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Les surdoués font de la politique

Le président du parti foutuïste ne cache pas son amitié et son admiration pour Sarah Knafo. Il salue une intellectuelle qui a le courage de descendre dans l’arène pour défendre ses convictions, et reconnaît que si le pessimisme les sépare, la littérature les unit.


Ni portrait craché, je n’entends pas ici faire le tour du sujet Knafo. Ni portrait caché, je ne ferai pas ici mystère d’être un ami de Sarah. Sous les apparences de la jeune femme assise à ma gauche dans ce restaurant du quartier de l’Odéon, je devinai tout de suite une personnalité d’exception. Je ne sais plus en quels termes je l’exprimai en aparté à Éric Zemmour. Les inflexions de sa voix, davantage encore que la teneur de ses propos, enveloppaient la certitude d’un destin. Je n’avais pas encore connaissance de son impressionnant CV mais au vrai, d’être sortie dans la botte de l’ENA importe aussi peu à Sarah Knafo qu’une séance d’échauffement aux yeux d’un footballeur international. Seul compte le match à venir. Et celui d’après. Gagner la Coupe du monde l’intéresse moins que de remporter la Coupe de France. Pour le mot « France ».

Je crois bien que notre première véritable conversation porta sur la littérature. Sauf erreur, il s’agissait de savoir quelle partie des Somnambules d’Hermann Broch avait notre préférence. Le premier roman de l’écrivain autrichien (que nous possédions tous deux dans la même édition) se divise entre « 1888, Pasenow ou le romantisme », « 1903, Esch ou l’anarchie » et « 1918, Huguenau ou le réalisme ». Je tiens la première pour la meilleure, et pour l’un des plus grands exploits littéraires jamais accomplis, tout me parle dans ce texte où tout parle d’un effondrement à venir, celui d’un empire et d’une civilisation. Sans autres armes que celles de la littérature, d’un travail sur la langue où les mots sont frappés d’un dérèglement qui emportera l’Autriche-Hongrie et avec elle les valeurs de l’Europe, à la manière dont un sismographe enregistre les vibrations du tremblement de terre imminent. Tout comme l’effondrement du langage contemporain, où les phrases servent désormais moins à exprimer la réalité qu’à la dissimuler ou à la travestir, où le français de Balzac deviendra bientôt une langue étrangère pour nombre de ses compatriotes, annonce notre chute collective. La littérature est l’école du doute et, en dépit des apparences, Sarah possède un tempérament à forte coloration littéraire. La seule à pouvoir déclarer : « Je crois que l’on peut réveiller en chacun, politiquement ou par la littérature, le meilleur de ce qui sommeille en nous », la seule à placer un signe d’égalité entre politique et littérature, la seule à revendiquer cette profondeur de champ. La seule avec Zemmour, bien sûr. Lors des échanges qui suivirent ce premier déjeuner, s’exprimèrent bien des incertitudes sur son avenir personnel et politique. Je n’en dirai pas plus. Sinon que dans les deux domaines cités, elle choisit de se tenir au-delà du doute, tandis que je restai en deçà. Voilà comme l’une devint vice-présidente du parti Reconquête ! et l’autre président du parti Foutuïste. Le pessimisme nous séparait, les livres nous rapprochaient. Nous fomentions de minuscules complots, il était question d’aller ensemble toquer sans prévenir à la porte de Milan Kundera et d’enfin converser avec notre héros commun, ce suprême dissident, ce dissident de la dissidence même. Je me dégonflai. Nous adressâmes une lettre à l’auteur de L’Ignorance – qui resta sans réponse.

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J’ai parlé de tempérament, il faut aussi parler d’histoire personnelle. Celle d’une gamine juive de Seine-Saint-Denis (comme Zemmour, tiens donc…), d’un département que fuient ses coreligionnaires, d’un laboratoire à ciel ouvert du grand remplacement que Jean-Luc Mélenchon appelle désormais de ses vœux sans plus de précaution oratoire. Sa famille avait déjà quitté le Maroc en 1967 après la guerre des Six-Jours. Jamais deux exils sans trois, le dicton flotte dans l’air comme une épée de Damoclès au-dessus de bien des têtes, coiffées d’une kippa pour nombre d’entre elles. La menace d’être expulsé de chez soi court bien souvent dans le sang et dans la mémoire de ceux qui ont la France au cœur. Ne jamais l’oublier quand il est question de Sarah Knafo. À ce propos, il me revient que nous échangions des citations extraites de lectures en cours. Du Pitié pour les femmes de Montherlant, elle découpa à mon intention ce qui suit : « Depuis longtemps, bien longtemps, on travaille, de l’intérieur et de l’extérieur, et Dieu sait avec quelle haine patiente, à faire de la France un pays où quelqu’un de propre, et d’une certaine qualité interne, se sente en exil. Cela a été long et dur parce que c’était une bonne nation, pleine d’un fond excellent. Mais enfin, on y est arrivé. » Je m’étonne que la phrase ne figure pas sur son tract électoral. Quelques jours plus tard, Sarah partagea avec moi ce jugement d’Anatole France sur les Français : « Ils tomberont de si bas que leur chute même ne leur fera pas de mal. »

J’ai assisté à la naissance d’un couple politique et rien de ce que j’ai lu à son sujet – il était entre autres question de « conseillère de l’ombre » ou de « femme de réseau » – ne correspond à la réalité. J’ai par exemple été témoin de la fin d’intenses séances de travail dans un studio parisien que l’on pouvait définir comme des coproductions entre deux brillantes intelligences, la tournure d’esprit pratique de Sarah et la tournure d’esprit conceptuelle d’Éric aboutissant à l’équilibre souhaité. La présidentielle de 2022 unit un homme et une femme qui s’aimaient, deux intellectuels par ailleurs semblablement convaincus que la défense de leurs convictions nécessitait de quitter le champ limité du débat d’idées pour aller combattre dans l’arène politique. Deux surdoués qui n’en négligent pas pour autant de travailler à fond les dossiers. Une méthode dont pourraient s’inspirer certains de leurs adversaires. C’est pourquoi faire le portrait de Sarah revient toujours à faire le portrait de Sarah et Éric, que tout rapproche et tout unit, c’est pourquoi l’invention par certains d’une rivalité entre les deux têtes de Reconquête ! pour représenter le parti en 2027 est du plus haut comique ou du plus navrant pathétique (et quant à distinguer entre leurs lignes politiques, ma vue ne le permet pas). Le roman vrai surpasse ici tous les romans d’invention, j’en atteste.

À ma question sur Les Somnambules d’Hermann Broch, Sarah répondit : « Celui que j’aimerais être : Pasenow. Celui que je suis sans doute : Esch. »

Issy-les-Moulineaux: de l’audace! … toujours de l’audace?

André Santini, la candidature de trop? Le maire UDI, malade et hospitalisé, se présente alors qu’il apparait très affaibli. Constance Bensussan, secrétaire générale adjointe de l’Élysée, placée en sixième position sur sa liste malgré des liens limités avec la ville, apparaît comme une possible solution de succession orchestrée en coulisses…


« Issy l’audacieuse »… c’est ainsi qu’André Santini avait, au milieu des années 2000, surnommé la ville dont il était – déjà – maire depuis 1980. Une audace qui, à cette époque-là, s’était notamment traduite par une capacité inédite, et méritoire, à attirer dans cette commune limitrophe de Paris, un certain nombre de sièges sociaux des secteurs des médias ou de la communication, ainsi que par certaines outrances en matière architecturale, André Santini étant particulièrement friand d’architectes internationaux, dont la mégalomanie des projets n’avait d’égal que leur prix pharaonique.

La dette en augmentation

Longtemps, cette audace fut le fruit de l’autonomie fiscale des communes qui aida M. Santini à panacher intelligemment un euro d’impôt levé sur les entreprises, perçu au titre de la taxe professionnelle et un euro d’impôt perçu sur les particuliers, au titre de la taxe d’habitation. Grâce à ce combo gagnant, Issy-les-Moulineaux a su attirer les familles du 15e arrondissement tout proche et passer d’une population de 56 000 habitants en 2000 à 68 000 aujourd’hui. Las ! L’Etat, toujours soucieux de restreindre les libertés municipales, en démantelant la taxe professionnelle, puis en supprimant, en 2020, la taxe d’habitation, a fragilisé cet équilibre. Au point que la dette municipale par habitant est passée de 46 euros en 2020 à 140 en 2024, tendance qui s’est accompagnée de surcroît d’une hausse substantielle de la taxe foncière.

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C’est dans ce contexte que les 46 106 électeurs isséens renouvelleront leur Conseil municipal les 15 et 22 mars. Une élection qui pourrait être plus compliquée que prévu pour M. Santini, pourtant coutumier des scores de maréchal. Et c’est bien pour cette raison qu’il ose encore certaines audaces à commencer par celle, incompréhensible, de sa propre candidature. En effet, M. Santini, 85 ans au compteur, s’est ingénié à retarder au maximum une entrée en campagne qui en devient carrément suicidaire, pour lui comme pour ses amis de quarante ans. Le déclin d’André Santini, est déjà apparu au grand jour dans un article du Parisien en date du 6 février dont les photos ne sauraient guère tromper que ceux des Isséens qui veulent encore l’être. Les photos étaient tellement peu à l’avantage du maire sortant qu’on peut s’interroger.  Ses adversaires, voire ses faux amis – et ils sont nombreux – auraient en effet voulu torpiller sa candidature qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Visiblement diminué, amaigri, M. Santini, d’ordinaire si bon vivant, était accompagné, lors de cet interview, de Gabriel Attal, dont on oublierait presque qu’il est le député du coin. Et André Santini de regretter à cette occasion que notre éphémère Premier ministre n’ait pas souhaité prendre sa succession à la mairie d’Issy Les Moulineaux. Quel cinglant désaveu pour sa propre majorité ! Il est vrai que cette dernière ne s’est jamais vraiment distinguée ni par sa cohésion, ni par des compétences d’autant moins brillantes qu’André Santini était allé les chercher en 2020 chez En Marche et autres boutiques du bloc central, dont on sait bien que l’intelligence des cadres n’est pas vraiment la vertu première. Et pour cause, même hospitalisé depuis octobre, M. Santini reste le seul principe d’unité, pour ne pas dire d’éternité, d’une majorité municipale qui se déteste. Celle-ci devra pourtant vite accoucher d’un successeur, tant on doute des capacités résiduelles d’André Santini déjà à faire campagne et, plus encore, à garder le manche de sa ville jusque 2033. Et il en faut, de l’autorité pour unir une dernière fois cette majorité sortante inapte à « tuer le père » sur près d’un demi-siècle d’une gestion municipale sans partage.

Et la numéro 6 de liste est…

Dernière audace qui devrait faire tiquer bien des électeurs et dans les recoins de laquelle se cache, sans doute, la solution de cette succession âprement disputée en coulisses : cet étrange n°6 de la liste conduite par André Santini. Une certaine Madame Constance Bensussan… rien de moins que la Secrétaire générale adjointe de l’Elysée – excusez du peu ! Mme Bensussan est en charge auprès du chef de l’Etat des questions sociétales et n’aurait, semble-t-il, avec la ville d’Issy-les-Moulineaux guère que des attaches assez lointaines. De là à croire que ce haut fonctionnaire, inspectrice de affaires sociales, est là, en service commandé, pour tirer les marrons du feu, siffler la fin de la récré, s’appuyer sur les réseaux Macron et consorts pour s’imposer comme maire à des conseillers municipaux santinistes sortants, il n’y a qu’un pas que nous avons… l’audace de franchir ! N’oublions pas que le maire est élu par les conseillers municipaux, lors d’un Conseil municipal d’installation où tout peut arriver.

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Dans l’ambiance de sauve qui peut général, les options de recasage ouvertes aux barons du macronisme sont en effet d’autant plus convoitées qu’elles sont proches de Paris. Ces parachutages devraient donc, dès avant 2027, les préserver du vent de dégagisme ambiant. Quand l’empêchement de M. Santini sera-t-il constaté? Mme Bensussan sera-t-elle le prochain maire d’Issy ? Les électeurs s’en laisseront-ils compter plus longtemps ? Nul ne le sait, mais le sujet a pour effet de doper les quatre listes d’opposition qui gardent toutes leurs chances de succès.

Convaincues que leur commune vaut plus qu’un terrain de jeux pour cabinets ministériels finissants ou qu’un ultime exutoire à l’hubris de son maire historique, elles pourraient bien créer la surprise au soir du 15 mars. Par exemple en contraignant le marigot centro-santiniste à un second tour bien inhabituel à Issy-les-Moulineaux.


M. Rigolot est membre de la liste VIVRE ISSY PLEINEMENT, conduite par Mme Martine VESSIERE, candidate aux municipales des 15 et 22 mars 2026

Y’a pas de débat!

Favorite pour l’alternance dans la capitale, Rachida Dati réalise une fin de campagne mitigée, avec le petit caillou Knafo dans sa chaussure. Imitant le socialiste Emmanuel Grégoire, elle déçoit en refusant de débattre avec ses concurrents. Et semble pressée de voir arriver le jour du scrutin. En tout cas, plus qu’elle ne l’avait été de quitter le ministère de la Culture pour faire campagne…


Les campagnes électorales municipales ont leurs rituels : quelques polémiques, beaucoup de promesses et, autrefois, des débats. Cette année, à Paris, les débats sont devenus optionnels.

Estimant que leurs candidats avaient davantage de coups à prendre que de points à gagner dans une confrontation télévisée, les états-majors des deux principaux prétendants à l’Hôtel de Ville, Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, ont préféré décliner les invitations des journalistes.

Invitée de la matinale de France info hier matin, Mme Dati s’en est expliquée à sa manière. Elle ne voulait pas « participer à un pugilat », prétend-elle. On la comprend, et c’est d’ailleurs bien connu : l’élue de droite parisienne n’a jamais aimé les confrontations en direct, comme le savent tous les programmateurs des soirées électorales à la télé ! «Contrairement à la gauche, je n’ai jamais opposé les Parisiens les uns aux autres. Je ne suis pas dans l’invective. J’essaie de réconcilier», expliquait-elle par ailleurs dans les colonnes du Parisien le 1er mars. Tant pis pour les amateurs de joutes télévisées.

Un débat… sans les favoris

Mercredi 4 mars, le débat organisé par France 3 et Ici ressemblait donc à ces dîners où les invités principaux annulent à la dernière minute. Les seconds rôles se retrouvent à table, un peu gênés, mais bien décidés à profiter de l’occasion.

