En visite en Chine (notre photo), Donald Trump a décidé d’entretenir le flou sur le soutien américain à Taïwan en faisant des ventes d’armes à l’île une éventuelle monnaie d’échange dans ses négociations avec la Chine… Le monde est entré ces dernières années dans une « guerre globale » opposant plusieurs empires (États-Unis, Chine, Russie) qui se disputent des zones d’influence à travers des conflits indirects, tandis que les puissances faibles de l’Europe continuent d’être marginalisées.
Depuis 2022, la course aux armements s’accélère, les conflits se multiplient et la violence redevient un instrument central des relations internationales. Pourtant, cette guerre n’a ni front unique ni épicentre identifiable. Chaque conflit semble local, autonome, mais tous sont liés. Ce lien n’est ni conjoncturel ni accidentel : il est structurel.
Le monde n’est pas entré dans une troisième guerre mondiale mais dans une première guerre globale dont les maître-mots sont l’« Amérique aux Américains » (doctrine Donroe selon certains), le « rêve chinois » (« retrouver la grandeur de la nation chinoise », Xi depuis 2013) et la nostalgie de l’empire soviétique. C’est une guerre sans déclaration, sans théâtre central, menée par des empires qui ne s’affrontent pas directement, mais projettent leur puissance dans des espaces de fracture, par la force dans leurs arrière-cours et par l’influence ailleurs. Comprendre cette guerre, c’est comprendre le retour d’un « monde multi-impérial » [1] fragmenté en sphères d’influence rivales, où la paix par le droit laisse place à une certaine forme de paix par la force.
Cette logique multi-impériale ne se limite pas au simple découpage de l’espace mondial en trois sphères. Les empires ne se combattent pas au centre, mais aux marges – là où leurs sphères d’influence se chevauchent et se heurtent. Entre elles s’étendent des zones de fracture profondes et instables, espaces interstitiels que nul empire ne contrôle pleinement et dont la maîtrise constitue précisément l’enjeu central de la compétition mondiale.
La logique multi-impériale ne comprend pas uniquement les États-Unis, la Chine et la Russie : ces trois empires coexistent, mais d’autres puissances, présentes dans ces fractures, agissent comme pivots, sur lesquels ces derniers s’appuient pour étendre leur domination. En ce sens, les empires américain, chinois et russe développent un réseau d’influence dans des territoires non-dominés, polarisé par des puissances locales appelés pivots ; l’Iran, Israël, la Turquie, le Japon, sans oublier l’Inde.
Dilemme arabo-persique et question israélienne
Au Moyen-Orient, le destin de l’Iran sera déterminant pour l’avenir de ce tissu impérial.
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Actuellement proche de la Chine et de la Russie, l’Iran est pour Donald Trump un futur allié, un pivot sur lequel compter pour contrôler et pacifier durablement la région. Israël et l’Iran (post-mollahs) pourraient-ils constituer un axe de puissance américaine, en miroir de « l’ axe de la résistance » façonné par Téhéran depuis des décennies ?
Impuissance endémique, prédations inéluctables, l’Afrique au cœur des stratégies impériales
À l’inverse du Moyen-Orient, l’Afrique se caractérise par l’absence de puissances-pivots capables de structurer l’espace régional. L’Afrique est donc un terreau fertile pour les stratégies d’influence des empires. Depuis plusieurs années, la Chine apparaît comme le créancier et la Russie comme le mercenaire. Basculés dans un impérialisme transactionnel, entre brutalité (bombardement de l’EI au Nigéria) et néomercantilisme (« deals » de plusieurs milliards sur la santé avec le Kenya ou le Rwanda), les États-Unis semblent développer une stratégie d’influence sur le continent africain, faisant preuve d’une grande adaptabilité selon ses interlocuteurs.
