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Pathos présidentiel et hochets de la culture

Jean‑Paul Rouve nous offre une belle séquence émotion à l'Elysée


Pathos présidentiel et hochets de la culture
Le comédien Jean-Paul Rouve photographié en 2024 © Laurent VU/SIPA

Jean‑Paul Rouve fond en larmes dans les bras d’Emmanuel Macron lors de la remise de sa Légion d’honneur. Une image un peu grotesque qui résume le spectacle des récompenses culturelles en France.


Jean‑Paul Rouve, acteur et réalisateur, fond en larmes dans les bras d’Emmanuel Macron alors que le président lui accroche la Légion d’honneur. Les caméras immortalisent le moment : émotion, accolades, photo officielle. Le geste présidentiel, la figure paternalisante, les larmes publiques : tout concourt à transformer la décoration en spectacle, la récompense en hochets. Ce type de scène illustre à lui seul la comédie qu’est devenue la reconnaissance culturelle en France.

Néocourtisanerie

Les hochets de la République. Nos grands enfants du monde de la culture. Ils ne vivent que pour ça. Les poètes printaniers, les nouveaux courtisans, les néo-militants convertis en béni‑oui‑oui attendent, alignés et impatients, que le ruban, la petite croix, le joujou officiel tombe enfin dans leurs mains. Peu importe qui le leur tend : un camarade d’hier, un notable sans scrupules, un président jouant à l’oncle compatissant. Toute critique est soigneusement anesthésiée ; le plaisir honteux de l’estrade, de la photo, du selfie officiel, prend le pas sur la lucidité.

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Et puis il y a ceux qui refusent. Ceux qui déclinent la bénédiction officielle. Ceux qui refusent de transformer la culture en cérémonie d’État. Georges Brassens, Albert Camus, Jean‑Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Thomas Piketty, Jacques Tardi, Brigitte Bardot, Blanche Gardin, Wilfrid Lupano : ils ont dit non. Pour rester libres, pour refuser la récupération, pour rappeler que la grandeur d’un artiste ou d’un intellectuel ne se mesure pas aux rubans ou aux honneurs, mais à la liberté qu’il conserve. Ces refus sont des signes de résistance, des éclairs de lucidité dans l’ombre des applaudissements ministériels.

Le petit oiseau va sortir

Le système récompense le servile, le flatteur, l’ami des amis. La culture est sous perfusion, nourrie à la seringue de décorations, de subventions et de petites reconnaissances publiques. Le pathos médiatique, les larmes de Rouve dans les bras du président, deviennent monnaie d’échange: plus la dépendance est forte, plus le besoin d’être reconnu par le pouvoir s’amplifie.

Le temps long sera le juge implacable des béni‑oui‑oui et des arrivistes. L’Histoire n’a pas besoin de jouer à Madame Irma : elle fera son office et démasquera les faux héros. La culture, ainsi domestiquée, tient en laisse. Le sourire présidentiel suffit à faire frissonner de bonheur des âmes naïves. Le joujou officiel devient critère de valeur. Mais il existe encore ceux qui refusent, qui restent debout, qui refusent d’agenouiller leur sens critique devant un ruban ou une médaille. Ceux-là sont les véritables héritiers. Les autres s’amuseront avec leurs hochets et leurs rubans jusqu’au moment où le temps long les rappellera à la raison, avec une claque que ni l’éloge ni la photo officielle ne pourront amortir.




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Grégory Rateau évolue entre la France et Bucarest en Roumanie, où il dirige un média local en français et poursuit son activité d’écriture.

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