Sarah Knafo, créditée de 13,5 % dans le dernier sondage Elabe pour La Tribune Dimanche, ne s’est pas privée d’ouvrir les hostilités dès qu’on lui a offert la parole : « Avant de répondre à votre question, permettez-moi de remercier les candidats qui sont là et qui respectent la démocratie. J’aurais aimé savoir ce que font Mme Dati et M. Grégoire. Ont-ils à cette heure quelque chose de plus important à faire que de se confronter à la comparaison des projets ? »

L’eurodéputée Reconquête ! sera rejointe dans sa critique par M. Bournazel (Horizons) quelques instants plus tard : « Refuser le débat, c’est un déni de démocratie. Ce soir, je pense qu’ils sont disqualifiés pour devenir le prochain maire de Paris. » Face à eux, le regard lassé et les cheveux curieusement coiffés, la socialiste Lamia El Aaraji, venue remplacer Emmanuel Grégoire sur le plateau, a tenté une défense aussi classique que circulaire : si le candidat socialiste n’est pas là, c’est parce que Mme Dati refuse les débats depuis des semaines. Autrement dit, si personne ne débat, c’est la faute de l’autre.

Scène de rue dans le Ve arrondissement

Quelques jours plus tôt, samedi après-midi, sur les quais de Seine baignés de soleil, Emmanuel Grégoire improvisait une séance de questions-réponses avec des habitants du Ve arrondissement. Une scène presque idyllique, jusqu’à ce qu’un invité inattendu s’empare du micro : Pierre-Yves Bournazel. « C’est Pierre-Yves Bournazel, mon ami, qui arrive », grince d’abord le socialiste, tandis que quelques huées montent dans son public. « C’est très courtois et républicain de venir à mes côtés », tente-t-il, visiblement mal à l’aise. Flanqué de l’ancienne ministre Marlène Schiappa, Bournazel, lui, ne s’embarrasse pas de diplomatie : « Quand on croit à la force de sa candidature et de son projet, on vient débattre. C’est le moindre respect envers les Parisiens. » A l’issue de cette joute verbale virile comme de mémoire d’électeur parisien on n’en avait pas vu depuis longtemps, les deux hommes finiront par s’accorder sur un point : si le débat n’a pas lieu, c’est la faute de Rachida Dati. Sur ce consensus inattendu, le centriste repartira aussi vite qu’il était venu.

Questions sans réponse

Reste que cette absence de confrontation avec les deux favoris demeure effectivement problématique. Et les sujets de discorde ne manquaient pas. Pourquoi Emmanuel Grégoire refuse-t-il d’armer la police municipale ? Pourquoi veut-il porter la part de logements sociaux à 40 % dans la capitale, contre 25 % aujourd’hui, transformant un peu plus Paris en gigantesque office HLM ? Que pense-t-il des scandales récents dans la gestion de ces logements ? Comment justifie-t-il l’explosion de la taxe foncière qui frappe les propriétaires ? Et pourquoi son programme est-il le seul à ne pas évoquer le sujet de la prolifération des rats ? Autant de questions auxquelles les électeurs n’auront pas eu la chance d’entendre répondre le successeur désigné d’Anne Hidalgo.

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En tant que figure politique nationale de premier plan, la candidate LR bénéficie certes d’une notoriété bien supérieure à celle d’Emmanuel Grégoire. Mais son absence sur le plateau n’a pas permis de lever quelques interrogations qui pourraient aussi troubler les électeurs de droite de leur côté. Rachida Dati avait un autre rendez-vous le soir du fameux débat : un iftar avec la communauté berbère. Qui a murmuré « clientélisme communautaire » ?

C’est que de la télé !

Ses potentiels électeurs ont donc dû se rabattre sur le grand « entretien vérité » promis par le JDNews ce weekend. Quatre pages d’entretien, dont il ressort essentiellement une recommandation répétée à trois reprises : voter pour elle dès le premier tour si l’on veut l’alternance à Paris. Pour le reste, l’ancienne ministre sarkozyste puis macroniste y enchaîne des généralités sur la propreté, la sécurité et la « mobilité apaisée », et se révèle incapable de citer une seule mesure phare qui pourrait « transformer la vie des Parisiens dans les cent premiers jours de mandat ». Nos confrères ont tout de même évoqué un sujet plus embarrassant: le procès qui attend Mme Dati en septembre pour « corruption et trafic d’influence passifs » dans l’affaire Renault-Nissan / Carlos Ghosn. Réponse classique : la présomption d’innocence est bafouée à mon égard. Enfin, les adversaires de Mme Dati auraient peut-être aimé l’entendre clarifier en direct ses déclarations récentes devant la commission Alloncle sur l’audiovisuel public. L’ancienne ministre y avait accusé l’émission Complément d’enquête d’avoir proposé de l’argent à un membre de sa famille pour obtenir un témoignage à son sujet — tout en refusant de produire les preuves qu’elle disait posséder. Le proche en question souhaiterait qu’on le laisse « tranquille ». Mme Dati en campagne aussi, visiblement.

Au fond, tout cela n’est peut-être que de la télévision, des petites querelles de plateaux et d’agendas. Ou pas. Les électeurs parisiens, eux, attendaient de voir leurs candidats se confronter, expliquer leurs projets et répondre aux critiques. Savoir, par exemple et en face-à-face, les yeux dans les yeux, lequel des deux favoris pourrait convaincre en direct Pierre-Yves Bournazel de le rejoindre au second tour. Le candidat de la macronie n’a en tout cas pas franchement tenté de draguer la candidate LR sur France 3, déclarant lors de sa déclaration finale que Grégoire et Dati avaient tous deux « abimé Paris » et « je suis un homme honnête, et pour moi l’honnêteté ça compte », allusion à peine voilée aux déboires judiciaires de ses adversaires.

Attention : à force de refuser le débat, les électeurs de droite pourraient aussi finir par se demander si Mme Dati est réellement aussi décidée qu’elle le dit à tourner la page de la gabegie financière à la Mairie. Pire, ils pourraient finir par croire qu’elle n’est finalement qu’une « Hidalgo de droite ». Certains observent déjà que si elle a dénoncé sans relâche au Conseil de Paris les politiques folles de gauche (développement délirant du logement social et chasse à l’automobiliste, notamment) son programme ne revient en réalité pas dessus, à la différence de Mme Knafo.

A Paris, la campagne aura ressemblé à ces matchs de boxe où les deux combattants tournent longtemps autour du ring sans jamais se toucher. Rachida Dati semble visiblement plus pressée que jamais d’arriver au jour du scrutin.

Patrice Jean contre le prêt-à-penser

Chez l’écrivain, ami de Causeur, la satire devient diagnostic de notre temps, observe notre contributeur, qui a lu tous ses livres. Kafka au candy-shop apporte d’utiles clés de lecture à l’ensemble de son œuvre.


À mesure que la littérature contemporaine se rapproche du commentaire moral, certains romanciers prennent le risque inverse : écrire sans chercher à plaire au tribunal de l’époque. Patrice Jean appartient à cette minorité. Depuis plusieurs années, son œuvre avance à contre-courant d’une tentation devenue dominante – transformer le roman en instrument pédagogique, voire en certificat de vertu. Ses livres rappellent une chose simple et presque subversive : la littérature n’est pas là pour approuver le monde, mais pour le regarder.

Ironie lucide

De L’Homme surnuméraire, qui l’a imposé auprès d’un large public, à La Vie des spectres, La Poursuite de l’idéal, Rééducation nationale et l’essai Kafka au candy-shop, une même interrogation traverse son travail : que devient l’individu lorsque les discours collectifs prétendent définir à sa place ce qu’il doit penser, dire ou ressentir ? Chez Patrice Jean, le conflit n’est jamais spectaculaire. Il est diffus, quotidien, presque imperceptible. Ses personnages découvrent qu’ils vivent dans une époque qui parle sans cesse de liberté tout en redoutant la dissonance.

Dans L’Homme surnuméraire, l’ironie agit comme une méthode d’observation. Le narrateur contemple le théâtre culturel contemporain avec un mélange de lucidité et d’amusement inquiet. Rien n’est frontal, tout passe par le décalage. Le lecteur rit, puis comprend que ce rire vise moins des individus que l’air du temps lui-même – cette manière moderne d’imposer des conformismes au nom de l’ouverture.

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La Poursuite de l’idéal prolonge cette exploration sur un mode plus intime. Patrice Jean y décrit l’écart entre les ambitions spirituelles et la réalité ordinaire des existences. Le roman refuse la posture cynique autant que l’illusion romantique : il montre simplement la fatigue des idéaux lorsqu’ils rencontrent la vie réelle. Cette attention aux désillusions silencieuses constitue l’une des signatures les plus fortes de son écriture.

Fracture sociale

Avec Rééducation nationale, le romancier s’aventure dans un territoire explosif : l’école. Enseignant lui-même, il aurait pu écrire un pamphlet. Il choisit le roman. Le résultat est plus dérangeant encore. À travers le professeur Bruno Giboire, il décrit une institution gagnée par la peur diffuse de mal penser, où la transmission du savoir s’efface peu à peu derrière le langage administratif et moral. Personne n’y est monstrueux ; chacun agit au nom du bien. Mais l’ensemble produit un climat d’autocensure douce, presque invisible, qui finit par étouffer la liberté intellectuelle. La satire devient alors diagnostic.

L’essai Kafka au candy-shop donne la clé de lecture de cette œuvre. Patrice Jean y défend une conviction rare aujourd’hui : la littérature disparaît lorsqu’elle accepte de devenir un outil idéologique. « La littérature considère la totalité de l’expérience humaine, pas uniquement la question sociale », écrit-il[1] Le roman ne saurait se réduire à l’illustration de causes, car ce qui fonde l’existence – le désir, la jalousie, la solitude, l’angoisse – échappe aux catégories politiques.

En convoquant Kafka, il rappelle qu’un livre digne de ce nom doit être « la hache qui brise la mer gelée en nous »[2] Autrement dit, la véritable subversion n’est pas militante mais intérieure. Elle dérange le lecteur avant de confirmer ses convictions.

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C’est sans doute pourquoi l’œuvre de Patrice Jean suscite des malentendus. L’ironie envers certains réflexes progressistes lui vaut parfois des étiquettes rapides. Pourtant, il revendique explicitement l’humanisme, la liberté et la tolérance. Ce qu’il refuse, ce n’est pas une idéologie particulière, mais la réduction de la littérature à une morale obligatoire. Dans Kafka au candy-shop, il insiste : le mal que le roman explore est d’abord métaphysique, inscrit dans la condition humaine elle-même[3].

Ses livres ne proposent aucune solution et c’est précisément leur force. Ils réintroduisent le doute dans un espace culturel dominé par la certitude. Là où beaucoup de récits cherchent l’adhésion immédiate, Patrice Jean rend au lecteur une expérience devenue rare : celle de penser sans consigne.

À une époque fascinée par les prises de position instantanées, cette fidélité au roman apparaît presque comme une forme de courage. Non pas le courage bruyant des manifestes, mais celui, plus discret, de continuer à écrire comme si la littérature devait encore explorer la complexité humaine plutôt que la simplifier.

Et si la véritable audace, aujourd’hui, consistait simplement à ne pas détourner les yeux ?

KAFKA AU CANDY SHOP (La Littérature face au militantisme)

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[1] Patrice Jean, Kafka au candy-shop, Éditions Léo Scheer, 2024.

[2] Citation de Franz Kafka reprise et commentée dans l’essai.

[3] Ibid., passages consacrés à la dimension métaphysique du mal.

Liège: une condamnation à hauteur de la déflagration?

Dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 mars, une explosion a retenti devant la synagogue de Liège, en Belgique, brisant le silence, ravivant de sombres souvenirs mais ne faisant heureusement aucun blessé. Le gouvernement belge a immédiatement dénoncé « un acte antisémite abject » et une enquête a été ouverte. Dans un contexte international marqué par l’affrontement entre Israël, Trump, et ce qu’il qualifie d’« islamo-nazisme » de la République islamique d’Iran, cette attaque rappelle que l’antisémitisme demeure un poison tenace pour le monde libre, explique notre contributeur.


C’est un ignoble et nouvel acte antisémite qui vient de frapper, dans cette nuit du 8 au 9 mars 2026, le cœur de l’Europe et, plus précisément, le centre de Liège, l’une des principales villes francophones – mais aussi ma propre ville natale – de Belgique.

Bilan ? Pas de victimes humaines, fort heureusement, mais de conséquents dégâts matériels. Avec une indignation, dans tout le pays, à la hauteur de la déflagration !

Certes, l’actuel conflit au Proche et Moyen-Orient – celui mettant aujourd’hui aux prises la coalition israélo-américaine dans sa volonté d’éradiquer l’abominable régime des mollahs de la République islamique d’Iran, ainsi que l’un de ses plus redoutables proxis, le Hezbollah au Liban – n’est pas étranger à ce que l’on peut donc également qualifier, dans cet odieux attentat à la bombe à l’encontre de la synagogue de la cité liégeoise, d’acte terroriste !

L’antisionisme, abject et hypocrite alibi idéologique de l’antisémitisme

Mais, par-delà même cette explicite et ferme condamnation, sans appel ni réserve, du terrorisme islamiste, comme par ailleurs de tout type de terrorisme, de racisme ou de xénophobie, à travers le monde, il ne sera guère superflu de rappeler ici, afin de mieux en sonder le danger planétaire, à quel point l’antisionisme (la haine de l’Etat d’Israël en tant que tel) n’est jamais, et de plus en plus avéré en ces sombres temps présents, que l’idéologique alibi, hypocrite et sournois, de l’antisémitisme (la haine des Juifs en général) en ce qu’il a, malheureusement, de plus virulent. 

C’est là, précisément, ce que donne à voir, et surtout à comprendre sur le plan plus strictement intellectuel, une philosophe aussi incisive, à cet épineux et douloureux sujet, que Hannah Arendt dans un essai emblématiquement intitulé Sur l’antisémitisme (1951), premier volet de ses magistrales Origines du totalitarisme (œuvre répartie en trois tomes): « l’antisémitisme, une insulte au bon sens », y affirme-t-elle, en effet, à juste titre.

Critique psycho-philosophique de l’antisémitisme selon Hannah Arendt

Hannah Arendt, dans la substantielle préface qu’elle a rédigée pour cet important opus, Sur l’antisémitisme donc, distingue par ailleurs, d’emblée, plusieurs formes d’antisémitisme, de diverses natures à travers les différentes époques historiques, bien que toutes irrationnelles et comme issues, tout aussi funestes dans leurs conséquences les plus extrêmes, de préjugés tenaces au sein de l’imaginaire populaire.

Elle y observe, donc, à raison : « Il faut bien se garder de confondre deux choses très différentes : l’antisémitisme, idéologie laïque du XIXe siècle, mais qui n’apparaît sous ce nom qu’après 1870, et la haine du Juif, d’origine religieuse, inspirée par l’hostilité réciproque de deux fois antagonistes. On peut même se demander jusqu’à quel point l’antisémitisme tire son argumentation et son aspect passionnel de la haine religieuse du Juif. L’idée d’une succession ininterrompue de persécutions, d’expulsions et de massacres depuis la fin de l’Empire romain, tout au long du Moyen Âge, des temps modernes et jusqu’à l’époque actuelle souvent assortie de cette autre idée que l’antisémitisme moderne n’est qu’une version laïcisée de superstitions populaires médiévales, n’est pas moins fallacieuse, encore que moins pernicieuse, bien entendu, que l’idée antisémite qui lui fait pendant : celle d’une société secrète juive qui aurait gouverné, ou aspiré à gouverner le monde depuis la plus haute antiquité. »

Affinant ensuite, dans le corps proprement dit de son texte, sa réflexion, Hannah Arendt pose alors, en des termes plus clairs encore, le problème, y mettant dès lors en relation directe, de manière plus spécifique cette fois, l’antisémitisme idéologique avec, au XXe siècle, la barbarie nazie, qui perpétra ce crime unique et absolu, dans les annales de l’(in)humanité, qu’est la Shoah.

