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Pierre-François Veil, le devoir en héritage

Disparition de l'avocat Pierre-François Veil (1954-2026)


Pierre-François Veil, le devoir en héritage
Pierre-François Veil, fils de Simone Veil au vernissage de l’exposition « Nous vous aimons, Madame. Simone Veil 1927-2017 » . Jeudi 27 mai 2021. Hôtel de Ville de Paris. © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le fils de Simone Veil est mort.


A l’enterrement de Pierre-François Veil, mort dans la nuit du 5 au 6 mai dernier, le nom de sa mère Simone Veil n’a pas été prononcé, m’a-t-on dit. J’ai trouvé cela admirable, étant de ceux qui pensaient combien Simone Veil, figure iconique, pouvait faire de l’ombre aux siens et ce jusqu’à la tombe. Il n’en est rien. L’éloge funèbre, comme tous les hommages qui ont été rendus à Pierre-François mettent en pleine lumière un homme d’exception.

Pierre-François ! dans ma mémoire, ce prénom n’était porté que par Lacenaire, ce bandit à qui Arletty/Garance donne la réplique gouailleuse dans Les Enfants du paradis : « Moi non plus je ne vous aime pas Pierre François » (articulé avec sa lenteur légendaire).

Et j’apprends que Simone Veil avait donné ce prénom à son fils cadet grâce à ce film !  Il en fallait de la poésie et de l’humour à cette mère de trois fils, Jean, Claude-Nicolas (décédé brutalement à 54 ans) et Pierre-François.

L’exigence morale comme boussole de vie

Une des grandes réussites de Simone Veil fut ses enfants à qui elle a transmis son exigence morale et pour qui elle fut « une route ». Pierre-François disait « Maman », pour parler d’elle, mot enfantin qui contrastait avec son physique imposant. Père de quatre enfants, marié, avocat, président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, il n’a eu de cesse de faire reconnaître le statut de Juste parmi les nations à Yad Vashem pour chaque anonyme qui a aidé à sauver des juifs.

Les deux amis avec qui je me suis entretenue avouent ne pas se connaître car Pierre-François cloisonnait ses amitiés. Mais chacun décrit un homme bon, discret, précis, n’employant pas de grands mots, capable de poser un regard de côté quand il faut et user de recul voire d’ironie, toujours avec finesse, bien que parfois ronchon. Tous parlent d’un mensch, d’un gentilhomme, d’un homme de bien. Voilà pour les grands traits.

Il était issu d’une famille d’israélites, comme on disait avant. Israélite, une notion purement française qui était parfois prononcé par les non-juifs avec des relents d’antisémitisme. Mais pour les familles israélites, ce mot portait la fierté d’être français et le devoir d’honorer la patrie et ses valeurs de liberté et de laïcité. La religion restait à la maison et d’ailleurs de nombreux juifs l’avaient abandonnée. Ça, c’était avant Pétain, avant la création de l’Etat d’Israël et avant la guerre des Six jours de juin 67 quand les israélites français comme Raymond Aron et tant d’autres prirent conscience de leur judéité en même temps que de leur attachement au petit pays en danger. Puis le terme israélite va peu à peu disparaître et celui de juif va émerger.

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J’ai lu que Pierre-François Veil a passé un an dans un kibboutz après le bac. J’imagine que cet homme de justice et de paix a continué d’observer Israël et le conflit avec le recul et la précision qui le caractérisaient. La déflagration du 7-Octobre le toucha de plein fouet. Il se rendit immédiatement en Israël. D’israélite, Pierre François Veil semble être devenu Juif. Il a assisté à la montée orgiaque- terme employé par le réalisateur Lazlo Nemes- de l’antisémitisme et a craint pour l’isolement d’Israël. Il va alors produire et diffuser sur les réseaux une dizaine d’entretiens vidéo d’experts, d’historiens, de politologues afin d’expliquer à nos élus ignorants, l’effarante réalité.

Cet homme aura passé sa vie à tenter de réparer le monde. Dans le judaïsme, on appelle ça le Tikkoun Olam et c’est une notion essentielle. Ces jours-ci paraît Un Orient compliqué un ouvrage collectif auquel il a participé. Ce passionné d’histoire et de géographie y rappelle ce qu’Anatole France écrivait en 1918 : « La chronologie et la géographie sont les deux yeux de l’Histoire ». Les faits. Rien que les faits donc. Pierre-François Veil n’était ni de gauche ni de droite et il est nécessaire de répéter avec lui que le conflit du Proche-orient « ne ressort évidemment pas du clivage gauche-droite mais relève d’une conscience historique universelle ». Dans le chaos actuel où les ignares triomphent sur la pensée en ruine, Pierre-François Veil va manquer.

Un Orient compliqué: Des clés pour mieux comprendre

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Maya Nahum est auteur.

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