qu’elle exprime la volonté de rester un peuple, c’est-à-dire une collectivité humaine relativement homogène, en termes non pas ethniques, mais culturels et anthropologiques. Au point qu’on pourrait dire : on ne naît pas « de souche », on le devient. 

Reste une question : que lui a-t-il fait, à la gauche, ce malheureux « de souche » ? En vérité, rien, sinon lui servir d’alibi, d’épouvantail et finalement d’ennemi, sous diverses figures – du beauf au facho en passant par le réac et le petit blanc. Il a donc fourni la trame d’un récit épique opposant la générosité à l’égoïsme, l’hospitalité à la fermeture, le frère humain au compatriote. Un récit dont il est interdit, depuis quarante ans, de contester les postulats qui le fondent. C’est ainsi que les Français ont dû accepter un changement démographique de grande ampleur, sans jamais être invités à se prononcer.   

Dans ce dispositif, le Front national a joué et joue encore le rôle décisif du diable, qui coalise contre lui toutes les forces du bien – dans un fragile et improbable Front républicain. Certes, la normalisation engagée par Marine Le Pen est un sale coup pour le Parti de l’Autre, réduit à répéter en boucle que le FN ne respecte pas les valeurs de la République, voire qu’il a des « intentions funestes pour la démocratie », sans que ces affirmations soient jamais référées à un propos précis. Ainsi, quelques semaines après les attentats, la glorieuse lutte contre le FN redevenait-elle la priorité de la classe politique et médiatique. Ainsi, le 24 février, le dessin de « une » de Charlie Hebdo représentait le journal poursuivi par un djihadiste, Marine Le Pen et le pape. Sans doute fallait-il éviter de stigmatiser les djihadistes.

Mais la plus grande vertu du parti lepéniste est d’être un revolver pointé sur la tempe de tout citoyen, averti à intervalles régulier que ses agissements, voire ses pensées, pourraient faire le jeu de qui vous savez. En attendant, tous les présidentiables, convaincus que ce chantage suffira à leur barrer l’accès au pouvoir, rêvent d’un deuxième tour les opposant à la « peste blonde ». Reste que si le Front national est aussi dangereux qu’on le dit, il n’est pas très malin de le laisser se présenter comme le seul parti de la France.

Le cheminement qui a conduit la gauche à remplacer le prolo d’antan par l’immigré clandestin, le résistant palestinien ou le musulman dont l’ultime dignité tiendrait à l’adoration pour son prophète, est connu et brillamment analysé par Jean-Pierre Le Goff dans les pages suivantes. On a moins remarqué la formidable entourloupe réalisée dans l’opération. On dénonce volontiers le goût de nos élites pour l’autoflagellation et la repentance, mais il s’agit toujours ou presque de se battre la coulpe sur la poitrine des autres. La haine de soi française masque le plus souvent la haine de la France d’en face, ou de celle d’en bas. Eh bien, moi, j’aime qu’on m’aime ou, au moins, qu’on me considère, et à l’inverse, je n’aime pas qu’on se paie ma tête ou qu’on me méprise. Et j’ai comme l’impression que la majorité de mes compatriotes éprouvent les mêmes sentiments, donc la même exaspération que moi. Un jour viendra où des millions de Français, de souche ou pas, crieront : Respect !

Cet article en accès libre est extrait de Causeur n°23. Pour lire le numéro entier, cliquez ici.

*Photo : Albert Ziri.

Vie et mort de Jean Germain

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jean germain suicide

jean germain suicide

Jean Germain s’est donné la mort. Comme Robert Boulin et Pierre Bérégovoy avant lui. Et probablement pour les mêmes raisons.

Universitaire passé à la politique, il fut pendant presque vingt ans un maire de Tours manifestement apprécié. Brutalement battu dans le tsunami bleu de mars 2014, peut-être a-t-il subi aussi l’usure du pouvoir et l’affaire judiciaire qu’on lui avait jetée dans les jambes. Dans les quelques informations dont on dispose par la presse, on retrouve les éléments habituels qui permettent de gonfler les baudruches au grand plaisir des médias, des amis politiques dont il y a tout à craindre, et aussi d’une justice qui n’est pas mécontente de faire des cartons permettant à certains de se mettre en avant.

Ceci étant, si la bonne foi de Jean Germain est probable, et si le chef ne s’occupe pas des détails, l’ingénuité ne saurait constituer une excuse absolutoire pour celui qui dirigeait, en bon cumulard, plusieurs collectivités de grande taille. L’inculture juridique et surtout judiciaire de nos élus est massive. Ce qui permet aux profiteurs sans scrupules de faire leur beurre. Cela semble le cas en l’espèce, et  Jean Germain en a apparemment été victime.

Cela méritait-il une procédure pénale ? Je ne sais y répondre. Je constate simplement que cela a fini par le tuer. Parce qu’il faut savoir ce que veut dire une « mise en cause » pour un homme public. Ce que l’on appelle pour eux le « risque pénal » ce n’est pas une éventuelle condamnation à la fin de la procédure. C’est tout ce qui précède, campagnes de presse, rumeurs, calomnies, mensonge, lettres anonymes qui détruisent non seulement l’honneur et l’estime de soi, mais rompent brutalement le lien à la population que vous représentiez. Les élus aiment le pouvoir et les ors, mais souvent, ils aiment aussi les gens.

Et puis il y a la violence de la justice. Qui est chose relative mais constitue pour l’homme normal une agression surprenante et douloureuse. La garde à vue est quelque chose de très difficile, une perquisition à son domicile qui pulvérise l’intimité, une expérience pénible. Le constat face à la machine judiciaire, qui connaît mal les conditions concrètes de la gestion publique, que l’innocence et la bonne foi ne protègent de rien, provoque une surprise accablée.

Comme souvent dans les affaires politico-judiciaires, les choses ont commencé par une lettre anonyme. Outil bien commode, dont la justice française fait grand usage. Une certaine presse aussi d’ailleurs. Et surprise, cette délation vient souvent de son propre camp. Avec la fin des idéologies, l’engagement politique n’étant plus que la gestion d’une carrière, il y a de la concurrence et des règlements de compte à tire-larigot… Dans l’affaire Germain, un nom circule avec insistance. Je ne sais pas si c’est à raison, mais en tout cas spontanément c’est de ce côté-là que se sont tournés tous les yeux. Et non vers les opposants politiques.