Elle y stipule, critiquant au passage cet aveuglement, aussi coupable qu’incompréhensible, dont fit preuve, de sinistre mémoire en ces obscures années-là, l’opinion publique en son ensemble: « Nombreux sont ceux qui pensent encore que c’est par accident que l’idéologie nazie s’est cristallisée autour de l’antisémitisme, et que la politique nazie s’est fixé pour but, délibérément et implacablement, la persécution puis l’extermination des Juifs. Ce n’est que l’horreur de la catastrophe finale, et plus encore le sort des survivants, déracinés et sans patrie, qui ont donné à la ‘question juive’ la place essentielle qu’elle a occupé dans notre vie politique quotidienne. »

Elle poursuit, non moins opportunément: « Les nazis prétendaient avoir découvert le rôle du peuple juif dans la politique mondiale ; ils proclamèrent leur but : la persécution des Juifs dans le monde entier. L’opinion publique ne voulut voir là qu’un moyen de gagner les masses ou un intéressant artifice démagogique. »

L’islamo-nazisme de la République Islamique d’Iran : une menace existentielle pour Israël et, plus globalement, pour les juifs

Paroles, certes, on ne peut plus tragiques mais pourtant lucides, par-delà même leur indicible douleur, en ces temps où l’actuelle République Islamique d’Iran s’inscrit pleinement, le fondamentalisme islamique en plus, dans ce honteux héritage nazi pour en faire, précisément, l’islamo-nazisme !

Ainsi, cet antisémitisme que l’on voit à nouveau poindre aujourd’hui aux quatre coins de la planète – dont l’abominable pogrom de nature génocidaire perpétré, le 7 octobre 2023, par les terroristes islamistes du Hamas à l’encontre des Juifs d’Israël – ne se révèle finalement être que la manifestation la plus tragiquement tangible et visible, depuis la Shoah, de cette haine, aussi viscérale qu’irrationnelle, des Juifs.

Le plus féroce de cet antisémitisme, précisément : celui ouvertement affiché aujourd’hui, depuis la tristement célèbre « révolution islamique » de l’ayatollah Khomeiny en 1979 à l’encontre du Shah, par l’actuelle République Islamique d’Iran, pourvoyeuse et commanditaire à la fois du terrorisme international de surcroît, avec, à sa criminelle suite, ses affidés les plus sanguinaires, que ce soient, fanatiques entre tous, le Hezbollah au Liban, le Hamas dans la bande de Gaza, les Houthis au Yémen ou les milices chiites en Irak.  

L’antisémitisme : un poison pour le monde libre, sinon l’humanité tout entière, la sauvegarde de la démocratie et l’avenir de la civilisation

Conclusion ? Oui, c’est de ce poison qu’il faut, de toute urgence aujourd’hui, se débarrasser, pour le bien du monde libre, sinon de l’humanité tout entière, et, en dernière instance, l’avenir de la civilisation en ses principes universels, valeurs morales et idéaux les plus nobles (la démocratie, la tolérance des idées, les droits de l’homme et de la femme), par-delà même la menace existentielle qu’il représente pour Israël comme pour les Juifs en leur ensemble, ainsi qu’on vient donc effectivement de le voir avec ce dramatique attentat à l’encontre de la synagogue de Liège.

C’est là, de fait, un enjeu de civilisation tout autant qu’un combat pour la paix !

Un combat pour la paix du monde

Et, à propos de cet hypothétique bien que souhaitable renversement de cette tyrannique théocratie iranienne, que ce soit par l’intervention israélo-américaine ou par la contestation populaire interne, a-t-on remarqué que l’inversion du mot « mollahs » donne exactement en hébreu, à une consonne redoublée près (l), « shalom », signifiant littéralement « paix » justement ? A méditer, et non seulement sur le plan linguistique, mais, plus extraordinaire encore, à un niveau hautement symbolique !

Curtis président!

Affaire de la mort d’Elisa Pilarski: le chien Curtis passe aux aveux… « Ce chien n’est pas responsable de la façon dont il a été dressé » répond Elisabeth Lévy aux « amis des animaux » qui refusent qu’il se fasse piquer. Nous vous proposons d’écouter sa chronique.


Une pétition réclame la grâce de Curtis, pitbull qui a tué la compagne de son maitre.

Le 16 novembre 2019, Elisa Pilarski, 29 ans et enceinte de six mois est retrouvée morte dans l’Aisne, le corps lardé de 56 morsures dans une forêt où elle se promenait avec le petit molosse (deux ans et 20 kilos, quand même). Son compagnon et le maître du chien, Christophe Ellul, accuse des chiens de chasse à courre mais les expertises désignent Curtis.

Decision attendue le 11 juin

La semaine dernière, M. Ellul était jugé pour homicide involontaire – il a dressé Curtis pour mordre. La procureure a requis quatre ans de prison avec sursis. Et réclamé l’euthanasie de Curtis qui, depuis six ans, vit dans un chenil en Haute-Garonne, avec une courette de six mètres carrés mais aucun contact humain ou canin.

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Cette perspective enrage les défenseurs des animaux, toujours prompts à « manger de l’homme ». Des crétins numériques proposent de piquer plutôt le maître. Et il y a déjà deux pétitions, dont l’une comptabilisait ce matin près de 35000 signatures. « Curtis a déjà payé un prix immense : six années de sa vie enfermé » peut-on lire. Il ne doit pas finir sa vie isolé ou euthanasié. Une association veut l’accueillir. On ne sait pas ce qui est prévu pour sa réinsertion…

N’ironisons pas, ce chien n’est pas responsable de la façon dont il a été dressé…

C’est ce que disent les avocats et sociologues de l’excuse sur les voyous. Je n’ironise pas sur ce pauvre chien. Mais sur ces grandes âmes qui oublient un détail. Curtis n’est pas un homme ni une personne morale. Il ne peut pas être déclaré coupable ni condamné ni contraint de se soigner. Il ignore qu’une proc demande sa mort. Les animaux peuvent souffrir mais ne savent pas ce qu’ils font. Et on ne déclare pas non plus coupable le lion qui mange l’antilope. Cette différence, je dirais cette supériorité humaine mais c’est très mal, ne nous autorise certainement pas à les torturer mais à les tuer, les faire travailler ou se reproduire sans consentement.

Le chien Curtis ne sait pas qu’il fait le mal. Après avoir tué Elisa, il a d’ailleurs attaqué Ellul et sa sœur – c’est sa nature ou ça l’est devenu. Il ne s’agit pas de punir un chien mais de protéger les hommes. Evidence partagée même par Aymeric Caron : si vous devez choisir entre la vie de votre enfant et celle de votre chien, vous sauverez l’enfant. Nous avons des devoirs envers les animaux. Pas celui de les considérer comme nos égaux et encore moins comme nos semblables.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

L’imposture antifasciste

« Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » (Camus)


Un spectre hante l’Europe, le spectre du fascisme. Mystérieux, maléfique, son centre est partout, sa circonférence nulle part. Il enflamme les Agités du bocal en mal d’émotions fortes, Potemkine de méga-bassines, « Spartaccuse » autoproclamés « antifascistes ».

Hier soir, à la Maison de la Mutualité, Jean-Luc Mélenchon et Sophia Chikirou ont réchauffé pour leurs aficionados conquis, un cris d’armes convenu : ¡No pasarán! La bataille de Paris est sanglante, fratricide, indécise. L’amour sublime du Caudillo insoumis berce les électeurs ; Et, regardant enfler sa trotskyste mamelle ; Sur son festin de mots il s’affaisse et chancelle ; Ivre de volupté, de promesses et d’horreurs. Il cible Sarah Knafo qui a le vent en poupe. « Quel que soit son score, elle est dangereuse … Tout le monde au bureau de vote, tout le monde contre les fachos! ». Une insulte comme un hommage. « Le monde est sous les mots, comme un champ sous les mouches » (Hugo).

Loup y es-tu ?

« Fascisme : 1. Régime établi en Italie de 1922 à 1945, fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. 2. Doctrine ou tendance visant à installer un régime autoritaire rappelant le fascisme italien ; ce régime lui-même. 3. Attitude autoritaire, arbitraire, violente et dictatoriale imposée par quelqu’un à un groupe quelconque, à son entourage »(Larousse). 

Stricto sensu, le fascisme et le nazisme n’existent plus. Mussolini est exécuté en avril 45, Hitler se suicide dans son bunker à Berlin, quelques jours plus tard. Pas un politicien ne se réclame aujourd’hui du fascisme. La loi du 29 juillet 1881 sanctionne l’apologie des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Largo sensu, l’autoritaire pèse comme un couvercle sur les esprits gémissants, oppresse, partout. La langue est fasciste, le pouvoir est fasciste, de Gaulle est fasciste, le patriarcat est fasciste, la police est fasciste, CRS-SS …  

La belle immonde n’est pas morte. Protégée par une légion de féroces Numides recrutés à Lampedusa, une pile de pilum, des amphores d’huile de ricin, Giorgia Meloni fait régner l’ordre dans le Palais Montecitorio. Les Allemands et les Danois vont-ils boucler leurs frontières au pas de l’oie ? Trump le Maudit, braqueur Maximo, Picsou libertarien de Mar-a-Lago, a-t-il « l’étoffe » d’un Benito ?

Ironie de l’histoire, l’héritage mortifère des révolutions du vingtième siècle, ce sont des empires totalitaires, Etats concentrationnaires : la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran. La décolonisation et l’émancipation ont accouché de fatwas, foulards, ayatollahs. La peste brune et les fascistes sont à l’est et au sud, les antifascistes sont à l’ouest.

La fabrique de l’antifascisme 

Le camp du progrès est à la peine. L’avenir n’est plus radieux, les lendemains déchantent. La dictature du prolétariat et les « sans-dents » donnent la colique à Thomas Piketty et Dominique Méda, stakhanovistes des RTT, du compost citoyen et de l’impôt sur les os. La gauche s’est repliée dans le flou, la moraline bio, les slogans bienveillants, un sfumato attrape-toutous.

L’antifascisme, c’est une fin, un moyen, une posture, une aubaine, une entéléchie sublime permettant de ressouder les tronçons du glaive progressiste. Un tiers Manouchian, un tiers Louise Michel, un tiers Sans-culottes, des effluves de Woodstock, flagrances Bella Ciao. Le Red Bull antifasciste enivre les miliciens de la Jeune Garde, les black blocs. So Long, Marc Bloch… Ciment et bouclier, l’antifascisme est aussi une arme fatale qui délégitime, disqualifie les opposants, « vipères lubriques », « hyènes dactylographes », « hitlériens » aux cinquante nuances de noir. L’antifascisme Soulage ; c’est l’art de faire passer les anchois avariés pour des produits exotiques.

Pas d’antifascisme sans fascistes. L’offre fasciste étant notoirement inférieure à la demande, il importe de multiplier les ennemis à combattre. Le « fasciste » a des cousins maléfiques, « les nazis », « les racistes » et une jumelle diabolique, « l’extrême droite », plus dangereuse que le cobra royal et la grenouille à flèches empoisonnées, l’unique objet du ressentiment des médias publics aux prophéties auto-réalisatrices. Par extension, capillarité, l’extrême droite, c’est la droite, dure, demi-molle, néo-libérale, illibérale, populiste, réactionnaire, les sociaux-traites, valets de l’impérialisme, les blancs, l’Occident. L’affiche noire, de barbe et de nuit, hirsute, menaçante, cherche un effet de peur sur les passants. Le chagrin et la pythie.

Le fascisme antifasciste

Le fasciste, c’est celui qui ne pense pas comme moi. « La vérité est une, seule l’erreur est multiple. Ce n’est pas un hasard si la droite professe le pluralisme » (Simone de Beauvoir). Au mitan du siècle dernier, l’antifascisme c’était déjà le cri de ralliement du camp du « bien », l’anticommunisme, un crime inouï. L’imposture, orchestrée de Moscou, ravissait l’intelligentsia progressiste. Dans l’effroi et la famine, l’agitprop, au Palais d’Hiver, à Cronstadt, Rome, en Bavière, le rouge et le noir s’inspirent, s’aspirent, se fécondent, signent des pactes, se font la courte échelle.

Les Tartuffe renifleurs de « nauséabond » ont la mémoire courte, les alliances sélectives, barrages à géométrie variable. Les leçons de morale et d’humanisme de l’union des gauches, insoumise islamo-gauchiste, communiste, socialiste, écologiste, qui n’ont jamais renié un Panthéon de tyrans criminels – Robespierre, Marat, Trotski, Lénine, Mao, Castro, Maduro, le Hamas, le Hezbollah -, n’abusent personne.

LFI est un parti fascistoïde. Ligueur Maximo, Camelot du Moi, Jean-Luc Mélenchon, s’obstein eptsigne des oukases complotistes, défendu par des compagnons de déroute, une jeune garde de vieilles grognardes, influenceuses, Mad Marx, Raphaël Arnault, Mathilde Panot, Sandrine Rousseau, Annie Ernaux, Maeva Ghennam. Les silentiaires insoumis purgent les traîtres (Raquel Garrido, Clémentine Autain, François Ruffin), défendent les assassins de Quentin Deranque. France info noie le poison dans les euphémismes, la « brutalisation » de la vie publique. Les groupes WhatsApp de Sciences-Po adorent la botte à Staline. En 1968, Lacan expliquait aux gauchistes de Vincennes qu’ils finiront par trouver le maître auquel ils aspirent.

Les rentiers du Grand-Guignol antifasciste, les instrumentalisations politiciennes, salissent la mémoire de Jean Moulin, des Résistants, des millions de victimes qui ont souffert dans leur chair du totalitarisme, déportées et assassinées par les fascistes, les communistes, les nazis.

Crier au loup, ad nauseam, c’est obscène et criminel. « Una mattina », un morne matin, quand les véritables fascistes, rouges, noirs ou verts, seront aux portes du pouvoir, plus personne ne se lèvera, ne prendra les armes ; il sera trop tard. Postures, poutures, impostures, les défaites ne sont jamais étranges.

« Il semble bien que la demande en matière de liberté soit, pour l’humanité prise dans son ensemble, de beaucoup en dessous de l’offre que nous lui en faisons. Il est à craindre que le marché ne soit pas du tout ce que nous avions supposé. Nous risquons fort de rester avec notre stock sur les bras » (Jacques Rivière).