Indopacifique atomique et Taïwan
Hautement nucléarisée, l’Asie vient défier la catégorisation entre arène impériale et fracture à contrôler. En Asie centrale, les routes de la soie chinoises et les organisations russes (OTSC) dans les ex-Républiques soviétiques compliquent toute ambition d’influence américaine. L’équilibre militaro-économique dans l’Indopacifique est celui de la terreur : la Chine indispensable pour l’économie, les États-Unis responsables pour le militaire. Taïwan, géographiquement, rentre dans la sphère d’influence de l’Empire du milieu, mais idéologiquement et politiquement reste plus proche des États-Unis : la minuscule île aux semi-conducteurs est à la confluence de deux sphères d’influence. Ainsi, en Asie, le destin est taïwanais, les empires sont chinois et américain, les pivots sont japonais, indien et pakistanais.
Désunie par sa diversité, l’Europe est au point mort
Face aux menaces migratoires et islamistes (Afrique et Moyen-Orient), agricole (UE-Mercosur approuvé provisoirement par Mme Von Der Leyen sans réponse parlementaire et malgré refus français), idéologique et tarifaire (États-Unis), industrielle (Chine) et existentielle et énergétique (Russie), la réaction est urgente. Contrer ces menaces en pensant à la force n’est pas incompatible avec la recherche et la défense de la paix.
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Qu’en est-il de cette fameuse Europe-puissance ? Aucune définition classique de la puissance ne s’applique à l’Union européenne. Si l’on reprend celle de Raymond Aron – « la capacité d’une unité politique à imposer sa volonté aux autres unités » – l’Europe apparaît en décalage : elle ne constitue pas une véritable unité politique et peine, dans les faits, à imposer sa volonté – dans un monde de carnivores, les herbivores frémissent et subissent. Employer le terme d’« Europe-puissance » révèle soit une méconnaissance des réalités géopolitiques, soit une forme d’espérance qui finit inévitablement par se heurter à la réalité.
Et Trump ? Marque-t-il une rupture ?
Certains voient un parallèle entre les Bush et Trump : le père défendait le « droit international » et les États-Unis s’en portaient garants, en tant que « gendarmes du monde », jusqu’à sa péremption, le 11 septembre 2001. Conçu pour un monde civilisé, structuré autour d’États prêts à faire primer la sécurité et la prospérité, le droit international vacille face à la montée d’acteurs nuisibles et appelle désormais une refonte. Face à la montée des États voyous, des groupesterroristes islamistes et des puissances autoritaires, le multilatéralisme apparaît désormais comme une illusion d’un autre temps. En 2026, le « gendarme du monde » américainrenaît, avec un budget militaire de 1500 milliards $ à l’horizon 2027, et cette fois-ci, son commandant en chef a une stratégie claire et assumée : transformer chaque puissance-pivot en allié américain et possiblement percevoir la Russie non comme empire mais pivot mondial à monter contre la Chine pour l’encercler, l’assécher (en pétrole) et l’immobiliser. La perspective recherchée par l’administration Trump est une arrière-cour démocratique, capitaliste et pro-américaine (d’où l’exfiltration de Maduro), un axe Israël-Iran (post-mollahs) au Moyen-Orient, et un axe Japon-Taïwan-Corée du Sud en Asie. Après le Venezuela et l’Iran, des interventions directes à Cuba et en Colombie sont désormais envisageables. Accepter un néomercantilisme transactionnel ou subir le courroux de l’État le plus puissant de l’histoire, telle est la nouvelle doctrine de Trumperator [2]. Et son objectif ? La Chine. Pour l’assécher en pétrole, trois étapes, aux stratégies différentes : le Venezuela, l’Iran et la Russie, en passant de la force à l’influence.
La guerre globale a commencé, les empires s’affirment, les sphères d’influence se confirment, les pivots se distinguent, et les faibles seront relégués. Cette première guerre globale enterre la globalisation heureuse. Si l’engrenage de la Première guerre mondiale a été celui des alliances, l’engrenage de la première guerre globale sera celui des conflits. « L’histoire ne se répète pas, mais elle rime souvent », M. Twain.
[1] Chaouat Elliot, Vers un nouvel ordre mondial ? Géopolitique d’un monde fracturé, 2025
Dilemme arabo-persique et la question israélo-palestinienne : une région sans maître ?
[2] : Chaouat Elliot, Trump era, Trumperator ?, 2026, https://pppescp.com/2026/04/07/trump-era-trumperator/
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