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La guêpe fête ses 80 ans

La chronique du dimanche de Thomas Morales


La guêpe fête ses 80 ans
© Vespa

Lancée en avril 1946 par Piaggio, la Vespa fêtera ses 80 ans à Rome, entre les 25 et 28 juin, dans une célébration quasi-papale. Tous les vespistes du monde ont rendez-vous dans la ville éternelle pour vénérer les vertus du « scootérisme ». Monsieur Nostalgie, fidèle à son PX 125 noir qui affiche des dizaines de milliers de kilomètres au compteur, nous explique l’esprit de dissidence des vespistes…


Non, la Vespa n’est pas un deux-roues motorisé, ni un moyen de transport, encore moins un instrument de la mobilité douce, oxymore d’une technostructure en manque d’inspiration. La Vespa est un mouvement culturel, esthétique et émancipateur ouvert à tous. La Vespa guide le destin des Hommes depuis 80 ans, sans haine, ni violence.

S’en aller tous les deux…

Elle est l’expression la plus avancée d’une civilisation hédoniste et stylée qui rejette la vulgarité et la rage des foules. La Vespa est une échappatoire à l’enfer du travail et au collectivisme forcené, la dernière muraille face à une société de plus en plus intrusive et procédurière. Elle est acte de résistance et onde nostalgique, à la fois refuge de l’intime et diffuseur du « beau mouvement ». Elle est courbe charnelle et élan salvateur. Elle se vit en solitaire ou en amoureux, à deux.

Durant quatre jours, en juin prochain, tous les vespistes de la planète, par centaines, par milliers, clubs et particuliers, vont déferler sur la vieille Rome pour ce qui s’annonce « la plus grande célébration de l’histoire de Vespa ». Nous lui devons tant. Sans elle, nous serions restés à l’état de brouillon, mal dégrossis, serrés dans des bétaillères, cars scolaires et trains graisseux ; le casernement nous guettait. La Vespa a façonné le cœur des romantiques et leur a inculqué l’esprit de liberté depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. En avril 1946, son brevet est déposé par Enrico Piaggio. On doit son dessin et sa pertinence technique à l’ingénieur Corradino D’Ascanio. L’idée est alors révolutionnaire : concevoir un engin original, utile et beau. Le génie des Italiens fera le reste. La Vespa prendra sa part dans ce que l’on nommera à la fin des années 1950, le miracle économique transalpin. Comment se rendre d’un point à un autre sur une motocyclette confortable, propre (la Vespa se conduit en costume, en robe à pois ou en aube de communiant), pratique (vitesse au poignet, frein au pied), assez véloce pour ne pas regretter sa bicyclette d’enfant, économique (un peu d’essence, guère d’huile), des petites roues, une selle biplace et une ligne que Michel-Ange n’aurait pas reniée ? La Vespa réussit à être toujours à la page, génération après génération, de Gregory Peck à Nanni Moretti, de Marcello aux Mods, du coursier parisien à la papa des années 1980, pare-brise haut et top-case chargés de journaux à Emily in Paris.

A lire aussi, du même auteur: Quand il arrivait en ville…

… dans le sud de l’Italie

La Vespa n’est pas un objet de mode. Elle est la mode. Vous la croyez originaire de Pontedera, le berceau de Piaggio, à trente kilomètres de Pise ? Elle fut également assemblée à Fourchambault, dans la campagne nivernaise. La Vespa est une expérience physique et intellectuelle. Physique car elle demande une attention particulière, notamment pour les anciens modèles de collection et le charme du moteur deux temps, ce tic-tac poétique. Certains disent que sa répartition des masses la faisait pencher d’un côté. Foutaises, la Vespa est d’une nature indépendante, ne la brusquez jamais, elle se conduit façon Dolce Vita, tout en souplesse, sans à-coups, fluide et coulée ; bon sang, vous êtes sur une Vespa, adaptez-vous à son souverainisme romain, son antique pedigree, ne la pilotez pas comme une moto de course, tête baissée et poignet nerveux. La Vespa nous apprend à canaliser nos impatiences.

En contrepartie, elle fait d’un anodin étudiant, d’un ouvrier en bleu ou d’un cadre usé, un homme de goût, profond et sensible au charme des saisons. La Vespa est donc un message politique en soi. Malgré les difficultés, malgré le poids des emmerdeurs qui pèse chaque année toujours un peu plus, malgré les insuffisances publiques et les culs-de-sac de la mondialisation, vous savez qu’un être sera là pour vous. Il suffira d’un coup de kick pour vous libérer de vos chaines. Avec la Vespa, les Hommes reprennent enfin possession de leur vie. Alors, nous irons tous à Rome pour la remercier.

Les tendresses de Zanzibar

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Monsieur Nostalgie

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Journaliste et écrivain. Dernières publications : "Tendre est la province", (Équateurs), "Les Bouquinistes" (Héliopoles), et "Monsieur Nostalgie" (Héliopoles).

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