La mémoire du chaos

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Allongée dans l’herbe sous les missiles…


L’avertissement avait sonné depuis plusieurs minutes sur mon téléphone vibrant et il annonçait que l’alerte serait imminente. Un missile était sur le point de survoler nos têtes et si l’alerte sonnait, cela signifiait que le missile allait tomber près de notre localisation.

Depuis quelques jours, les avertissements ne sont pas nécessairement suivis d’alertes, alors, une sorte de nonchalance s’est installée, chacun de nous faisant des arbitrages, ou pariant que peut-être, cette fois-ci, l’alerte ne sonnera pas.

Pour ma première sortie à vélo depuis le début de la guerre, j’étais gâtée. L’alerte était en train d’hurler alors que j’étais près de mon domicile ; mais pas assez proche pour y arriver dans les temps ; il fallait donc que je me mette à l’abri au plus vite.

A peine le temps d’abandonner mon vélo au milieu de la route, je réalise que même trouver un abri public est ambitieux, je vais devoir aviser. Heureusement, je ne suis pas seule, ce matin, je suis accompagnée de Zwicka.

Un carré d’herbes nous tend les bras, casques de vélo encore vissés sur la tête, c’est de circonstance, nous nous allongeons à même le sol, comme il l’est demandé dans les instructions adressées à la population civile. Les yeux rivés vers le ciel, je suis obligée d’avouer que cet instant n’est pas si désagréable, un doux rayon de soleil caressant nos visages.

Le ciel d’Israel nous a habitués à ses changements d’humeur, hésitant encore en ces jours de début mars entre le printemps et l’hiver, ou oscillant en l’espace de quelques minutes de la quiétude à l’hostilité soudaine. La guerre ici n’a pas le visage que nous lui pensions. Elle se loge dans des menus détails, se lit sur les mines fatiguées des nuits coupées, dans les sursauts quand, au moindre bruit, nos corps trahissent l’état d’hyper vigilance dans lesquels ils sont plongés depuis toujours.

Il n’empêche que le corps posé sur l’herbe, je ne peux m’empêcher d’observer ce ciel parfait : les nuages y voilent ce matin les missiles, tandis que leurs détonations nous ôtent d’un doute, s’il en demeurait encore un, sur l’existence d’une menace réelle au-dessus de nos têtes.

Cela dure plusieurs minutes, les oiseaux se dispersent dans tous les sens, sans unanimité claire sur la direction à prendre, le chaos ne se trouve pas seulement sur la terre ferme, il existe aussi dans les airs. Zwicka garde le silence puis, pour dédramatiser, me dit, pendant que la sirène hurle, qu’il faut relativiser. C’est quand le climat d’urgence s’abat sur nous que la sagesse israélienne est la plus bavarde ; et ce matin, elle se résume en un mot, presque intraduisible : proporziot.

Oui, me dit-il, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les populations civiles n’avaient pas notre chance d’avoir un système anti-missile aussi robuste, ainsi que des habitations, des villes aussi bien équipées en abris publics. Nos téléphones sont devenus nos gardiens, ils nous préviennent en temps et heure des missiles qui sont lancés et nous montrent sur la carte quelles parties du pays ont été visées.

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Selon les rumeurs du moment, cette guerre sera longue. Plusieurs semaines. Plus longue que nous voulons bien le croire et c’est avec cette perspective d’une guerre d’usure qui s’annonce que j’ai décidé ce matin de ne plus vivre confinée et dans la peur panique des alertes. C’est aussi ce qui explique que c’est la première fois que je n’ai pas le temps de gagner un abri dans les temps. Je manque d’expérience en la matière. Ce matin, les détonations sont tellement fortes que Zwicka est sûr qu’il s’agit du dernier joujou iranien, à savoir des missiles à fragmentations qui semblent plus difficiles à arrêter que les précédents.

La raison en est qu’à une certaine altitude, le missile s’ouvre pour libérer des dizaines ou parfois des centaines de petites bombes appelées sous-munitions, qui se dispersent dans l’air et explosent en touchant le sol ou bien juste au-dessus du sol pour causer le maximum de dégâts matériels et humains.

Les yeux rivés vers ce ciel déserté par les oiseaux, alors que Zwicka me dit que nous ne vivons pas dans un pays normal, mais que c’est le prix à payer pour l’avoir, je réalise que je n’ai pas peur. Est-ce parce que les détonations se sont arrêtées ou qu’elles étaient lointaines ? Est-ce parce que je sais que notre système anti-missile est robuste ? Je ne crois pas.

Il y a dans la peau de chaque Israélien, y compris chez les enfants, une mémoire du chaos que le monde confond avec de la « résilience ». Depuis deux ans et demi, nous n’avons cessé d’être soumis au tumulte de l’histoire. Nous avons appris à nous détourner des plaisirs occidentaux pour habiter le moment présent, aux côtés de ceux qui partagent notre condition. Cette guerre a laissé une marque supplémentaire dans les corps déjà traumatisés des Israéliens. Au-delà de la menace physique, elle a creusé davantage la rupture d’avec le reste du monde. Depuis le 7-Octobre, chaque alerte réveille une mémoire plus profonde, comme si chaque Israélien portait en lui l’empreinte silencieuse de toutes les catastrophes traversées ou à venir.

Allongée dans l’herbe, je prends conscience que mon corps porte déjà beaucoup de cette mémoire collective. Je ne tremble pas, je ne ressens pas la peur, je vis dans une forme de confiance un peu inconsciente, et je réalise sous ce grand palmier qui me toise que cette guerre ressemble à la guerre des douze jours, tout en s’en distinguant pourtant.

En juin 2025, nous étions seuls. Douze jours suspendus, intenses mais contenus, que nous avons vécus comme une tentative herculéenne pour détruire les installations nucléaires et ballistiques du régime iranien, qui menaçaient notre survie. Une guerre éclair, presque chirurgicale, où seule la frappe finale des B2 américains est venue rompre notre solitude.

Celle-ci est différente. Depuis le mois de juin 2025, non seulement l’alliance avec l’Amérique de Trump s’est renforcée, mais un nouveau pacte silencieux s’est noué entre le peuple israélien et le peuple opprimé d’Iran, pris en otage par un régime qui a fait de la confrontation avec Israël sa colonne vertébrale idéologique.

Cette fois-ci, les messages de soutien venant d’Europe et du reste du monde se sont faits plus rares, comme si l’idée qu’il revenait au minuscule Etat d’Israël de combattre seul (ou presque) au nom de la liberté s’était peu à peu normalisée. Comme si le monde avait fini par croire que nous pouvions nous passer de son soutien et de son empathie.

La sirène finit par se taire et les oiseaux reviennent. Nous nous levons, nous reprenons nos vélos, prêts à nous élancer à nouveau, jusqu’à la prochaine alerte, jusqu’au prochain missile, jusqu’au prochain décompte des blessés ou des morts, qui, dans ce monde pourtant si prompt à se mobiliser pour des causes à la mode, ne semblent émouvoir personne d’autre que nous-mêmes.

Poitiers: un ex-trafiquant condamné en position éligible sur la liste de la maire écologiste

A Poitiers, le communautarisme des Verts n’a rien à envier aux pires Lfistes: Chiacap Kitoyi, ex-trafiquant de drogue qui fut condamné à deux ans de prison, est en quatrième position sur la liste de la maire sortante.


Comment un narcotrafiquant condamné à deux ans d’emprisonnement et débiteur de 600 000 euros envers la collectivité, peut-il figurer en bonne place sur une liste municipale ? C’est la question que soulève la candidature de Chiacap Kitoyi, présenté en quatrième position sur la liste de Léonore Moncond’huy, maire Europe Écologie Les Verts (EELV) de Poitiers, pour les prochaines élections municipales.

Les faits sont accablants et documentés. Chiacap Kitoyi a été condamné à deux ans d’emprisonnement par la justice française. Au-delà de la peine privative de liberté déjà effectuée, la condamnation l’oblige à rembourser la somme considérable de 600 000 euros à la collectivité (somme qu’il daigne rembourser à hauteur de 50 euros par mois). Une dette contractée envers les deniers publics, ceux-là mêmes qu’il prétend aujourd’hui être en mesure de gérer au nom des Poitevins.

Cette condamnation n’est pas une affaire privée, puisqu’elle concerne directement la probité exigée d’un candidat à l’exercice d’un mandat public. Lorsqu’un individu a été jugé coupable par les tribunaux et qu’il reste redevable d’une telle somme à la collectivité, sa candidature à la mairie d’une ville comme Poitiers pose un problème éthique et démocratique fondamental. Un maire qui met en avant un tel profil sur la liste ne le fait évidemment pas « gratuitement » : il achète l’électorat des quartiers, quoi qu’il en coûte pour son image.

« Les fourmis » des Couronneries : le communautarisme comme levier électoral

Pour comprendre la présence de Chiacap Kitoyi sur cette liste, il faut remonter aux élections municipales de 2020. À cette époque, M. Kitoyi était le leader d’un mouvement, « les fourmis », né dans le quartier difficile des Couronneries. Ce groupe, structuré autour de « leaders » du quartier, dont cet ancien chef du trafic de drogue, a joué un rôle déterminant dans l’élection de Léonore Moncond’huy à la tête de la mairie de Poitiers.

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Les fourmis ont su mobiliser massivement dans les quartiers populaires de Poitiers pour faire basculer le scrutin en faveur de la candidate EELV. Cette mobilisation, aussi efficace soit-elle, reposait sur une logique communautariste : voter en bloc selon une appartenance identitaire de quartier et d’origine. Le résultat politique fut au rendez-vous : le maire PS Alain Claeys fut battu par la gauche radicale. Mais à quel prix pour la cohésion républicaine ?

Le communautarisme, dans notre République laïque et universaliste, est devenu l’arme de guerre électorale de la gauche radicale, à Poitiers comme ailleurs. Ce clientélisme fracture le corps civique en sous-groupes antagonistes, il instrumentalise les appartenances pour en faire des bulletins de vote, il dévalue le débat politique en le réduisant à des calculs d’allégeance. Que la liste de Madame Moncond’huy — par ailleurs soutenue, toute honte bue par le président de Région PS Alain Rousset contre le candidat local de la gauche républicaine —  récompense aujourd’hui cet acteur en lui réservant une place de choix en est la pitoyable confirmation.

Une démocratie abîmée

Qu’un candidat condamné pénalement, endetté à hauteur de 600 000 euros envers la collectivité qu’il prétend servir, puisse se présenter sans que cela ne suscite un tollé en dit long sur la perte de repère civique de notre pays. Dans de nombreux pays démocratiques, une telle condamnation aurait suffi à écarter toute candidature. En France, la loi permet techniquement à certains condamnés de se présenter selon la nature de leur peine. Mais le narcotrafic tue. Et la légalité n’est pas la légitimité.

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La démocratie ne se résume pas au respect formel des règles. Elle exige aussi une éthique de la responsabilité de la part de ceux qui sollicitent le suffrage universel. La maire écologiste Léonore Moncond’huy, en validant le profil de ce narcotrafiquant, fait preuve d’une légèreté qui confine à l’indécence vis-à-vis des citoyens et de leurs impôts. En plaçant Chiacap Kitoyi en quatrième position, une place éligible, symboliquement forte, la maire sortante fait un choix délibéré : celui du clientélisme et du communautarisme, en s’essuyant les pieds sur les valeurs de la République. 

Déjà membre du conseil d’administration d’Ekidom, le bailleur social de la ville de Poitiers

Mais cette place sur la liste n’est pas le premier cadeau de la maire au caïd des Couronneries. La question des compétences se pose avec une acuité particulière lorsqu’on sait que M. Kitoyi a été nommé en 2020, au début du précédent mandat (en remerciement pour son rôle de chef des « fourmis »), membre du conseil d’administration d’Ekidom, l’organisme chargé d’attribuer les logements sociaux à Poitiers. Confier à Chiacap Kitoyi une responsabilité quelconque dans la gouvernance d’un tel organisme était déjà irresponsable. La gestion du logement social requiert probité, impartialité et compétences administratives solides. Or, comment un ex-dealer condamné par la justice et débiteur de 600 000 euros à l’État pourrait-il incarner la neutralité et l’intégrité indispensables à l’attribution équitable de logements ?

Au-delà du cas individuel de Chiacap Kitoyi, c’est une question de principe qui se pose à Poitiers. Quelle idée de la République veut-on défendre ? Celle où le casier judiciaire importe peu ? Celle où le communautarisme est un outil de gestion électorale toléré ? Ou bien celle où l’exemplarité des élus est une exigence non négociable, et où chaque candidat à un mandat ou à un poste est évalué sur ses compétences et mérites réels ? Les électeurs poitevins ont le droit de savoir. Ils ont le droit de mesurer ce que signifie voter pour « Poitiers Collectif », la liste de la maire écolo Léonore Moncond’huy, dont l’ADN politique relève du communautarisme anti-républicain le plus assumé.

Diriger une ville est une charge trop sérieuse pour être laissée à des profils qui, objectivement, ne présentent pas les garanties minimales d’honnêteté et de compétence attendues d’un élu de la République.

Maxwell, pas la peine d’en rajouter

Affaire Epstein : Ghislaine Maxwell se révèle être un piètre maître chanteur


Le 9 février 2026, Ghislaine Maxwell a comparu par visioconférence devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants sans prononcer un mot.

Par la voix de son avocat, l’ex-compagne de J. Epstein a affirmé être prête à « parler complètement et honnêtement » à condition d’obtenir une grâce. Elle se disait notamment disposée à témoigner que ni Donald Trump, ni Bill Clinton n’étaient coupables d’actes répréhensibles. En matière de chantage, il semble qu’on ait vu mieux. Donald Trump peut en effet déjà se considérer comme blanchi par cette seule proposition : « Vous voyez bien que je suis innocent, elle le dit elle-même. » Quel intérêt supplémentaire aurait-il à accepter de la gracier ? Bien au contraire, on lui reprocherait désormais la clémence dont bénéficierait la complice du Diable, dans le seul but de concrétiser cette disculpation. Si elle s’était contentée de promettre publiquement toute la vérité sur les puissants mouillés dans l’affaire, tout en s’engageant discrètement à blanchir Trump, peut-être aurait-elle augmenté ses chances de parvenir à un accord avec la justice américaine. À ce stade toutefois, la Maison-Blanche n’a ni accepté, ni officiellement rejeté l’offre. Elle maintient un suspense calculé, suggérant que la grâce ne sera accordée que si Maxwell livre des informations « explosives » et véridiques. Notamment celles qui serviraient le récit politique de l’administration actuelle.

Les surdoués font de la politique

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Sarah Knafo et Éric Zemmour lors d’un meeting de campagne pour les élections européennes, port de Nice, 5 juin 2024 © SYSPEO/SIPA

Le président du parti foutuïste ne cache pas son amitié et son admiration pour Sarah Knafo. Il salue une intellectuelle qui a le courage de descendre dans l’arène pour défendre ses convictions, et reconnaît que si le pessimisme les sépare, la littérature les unit.


