Moldavie, mon amour…

Vous aviez prévu un week-end à Rome, Barcelone, ou Dublin ? Et si vous partiez plutôt en Moldavie, pays « confetti » coincé entre la Roumanie et l’Ukraine ?
C’est une sorte d’Atlantide pétrifiée depuis la chute de l’URSS, avec encore quelques statues de Lénine qui attendent qu’on les jette au sol, le linge qui pend sur un fil jeté entre deux platanes sur la place du théâtre de Chişinǎu, la capitale, ou encore les églises orthodoxes aux façades jaunes, surmontées de coupoles bulbeuses gris acier, sans oublier, ici et là, quelques vieux tracteurs MTZ 50 dans la campagne jouxtant les villes.
Le fleuve Pruth, bien connu des spectateurs de LCI
Le nouveau livre de Lionel Duroy nous entraine dans un voyage pour le moins dépaysant. Auteur de plus d’une vingtaine de romans, dont Le Chagrin – prix François-Mauriac –, sans oublier les collaborations à plusieurs autobiographies de célébrités – je pense en particulier à celle de Gérard Depardieu, Ça c’est fait comme ça – il propose de nous retrouver le 20 octobre 2024, jour d’élection en Moldavie. Évitant l’écueil d’écrire un reportage rasoir, il crée le personnage de l’écrivain Marc Orban, son double, qui suit pas à pas Maria Ivanova, directrice d’un mensuel culturel, L’Observatorul. La jeune femme est divorcée, ce qui est mal vu en Moldavie, et mère d’une petite fille qui vomit durant les trajets en voiture. Elle vote dans son village natal, et se retrouve confrontée à sa mère qui n’a pas supporté son divorce. L’accueil qui lui est réservé est du reste surprenant. Ses parents agriculteurs ont la nostalgie du kolkhoze et de la collectivisation. Ils regrettent l’URSS – l’indépendance fut acquise en 1999 – qui les asservissait mais leur permettait de ne manquer de rien. Ils ne possédaient pas la liberté. Le Pruth, frontière naturelle avec la Roumanie, hérissée de barbelés électrifiés, était infranchissable, mais qu’importe. Aujourd’hui les barbelés n’existent plus mais ils n’ont pas les moyens de prendre un billet de train.
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L’enjeu du scrutin est capital : Maia Sandu, la présidente sortante, fait de cette élection un référendum pour le rattachement de la Moldavie à l’Union Européenne. Face à elle, Alexandr Stoianoglo, homme de la corruption généralisée, soutenu par les oligarques russes, pilleurs du petit pays.
La part du gâteau
Cette plongée à l’intérieur de l’Etat moldave donne, au-delà de la mélancolie qu’elle peut susciter chez certains, le tournis. Maria Ivanova déclare : « Le communisme a cessé d’exister quand mes parents se sont mariés, ils auraient pu se retourner et découvrir l’inhumanité de ce régime, mais non, ils le regrettent et soutiennent Poutine qui, de la même façon, jette les homosexuels et les dissidents en prison, quand il ne les fait pas assassiner. » Dissidents honnis, naturellement, à l’image de Gorbatchev « qui a tout foutu par terre », s’écrie le père de Maria. Il poursuit : « Ça tournait à fond en ce temps-là, j’avais vingt ans, je m’en souviens. Toute la production partait dans le pays, et jusqu’à Vladivostok, pas de concurrence, pas besoin de chercher des débouchés, chaque famille recevait sa part du gâteau. » Poutine pourrait envahir la Moldavie, il y trouverait de nombreux alliés. Mais, comme le souligne Maria Ivanova à Marc, il est moins coûteux pour le maitre du Kremlin de faire assassiner Maia Sandu que de déclarer la guerre aux moldaves.
Le oui finit par l’emporter, de très peu. C’est un timide refus à la soumission russe. Il faut plus que jamais soutenir les peuples qui la refusent. Et surtout, il faut aimer la Moldavie aux immeubles désuets et aux petites places paisibles.
Lionel Duroy, Une journée dans la vie de Maria Ivanova, Flammarion, 176 pages.