Autre conséquence d’une mise en cause judiciaire : soudain, vous attrapez la peste. Tous vos amis, vos obligés, vos protégés vous tournent le dos. Quand ils n’y tirent pas. À propos d’obligés, naturellement toutes les personnes impliquées vous chargent. Bien sûr, vous étiez le chef, vous avez tout organisé et eux n’ont fait qu’obéir. Ce qui vous arrive n’est pas contagieux, mais vous pourriez en mourir. Ce qui serait une bonne chose, cela libérerait des places. L’amitié, le respect, la déférence, la flatterie voir la flagornerie, tout cela disparaît tout d’un coup. Les visages se ferment et se tournent. Les petits complots se nouent. « Le bateau risque de couler, il vaudrait mieux le jeter par-dessus bord ». Et quand à cela s’ajoute la perte d’une élection et que celle-ci vous est naturellement imputée, la solitude est totale. Pierre Bérégovoy en est mort le 1er mai 1993 après la catastrophe des législatives dont on le rendait responsable.

Après le suicide de Germain, les  responsables socialistes ont eu la réaction que l’on pouvait attendre. Avec une absence totale de vergogne, ceux qui, foulant aux pieds tous les principes, ont instrumentalisé la justice dans une chasse au Sarkozy invraisemblable viennent maintenant déplorer la « chasse judiciaire aux élus ».La presse va pendant quelques jours regarder un peu le bout de ses chaussures avant de reprendre les bonnes habitudes. Il y a peu de chances que l’on échappe à un prêche d’Edwy Plenel.

Les réseaux sociaux irrigués par le poison du « tous pourris » s’en sont donnés à cœur joie. Cracher anonymement sur un cadavre doit être quelque chose de délectable. « Jean Germain est un lâche, la preuve qu’il était coupable, un innocent n’aurait pas fait ça, pourquoi avoir eu peur de l’audience ? ».

Jean Germain a eu peur de l’audience ? Évidemment, et à juste titre. Pas parce que les magistrats du siège sont méchants, mais parce que la justice n’est pas une partie de plaisir. Et l’audience pénale lorsqu’on est poursuivi une épreuve. Encore plus difficile lorsque l’on a été un homme public. Comme l’a dit Malraux, l’homme est un petit tas de secrets. Et ces secrets vont être dévoilés décortiqués. Jean Germain aurait probablement dû s’expliquer sur sa relation avec sa collaboratrice taïwanaise et peut-être d’autres choses dont il ne voulait pas que ceux qui l’aiment les connaissent Le précédent terrifiant de l’audience dans l’affaire du Carlton de Lille pouvait légitimement inquiéter. Pendant des journées entières, on a décrit, décortiqué les pratiques sexuelles des uns et des autres, raconté le détail des parties fines et débattu sur la portée de la sodomie. J’espère que les enfants des prévenus avaient soigneusement éteint tous leurs écrans.

Jean Germain ne voulait pas s’asseoir « sur le banc d’infamie » comme on le nommait aux enfants de sa génération. Il devait avoir la conviction construite pendant l’instruction que sa bonne foi ne serait pas reconnue. Qu’il serait traîné dans la boue et surtout traité de voleur par les ignorants qui sont les plus nombreux. Il n’avait pas le cuir assez épais. Tout le monde n’est pas équipé comme Nicolas Sarkozy. Il a préféré se retirer. En accord avec lui-même, et c’est ce qui compte.

*Photo : SOUVANT GUILLAUME/SIPA. 00664142_000014.

Nu comme dans un musée australien

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australie art nu

australie art nu

L’art contemporain n’a pas fini de nous étonner. Mais en l’occurrence, ce n’est pas de l’artiste que vient le scandale, par exemple pour cause de confusion entre plug anal et sapin de Noël ou encore de dépôts d’étrons colorés dans la Galerie des Glaces de Versailles, mais des consommateurs, pardon, des amateurs eux-mêmes.

Pour visiter, jeudi matin, une exposition temporaire à la National Gallery of Australia de Canberra consacrée à l’artiste américain James Turrell qui joue, nous dit-on, avec l’espace et la lumière, un certain Stuart Ringold, lui-même artiste, a proposé à ses amis (enfin j’espère que ce sont ses amis) de découvrir les œuvres en se mettant complètement à oilpé.

Commentaire de monsieur Ringold: « L’exposition de Turrell tourne autour de la lumière. La peau absorbe la lumière et nous avons pensé que le corps tout entier pouvait partager cette expérience. Les spectateurs étaient un peu gênés au départ mais une fois dévêtus, ils souriaient et riaient. » Après tout, ça ne peut pas faire de mal dans la mesure où l’on n’est pas obligé de suivre les principes de Stuart Ringold qui pense que seule la tenue d’Eve peut permettre de lever nos inhibitions en face de l’Art et de mieux comprendre l’artiste. Personnellement, j’ai surtout l’impression que l’on risque un rhume avec la climatisation qui va assez fort en Australie.

On remarquera que ce naturisme esthétique nous vient du monde anglo-saxon qui, on le sait au moins depuis l’érotisme pesant de D.H. Lawrence dans L’amant de Lady Chatterley, connaît un relatif problème avec le corps et la sexualité, puritanisme protestant oblige. Là-bas, quand on surexpose le corps, c’est pour mieux le refouler, préférant toujours le naturisme à l’érotisme dans une candeur qui exclut toute ambiguïté sexuelle. Ou à l’inverse, on pratique la pornographie la plus débridée qui est une autre forme de normalisation, mécanique, du sexe et du désir. Alors qu, ce qu’il y a de bien dans les noces intelligentes du sexe et de l’art, comme pouvait sans doute la pratiquer les libertins français du XVIIIème sous l’œil bienveillant des tableaux de Fragonard, de Boucher pu de Watteau, c’est précisément l’ambiguïté, le jeu du dévoilement progressif, les clair-obscur, les départs pour Cythère, les fêtes galantes où l’âme est un paysage choisi.