Ni portrait craché, je n’entends pas ici faire le tour du sujet Knafo. Ni portrait caché, je ne ferai pas ici mystère d’être un ami de Sarah. Sous les apparences de la jeune femme assise à ma gauche dans ce restaurant du quartier de l’Odéon, je devinai tout de suite une personnalité d’exception. Je ne sais plus en quels termes je l’exprimai en aparté à Éric Zemmour. Les inflexions de sa voix, davantage encore que la teneur de ses propos, enveloppaient la certitude d’un destin. Je n’avais pas encore connaissance de son impressionnant CV mais au vrai, d’être sortie dans la botte de l’ENA importe aussi peu à Sarah Knafo qu’une séance d’échauffement aux yeux d’un footballeur international. Seul compte le match à venir. Et celui d’après. Gagner la Coupe du monde l’intéresse moins que de remporter la Coupe de France. Pour le mot « France ».

Je crois bien que notre première véritable conversation porta sur la littérature. Sauf erreur, il s’agissait de savoir quelle partie des Somnambules d’Hermann Broch avait notre préférence. Le premier roman de l’écrivain autrichien (que nous possédions tous deux dans la même édition) se divise entre « 1888, Pasenow ou le romantisme », « 1903, Esch ou l’anarchie » et « 1918, Huguenau ou le réalisme ». Je tiens la première pour la meilleure, et pour l’un des plus grands exploits littéraires jamais accomplis, tout me parle dans ce texte où tout parle d’un effondrement à venir, celui d’un empire et d’une civilisation. Sans autres armes que celles de la littérature, d’un travail sur la langue où les mots sont frappés d’un dérèglement qui emportera l’Autriche-Hongrie et avec elle les valeurs de l’Europe, à la manière dont un sismographe enregistre les vibrations du tremblement de terre imminent. Tout comme l’effondrement du langage contemporain, où les phrases servent désormais moins à exprimer la réalité qu’à la dissimuler ou à la travestir, où le français de Balzac deviendra bientôt une langue étrangère pour nombre de ses compatriotes, annonce notre chute collective. La littérature est l’école du doute et, en dépit des apparences, Sarah possède un tempérament à forte coloration littéraire. La seule à pouvoir déclarer : « Je crois que l’on peut réveiller en chacun, politiquement ou par la littérature, le meilleur de ce qui sommeille en nous », la seule à placer un signe d’égalité entre politique et littérature, la seule à revendiquer cette profondeur de champ. La seule avec Zemmour, bien sûr. Lors des échanges qui suivirent ce premier déjeuner, s’exprimèrent bien des incertitudes sur son avenir personnel et politique. Je n’en dirai pas plus. Sinon que dans les deux domaines cités, elle choisit de se tenir au-delà du doute, tandis que je restai en deçà. Voilà comme l’une devint vice-présidente du parti Reconquête ! et l’autre président du parti Foutuïste. Le pessimisme nous séparait, les livres nous rapprochaient. Nous fomentions de minuscules complots, il était question d’aller ensemble toquer sans prévenir à la porte de Milan Kundera et d’enfin converser avec notre héros commun, ce suprême dissident, ce dissident de la dissidence même. Je me dégonflai. Nous adressâmes une lettre à l’auteur de L’Ignorance – qui resta sans réponse.

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J’ai parlé de tempérament, il faut aussi parler d’histoire personnelle. Celle d’une gamine juive de Seine-Saint-Denis (comme Zemmour, tiens donc…), d’un département que fuient ses coreligionnaires, d’un laboratoire à ciel ouvert du grand remplacement que Jean-Luc Mélenchon appelle désormais de ses vœux sans plus de précaution oratoire. Sa famille avait déjà quitté le Maroc en 1967 après la guerre des Six-Jours. Jamais deux exils sans trois, le dicton flotte dans l’air comme une épée de Damoclès au-dessus de bien des têtes, coiffées d’une kippa pour nombre d’entre elles. La menace d’être expulsé de chez soi court bien souvent dans le sang et dans la mémoire de ceux qui ont la France au cœur. Ne jamais l’oublier quand il est question de Sarah Knafo. À ce propos, il me revient que nous échangions des citations extraites de lectures en cours. Du Pitié pour les femmes de Montherlant, elle découpa à mon intention ce qui suit : « Depuis longtemps, bien longtemps, on travaille, de l’intérieur et de l’extérieur, et Dieu sait avec quelle haine patiente, à faire de la France un pays où quelqu’un de propre, et d’une certaine qualité interne, se sente en exil. Cela a été long et dur parce que c’était une bonne nation, pleine d’un fond excellent. Mais enfin, on y est arrivé. » Je m’étonne que la phrase ne figure pas sur son tract électoral. Quelques jours plus tard, Sarah partagea avec moi ce jugement d’Anatole France sur les Français : « Ils tomberont de si bas que leur chute même ne leur fera pas de mal. »

J’ai assisté à la naissance d’un couple politique et rien de ce que j’ai lu à son sujet – il était entre autres question de « conseillère de l’ombre » ou de « femme de réseau » – ne correspond à la réalité. J’ai par exemple été témoin de la fin d’intenses séances de travail dans un studio parisien que l’on pouvait définir comme des coproductions entre deux brillantes intelligences, la tournure d’esprit pratique de Sarah et la tournure d’esprit conceptuelle d’Éric aboutissant à l’équilibre souhaité. La présidentielle de 2022 unit un homme et une femme qui s’aimaient, deux intellectuels par ailleurs semblablement convaincus que la défense de leurs convictions nécessitait de quitter le champ limité du débat d’idées pour aller combattre dans l’arène politique. Deux surdoués qui n’en négligent pas pour autant de travailler à fond les dossiers. Une méthode dont pourraient s’inspirer certains de leurs adversaires. C’est pourquoi faire le portrait de Sarah revient toujours à faire le portrait de Sarah et Éric, que tout rapproche et tout unit, c’est pourquoi l’invention par certains d’une rivalité entre les deux têtes de Reconquête ! pour représenter le parti en 2027 est du plus haut comique ou du plus navrant pathétique (et quant à distinguer entre leurs lignes politiques, ma vue ne le permet pas). Le roman vrai surpasse ici tous les romans d’invention, j’en atteste.

À ma question sur Les Somnambules d’Hermann Broch, Sarah répondit : « Celui que j’aimerais être : Pasenow. Celui que je suis sans doute : Esch. »

Issy-les-Moulineaux: de l’audace! … toujours de l’audace?

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Le Maire d'Issy-les-Moulineaux André Santini, image d'archive. A droite, Mme Constance Bensussan. Photos DR.

André Santini, la candidature de trop? Le maire UDI, malade et hospitalisé, se présente alors qu’il apparait très affaibli. Constance Bensussan, secrétaire générale adjointe de l’Élysée, placée en sixième position sur sa liste malgré des liens limités avec la ville, apparaît comme une possible solution de succession orchestrée en coulisses…


« Issy l’audacieuse »… c’est ainsi qu’André Santini avait, au milieu des années 2000, surnommé la ville dont il était – déjà – maire depuis 1980. Une audace qui, à cette époque-là, s’était notamment traduite par une capacité inédite, et méritoire, à attirer dans cette commune limitrophe de Paris, un certain nombre de sièges sociaux des secteurs des médias ou de la communication, ainsi que par certaines outrances en matière architecturale, André Santini étant particulièrement friand d’architectes internationaux, dont la mégalomanie des projets n’avait d’égal que leur prix pharaonique.

La dette en augmentation

Longtemps, cette audace fut le fruit de l’autonomie fiscale des communes qui aida M. Santini à panacher intelligemment un euro d’impôt levé sur les entreprises, perçu au titre de la taxe professionnelle et un euro d’impôt perçu sur les particuliers, au titre de la taxe d’habitation. Grâce à ce combo gagnant, Issy-les-Moulineaux a su attirer les familles du 15e arrondissement tout proche et passer d’une population de 56 000 habitants en 2000 à 68 000 aujourd’hui. Las ! L’Etat, toujours soucieux de restreindre les libertés municipales, en démantelant la taxe professionnelle, puis en supprimant, en 2020, la taxe d’habitation, a fragilisé cet équilibre. Au point que la dette municipale par habitant est passée de 46 euros en 2020 à 140 en 2024, tendance qui s’est accompagnée de surcroît d’une hausse substantielle de la taxe foncière.

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C’est dans ce contexte que les 46 106 électeurs isséens renouvelleront leur Conseil municipal les 15 et 22 mars. Une élection qui pourrait être plus compliquée que prévu pour M. Santini, pourtant coutumier des scores de maréchal. Et c’est bien pour cette raison qu’il ose encore certaines audaces à commencer par celle, incompréhensible, de sa propre candidature. En effet, M. Santini, 85 ans au compteur, s’est ingénié à retarder au maximum une entrée en campagne qui en devient carrément suicidaire, pour lui comme pour ses amis de quarante ans. Le déclin d’André Santini, est déjà apparu au grand jour dans un article du Parisien en date du 6 février dont les photos ne sauraient guère tromper que ceux des Isséens qui veulent encore l’être. Les photos étaient tellement peu à l’avantage du maire sortant qu’on peut s’interroger.  Ses adversaires, voire ses faux amis – et ils sont nombreux – auraient en effet voulu torpiller sa candidature qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Visiblement diminué, amaigri, M. Santini, d’ordinaire si bon vivant, était accompagné, lors de cet interview, de Gabriel Attal, dont on oublierait presque qu’il est le député du coin. Et André Santini de regretter à cette occasion que notre éphémère Premier ministre n’ait pas souhaité prendre sa succession à la mairie d’Issy Les Moulineaux. Quel cinglant désaveu pour sa propre majorité ! Il est vrai que cette dernière ne s’est jamais vraiment distinguée ni par sa cohésion, ni par des compétences d’autant moins brillantes qu’André Santini était allé les chercher en 2020 chez En Marche et autres boutiques du bloc central, dont on sait bien que l’intelligence des cadres n’est pas vraiment la vertu première. Et pour cause, même hospitalisé depuis octobre, M. Santini reste le seul principe d’unité, pour ne pas dire d’éternité, d’une majorité municipale qui se déteste. Celle-ci devra pourtant vite accoucher d’un successeur, tant on doute des capacités résiduelles d’André Santini déjà à faire campagne et, plus encore, à garder le manche de sa ville jusque 2033. Et il en faut, de l’autorité pour unir une dernière fois cette majorité sortante inapte à « tuer le père » sur près d’un demi-siècle d’une gestion municipale sans partage.

Et la numéro 6 de liste est…

Dernière audace qui devrait faire tiquer bien des électeurs et dans les recoins de laquelle se cache, sans doute, la solution de cette succession âprement disputée en coulisses : cet étrange n°6 de la liste conduite par André Santini. Une certaine Madame Constance Bensussan… rien de moins que la Secrétaire générale adjointe de l’Elysée – excusez du peu ! Mme Bensussan est en charge auprès du chef de l’Etat des questions sociétales et n’aurait, semble-t-il, avec la ville d’Issy-les-Moulineaux guère que des attaches assez lointaines. De là à croire que ce haut fonctionnaire, inspectrice de affaires sociales, est là, en service commandé, pour tirer les marrons du feu, siffler la fin de la récré, s’appuyer sur les réseaux Macron et consorts pour s’imposer comme maire à des conseillers municipaux santinistes sortants, il n’y a qu’un pas que nous avons… l’audace de franchir ! N’oublions pas que le maire est élu par les conseillers municipaux, lors d’un Conseil municipal d’installation où tout peut arriver.

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Dans l’ambiance de sauve qui peut général, les options de recasage ouvertes aux barons du macronisme sont en effet d’autant plus convoitées qu’elles sont proches de Paris. Ces parachutages devraient donc, dès avant 2027, les préserver du vent de dégagisme ambiant. Quand l’empêchement de M. Santini sera-t-il constaté? Mme Bensussan sera-t-elle le prochain maire d’Issy ? Les électeurs s’en laisseront-ils compter plus longtemps ? Nul ne le sait, mais le sujet a pour effet de doper les quatre listes d’opposition qui gardent toutes leurs chances de succès.

Convaincues que leur commune vaut plus qu’un terrain de jeux pour cabinets ministériels finissants ou qu’un ultime exutoire à l’hubris de son maire historique, elles pourraient bien créer la surprise au soir du 15 mars. Par exemple en contraignant le marigot centro-santiniste à un second tour bien inhabituel à Issy-les-Moulineaux.


M. Rigolot est membre de la liste VIVRE ISSY PLEINEMENT, conduite par Mme Martine VESSIERE, candidate aux municipales des 15 et 22 mars 2026

Y’a pas de débat!

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© Sipa

Favorite pour l’alternance dans la capitale, Rachida Dati réalise une fin de campagne mitigée, avec le petit caillou Knafo dans sa chaussure. Imitant le socialiste Emmanuel Grégoire, elle déçoit en refusant de débattre avec ses concurrents. Et semble pressée de voir arriver le jour du scrutin. En tout cas, plus qu’elle ne l’avait été de quitter le ministère de la Culture pour faire campagne…


Les campagnes électorales municipales ont leurs rituels : quelques polémiques, beaucoup de promesses et, autrefois, des débats. Cette année, à Paris, les débats sont devenus optionnels.

Estimant que leurs candidats avaient davantage de coups à prendre que de points à gagner dans une confrontation télévisée, les états-majors des deux principaux prétendants à l’Hôtel de Ville, Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, ont préféré décliner les invitations des journalistes.

Invitée de la matinale de France info hier matin, Mme Dati s’en est expliquée à sa manière. Elle ne voulait pas « participer à un pugilat », prétend-elle. On la comprend, et c’est d’ailleurs bien connu : l’élue de droite parisienne n’a jamais aimé les confrontations en direct, comme le savent tous les programmateurs des soirées électorales à la télé ! «Contrairement à la gauche, je n’ai jamais opposé les Parisiens les uns aux autres. Je ne suis pas dans l’invective. J’essaie de réconcilier», expliquait-elle par ailleurs dans les colonnes du Parisien le 1er mars. Tant pis pour les amateurs de joutes télévisées.

Un débat… sans les favoris

Mercredi 4 mars, le débat organisé par France 3 et Ici ressemblait donc à ces dîners où les invités principaux annulent à la dernière minute. Les seconds rôles se retrouvent à table, un peu gênés, mais bien décidés à profiter de l’occasion.

Sarah Knafo, créditée de 13,5 % dans le dernier sondage Elabe pour La Tribune Dimanche, ne s’est pas privée d’ouvrir les hostilités dès qu’on lui a offert la parole : « Avant de répondre à votre question, permettez-moi de remercier les candidats qui sont là et qui respectent la démocratie. J’aurais aimé savoir ce que font Mme Dati et M. Grégoire. Ont-ils à cette heure quelque chose de plus important à faire que de se confronter à la comparaison des projets ? »

L’eurodéputée Reconquête ! sera rejointe dans sa critique par M. Bournazel (Horizons) quelques instants plus tard : « Refuser le débat, c’est un déni de démocratie. Ce soir, je pense qu’ils sont disqualifiés pour devenir le prochain maire de Paris. » Face à eux, le regard lassé et les cheveux curieusement coiffés, la socialiste Lamia El Aaraji, venue remplacer Emmanuel Grégoire sur le plateau, a tenté une défense aussi classique que circulaire : si le candidat socialiste n’est pas là, c’est parce que Mme Dati refuse les débats depuis des semaines. Autrement dit, si personne ne débat, c’est la faute de l’autre.

