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Iran: c’est partie remise

Les manifestations massives contre le régime des mollahs ne l’ont pas renversé. Outre une répression sanglante, la République islamique repose sur un système clientéliste qui bénéficie à près d’un quart de la population. S’ils pouvaient changer de régime en conservant leurs privilèges, ces millions d’Iraniens rejoindraient la contestation.


Le mois dernier, l’espoir de voir tomber la République islamique d’Iran a traversé l’Occident comme un frisson collectif. Il est vrai que cet espoir se nourrissait d’une lecture volontariste des événements et du désir que l’histoire s’accélère enfin. On voulait tellement y croire. Cette fois, c’était la bonne. La contestation contre le régime des mollahs cochait presque toutes les cases. Pendant une dizaine de jours, la misère matérielle, la haine de l’autorité cléricale et la frustration politique ont poussé dans la rue un très grand nombre d’Iraniens, issus de régions et d’ethnies diverses.

Une brutalité inédite

Malheureusement, cette mobilisation, d’une ampleur sans précédent depuis la révolution de 1979, n’a pas suffi à faire chuter le pouvoir, qui a maté le mouvement en usant des moyens les plus barbares, faisant selon certaines estimations près de 15 000 morts, presque exclusivement des civils, parfois abattus arbitrairement en dehors de tout cortège et sans lien avec les rassemblements.

Ce n’est pas la première fois que la République islamique subit de fortes secousses internes. Depuis un quart de siècle, le régime a dû affronter, tour à tour, une vague de manifestations étudiantes en 1999, un mouvement, dit « vert », contre le trucage des élections en 2009, une série d’émeutes en 2017, 2018, 2019 et 2020 ainsi que le soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » en 2022. À chaque fois, la contestation a été massive, socialement transversale et géographiquement étendue. Mais à chaque fois le pouvoir s’est maintenu… Comment fait-il pour ne pas succomber à tant de défiance ouverte de la part d’une si large part de la population ?

Le chercheur Didier Idjadi[1] explique que la solidité de la République islamique ne repose pas seulement sur l’adhésion idéologique d’une minorité convaincue, mais aussi sur un maillage dense de privilèges, de rentes et de dépendances sociales tissé entre des millions de citoyens qui n’en pensent pas moins. Au milieu de ce système se trouve le bureau du Guide suprême. Bien plus puissant que les autres institutions formelles du pays, cette structure opaque et centralisée contrôle un réseau de fondations et de conseillers qui interviennent dans tous les domaines de la vie publique, qu’ils soient religieux, militaires, judiciaires ou économiques, et pèse dans toutes les grandes nominations ainsi que dans tous les arbitrages entre factions. En temps de crise, c’est lui qui tranche et autorise la répression. Son outil essentiel demeure le corps des gardiens de la révolution islamique, les fameux Pasdaran.

Ce corps compte officiellement un peu plus de 120 000 membres actifs, qui forment l’ossature de défense et de sécurité du régime, mais également le cœur de la vie des affaires puisqu’il détient diverses entreprises dans l’énergie, les télécommunications, les infrastructures, le commerce extérieur, l’agriculture et une partie du système bancaire parallèle. Cette emprise s’explique par les sanctions internationales imposées à l’Iran depuis 1979. Chargés d’en contourner les effets, de sécuriser les importations stratégiques et de protéger le programme nucléaire, les gardiens de la révolution islamique en ont profité pour capter progressivement les fonctions économiques vitales de l’État.

Si l’on prend en compte leurs familles, les Pasdaran représentent entre 500 000 et un million de personnes. À quoi il faut rajouter les « bassidjis », une milice de volontaires qui leur est rattachée et dont les effectifs se chiffrent également en centaines de milliers d’individus. Un autre groupe social favorable à la République islamique, non moins crucial selon Idjadi, est constitué des familles de martyrs et des vétérans de guerre (en particulier celle contre l’Irak entre 1980 et 1988), qui bénéficient de pensions, logements et postes de fonctionnaires distribués par le régime. En incluant les ayants droit, cette frange de la population liée aux mollahs par une dette à la fois mémorielle et matérielle représente entre un et deux millions de personnes.

Cercles concentriques

La République islamique peut aussi compter sur l’adhésion de tous ceux qui profitent de la générosité des Bonyads, ces organismes religieux et révolutionnaires qui emploient directement plusieurs centaines de milliers de personnes dans le pays et versent des aides à des millions d’Iraniens, souvent selon des critères de loyauté politique ou religieuse.

Enfin il existe une dernière composante de la population ayant un intérêt objectif, du moins le croit-elle, à ce que le régime reste debout. Il s’agit de la population rurale et semi-rurale, très dépendante des subventions publiques, des quotas d’eau et des projets d’infrastructures contrôlés par les gardiens de la révolution islamique. En agrégeant l’ensemble de ces cercles (Pasdaran, bassidjis, vétérans et veuves de guerres, allocataires des Bonyads et monde paysan), la base sociale du régime peut être estimée entre 15 et 25 millions de personnes. Un chiffre à rapporter à la population totale du pays, qui s’élève à 90 millions d’habitants.

En ce début d’année, la République islamique semble être l’ombre d’elle-même. Affaiblie par les sanctions internationales, ébranlée par les frappes israélo-américaines de cet été, déstabilisée par les manifestations, et nettement moins soutenue qu’auparavant par ses alliés chinois et russes, elle ne dispose plus des ressources nécessaires pour se poser durablement en puissance géopolitique, financer ses ambitions atomiques et assurer au peuple des conditions de vie acceptables. À mesure que les ressources se raréfient, la loyauté devient plus coûteuse et la répression plus brutale.

Pour autant, ces cercles concentriques de clientélisme ne sont pas inébranlables. Il suffirait que les millions d’Iraniens qui tirent avantage du statu quo finissent par se dire qu’ils n’ont rien à perdre au changement pour qu’un renversement soit possible. En somme, ceux qui conspirent à la fin de la République islamique maximiseraient leurs chances de succès s’ils parvenaient, paradoxalement, à rassurer les rentiers au système. Au début du xixe siècle en France, lorsque Napoléon s’est proclamé empereur, puis quand les Bourbons ont restauré la royauté, ils n’ont pas fait autrement avec la bourgeoisie révolutionnaire puis bonapartiste.

Iran, Islamisme, Laïcité : Histoire d'un affrontement

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[1] Dernier ouvrage paru :  Iran, islamisme, laïcité. Histoire d’un affrontement, Héliade, 2026.

Pourquoi ne pas boycotter la Coupe du monde de football 2026?

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Notre ministre déléguée aux Sports, Marina Ferrari, ne veut pas en entendre parler. Marc Perelman, qui déteste le foot moderne et le compare à un fléau mondial, ne comprend pas pourquoi les appels au boycott de la Coupe du monde ne prennent pas plus dans l’opinion.


Organisée par la FIFA du 11 juin au 19 juillet prochains dans trois pays – les États-Unis, le Canada et le Mexique – plutôt sous la coupe américaine (78 des 104 matches prévus), soit 11 villes hôtes, deux villes hôtes pour le Canada et trois villes hôtes pour le Mexique –, le prochain Mondial de football est l’enjeu d’appels au boycott nombreux et variés mais aussi de refus de boycott.

Un boycott très particulier est soutenu par un dirigeant de LFI, Éric Coquerel, qui propose que les matches ne soient joués qu’au Mexique et au Canada. C’est le boycott d’un pays, mieux encore, celui du président des États-Unis, Donald Trump. D’autres comme Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, appelle les supporters à ne pas se rendre aux États-Unis à cause du danger physique qu’ils courraient, sans doute par simple opportunisme et haine tenace d’Infantino son rival et successeur. Oke Göttlich, le Vice-président de la Fédération de football d’Allemagne, a demandé que l’on réfléchisse à ce que l’équipe d’Allemagne s’abstienne de toute participation à la Coupe. Il a été très vite désavoué par sa Fédération puis par le gouvernement alors que les Allemands, selon un sondage, étaient près de 50% à approuver le boycott. Claude Le Roy, le « sorcier blanc », l’entraîneur de nombreuses équipes africaines, réfléchit à un boycott mettant en cause le président américain pour sa politique d’abandon des aides à l’Afrique. Daniel Cohn-Bendit souhaite lui aussi, avant tout boycotter Trump, et faire jouer les équipes de football au Mexique, au Canada et en Europe. Il faudrait alors accueillir sur le sol européen les représentants de magnifiques démocraties comme le Qatar, l’Arabie Saoudite, l’Iran, peut-être l’Irak, l’Algérie, l’Égypte, le Maroc, la Tunisie… L’amour-fou du football rend aveugle.

L’agenda de M. Trump derrière la Coupe

Tous ces appels au boycott pointent avant tout Donald Trump et sa politique à visée annexionniste, policière et protectionniste. Apparemment séduisants, ces appels au boycott ne touchent toutefois pas la FIFA dirigée par Gianni Infantino, le majordome de Trump, qui ne comprend pas pourquoi on s’attaque au football. Ils ne remettent surtout pas en cause la compétition sportive qui est pourtant le cœur de l’affaire et l’adhésion, c’est-à-dire la soumission de millions d’individus à sa magie, une hallucination collective avec son cortège de chauvinisme, d’effervescence infantile, d’esthétique crépusculaire (agressivité, violence, « Le sport, c’est la guerre les fusils en moins », disait George Orwell). Si le mirage d’un football populaire a désormais disparu, le consentement à sa puissance néfaste, précisément pour les classes pauvres, est toujours aussi inébranlable. Faut-il aussi parler de l’argent-qui-coule-à-flots ? Tous les sponsors et partenaires habituels seront présents : Adidas, Aramco (Arabie Saoudite), Coca-Cola, Lenovo (Chine), McDonald’s, Qatar Airways… La décision de la Fédération de football allemande de refus du boycott s’est exprimée à merveille dans son communiqué : « Nous croyons au pouvoir fédérateur du sport et à l’impact mondial qu’une Coupe du monde peut avoir. Notre objectif est de renforcer cette force, et non de l’empêcher. » Place au spectacle ! Trump peut se réjouir. Ses menaces sur le Groenland et sur le Canada (déjà annexé sur une nouvelle carte présentée à la Maison blanche comme le 51e État des USA) – ce dernier est aussi associé aux États-Unis dans le cadre d’un accord commercial (l’Alena) avec le Mexique – n’ont pas toujours été prises au sérieux ; elles sont peut-être aujourd’hui moins moquées. Elles sont surtout refoulées. Avec cette Coupe du monde de football, l’axe géostratégique politique de Trump va s’accélérer : dominer les Amériques, du Nord (Groenland compris) au Sud, pour constituer un bloc homogène et ainsi mieux faire face aux deux autres blocs impérialistes la Russie et la Chine, l’Europe s’éclipsant doucement prise en étau et embourbée dans ses divisions. Ce faisant, la Coupe du monde de football participe de cette volonté obstinée de Trump, outre d’être reconnu comme le leader du monde libre, de faire avaliser sa politique intérieure et extérieure et de faire plier les différentes nations d’Amérique. Gare aux pays qui voudraient jouer aux dissidents (le Brésil). Le rapt de Maduro (un dictateur) au Venezuela est une première étape avant d’autres afin de mettre en place des régimes à sa botte.

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Après le président de la Fédération française de football, la ministre des Sports, Marina Ferrari, ne veut pas non plus entendre parler de boycott. Car, dit-elle, « le sport n’est pas une arme politique. Le sport, c’est un vecteur de rapprochement des peuples. C’est un vecteur de fraternité, c’est un vecteur de paix comme le dicte d’ailleurs la Charte olympique. » Elle avait également déclaré dans la veine macronienne : « Je tiens à ce qu’on dissocie le sport et la politique. La Coupe du monde de foot c’est un moment extrêmement important pour tous les amoureux du sport ». Un moment important, certes, surtout pour les politiques autoritaires et dictatoriales qui sévissent sur la planète. Elle oublie ceux qui ne sont pas « amoureux du sport » et devront subir avec les amoureux d’ailleurs les conséquences d’une participation à cette Coupe du monde. Ces régimes ont, eux, parfaitement compris que le sport est politique de part en part et mieux que cela, le sport, le football en l’occurrence, est une politique. Je passe rapidement sur Pascal Boniface, un abonné présent à tous les refus de boycott. Chez lui, l’amour-passion fou du football est tel que cela l’empêche de penser au-delà des cages, de la surface de réparation et de la pelouse.

Pusillanimité

Par riposte politico-idéologique et pour ne pas abandonner le sport à la FIFA et au CIO, grand vecteur d’influence, surtout dans la jeunesse, Poutine souhaite organiser une Coupe du monde des non-qualifiés ou des exclus : Venezuela, Serbie, Chine, Nigéria, Cameroun, Chili, Pérou, Grèce. Engluée dans sa guerre contre l’Ukraine, la Russie n’a cependant plus les moyens financiers d’une politique d’organisation des compétitions internationales. Poutine avait tenté de même avec des Jeux des Brics en 2024, un échec du, entre autres, à la pression du CIO de Thomas Bach. Depuis son exclusion, en 2018 pour dopage d’État, des sphères institutionnelles sportives (les JO ou les Coupes de monde de football), la Russie a tenté d’organiser à plusieurs reprises les Jeux de l’Amitié, les Jeux du Futur. À chaque fois, ce fut un échec non par manque d’amis, la dictature n’en manque pas, mais par l’incapacité structurelle d’organisation et la peur des athlètes de sanctions de la part du CIO, toujours menaçant.

Un journaliste américain très courageux, Jim Souhan, l’a écrit noir sur blanc dans The Minnesota Star Tribune. Il rappelle d’abord qu’aux JO de Pékin en 2008, « les sites sportifs et les rues étaient envahis par des hommes armés de fusils automatiques. Les riverains semblaient méfiants, voire effrayés » ; de même pendant les JO de Rio 2016, il a assisté à des scènes de grande violence contre des individus ; la Russie certes bannie des JO par le CIO pour cause d’« agression militaire. [Ce sont] les États-Unis [qui] imitent désormais la brutalité du régime russe, où les manifestations pacifiques sont réprimées… ». Ce journaliste nous dit : « Boycottez la Coupe du monde. Et si rien ne change, boycottez les Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles. »

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Tout cela me renvoie presque cinquante ans en arrière. Nous (Jean-Marie Brohm et François Gèze et d’autres) avions tenté d’organiser le boycott de la Coupe du monde de football 1978 en Argentine. Face à la terrible répression mise en œuvre par le dictateur Jorge Videla qui s’abattait alors sur les Argentins nous fûmes, en Europe et donc en France, très nombreux à nous mobiliser pour le boycott de l’organisation par la dictature argentine de la Coupe du monde de football. Le boycott signifiait, à l’époque, une chose extrêmement simple à comprendre. « Que l’équipe de France ne se rende pas en Argentine ». Telle était notre position de principe (voire l’Appel du COBA, le Monde, 19-20 février 1978). Il ne s’agissait surtout pas de boycotter les Argentins mais un événement sportif. Le gouvernement de Giscard d’Estaing devait prendre ses responsabilités, soit interdire aux joueurs français un déplacement en Argentine. Ce qu’il n’a pas fait, appuyé par la gauche de l’époque (G. Marchais et F. Mitterrand, ce dernier s’exprimera ainsi : « les dés sont jetés, il faut y aller »). Terrible consensus. J’ai aujourd’hui exactement la même position vis-à-vis de cette Coupe 2026. Il s’agit du boycott de l’organisation de la compétition par les États-Unis de Trump et de la FIFA, et non pas le boycott des Américains, des villes hôtes ou encore des stades qui l’accueille. Le boycott signifie le refus de la présence des équipes nationales, de leurs joueurs, à cette Coupe du monde. Elle est la seule position efficace, pragmatique, rationnelle. Le boycott concret, matériel, physique des équipes nationales est en effet la seule alternative crédible car, dès lors, la compétition sportive est altérée dans son organisation comme dans son intérêt. Le boycott met souvent en lumière la politique des organisateurs. Ici la FIFA et les États-Unis sont complices d’une démocratie littéralement mise en suspens pendant la compétition sportive et qui se transformera en recul de la démocratie par la suite. Et il est souvent la remise en cause profonde de l’événement sportif lui-même. Le boycott des équipes nationales peut en outre entraîner celui des écrans : les aficionados tellement déçus de ne pas voir leur équipe évoluer sur le gazon.

Face à Trump, Poutine et d’autres, l’Europe, ses dirigeants, font étalage de leur grande pusillanimité. Qui plus est, l’Europe est divisée sur nombre de questions stratégiques (armée, économie…). Les conséquences politiques seront douloureuses. À l’occasion de ce Mondial de football l’Europe, qui dispose de seize équipes nationales en lice, va-t-elle rater l’occasion de se dresser ? Ou l’Europe va-t-elle une nouvelle fois sans broncher d’un cil souffrir l’autoritarisme américain que la Coupe du monde de football va décupler et accélérer d’autant plus ?

2024 - les jeux olympiques n'ont pas eu lieu

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Le sport barbare: Critique d'un fléau mondial

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Mastectomie à 16 ans, millionnaire à 22!

Fox Varian, une Américaine de 22 ans qui avait subi une double mastectomie à 16 ans dans le cadre de sa transition de genre, a remporté un procès historique contre son psychothérapeute et son chirurgien après qu’un jury a jugé qu’ils n’avaient pas respecté les « normes de soins » avant d’approuver une opération irréversible sur une mineure, lui accordant 2 millions de dollars de dommages et intérêts. Jeremy Stubbs raconte l’affaire et ses répercussions.


La grande marée montante du wokisme est-elle enfin en train de descendre ? En ce qui concerne un de ses plus grands fers de lance idéologiques, le transgenrisme, il y a des signes encourageants qui vont dans ce sens. Le plus récent est le jugement que vient de rendre un tribunal dans le Westchester, un comté de l’Etat de New York. Fox Varian, une jeune femme aujourd’hui âgée de 22 ans, a porté plainte contre un psychothérapeute et un chirurgien qui, quand elle avait 16 ans et se plaignait de dysphorie de genre, ont approuvé et exécuté une double mastectomie sur la mineure qu’elle était. Ayant atteint l’âge adulte, elle a regretté sa transition et cette défiguration de son corps et a décidé de « re-transitionner » vers son identité biologique de femme. Le tribunal n’a pas statué sur le bienfondé ou non de ces interventions chirurgicales, mais a trouvé que les deux professionnels n’avaient pas traité leur jeune patiente en suivant une norme de soins acceptable. En conséquence, les juges ont accordé à la plaignante des dommages et intérêts de deux millions de dollars (1,7 million d’euros), dont 400 000 (340 000 euros) pour couvrir ses futurs frais médicaux.