Pour le reste, on attend avec impatience de savoir si la France suivra ou non cette initiative forcément bonne puisqu’elle vient d’ailleurs, que d’une part le Louvre ne se transfère plus dans les Emirats arabes où tout le monde est très habillé, -surtout les femmes- mais plutôt vers les plages du cap d’Agde. Et, d’autre part, que l’Education nationale, dans le cadre de dispositifs innovants, expérimente dès la rentrée des cours où enseignants et élèves seront nus, en toute innocence, pour se rapprocher les uns des autres et mieux se comprendre, comme des œuvres d’art.

*Photo : wikicommons.

Cukierman persiste et signe

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cukierman crif islam fn

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Causeur. Dans votre famille, la blague juive est un sport de combat. La dernière de votre cru, lâchée au micro de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, a suscité pas mal de remous. Le 23 février, au matin du premier dîner du CRIF post-attentats, vous afformez : « Toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans. » S’ensuit un pataquès politico-mondain avec le CFCM, Dalil Boubakeur annonçant bruyamment qu’il ne participera pas aux agapes, tandis que nombre de médias s’indignent de ce « dérapage » – par rapport aux bonnes manières, suppose-t-on. L’aviez-vous prémédité ?

Roger Cukierman : Bien sûr que non ! J’ai répondu très normalement à une question simple sur les auteurs de violences terroristes en observant qu’il s’agissait de jeunes musulmans. Mais j’ai immédiatement éclairci ce qui pouvait sembler ambigu dans les mots que j’avais prononcés, en précisant que, bien sûr, il s’agissait d’une « toute petite minorité de la communauté musulmane ». La presse a retenu ce qu’elle voulait retenir, une phrase détachée de son contexte. Elle adore ça.

Il n’y a pas que la presse qui se soit étranglée. On suppose que Dalil Boubakeur a écouté l’ensemble de votre intervention. Pourtant, le CFCM n’en a pas moins voté à l’unanimité le boycott du dîner du CRIF.

Le CFCM avait une réunion ce matin-là, et le sujet a été évoqué.  Ils ont décidé de ne pas venir au dîner du CRIF.  Je ne suis pas sûr que le vote ait été unanime, mais en tout cas, je regrette leur absence dans un moment ou l’union est beaucoup plus importante que les susceptibilités.  Je rappelle que Dalil Boubakeur avait été le premier en avril 2014 à accepter de signer l’appel au vivre-ensemble que nous avions lancé et qui a été signé par les représentants politiques, religieux et syndicaux.

D’après nos informations, Dalil Boubakeur était convoqué le lendemain chez Bernard Cazeneuve, qui devait lui signifier que le CFCM allait être noyé dans une entité plus large. Autrement dit, on allait lui annoncer la fin du CFCM et c’était, semble-t-il, la raison de sa réunion. N’a-t-il pas voulu faire un coup ?

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En tout cas, cette bisbille entre le chef des juifs et le chef des musulmans a inquiété au plus haut niveau, puisque, le lendemain, c’est le chef de l’État qui a organisé votre réconciliation, annoncée depuis la cour de l’Élysée !

En fait, l’affaire était réglée avant que nous allions à l’Élysée. Au cours du dîner, le président m’avait proposé ses bons offices. Lorsque j’appelle Boubakeur, le lendemain, pour lui proposer de nous rencontrer, cette offre de médiation présidentielle a immédiatement raison de ses hésitations. Il me tutoie et m’appelle « mon frère ». Tout va bien.

Avez-vous parlé du fond, c’est-à-dire de la responsabilité de (« de » et non pas « des ») jeunes musulmans dans les violences ?

Non.

Et quelles sont vos relations avec Boubakeur ?

Je l’adore ! Il y a douze ans, nous avons créé ensemble les amitiés judéo-musulmanes.

Rétrospectivement, regrettez-vous cette phrase ?

Absolument pas. Je revendique ces propos tout à fait conformes à la réalité. Cent pour cent des attentats antisémites ont été commis par des musulmans djihadistes. Si c’est vrai, pourquoi ne pas le dire ?

Allons, vous savez bien pourquoi : stigmatisation, amalgame… Passons. En tout cas, vous étiez très en forme ce matin-là, car au cours de la même émission vous avez également déclaré : « Sur l’antisémitisme, Marine Le Pen est irréprochable. »

J’ai seulement remarqué qu’à la différence de son père Marine Le Pen fait très attention à ne rien dire qui puisse heurter les juifs. J’ai  ajouté dans la même phrase que je ne voterais jamais pour le FN car, derrière Marine Le Pen, on trouve des négationnistes, des vichystes et des pétainistes. Mais, là aussi, les médias ont préféré retenir un mot sans tenir compte du reste de la phrase. On sort un mot d’une phrase et on en change le sens. C’est un mauvais procédé.

N’empêche, alors que vous maintenez vos propos sur les musulmans, sur Le Pen, vous avez promptement rétropédalé en déclarant à l’AFP : « Mme Le Pen n’est pas fréquentable parce qu’elle ne s’est pas désolidarisée des propos de son père. » D’abord, ce n’est pas tout à fait exact. Ensuite, n’avez-vous pas cédé au politiquement correct ? Le lundi elle n’est pas antisémite et le mardi elle l’est ?

Le mercredi et les jours suivants une chose n’a pas changé, le FN reste un parti extrémiste à éviter et à combattre !

Quoi qu’il en soit, le danger concret pour les juifs de France ne vient pas de l’extrême droite, et nous le savons tous.

En ce qui concerne le danger physique, c’est vrai. Mais il y a aussi des dangers moraux. On ne peut pas faire l’impasse sur la question des valeurs morales de l’extrême droite.

Sur le sujet Le Pen, vous êtes pourtant un récidiviste. En 2002, après le premier tour de l’élection présidentielle, vous aviez dit à Haaretz : « J’espère que le score de Le Pen contribuera à réduire l’antisémitisme musulman et le comportement anti-israélien, parce qu’il est un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles. »

Vous avez du goût pour l’histoire antique. Je parlais anglais à un israélien qui a écrit son article en hébreu. Ces propos rapportés ont ensuite été traduits en français pour le journal Le Monde, ce qui a provoqué un scandale. Je ne sais plus exactement ce que j’ai dit, mais j’ai écrit plus tard dans Le Monde ce que je pensais réellement.

Allons, vous n’avez pas une stratégie des petites phrases ?

Non.

Comment la « rue juive » réagit-elle à vos sorties ?