Scène de rue dans le Ve arrondissement

Quelques jours plus tôt, samedi après-midi, sur les quais de Seine baignés de soleil, Emmanuel Grégoire improvisait une séance de questions-réponses avec des habitants du Ve arrondissement. Une scène presque idyllique, jusqu’à ce qu’un invité inattendu s’empare du micro : Pierre-Yves Bournazel. « C’est Pierre-Yves Bournazel, mon ami, qui arrive », grince d’abord le socialiste, tandis que quelques huées montent dans son public. « C’est très courtois et républicain de venir à mes côtés », tente-t-il, visiblement mal à l’aise. Flanqué de l’ancienne ministre Marlène Schiappa, Bournazel, lui, ne s’embarrasse pas de diplomatie : « Quand on croit à la force de sa candidature et de son projet, on vient débattre. C’est le moindre respect envers les Parisiens. » A l’issue de cette joute verbale virile comme de mémoire d’électeur parisien on n’en avait pas vu depuis longtemps, les deux hommes finiront par s’accorder sur un point : si le débat n’a pas lieu, c’est la faute de Rachida Dati. Sur ce consensus inattendu, le centriste repartira aussi vite qu’il était venu.

Questions sans réponse

Reste que cette absence de confrontation avec les deux favoris demeure effectivement problématique. Et les sujets de discorde ne manquaient pas. Pourquoi Emmanuel Grégoire refuse-t-il d’armer la police municipale ? Pourquoi veut-il porter la part de logements sociaux à 40 % dans la capitale, contre 25 % aujourd’hui, transformant un peu plus Paris en gigantesque office HLM ? Que pense-t-il des scandales récents dans la gestion de ces logements ? Comment justifie-t-il l’explosion de la taxe foncière qui frappe les propriétaires ? Et pourquoi son programme est-il le seul à ne pas évoquer le sujet de la prolifération des rats ? Autant de questions auxquelles les électeurs n’auront pas eu la chance d’entendre répondre le successeur désigné d’Anne Hidalgo.

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En tant que figure politique nationale de premier plan, la candidate LR bénéficie certes d’une notoriété bien supérieure à celle d’Emmanuel Grégoire. Mais son absence sur le plateau n’a pas permis de lever quelques interrogations qui pourraient aussi troubler les électeurs de droite de leur côté. Rachida Dati avait un autre rendez-vous le soir du fameux débat : un iftar avec la communauté berbère. Qui a murmuré « clientélisme communautaire » ?

C’est que de la télé !

Ses potentiels électeurs ont donc dû se rabattre sur le grand « entretien vérité » promis par le JDNews ce weekend. Quatre pages d’entretien, dont il ressort essentiellement une recommandation répétée à trois reprises : voter pour elle dès le premier tour si l’on veut l’alternance à Paris. Pour le reste, l’ancienne ministre sarkozyste puis macroniste y enchaîne des généralités sur la propreté, la sécurité et la « mobilité apaisée », et se révèle incapable de citer une seule mesure phare qui pourrait « transformer la vie des Parisiens dans les cent premiers jours de mandat ». Nos confrères ont tout de même évoqué un sujet plus embarrassant: le procès qui attend Mme Dati en septembre pour « corruption et trafic d’influence passifs » dans l’affaire Renault-Nissan / Carlos Ghosn. Réponse classique : la présomption d’innocence est bafouée à mon égard. Enfin, les adversaires de Mme Dati auraient peut-être aimé l’entendre clarifier en direct ses déclarations récentes devant la commission Alloncle sur l’audiovisuel public. L’ancienne ministre y avait accusé l’émission Complément d’enquête d’avoir proposé de l’argent à un membre de sa famille pour obtenir un témoignage à son sujet — tout en refusant de produire les preuves qu’elle disait posséder. Le proche en question souhaiterait qu’on le laisse « tranquille ». Mme Dati en campagne aussi, visiblement.

Au fond, tout cela n’est peut-être que de la télévision, des petites querelles de plateaux et d’agendas. Ou pas. Les électeurs parisiens, eux, attendaient de voir leurs candidats se confronter, expliquer leurs projets et répondre aux critiques. Savoir, par exemple et en face-à-face, les yeux dans les yeux, lequel des deux favoris pourrait convaincre en direct Pierre-Yves Bournazel de le rejoindre au second tour. Le candidat de la macronie n’a en tout cas pas franchement tenté de draguer la candidate LR sur France 3, déclarant lors de sa déclaration finale que Grégoire et Dati avaient tous deux « abimé Paris » et « je suis un homme honnête, et pour moi l’honnêteté ça compte », allusion à peine voilée aux déboires judiciaires de ses adversaires.

Attention : à force de refuser le débat, les électeurs de droite pourraient aussi finir par se demander si Mme Dati est réellement aussi décidée qu’elle le dit à tourner la page de la gabegie financière à la Mairie. Pire, ils pourraient finir par croire qu’elle n’est finalement qu’une « Hidalgo de droite ». Certains observent déjà que si elle a dénoncé sans relâche au Conseil de Paris les politiques folles de gauche (développement délirant du logement social et chasse à l’automobiliste, notamment) son programme ne revient en réalité pas dessus, à la différence de Mme Knafo.

A Paris, la campagne aura ressemblé à ces matchs de boxe où les deux combattants tournent longtemps autour du ring sans jamais se toucher. Rachida Dati semble visiblement plus pressée que jamais d’arriver au jour du scrutin.

Patrice Jean contre le prêt-à-penser

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© Hassah Assouline / Causeur

Chez l’écrivain, ami de Causeur, la satire devient diagnostic de notre temps, observe notre contributeur, qui a lu tous ses livres. Kafka au candy-shop apporte d’utiles clés de lecture à l’ensemble de son œuvre.


À mesure que la littérature contemporaine se rapproche du commentaire moral, certains romanciers prennent le risque inverse : écrire sans chercher à plaire au tribunal de l’époque. Patrice Jean appartient à cette minorité. Depuis plusieurs années, son œuvre avance à contre-courant d’une tentation devenue dominante – transformer le roman en instrument pédagogique, voire en certificat de vertu. Ses livres rappellent une chose simple et presque subversive : la littérature n’est pas là pour approuver le monde, mais pour le regarder.

Ironie lucide

De L’Homme surnuméraire, qui l’a imposé auprès d’un large public, à La Vie des spectres, La Poursuite de l’idéal, Rééducation nationale et l’essai Kafka au candy-shop, une même interrogation traverse son travail : que devient l’individu lorsque les discours collectifs prétendent définir à sa place ce qu’il doit penser, dire ou ressentir ? Chez Patrice Jean, le conflit n’est jamais spectaculaire. Il est diffus, quotidien, presque imperceptible. Ses personnages découvrent qu’ils vivent dans une époque qui parle sans cesse de liberté tout en redoutant la dissonance.

Dans L’Homme surnuméraire, l’ironie agit comme une méthode d’observation. Le narrateur contemple le théâtre culturel contemporain avec un mélange de lucidité et d’amusement inquiet. Rien n’est frontal, tout passe par le décalage. Le lecteur rit, puis comprend que ce rire vise moins des individus que l’air du temps lui-même – cette manière moderne d’imposer des conformismes au nom de l’ouverture.

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La Poursuite de l’idéal prolonge cette exploration sur un mode plus intime. Patrice Jean y décrit l’écart entre les ambitions spirituelles et la réalité ordinaire des existences. Le roman refuse la posture cynique autant que l’illusion romantique : il montre simplement la fatigue des idéaux lorsqu’ils rencontrent la vie réelle. Cette attention aux désillusions silencieuses constitue l’une des signatures les plus fortes de son écriture.

Fracture sociale

Avec Rééducation nationale, le romancier s’aventure dans un territoire explosif : l’école. Enseignant lui-même, il aurait pu écrire un pamphlet. Il choisit le roman. Le résultat est plus dérangeant encore. À travers le professeur Bruno Giboire, il décrit une institution gagnée par la peur diffuse de mal penser, où la transmission du savoir s’efface peu à peu derrière le langage administratif et moral. Personne n’y est monstrueux ; chacun agit au nom du bien. Mais l’ensemble produit un climat d’autocensure douce, presque invisible, qui finit par étouffer la liberté intellectuelle. La satire devient alors diagnostic.

L’essai Kafka au candy-shop donne la clé de lecture de cette œuvre. Patrice Jean y défend une conviction rare aujourd’hui : la littérature disparaît lorsqu’elle accepte de devenir un outil idéologique. « La littérature considère la totalité de l’expérience humaine, pas uniquement la question sociale », écrit-il[1] Le roman ne saurait se réduire à l’illustration de causes, car ce qui fonde l’existence – le désir, la jalousie, la solitude, l’angoisse – échappe aux catégories politiques.

En convoquant Kafka, il rappelle qu’un livre digne de ce nom doit être « la hache qui brise la mer gelée en nous »[2] Autrement dit, la véritable subversion n’est pas militante mais intérieure. Elle dérange le lecteur avant de confirmer ses convictions.

A lire aussi: « Les Hyaines », le bestiaire satirique de Bruno Lafourcade…

C’est sans doute pourquoi l’œuvre de Patrice Jean suscite des malentendus. L’ironie envers certains réflexes progressistes lui vaut parfois des étiquettes rapides. Pourtant, il revendique explicitement l’humanisme, la liberté et la tolérance. Ce qu’il refuse, ce n’est pas une idéologie particulière, mais la réduction de la littérature à une morale obligatoire. Dans Kafka au candy-shop, il insiste : le mal que le roman explore est d’abord métaphysique, inscrit dans la condition humaine elle-même[3].

Ses livres ne proposent aucune solution et c’est précisément leur force. Ils réintroduisent le doute dans un espace culturel dominé par la certitude. Là où beaucoup de récits cherchent l’adhésion immédiate, Patrice Jean rend au lecteur une expérience devenue rare : celle de penser sans consigne.

À une époque fascinée par les prises de position instantanées, cette fidélité au roman apparaît presque comme une forme de courage. Non pas le courage bruyant des manifestes, mais celui, plus discret, de continuer à écrire comme si la littérature devait encore explorer la complexité humaine plutôt que la simplifier.

Et si la véritable audace, aujourd’hui, consistait simplement à ne pas détourner les yeux ?

KAFKA AU CANDY SHOP (La Littérature face au militantisme)

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[1] Patrice Jean, Kafka au candy-shop, Éditions Léo Scheer, 2024.

[2] Citation de Franz Kafka reprise et commentée dans l’essai.

[3] Ibid., passages consacrés à la dimension métaphysique du mal.

Liège: une condamnation à hauteur de la déflagration?

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Liège, Belgique, hier © Valentin Bianchi/AP/SIPA

Dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 mars, une explosion a retenti devant la synagogue de Liège, en Belgique, brisant le silence, ravivant de sombres souvenirs mais ne faisant heureusement aucun blessé. Le gouvernement belge a immédiatement dénoncé « un acte antisémite abject » et une enquête a été ouverte. Dans un contexte international marqué par l’affrontement entre Israël, Trump, et ce qu’il qualifie d’« islamo-nazisme » de la République islamique d’Iran, cette attaque rappelle que l’antisémitisme demeure un poison tenace pour le monde libre, explique notre contributeur.


C’est un ignoble et nouvel acte antisémite qui vient de frapper, dans cette nuit du 8 au 9 mars 2026, le cœur de l’Europe et, plus précisément, le centre de Liège, l’une des principales villes francophones – mais aussi ma propre ville natale – de Belgique.

Bilan ? Pas de victimes humaines, fort heureusement, mais de conséquents dégâts matériels. Avec une indignation, dans tout le pays, à la hauteur de la déflagration !

Certes, l’actuel conflit au Proche et Moyen-Orient – celui mettant aujourd’hui aux prises la coalition israélo-américaine dans sa volonté d’éradiquer l’abominable régime des mollahs de la République islamique d’Iran, ainsi que l’un de ses plus redoutables proxis, le Hezbollah au Liban – n’est pas étranger à ce que l’on peut donc également qualifier, dans cet odieux attentat à la bombe à l’encontre de la synagogue de la cité liégeoise, d’acte terroriste !

L’antisionisme, abject et hypocrite alibi idéologique de l’antisémitisme

Mais, par-delà même cette explicite et ferme condamnation, sans appel ni réserve, du terrorisme islamiste, comme par ailleurs de tout type de terrorisme, de racisme ou de xénophobie, à travers le monde, il ne sera guère superflu de rappeler ici, afin de mieux en sonder le danger planétaire, à quel point l’antisionisme (la haine de l’Etat d’Israël en tant que tel) n’est jamais, et de plus en plus avéré en ces sombres temps présents, que l’idéologique alibi, hypocrite et sournois, de l’antisémitisme (la haine des Juifs en général) en ce qu’il a, malheureusement, de plus virulent. 

C’est là, précisément, ce que donne à voir, et surtout à comprendre sur le plan plus strictement intellectuel, une philosophe aussi incisive, à cet épineux et douloureux sujet, que Hannah Arendt dans un essai emblématiquement intitulé Sur l’antisémitisme (1951), premier volet de ses magistrales Origines du totalitarisme (œuvre répartie en trois tomes): « l’antisémitisme, une insulte au bon sens », y affirme-t-elle, en effet, à juste titre.

Critique psycho-philosophique de l’antisémitisme selon Hannah Arendt

Hannah Arendt, dans la substantielle préface qu’elle a rédigée pour cet important opus, Sur l’antisémitisme donc, distingue par ailleurs, d’emblée, plusieurs formes d’antisémitisme, de diverses natures à travers les différentes époques historiques, bien que toutes irrationnelles et comme issues, tout aussi funestes dans leurs conséquences les plus extrêmes, de préjugés tenaces au sein de l’imaginaire populaire.

Elle y observe, donc, à raison : « Il faut bien se garder de confondre deux choses très différentes : l’antisémitisme, idéologie laïque du XIXe siècle, mais qui n’apparaît sous ce nom qu’après 1870, et la haine du Juif, d’origine religieuse, inspirée par l’hostilité réciproque de deux fois antagonistes. On peut même se demander jusqu’à quel point l’antisémitisme tire son argumentation et son aspect passionnel de la haine religieuse du Juif. L’idée d’une succession ininterrompue de persécutions, d’expulsions et de massacres depuis la fin de l’Empire romain, tout au long du Moyen Âge, des temps modernes et jusqu’à l’époque actuelle souvent assortie de cette autre idée que l’antisémitisme moderne n’est qu’une version laïcisée de superstitions populaires médiévales, n’est pas moins fallacieuse, encore que moins pernicieuse, bien entendu, que l’idée antisémite qui lui fait pendant : celle d’une société secrète juive qui aurait gouverné, ou aspiré à gouverner le monde depuis la plus haute antiquité. »

Affinant ensuite, dans le corps proprement dit de son texte, sa réflexion, Hannah Arendt pose alors, en des termes plus clairs encore, le problème, y mettant dès lors en relation directe, de manière plus spécifique cette fois, l’antisémitisme idéologique avec, au XXe siècle, la barbarie nazie, qui perpétra ce crime unique et absolu, dans les annales de l’(in)humanité, qu’est la Shoah.