Vers une jurisprudence ?

D’autres « re-transitionneurs » ont essayé dans le passé d’obtenir justice en traduisant en justice des médecins et psychologiques qui les auraient mal conseillés quand ils étaient mineurs, mais le cas de Fox Varian représente le premier grand succès dans ce domaine. Il est fort possible qu’il fasse jurisprudence, ce qui est une bonne nouvelle pour les 28 autres plaignants dont les procès intentés contre leurs thérapeutes sont actuellement en cours.

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La clé de ce jugement réside dans la notion de norme de soins. L’Association professionnelle mondiale pour la santé des personnes transgenres (WPATH en anglais) a publié des recommandations, mais cette organisation est entre les mains de militants du trangenrisme et de médecins acquis à cette cause. Leurs recommandations, fortement orientées, n’ont aucun statut officiel aux États-Unis. L’Académie américaine de pédiatrie a publié un énoncé de principe, mais il est fondé sur des erreurs dans l’appréciation de la recherche sur les effets à long terme des traitements hormonaux et des interventions chirurgicales sur la santé des mineurs. La pratique la plus largement conseillée, face à des adolescents qui se plaignent de dysphorie de genre, est ce qu’on appelle dans la terminologie technique « l’attente vigilante » (watchful waiting), c’est-à-dire la conduite d’un vrai diagnostic différentiel et le suivi attentif de l’évolution de chaque patient. Tout sauf la recommandation hâtive de traitements aux conséquences irréversibles (dans le cas de la chirurgie) ou inconnues (dans celui des inhibiteurs d’hormones). Le rapport Cass, publié outre-Manche en avril 2024 et qui a conduit à la fin de ce genre de traitement pour les mineurs, a pointé les dangers des diagnostics précipités qui se fixent sur le genre comme cause première de la souffrance du patient – ou de la patiente – en ignorant tout autre facteur. Justement, Fox Varian souffrait à l’âge de 16 ans d’anorexie, de dysmorphophobie (une obsession avec les défauts supposés de son corps) et d’autisme.

New York, Etat « sanctuaire »

Cette victoire à la fois de la justice, du bon sens médical et du serment d’Hippocrate est significative aussi parce qu’elle est le fruit du jugement d’un tribunal dans l’Etat de New York. Cet Etat, depuis longtemps un foyer du progressisme, est ce qu’on appelle un « Etat sanctuaire », c’est-à-dire qu’il accueille des patients désirant faire une transition de genre mais qui résident dans un des 27 Etats qui prohibent les soi-disant « soins d’affirmation de genre » pour les mineurs. Qu’un tel jugement soit rendu dans l’état de New York est le signe que les temps changent.

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Mais attention à ne pas crier victoire trop tôt ! Car la procureure générale du même Etat de New York, Letitia James, totalement acquise à l’idéologie transgenre, vient de renvoyer un de ses adjoints, Glenna Goldis, pourtant une lesbienne et une militante des droits gays et lesbiens. Le motif de ce renvoi ? Pendant son temps libre, Goldis aurait publié sur les réseaux sociaux des posts attirant l’attention sur les dangers des soins d’affirmation de genre pour les mineurs. En tant que spécialiste du droit des consommateurs, elle considère de tels soins comme une forme de fraude…

La folie wokiste, gravement blessée, reste dangereuse.

Thomas Wolfe ou la grande faim américaine

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Thomas Wolfe (1900-1938) est un auteur incontournable de la littérature américaine. Que notre littérature contemporaine, si calibrée, si formatée pour vendre ou centrée sur l’exposition de soi, nous semble fade et tiédasse, à côté de cette écriture brûlante et excessive…


On nous explique aujourd’hui qu’il faut raconter la bonne histoire. Une intrigue lisible. Un personnage attachant. Une souffrance identifiable. Une trajectoire claire. On appelle cela littérature, on appelle cela autofiction, on appelle cela sincérité. En réalité, on demande surtout aux écrivains d’être compréhensibles, digestes, calibrés. On leur demande d’être aimables. On leur demande d’être vendables. On leur demande de transformer l’expérience en produit culturel, la douleur en argument de quatrième de couverture, la vie en contenu partageable.

Thomas Wolfe est tout le contraire.

Il n’écrit pas pour rassurer. Il écrit parce que quelque chose brûle. Il écrit comme on traverse un continent à pied, sans carte, sans économie, avec cette urgence primitive qui vous pousse en avant même quand le corps voudrait s’arrêter. Wolfe ne cherche pas la belle forme, il cherche la vérité d’une sensation, d’un vertige, d’une faim.

« C’est la faim qui s’accroît de ce qu’elle dévore, la soif qui avale des fleuves et reste insatisfaite. C’est de voir un million d’hommes, un million de visages et de leur rester toujours étranger. »

Tout est là. Cette faim sans objet. Cette solitude au milieu des foules. Cette conscience douloureuse d’être vivant parmi des millions d’autres vies qui vous frôlent sans jamais vous atteindre.

Wolfe est né en 1900 à Asheville, Caroline du Nord, dans un Sud encore fruste, encore biblique, encore rural. Père tailleur de pierre, mère tenancière de pension. Il grandit dans le vacarme domestique, les chambres louées, les rues poussiéreuses. De cette enfance il tirera Altamont, la ville mythique de Look Homeward, Angel, et la famille Gant : Oliver le père tonitruant, moitié Jupiter, moitié prophète ivre ; Eliza la mère accumulatrice de maisons, comme si la pierre pouvait conjurer la mort ; les frères et sœurs enfermés dans cette géographie affective étroite ; et au centre Eugène, l’enfant devenu jeune homme, projection transparente de l’auteur.

On parlera d’autobiographie. Wolfe ne s’en défendra pas. Il rappellera même que Swift, avec Gulliver, écrivait déjà sa propre vie. Toute grande littérature engage une expérience vécue. Mais chez Wolfe, le vécu n’est pas un repli sur soi : il est matière cosmique. Il ne raconte pas son enfance, il reconstruit un monde.

Bad trip

Ses romans ne sont pas structurés comme des machines bien huilées. Ils avancent par vagues, par accumulations, par reprises incantatoires. Look Homeward, Angel ouvre le cycle, Le Temps et le fleuve l’élargit démesurément : Harvard, l’Europe, les premiers amours, la solitude moderne. Wolfe écrit trop, toujours trop. Des milliers de pages jaillissent. Et c’est là qu’intervient Maxwell Perkins.

Perkins n’est pas seulement l’éditeur de Wolfe. Il est son compagnon de lutte. Dans L’Histoire d’un roman, Wolfe raconte ce travail titanesque : Perkins reçoit des manuscrits monstrueux, sans forme définitive, des montagnes de prose. Il coupe, il déplace, il assemble, parfois des centaines de pages à la fois. Mais Wolfe insiste sur un point essentiel : Perkins ne cherche jamais à normaliser sa langue. Il respecte la respiration profonde du texte. Il taille dans la masse, oui, mais sans étouffer la voix. Wolfe parle de ce travail comme d’une chirurgie vitale, douloureuse mais nécessaire, où l’éditeur agit non comme censeur mais comme accoucheur. Sans Perkins, Wolfe n’aurait peut-être jamais publié. Sans Wolfe, Perkins n’aurait jamais touché à cette matière volcanique. Leur relation est unique : un dialogue entre démesure et forme, entre furie créatrice et exigence de lisibilité.

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Et pourtant, même disciplinée, l’écriture de Wolfe reste torrentielle.

Avant Kerouac, avant la Beat Generation, Wolfe invente déjà l’errance américaine. Mais ce n’est pas une errance joyeuse. C’est une inquiétude métaphysique. Dormir dans mille chambres étrangères. Traverser les mers. Penser jusqu’à ce que le cœur, le cerveau, la chair et l’esprit aient la nausée. Se réveiller chaque matin avec la même question : « Où vais-je aller maintenant ? Qu’est-ce que je vais faire ? » Ce n’est pas le road trip, c’est la conscience moderne en marche forcée.

Kerouac écrira plus tard la route comme une ivresse fraternelle. Wolfe, lui, écrit la route comme une fièvre solitaire. Faulkner bâtira son Yoknapatawpha comme un territoire tragique. Wolfe, lui, transforme Altamont en microcosme cosmique. Tous parlent de l’Amérique. Wolfe la traverse de part en part, du grenier familial aux quais d’Europe, de la pension sudiste aux bibliothèques nocturnes, avec « la faim démente de la jeunesse ».

L’Ange exilé, quasi autobiographique

Dans L’Ange exilé, cette tension devient presque insupportable. Wolfe rêve d’une solitude absolue : aller seul dans des villes inconnues, rencontrer des inconnus, disparaître avant qu’ils puissent vous connaître, errer « comme sa propre légende ». Mais la famille revient toujours, le père malade, la culpabilité anticipée, la servitude affective. « Mon Dieu ! Ne serai-je donc jamais libre ? » Et aussitôt il comprend que cette liberté est séparée de lui par toute la largeur d’un monde et qu’elle ne s’obtient qu’au prix d’un courage presque surhumain.

Wolfe ne romantise pas cette quête. Il en montre le coût.

La scène du père à l’hôpital, dans Le Temps et le fleuve, est l’un des sommets de son œuvre. Des vieillards assis sur une terrasse, ratatinés, transparents, tenant leurs cigares avec des doigts incertains, souriant faiblement à leurs proches. Wolfe décrit cette confiance enfantine, cet espoir fragile, mais aussi cette honte sourde, comme si on les avait « habilement castrés à l’hôpital ». Le jeune homme ressent une colère obscure devant cette trahison de la vie. Puis, au loin, il distingue la ligne de chemin de fer, la fumée, le sifflet du train. Il se détourne pour partir vers « tous les pays nouveaux, du matin, de l’étincelante cité ». Son père ne bouge pas. « Il savait qu’il ne le reverrait jamais. »

Tout Wolfe est dans ce plan-là : la mort immobile d’un côté, le mouvement de l’autre.

Et toujours revient cette formule obsessionnelle : « Une pierre, une feuille, une porte introuvable. » Nous sommes nus et solitaires, écrit-il, nous cherchons le grand langage oublié, un lieu de certitude et de paix. Cette porte n’existe pas. Ou plutôt elle existe comme horizon intérieur, comme tension permanente. Certains ont parlé de lyrisme cosmique, de dérive désincarnée. C’est l’inverse. Wolfe est un écrivain tellurique. Ses personnages ont les pieds dans la boue, les mains dans la poussière, la gorge pleine de cris. Son lyrisme naît du corps.

C’est là que Wolfe devient essentiel aujourd’hui.

Car face à l’autofiction contemporaine, Wolfe propose un contre-modèle radical. Là où l’époque exhibe le moi comme une marchandise émotionnelle, Wolfe dissout le moi dans le tumulte du monde. Là où tant de récits actuels s’organisent autour du traumatisme comme capital symbolique, Wolfe refuse toute rente de la douleur. Il ne transforme pas ses blessures en identité narrative. Il ne sollicite ni compassion ni validation. Là où l’autofiction tend à réduire le réel à un journal intime élargi, Wolfe ouvre le sujet à l’Histoire, à la géographie, aux foules anonymes, à la poussière des routes.

Aujourd’hui, on confond souvent sincérité et exposition, vérité et transparence, littérature et témoignage. Wolfe rappelle que la littérature n’est pas un espace thérapeutique mais un champ de forces. Là où l’époque médicalise l’expérience, Wolfe la rend épique. Là où l’on exige des récits réparateurs, Wolfe impose une écriture qui ne répare rien, qui expose, qui brûle, qui insiste. Son écriture ne dit pas regardez-moi, elle dit regardez autour de vous.

Relisons-le une dernière fois : « Qu’est-ce donc que nous savons si bien et ne pouvons exprimer ? […] Nous ne savons rien. Tout ce que nous savons, c’est que la terre défile devant nous dans l’obscurité, un champ, un bois, un champ. » Et plus loin : « Tout ce que nous savons de la terre immense et secrète, c’est que le contact de notre pied avec sa consistance informe toute notre vie. »

Wolfe écrit précisément à cet endroit-là, dans cet écart entre ce que nous sentons et ce que nous pouvons dire. Il échoue parfois, il déborde souvent, mais il tente tout. Et c’est ce risque qui manque cruellement à une littérature contemporaine trop soucieuse de maîtrise, trop occupée à gérer son image, trop prudente pour consentir à la perte.

Thomas Wolfe ne se lit pas. Il se traverse. Il est cette grande faim américaine, cette musique intérieure qui serre la gorge, ce train qui passe au loin pendant que les pères meurent et que les fils partent.

La littérature, chez lui, n’est pas un produit. C’est une combustion.


Sources des traductions citées

Thomas Wolfe, Le Temps et le fleuve. Légende de la faim d’un homme dans sa jeunesse, trad. R.-N. Raimbault, Manoël Faucher, Charles P. Vorce, Denis Griesmar, Bartillat, 2023.

Le Temps et le Fleuve

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Thomas Wolfe, L’Ange exilé, trad. Jean Michelet, L’Âge d’Homme, 1982.

L'Ange exilé: Une histoire de la vie ensevelie

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Thomas Wolfe, Look Homeward, Angel, trad. Pierre Singer, Bartillat, 2017.

Look Homeward, Angel - Une histoire de la vie ensevelie

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Thomas Wolfe, L’Histoire d’un roman, éd. Sillage, 2016.

L'Histoire d'un roman

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Le devoir conjugal: si absent, si présent mais peu actuel

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Longtemps pilier essentiel de la société, le mariage est désormais regardé comme un empêcheur de tourner en rond. En faisant disparaitre le « devoir conjugal » et pourquoi pas toute association entre mariage et sexualité, qu’est ce qui va différencier demain un vrai mariage d’un mariage blanc ?


Dans son combat sans relâche contre les moulins à vent qui cachent la forêt et mettent le feu aux poudres, l’Assemblée nationale vient de légiférer sur un point de droit qui n’existe que subjectivement et serait l’héritier d’une longue tradition patriarcale, gravée dans le marbre par le Code civil et surtout emprunté au droit de l’Eglise (donc obscurantiste, forcément obscurantiste aurait pu dire Marguerite Duras) : le devoir conjugal.

En effet, ce 28 janvier, à l’initiative de Marie-Charlotte Garin (Verts) et Paul Christophe (Horizons), les députés ont adopté en première lecture la proposition de loi visant à interdire le manquement à ce devoir pour invoquer un motif de divorce.

Le consentement sous surveillance

En réalité, cette notion de « devoir conjugal » n’existe dans aucun texte, même pas dans le code Napoléon et c’est la coutume qui lui affecte la seule acception d’obligation sexuelle envers son conjoint. La jurisprudence a invoqué – toutefois très sporadiquement – le manquement de l’un des époux à ses obligations pour légitimer un divorce. Le nouveau texte complète ainsi l’article 215 du Code civil qui dispose que « les époux s’obligent à une communauté de vie » en précisant que « cette communauté de vie ne crée aucune obligation pour les époux d’avoir des relations sexuelles » et précise à l’article 242 que « le divorce pour faute ne peut être fondé sur l’absence ou le refus de relations sexuelles ».

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Ce vote fait suite à une condamnation de la France par la Cour européenne des Droits de l’Homme en janvier 2025, qui a statué que le consentement au mariage n’entraînait pas un consentement aux relations sexuelles futures. Elle répondait ainsi au recours d’une plaignante reconnue fautive en première instance et en appel d’un jugement de divorce au motif qu’elle avait refusé de consommer le mariage. Les juges du fond, en effet, avaient statué que ce refus était un manquement aux obligations du ménage et rendait « intolérable la vie commune ». Forts de cette décision, les députés français ont entériné cette obligation et tous ceux qui pensent que légiférer dès que le bât blesse est un signe de progrès applaudissent à tout rompre : enfin ! On se débarrasse des chaînes de l’esclavage sexuel que représentent les liens matrimoniaux. Les députés à l’initiative de cette loi n’en font pas mystère, c’en est bien la finalité puisqu’ils mentionnent dans la proposition : « cette jurisprudence relative au devoir conjugal s’inscrit dans une conception historiquement inégalitaire du mariage, dans laquelle la sexualité féminine est subordonnée aux attentes masculines » oubliant que les femmes peuvent aussi bien l’invoquer que les hommes, ce qu’elles n’ont pas manqué de faire. On passera sur la vision de la femme véhiculée par les députés, celle de la potiche bourgeoise du XIXe siècle qui attend, tout à la fois innocente et résignée, bras en croix et yeux fermés, les assauts bestiaux de son mari. Merci pour nous, je pensais qu’on valait un peu mieux que ça. L’étreinte ici est celle (consentie ?) de la décision de la CEDH d’une part et des délires wokisto- féministes comme ceux portés par la militante Alice Coffin qui se félicitait, en 2018, de ne pas avoir d’époux car « en tant que femme, ne pas avoir un mari, ça m’expose plutôt à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée. ». Merci pour eux.

Pourtant la pénalisation du viol conjugal existe. Mais les législateurs ont constaté avec effroi que le pénal n’a pas rejailli sur le civil : mais était-ce nécessaire dès lors qu’il était acté qu’un rapport sexuel contraint est un viol, y compris dans le cadre du mariage ?

C’est faire de l’intimité du couple une « zone grise » sur laquelle le droit pourra étendre son empire, où pèse non plus la norme morale mais juridique, celle qui scrute le consentement à toutes les étapes de la vie du ménage, limitant la double puissance du contrat premier (le devoir de respect et le consentement au mariage libre et éclairé) et du contrat tacite qui se noue entre chaque couple, suivant leur entente et leurs disponibilités. Paradoxal d’ailleurs cette envie chez ceux qui ont la manie de nous faire bouffer du vivre ensemble toute la journée, de vouloir contrôler l’intimité de ceux qui ont consenti à le faire en contractant librement.

Sans doute peut-on y voir une envie plus sournoise de s’attaquer au mariage en lui-même.
Car oui, le mariage, comme tout contrat, impose pour les deux parties des droits et des devoirs, un engagement, un consensus.

En 2026, il n’a échappé à personne qu’on n’était nullement obligé de se marier pour s’aimer au grand jour, vivre en couple et même – tenez-vous bien – avoir des enfants ! Ces « unions de fait » constituent la majeure partie des ménages, le mariage est en recul et, ne nous y trompons pas, cette loi est un pas de plus vers son délitement. Longtemps pilier essentiel de la société, il est regardé à présent comme un empêcheur de tourner en rond, un caillou dans la chaussure du nouveau monde où prime l’individualisme, le petit « moi » et le déracinement. L’absence de tout lien social en dehors du contrat entre le citoyen et l’Etat permet un contrôle accru de cette société atomisée et sans repères.