Ça dépend… Je n’en vois pas beaucoup qui aient été outragés par ma phrase sur les musulmans. En revanche, certains m’ont reproché le mot sur Marine Le Pen, ce qui m’ennuie, car c’est un malentendu. Et au sein du comité directeur du CRIF, deux personnes ont émis des critiques et les autres m’ont donné raison ou, en tout cas, ne m’en ont pas voulu, le tout dans un climat très courtois.

Néanmoins, vos propos prennent un sens particulier alors que pas mal de juifs, confrontés à l’antisémitisme musulman, sont tentés par le vote FN, en particulier depuis que Marine Le Pen a écarté son père.

Que des juifs votent FN, c’est un fait, et je m’en désole. Chez Elkabbach, j’ai été très clair : pour moi, un juif ne doit pas voter Front national. Je l’ai dit mot pour mot.

Il faut croire qu’on vous comprend mal. Ainsi, Nicolas Sarkozy vous a durement critiqué en même temps qu’il félicitait Arno Klarsfeld, qui a tenu sur les musulmans des banlieues des propos identiques aux vôtres[1. Début 2014, Arno Klarsfeld avait déclaré sur un plateau d’iTélé : « Non, la France n’est pas antisémite. Il y a le noyau dur de l’extrême droite qui l’est vigoureusement, une partie de l’ultragauche et les islamistes, et une partie des jeunes de banlieue. » Une plainte pour « atteinte à l’honneur et à la considération » des « jeunes de banlieue » a été transmise par le procureur de Paris à un juge d’instruction début 2015.]…

Sarkozy se rendait à une soirée dont le président de la République était l’invité d’honneur – d’ailleurs, il n’a participé qu’au cocktail. M’attaquer lui permettait de signaler sa présence.

En attendant, nous pensons, nous, que lorsque vous appelez à voter ou à ne pas voter pour un parti, vous sortez de votre rôle.

La question m’étonne de vous, d’habitude vous vous mêlez bien de tout… Quand on me demande mon avis, je le donne. Comme président du CRIF, à chaque élection, je recommande de ne voter ni pour le FN ni pour l’extrême gauche. Mes prédécesseurs ont fait la même chose.  

C’est bien ce qui nous chiffonne : cela accrédite l’idée que le CRIF est le parti des juifs. Peut-il et doit-il y avoir une représentation politique des juifs de France ?

Oui, absolument. Nous sommes la représentation politique des organisations juives de France à côté du Consistoire, qui représente le religieux, et du Fonds social. C’est notre vocation

Permettez-nous d’en débattre. N’est-il pas dangereux d’instituer les juifs en communauté politique à l’intérieur de la communauté nationale ?

Cela a été décidé en 1943, au cours d’une réunion de responsables juifs. Un orthodoxe religieux, un communiste stalinien, un sioniste et un bundiste[1. L’Union générale des travailleurs juifs, ou « Bund », est un mouvement socialiste fondé en 1897 pour représenter la minorité juive en Lituanie, Pologne et Russie.] sont parvenus à la conclusion que les juifs devaient faire de la politique et lutter contre l’antisémitisme – à l’époque, il y avait de quoi faire –, puis, une fois que la France serait libérée, contribuer à la création d’un État juif. Et ce sont encore les missions du CRIF, clairement précisées dans nos statuts : s’occuper de politique, lutter contre l’antisémitisme, défendre les droits de l’homme, cultiver le devoir de mémoire et soutenir Israël.

Et que faites-vous des juifs qui ne veulent pas être embarqués là-dedans ?

Mais je ne les embarque pas, car je ne prétends pas les représenter ! Je représente seulement les 70 associations membres du CRIF. Point.

Vous savez bien que ces nuances échappent à la moulinette médiatique… Depuis quelques années, les problèmes de la France ont souvent à voir avec les dieux des uns ou des autres, et le plus souvent avec l’islam ?

Ce qui est sûr, c’est que l’organisation des musulmans de France est aberrante. La plupart des quelque 2 500 imams en activité sont formés et payés par des pays étrangers, notamment ceux qui encouragent le salafisme ou les Frères musulmans. Beaucoup ne parlent même pas français ! Des propositions ont été faites aux autorités de notre pays de fonder une école française de formation des imams et de faire en sorte qu’ils soient payés en France, par la France s’il faut, quitte à violer la loi de 1905, ou au moins à instaurer un régime dérogatoire pendant cinq ou dix ans. C’est une bonne idée.

Pourquoi le CFCM a-t-il échoué à fédérer les musulmans ?

En 2003, Sarkozy voulait créer un organisme véritablement représentatif, et on pouvait penser que ça marcherait car, à l’époque, l’UOIF  était à la recherche de spécificité et semblait vouloir jouer le jeu. L’UOIF s’est placée dans le sillage des Frères musulmans et s’est éloignée du CFCM, qui est devenu pour beaucoup de musulmans engagés le symbole de l’islam institutionnel, voire collabo. Et il faut bien dire qu’aujourd’hui le CFCM est assez largement coupé de la « base ».

Que l’on puisse s’aliéner la base en dénonçant l’antisémitisme, c’est le cœur du problème. Mais pourquoi faudrait-il déroger à la loi de 1905 au risque de déclencher une bataille rangée ? Ne faut-il pas plutôt, comme l’ont longtemps fait les juifs, négocier discrètement des exceptions (dates d’examens, cours du samedi, repas sans porc en classes de neige) sans proclamer bruyamment que ce pays de salauds leur devait bien ça.

Malheureusement, cette ère de la tolérance tranquille est révolue. Ces arrangements discrets pouvaient se faire avec les juifs, vu leur petit nombre. Le poids démographique des musulmans fait que les exceptions deviennent impossibles.

C’est bien pour cette raison que pas mal de juifs, notamment les religieux, pensent qu’il est trop tard…

Dans mon discours au dîner du CRIF, j’ai cité des élèves d’écoles juives que j’avais rencontrés dont les propos m’avaient frappé. Il y avait deux groupes : les uns roulaient des mécaniques sur le mode « on va rester en France et former des milices de défense », les autres disaient « quand nous aurons votre âge (ça leur laisse un peu de temps), la France sera sous l’empire de la charia ! ».

Et vous ? Vous arrive-t-il de penser que les juifs n’ont pas d’avenir en France ?