Elle y stipule, critiquant au passage cet aveuglement, aussi coupable qu’incompréhensible, dont fit preuve, de sinistre mémoire en ces obscures années-là, l’opinion publique en son ensemble: « Nombreux sont ceux qui pensent encore que c’est par accident que l’idéologie nazie s’est cristallisée autour de l’antisémitisme, et que la politique nazie s’est fixé pour but, délibérément et implacablement, la persécution puis l’extermination des Juifs. Ce n’est que l’horreur de la catastrophe finale, et plus encore le sort des survivants, déracinés et sans patrie, qui ont donné à la ‘question juive’ la place essentielle qu’elle a occupé dans notre vie politique quotidienne. »

Elle poursuit, non moins opportunément: « Les nazis prétendaient avoir découvert le rôle du peuple juif dans la politique mondiale ; ils proclamèrent leur but : la persécution des Juifs dans le monde entier. L’opinion publique ne voulut voir là qu’un moyen de gagner les masses ou un intéressant artifice démagogique. »

L’islamo-nazisme de la République Islamique d’Iran : une menace existentielle pour Israël et, plus globalement, pour les juifs

Paroles, certes, on ne peut plus tragiques mais pourtant lucides, par-delà même leur indicible douleur, en ces temps où l’actuelle République Islamique d’Iran s’inscrit pleinement, le fondamentalisme islamique en plus, dans ce honteux héritage nazi pour en faire, précisément, l’islamo-nazisme !

Ainsi, cet antisémitisme que l’on voit à nouveau poindre aujourd’hui aux quatre coins de la planète – dont l’abominable pogrom de nature génocidaire perpétré, le 7 octobre 2023, par les terroristes islamistes du Hamas à l’encontre des Juifs d’Israël – ne se révèle finalement être que la manifestation la plus tragiquement tangible et visible, depuis la Shoah, de cette haine, aussi viscérale qu’irrationnelle, des Juifs.

Le plus féroce de cet antisémitisme, précisément : celui ouvertement affiché aujourd’hui, depuis la tristement célèbre « révolution islamique » de l’ayatollah Khomeiny en 1979 à l’encontre du Shah, par l’actuelle République Islamique d’Iran, pourvoyeuse et commanditaire à la fois du terrorisme international de surcroît, avec, à sa criminelle suite, ses affidés les plus sanguinaires, que ce soient, fanatiques entre tous, le Hezbollah au Liban, le Hamas dans la bande de Gaza, les Houthis au Yémen ou les milices chiites en Irak.  

L’antisémitisme : un poison pour le monde libre, sinon l’humanité tout entière, la sauvegarde de la démocratie et l’avenir de la civilisation

Conclusion ? Oui, c’est de ce poison qu’il faut, de toute urgence aujourd’hui, se débarrasser, pour le bien du monde libre, sinon de l’humanité tout entière, et, en dernière instance, l’avenir de la civilisation en ses principes universels, valeurs morales et idéaux les plus nobles (la démocratie, la tolérance des idées, les droits de l’homme et de la femme), par-delà même la menace existentielle qu’il représente pour Israël comme pour les Juifs en leur ensemble, ainsi qu’on vient donc effectivement de le voir avec ce dramatique attentat à l’encontre de la synagogue de Liège.

C’est là, de fait, un enjeu de civilisation tout autant qu’un combat pour la paix !

Un combat pour la paix du monde

Et, à propos de cet hypothétique bien que souhaitable renversement de cette tyrannique théocratie iranienne, que ce soit par l’intervention israélo-américaine ou par la contestation populaire interne, a-t-on remarqué que l’inversion du mot « mollahs » donne exactement en hébreu, à une consonne redoublée près (l), « shalom », signifiant littéralement « paix » justement ? A méditer, et non seulement sur le plan linguistique, mais, plus extraordinaire encore, à un niveau hautement symbolique !

Curtis président!

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Image d'illustration Unsplash

Affaire de la mort d’Elisa Pilarski: le chien Curtis passe aux aveux… « Ce chien n’est pas responsable de la façon dont il a été dressé » répond Elisabeth Lévy aux « amis des animaux » qui refusent qu’il se fasse piquer. Nous vous proposons d’écouter sa chronique.


Une pétition réclame la grâce de Curtis, pitbull qui a tué la compagne de son maitre.

Le 16 novembre 2019, Elisa Pilarski, 29 ans et enceinte de six mois est retrouvée morte dans l’Aisne, le corps lardé de 56 morsures dans une forêt où elle se promenait avec le petit molosse (deux ans et 20 kilos, quand même). Son compagnon et le maître du chien, Christophe Ellul, accuse des chiens de chasse à courre mais les expertises désignent Curtis.

Decision attendue le 11 juin

La semaine dernière, M. Ellul était jugé pour homicide involontaire – il a dressé Curtis pour mordre. La procureure a requis quatre ans de prison avec sursis. Et réclamé l’euthanasie de Curtis qui, depuis six ans, vit dans un chenil en Haute-Garonne, avec une courette de six mètres carrés mais aucun contact humain ou canin.

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Cette perspective enrage les défenseurs des animaux, toujours prompts à « manger de l’homme ». Des crétins numériques proposent de piquer plutôt le maître. Et il y a déjà deux pétitions, dont l’une comptabilisait ce matin près de 35000 signatures. « Curtis a déjà payé un prix immense : six années de sa vie enfermé » peut-on lire. Il ne doit pas finir sa vie isolé ou euthanasié. Une association veut l’accueillir. On ne sait pas ce qui est prévu pour sa réinsertion…

N’ironisons pas, ce chien n’est pas responsable de la façon dont il a été dressé…

C’est ce que disent les avocats et sociologues de l’excuse sur les voyous. Je n’ironise pas sur ce pauvre chien. Mais sur ces grandes âmes qui oublient un détail. Curtis n’est pas un homme ni une personne morale. Il ne peut pas être déclaré coupable ni condamné ni contraint de se soigner. Il ignore qu’une proc demande sa mort. Les animaux peuvent souffrir mais ne savent pas ce qu’ils font. Et on ne déclare pas non plus coupable le lion qui mange l’antilope. Cette différence, je dirais cette supériorité humaine mais c’est très mal, ne nous autorise certainement pas à les torturer mais à les tuer, les faire travailler ou se reproduire sans consentement.

Le chien Curtis ne sait pas qu’il fait le mal. Après avoir tué Elisa, il a d’ailleurs attaqué Ellul et sa sœur – c’est sa nature ou ça l’est devenu. Il ne s’agit pas de punir un chien mais de protéger les hommes. Evidence partagée même par Aymeric Caron : si vous devez choisir entre la vie de votre enfant et celle de votre chien, vous sauverez l’enfant. Nous avons des devoirs envers les animaux. Pas celui de les considérer comme nos égaux et encore moins comme nos semblables.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

L’imposture antifasciste

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Jean-Luc Mélenchon au meeting de Sophia Chikirou à Paris, hier soir © Stephane Lemouton/SIPA

« Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » (Camus)


Un spectre hante l’Europe, le spectre du fascisme. Mystérieux, maléfique, son centre est partout, sa circonférence nulle part. Il enflamme les Agités du bocal en mal d’émotions fortes, Potemkine de méga-bassines, « Spartaccuse » autoproclamés « antifascistes ».

Hier soir, à la Maison de la Mutualité, Jean-Luc Mélenchon et Sophia Chikirou ont réchauffé pour leurs aficionados conquis, un cris d’armes convenu : ¡No pasarán! La bataille de Paris est sanglante, fratricide, indécise. L’amour sublime du Caudillo insoumis berce les électeurs ; Et, regardant enfler sa trotskyste mamelle ; Sur son festin de mots il s’affaisse et chancelle ; Ivre de volupté, de promesses et d’horreurs. Il cible Sarah Knafo qui a le vent en poupe. « Quel que soit son score, elle est dangereuse … Tout le monde au bureau de vote, tout le monde contre les fachos! ». Une insulte comme un hommage. « Le monde est sous les mots, comme un champ sous les mouches » (Hugo).

Loup y es-tu ?

« Fascisme : 1. Régime établi en Italie de 1922 à 1945, fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. 2. Doctrine ou tendance visant à installer un régime autoritaire rappelant le fascisme italien ; ce régime lui-même. 3. Attitude autoritaire, arbitraire, violente et dictatoriale imposée par quelqu’un à un groupe quelconque, à son entourage »(Larousse). 

Stricto sensu, le fascisme et le nazisme n’existent plus. Mussolini est exécuté en avril 45, Hitler se suicide dans son bunker à Berlin, quelques jours plus tard. Pas un politicien ne se réclame aujourd’hui du fascisme. La loi du 29 juillet 1881 sanctionne l’apologie des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Largo sensu, l’autoritaire pèse comme un couvercle sur les esprits gémissants, oppresse, partout. La langue est fasciste, le pouvoir est fasciste, de Gaulle est fasciste, le patriarcat est fasciste, la police est fasciste, CRS-SS …  

La belle immonde n’est pas morte. Protégée par une légion de féroces Numides recrutés à Lampedusa, une pile de pilum, des amphores d’huile de ricin, Giorgia Meloni fait régner l’ordre dans le Palais Montecitorio. Les Allemands et les Danois vont-ils boucler leurs frontières au pas de l’oie ? Trump le Maudit, braqueur Maximo, Picsou libertarien de Mar-a-Lago, a-t-il « l’étoffe » d’un Benito ?

Ironie de l’histoire, l’héritage mortifère des révolutions du vingtième siècle, ce sont des empires totalitaires, Etats concentrationnaires : la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran. La décolonisation et l’émancipation ont accouché de fatwas, foulards, ayatollahs. La peste brune et les fascistes sont à l’est et au sud, les antifascistes sont à l’ouest.

La fabrique de l’antifascisme 

Le camp du progrès est à la peine. L’avenir n’est plus radieux, les lendemains déchantent. La dictature du prolétariat et les « sans-dents » donnent la colique à Thomas Piketty et Dominique Méda, stakhanovistes des RTT, du compost citoyen et de l’impôt sur les os. La gauche s’est repliée dans le flou, la moraline bio, les slogans bienveillants, un sfumato attrape-toutous.

L’antifascisme, c’est une fin, un moyen, une posture, une aubaine, une entéléchie sublime permettant de ressouder les tronçons du glaive progressiste. Un tiers Manouchian, un tiers Louise Michel, un tiers Sans-culottes, des effluves de Woodstock, flagrances Bella Ciao. Le Red Bull antifasciste enivre les miliciens de la Jeune Garde, les black blocs. So Long, Marc Bloch… Ciment et bouclier, l’antifascisme est aussi une arme fatale qui délégitime, disqualifie les opposants, « vipères lubriques », « hyènes dactylographes », « hitlériens » aux cinquante nuances de noir. L’antifascisme Soulage ; c’est l’art de faire passer les anchois avariés pour des produits exotiques.

Pas d’antifascisme sans fascistes. L’offre fasciste étant notoirement inférieure à la demande, il importe de multiplier les ennemis à combattre. Le « fasciste » a des cousins maléfiques, « les nazis », « les racistes » et une jumelle diabolique, « l’extrême droite », plus dangereuse que le cobra royal et la grenouille à flèches empoisonnées, l’unique objet du ressentiment des médias publics aux prophéties auto-réalisatrices. Par extension, capillarité, l’extrême droite, c’est la droite, dure, demi-molle, néo-libérale, illibérale, populiste, réactionnaire, les sociaux-traites, valets de l’impérialisme, les blancs, l’Occident. L’affiche noire, de barbe et de nuit, hirsute, menaçante, cherche un effet de peur sur les passants. Le chagrin et la pythie.

Le fascisme antifasciste

Le fasciste, c’est celui qui ne pense pas comme moi. « La vérité est une, seule l’erreur est multiple. Ce n’est pas un hasard si la droite professe le pluralisme » (Simone de Beauvoir). Au mitan du siècle dernier, l’antifascisme c’était déjà le cri de ralliement du camp du « bien », l’anticommunisme, un crime inouï. L’imposture, orchestrée de Moscou, ravissait l’intelligentsia progressiste. Dans l’effroi et la famine, l’agitprop, au Palais d’Hiver, à Cronstadt, Rome, en Bavière, le rouge et le noir s’inspirent, s’aspirent, se fécondent, signent des pactes, se font la courte échelle.

Les Tartuffe renifleurs de « nauséabond » ont la mémoire courte, les alliances sélectives, barrages à géométrie variable. Les leçons de morale et d’humanisme de l’union des gauches, insoumise islamo-gauchiste, communiste, socialiste, écologiste, qui n’ont jamais renié un Panthéon de tyrans criminels – Robespierre, Marat, Trotski, Lénine, Mao, Castro, Maduro, le Hamas, le Hezbollah -, n’abusent personne.

LFI est un parti fascistoïde. Ligueur Maximo, Camelot du Moi, Jean-Luc Mélenchon, s’obstein eptsigne des oukases complotistes, défendu par des compagnons de déroute, une jeune garde de vieilles grognardes, influenceuses, Mad Marx, Raphaël Arnault, Mathilde Panot, Sandrine Rousseau, Annie Ernaux, Maeva Ghennam. Les silentiaires insoumis purgent les traîtres (Raquel Garrido, Clémentine Autain, François Ruffin), défendent les assassins de Quentin Deranque. France info noie le poison dans les euphémismes, la « brutalisation » de la vie publique. Les groupes WhatsApp de Sciences-Po adorent la botte à Staline. En 1968, Lacan expliquait aux gauchistes de Vincennes qu’ils finiront par trouver le maître auquel ils aspirent.

Les rentiers du Grand-Guignol antifasciste, les instrumentalisations politiciennes, salissent la mémoire de Jean Moulin, des Résistants, des millions de victimes qui ont souffert dans leur chair du totalitarisme, déportées et assassinées par les fascistes, les communistes, les nazis.

Crier au loup, ad nauseam, c’est obscène et criminel. « Una mattina », un morne matin, quand les véritables fascistes, rouges, noirs ou verts, seront aux portes du pouvoir, plus personne ne se lèvera, ne prendra les armes ; il sera trop tard. Postures, poutures, impostures, les défaites ne sont jamais étranges.