LFI souhaitait même en rajouter un peu en ôtant l’obligation de fidélité, ce qui a été rejeté par la majorité des votants. Que voulez-vous, quand on a le cœur trop grand et pétri de valeurs humanistes, il faut le partager ! Que vaut donc un contrat s’il est nécessaire de lui ajouter des avenants chaque jour ? Juridiquement peu de choses, alors autant annuler l’institution elle-même, cet archaïsme qui porte l’empreinte de la barbarie patriarcale, pâle copie du mariage religieux.

Et pourtant. Le mariage, institution antique, n’a pas été conçu initialement par l’Eglise comme une prison mais plutôt comme une émancipation et une protection des plus faibles. Jusqu’au XIIe siècle, il n’est pas à proprement parler la norme. Les unions de fait existent et les institutions canoniques observent une tolérance à leur égard, loin du patriarcat antique et l’omniprésence de la figure du tout puissant père de famille romain, remis à l’honneur au XIXe siècle.

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Elles se bornent à considérer comme légitimement marié un couple dont on reconnait de lui l’existence, la formation d’une cellule familiale ainsi qu’une vie en commun, quand bien même celui-ci ne serait pas passé devant monsieur le prêtre. L’institution s’ancre au XIIe siècle en particulier pour rappeler les hommes à leurs devoirs et obligations. Tirer les oreilles de ces messieurs pour les contraindre à répondre de leurs actes et éviter aux femmes d’ assumer seules le fruit d’une relation – peut être furtive mais surtout féconde –  permet de  protéger la dulcinée et surtout les enfants, en leur ouvrant des droits, notamment en matière d’héritage.
Quant à voir dans le mariage religieux et la fidélité un appel à la pure procréation, c’est méconnaître le droit canonique qui peut dissoudre un mariage pour non-consommation mais pas pour stérilité ou infertilité d’un des époux.

Et les mariages blancs ?

La sexualité est donc au centre du lien matrimonial, comme un ciment du couple, associée à la notion de plaisir. Dans une religion dont le cœur est l’incarnation, la « théologie du corps » prend une place importante.  Jean-Paul II, dans l’encyclique Gaudium et spes 24 a souligné que l’amour est au centre de la vie humaine. Il doit pleinement s’exprimer charnellement au cœur du mariage : c’est aussi physiquement que les époux se trouvent, par « le don libre et désintéressé d’eux-mêmes ». Le corps ne se possède pas, ne se convoite pas : il s’abandonne dans la confiance car il forme avec le cœur et l’esprit un tout et « faire l’amour » prend dans cette perspective tout son sens.  On est loin de la vision bigote qu’on peut associer à la condition matrimoniale.

Alors oui, mariage et sexualité sont liés, non pas dans une idée de possession, mais dans une des caractéristiques qui distingue un couple de simples cohabitants qui pourraient, éventuellement, se dépanner de temps en temps.

Dès lors, si on le vide de cette substance, quid de l’adultère ? Il ne saurait, à terme, être conçu comme une faute au regard du civil puisque les questions sexuelles seront évacuées.
Le mariage blanc aura, de même, plus de mal à être dénoncé puisque l’absence d’intimité n’est pas liée à l’union du couple.

Le mariage ferait peser une pression sexuelle trop importante pour les femmes, contraintes de subir même « avec répugnance » (comme l’avait mentionné un juge pour rappeler au fameux devoir conjugal) un rapport. Or, paradoxalement, le mariage offre déjà un cadre où le « non » devrait être plus facilement entendu puisqu’il y a un accord de volonté manifesté à l’origine du couple. Ce « non » ne remet pas en jeu une union, il indique simplement que ce n’est ni le moment, ni le lieu.

Dans une union de fait, qui recule, repousse ou ne songe pas au mariage, peut-être est-on parfois plus enclin à se donner malgré soi quand, justement, rien n’a été consenti au départ et que tout peut se terminer sans lien, sans obligations et sans attache.

L’apparente évidence de cette proposition de loi risque de soulever bien plus de questions qu’elle n’en résout.

Rien n’oblige à se marier mais le mariage génère des obligations et c’est ainsi. Alexandre Dumas soulignait même que ces chaînes étaient si lourdes qu’il fallait justement être deux pour les porter et même « parfois trois ».

L’heure des pro-pal

Le 30 septembre 2000, France 2 diffuse un reportage présentant la mort du petit Mohamed al-Durah sous les balles de Tsahal à Gaza. Ce scoop mondial est une aubaine pour les ennemis d’Israël, qui l’exploitent ad nauseam depuis vingt-cinq ans pour leur propagande antisémite. Mais incohérent et tronqué, il a aussi suscité les doutes de nombreux observateurs. Si l’un d’eux, Philippe Karsenty, a été condamné pour diffamation, la chaîne publique n’a toujours pas prouvé la véracité de ses images.


Un journaliste de gauche ne peut pas se tromper. Et encore moins mentir. Surtout quand il raconte comment les soldats de l’État juif tuent des enfants palestiniens. Le 30 septembre 2000, alors que l’intifada Al-Aqsa enflamme la bande de Gaza, France 2 diffuse un reportage de son correspondant en Israël, Charles Enderlin, semblant montrer la mort d’un enfant dans les bras de son père. Les images, tournées par le caméraman palestinien Talal Abu Rahma, ont été montées par Enderlin à Jérusalem. Assorties d’un commentaire explicite : l’enfant et son père ont été « la cible de tirs venus de la position israélienne ». En clair, ce n’est pas une bavure, mais un assassinat. Ce que Talal Abu Rahma confirmera en déclarant sous serment que « l’armée israélienne a tué l’enfant et blessé le père intentionnellement et de sang-froid ». C’est connu, les juifs se repaissent du sang des enfants – chrétiens hier, palestiniens aujourd’hui.

Ce 30 septembre, le caméraman propose aussi ses images à CNN qui décline – par prudence ? Enderlin, lui, ne doute pas. Pourquoi le ferait-il dès lors que la mort de l’enfant accrédite le récit canonique des médias progressistes : des soldats surarmés massacrant des civils sans défense. Si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé. Pierre-André Taguieff, qui revisite la polémique dans notre dossier, observe que ce récit simpliste est « conforme aux attentes idéologiques du public et de certains politiques ».

C’est un scoop planétaire. Le « petit Mohamed » est le visage de l’innocence détruite par la barbarie israélo-juive. Le 12 octobre, deux soldats israéliens égarés à Ramallah sont lynchés aux cris de « Vengeance pour Al-Durah ! ». Dans le monde arabe, les mains ensanglantées que leur assassin a présentées à la foule en liesse sont un symbole de gloire. On donne le nom de l’enfant à des rues, des places, des écoles, on imprime son visage sur des timbres. Daniel Pearl est décapité devant son effigie.

Très vite, des doutes apparaissent quant à la véracité du reportage. Des enquêtes révélant plusieurs incohérences paraissent en Israël, en Allemagne, aux États-Unis. En France, l’homme d’affaires et publiciste Philippe Karsenty se lance, avec quelques autres, dont notre regretté ami Luc Rosenzweig, dans un long combat contre ce qu’il qualifie de « supercherie médiatique », sur lequel il revient pour nous. On le traite de fou, de complotiste, d’agent. Karsenty est entêté, habité, exalté. Et en prime, trumpiste ! Ça ne fait pas de lui un affabulateur. Mais une fois le messager discrédité, on se fait un honneur de ne pas écouter le message. Les défenseurs du grand-journaliste-Enderlin refusent tout net d’examiner le dossier où Karsenty recense, expertises et témoignages à l’appui, nombre de bizarreries qui devraient conduire tout observateur honnête à s’interroger.

De ces apparentes arguties sur les taches de sang ou les trajectoires balistiques, émerge cependant une vérité admise par tous les acteurs. Le reportage sur la mort d’un enfant ne contient pas les images de la mort de l’enfant. Abandonnant sa première ligne de défense – des salauds veulent attenter à mon honneur, à moi la garde médiatique ! –, Enderlin explique dans Télérama qu’il a coupé l’agonie car c’était « insoutenable ». Quelle délicatesse. À ce stade, il suffirait de produire les secondes manquantes, celles où on voit l’enfant mourir, pour clouer le bec des fauteurs de lèse-journalisme. France 2 préfère poursuivre Karsenty en diffamation, avec ce brillant résultat que 30 secondes diffusées sur France 2 sont, neuf ans durant, scrutées, disséquées, contestées sur la place publique, nourrissant malgré tout le doute raisonnable. Tout au long de ce manège judiciaire analysé par Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal dans notre dossier, les 27 minutes de rushes sont l’Arlésienne, dont on parle tout le temps mais qu’on ne voit jamais.

Ensuite, on entre dans le domaine des hypothèses : la mienne est que Charles Enderlin s’est fait balader par son caméraman et ses images made in Pallywood, et qu’ensuite plutôt que de reconnaître une erreur, il a joué les vierges outragées. C’est certainement à l’insu de son plein gré qu’il a donné un écho mondial à des images trompeuses, alimentant le feu antijuif. C’est volontairement qu’il a ensuite préféré sa réputation à la vérité.

Pourquoi ressortir cette histoire vieille de vingt-cinq ans ? Qu’est-ce que ça change alors que, depuis, l’armée israélienne a tué des centaines d’enfants dans sa guerre contre le Hamas ? La raison est que le cas Al-Durah est doublement paradigmatique.

Tout d’abord, il accommode à la sauce de l’information planétaire une constante immémoriale de l’antisémitisme : l’accusation de crime rituel, dont Michaël Prazan rappelle dans notre magazine qu’elle apparaît dans l’Antiquité avant d’être à toutes les époques et sous tous les cieux le prétexte d’effroyables pogromes. Dans la « démonologie antijuive » également explorée par Taguieff, le soldat israélien est le continuateur du monstre buveur de sang. Et contre les monstres, tout est permis, y compris le 7-Octobre. Ajoutons qu’en 2000, le grand basculement qui voit les juifs passer du statut de victimes à celui de bourreaux atteint son acmé à Durban[1]. On ne déteste plus les juifs par racisme, mais comme racistes, résume alors en substance Alain Finkielkraut. Catherine Nay confirme en déclarant que l’image de Mohamed « efface, annule » celle de l’enfant juif du ghetto de Varsovie tenu en joue par des SS. Au moins c’est clair.

Devenue l’affaire Enderlin, l’affaire Al-Durah est aussi un cas d’école du fonctionnement du parti des Médias qui se dresse comme un seul homme contre quiconque menace l’intérêt supérieur du Parti. Les antidreyfusards et les communistes ne pensaient pas différemment. Le gratin de la profession fait assaut de bonne conscience en bande organisée et corps autour d’Enderlin, victime d’une infâme campagne de dénigrement. Vingt-cinq ans après, ils n’en démordent pas. Toujours incapable d’envisager qu’Enderlin ait pu se tromper, Claude Askolovitch refuse cependant de relancer les hostilités, préférant évoquer un enfant concret dans nos pages. Un enfant qui n’est peut-être pas mort le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim.

Devant la représentation nationale, les responsables de la télévision publique proclament leur attachement à la neutralité et promettent une parfaite transparence sur leurs pratiques. Chiche ! Qu’ils demandent à une commission indépendante de se prononcer sur l’authenticité du reportage Al-Durah. Quand un mensonge répété des milliers de fois est devenu une vérité, il est sans doute trop tard pour convaincre le plus grand nombre. Pas pour savoir.


[1] Réunion de l’ONU contre le racisme qui a tourné au festival antisémite.

Voici pourquoi la France n’est pas foutue!

Notre chroniqueur publie ce jour son nouvel essai. Extrait.


Ce mercredi sort mon essai : La Révolution des oubliés chez Fayard. Je publie, ci-dessous, des extraits de l’introduction. Ces derniers jours, Jean-Luc Mélenchon a, de lui-même, clarifié les enjeux existentiels abordés dans le livre, en promouvant « le grand remplacement » de la France française par une France africaine. Lundi, dans le Figaro, le philosophe américain Peter Boghossian a déclaré : « Beaucoup d’Américains pensent que la France aura disparu d’ici la fin du siècle ».

Si les Français oubliés ne veulent pas se dissoudre dans le mondialisme, il est urgent pour eux de se révolter et de reprendre les choses en main.

Le quatrième pouvoir très disputé

Oui ! La France peut se redresser. Rien n’est foutu. Le déclin étourdissant du pays, éreinté par les effets d’une mondialisation impensée qui a ajouté la déculturation à la désindustrialisation, n’est pas une fatalité. L’empoisonnement idéologique de la nation, à la source de sa suicidaire dépression, a ses remèdes, immédiatement disponibles. Il existe en effet des sources revigorantes. Elles sont au cœur du peuple silencieux, méprisé par des dirigeants frivoles. Il suffit de creuser les puits pour atteindre cette eau régénérative. La vitalité de la société civile déborde sur les réseaux sociaux, pour le meilleur comme pour le pire. Le numérique, accessible à 94% des foyers, est devenu l’indispensable contre-pouvoir. La liberté d’expression défie, sur Internet, l’Etat censeur. Les colères qui s’y expriment dévoilent la déconnexion des mondes politique, syndical, intellectuel, judiciaire, médiatique. Des mines d’or d’intelligences collectives sont également inexploitées. Elles ne demandent qu’à être mises en valeur dans leurs expressions civiques, qui dépassent les clivages partisans. La survie de la nation est là, à portée de main.  

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Il n’y a pas d’autre choix, face aux déraisons d’Etat et au somnambulisme des puissants, que d’appeler au secours les Français lucides. Selon la dernière enquête (Ipsos) sur les « Fractures françaises »[1], les citoyens ne seraient plus que 10% à faire confiance aux partis, et 20% aux députés. (…) Aux trois pouvoirs définis depuis Montesquieu – exécutif, législatif, judiciaire – le quatrième pouvoir doit revenir au peuple oublié, en lieu et place des médias à qui ce rôle avait été attribué. Ces derniers se sont abîmés dans l’entre-soi, à l’instar des trois autres piliers de ce que fut la pensée libérale. La fragilité du système, vidé de son socle démocratique et de ses garde-fous, incite aux coups de force des uns, aux abus de droit des autres. Or nombreux sont les indignés qui sont prêts à se mobiliser pour défendre leur pays, malmené par des idées folles (…).

Anywhere contre somewhere, les deux clans

Une révolution des esprits, non violente mais radicale, est à mener à son terme. Elle est portée, aux Etats-Unis comme en Europe, par l’insurrection des peuples enracinés contre des élites déracinées. Ces dernières ont perdu la partie. Les désastres qui s’accumulent le démontrent assez. 

Une conviction motive cet essai : s’il reste encore possible d’interrompre la catastrophe, la réponse ne peut venir de ceux qui ont accompagné la débandade. (…) La rupture avec ceux qui marchent sur la tête est le préalable. Ces « élites » sont la vraie menace (…). 

 « Un vrai chef » est réclamé par les Français. Mais le profil churchillien n’existe plus. Le sauveur sera celui qui en appellera au peuple providentiel. L’homme d’Etat doit laisser place à l’homme du tiers-état. L’expert doit écouter le profane. Le modeste doit être préféré au hâbleur. Ceux qui redoutent de renverser la table sont condamnés à l’apathie devant la métamorphose du pays et sa pente totalitaire. La Révolution de 1789 a été menée par une minorité ; les Jacobins n’étaient pas 6000. « Donnez-moi 1000 hommes », avait dit Lénine parlant de la révolution russe. Cette fois, la révolution du réel, antidogmatique par essence, peut faire masse en prenant le parti de la France millénaire. Encore démographiquement majoritaire, son peuple est appelé à ouvrir la marche, dans une cohabitation à inventer avec le pouvoir. Les Français sont l’ultime recours.

125 pages, 10 euros

La révolution des oubliés

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[1] Le Monde, 20 octobre 2025

Dati / Knafo: bonnet blanc et escarpins noirs

Du camion-poubelle au caniveau: alors que sa rivale de droite fait parler d’elle et pourrait se qualifier au second tour à Paris selon un sondage, Rachida Dati a expliqué pourquoi toute alliance ou discussion était impossible avec Sarah Knafo.


Rachida Dati, on s’en souvient, débuta sa campagne pour les municipales de Paris sur les chapeaux de roue… On la vit crânement juchée à l’arrière d’un camion poubelle, en tenue de travail, c’est à dire vêtue d’un sweat à capuche et chaussée de sneakers antidérapantes. À tu et à toi avec ses collègues d’un jour, elle ripait sec et haranguait les passants matinaux avec l’assurance qu’on lui connaît, promettant, dès son avènement, une capitale rappropriée. Ce coup d’éclat passé, la dame renfila ses escarpins, se glissa dans ses tailleurs griffés et réintégra la rue de Valois. Elle prit alors une judicieuse décision, celle de ne pas se commettre dans des débats oiseux avec ses adversaires, ce, jusqu’au premier tour des municipales, le 15 mars. Des fois qu’il lui faudrait causer programme, mieux ne valait prendre aucun risque.

Sous la ceinture

C’est alors que Sarah Knafo, elle aussi désireuse de présider aux destinées de Paris, entra en scène. La jeune louve, souriante, pimpante, affutée et brillante, multiplia les propositions pour la capitale là où, force est de le reconnaître, les autres candidats ne pipaient mot.

La candidate, Reconquête, en effet, n’envisage pas moins de 10 milliards d’euros d’économies sur dix ans, en divisant par deux les effectifs (55000 fonctionnaires) sans toucher pour autant à ceux qui travaillent à la sécurité et à la petite enfance, mais en taillant dans les 3800 emplois de la culture (Une pierre dans le jardin de Dati). Elle prévoit aussi de privatiser la totalité des emplois consacrés à l’enlèvement des ordures ménagères, de diviser par deux la taxe foncière qu’elle compte financer par la vente d’une partie du parc social. Et, last but not least, elle propose de rouvrir les voies sur berges !

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Il n’en fallut pas plus à la fraîche trublionne pour les briser menu à la vieille briscarde de la politique. Dati contrattaqua et, il faut bien le dire, sans élégance. Sur le plateau de BFMTV, la semaine dernière, on entendit donc la candidate des Républicains exclure pour le second tour second tour l’éventualité d’une alliance avec Thierry Mariani (Rassemblement national) et surtout avec Sarah Knafo. D’un ton condescendant et prenant la position victimaire à la mode, la rouée Rachida Dati déclara aux participants du « Forum BFMTV » : « Je ne suis pas dans les accords d’appareil, rappelez-moi comment je m’appelle et quel est mon parcours ? » N’hésitant pas à frapper sous la ceinture en invoquant ses origines « racisées », elle attribua ensuite à Sarah Knafo des propos tenus par Éric Zemmour en 2016. Celui-ci avait en effet trouvé scandaleux que Dati prénommât sa fille Zohra.