Moi, je constate que l’inquiétude monte et que pas mal de juifs envisagent de quitter la France, pour Israël ou pour d’autres pays. Pour le reste…, il faut faire preuve d’optimisme et se battre là où on est. De toute façon, il n’y a aucun lieu sûr pour les juifs. Israël vit dans un environnement dangereux, il y a des attentats anti-juifs en Australie, en Argentine, un peu partout dans le monde… Même les États-Unis ne sont pas absolument sûrs, les campus américains sont en ébullition. Après les attentats de janvier, j’espère que la France va se réveiller. Mais, ici, nous avons au moins la chance d’avoir un gouvernement qui combat l’antisémitisme.

C’est ce que Houria Bouteldja appelle le philosémitisme d’État. Mais ces gouvernements ont peur de leur ombre dès qu’il est question de l’islam – ça se comprend d’ailleurs. Ici, il ne faut pas faire d’amalgame, là, on parle d’apartheid…

Je trouve que Manuel Valls tient un langage solide. Et si on m’autorise une blague, je me garderai bien de commenter les petites phrases des uns et des autres.

Vous vous félicitez du discours du gouvernement, approuvez-vous également ses actes ?

Sur le front de la sécurité, les mesures nécessaires ont été prises. Dès le lendemain du 9 janvier, la sécurité des lieux juifs a été renforcée par le concours des militaires. Un préfet interministériel vient d’être nommé pour s’occuper de l’antisémitisme, on travaille avec lui sur de nombreuses pistes, et j’espère qu’il y aura un renforcement de toutes les actions possibles dans tous les domaines.

La question sécuritaire est fondamentale à court terme, mais le véritable problème, c’est l’imprégnation culturelle, la diffusion des sentiments antijuifs qui oblige à surveiller les lieux juifs.

Ça, ce n’est pas seulement une affaire de plans gouvernementaux, bien sûr. J’espère que l’esprit du 11 janvier va se perpétuer. Car, en matière d’éducation, tout est à refaire même si l’introduction de l’éducation civique et morale en cours préparatoire est une bonne chose. Et puis il y a un combat à mener sur Internet, les prisons qu’il faut nettoyer des influences idéologiques, etc. Cependant, il y a des mesures assez simples à prendre : par exemple soumettre les salles de spectacle appartenant directement ou indirectement à l’État à une charte morale ou éthique qui permette d’interdire les spectacles d’antisémites nauséabonds.

Vous pouvez sanctionner les manquements à la loi – voire faire exécuter les décisions de justice –, mais vous ne pouvez pas édicter une morale d’État. De plus, interdire a priori les spectacles de Dieudonné aura pour principal effet de grossir le flot de ses partisans convaincus qu’il n’y en a que pour les juifs…

Un individu condamné à sept reprises pour propos antisémites ne devrait pas avoir le droit de monter sur scène. L’antisémitisme n’est pas une opinion c’est un délit.

Le grand fantasme dieudonniste, c’est le pouvoir juif et son incarnation lors du dîner du CRIF. De fait, on a vu l’exécutif se rendre à ce qu’Alain Finkielkraut appelait alors un «  tribunal dînatoire » pour se faire sermonner sur la politique moyen-orientale de la France. En clair, on pouvait voir une « communauté organisée » sommer l’État français d’adopter telle ou telle politique. Admettez que cela puisse faire désordre !

En tout cas, ces « sommations », comme vous dites, n’ont pas eu d’effet sur la politique étrangère française. Et pour ma part, je le regrette. Si le « lobby juif » existe en France, à la différence de son équivalent américain, il n’a aucune influence. Si le CRIF est un lobby juif, je plaide coupable d’inefficacité. Personnellement, je récuse le mot lobby qui, en France, a une connotation négative, qui manque d’élégance. En France, on déjeune ou on dîne en bonne compagnie, et c’est une occasion de s’exprimer, de dire les choses.

À vous entendre, le dîner du CRIF serait une sorte de banquet républicain casher…

Ça me va très bien ! Un jour Raffarin m’a dit : « C’est le seul endroit où tout ce qui compte dans notre pays est réuni, et c’est une occasion particulièrement républicaine. »

Justement, le fait que cette table soit la seule où opposition et gouvernement dînent ensemble accrédite l’idée du pouvoir juif, et pas seulement chez les antisémites patentés. Pas mal de nos concitoyens en ont assez d’entendre parler tout le temps d’histoires de juifs…

Aurais-je oublié de vous inviter ? En tout cas, si le dîner du CRIF a acquis une certaine solennité, c’est parce que les juifs sont les seuls à être assassinés (parce qu’ils sont juifs). Si nous pouvons nous exprimer quand on tue nos enfants, quand des hommes munis de mitrailleuses doivent monter la garde devant les écoles et les synagogues, c’est pour qu’on nous entende. Les plus hautes autorités de ce pays dans tous les domaines – politique, religieux, moral – doivent entendre la voix de ceux qui ont peur pour l’avenir de leurs enfants. Je refuse de céder à la tentation d’un grand nombre de juifs qui préfèrent ne pas faire de vagues. Qu’on n’attende pas que nous nous écrasions quand nos existences sont menacées, alors que nous sommes présents en France depuis 2000 ans et que nous avons largement contribué à la grandeur de notre pays.

En tout cas, le Premier ministre israélien devrait peut-être faire preuve d’un brin de diplomatie. Après les attentats de janvier, il a explicitement appelé les juifs à fuir la France. Qu’avez-vous pensé en tant que président du CRIF ?

J’ai entendu exactement le même langage de la part de tous ses prédécesseurs. Je me rappelle que quand Sharon disait la même chose, cela avait enragé Chirac. Sharon avait tellement l’habitude de tenir son discours sur l’alya à des auditoires juifs qu’un jour il l’a servi à des parlementaires. Bref, il n’y a pas de quoi sauter au plafond. De toute façon, ce n’est certainement pas une déclaration du Premier ministre israélien qui va inciter Cohen, Dupont ou Lévy à faire son alya.

Cela n’entretient-il pas l’ambiguïté autour de la double allégeance ?

Le Grand rabbin Kaplan disait : « On a le droit d’aimer son papa et sa maman. » Monsieur Bolloré est breton, catholique, français, et il aime la cornemuse. On ne va pas se mettre à reprocher aux gens leurs attaches sentimentales. D’excellents Français sont attachés à leur Espagne, leur Italie ou à leur Algérie natales.