« Il semble bien que la demande en matière de liberté soit, pour l’humanité prise dans son ensemble, de beaucoup en dessous de l’offre que nous lui en faisons. Il est à craindre que le marché ne soit pas du tout ce que nous avions supposé. Nous risquons fort de rester avec notre stock sur les bras » (Jacques Rivière).

La mémoire du chaos

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A Tel Aviv, deux personnes qui étaient sur la plage se dirigent vers un refuge alors que retentit l'alerte aérienne de missiles iraniens imminents, 3 mars 2026 © Leo Correa/AP/SIPA

Allongée dans l’herbe sous les missiles…


L’avertissement avait sonné depuis plusieurs minutes sur mon téléphone vibrant et il annonçait que l’alerte serait imminente. Un missile était sur le point de survoler nos têtes et si l’alerte sonnait, cela signifiait que le missile allait tomber près de notre localisation.

Depuis quelques jours, les avertissements ne sont pas nécessairement suivis d’alertes, alors, une sorte de nonchalance s’est installée, chacun de nous faisant des arbitrages, ou pariant que peut-être, cette fois-ci, l’alerte ne sonnera pas.

Pour ma première sortie à vélo depuis le début de la guerre, j’étais gâtée. L’alerte était en train d’hurler alors que j’étais près de mon domicile ; mais pas assez proche pour y arriver dans les temps ; il fallait donc que je me mette à l’abri au plus vite.

A peine le temps d’abandonner mon vélo au milieu de la route, je réalise que même trouver un abri public est ambitieux, je vais devoir aviser. Heureusement, je ne suis pas seule, ce matin, je suis accompagnée de Zwicka.

Un carré d’herbes nous tend les bras, casques de vélo encore vissés sur la tête, c’est de circonstance, nous nous allongeons à même le sol, comme il l’est demandé dans les instructions adressées à la population civile. Les yeux rivés vers le ciel, je suis obligée d’avouer que cet instant n’est pas si désagréable, un doux rayon de soleil caressant nos visages.

Le ciel d’Israel nous a habitués à ses changements d’humeur, hésitant encore en ces jours de début mars entre le printemps et l’hiver, ou oscillant en l’espace de quelques minutes de la quiétude à l’hostilité soudaine. La guerre ici n’a pas le visage que nous lui pensions. Elle se loge dans des menus détails, se lit sur les mines fatiguées des nuits coupées, dans les sursauts quand, au moindre bruit, nos corps trahissent l’état d’hyper vigilance dans lesquels ils sont plongés depuis toujours.

Il n’empêche que le corps posé sur l’herbe, je ne peux m’empêcher d’observer ce ciel parfait : les nuages y voilent ce matin les missiles, tandis que leurs détonations nous ôtent d’un doute, s’il en demeurait encore un, sur l’existence d’une menace réelle au-dessus de nos têtes.

Cela dure plusieurs minutes, les oiseaux se dispersent dans tous les sens, sans unanimité claire sur la direction à prendre, le chaos ne se trouve pas seulement sur la terre ferme, il existe aussi dans les airs. Zwicka garde le silence puis, pour dédramatiser, me dit, pendant que la sirène hurle, qu’il faut relativiser. C’est quand le climat d’urgence s’abat sur nous que la sagesse israélienne est la plus bavarde ; et ce matin, elle se résume en un mot, presque intraduisible : proporziot.

Oui, me dit-il, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les populations civiles n’avaient pas notre chance d’avoir un système anti-missile aussi robuste, ainsi que des habitations, des villes aussi bien équipées en abris publics. Nos téléphones sont devenus nos gardiens, ils nous préviennent en temps et heure des missiles qui sont lancés et nous montrent sur la carte quelles parties du pays ont été visées.

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Selon les rumeurs du moment, cette guerre sera longue. Plusieurs semaines. Plus longue que nous voulons bien le croire et c’est avec cette perspective d’une guerre d’usure qui s’annonce que j’ai décidé ce matin de ne plus vivre confinée et dans la peur panique des alertes. C’est aussi ce qui explique que c’est la première fois que je n’ai pas le temps de gagner un abri dans les temps. Je manque d’expérience en la matière. Ce matin, les détonations sont tellement fortes que Zwicka est sûr qu’il s’agit du dernier joujou iranien, à savoir des missiles à fragmentations qui semblent plus difficiles à arrêter que les précédents.

La raison en est qu’à une certaine altitude, le missile s’ouvre pour libérer des dizaines ou parfois des centaines de petites bombes appelées sous-munitions, qui se dispersent dans l’air et explosent en touchant le sol ou bien juste au-dessus du sol pour causer le maximum de dégâts matériels et humains.

Les yeux rivés vers ce ciel déserté par les oiseaux, alors que Zwicka me dit que nous ne vivons pas dans un pays normal, mais que c’est le prix à payer pour l’avoir, je réalise que je n’ai pas peur. Est-ce parce que les détonations se sont arrêtées ou qu’elles étaient lointaines ? Est-ce parce que je sais que notre système anti-missile est robuste ? Je ne crois pas.

Il y a dans la peau de chaque Israélien, y compris chez les enfants, une mémoire du chaos que le monde confond avec de la « résilience ». Depuis deux ans et demi, nous n’avons cessé d’être soumis au tumulte de l’histoire. Nous avons appris à nous détourner des plaisirs occidentaux pour habiter le moment présent, aux côtés de ceux qui partagent notre condition. Cette guerre a laissé une marque supplémentaire dans les corps déjà traumatisés des Israéliens. Au-delà de la menace physique, elle a creusé davantage la rupture d’avec le reste du monde. Depuis le 7-Octobre, chaque alerte réveille une mémoire plus profonde, comme si chaque Israélien portait en lui l’empreinte silencieuse de toutes les catastrophes traversées ou à venir.

Allongée dans l’herbe, je prends conscience que mon corps porte déjà beaucoup de cette mémoire collective. Je ne tremble pas, je ne ressens pas la peur, je vis dans une forme de confiance un peu inconsciente, et je réalise sous ce grand palmier qui me toise que cette guerre ressemble à la guerre des douze jours, tout en s’en distinguant pourtant.

En juin 2025, nous étions seuls. Douze jours suspendus, intenses mais contenus, que nous avons vécus comme une tentative herculéenne pour détruire les installations nucléaires et ballistiques du régime iranien, qui menaçaient notre survie. Une guerre éclair, presque chirurgicale, où seule la frappe finale des B2 américains est venue rompre notre solitude.

Celle-ci est différente. Depuis le mois de juin 2025, non seulement l’alliance avec l’Amérique de Trump s’est renforcée, mais un nouveau pacte silencieux s’est noué entre le peuple israélien et le peuple opprimé d’Iran, pris en otage par un régime qui a fait de la confrontation avec Israël sa colonne vertébrale idéologique.

Cette fois-ci, les messages de soutien venant d’Europe et du reste du monde se sont faits plus rares, comme si l’idée qu’il revenait au minuscule Etat d’Israël de combattre seul (ou presque) au nom de la liberté s’était peu à peu normalisée. Comme si le monde avait fini par croire que nous pouvions nous passer de son soutien et de son empathie.

La sirène finit par se taire et les oiseaux reviennent. Nous nous levons, nous reprenons nos vélos, prêts à nous élancer à nouveau, jusqu’à la prochaine alerte, jusqu’au prochain missile, jusqu’au prochain décompte des blessés ou des morts, qui, dans ce monde pourtant si prompt à se mobiliser pour des causes à la mode, ne semblent émouvoir personne d’autre que nous-mêmes.

Poitiers: un ex-trafiquant condamné en position éligible sur la liste de la maire écologiste

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A Poitiers, le communautarisme des Verts n’a rien à envier aux pires Lfistes: Chiacap Kitoyi, ex-trafiquant de drogue qui fut condamné à deux ans de prison, est en quatrième position sur la liste de la maire sortante.


Comment un narcotrafiquant condamné à deux ans d’emprisonnement et débiteur de 600 000 euros envers la collectivité, peut-il figurer en bonne place sur une liste municipale ? C’est la question que soulève la candidature de Chiacap Kitoyi, présenté en quatrième position sur la liste de Léonore Moncond’huy, maire Europe Écologie Les Verts (EELV) de Poitiers, pour les prochaines élections municipales.

Les faits sont accablants et documentés. Chiacap Kitoyi a été condamné à deux ans d’emprisonnement par la justice française. Au-delà de la peine privative de liberté déjà effectuée, la condamnation l’oblige à rembourser la somme considérable de 600 000 euros à la collectivité (somme qu’il daigne rembourser à hauteur de 50 euros par mois). Une dette contractée envers les deniers publics, ceux-là mêmes qu’il prétend aujourd’hui être en mesure de gérer au nom des Poitevins.

Cette condamnation n’est pas une affaire privée, puisqu’elle concerne directement la probité exigée d’un candidat à l’exercice d’un mandat public. Lorsqu’un individu a été jugé coupable par les tribunaux et qu’il reste redevable d’une telle somme à la collectivité, sa candidature à la mairie d’une ville comme Poitiers pose un problème éthique et démocratique fondamental. Un maire qui met en avant un tel profil sur la liste ne le fait évidemment pas « gratuitement » : il achète l’électorat des quartiers, quoi qu’il en coûte pour son image.

« Les fourmis » des Couronneries : le communautarisme comme levier électoral

Pour comprendre la présence de Chiacap Kitoyi sur cette liste, il faut remonter aux élections municipales de 2020. À cette époque, M. Kitoyi était le leader d’un mouvement, « les fourmis », né dans le quartier difficile des Couronneries. Ce groupe, structuré autour de « leaders » du quartier, dont cet ancien chef du trafic de drogue, a joué un rôle déterminant dans l’élection de Léonore Moncond’huy à la tête de la mairie de Poitiers.

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Les fourmis ont su mobiliser massivement dans les quartiers populaires de Poitiers pour faire basculer le scrutin en faveur de la candidate EELV. Cette mobilisation, aussi efficace soit-elle, reposait sur une logique communautariste : voter en bloc selon une appartenance identitaire de quartier et d’origine. Le résultat politique fut au rendez-vous : le maire PS Alain Claeys fut battu par la gauche radicale. Mais à quel prix pour la cohésion républicaine ?

Le communautarisme, dans notre République laïque et universaliste, est devenu l’arme de guerre électorale de la gauche radicale, à Poitiers comme ailleurs. Ce clientélisme fracture le corps civique en sous-groupes antagonistes, il instrumentalise les appartenances pour en faire des bulletins de vote, il dévalue le débat politique en le réduisant à des calculs d’allégeance. Que la liste de Madame Moncond’huy — par ailleurs soutenue, toute honte bue par le président de Région PS Alain Rousset contre le candidat local de la gauche républicaine —  récompense aujourd’hui cet acteur en lui réservant une place de choix en est la pitoyable confirmation.

Une démocratie abîmée

Qu’un candidat condamné pénalement, endetté à hauteur de 600 000 euros envers la collectivité qu’il prétend servir, puisse se présenter sans que cela ne suscite un tollé en dit long sur la perte de repère civique de notre pays. Dans de nombreux pays démocratiques, une telle condamnation aurait suffi à écarter toute candidature. En France, la loi permet techniquement à certains condamnés de se présenter selon la nature de leur peine. Mais le narcotrafic tue. Et la légalité n’est pas la légitimité.

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La démocratie ne se résume pas au respect formel des règles. Elle exige aussi une éthique de la responsabilité de la part de ceux qui sollicitent le suffrage universel. La maire écologiste Léonore Moncond’huy, en validant le profil de ce narcotrafiquant, fait preuve d’une légèreté qui confine à l’indécence vis-à-vis des citoyens et de leurs impôts. En plaçant Chiacap Kitoyi en quatrième position, une place éligible, symboliquement forte, la maire sortante fait un choix délibéré : celui du clientélisme et du communautarisme, en s’essuyant les pieds sur les valeurs de la République. 

Déjà membre du conseil d’administration d’Ekidom, le bailleur social de la ville de Poitiers

Mais cette place sur la liste n’est pas le premier cadeau de la maire au caïd des Couronneries. La question des compétences se pose avec une acuité particulière lorsqu’on sait que M. Kitoyi a été nommé en 2020, au début du précédent mandat (en remerciement pour son rôle de chef des « fourmis »), membre du conseil d’administration d’Ekidom, l’organisme chargé d’attribuer les logements sociaux à Poitiers. Confier à Chiacap Kitoyi une responsabilité quelconque dans la gouvernance d’un tel organisme était déjà irresponsable. La gestion du logement social requiert probité, impartialité et compétences administratives solides. Or, comment un ex-dealer condamné par la justice et débiteur de 600 000 euros à l’État pourrait-il incarner la neutralité et l’intégrité indispensables à l’attribution équitable de logements ?

Au-delà du cas individuel de Chiacap Kitoyi, c’est une question de principe qui se pose à Poitiers. Quelle idée de la République veut-on défendre ? Celle où le casier judiciaire importe peu ? Celle où le communautarisme est un outil de gestion électorale toléré ? Ou bien celle où l’exemplarité des élus est une exigence non négociable, et où chaque candidat à un mandat ou à un poste est évalué sur ses compétences et mérites réels ? Les électeurs poitevins ont le droit de savoir. Ils ont le droit de mesurer ce que signifie voter pour « Poitiers Collectif », la liste de la maire écolo Léonore Moncond’huy, dont l’ADN politique relève du communautarisme anti-républicain le plus assumé.

Diriger une ville est une charge trop sérieuse pour être laissée à des profils qui, objectivement, ne présentent pas les garanties minimales d’honnêteté et de compétence attendues d’un élu de la République.

Maxwell, pas la peine d’en rajouter

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Affaire Epstein : Ghislaine Maxwell se révèle être un piètre maître chanteur


Le 9 février 2026, Ghislaine Maxwell a comparu par visioconférence devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants sans prononcer un mot.

Par la voix de son avocat, l’ex-compagne de J. Epstein a affirmé être prête à « parler complètement et honnêtement » à condition d’obtenir une grâce. Elle se disait notamment disposée à témoigner que ni Donald Trump, ni Bill Clinton n’étaient coupables d’actes répréhensibles. En matière de chantage, il semble qu’on ait vu mieux. Donald Trump peut en effet déjà se considérer comme blanchi par cette seule proposition : « Vous voyez bien que je suis innocent, elle le dit elle-même. » Quel intérêt supplémentaire aurait-il à accepter de la gracier ? Bien au contraire, on lui reprocherait désormais la clémence dont bénéficierait la complice du Diable, dans le seul but de concrétiser cette disculpation. Si elle s’était contentée de promettre publiquement toute la vérité sur les puissants mouillés dans l’affaire, tout en s’engageant discrètement à blanchir Trump, peut-être aurait-elle augmenté ses chances de parvenir à un accord avec la justice américaine. À ce stade toutefois, la Maison-Blanche n’a ni accepté, ni officiellement rejeté l’offre. Elle maintient un suspense calculé, suggérant que la grâce ne sera accordée que si Maxwell livre des informations « explosives » et véridiques. Notamment celles qui serviraient le récit politique de l’administration actuelle.