Prises de bec

Pour la ministre de la Culture – et ça l’arrange- Éric Zemmour et Sarah Knafo, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Et vas-y que je te ressers l’antienne éculée de l’extrême droite et du grand remplacement ! Sarah Knafo serait, bien sûr, « Quelqu’un de raciste, qui dit qu’on grand remplace, qui dit que ma fille n’est pas légitime et que je ne suis pas légitime », tout comme Zemmour. « Vous n’allez pas gagner avec quelqu’un qui ne veut pas de vous, poursuit Dati dont il est notoire qu’elle a été écartée des plus hautes fonctions ».

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Dati n’a pas oublié non plus non la prise de bec entre Zemmour et Hapsatou Sy, ex-chroniqueuse du groupe Canal+ à laquelle il avait déclaré qu’il eût été préférable, pour être une bonne Française, qu’elle se prénommât Corinne. Cela avait valu au bougre une condamnation pour injure raciste. Alors, sur un malentendu, pour discréditer Sarah Knafo, ça peut encore marcher estime certainement la ministre de la Culture.

Rachida Dati nous le prouve, il faut faire feu de tout bois pour disqualifier son adversaire. Quant à Sarah Knafo, elle est incontestablement la femme par qui la peste arriva, pour reprendre le titre du brûlot, fraîchement paru, chez Flammarion, consacré à Renaud Camus et écrit par Gaspard Dhellemmes et Olivier Fayes.

Autant, se le dire, on n’est pas sorti des ronces et l’alliance des droites n’est pas pour demain. En revanche, à gauche, qu’on se rassure, une fois de plus, elle se prépare.

Entre droit d’asile et crimes économiques: l’énigme Abliazov

Entre condamnations occidentales pour détournements massifs et protection politique en Europe, le cas de l’oligarque kazakh Moukhtar Abliazov révèle les failles de la coopération judiciaire internationale. Retour sur une affaire qui interroge les limites du droit d’asile face aux crimes économiques transnationaux.


Avec l’effondrement de l’Union soviétique, ce n’est pas seulement un empire politique qui a disparu. Ce séisme géopolitique a ouvert, dans l’espace postsoviétique, une phase de recomposition brutale, où la privatisation a précédé l’institutionnalisation, et où la concentration de la richesse s’est opérée avant la stabilisation du droit et de la justice. De cette transition accélérée sont nées des figures hybrides, à la fois hommes d’affaires et acteurs politiques, entrepreneurs et produits d’un capitalisme sans garde-fous. On les a nommées « oligarques ». Le Kazakhstan n’a pas échappé à ce processus. C’est dans ce moment de désagrégation normative et de réinvention forcée que s’inscrivent l’ascension puis la chute de Moukhtar Abliazov, devenu au fil des années l’un des symboles les plus ambigus de l’après-URSS. L’affaire Abliazov est ainsi devenue un cas d’école des tensions contemporaines de la justice internationale. À la fois oligarque postsoviétique, fraudeur financier présumé et, plus récemment, opposant politique réfugié en Occident, Abliazov concentre en un seul homme trois figures que l’on préfère d’ordinaire dissocier, et la difficulté du dossier tient précisément à cette superposition. Pour le lecteur français, l’affaire prend une dimension particulière car la bataille, longtemps structurée autour de Londres puis de certaines juridictions américaines, s’est progressivement déplacée vers la France, où Abliazov se retrouve à partir de 2013 après sa fuite du Royaume-Uni, faisant des autorités judiciaires françaises un acteur central du contentieux.

A la tête de la BTA Bank

Le dossier Abliazov en France s’est d’abord joué sur le terrain de l’extradition, refermé en 2016 lorsque le Conseil d’État a annulé le décret d’extradition après validation par la Cour de cassation en 2015. Depuis, l’enjeu s’est déplacé vers le volet pénal, dominé par des batailles de procédure autour de la prescription et de la régularité des poursuites : abandon des poursuites en 2022, relance en 2023 après cassation, puis nouvelle annulation signalée en 2025.

L’«affaire» française apparaît ainsi moins comme un jugement sur le fond que comme une succession d’arbitrages sur la possibilité même de juger, sur fond de soupçon de motivation politique, révélant les fragilités de la coopération judiciaire internationale. Cette mise en scène judiciaire ne prend toutefois son sens qu’à la lumière du fait générateur, c’est-à-dire l’ascension d’Abliazov au sein du capitalisme kazakh naissant, et le rôle central qu’y joue la première banque du pays, BTA Bank. BTA Bank : l’architecture d’un empire financier. Ancien ministre de l’Énergie du Kazakhstan à la fin des années 1990, Abliazov s’impose ensuite comme le principal actionnaire et dirigeant de BTA Bank, alors première banque du pays. Pour comprendre le contexte de ces années, il est nécessaire de s’arrêter sur cet établissement. Fondée au tournant des années 1990, BTA Bank est l’héritière directe du système bancaire soviétique kazakh, dont elle conserve la trace dans son nom même, Bank Turan Alem. Le terme Turan renvoie à l’espace civilisationnel des peuples turciques d’Asie centrale et à un imaginaire d’unité historique réactivé après des décennies de domination impériale russe puis soviétique. Le mot Alem signifie le monde ou l’univers et suggère une ambition internationale. L’association des deux exprime le projet postsoviétique de construire un pôle financier national capable à la fois d’irriguer l’économie réelle et d’inscrire le Kazakhstan indépendant dans les circuits mondiaux du capital.

Devenue au début des années 2000 la première banque du pays, BTA occupe une position systémique centrale, finançant aussi bien les grandes entreprises publiques que l’immobilier, les infrastructures et les investissements extérieurs. Cette centralité explique à la fois l’ampleur de son effondrement en 2009 dont la cause principale est la fraude, et la gravité particulière des faits reprochés à sa direction responsable pour cette débâcle. Pilier central de l’architecture financière nationale, la banque est nationalisée en urgence par l’État kazakh.

Ce qui explique à la fois la détermination des autorités kazakhes à poursuivre les responsables et l’intérêt soutenu des juridictions occidentales dès lors que ces flux ont irrigué leurs propres systèmes bancaires.

Sur le plan strictement financier, il fait aujourd’hui consensus, dans les juridictions occidentales indépendantes des autorités kazakhes, que des détournements massifs ont bien eu lieu au sein de BTA Bank. Les procédures civiles menées au Royaume-Uni établissent l’existence d’un système de faux prêts accordés à des sociétés écrans contrôlées indirectement par Abliazov et son entourage. Ces montages visaient à faire sortir plusieurs milliards de dollars de la banque tout en masquant l’identité des bénéficiaires réels. La Haute Cour de Londres ne se contente pas d’acter ces faits, elle condamne également Abliazov pour outrage à magistrat en raison de la dissimulation volontaire de ses actifs en violation d’ordonnances judiciaires. Sa fuite avant l’exécution de la peine achève de fixer un premier constat lourd de conséquences. En Angleterre, au moins quatre décisions judiciaires majeures ont été rendues à l’encontre d’Abliazov, incluant notamment une condamnation au versement de 4,6 milliards de dollars à la BTA, une ordonnance de gel mondial de ses avoirs et une peine d’emprisonnement de 22 mois pour outrage au tribunal.

Le dossier américain : de la fraude au blanchiment

Aux États-Unis, le dossier franchit un seuil supplémentaire. Des enquêtes fédérales démontrent que des fonds issus de BTA ont été blanchis via des structures offshore, puis investis dans des actifs immobiliers et financiers. Les juridictions américaines reconnaissent l’existence d’un schéma frauduleux international, sans se fonder sur les décisions kazakhes, mais sur leurs propres investigations bancaires. En mars 2022, la Cour suprême de New York a accordé 7 milliards de dollars à la BTA dans le cadre d’un procès contre Abliazov. En juillet 2023, le tribunal fédéral américain du district sud de New York a conclu qu’il avait volé de l’argent à la BTA et l’avait blanchi aux États-Unis, rendant un jugement en faveur de la banque contre Triadou SPV SA pour plus de 193 millions de dollars. Enregistrée au Luxembourg, Triadou est une société de type special purpose vehicle, un véhicule ad hoc constitué notamment pour rendre plus opaque l’identité ou la chaîne de contrôle économique, à travers lequel des fonds d’origine frauduleuse issus de la BTA auraient transité avant d’être réinjectés dans des actifs américains, notamment immobiliers. Son rôle, tel qu’établi par les procédures, est celui d’un maillon dans la chaîne de blanchiment, permettant de dissocier l’origine des fonds de leur destination finale. À ce stade, précisons-le, la matérialité des flux frauduleux ne fait plus l’objet de contestations sérieuses.

Mais précisément parce que le volet financier apparaît solidement établi dans des enceintes juridictionnelles occidentales, une seconde énigme se détache du dossier et le rend politiquement explosif. Car si les faits sont reconnus, pourquoi la coopération policière internationale a-t-elle, à plusieurs reprises, buté sur le même obstacle ?

C’est ici qu’entre en scène Vitalie Pirlog, une figure rarement mise en avant dans l’espace public et pourtant centrale pour comprendre l’architecture du dossier. Ancien ministre de la Justice de Moldavie, Pirlog occupera ensuite l’une des fonctions les plus sensibles de la coopération policière internationale, en assurant la présidence de la Commission de contrôle des fichiers d’Interpol (CCF) entre 2017 et 2022, organe chargé d’examiner et d’éventuellement annuler ou bloquer les notices. Et c’est sous sa présidence que l’annulation ou le blocage des notices rouges déposées par le Kazakhstan concernant Abliazov auraient eu lieu à plusieurs reprises. Ce qui pose problème ici n’est pas le fait qu’Interpol rejette une demande, mais la répétition des décisions et la tendance quasi systématique à trancher en faveur d’Abliazov. En avril 2017, quasi immédiatement après la prise de fonction de Pirlog à la tête de la CCF, Interpol annule une première fois la notice rouge visant Abliazov. À l’époque, la Commission justifie son refus par l’existence d’une demande de statut de réfugié en France. Or cette justification, en apparence solide, apparaît beaucoup moins convaincante lorsqu’on examine la chronologie de la procédure administrative française. Le 31 mai 2018, l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) rejette la demande d’asile d’Abliazov. En juillet 2020, la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), juridiction spécialisée qui juge les recours contre les décisions de l’OFPRA, lui accorde un statut de protection, avant de revenir sur sa décision le 8 décembre 2022. Abliazov perd ensuite tous les recours contre cette décision jusqu’au Conseil d’État. Autrement dit, l’argument d’une protection internationale ne renvoie pas à une reconnaissance stable et continue, mais à une séquence dissonante, ponctuée de revirements, ce qui rend d’autant plus sensible son usage répété comme motif d’incompatibilité.

Un système de blocage répété

Dans le même temps, les autorités kazakhes ont relancé Interpol. Avant la fin du mandat de Pirlog, le bureau du procureur général du Kazakhstan a envoyé deux autres demandes de publication d’une notice rouge. La Commission a refusé à plusieurs reprises de la publier, et plusieurs demandes auraient même été rejetées sur des bases qui interrogent sur le sérieux de leur examen, notamment le faible poids qu’aurait accordé cet organisme aux décisions judiciaires étrangères rendues au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Peut-on affirmer que Pirlog a agi consciemment ? Aucun élément publié ne permet de soutenir qu’il aurait violé explicitement les règles d’Interpol dans le cas Abliazov. Mais le dossier prend une tonalité nouvelle depuis son arrestation ultérieure, en juin 2025, aux Émirats arabes unis, pour corruption, pots-de-vin et abus de pouvoir dans une autre affaire. Cette arrestation fragilise la présomption de neutralité attachée à son action passée. Elle autorise désormais à formuler l’hypothèse, lourde mais raisonnable, d’un usage possiblement complaisant des mécanismes de la CCF afin de neutraliser certaines procédures. L’accumulation des décisions, et désormais aussi le profil de leur principal garant institutionnel, transforment le doute en soupçon de dysfonctionnement sous sa présidence.

À cette zone grise s’ajoute un dernier élément. Dans le même temps, les condamnations prononcées par contumace et certaines accusations portées par le Kazakhstan, la Russie ou l’Ukraine sont traitées avec prudence par plusieurs États européens. C’est sur cette base, et non sur une appréciation du fond, que des pays comme la France ont refusé l’extradition d’Abliazov, estimant qu’il existait un risque de procès inéquitable. Autrement dit, une partie des institutions européennes n’a pas considéré Abliazov comme innocent, mais comme juridiquement inextradable dans un cadre où l’État demandeur ne donnait pas les garanties requises. L’accusation la plus fragile demeure celle du meurtre de Yerzhan Tatishev, ancien associé d’Abliazov. La thèse selon laquelle celui-ci aurait commandité l’assassinat repose sur une confession tardive obtenue par la justice kazakhe. Contrairement aux dossiers financiers, pour le moment, aucun tribunal occidental indépendant n’a validé cette version des faits.

Selon maître Stéphane Bonifassi, l’avocat de la Banque BTA, la Cour de cassation doit trancher probablement en avril un point décisif dans l’affaire, la question purement juridique de la validité des poursuites pénales engagées en France. Il s’agit de dire si l’annulation prononcée jusque-là, notamment au regard de la régularité de la procédure, doit être confirmée, ce qui mettrait fin à la saga, ou au contraire cassée, ce qui relancerait la machine judiciaire. L’enjeu derrière cette décision technique, explique Maître Bonifassi, est de savoir si le contentieux français restera cantonné au registre exil-protections accordées à un opposant, ou s’il s’attaquera au fond, c’est-à-dire cette grande affaire de fraude financière transnationale.

Les paradoxes de l’État de droit face aux crimes économiques transnationaux

L’affaire Abliazov révèle ainsi une vérité dérangeante. Le droit d’asile, conçu comme une protection contre la persécution politique, peut aussi devenir un instrument de neutralisation juridique lorsqu’il est contourné, instrumentalisé ou dévoyé. Une protection accordée au nom de l’asile ne vaut ni absolution morale, ni effacement des faits établis par des juridictions indépendantes. Elle peut cependant, dans certains cas, produire un effet plus puissant encore qu’un acquittement : en bloquant l’extradition, elle grippe la coopération policière et judiciaire, et offre de facto au suspect une forme de protection. En permettant une bataille juridique longue, avec ses recours et ses protections provisoires, elle ouvre un espace stratégique que des acteurs dotés de ressources importantes peuvent exploiter, profitant des lenteurs et des scrupules des États de droit. Plus les démocraties perfectionnent leurs garanties, plus elles s’exposent à leur instrumentalisation. Le cas Abliazov interroge ainsi les limites du système international qui a du mal à concilier la protection légitime des opposants politiques avec la nécessité de poursuivre les crimes économiques transnationaux et éviter que les mécanismes de l’État de droit ne deviennent des boucliers pour des acteurs disposant de moyens considérables.

Un patron à l’Élysée? Mauvaise question

Faut-il un PDG pour sauver la République ? Elisabeth Lévy donne son avis dans sa chronique radio. Selon elle, la France n’est pas une entreprise. Nous vous proposons de l’écouter


Challenges, mai 2025.

Faut-il envoyer un patron à l’Elysée ? C’est la dernière idée à la mode. Puisque les énarques et autres professionnels de la politique nous ont emmenés dans le mur, il nous faudrait un patron, quelqu’un qui connait la réalité de l’entreprise, pour remettre de l’ordre dans la maison France. Selon un sondage OpinionWay/La Tribune Dimanche, pour 58 % des sondés, un entrepreneur ferait un bon président. Les Français ont déjà leurs favoris. Dans une autre enquête datant de février 2025, 43 % sont favorables à une candidature Michel-Edouard Leclerc, 34 % pour Bernard Arnault, 30 % pour François Pinault, 29 % pour Xavier Niel et 28 % pour Vincent Bolloré.

Si MM. Arnault, Pinault et Bolloré ne semblent pas tentés par l’aventure politique, préférant sans doute l’influence à l’exercice du pouvoir, d’autres sont prêts à faire don de leur personne à la France. « Je suis disponible pour la nation », disait Michel-Edouard Leclerc l’an dernier.  Xavier Niel en parlerait tous les jours, selon sa fille de 13 ans. Enfin, Matthieu Pigasse, le banquier de gauche, qui mène un combat culturel contre ce qu’il appelle l’extrême droite affirme que, par principe, il n’exclut jamais rien.

A ne pas manquer, Causeur #142: Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

Quand la confiance dans la politique est au plus bas, c’est peut-être une bonne idée, se dit-on. En réalité, c’est une idée aussi oiseuse que celle qui consiste à dire qu’il faut élire une femme, un immigré ou un handicapé. L’élection présidentielle n’est pas un casting ni un entretien de recrutement, c’est une rencontre entre un homme et un peuple. Et la vie d’une nation ne se réduit pas à des problèmes et des solutions. Ce qu’on attend du président de la République, particulièrement du prochain, c’est qu’il redonne au pays le goût et le sens de l’avenir, qu’il incarne ce qui fait de nous une communauté politique. Le boulot d’un patron c’est de faire du profit, celui du président, c’est de garantir l’intérêt général. Ça ne signifie pas qu’un patron ne peut pas avoir les qualités requises pour être président de la République. Mais qu’on ne dirige pas un pays comme une entreprise, même Donald Trump le sait contrairement à ce que répètent les commentateurs.

On a évidemment besoin d’un président qui comprenne les réalités économiques et financières, patron ou pas. Reste à savoir si les Français sont capables d’entendre ce que savent tous les chefs d’entreprise : on ne peut pas dépenser durablement beaucoup plus que ce qu’on gagne.

Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Iran: c’est partie remise

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Commémoration du sixième anniversaire de la mort de Qassem Soleimani en présence des plus hauts responsables du régime, Téhéran, 1er janvier 2026 © Presidency/ZUMA/SIPA

Les manifestations massives contre le régime des mollahs ne l’ont pas renversé. Outre une répression sanglante, la République islamique repose sur un système clientéliste qui bénéficie à près d’un quart de la population. S’ils pouvaient changer de régime en conservant leurs privilèges, ces millions d’Iraniens rejoindraient la contestation.


