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Europe sans Frontex

Quand la justice s’attaque aux frontières


Europe sans Frontex
Le directeur exécutif de Frontex, Fabrice Leggeri, s’exprime lors d’une conférence de presse à Bruxelles, le mardi 20 février 2018 © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

L’eurodéputé RN Fabrice Leggeri fait l’objet de poursuites pour avoir refoulé les migrants lorsqu’il était à la tête de Frontex – dont on pensait naïvement jusqu’à ce jour que c’était le rôle.


Fabrice Leggeri, l’ancien patron de Frontex et aujourd’hui eurodéputé RN, est poursuivi pour crimes contre l’humanité et torture. Du moins pour complicité de ces deux crimes, plus précisément — ce qui n’est pas rien. Lorsqu’il dirigeait Frontex (l’agence de protection des frontières européennes) entre 2015 et 2022, M. Leggeri était dans le collimateur de l’écosystème immigrationniste qui fait sa loi à Bruxelles. Ursula von der Leyen l’a débarqué comme un malpropre. Ce naïf croyait diriger une force de police, quand la présidente de la Commission européenne voulait une agence d’accueil.

La plainte a été déposée en avril 2024 par la Ligue des droits de l’homme et Utopia 56. Ces deux associations gauchistoïdes accusent Leggeri d’avoir mené une chasse aux migrants. Rien que ça. Certes, elles ne disent pas qu’il a jeté des gens à la mer, mais qu’il a couvert ou ordonné des refoulements illégaux vers la Libye et la Turquie (crime contre l’humanité), au lieu de les diriger vers nos côtes. Elles veulent également lui imputer les tortures infligées à certains des migrants refoulés en Libye.

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) s’était déclaré incompétent, mais la cour d’appel a ordonné hier l’ouverture d’une instruction. Des juges s’estiment donc qualifiés pour juger la politique migratoire de la France et sa mise en œuvre.

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Il est légitime que Fabrice Leggeri réponde de ses actes, dit-on. Peut-être, mais en l’occurrence, ce n’était pas l’avis du PNAT. On l’accuse « d’avoir mené une politique visant à empêcher l’entrée des migrants, quel qu’en soit le prix, en vies humaines ». Tout est dans ce prix. Il s’agit d’arbitrer entre des exigences contradictoires : la protection des individus, d’un côté ; celle des nations, de l’autre. La police des frontières ne peut évidemment pas se faire à n’importe quel prix ni par n’importe quel moyen. Mais elle ne peut pas non plus être indolore et compassionnelle. Elle suppose de pouvoir renvoyer des malheureux vers les pays qu’ils cherchent à fuir. Seulement, en pratique, une fois dans les eaux territoriales européennes, vous avez le droit de demander l’asile et vous serez pris en charge jusqu’à l’épuisement des recours. Ce qui signifie que l’on prétend protéger nos frontières sans renvoyer ceux qui les franchissent. C’est une mission impossible.

Derrière cette analyse, attention, il y a évidemment d’effroyables tragédies humaines. Mais la politique ne peut se réduire aux sentiments. On en parle de plus en plus souvent : l’immigration pose un défi culturel et politique majeur aux sociétés. Les peuples européens demandent une pause.

J’ignore si Fabrice Leggeri a enfreint les règles. Mais avec ce procès, il s’agit en réalité d’imposer le dogme de fer des élites européennes : l’immigration n’est pas l’affaire des peuples. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée, reçue ce matin sur Sud Radio, décrète qu’un référendum sur l’immigration serait « contraire à nos valeurs ». L’immigration est un phénomène massif qui transforme sans retour les sociétés européennes, mais pas touche. J’attends avec impatience qu’elle justifie ce refus de la délibération démocratique.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction dans la matinale au micro de Sud radio



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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