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IA contre Dieu: le match

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


IA contre Dieu: le match
Le pape Léon XIV, à gauche, salue Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic, lors de la présentation de la première encyclique du pape, "Magnifica humanitas : protéger la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle", au Vatican, le lundi 25 mai 2026 © Alessandra Tarantino/AP/SIPA

Léon XIV dénonce les dangers de l’IA, mais ses solutions pour y remédier relèvent un peu de lieux communs…


Dans sa première encyclique, Léon XIV dénonce les dangers de l’intelligence artificielle (IA). Une encyclique, c’est la trace doctrinale que veut laisser tout pape – son testament théologique en quelque sorte. Certaines sont célèbres, comme Rerum Novarum publiée en 1891 par Léon XIII, qui a fondé la doctrine sociale de l’Eglise, ou Tutto Fratelli où François développait des positions sans-frontiéristes.

Dans Magnifica Humanitas (magnifique humanité), Léon XIV propose une réflexion sur l’IA et le défi anthropologique qu’elle représente. Au passage, il fait repentance pour l’Eglise concernant l’esclavage, et dénonce le risque d’un nouvel esclavage de l’homme par une technologie qui, rappelle-t-il, n’a pas de sens moral ou plutôt qui a la morale de ses créateurs.

Concurrence directe

Le pape a raison de s’emparer de cette question qui taraude tous ceux qui réfléchissent à l’avenir de l’humanité, y compris les acteurs de l’IA qui se demandent si leur création possède une forme d’intériorité. D’où la présence d’un ponte d’Anthropic, promoteur, dit-on, d’une IA humaniste, lors de la présentation du texte au Vatican.

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Non seulement l’IA affecte aujourd’hui tous les aspects de nos vies mais elle remet surtout en question la définition même de l’homme et de sa place dans le monde. Pour la première fois, l’homme a créé une technologie qui peut se développer et agir toute seule. Léon XIV observe que l’IA rend la guerre plus accessible et moins contrôlable avec des systèmes qui, une fois programmés, peuvent prendre seuls la décision de tuer. Immortelle et capable d’une certaine façon de créer sa propre descendance, l’IA apparait comme une concurrente directe de dieu lui-même.

Un moratoire ?

Le pape propose-t-il d’en finir avec l’IA pour autant ? Evidemment pas, d’ailleurs il ne nie pas ses bienfaits. Il n’est pas technophobe.

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Mais avec tout le respect qu’on doit au chef de l’Eglise catholique, autant le diagnostic est stimulant, autant les remèdes proposés semblent d’une grande banalité. Il faut réguler, rendre le pouvoir aux Etats et diminuer celui des acteurs privés, estime le Vatican. Sans oublier d’éduquer les enfants à ce nouvel environnement. En un mot, le pape veut désarmer l’IA, la soustraire à la logique de la compétition et du profit. Fort bien, sauf qu’il ne nous dit pas comment réussir ce prodige. Ce sont là des propos d’ONG, en quelque sorte. Et le pape semble oublier un détail: la volonté de puissance et de domination, l’appétit de richesses ou la violence ne sont pas des inventions de l’intelligence artificielle. Ce qui rend l’IA dangereuse, c’est la nature humaine. Et le pape ne nous dit pas comment la changer pour la mettre au service du bien commun.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Patrick Roger dans la matinale



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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