Le mois dernier, l’espoir de voir tomber la République islamique d’Iran a traversé l’Occident comme un frisson collectif. Il est vrai que cet espoir se nourrissait d’une lecture volontariste des événements et du désir que l’histoire s’accélère enfin. On voulait tellement y croire. Cette fois, c’était la bonne. La contestation contre le régime des mollahs cochait presque toutes les cases. Pendant une dizaine de jours, la misère matérielle, la haine de l’autorité cléricale et la frustration politique ont poussé dans la rue un très grand nombre d’Iraniens, issus de régions et d’ethnies diverses.

Une brutalité inédite

Malheureusement, cette mobilisation, d’une ampleur sans précédent depuis la révolution de 1979, n’a pas suffi à faire chuter le pouvoir, qui a maté le mouvement en usant des moyens les plus barbares, faisant selon certaines estimations près de 15 000 morts, presque exclusivement des civils, parfois abattus arbitrairement en dehors de tout cortège et sans lien avec les rassemblements.

Ce n’est pas la première fois que la République islamique subit de fortes secousses internes. Depuis un quart de siècle, le régime a dû affronter, tour à tour, une vague de manifestations étudiantes en 1999, un mouvement, dit « vert », contre le trucage des élections en 2009, une série d’émeutes en 2017, 2018, 2019 et 2020 ainsi que le soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » en 2022. À chaque fois, la contestation a été massive, socialement transversale et géographiquement étendue. Mais à chaque fois le pouvoir s’est maintenu… Comment fait-il pour ne pas succomber à tant de défiance ouverte de la part d’une si large part de la population ?

Le chercheur Didier Idjadi[1] explique que la solidité de la République islamique ne repose pas seulement sur l’adhésion idéologique d’une minorité convaincue, mais aussi sur un maillage dense de privilèges, de rentes et de dépendances sociales tissé entre des millions de citoyens qui n’en pensent pas moins. Au milieu de ce système se trouve le bureau du Guide suprême. Bien plus puissant que les autres institutions formelles du pays, cette structure opaque et centralisée contrôle un réseau de fondations et de conseillers qui interviennent dans tous les domaines de la vie publique, qu’ils soient religieux, militaires, judiciaires ou économiques, et pèse dans toutes les grandes nominations ainsi que dans tous les arbitrages entre factions. En temps de crise, c’est lui qui tranche et autorise la répression. Son outil essentiel demeure le corps des gardiens de la révolution islamique, les fameux Pasdaran.

Ce corps compte officiellement un peu plus de 120 000 membres actifs, qui forment l’ossature de défense et de sécurité du régime, mais également le cœur de la vie des affaires puisqu’il détient diverses entreprises dans l’énergie, les télécommunications, les infrastructures, le commerce extérieur, l’agriculture et une partie du système bancaire parallèle. Cette emprise s’explique par les sanctions internationales imposées à l’Iran depuis 1979. Chargés d’en contourner les effets, de sécuriser les importations stratégiques et de protéger le programme nucléaire, les gardiens de la révolution islamique en ont profité pour capter progressivement les fonctions économiques vitales de l’État.

Si l’on prend en compte leurs familles, les Pasdaran représentent entre 500 000 et un million de personnes. À quoi il faut rajouter les « bassidjis », une milice de volontaires qui leur est rattachée et dont les effectifs se chiffrent également en centaines de milliers d’individus. Un autre groupe social favorable à la République islamique, non moins crucial selon Idjadi, est constitué des familles de martyrs et des vétérans de guerre (en particulier celle contre l’Irak entre 1980 et 1988), qui bénéficient de pensions, logements et postes de fonctionnaires distribués par le régime. En incluant les ayants droit, cette frange de la population liée aux mollahs par une dette à la fois mémorielle et matérielle représente entre un et deux millions de personnes.

Cercles concentriques

La République islamique peut aussi compter sur l’adhésion de tous ceux qui profitent de la générosité des Bonyads, ces organismes religieux et révolutionnaires qui emploient directement plusieurs centaines de milliers de personnes dans le pays et versent des aides à des millions d’Iraniens, souvent selon des critères de loyauté politique ou religieuse.

Enfin il existe une dernière composante de la population ayant un intérêt objectif, du moins le croit-elle, à ce que le régime reste debout. Il s’agit de la population rurale et semi-rurale, très dépendante des subventions publiques, des quotas d’eau et des projets d’infrastructures contrôlés par les gardiens de la révolution islamique. En agrégeant l’ensemble de ces cercles (Pasdaran, bassidjis, vétérans et veuves de guerres, allocataires des Bonyads et monde paysan), la base sociale du régime peut être estimée entre 15 et 25 millions de personnes. Un chiffre à rapporter à la population totale du pays, qui s’élève à 90 millions d’habitants.

En ce début d’année, la République islamique semble être l’ombre d’elle-même. Affaiblie par les sanctions internationales, ébranlée par les frappes israélo-américaines de cet été, déstabilisée par les manifestations, et nettement moins soutenue qu’auparavant par ses alliés chinois et russes, elle ne dispose plus des ressources nécessaires pour se poser durablement en puissance géopolitique, financer ses ambitions atomiques et assurer au peuple des conditions de vie acceptables. À mesure que les ressources se raréfient, la loyauté devient plus coûteuse et la répression plus brutale.

Pour autant, ces cercles concentriques de clientélisme ne sont pas inébranlables. Il suffirait que les millions d’Iraniens qui tirent avantage du statu quo finissent par se dire qu’ils n’ont rien à perdre au changement pour qu’un renversement soit possible. En somme, ceux qui conspirent à la fin de la République islamique maximiseraient leurs chances de succès s’ils parvenaient, paradoxalement, à rassurer les rentiers au système. Au début du xixe siècle en France, lorsque Napoléon s’est proclamé empereur, puis quand les Bourbons ont restauré la royauté, ils n’ont pas fait autrement avec la bourgeoisie révolutionnaire puis bonapartiste.

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[1] Dernier ouvrage paru :  Iran, islamisme, laïcité. Histoire d’un affrontement, Héliade, 2026.

Pourquoi ne pas boycotter la Coupe du monde de football 2026?

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L'Allemand Oke Göttlich a proposé de discuter de la possibilité de boycotter la compétition après les propos de D. Trump sur le Groenland. Image d'archive © Gregor Fischer/DPA/SIPA

Notre ministre déléguée aux Sports, Marina Ferrari, ne veut pas en entendre parler. Marc Perelman, qui déteste le foot moderne et le compare à un fléau mondial, ne comprend pas pourquoi les appels au boycott de la Coupe du monde ne prennent pas plus dans l’opinion.


Organisée par la FIFA du 11 juin au 19 juillet prochains dans trois pays – les États-Unis, le Canada et le Mexique – plutôt sous la coupe américaine (78 des 104 matches prévus), soit 11 villes hôtes, deux villes hôtes pour le Canada et trois villes hôtes pour le Mexique –, le prochain Mondial de football est l’enjeu d’appels au boycott nombreux et variés mais aussi de refus de boycott.

Un boycott très particulier est soutenu par un dirigeant de LFI, Éric Coquerel, qui propose que les matches ne soient joués qu’au Mexique et au Canada. C’est le boycott d’un pays, mieux encore, celui du président des États-Unis, Donald Trump. D’autres comme Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, appelle les supporters à ne pas se rendre aux États-Unis à cause du danger physique qu’ils courraient, sans doute par simple opportunisme et haine tenace d’Infantino son rival et successeur. Oke Göttlich, le Vice-président de la Fédération de football d’Allemagne, a demandé que l’on réfléchisse à ce que l’équipe d’Allemagne s’abstienne de toute participation à la Coupe. Il a été très vite désavoué par sa Fédération puis par le gouvernement alors que les Allemands, selon un sondage, étaient près de 50% à approuver le boycott. Claude Le Roy, le « sorcier blanc », l’entraîneur de nombreuses équipes africaines, réfléchit à un boycott mettant en cause le président américain pour sa politique d’abandon des aides à l’Afrique. Daniel Cohn-Bendit souhaite lui aussi, avant tout boycotter Trump, et faire jouer les équipes de football au Mexique, au Canada et en Europe. Il faudrait alors accueillir sur le sol européen les représentants de magnifiques démocraties comme le Qatar, l’Arabie Saoudite, l’Iran, peut-être l’Irak, l’Algérie, l’Égypte, le Maroc, la Tunisie… L’amour-fou du football rend aveugle.

L’agenda de M. Trump derrière la Coupe

Tous ces appels au boycott pointent avant tout Donald Trump et sa politique à visée annexionniste, policière et protectionniste. Apparemment séduisants, ces appels au boycott ne touchent toutefois pas la FIFA dirigée par Gianni Infantino, le majordome de Trump, qui ne comprend pas pourquoi on s’attaque au football. Ils ne remettent surtout pas en cause la compétition sportive qui est pourtant le cœur de l’affaire et l’adhésion, c’est-à-dire la soumission de millions d’individus à sa magie, une hallucination collective avec son cortège de chauvinisme, d’effervescence infantile, d’esthétique crépusculaire (agressivité, violence, « Le sport, c’est la guerre les fusils en moins », disait George Orwell). Si le mirage d’un football populaire a désormais disparu, le consentement à sa puissance néfaste, précisément pour les classes pauvres, est toujours aussi inébranlable. Faut-il aussi parler de l’argent-qui-coule-à-flots ? Tous les sponsors et partenaires habituels seront présents : Adidas, Aramco (Arabie Saoudite), Coca-Cola, Lenovo (Chine), McDonald’s, Qatar Airways… La décision de la Fédération de football allemande de refus du boycott s’est exprimée à merveille dans son communiqué : « Nous croyons au pouvoir fédérateur du sport et à l’impact mondial qu’une Coupe du monde peut avoir. Notre objectif est de renforcer cette force, et non de l’empêcher. » Place au spectacle ! Trump peut se réjouir. Ses menaces sur le Groenland et sur le Canada (déjà annexé sur une nouvelle carte présentée à la Maison blanche comme le 51e État des USA) – ce dernier est aussi associé aux États-Unis dans le cadre d’un accord commercial (l’Alena) avec le Mexique – n’ont pas toujours été prises au sérieux ; elles sont peut-être aujourd’hui moins moquées. Elles sont surtout refoulées. Avec cette Coupe du monde de football, l’axe géostratégique politique de Trump va s’accélérer : dominer les Amériques, du Nord (Groenland compris) au Sud, pour constituer un bloc homogène et ainsi mieux faire face aux deux autres blocs impérialistes la Russie et la Chine, l’Europe s’éclipsant doucement prise en étau et embourbée dans ses divisions. Ce faisant, la Coupe du monde de football participe de cette volonté obstinée de Trump, outre d’être reconnu comme le leader du monde libre, de faire avaliser sa politique intérieure et extérieure et de faire plier les différentes nations d’Amérique. Gare aux pays qui voudraient jouer aux dissidents (le Brésil). Le rapt de Maduro (un dictateur) au Venezuela est une première étape avant d’autres afin de mettre en place des régimes à sa botte.

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Après le président de la Fédération française de football, la ministre des Sports, Marina Ferrari, ne veut pas non plus entendre parler de boycott. Car, dit-elle, « le sport n’est pas une arme politique. Le sport, c’est un vecteur de rapprochement des peuples. C’est un vecteur de fraternité, c’est un vecteur de paix comme le dicte d’ailleurs la Charte olympique. » Elle avait également déclaré dans la veine macronienne : « Je tiens à ce qu’on dissocie le sport et la politique. La Coupe du monde de foot c’est un moment extrêmement important pour tous les amoureux du sport ». Un moment important, certes, surtout pour les politiques autoritaires et dictatoriales qui sévissent sur la planète. Elle oublie ceux qui ne sont pas « amoureux du sport » et devront subir avec les amoureux d’ailleurs les conséquences d’une participation à cette Coupe du monde. Ces régimes ont, eux, parfaitement compris que le sport est politique de part en part et mieux que cela, le sport, le football en l’occurrence, est une politique. Je passe rapidement sur Pascal Boniface, un abonné présent à tous les refus de boycott. Chez lui, l’amour-passion fou du football est tel que cela l’empêche de penser au-delà des cages, de la surface de réparation et de la pelouse.

Pusillanimité

Par riposte politico-idéologique et pour ne pas abandonner le sport à la FIFA et au CIO, grand vecteur d’influence, surtout dans la jeunesse, Poutine souhaite organiser une Coupe du monde des non-qualifiés ou des exclus : Venezuela, Serbie, Chine, Nigéria, Cameroun, Chili, Pérou, Grèce. Engluée dans sa guerre contre l’Ukraine, la Russie n’a cependant plus les moyens financiers d’une politique d’organisation des compétitions internationales. Poutine avait tenté de même avec des Jeux des Brics en 2024, un échec du, entre autres, à la pression du CIO de Thomas Bach. Depuis son exclusion, en 2018 pour dopage d’État, des sphères institutionnelles sportives (les JO ou les Coupes de monde de football), la Russie a tenté d’organiser à plusieurs reprises les Jeux de l’Amitié, les Jeux du Futur. À chaque fois, ce fut un échec non par manque d’amis, la dictature n’en manque pas, mais par l’incapacité structurelle d’organisation et la peur des athlètes de sanctions de la part du CIO, toujours menaçant.

Un journaliste américain très courageux, Jim Souhan, l’a écrit noir sur blanc dans The Minnesota Star Tribune. Il rappelle d’abord qu’aux JO de Pékin en 2008, « les sites sportifs et les rues étaient envahis par des hommes armés de fusils automatiques. Les riverains semblaient méfiants, voire effrayés » ; de même pendant les JO de Rio 2016, il a assisté à des scènes de grande violence contre des individus ; la Russie certes bannie des JO par le CIO pour cause d’« agression militaire. [Ce sont] les États-Unis [qui] imitent désormais la brutalité du régime russe, où les manifestations pacifiques sont réprimées… ». Ce journaliste nous dit : « Boycottez la Coupe du monde. Et si rien ne change, boycottez les Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles. »

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Tout cela me renvoie presque cinquante ans en arrière. Nous (Jean-Marie Brohm et François Gèze et d’autres) avions tenté d’organiser le boycott de la Coupe du monde de football 1978 en Argentine. Face à la terrible répression mise en œuvre par le dictateur Jorge Videla qui s’abattait alors sur les Argentins nous fûmes, en Europe et donc en France, très nombreux à nous mobiliser pour le boycott de l’organisation par la dictature argentine de la Coupe du monde de football. Le boycott signifiait, à l’époque, une chose extrêmement simple à comprendre. « Que l’équipe de France ne se rende pas en Argentine ». Telle était notre position de principe (voire l’Appel du COBA, le Monde, 19-20 février 1978). Il ne s’agissait surtout pas de boycotter les Argentins mais un événement sportif. Le gouvernement de Giscard d’Estaing devait prendre ses responsabilités, soit interdire aux joueurs français un déplacement en Argentine. Ce qu’il n’a pas fait, appuyé par la gauche de l’époque (G. Marchais et F. Mitterrand, ce dernier s’exprimera ainsi : « les dés sont jetés, il faut y aller »). Terrible consensus. J’ai aujourd’hui exactement la même position vis-à-vis de cette Coupe 2026. Il s’agit du boycott de l’organisation de la compétition par les États-Unis de Trump et de la FIFA, et non pas le boycott des Américains, des villes hôtes ou encore des stades qui l’accueille. Le boycott signifie le refus de la présence des équipes nationales, de leurs joueurs, à cette Coupe du monde. Elle est la seule position efficace, pragmatique, rationnelle. Le boycott concret, matériel, physique des équipes nationales est en effet la seule alternative crédible car, dès lors, la compétition sportive est altérée dans son organisation comme dans son intérêt. Le boycott met souvent en lumière la politique des organisateurs. Ici la FIFA et les États-Unis sont complices d’une démocratie littéralement mise en suspens pendant la compétition sportive et qui se transformera en recul de la démocratie par la suite. Et il est souvent la remise en cause profonde de l’événement sportif lui-même. Le boycott des équipes nationales peut en outre entraîner celui des écrans : les aficionados tellement déçus de ne pas voir leur équipe évoluer sur le gazon.

Face à Trump, Poutine et d’autres, l’Europe, ses dirigeants, font étalage de leur grande pusillanimité. Qui plus est, l’Europe est divisée sur nombre de questions stratégiques (armée, économie…). Les conséquences politiques seront douloureuses. À l’occasion de ce Mondial de football l’Europe, qui dispose de seize équipes nationales en lice, va-t-elle rater l’occasion de se dresser ? Ou l’Europe va-t-elle une nouvelle fois sans broncher d’un cil souffrir l’autoritarisme américain que la Coupe du monde de football va décupler et accélérer d’autant plus ?

2024 - les jeux olympiques n'ont pas eu lieu

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Le sport barbare: Critique d'un fléau mondial

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Mastectomie à 16 ans, millionnaire à 22!

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La chaîne conservatrice Fox News relatait hier l'information, et indiquait que d'autres condamnations de médecins peu scrupuleux similaires pourraient survenir. Capture.

Fox Varian, une Américaine de 22 ans qui avait subi une double mastectomie à 16 ans dans le cadre de sa transition de genre, a remporté un procès historique contre son psychothérapeute et son chirurgien après qu’un jury a jugé qu’ils n’avaient pas respecté les « normes de soins » avant d’approuver une opération irréversible sur une mineure, lui accordant 2 millions de dollars de dommages et intérêts. Jeremy Stubbs raconte l’affaire et ses répercussions.


La grande marée montante du wokisme est-elle enfin en train de descendre ? En ce qui concerne un de ses plus grands fers de lance idéologiques, le transgenrisme, il y a des signes encourageants qui vont dans ce sens. Le plus récent est le jugement que vient de rendre un tribunal dans le Westchester, un comté de l’Etat de New York. Fox Varian, une jeune femme aujourd’hui âgée de 22 ans, a porté plainte contre un psychothérapeute et un chirurgien qui, quand elle avait 16 ans et se plaignait de dysphorie de genre, ont approuvé et exécuté une double mastectomie sur la mineure qu’elle était. Ayant atteint l’âge adulte, elle a regretté sa transition et cette défiguration de son corps et a décidé de « re-transitionner » vers son identité biologique de femme. Le tribunal n’a pas statué sur le bienfondé ou non de ces interventions chirurgicales, mais a trouvé que les deux professionnels n’avaient pas traité leur jeune patiente en suivant une norme de soins acceptable. En conséquence, les juges ont accordé à la plaignante des dommages et intérêts de deux millions de dollars (1,7 million d’euros), dont 400 000 (340 000 euros) pour couvrir ses futurs frais médicaux.

Vers une jurisprudence ?