Lorsque Théo Klein et Laurent Fabius ont inventé le dîner du CRIF, en 1985, l’invité d’honneur était le Premier ministre.

Oui, aussi apparaissait-il comme un événement moins politique qu’aujourd’hui. En 2002, Chirac a voulu se faire inviter à la place de Jospin, mais j’ai répondu que je préférais respecter la tradition – je ne tenais pas à être impliqué dans les querelles de la cohabitation. En échange, je lui avais proposé de nous recevoir à l’Élysée pour le 60e anniversaire du CRIF, ce qu’il avait fait, de même que Hollande pour le 70e anniversaire. Mais, pour le dîner, c’est Sarkozy qui a obtenu que l’on change la tradition.

Depuis 1985, beaucoup de choses ont changé, y compris les relations entre les juifs et la gauche. Avez-vous le sentiment d’un glissement assez général de la communauté juive vers la droite ?

Sur le plan de la politique française, je ne suis pas sûr, sur le plan de la politique israélienne, certainement. Le même individu peut être à gauche en France et à droite pour Israël afin de soutenir « Jérusalem unifiée indivisible et éternelle ».

Avez-vous senti l’évolution d’une partie de la gauche pour laquelle la Palestine est devenue une cause identitaire ?

Oui, Martine Aubry en est un exemple terrible. Elle en est même arrivée à suspendre un jumelage avec une ville israélienne de Safed ! Pourtant, lors de mon précédent mandat, je me rappelle un dîner du CRIF à Lille, j’étais assis à côté d’elle, et les échanges étaient plutôt sympathiques.Aujourd’hui, elle est devenue hostile à Israël et certains finissent même par croire qu’elle l’est aux juifs.

Globalement, les juifs ont pu rester juifs et se sentir pleinement français – au moins jusqu’au début du XXIe siècle. D’un point de vue culturel, le modèle juif d’intégration n’est-il pas le bon pour les musulmans ?

Why not ? Mais il faut commencer par reconnaitre que la loi de la France l’emporte sur la loi de la religion. C’est un principe talmudique que Napoléon a fait sien.[/access]


*Photo : Hannah.

Don d’organe: vers une «nationalisation des corps»?

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(Avec AFP) – Faut-il passer outre l’avis des familles avant de prélever un organe sur une personne décédée ? Les députés se prononcent cette semaine sur un amendement renforçant le principe du consentement présumé, qui ne fait pas l’unanimité, en particulier chez certains médecins.

« Il est inconcevable de passer outre le témoignage d’une famille en deuil. Une telle attitude sera vécue par les familles comme une négation de la personnalité et de la mémoire du défunt », soulignent les présidentes de la Société française de médecine des prélèvements d’organes et tissus (SFMPOT), le Dr Vanessa Labeye, et de l’Association française des Coordinateurs hospitaliers (AFCH), Carole Genty.

L’amendement prévoit qu’à partir de 2018, le consentement au don d’organes sera présumé chez toute personne majeure décédée, sauf si son nom figure dans le registre national des refus. Ses proches seront seulement « informés des prélèvements envisagés et de la finalité de ces prélèvements » et non plus consultés, comme c’est le cas jusqu’à présent.

Pour son auteur, le député PS et médecin Jean-Louis Touraine, l’amendement permettra aux familles de ne pas « être perturbées lors de la période du deuil ».

Jean-Pierre Scotti, le président de la Fondation Greffe de vie qui milite pour une modification de la loi actuelle, souligne pour sa part que l’amendement va « sauver des centaines de vies », en augmentant le nombre de greffons disponibles.

19.000 personnes sont aujourd’hui en attente d’une greffe en France. Et ce nombre augmente plus vite que le nombre d’organes prélevés, en raison d’un taux de refus qui avoisine les 40% alors même que, selon un sondage réalisé en 2013, près de 80% des Français seraient prêts à donner leurs organes.

Pour les promoteurs de l’amendement, soutenu par le gouvernement, l’explication réside dans l’attitude souvent négative des familles qui, interrogées dans un moment de choc émotionnel, optent pour le non par précaution « quitte à le regretter par la suite ».

Mais pour les médecins et infirmiers chargés de faire les prélèvements, l’application de l’amendement « conduira de manière inéluctable à une perte de la notion de don pour tout ce qu’il contient d’humanité et risque de produire des effets opposés à ceux attendus » souligne la présidente de la SFMPOT qui réclame le retrait de l’amendement.

Seulement 100.000 noms figurent à ce jour sur le registre des refus. Car, pour « de nombreuses personnes », il est difficile d’envisager sa propre mort « par crainte, par gêne ou par superstition » et s’inscrire sur un registre équivaudrait « à un passage à l’acte », relève le Dr Labeye.

Le Pr Claude Ecoffey, président de la société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR), estime, lui, que la mesure « heurte les fondements éthiques du don et s’avère inapplicable en pratique ».

Elle risque, selon lui, « d’augmenter les conflits et d’être interprétée par les familles comme un don réalisé contre leur volonté et/ou celle du défunt dans une sorte de « nationalisation des corps » ».

« Croire que les médecins prélèveront dans une telle situation est tout autant illusoire », ajoute-t-il.

La non consultation des proches est également contestée par certains groupes religieux, voire même par certains anciens greffés.

« Je crains des réactions délétères des familles qui risquent de se sentir agressées par l’application stricto sensu de ce texte », relève Yvanie Caillé, directrice de l’association de malades et greffés du rein Renaloo.

Ce qui prime selon elle, comme pour la SFMPOT, c’est l’importance d’un « dialogue » entre les parents et les équipes de coordination, du type de celui qui existe en Espagne où le taux de refus atteint seulement 15%.

Face à ces critiques, Jean-Louis Touraine semble prêt à des concessions : « Chaque fois qu’il y aura une opposition majeure (de la famille), il n’y aura pas de demande de prélèvement », a-t-il déclaré à des journalistes. Et pour les mineurs, le consentement de la famille restera nécessaire.