D’autres « re-transitionneurs » ont essayé dans le passé d’obtenir justice en traduisant en justice des médecins et psychologiques qui les auraient mal conseillés quand ils étaient mineurs, mais le cas de Fox Varian représente le premier grand succès dans ce domaine. Il est fort possible qu’il fasse jurisprudence, ce qui est une bonne nouvelle pour les 28 autres plaignants dont les procès intentés contre leurs thérapeutes sont actuellement en cours.

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La clé de ce jugement réside dans la notion de norme de soins. L’Association professionnelle mondiale pour la santé des personnes transgenres (WPATH en anglais) a publié des recommandations, mais cette organisation est entre les mains de militants du trangenrisme et de médecins acquis à cette cause. Leurs recommandations, fortement orientées, n’ont aucun statut officiel aux États-Unis. L’Académie américaine de pédiatrie a publié un énoncé de principe, mais il est fondé sur des erreurs dans l’appréciation de la recherche sur les effets à long terme des traitements hormonaux et des interventions chirurgicales sur la santé des mineurs. La pratique la plus largement conseillée, face à des adolescents qui se plaignent de dysphorie de genre, est ce qu’on appelle dans la terminologie technique « l’attente vigilante » (watchful waiting), c’est-à-dire la conduite d’un vrai diagnostic différentiel et le suivi attentif de l’évolution de chaque patient. Tout sauf la recommandation hâtive de traitements aux conséquences irréversibles (dans le cas de la chirurgie) ou inconnues (dans celui des inhibiteurs d’hormones). Le rapport Cass, publié outre-Manche en avril 2024 et qui a conduit à la fin de ce genre de traitement pour les mineurs, a pointé les dangers des diagnostics précipités qui se fixent sur le genre comme cause première de la souffrance du patient – ou de la patiente – en ignorant tout autre facteur. Justement, Fox Varian souffrait à l’âge de 16 ans d’anorexie, de dysmorphophobie (une obsession avec les défauts supposés de son corps) et d’autisme.

New York, Etat « sanctuaire »

Cette victoire à la fois de la justice, du bon sens médical et du serment d’Hippocrate est significative aussi parce qu’elle est le fruit du jugement d’un tribunal dans l’Etat de New York. Cet Etat, depuis longtemps un foyer du progressisme, est ce qu’on appelle un « Etat sanctuaire », c’est-à-dire qu’il accueille des patients désirant faire une transition de genre mais qui résident dans un des 27 Etats qui prohibent les soi-disant « soins d’affirmation de genre » pour les mineurs. Qu’un tel jugement soit rendu dans l’état de New York est le signe que les temps changent.

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Mais attention à ne pas crier victoire trop tôt ! Car la procureure générale du même Etat de New York, Letitia James, totalement acquise à l’idéologie transgenre, vient de renvoyer un de ses adjoints, Glenna Goldis, pourtant une lesbienne et une militante des droits gays et lesbiens. Le motif de ce renvoi ? Pendant son temps libre, Goldis aurait publié sur les réseaux sociaux des posts attirant l’attention sur les dangers des soins d’affirmation de genre pour les mineurs. En tant que spécialiste du droit des consommateurs, elle considère de tels soins comme une forme de fraude…

La folie wokiste, gravement blessée, reste dangereuse.

Thomas Wolfe ou la grande faim américaine

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L'écrivain américain Thomas Wolfe, 1938. DR.

Thomas Wolfe (1900-1938) est un auteur incontournable de la littérature américaine. Que notre littérature contemporaine, si calibrée, si formatée pour vendre ou centrée sur l’exposition de soi, nous semble fade et tiédasse, à côté de cette écriture brûlante et excessive…


On nous explique aujourd’hui qu’il faut raconter la bonne histoire. Une intrigue lisible. Un personnage attachant. Une souffrance identifiable. Une trajectoire claire. On appelle cela littérature, on appelle cela autofiction, on appelle cela sincérité. En réalité, on demande surtout aux écrivains d’être compréhensibles, digestes, calibrés. On leur demande d’être aimables. On leur demande d’être vendables. On leur demande de transformer l’expérience en produit culturel, la douleur en argument de quatrième de couverture, la vie en contenu partageable.

Thomas Wolfe est tout le contraire.

Il n’écrit pas pour rassurer. Il écrit parce que quelque chose brûle. Il écrit comme on traverse un continent à pied, sans carte, sans économie, avec cette urgence primitive qui vous pousse en avant même quand le corps voudrait s’arrêter. Wolfe ne cherche pas la belle forme, il cherche la vérité d’une sensation, d’un vertige, d’une faim.

« C’est la faim qui s’accroît de ce qu’elle dévore, la soif qui avale des fleuves et reste insatisfaite. C’est de voir un million d’hommes, un million de visages et de leur rester toujours étranger. »

Tout est là. Cette faim sans objet. Cette solitude au milieu des foules. Cette conscience douloureuse d’être vivant parmi des millions d’autres vies qui vous frôlent sans jamais vous atteindre.

Wolfe est né en 1900 à Asheville, Caroline du Nord, dans un Sud encore fruste, encore biblique, encore rural. Père tailleur de pierre, mère tenancière de pension. Il grandit dans le vacarme domestique, les chambres louées, les rues poussiéreuses. De cette enfance il tirera Altamont, la ville mythique de Look Homeward, Angel, et la famille Gant : Oliver le père tonitruant, moitié Jupiter, moitié prophète ivre ; Eliza la mère accumulatrice de maisons, comme si la pierre pouvait conjurer la mort ; les frères et sœurs enfermés dans cette géographie affective étroite ; et au centre Eugène, l’enfant devenu jeune homme, projection transparente de l’auteur.

On parlera d’autobiographie. Wolfe ne s’en défendra pas. Il rappellera même que Swift, avec Gulliver, écrivait déjà sa propre vie. Toute grande littérature engage une expérience vécue. Mais chez Wolfe, le vécu n’est pas un repli sur soi : il est matière cosmique. Il ne raconte pas son enfance, il reconstruit un monde.

Bad trip

Ses romans ne sont pas structurés comme des machines bien huilées. Ils avancent par vagues, par accumulations, par reprises incantatoires. Look Homeward, Angel ouvre le cycle, Le Temps et le fleuve l’élargit démesurément : Harvard, l’Europe, les premiers amours, la solitude moderne. Wolfe écrit trop, toujours trop. Des milliers de pages jaillissent. Et c’est là qu’intervient Maxwell Perkins.

Perkins n’est pas seulement l’éditeur de Wolfe. Il est son compagnon de lutte. Dans L’Histoire d’un roman, Wolfe raconte ce travail titanesque : Perkins reçoit des manuscrits monstrueux, sans forme définitive, des montagnes de prose. Il coupe, il déplace, il assemble, parfois des centaines de pages à la fois. Mais Wolfe insiste sur un point essentiel : Perkins ne cherche jamais à normaliser sa langue. Il respecte la respiration profonde du texte. Il taille dans la masse, oui, mais sans étouffer la voix. Wolfe parle de ce travail comme d’une chirurgie vitale, douloureuse mais nécessaire, où l’éditeur agit non comme censeur mais comme accoucheur. Sans Perkins, Wolfe n’aurait peut-être jamais publié. Sans Wolfe, Perkins n’aurait jamais touché à cette matière volcanique. Leur relation est unique : un dialogue entre démesure et forme, entre furie créatrice et exigence de lisibilité.

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Et pourtant, même disciplinée, l’écriture de Wolfe reste torrentielle.

Avant Kerouac, avant la Beat Generation, Wolfe invente déjà l’errance américaine. Mais ce n’est pas une errance joyeuse. C’est une inquiétude métaphysique. Dormir dans mille chambres étrangères. Traverser les mers. Penser jusqu’à ce que le cœur, le cerveau, la chair et l’esprit aient la nausée. Se réveiller chaque matin avec la même question : « Où vais-je aller maintenant ? Qu’est-ce que je vais faire ? » Ce n’est pas le road trip, c’est la conscience moderne en marche forcée.

Kerouac écrira plus tard la route comme une ivresse fraternelle. Wolfe, lui, écrit la route comme une fièvre solitaire. Faulkner bâtira son Yoknapatawpha comme un territoire tragique. Wolfe, lui, transforme Altamont en microcosme cosmique. Tous parlent de l’Amérique. Wolfe la traverse de part en part, du grenier familial aux quais d’Europe, de la pension sudiste aux bibliothèques nocturnes, avec « la faim démente de la jeunesse ».

L’Ange exilé, quasi autobiographique

Dans L’Ange exilé, cette tension devient presque insupportable. Wolfe rêve d’une solitude absolue : aller seul dans des villes inconnues, rencontrer des inconnus, disparaître avant qu’ils puissent vous connaître, errer « comme sa propre légende ». Mais la famille revient toujours, le père malade, la culpabilité anticipée, la servitude affective. « Mon Dieu ! Ne serai-je donc jamais libre ? » Et aussitôt il comprend que cette liberté est séparée de lui par toute la largeur d’un monde et qu’elle ne s’obtient qu’au prix d’un courage presque surhumain.

Wolfe ne romantise pas cette quête. Il en montre le coût.

La scène du père à l’hôpital, dans Le Temps et le fleuve, est l’un des sommets de son œuvre. Des vieillards assis sur une terrasse, ratatinés, transparents, tenant leurs cigares avec des doigts incertains, souriant faiblement à leurs proches. Wolfe décrit cette confiance enfantine, cet espoir fragile, mais aussi cette honte sourde, comme si on les avait « habilement castrés à l’hôpital ». Le jeune homme ressent une colère obscure devant cette trahison de la vie. Puis, au loin, il distingue la ligne de chemin de fer, la fumée, le sifflet du train. Il se détourne pour partir vers « tous les pays nouveaux, du matin, de l’étincelante cité ». Son père ne bouge pas. « Il savait qu’il ne le reverrait jamais. »

Tout Wolfe est dans ce plan-là : la mort immobile d’un côté, le mouvement de l’autre.

Et toujours revient cette formule obsessionnelle : « Une pierre, une feuille, une porte introuvable. » Nous sommes nus et solitaires, écrit-il, nous cherchons le grand langage oublié, un lieu de certitude et de paix. Cette porte n’existe pas. Ou plutôt elle existe comme horizon intérieur, comme tension permanente. Certains ont parlé de lyrisme cosmique, de dérive désincarnée. C’est l’inverse. Wolfe est un écrivain tellurique. Ses personnages ont les pieds dans la boue, les mains dans la poussière, la gorge pleine de cris. Son lyrisme naît du corps.

C’est là que Wolfe devient essentiel aujourd’hui.

Car face à l’autofiction contemporaine, Wolfe propose un contre-modèle radical. Là où l’époque exhibe le moi comme une marchandise émotionnelle, Wolfe dissout le moi dans le tumulte du monde. Là où tant de récits actuels s’organisent autour du traumatisme comme capital symbolique, Wolfe refuse toute rente de la douleur. Il ne transforme pas ses blessures en identité narrative. Il ne sollicite ni compassion ni validation. Là où l’autofiction tend à réduire le réel à un journal intime élargi, Wolfe ouvre le sujet à l’Histoire, à la géographie, aux foules anonymes, à la poussière des routes.

Aujourd’hui, on confond souvent sincérité et exposition, vérité et transparence, littérature et témoignage. Wolfe rappelle que la littérature n’est pas un espace thérapeutique mais un champ de forces. Là où l’époque médicalise l’expérience, Wolfe la rend épique. Là où l’on exige des récits réparateurs, Wolfe impose une écriture qui ne répare rien, qui expose, qui brûle, qui insiste. Son écriture ne dit pas regardez-moi, elle dit regardez autour de vous.

Relisons-le une dernière fois : « Qu’est-ce donc que nous savons si bien et ne pouvons exprimer ? […] Nous ne savons rien. Tout ce que nous savons, c’est que la terre défile devant nous dans l’obscurité, un champ, un bois, un champ. » Et plus loin : « Tout ce que nous savons de la terre immense et secrète, c’est que le contact de notre pied avec sa consistance informe toute notre vie. »

Wolfe écrit précisément à cet endroit-là, dans cet écart entre ce que nous sentons et ce que nous pouvons dire. Il échoue parfois, il déborde souvent, mais il tente tout. Et c’est ce risque qui manque cruellement à une littérature contemporaine trop soucieuse de maîtrise, trop occupée à gérer son image, trop prudente pour consentir à la perte.

Thomas Wolfe ne se lit pas. Il se traverse. Il est cette grande faim américaine, cette musique intérieure qui serre la gorge, ce train qui passe au loin pendant que les pères meurent et que les fils partent.

La littérature, chez lui, n’est pas un produit. C’est une combustion.


Sources des traductions citées

Thomas Wolfe, Le Temps et le fleuve. Légende de la faim d’un homme dans sa jeunesse, trad. R.-N. Raimbault, Manoël Faucher, Charles P. Vorce, Denis Griesmar, Bartillat, 2023.

Le Temps et le Fleuve

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Thomas Wolfe, L’Ange exilé, trad. Jean Michelet, L’Âge d’Homme, 1982.

L'Ange exilé: Une histoire de la vie ensevelie

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Thomas Wolfe, Look Homeward, Angel, trad. Pierre Singer, Bartillat, 2017.

Look Homeward, Angel - Une histoire de la vie ensevelie

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Thomas Wolfe, L’Histoire d’un roman, éd. Sillage, 2016.

L'Histoire d'un roman

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Le devoir conjugal: si absent, si présent mais peu actuel

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"Le Verrou" Jean Honoré Fragonard - Musée du Louvre D.R

Longtemps pilier essentiel de la société, le mariage est désormais regardé comme un empêcheur de tourner en rond. En faisant disparaitre le « devoir conjugal » et pourquoi pas toute association entre mariage et sexualité, qu’est ce qui va différencier demain un vrai mariage d’un mariage blanc ?


Dans son combat sans relâche contre les moulins à vent qui cachent la forêt et mettent le feu aux poudres, l’Assemblée nationale vient de légiférer sur un point de droit qui n’existe que subjectivement et serait l’héritier d’une longue tradition patriarcale, gravée dans le marbre par le Code civil et surtout emprunté au droit de l’Eglise (donc obscurantiste, forcément obscurantiste aurait pu dire Marguerite Duras) : le devoir conjugal.

En effet, ce 28 janvier, à l’initiative de Marie-Charlotte Garin (Verts) et Paul Christophe (Horizons), les députés ont adopté en première lecture la proposition de loi visant à interdire le manquement à ce devoir pour invoquer un motif de divorce.

Le consentement sous surveillance

En réalité, cette notion de « devoir conjugal » n’existe dans aucun texte, même pas dans le code Napoléon et c’est la coutume qui lui affecte la seule acception d’obligation sexuelle envers son conjoint. La jurisprudence a invoqué – toutefois très sporadiquement – le manquement de l’un des époux à ses obligations pour légitimer un divorce. Le nouveau texte complète ainsi l’article 215 du Code civil qui dispose que « les époux s’obligent à une communauté de vie » en précisant que « cette communauté de vie ne crée aucune obligation pour les époux d’avoir des relations sexuelles » et précise à l’article 242 que « le divorce pour faute ne peut être fondé sur l’absence ou le refus de relations sexuelles ».

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Ce vote fait suite à une condamnation de la France par la Cour européenne des Droits de l’Homme en janvier 2025, qui a statué que le consentement au mariage n’entraînait pas un consentement aux relations sexuelles futures. Elle répondait ainsi au recours d’une plaignante reconnue fautive en première instance et en appel d’un jugement de divorce au motif qu’elle avait refusé de consommer le mariage. Les juges du fond, en effet, avaient statué que ce refus était un manquement aux obligations du ménage et rendait « intolérable la vie commune ». Forts de cette décision, les députés français ont entériné cette obligation et tous ceux qui pensent que légiférer dès que le bât blesse est un signe de progrès applaudissent à tout rompre : enfin ! On se débarrasse des chaînes de l’esclavage sexuel que représentent les liens matrimoniaux. Les députés à l’initiative de cette loi n’en font pas mystère, c’en est bien la finalité puisqu’ils mentionnent dans la proposition : « cette jurisprudence relative au devoir conjugal s’inscrit dans une conception historiquement inégalitaire du mariage, dans laquelle la sexualité féminine est subordonnée aux attentes masculines » oubliant que les femmes peuvent aussi bien l’invoquer que les hommes, ce qu’elles n’ont pas manqué de faire. On passera sur la vision de la femme véhiculée par les députés, celle de la potiche bourgeoise du XIXe siècle qui attend, tout à la fois innocente et résignée, bras en croix et yeux fermés, les assauts bestiaux de son mari. Merci pour nous, je pensais qu’on valait un peu mieux que ça. L’étreinte ici est celle (consentie ?) de la décision de la CEDH d’une part et des délires wokisto- féministes comme ceux portés par la militante Alice Coffin qui se félicitait, en 2018, de ne pas avoir d’époux car « en tant que femme, ne pas avoir un mari, ça m’expose plutôt à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée. ». Merci pour eux.

Pourtant la pénalisation du viol conjugal existe. Mais les législateurs ont constaté avec effroi que le pénal n’a pas rejailli sur le civil : mais était-ce nécessaire dès lors qu’il était acté qu’un rapport sexuel contraint est un viol, y compris dans le cadre du mariage ?

C’est faire de l’intimité du couple une « zone grise » sur laquelle le droit pourra étendre son empire, où pèse non plus la norme morale mais juridique, celle qui scrute le consentement à toutes les étapes de la vie du ménage, limitant la double puissance du contrat premier (le devoir de respect et le consentement au mariage libre et éclairé) et du contrat tacite qui se noue entre chaque couple, suivant leur entente et leurs disponibilités. Paradoxal d’ailleurs cette envie chez ceux qui ont la manie de nous faire bouffer du vivre ensemble toute la journée, de vouloir contrôler l’intimité de ceux qui ont consenti à le faire en contractant librement.

Sans doute peut-on y voir une envie plus sournoise de s’attaquer au mariage en lui-même.
Car oui, le mariage, comme tout contrat, impose pour les deux parties des droits et des devoirs, un engagement, un consensus.

En 2026, il n’a échappé à personne qu’on n’était nullement obligé de se marier pour s’aimer au grand jour, vivre en couple et même – tenez-vous bien – avoir des enfants ! Ces « unions de fait » constituent la majeure partie des ménages, le mariage est en recul et, ne nous y trompons pas, cette loi est un pas de plus vers son délitement. Longtemps pilier essentiel de la société, il est regardé à présent comme un empêcheur de tourner en rond, un caillou dans la chaussure du nouveau monde où prime l’individualisme, le petit « moi » et le déracinement. L’absence de tout lien social en dehors du contrat entre le citoyen et l’Etat permet un contrôle accru de cette société atomisée et sans repères.

LFI souhaitait même en rajouter un peu en ôtant l’obligation de fidélité, ce qui a été rejeté par la majorité des votants. Que voulez-vous, quand on a le cœur trop grand et pétri de valeurs humanistes, il faut le partager ! Que vaut donc un contrat s’il est nécessaire de lui ajouter des avenants chaque jour ? Juridiquement peu de choses, alors autant annuler l’institution elle-même, cet archaïsme qui porte l’empreinte de la barbarie patriarcale, pâle copie du mariage religieux.

Et pourtant. Le mariage, institution antique, n’a pas été conçu initialement par l’Eglise comme une prison mais plutôt comme une émancipation et une protection des plus faibles. Jusqu’au XIIe siècle, il n’est pas à proprement parler la norme. Les unions de fait existent et les institutions canoniques observent une tolérance à leur égard, loin du patriarcat antique et l’omniprésence de la figure du tout puissant père de famille romain, remis à l’honneur au XIXe siècle.

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Elles se bornent à considérer comme légitimement marié un couple dont on reconnait de lui l’existence, la formation d’une cellule familiale ainsi qu’une vie en commun, quand bien même celui-ci ne serait pas passé devant monsieur le prêtre. L’institution s’ancre au XIIe siècle en particulier pour rappeler les hommes à leurs devoirs et obligations. Tirer les oreilles de ces messieurs pour les contraindre à répondre de leurs actes et éviter aux femmes d’ assumer seules le fruit d’une relation – peut être furtive mais surtout féconde –  permet de  protéger la dulcinée et surtout les enfants, en leur ouvrant des droits, notamment en matière d’héritage.
Quant à voir dans le mariage religieux et la fidélité un appel à la pure procréation, c’est méconnaître le droit canonique qui peut dissoudre un mariage pour non-consommation mais pas pour stérilité ou infertilité d’un des époux.

Et les mariages blancs ?

La sexualité est donc au centre du lien matrimonial, comme un ciment du couple, associée à la notion de plaisir. Dans une religion dont le cœur est l’incarnation, la « théologie du corps » prend une place importante.  Jean-Paul II, dans l’encyclique Gaudium et spes 24 a souligné que l’amour est au centre de la vie humaine. Il doit pleinement s’exprimer charnellement au cœur du mariage : c’est aussi physiquement que les époux se trouvent, par « le don libre et désintéressé d’eux-mêmes ». Le corps ne se possède pas, ne se convoite pas : il s’abandonne dans la confiance car il forme avec le cœur et l’esprit un tout et « faire l’amour » prend dans cette perspective tout son sens.  On est loin de la vision bigote qu’on peut associer à la condition matrimoniale.

Alors oui, mariage et sexualité sont liés, non pas dans une idée de possession, mais dans une des caractéristiques qui distingue un couple de simples cohabitants qui pourraient, éventuellement, se dépanner de temps en temps.

Dès lors, si on le vide de cette substance, quid de l’adultère ? Il ne saurait, à terme, être conçu comme une faute au regard du civil puisque les questions sexuelles seront évacuées.
Le mariage blanc aura, de même, plus de mal à être dénoncé puisque l’absence d’intimité n’est pas liée à l’union du couple.

Le mariage ferait peser une pression sexuelle trop importante pour les femmes, contraintes de subir même « avec répugnance » (comme l’avait mentionné un juge pour rappeler au fameux devoir conjugal) un rapport. Or, paradoxalement, le mariage offre déjà un cadre où le « non » devrait être plus facilement entendu puisqu’il y a un accord de volonté manifesté à l’origine du couple. Ce « non » ne remet pas en jeu une union, il indique simplement que ce n’est ni le moment, ni le lieu.

Dans une union de fait, qui recule, repousse ou ne songe pas au mariage, peut-être est-on parfois plus enclin à se donner malgré soi quand, justement, rien n’a été consenti au départ et que tout peut se terminer sans lien, sans obligations et sans attache.

L’apparente évidence de cette proposition de loi risque de soulever bien plus de questions qu’elle n’en résout.

Rien n’oblige à se marier mais le mariage génère des obligations et c’est ainsi. Alexandre Dumas soulignait même que ces chaînes étaient si lourdes qu’il fallait justement être deux pour les porter et même « parfois trois ».

L’heure des pro-pal

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Selon Catherine Nay, l’image de Mohamed « efface, annule » celle de l’enfant juif du ghetto de Varsovie tenu en joue par des SS en 1943. DR.

Le 30 septembre 2000, France 2 diffuse un reportage présentant la mort du petit Mohamed al-Durah sous les balles de Tsahal à Gaza. Ce scoop mondial est une aubaine pour les ennemis d’Israël, qui l’exploitent ad nauseam depuis vingt-cinq ans pour leur propagande antisémite. Mais incohérent et tronqué, il a aussi suscité les doutes de nombreux observateurs. Si l’un d’eux, Philippe Karsenty, a été condamné pour diffamation, la chaîne publique n’a toujours pas prouvé la véracité de ses images.


Un journaliste de gauche ne peut pas se tromper. Et encore moins mentir. Surtout quand il raconte comment les soldats de l’État juif tuent des enfants palestiniens. Le 30 septembre 2000, alors que l’intifada Al-Aqsa enflamme la bande de Gaza, France 2 diffuse un reportage de son correspondant en Israël, Charles Enderlin, semblant montrer la mort d’un enfant dans les bras de son père. Les images, tournées par le caméraman palestinien Talal Abu Rahma, ont été montées par Enderlin à Jérusalem. Assorties d’un commentaire explicite : l’enfant et son père ont été « la cible de tirs venus de la position israélienne ». En clair, ce n’est pas une bavure, mais un assassinat. Ce que Talal Abu Rahma confirmera en déclarant sous serment que « l’armée israélienne a tué l’enfant et blessé le père intentionnellement et de sang-froid ». C’est connu, les juifs se repaissent du sang des enfants – chrétiens hier, palestiniens aujourd’hui.

Ce 30 septembre, le caméraman propose aussi ses images à CNN qui décline – par prudence ? Enderlin, lui, ne doute pas. Pourquoi le ferait-il dès lors que la mort de l’enfant accrédite le récit canonique des médias progressistes : des soldats surarmés massacrant des civils sans défense. Si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé. Pierre-André Taguieff, qui revisite la polémique dans notre dossier, observe que ce récit simpliste est « conforme aux attentes idéologiques du public et de certains politiques ».

C’est un scoop planétaire. Le « petit Mohamed » est le visage de l’innocence détruite par la barbarie israélo-juive. Le 12 octobre, deux soldats israéliens égarés à Ramallah sont lynchés aux cris de « Vengeance pour Al-Durah ! ». Dans le monde arabe, les mains ensanglantées que leur assassin a présentées à la foule en liesse sont un symbole de gloire. On donne le nom de l’enfant à des rues, des places, des écoles, on imprime son visage sur des timbres. Daniel Pearl est décapité devant son effigie.

Très vite, des doutes apparaissent quant à la véracité du reportage. Des enquêtes révélant plusieurs incohérences paraissent en Israël, en Allemagne, aux États-Unis. En France, l’homme d’affaires et publiciste Philippe Karsenty se lance, avec quelques autres, dont notre regretté ami Luc Rosenzweig, dans un long combat contre ce qu’il qualifie de « supercherie médiatique », sur lequel il revient pour nous. On le traite de fou, de complotiste, d’agent. Karsenty est entêté, habité, exalté. Et en prime, trumpiste ! Ça ne fait pas de lui un affabulateur. Mais une fois le messager discrédité, on se fait un honneur de ne pas écouter le message. Les défenseurs du grand-journaliste-Enderlin refusent tout net d’examiner le dossier où Karsenty recense, expertises et témoignages à l’appui, nombre de bizarreries qui devraient conduire tout observateur honnête à s’interroger.

De ces apparentes arguties sur les taches de sang ou les trajectoires balistiques, émerge cependant une vérité admise par tous les acteurs. Le reportage sur la mort d’un enfant ne contient pas les images de la mort de l’enfant. Abandonnant sa première ligne de défense – des salauds veulent attenter à mon honneur, à moi la garde médiatique ! –, Enderlin explique dans Télérama qu’il a coupé l’agonie car c’était « insoutenable ». Quelle délicatesse. À ce stade, il suffirait de produire les secondes manquantes, celles où on voit l’enfant mourir, pour clouer le bec des fauteurs de lèse-journalisme. France 2 préfère poursuivre Karsenty en diffamation, avec ce brillant résultat que 30 secondes diffusées sur France 2 sont, neuf ans durant, scrutées, disséquées, contestées sur la place publique, nourrissant malgré tout le doute raisonnable. Tout au long de ce manège judiciaire analysé par Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal dans notre dossier, les 27 minutes de rushes sont l’Arlésienne, dont on parle tout le temps mais qu’on ne voit jamais.

Ensuite, on entre dans le domaine des hypothèses : la mienne est que Charles Enderlin s’est fait balader par son caméraman et ses images made in Pallywood, et qu’ensuite plutôt que de reconnaître une erreur, il a joué les vierges outragées. C’est certainement à l’insu de son plein gré qu’il a donné un écho mondial à des images trompeuses, alimentant le feu antijuif. C’est volontairement qu’il a ensuite préféré sa réputation à la vérité.

Pourquoi ressortir cette histoire vieille de vingt-cinq ans ? Qu’est-ce que ça change alors que, depuis, l’armée israélienne a tué des centaines d’enfants dans sa guerre contre le Hamas ? La raison est que le cas Al-Durah est doublement paradigmatique.

Tout d’abord, il accommode à la sauce de l’information planétaire une constante immémoriale de l’antisémitisme : l’accusation de crime rituel, dont Michaël Prazan rappelle dans notre magazine qu’elle apparaît dans l’Antiquité avant d’être à toutes les époques et sous tous les cieux le prétexte d’effroyables pogromes. Dans la « démonologie antijuive » également explorée par Taguieff, le soldat israélien est le continuateur du monstre buveur de sang. Et contre les monstres, tout est permis, y compris le 7-Octobre. Ajoutons qu’en 2000, le grand basculement qui voit les juifs passer du statut de victimes à celui de bourreaux atteint son acmé à Durban[1]. On ne déteste plus les juifs par racisme, mais comme racistes, résume alors en substance Alain Finkielkraut. Catherine Nay confirme en déclarant que l’image de Mohamed « efface, annule » celle de l’enfant juif du ghetto de Varsovie tenu en joue par des SS. Au moins c’est clair.

Devenue l’affaire Enderlin, l’affaire Al-Durah est aussi un cas d’école du fonctionnement du parti des Médias qui se dresse comme un seul homme contre quiconque menace l’intérêt supérieur du Parti. Les antidreyfusards et les communistes ne pensaient pas différemment. Le gratin de la profession fait assaut de bonne conscience en bande organisée et corps autour d’Enderlin, victime d’une infâme campagne de dénigrement. Vingt-cinq ans après, ils n’en démordent pas. Toujours incapable d’envisager qu’Enderlin ait pu se tromper, Claude Askolovitch refuse cependant de relancer les hostilités, préférant évoquer un enfant concret dans nos pages. Un enfant qui n’est peut-être pas mort le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim.

Devant la représentation nationale, les responsables de la télévision publique proclament leur attachement à la neutralité et promettent une parfaite transparence sur leurs pratiques. Chiche ! Qu’ils demandent à une commission indépendante de se prononcer sur l’authenticité du reportage Al-Durah. Quand un mensonge répété des milliers de fois est devenu une vérité, il est sans doute trop tard pour convaincre le plus grand nombre. Pas pour savoir.


[1] Réunion de l’ONU contre le racisme qui a tourné au festival antisémite.

Voici pourquoi la France n’est pas foutue!

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Un homme mégaphone à la main, lors de la 46eme manifestation des gilets jaunes à Paris, 28 septembre 2019 © Meryl Curtat/SIPA

Notre chroniqueur publie ce jour son nouvel essai. Extrait.


Ce mercredi sort mon essai : La Révolution des oubliés chez Fayard. Je publie, ci-dessous, des extraits de l’introduction. Ces derniers jours, Jean-Luc Mélenchon a, de lui-même, clarifié les enjeux existentiels abordés dans le livre, en promouvant « le grand remplacement » de la France française par une France africaine. Lundi, dans le Figaro, le philosophe américain Peter Boghossian a déclaré : « Beaucoup d’Américains pensent que la France aura disparu d’ici la fin du siècle ».

Si les Français oubliés ne veulent pas se dissoudre dans le mondialisme, il est urgent pour eux de se révolter et de reprendre les choses en main.

Le quatrième pouvoir très disputé

Oui ! La France peut se redresser. Rien n’est foutu. Le déclin étourdissant du pays, éreinté par les effets d’une mondialisation impensée qui a ajouté la déculturation à la désindustrialisation, n’est pas une fatalité. L’empoisonnement idéologique de la nation, à la source de sa suicidaire dépression, a ses remèdes, immédiatement disponibles. Il existe en effet des sources revigorantes. Elles sont au cœur du peuple silencieux, méprisé par des dirigeants frivoles. Il suffit de creuser les puits pour atteindre cette eau régénérative. La vitalité de la société civile déborde sur les réseaux sociaux, pour le meilleur comme pour le pire. Le numérique, accessible à 94% des foyers, est devenu l’indispensable contre-pouvoir. La liberté d’expression défie, sur Internet, l’Etat censeur. Les colères qui s’y expriment dévoilent la déconnexion des mondes politique, syndical, intellectuel, judiciaire, médiatique. Des mines d’or d’intelligences collectives sont également inexploitées. Elles ne demandent qu’à être mises en valeur dans leurs expressions civiques, qui dépassent les clivages partisans. La survie de la nation est là, à portée de main.  

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Il n’y a pas d’autre choix, face aux déraisons d’Etat et au somnambulisme des puissants, que d’appeler au secours les Français lucides. Selon la dernière enquête (Ipsos) sur les « Fractures françaises »[1], les citoyens ne seraient plus que 10% à faire confiance aux partis, et 20% aux députés. (…) Aux trois pouvoirs définis depuis Montesquieu – exécutif, législatif, judiciaire – le quatrième pouvoir doit revenir au peuple oublié, en lieu et place des médias à qui ce rôle avait été attribué. Ces derniers se sont abîmés dans l’entre-soi, à l’instar des trois autres piliers de ce que fut la pensée libérale. La fragilité du système, vidé de son socle démocratique et de ses garde-fous, incite aux coups de force des uns, aux abus de droit des autres. Or nombreux sont les indignés qui sont prêts à se mobiliser pour défendre leur pays, malmené par des idées folles (…).

Anywhere contre somewhere, les deux clans

Une révolution des esprits, non violente mais radicale, est à mener à son terme. Elle est portée, aux Etats-Unis comme en Europe, par l’insurrection des peuples enracinés contre des élites déracinées. Ces dernières ont perdu la partie. Les désastres qui s’accumulent le démontrent assez. 

Une conviction motive cet essai : s’il reste encore possible d’interrompre la catastrophe, la réponse ne peut venir de ceux qui ont accompagné la débandade. (…) La rupture avec ceux qui marchent sur la tête est le préalable. Ces « élites » sont la vraie menace (…). 

 « Un vrai chef » est réclamé par les Français. Mais le profil churchillien n’existe plus. Le sauveur sera celui qui en appellera au peuple providentiel. L’homme d’Etat doit laisser place à l’homme du tiers-état. L’expert doit écouter le profane. Le modeste doit être préféré au hâbleur. Ceux qui redoutent de renverser la table sont condamnés à l’apathie devant la métamorphose du pays et sa pente totalitaire. La Révolution de 1789 a été menée par une minorité ; les Jacobins n’étaient pas 6000. « Donnez-moi 1000 hommes », avait dit Lénine parlant de la révolution russe. Cette fois, la révolution du réel, antidogmatique par essence, peut faire masse en prenant le parti de la France millénaire. Encore démographiquement majoritaire, son peuple est appelé à ouvrir la marche, dans une cohabitation à inventer avec le pouvoir. Les Français sont l’ultime recours.

125 pages, 10 euros

La révolution des oubliés

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[1] Le Monde, 20 octobre 2025

Dati / Knafo: bonnet blanc et escarpins noirs

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© Jacques Benaroch/SIPA © Lionel Urman/SIPA

Du camion-poubelle au caniveau: alors que sa rivale de droite fait parler d’elle et pourrait se qualifier au second tour à Paris selon un sondage, Rachida Dati a expliqué pourquoi toute alliance ou discussion était impossible avec Sarah Knafo.


Rachida Dati, on s’en souvient, débuta sa campagne pour les municipales de Paris sur les chapeaux de roue… On la vit crânement juchée à l’arrière d’un camion poubelle, en tenue de travail, c’est à dire vêtue d’un sweat à capuche et chaussée de sneakers antidérapantes. À tu et à toi avec ses collègues d’un jour, elle ripait sec et haranguait les passants matinaux avec l’assurance qu’on lui connaît, promettant, dès son avènement, une capitale rappropriée. Ce coup d’éclat passé, la dame renfila ses escarpins, se glissa dans ses tailleurs griffés et réintégra la rue de Valois. Elle prit alors une judicieuse décision, celle de ne pas se commettre dans des débats oiseux avec ses adversaires, ce, jusqu’au premier tour des municipales, le 15 mars. Des fois qu’il lui faudrait causer programme, mieux ne valait prendre aucun risque.

Sous la ceinture

C’est alors que Sarah Knafo, elle aussi désireuse de présider aux destinées de Paris, entra en scène. La jeune louve, souriante, pimpante, affutée et brillante, multiplia les propositions pour la capitale là où, force est de le reconnaître, les autres candidats ne pipaient mot.

La candidate, Reconquête, en effet, n’envisage pas moins de 10 milliards d’euros d’économies sur dix ans, en divisant par deux les effectifs (55000 fonctionnaires) sans toucher pour autant à ceux qui travaillent à la sécurité et à la petite enfance, mais en taillant dans les 3800 emplois de la culture (Une pierre dans le jardin de Dati). Elle prévoit aussi de privatiser la totalité des emplois consacrés à l’enlèvement des ordures ménagères, de diviser par deux la taxe foncière qu’elle compte financer par la vente d’une partie du parc social. Et, last but not least, elle propose de rouvrir les voies sur berges !