Congrès de l’UOIF : l’autre après-Charlie

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uoif charlie hebdo islam

uoif charlie hebdo islam

Une intervention prend fin, une autre va commencer. « Vous pouvez être pris pour le messie, attention à ce que vous soyez compris dans la cohérence de ce que vous dites », glisse l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou, conférencier entrant, au sortant, le sociologue Raphaël Liogier, directeur de l’Observatoire du religieux à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Ce dimanche matin au Parc des expositions du Bourget, au troisième jour de la 32e Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF), l’auteur du Mythe de l’islamisation a mis le public du « Café Débat » dans sa poche. Nous sommes dans l’enceinte du « Forum Génér’action », consacré à la jeunesse, qu’abrite l’une des trois halles louées au cours du week-end de Pâques par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), patronne de la manifestation, la plus importante du genre « en Europe occidentale ».

L’universitaire a très peu parlé de religion stricto sensu, beaucoup de politique. Et ce qu’il a dit répondait visiblement aux attentes de ses auditeurs, mal à l’aise en cette période d’« après-Charlie », censée pousser les musulmans à l’examen de conscience –  mais les conduisant de facto à une forme de désobéissance civile, soit l’exact contraire du but a priori recherché. « Nous assistons à une saoudisation inversée du droit français (supposément contre l’islam, NDLR) », déclare le chercheur, qui renverse ainsi la charge de la preuve et par conséquent celle de la culpabilité. « La laïcité est devenue un patrimoine national-identitaire », déplore-t-il. L’enseignement de l’Histoire à l’école est de nature « impérialiste ». « L’antisémitisme d’aujourd’hui est à titre réactif (quand) l’islamophobie est à titre principal » (sic), tranche-t-il. « L’Europe subit une blessure narcissique majeure », observe-t-il encore. Et Raphaël Liogier, qui se définit comme « libéral » et non « islamo-gauchiste », précise-t-il, d’appeler les musulmans à « manifester », dans la rue, pour faire valoir « leurs droits », dans « le respect de l’intégrité physique et morale des personnes ».

Le public musulman venu l’écouter n’en demandait peut-être pas tant. D’où l’amicale mise en garde de Tareq Oubrou, imam et théologien réformiste, à ce compagnon de route de la « cause musulmane ». Le sociologue assume son côté provoc et son ton consolateur. Boutefeu ? Sans doute que non. Il se dit favorable à une réforme de l’islam et souhaite la création d’une faculté de théologie musulmane à Strasbourg, à l’image de la catholique et de la protestante déjà présentes dans le chef-lieu du Bas-Rhin, placé sous régime concordataire.

Les attentats des 7, 8 et 9 janvier à Paris, sans même parler des exactions de l’Etat islamique, sont vécus par les Français musulmans, en particulier les jeunes, comme des obstacles posés en travers de leur émancipation. Paradoxalement, plus il est commis d’actes odieux au nom de l’islam, en France mais surtout ailleurs dans le monde, plus ils estiment en être les principales victimes, accusant l’Etat français, et plus globalement l’Occident, d’instrumentaliser ces drames, voire, pour les plus complotistes d’entre eux, de les fomenter.

Cet état d’esprit prévaut au Bourget. On ne parvient pas à saisir la « mentalité musulmane » (au sens religieux et culturel du terme), si l’on n’y entre pas un tant soit peu : le « musulman » est en quête de « dignité » ; il n’ignore rien de son « retard », dans les sciences profanes, sur les « chrétiens » et les « juifs » ; en matière de religion, la situation globale, au vu des conflits en cours opposants des pouvoirs islamistes, ne vaut guère mieux, mais au moins a-t-il la satisfaction d’être fidèle au texte qui ferme le récit monothéiste et prétend en être la figure de proue – ceci explique, chez beaucoup, la fuite, et pour certains la perte, dans le religieux, cette identité à portée de main ; le « musulman », enfin, « vit mal » de devoir son élévation citoyenne à un pays, la France, qui l’a autrefois soumis et dont il lui semble qu’il le tient encore et toujours en soumission, principalement, aujourd’hui, pense-t-il, par le biais de la laïcité…

C’est pourquoi, dès qu’une parole jugée intelligente surgit de la galaxie musulmane, c’est jour de fête et motif de fierté, « tant on nous tient d’habitude pour moins que rien », ont souvent l’habitude de se dénigrer les intéressés. « Tareq Oubrou, Mohamed Bajrafil et Tariq Ramadan, c’est la dream team », se réjouit donc Issa, un musulman converti. L’imam de Bordeaux, son confrère d’Ivry-sur-Seine, originaire des Comores, et « celui qu’on ne présente plus » incarnent aux yeux des plus modernes, le renouveau de l’islam en France, sa porte de salut, face aux salafistes qui donnent de cette religion une image « arriérée » et, chacun en a conscience, majoritaire dans certains quartiers.

Tous trois étaient réunis dimanche sur l’estrade du « Café Débat », pour parler des « Lumières de l’islam ». « Bajrafil c’est l’avenir, Ramadan c’est le médian, Oubrou c’est la sagesse », formule Issa – encore que le premier, pour promoteur qu’il soit d’un islam de « bon sens », n’en développe pas moins à l’occasion une approche un brin traditionnaliste, comme l’atteste sa réponse à un auditeur qui lui demande si sa femme peut se faire couper les cheveux par un coiffeur homme.

Durant quatre jours, on aura donc beaucoup « débattu », mais un peu trop souvent entre personnes du même avis. On n’aura pas poussé l’audace jusqu’à discuter des textes fondateurs de l’islam – ce n’était sans doute pas le lieu de faire de l’exégèse : le « Bourget », pour les musulmans qui s’y rendent, c’est avant tout l’endroit où l’on a plaisir à être ensemble, en famille, entre amis, où l’on prie, mais où l’on consomme aussi, dans la grande halle dédiée à l’activité commerciale, et où l’on verse son obole aux nombreux organismes de bienfaisance. Le pluralisme n’est pas encore d’actualité. L’intolérance demeure çà et là face aux remises en question les plus exigeantes : ainsi un imam a-t-il dressé début avril sur les réseaux sociaux une liste de « musulmans » indignes à ses yeux, parmi eux le philosophe Abdennour Bidar, l’islamologue Rachid Benzine (auteur du Coran expliqué aux jeunes, éditions du Seuil) et l’ex-patron des « jeunes » de l’UOIF, Farid Abdelkrim, devenu comédien, auteur du livre Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste (éditions Les Points sur les i). Comme si la critique ne devait pas dépasser un certain seuil, sous peine de démobiliser les « musulmans » dans leur affirmation identitaire et religieuse, d’en faire des individus « dociles » dans les mains des pouvoirs publics.

Si « Charlie et moi » était l’intitulé d’un des débats, un autre, « Des versets antisémites ? », en rapport avec les attentats anti-juifs commis par des musulmans ces dernières années en France, abordait un « tabou de polichinelle » : le ressentiment, la défiance, voire la haine, qu’éprouvent une partie des musulmans envers les juifs, et le lien réel ou supposé de ces mauvaises passions avec le texte coranique. Tareq Oubrou a expliqué que certains versets ne devaient pas prêter à extrapolation. Il s’agit de ceux portant sur une partie de l’hégire, lorsque, à Médine, des tribus juives « rompent le pacte » qui les unissent aux musulmans conduit par Mahomet, au profit des Mecquois. Pour Tareq Oubrou, cette rupture ne doit pas être comprise religieusement, mais « politiquement ». Autrement dit, selon l’imam de Bordeaux, elle est conjoncturelle, non structurelle.

Comme chaque année au congrès de l’UOIF, de grands panneaux de couleurs sable, marron et kaki, pareils à des cartes de géographie évoquant une aventure merveilleuse, retracent la vie du prophète. Lors d’une édition précédente, un jeune guide avait parlé des tribus juives de Médine – et pas en bien. Cette fois-ci, alors qu’un des panneaux les mentionne nommément, silence à leur sujet, autant que nous avons pu en juger. Samedi, l’un des guides, un homme d’une cinquantaine d’années s’adressant à de jeunes visiteurs, les mettait en garde contre les dérives meurtrières contemporaines, qualifiant ceux qui rejoignent Daesh de « tarés », les décrivant comme « inventeurs d’une religion qui n’a rien à voir avec l’islam » ni le prophète. « Vingt-sept » batailles se sont déroulés au temps de Mahomet, « et peut-on parler de batailles ? Il n’y eut pas plus de 300 morts chez l’ennemi, le prophète ayant cherché à épargner des vies, non à tuer ». Un ton en tout point conforme au thème de la 32e Rencontre des musulmans de France : « Mohamed, Prophète de miséricorde et de paix ».

*Photo : DR.

Discours d’Izieu : François Hollande corrige Valls

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francois hollande izieu

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L’« apartheid territorial, social, ethnique » qui fracture la France aura duré moins de trois mois. Pour être plus précis, du 20 janvier – date des vœux à la presse de Manuel Valls – au discours d’Izieu que François Hollande a prononcé hier là où furent raflés une quarantaine d’enfants juifs en avril 1944.

Bien inspiré, le président n’a pas fait jouer les violons sur l’air du passé qui ne passe pas, en imputant à notre pays la répétition des mêmes crimes, suivant la technique des Indigènes de la République : s’engouffrer dans la moindre brèche mémorielle.

« Le mal ne s’est pas arrêté aux portes de cette maison, il renaît chaque fois que des idéologies totalitaires ou des fondamentalismes religieux s’emparent des passions et des peurs », a-t-il déclaré en citant l’exemple des « 150 étudiants, chrétiens pour la plupart, massacrés par des fanatiques » au Kenya. Qu’Hollande  se montre plus téméraire et moins langue-de-bois que la RATP, en appelant un chat un chat, en étonnera certains.

Et ce n’est pas fini. « En Syrie, en Irak, au moment où je m’exprime, des minorités sont pourchassées pour leur religion, leurs origines, leur tradition, des hommes, des femmes, des enfants. Au Nigeria, des enfants, des jeunes filles sont enlevés, violés et exécutés par une secte qui tue des musulmans au prétexte de l’Islam ». Bon, même si le Président s’adjuge un peu facilement le droit d’excommunier de la communauté islamique tel ou tel groupe au prétexte de sa barbarie, soyons sport, il est rare d’entendre de telles paroles de vérité.

« A chaque fois, a-t-il enchéri, ce sont des juifs qui sont tués parce qu’ils sont juifs, des chrétiens parce qu’ils sont chrétiens. Et des musulmans, parce qu’ils sont musulmans ». On entre dans le vif du sujet. Des juifs tués parce que juifs, l’actualité européenne nous en offre le triste spectacle, des exactions de Merah à la tuerie de l’Hyper cacher en passant par le carton de Nemmouche à Bruxelles. Des chrétiens triés et sélectionnés pour devenir des cibles ambulantes, le massacre de Garissa nous en a récemment fourni un exemple sanglant au Kenya. Mais des musulmans tués parce que musulmans, Dieu merci, j’en vois très peu, sinon dans l’encéphale atrophiée de lycéens skins arrêtés la semaine dernière avant qu’ils ne passent à l’action.

Peut-être le chef de l’Etat pèche-t-il par inculture islamologique, tel son prédécesseur qui croyait avoir affaire à des catégories ethniques lorsqu’il entendait parler de sunnites ou de chiites. Des alaouites, chiites duodécimains ou ismaéliens assassinés par des djihadistes en raison de leur confession, les exploits d’Al-Nosra et de l’Etat islamique nous en offrent à foison. Sans même revenir sur les événements en Irak et en Syrie, songeons aux 140 morts des explosions de Sanaa, survenues dans des mosquées fréquentées par les chiites de la capitale yéménite. Mais puisque le réel abhorre le manichéisme, l’honnêteté m’oblige à vous dire que ces victimes innocentes scandaient « Mort aux Juifs ! Mort à l’Amérique » à l’instant même où la déflagration s’est fait entendre.

Mais revenons à nos moutons tricolores. En guise de péroraison, notre monarque républicain nous a rappelé que « le repli et l’isolement (…) sont toujours des poisons mortels pour une nation ». Rien que de très habituel. Mon confrère Pascal Bories, pourtant fort peu marxiste, me faisait cependant remarquer que la prose présidentielle considère l’isolement moins comme une condition sociale objective que comme un comportement électoral déviant et condamnable : le vote F-Haine.

À ces quelques bémols près, j’avoue avoir été agréablement surpris par la partition du Président. Doit-on l’expliquer par le débauchage d’un nouveau nègre, plus talentueux que ses devanciers ? Pardon, j’oubliais que les races n’existent pas…

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00709950_000054