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Il n’en fallut pas plus à la fraîche trublionne pour les briser menu à la vieille briscarde de la politique. Dati contrattaqua et, il faut bien le dire, sans élégance. Sur le plateau de BFMTV, la semaine dernière, on entendit donc la candidate des Républicains exclure pour le second tour second tour l’éventualité d’une alliance avec Thierry Mariani (Rassemblement national) et surtout avec Sarah Knafo. D’un ton condescendant et prenant la position victimaire à la mode, la rouée Rachida Dati déclara aux participants du « Forum BFMTV » : « Je ne suis pas dans les accords d’appareil, rappelez-moi comment je m’appelle et quel est mon parcours ? » N’hésitant pas à frapper sous la ceinture en invoquant ses origines « racisées », elle attribua ensuite à Sarah Knafo des propos tenus par Éric Zemmour en 2016. Celui-ci avait en effet trouvé scandaleux que Dati prénommât sa fille Zohra.

Prises de bec

Pour la ministre de la Culture – et ça l’arrange- Éric Zemmour et Sarah Knafo, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Et vas-y que je te ressers l’antienne éculée de l’extrême droite et du grand remplacement ! Sarah Knafo serait, bien sûr, « Quelqu’un de raciste, qui dit qu’on grand remplace, qui dit que ma fille n’est pas légitime et que je ne suis pas légitime », tout comme Zemmour. « Vous n’allez pas gagner avec quelqu’un qui ne veut pas de vous, poursuit Dati dont il est notoire qu’elle a été écartée des plus hautes fonctions ».

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Dati n’a pas oublié non plus non la prise de bec entre Zemmour et Hapsatou Sy, ex-chroniqueuse du groupe Canal+ à laquelle il avait déclaré qu’il eût été préférable, pour être une bonne Française, qu’elle se prénommât Corinne. Cela avait valu au bougre une condamnation pour injure raciste. Alors, sur un malentendu, pour discréditer Sarah Knafo, ça peut encore marcher estime certainement la ministre de la Culture.

Rachida Dati nous le prouve, il faut faire feu de tout bois pour disqualifier son adversaire. Quant à Sarah Knafo, elle est incontestablement la femme par qui la peste arriva, pour reprendre le titre du brûlot, fraîchement paru, chez Flammarion, consacré à Renaud Camus et écrit par Gaspard Dhellemmes et Olivier Fayes.

Autant, se le dire, on n’est pas sorti des ronces et l’alliance des droites n’est pas pour demain. En revanche, à gauche, qu’on se rassure, une fois de plus, elle se prépare.

Entre droit d’asile et crimes économiques: l’énigme Abliazov

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Fleury Merogis, 9 décembre 2016 © Thibault Camus/AP/SIPA

Entre condamnations occidentales pour détournements massifs et protection politique en Europe, le cas de l’oligarque kazakh Moukhtar Abliazov révèle les failles de la coopération judiciaire internationale. Retour sur une affaire qui interroge les limites du droit d’asile face aux crimes économiques transnationaux.


Avec l’effondrement de l’Union soviétique, ce n’est pas seulement un empire politique qui a disparu. Ce séisme géopolitique a ouvert, dans l’espace postsoviétique, une phase de recomposition brutale, où la privatisation a précédé l’institutionnalisation, et où la concentration de la richesse s’est opérée avant la stabilisation du droit et de la justice. De cette transition accélérée sont nées des figures hybrides, à la fois hommes d’affaires et acteurs politiques, entrepreneurs et produits d’un capitalisme sans garde-fous. On les a nommées « oligarques ». Le Kazakhstan n’a pas échappé à ce processus. C’est dans ce moment de désagrégation normative et de réinvention forcée que s’inscrivent l’ascension puis la chute de Moukhtar Abliazov, devenu au fil des années l’un des symboles les plus ambigus de l’après-URSS. L’affaire Abliazov est ainsi devenue un cas d’école des tensions contemporaines de la justice internationale. À la fois oligarque postsoviétique, fraudeur financier présumé et, plus récemment, opposant politique réfugié en Occident, Abliazov concentre en un seul homme trois figures que l’on préfère d’ordinaire dissocier, et la difficulté du dossier tient précisément à cette superposition. Pour le lecteur français, l’affaire prend une dimension particulière car la bataille, longtemps structurée autour de Londres puis de certaines juridictions américaines, s’est progressivement déplacée vers la France, où Abliazov se retrouve à partir de 2013 après sa fuite du Royaume-Uni, faisant des autorités judiciaires françaises un acteur central du contentieux.

A la tête de la BTA Bank

Le dossier Abliazov en France s’est d’abord joué sur le terrain de l’extradition, refermé en 2016 lorsque le Conseil d’État a annulé le décret d’extradition après validation par la Cour de cassation en 2015. Depuis, l’enjeu s’est déplacé vers le volet pénal, dominé par des batailles de procédure autour de la prescription et de la régularité des poursuites : abandon des poursuites en 2022, relance en 2023 après cassation, puis nouvelle annulation signalée en 2025.

L’«affaire» française apparaît ainsi moins comme un jugement sur le fond que comme une succession d’arbitrages sur la possibilité même de juger, sur fond de soupçon de motivation politique, révélant les fragilités de la coopération judiciaire internationale. Cette mise en scène judiciaire ne prend toutefois son sens qu’à la lumière du fait générateur, c’est-à-dire l’ascension d’Abliazov au sein du capitalisme kazakh naissant, et le rôle central qu’y joue la première banque du pays, BTA Bank. BTA Bank : l’architecture d’un empire financier. Ancien ministre de l’Énergie du Kazakhstan à la fin des années 1990, Abliazov s’impose ensuite comme le principal actionnaire et dirigeant de BTA Bank, alors première banque du pays. Pour comprendre le contexte de ces années, il est nécessaire de s’arrêter sur cet établissement. Fondée au tournant des années 1990, BTA Bank est l’héritière directe du système bancaire soviétique kazakh, dont elle conserve la trace dans son nom même, Bank Turan Alem. Le terme Turan renvoie à l’espace civilisationnel des peuples turciques d’Asie centrale et à un imaginaire d’unité historique réactivé après des décennies de domination impériale russe puis soviétique. Le mot Alem signifie le monde ou l’univers et suggère une ambition internationale. L’association des deux exprime le projet postsoviétique de construire un pôle financier national capable à la fois d’irriguer l’économie réelle et d’inscrire le Kazakhstan indépendant dans les circuits mondiaux du capital.

Devenue au début des années 2000 la première banque du pays, BTA occupe une position systémique centrale, finançant aussi bien les grandes entreprises publiques que l’immobilier, les infrastructures et les investissements extérieurs. Cette centralité explique à la fois l’ampleur de son effondrement en 2009 dont la cause principale est la fraude, et la gravité particulière des faits reprochés à sa direction responsable pour cette débâcle. Pilier central de l’architecture financière nationale, la banque est nationalisée en urgence par l’État kazakh.

Ce qui explique à la fois la détermination des autorités kazakhes à poursuivre les responsables et l’intérêt soutenu des juridictions occidentales dès lors que ces flux ont irrigué leurs propres systèmes bancaires.

Sur le plan strictement financier, il fait aujourd’hui consensus, dans les juridictions occidentales indépendantes des autorités kazakhes, que des détournements massifs ont bien eu lieu au sein de BTA Bank. Les procédures civiles menées au Royaume-Uni établissent l’existence d’un système de faux prêts accordés à des sociétés écrans contrôlées indirectement par Abliazov et son entourage. Ces montages visaient à faire sortir plusieurs milliards de dollars de la banque tout en masquant l’identité des bénéficiaires réels. La Haute Cour de Londres ne se contente pas d’acter ces faits, elle condamne également Abliazov pour outrage à magistrat en raison de la dissimulation volontaire de ses actifs en violation d’ordonnances judiciaires. Sa fuite avant l’exécution de la peine achève de fixer un premier constat lourd de conséquences. En Angleterre, au moins quatre décisions judiciaires majeures ont été rendues à l’encontre d’Abliazov, incluant notamment une condamnation au versement de 4,6 milliards de dollars à la BTA, une ordonnance de gel mondial de ses avoirs et une peine d’emprisonnement de 22 mois pour outrage au tribunal.

Le dossier américain : de la fraude au blanchiment

Aux États-Unis, le dossier franchit un seuil supplémentaire. Des enquêtes fédérales démontrent que des fonds issus de BTA ont été blanchis via des structures offshore, puis investis dans des actifs immobiliers et financiers. Les juridictions américaines reconnaissent l’existence d’un schéma frauduleux international, sans se fonder sur les décisions kazakhes, mais sur leurs propres investigations bancaires. En mars 2022, la Cour suprême de New York a accordé 7 milliards de dollars à la BTA dans le cadre d’un procès contre Abliazov. En juillet 2023, le tribunal fédéral américain du district sud de New York a conclu qu’il avait volé de l’argent à la BTA et l’avait blanchi aux États-Unis, rendant un jugement en faveur de la banque contre Triadou SPV SA pour plus de 193 millions de dollars. Enregistrée au Luxembourg, Triadou est une société de type special purpose vehicle, un véhicule ad hoc constitué notamment pour rendre plus opaque l’identité ou la chaîne de contrôle économique, à travers lequel des fonds d’origine frauduleuse issus de la BTA auraient transité avant d’être réinjectés dans des actifs américains, notamment immobiliers. Son rôle, tel qu’établi par les procédures, est celui d’un maillon dans la chaîne de blanchiment, permettant de dissocier l’origine des fonds de leur destination finale. À ce stade, précisons-le, la matérialité des flux frauduleux ne fait plus l’objet de contestations sérieuses.

Mais précisément parce que le volet financier apparaît solidement établi dans des enceintes juridictionnelles occidentales, une seconde énigme se détache du dossier et le rend politiquement explosif. Car si les faits sont reconnus, pourquoi la coopération policière internationale a-t-elle, à plusieurs reprises, buté sur le même obstacle ?

C’est ici qu’entre en scène Vitalie Pirlog, une figure rarement mise en avant dans l’espace public et pourtant centrale pour comprendre l’architecture du dossier. Ancien ministre de la Justice de Moldavie, Pirlog occupera ensuite l’une des fonctions les plus sensibles de la coopération policière internationale, en assurant la présidence de la Commission de contrôle des fichiers d’Interpol (CCF) entre 2017 et 2022, organe chargé d’examiner et d’éventuellement annuler ou bloquer les notices. Et c’est sous sa présidence que l’annulation ou le blocage des notices rouges déposées par le Kazakhstan concernant Abliazov auraient eu lieu à plusieurs reprises. Ce qui pose problème ici n’est pas le fait qu’Interpol rejette une demande, mais la répétition des décisions et la tendance quasi systématique à trancher en faveur d’Abliazov. En avril 2017, quasi immédiatement après la prise de fonction de Pirlog à la tête de la CCF, Interpol annule une première fois la notice rouge visant Abliazov. À l’époque, la Commission justifie son refus par l’existence d’une demande de statut de réfugié en France. Or cette justification, en apparence solide, apparaît beaucoup moins convaincante lorsqu’on examine la chronologie de la procédure administrative française. Le 31 mai 2018, l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) rejette la demande d’asile d’Abliazov. En juillet 2020, la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), juridiction spécialisée qui juge les recours contre les décisions de l’OFPRA, lui accorde un statut de protection, avant de revenir sur sa décision le 8 décembre 2022. Abliazov perd ensuite tous les recours contre cette décision jusqu’au Conseil d’État. Autrement dit, l’argument d’une protection internationale ne renvoie pas à une reconnaissance stable et continue, mais à une séquence dissonante, ponctuée de revirements, ce qui rend d’autant plus sensible son usage répété comme motif d’incompatibilité.

Un système de blocage répété

Dans le même temps, les autorités kazakhes ont relancé Interpol. Avant la fin du mandat de Pirlog, le bureau du procureur général du Kazakhstan a envoyé deux autres demandes de publication d’une notice rouge. La Commission a refusé à plusieurs reprises de la publier, et plusieurs demandes auraient même été rejetées sur des bases qui interrogent sur le sérieux de leur examen, notamment le faible poids qu’aurait accordé cet organisme aux décisions judiciaires étrangères rendues au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Peut-on affirmer que Pirlog a agi consciemment ? Aucun élément publié ne permet de soutenir qu’il aurait violé explicitement les règles d’Interpol dans le cas Abliazov. Mais le dossier prend une tonalité nouvelle depuis son arrestation ultérieure, en juin 2025, aux Émirats arabes unis, pour corruption, pots-de-vin et abus de pouvoir dans une autre affaire. Cette arrestation fragilise la présomption de neutralité attachée à son action passée. Elle autorise désormais à formuler l’hypothèse, lourde mais raisonnable, d’un usage possiblement complaisant des mécanismes de la CCF afin de neutraliser certaines procédures. L’accumulation des décisions, et désormais aussi le profil de leur principal garant institutionnel, transforment le doute en soupçon de dysfonctionnement sous sa présidence.

À cette zone grise s’ajoute un dernier élément. Dans le même temps, les condamnations prononcées par contumace et certaines accusations portées par le Kazakhstan, la Russie ou l’Ukraine sont traitées avec prudence par plusieurs États européens. C’est sur cette base, et non sur une appréciation du fond, que des pays comme la France ont refusé l’extradition d’Abliazov, estimant qu’il existait un risque de procès inéquitable. Autrement dit, une partie des institutions européennes n’a pas considéré Abliazov comme innocent, mais comme juridiquement inextradable dans un cadre où l’État demandeur ne donnait pas les garanties requises. L’accusation la plus fragile demeure celle du meurtre de Yerzhan Tatishev, ancien associé d’Abliazov. La thèse selon laquelle celui-ci aurait commandité l’assassinat repose sur une confession tardive obtenue par la justice kazakhe. Contrairement aux dossiers financiers, pour le moment, aucun tribunal occidental indépendant n’a validé cette version des faits.

Selon maître Stéphane Bonifassi, l’avocat de la Banque BTA, la Cour de cassation doit trancher probablement en avril un point décisif dans l’affaire, la question purement juridique de la validité des poursuites pénales engagées en France. Il s’agit de dire si l’annulation prononcée jusque-là, notamment au regard de la régularité de la procédure, doit être confirmée, ce qui mettrait fin à la saga, ou au contraire cassée, ce qui relancerait la machine judiciaire. L’enjeu derrière cette décision technique, explique Maître Bonifassi, est de savoir si le contentieux français restera cantonné au registre exil-protections accordées à un opposant, ou s’il s’attaquera au fond, c’est-à-dire cette grande affaire de fraude financière transnationale.

Les paradoxes de l’État de droit face aux crimes économiques transnationaux

L’affaire Abliazov révèle ainsi une vérité dérangeante. Le droit d’asile, conçu comme une protection contre la persécution politique, peut aussi devenir un instrument de neutralisation juridique lorsqu’il est contourné, instrumentalisé ou dévoyé. Une protection accordée au nom de l’asile ne vaut ni absolution morale, ni effacement des faits établis par des juridictions indépendantes. Elle peut cependant, dans certains cas, produire un effet plus puissant encore qu’un acquittement : en bloquant l’extradition, elle grippe la coopération policière et judiciaire, et offre de facto au suspect une forme de protection. En permettant une bataille juridique longue, avec ses recours et ses protections provisoires, elle ouvre un espace stratégique que des acteurs dotés de ressources importantes peuvent exploiter, profitant des lenteurs et des scrupules des États de droit. Plus les démocraties perfectionnent leurs garanties, plus elles s’exposent à leur instrumentalisation. Le cas Abliazov interroge ainsi les limites du système international qui a du mal à concilier la protection légitime des opposants politiques avec la nécessité de poursuivre les crimes économiques transnationaux et éviter que les mécanismes de l’État de droit ne deviennent des boucliers pour des acteurs disposant de moyens considérables.

Un patron à l’Élysée? Mauvaise question

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Interrogé le 3 février sur une potentielle participation à l’élection présidentielle en 2027, le patron des supermarchés Michel-Edouard Leclerc a indiqué que "pas plus con qu'un autre", il n'excluait rien. Capture YT.

Faut-il un PDG pour sauver la République ? Elisabeth Lévy donne son avis dans sa chronique radio. Selon elle, la France n’est pas une entreprise. Nous vous proposons de l’écouter


Challenges, mai 2025.

Faut-il envoyer un patron à l’Elysée ? C’est la dernière idée à la mode. Puisque les énarques et autres professionnels de la politique nous ont emmenés dans le mur, il nous faudrait un patron, quelqu’un qui connait la réalité de l’entreprise, pour remettre de l’ordre dans la maison France. Selon un sondage OpinionWay/La Tribune Dimanche, pour 58 % des sondés, un entrepreneur ferait un bon président. Les Français ont déjà leurs favoris. Dans une autre enquête datant de février 2025, 43 % sont favorables à une candidature Michel-Edouard Leclerc, 34 % pour Bernard Arnault, 30 % pour François Pinault, 29 % pour Xavier Niel et 28 % pour Vincent Bolloré.

Si MM. Arnault, Pinault et Bolloré ne semblent pas tentés par l’aventure politique, préférant sans doute l’influence à l’exercice du pouvoir, d’autres sont prêts à faire don de leur personne à la France. « Je suis disponible pour la nation », disait Michel-Edouard Leclerc l’an dernier.  Xavier Niel en parlerait tous les jours, selon sa fille de 13 ans. Enfin, Matthieu Pigasse, le banquier de gauche, qui mène un combat culturel contre ce qu’il appelle l’extrême droite affirme que, par principe, il n’exclut jamais rien.

A ne pas manquer, Causeur #142: Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

Quand la confiance dans la politique est au plus bas, c’est peut-être une bonne idée, se dit-on. En réalité, c’est une idée aussi oiseuse que celle qui consiste à dire qu’il faut élire une femme, un immigré ou un handicapé. L’élection présidentielle n’est pas un casting ni un entretien de recrutement, c’est une rencontre entre un homme et un peuple. Et la vie d’une nation ne se réduit pas à des problèmes et des solutions. Ce qu’on attend du président de la République, particulièrement du prochain, c’est qu’il redonne au pays le goût et le sens de l’avenir, qu’il incarne ce qui fait de nous une communauté politique. Le boulot d’un patron c’est de faire du profit, celui du président, c’est de garantir l’intérêt général. Ça ne signifie pas qu’un patron ne peut pas avoir les qualités requises pour être président de la République. Mais qu’on ne dirige pas un pays comme une entreprise, même Donald Trump le sait contrairement à ce que répètent les commentateurs.

On a évidemment besoin d’un président qui comprenne les réalités économiques et financières, patron ou pas. Reste à savoir si les Français sont capables d’entendre ce que savent tous les chefs d’entreprise : on ne peut pas dépenser durablement beaucoup plus que ce qu’on gagne.

Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio