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Retro 2017 (4/8): Christine engueule


C’est la dernière semaine de l’année: le moment de la revivre à travers des événements qui l’ont marquée. Au cœur de l’affaire Fillon, l’invitée surprise de L’Emission politique a pris à partie le candidat LR.


À en croire Eric Naulleau, dans son Petit livre noir du roman contemporain, qu’il cosigna avec Pierre Jourde, Christine Angot aurait un jour, lors d’un entretien journalistique, prononcé cette phrase pleine de lucidité : « Il y a des gens qui se marrent en me lisant ». C’est possible et même très probable : cela m’est arrivé. En l’écoutant parler par contre, pas trop.

Délivrez-la du mal!

Hier soir par exemple, face à François Fillon, si Mme Angot cherchait à faire rire, il faut lui dire que c’est raté. Un vrai bide. Mais c’est qu’hier soir, Christine Angot s’est confrontée au mal pur. A la hideur incarnée : un homme qui, le salaud, a employé sa famille et accepté des cadeaux. Pris par la patrouille médiatique, cet homme avait encore l’outrecuidance de ne pas retirer sa candidature et de ne pas retourner se terrer, honteux, dans sa province, persistant même à polluer de sa présence le Paris de Mme Angot. Celle-ci trouvait aussi, dans une de ses récentes chroniques, à la faveur d’un de ces raisonnements chaotiques et obscurs dont elle a le secret, que Pénélope Fillon était, « sous ses airs timides », aussi violente que Mehdi Meklat… Toutes ces horreurs, c’était trop pour Mme Angot, et c’est ainsi qu’elle déplaça son austère personne jusque dans le poste de télévision, pour venir rendre elle-même la justice, sous les spotlights.

Dans ses romans, Christine Angot dit beaucoup « je », mais à la télé, Christine Angot dit « nous ». A l’unisson de Mme Angot, il paraît que « nous » sommes indignés, nous autres qui ne sommes pas dans le poste, par la « malhonnêteté »de François Fillon. « Nous » devrions comme elle être tout remplis de notre bonne conscience et de notre colère, contents d’être qui nous sommes, et de ne pas être lui. Il paraît que « nous » devrions même nous sentir représentés par Mme Angot qui sérieuse comme un pape d’autrefois, pourfend devant nous les forces du mal. Eh bien non, not in my name, comme disent les…

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Décembre 2017, Mélenchon nomme Guaino Premier ministre

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David Desgouilles imagine les premiers pas à l’Elysée du président Mélenchon (3/3).


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Lundi 19 juin 2017

Arnaud Montebourg était assis face au président. La tension était palpable. Jean-Luc Mélenchon ne comprenait pas son Premier ministre. La France insoumise, grâce à la démobilisation de tous ses adversaires, avait obtenu plus de 300 sièges. Cette majorité permettait de mettre en œuvre le projet joliment appelé « L’avenir en commun », et l’hôte de Matignon faisait la fine bouche.

Montebourg souhaitait que l’idée de Constituante pour une VIe République ne soit pas mise en œuvre, comme prévu, aussitôt la réforme du mode de scrutin votée. Lui qui avait porté depuis le début de sa carrière l’idée d’en finir avec la Ve lui demandait de renoncer à ce projet, de le renvoyer aux calendes grecques. « Il faut regarder les choses en face, monsieur le président. D’abord, même si cette réforme était à votre programme, vous n’avez pas été élu pour ça. Si vous avez obtenu 20% au premier tour, c’est parce que vous, et non la France insoumise, avez su montrer que vous aviez les qualités d’un chef. C’est parce que vous avez incarné, dès l’annonce de votre candidature, ce « qui m’aime me suive » gaullien. Paradoxalement, c’est le futur monarque républicain qui a été élu, pas celui qui annonçait la Constituante. Ensuite, votre majorité est diverse. Entre le duo Obono-Autain, le jacobin Corbière et mes proches qui l’ont rejointe, on dirait des grenouilles dans une brouette.  Seule la Ve République et ses outils permettront de la discipliner pour mettre en œuvre les chantiers prioritaires, la transition écologique et le bras de fer européen avec l’Allemagne. Enfin, j’ai bien peur que cette assemblée constituante élue à la proportionnelle fasse n’importe quoi, allant beaucoup plus loin dans le régime d’assemblée que nous ne le souhaitons nous-même. »

Le président n’était pas décidé à s’asseoir sur sa VIe République, et il le signifia à Montebourg. Celui-ci ne se démonta pas. « Alors, je retourne faire du miel en Saône-et-Loire ! ».

Jeudi 14 septembre 2017

Au premier rang de la manifestation, Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez, Manuel Valls et Florian Philippot – fraîchement débarqué du FN – avançaient, bras dessus bras dessous. Marine Le Pen avait été déclarée persona non grata, bien qu’opposée aussi à la mise en place du Conseil de déontologie des médias. Le nouveau Premier ministre Benoît Hamon faisait le siège de l’Elysée chaque jour depuis une semaine pour implorer le président Mélenchon de renoncer à son projet. A l’Assemblée, la majorité France insoumise se fissurait. Clémentine Autain avait demandé à ce qu’on abandonne le projet, suscitant la colère du président de groupe Alexis Corbière. François Kalfon, le ministre de l’Intérieur, avait aussi prévenu depuis quelques jours de l’ampleur de la manifestation.

Le président de la République avait toutes les raisons de tenir. Depuis son élection, il faisait l’objet d’une opposition médiatique massive, qu’il trouvait la plupart du temps caricaturale et malhonnête. Mais la France des médias résistait et était parvenue à mobiliser. Bizarrement, c’est la France périphérique, celle qui lui avait été la moins favorable lors de l’élection présidentielle, qui se mobilisait le moins contre l’idée de ce conseil de déontologie journalistique. La fronde se déployait en revanche dans toute la France des métropoles, ce qui donnait aux manifs l’effet grossissant d’une loupe. Les études d’opinion confirmaient politiquement le clivage géographique. Le président s’écroulait dans son propre électorat et celui du Parti socialiste. Il remontait en revanche légèrement dans l’électorat LR et sensiblement dans l’électorat FN. Il avait décidé de tenir bon, mais commençait à se demander si son éphémère Premier ministre, devenu apiculteur, n’avait pas vu juste en juin dernier. S’il avait du mal à imposer une telle réforme à sa majorité, comment la France serait gouvernée en VIe République ?

Dimanche 24 décembre 2017

Enfin, les émeutes avaient cessé. En octobre, le président Mélenchon avait décidé d’une répression tous azimuts contre la fraude fiscale. En Conseil des ministres, il avait insisté pour que cette bataille se fasse non seulement au niveau des cols blancs mais aussi dans les banlieues où nombre de trafiquants en tous genres ne déclaraient aucun revenu tout en affichant ostensiblement des signes extérieurs de richesse. Il avait ainsi exigé qu’on redonne une nouvelle vie au travail commun de la police, du fisc et des douanes initié par Nicolas Sarkozy lorsqu’il occupait Beauvau au début du siècle. Frapper les trafiquants au porte-monnaie.

Mais, comme en 2005, ces derniers avaient décidé de ne pas rester inertes. Il avait suffi d’un accident de scooter d’un jeune homme à Clichy-sous-Bois, poursuivi par la police, pour que les banlieues s’embrasent. Hamon et Khalfon étaient passés sous la table. Les médias – Mediapart en tête – vent debout contre l’Elysée, accusé de tous les maux. Ne restait plus que la Ve République. Et son fameux article 16. Au bout d’une semaine d’émeutes, le président se décida à l’utiliser. Les accusations de fascisme se multiplièrent, les allusions au Venezuela et à Cuba fleurirent. Mais Mélenchon savait qu’il jouait son mandat dans l’épreuve de force. En quinze jours, l’ordre régnait dans les banlieues. Et la popularité présidentielle remontait en flèche.

En ce dimanche de fête, le président de la République annonça la fin de la mise en œuvre de l’article 16 et ceux des travaux de la Constituante. La Ve République continuerait à vivre. Dans quelques jours, il nommerait Henri Guaino Premier ministre, Hubert Védrine aux Affaires étrangères et Natacha Polony à la Transition écologique. A la fin de son allocution, Jean-Luc Mélenchon se paya le luxe de ces deux mots adressés aux Français : « Joyeux Noël ».

 

Dérapage

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Le bruit de la douche

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Jérusalem, vous êtes juive ?

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« Non, rien de rien, non, je ne regrette rien
Ni le bien qu’on m’a fait, ni le mal
Tout ça m’est bien égal
Non, rien de rien, non, je ne regrette rien
C’est payé, balayé, oublié, je me fous du passé »

Pour qui chanterait aujourd’hui la môme Piaf: pour l’Unesco qui biffe les noms hébreux des monuments de Jérusalem et d’Hébron ? Pour l’ONU qui, rien de rien, soulève une bronca à l’annonce du déplacement de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, capitale d’Israël ? Pour les Israéliens, qui, à leur manière, ne s’inclinent pas devant des siècles de persécution ?

Yerushaläyim, un nom gaulois

Ce n’est peut-être pas une raison pour accorder par un silence assourdissant nos voix occidentales à celles de la populace qui tonitrue dans les pays arabes : que Jérusalem n’est pas plus juive qu’Israël dont on peut toujours se demander d’où provient l’invention.

Selon nos savants, il est bien évident que Yerushaläyim n’a jamais été juive comme l’atteste le fait, vérifié par moult historiens, que David, pas plus que son fils Salomon, n’était juif. Des études sérieuses démontrent que ces deux rois, ou prétendus tels, qui certes s’installèrent dans ce village, étaient originaires de la Gaule d’où David émigra avec son jeune fils, né très probablement en ce lieu qui aujourd’hui porte le nom d’Ambert, à moins que ne ce fût Issoire selon certains.

Jérusalem n’est donc pas plus juive, à supposer qu’elle le fut un jour, que les deux bourgades précitées n’appartiennent au royaume de Sion. Une histoire de copains lourde de sens. Pas plus que Poitiers ne saurait être rétroactivement attribuée aux Omeyyades. Que l’on se rassure donc dans les chaumières.

Au pied du mur

Si tant de mahométans réclament aujourd’hui Jérusalem en lui déniant le droit d’être juive, c’est bien qu’ils en firent jadis la conquête et y imposèrent leur loi après celle des Romains. Ces derniers avaient précipité sur les chemins de l’exil les Juifs survivants de l’anéantissement de leur ville par Titus, après une résistance acharnée. Raccourci historique, bien sûr. On ne saluera jamais assez la valeur militaire de cet Islam qui prit avec vigueur la suite de ce ratiboisage. Qui fait penser à Erdogan déclarant: « les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. » C’est bien dit de la part du président d’un grand pays membre de l’OTAN.

D’ailleurs, oui, d’ailleurs, les Juifs ne possèdent là-bas, en Israël, qu’un mur. Et encore, à y regarder de plus près, ce vestige des vestiges du Temple de Salomon reconstruit par Hérode, ne serait, après tout, que la sous-fondation de l’esplanade radieuse (qu’ils entretiennent) de la mosquée d’Al-Aqsâ dont les titres de propriété sont autrement plus solides.

N’est-il pas écrit dans la sourate Al-Isrâ ou Banû Isrâ’Îl (17-1) (je cite la traduction d’André Chouraqui) :

« Louange à celui qui a transporté
son serviteur de nuit
de la Mosquée interdite
à la Mosquée Al-Aqsâ
[…]
nous avons décidé pour les fils d’Isrâ’îl,
dans l’Ecrit :
« Vous serez détruits deux fois sur terre,
puis vous vous élèverez en grande élévation. »

Pour la destruction promise, c’est, reconnaissons-le, assez prophétique. Même si certains (trop nombreux pour être tous cités sans faire de jaloux) trouvent cela encore insuffisant. Mais, en ce qui concerne Al-Aqsâ, il n’est pas du tout prouvé que cette dernière ait été située à Jérusalem pour Mohamed. En témoigne, notamment, l’article d’Ahmed Mohammed Arafa, chroniqueur de l’hebdomadaire égyptien Al-Qahira (5 août 2003). L’auteur y soutient que la sourate, dite « Du voyage nocturne », ne fait pas référence au voyage miraculeux de La Mecque à Jérusalem, mais à l’émigration du prophète (Hégire) de la Mecque à Médine. Le prophète s’était bien tourné pour prier vers Aelia (Jérusalem), ville de culture juive, mais Jérusalem n’avait pas encore été conquise par les musulmans. Il se serait alors détourné de cette direction pour la prière (quibla) pour s’orienter de Médine vers la mosquée, « la plus lointaine » (Al Aqsâ) soit celle d’Al Haram à La Mecque.

Pierres de détail

Ce serait à des fins politiques que bien plus tard, le calife Abd El-Malik fit construire une nouvelle mosquée à Jérusalem comme nouveau lieu de pèlerinage dans le but de détourner le peuple des pèlerins de La Mecque alors dominée par son rival Ibn Al-Zubayr Marwan.

C’est toujours à des fins politiques qu’est utilisée Al-Aqsâ aujourd’hui contre Israël. C’est ainsi que son esplanade recèle des réserves de pierres destinées à canarder les fidèles juifs rassemblés au pied du Kotel: une tradition.

L’Unesco ne moufte pas sur la question, « pierre qui roule n’amasse pas mousse » pourrait être sa devise. Comme nous le laissions entendre, il ne resterait plus alors aux mânes de Salomon qu’à s’en retourner à Ambert ou à Issoire, en même temps. Mais n’est-ce pas là un détail ?

Marsault a-t-il le droit d’exister ?

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Patrick Mandon défend Marsault, le dessinateur (très) incorrect régulièrement censuré.


Le monde connu ne veut pas disparaître. Le monde nouveau, mal défini, essentiellement moralisateur, espère réussir sa percée, puis son installation définitive. Il lui faudra moins de temps pour être aussi habile que son prédécesseur dans l’usage de la terreur molle et du mensonge tranquille. Et il n’empêchera nullement l’aspiration terminale par le grand vide de tous les atomes et particules compromis dans la survenue, puis dans la survie, de l’humanité.

Marsault ne devrait pas exister…

En attendant cet épisode bruyant et spectaculaire, nous pouvons nous consacrer à quelques divertissements. Ils ne sont pas tous recommandés par la nouvelle Conjuration des imbéciles, qui voudrait nous interdire ce qu’elle ne comprend pas. À un mécontent anonyme, dans la foule, qui lui avait lancé « mort aux cons », le général de Gaulle avait répondu : « vaste programme ! » On constate tous les jours qu’il n’a pas été appliqué.

Les dessins de Marsault agacent à ce point les membres de ladite conjuration, et dépassent si largement leur faculté d’entendement, que ceux-ci s’opposent systématiquement à leur publication dans un certain réseau social, plus sensible à leurs préventions de chaisières qu’au talent de ce remarquable et dérangeant illustrateur.

A lire aussi: Balthus, Schiele, Facebook : cachez cet art que je ne saurais voir !

Marsault ne devrait pas exister ! Il sera d’ailleurs puni d’exister. D’abord, il ne placera jamais un dessin dans les journaux favoris de la nouvelle bourgeoisie, dont le conformisme déguisé fonde la prospérité et les certitudes. Résolument hostile à la guerre ainsi qu’à tous les dictateurs possiblement monorchides[tooltips content= »La rumeur prétendait qu’Adolf Hitler avait perdu une testicule sur un champ de bataille de la Première Guerre mondiale. En 2015, le professeur Peter Fleischmann, de l’université d’Erlangen Nuremberg, affirmait que cet état ne devait rien au conflit, mais tout à la génétique: Adolf était monorchide. Nous n’avons pu vérifier cette information… »]1[/tooltips], elle manifeste une courageuse quoique lointaine opposition à Vladimir Poutine, ainsi qu’au fascisme rampant (Baygon vert) et volant (Baygon bleu). En outre, cette classe floue se montre défavorable aux signes ostensibles de religion et aux signes ostentatoires de piété dans les églises catholiques, aux névralgies dentaires et au sexisme patrimonial en voie d’érection ! Le chantier du temple de l’Ordre moral, encore en construction, est sévèrement gardé par les vigiles assermenté.e.s de deux galaxies, Correctitude et Conformitude, dont on peut observer l’interaction gravitationnelle par le pont de matière qui les relie. C’est là que se recrutent les intransigeant.e.s défenseur.e.s des échanges raisonnés de fluide sexuel, des sous-vêtements non-affriolants, des talons plats, de la ségrégation responsable[tooltips content= »Ceux-là mêmes qui accusent Marsault de tous les péchés ne s’offusquent pas des réunions interdites aux Blancs, où ne sont admis que de prétendus « racisés ». Il n’y a pas en France de racisme d’État, n’en déplaise à Rokhaya Diallo, et tous les Français s’en réjouissent. »]2[/tooltips], et de l’entre-soi bio-éthique. Non, Marsault ne devrait pas exister.

…mais il existe

Or, ce paria existe ! Et il persiste à exprimer ses répugnantes exaspérations avec un talent reconnu par quelques-uns, mais nié par ses adversaires, lesquels lui préfèrent un style, qu’on définira ainsi : extrémiste des deux hémisphères du centre réunis, supérieurement représenté par l’un des plus fades éditorialistes de la presse quotidienne d’après-midi.

Marsault revient, et sa fréquentation est encore plus délicieusement insupportable ! Il s’était un peu éloigné. Les nouvelles ligues de vertu ont tenté de le décourager. Elles ont activé contre lui et son éditeur la solidarité des réseaux sociaux déjà nommés, elles ont suscité la hargne de leurs cerbères, qui l’ont exclu de la sphère républicaine, où devraient se confronter les idées et les hommes. Toutes ces créatures, mégères et cafards du Nombre et de la Vertu, que le camp du Propre qualifie de « vigies citoyennes », ont décrété que Marsault n’exprimait pas des opinions, mais qu’il commettait des délits. La basse besogne de ces supplétifs de la Censure 2.0 a entraîné son éviction, sa mise à l’index. Marsault est coupable, immédiatement après avoir été suspect.

La chorale des peu-pensants

Or, il faut juger Marsault sur pièces. Son dernier opus s’intitule sobrement Dernière pute avant la fin du monde : tout le programme d’un paysage d’épouvante, dont il convoque les figures et relate la dévastation. Il choisit dans l’humanité contemporaine des échantillons odieux, cruels, colonisés par la graisse, déformés par des effondrements de ptose. Son peuple sent le cadavre alcoolisé, ou la vieille sueur. Marsault est dessinateur, est-ce assez dire qu’il est un artiste ? Il est le contemporain effaré de faits regrettables, quand ils ne sont pas atroces. Ce jeune homme est né trop tard, non dans un monde trop vieux, mais dans un monde en ruine, qui veut des stylos non point à billes mais à balles. Il tombera peut-être dans le camp des réprouvés, mais il ne mêlera pas sa voix à la chorale des peu-pensants. Il a faim, mais ne cherche pas une place au banquet des moralisateurs ; sa voie est celle d’un loup solitaire, d’un coureur de la steppe à poil ras. Il va son chemin avec, sur les lèvres, une chanson dont les paroles et la musique agacent les pions du comportement, les censeurs proclamés, les imbéciles outrés, qui se scandalisent devant l’énorme remuement provoqué par ses détonations.

Marsault, armé de son seul talent, certes inconfortable, se défend avec son arme absolue : il sème la terreur parmi ses ennemis en les hachant avec son crayon, véritable marteau « de tort » (et de travers).

Il nous fait frôler des précipices, et l’on éprouve un vertige d’illustration : ainsi devant ce personnage à tête de molosse vêtu en nazi : « Quand tu habilles ton chien, c’est pour l’hiver » ; ou devant ces bonnes femmes très énervées, laides autant que véhémentes, vitupérant le machisme, et qu’un pet malencontreux lâché par l’une d’elles apaise lamentablement. S’il nous réserve de brefs instants de trouble adorable, tel ce plan coupé d’un joli ventre et de deux cuisses féminines, qu’habillent un jean raccourci au niveau du strict minimum charnel, d’où émergent un paquet de gauloise et une cigarette, c’est pour mieux distribuer ses coups avec force « breum », « bronk » et autres onomatopées annonciatrices d’un blast phénoménal. Surgissent de terrifiants exemplaires d’humanité qui s’affrontent, s’estropient, s’injurient avant de se livrer à d’autres carnages, exprimant l’ordure et le mépris à des vestiges de corps ensanglantés.

Ceci n’est pas une balle

Redisons ici que ses dessins ne peuvent être placés entre toutes les mains. Et répétons qu’un dessinateur ne saurait être assimilé ni à un psychopathe, ni à un terroriste, sauf exemple contraire. Ces deux dernières figurent du crime éventrent, égorgent, poignardent de vrais enfants, des femmes vivantes, des hommes réels. Marsault, quant à lui, anticipe seulement la dévastation et la peur, qui menacent l’existence de nos contemporains en ce début de millénaire, quand elles ne la règlent pas.

Réjouissons-nous, car une lueur d’espoir scintille dans ce bal des horreurs auquel il nous convie pour une dernière valse : on trouvera chez Marsault de précieux antidotes aux poisons de l’esprit contemporains. Grâce à cela, nous supporterons plus aisément les selfies « lèvres projetées » des candidates de la téléréalité, les déclarations d’amour universel symbolisées par deux mains jointes, les reprises au piano du tube de John Lennon Imagine par des concertistes lamentables, les petites bougies sur les trottoirs, les « on lâche rien », « vous n’aurez pas ma haine » et autres fadaises « citoyennes » d’une confondante niaiserie.

Enfin, dans les ultimes planches de cet ouvrage convulsif, Marsault se met lui-même en scène. Menacé d’être emporté au fond d’un abîme, il refuse l’aide que tente de lui apporter le fameux Eugène, son musculeux héros amateur de bière et de véhicule blindé. Un dialogue irréel se noue entre la créature, étrangement bienveillante, et son créateur, qui répond par le sarcasme et la malédiction. On s’aperçoit qu’il s’agissait d’un cauchemar. Mais sa dissipation ne met pas fin au tourment du jeune homme. La dernière image, énigmatique, annonce-t-elle une métamorphose[tooltips content= »Les éditions Ring publient L’Inavouable Histoire de France, illustrée par Marsault, un livre qui ne craint pas les révélations bouleversantes. Nous ne savions pas, jusqu’ici, que « Vercingaytorix » était une icône queer ; nous ignorions que Napoléon, alcoolique dissimulé, avait perdu la Louisiane lors d’une partie de poker, et que la guerre de 14-18 n’était qu’un spectacle monté par Hollywood… Les deux auteurs de ce brûlot prétendent se nommer Stéphane Burne (monorchide ?) et Norbert Hérisson. Craignant les poursuites judiciaires et une déflagration mondiale, ils auraient fui à l’étranger. Marsault se serait momentanément mis au vert dans une maison close de Macao… »]3[/tooltips] ?

Nos livres de l’année 2017

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Voilà, 2017 c’est (presque) fini. La guerre nucléaire américano-coréenne n’a pas eu lieu, le ciel a épargné la tête de ces maudits Britanniques Brexiters et l’Etat islamique a abandonné son fief moyen-oriental. Autant de raisons de bouquiner la conscience tranquille en piochant parmi les douze merveilles de papier que nous vous conseillons. De l’essai au roman, en voici pour tous les goûts.


L’homme surnuméraire, Patrice Jean, Editions rue Fromentin. C’est Elisabeth Lévy qui cause le mieux de cette fiction aux mises en abyme successives : « Si L’Homme surnuméraire est (…) un grand roman (dont le principal défaut est d’être trop court), c’est parce qu’il dévoile la comédie, comme disait Balzac, qu’il donne du sens à ce qu’y est sous nous yeux, mais que nous ne voyons pas. (…) Patrice Jean n’a pas besoin de pousser la réalité dans les orties, il la précède à peine. Combien de temps faudra-t-il, en effet, pour qu’un éditeur parisien se dise : « Il suffit de couper, dans une œuvre, les morceaux qui heurtent trop la dignité de l’homme, le sens du progrès, la cause des femmes », pour la rendre digérable par tous sans risque de froisser la moindre susceptibilité ?

L'homme surnuméraire

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Al Andalous, l’invention d’un mythe, Serafin Fanjul, L’Artilleur/Le Toucan. Vous croyez que l’Espagne musulmane fut le paradis sur terre ? Qu’avant l’Inquisition, « islam des Lumières », judaïsme et christianisme se faisaient des mamours en dissertant sur Aristote ? Pas de doute, le remarquable ouvrage de Serafin Fanjul est pour vous. Ce professeur d’arabe espagnol démonte plus d’un mythe à la minute, démontrant notamment la superficialité de l’héritage maure dans la péninsule ibérique…

L’Archipel des Solovki, Zakhar Prilepine, Actes Sud. La petite quarantaine passée, le plus connu (et talentueux) des écrivains russes contemporains délaisse un temps le front du Donbass, où il s’est engagé, pour signer un roman-fleuve sur le goulag. L’immensité blanche des Solovki lui a inspiré huit cent pages de toute beauté ancrées dans les premières années de l’Union soviétique. Sur les décombres d’un ancien monastère orthodoxe, zeks et tchékistes ébrèchent le mythe de la décence ordinaire. Plongée dans les eaux glacées du calcul communiste.

L'Archipel des Solovki

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Jacques Pimpaneau, Le Tour de Chine en 80 ans, L’insomniaque. L’importance de certains livres s’avère inversement proportionnel à leur longueur. Dans ce récit à la première personne, le grand professeur de chinois Jacques Pimpaneau raconte une vie de rencontres (Antelme, Bataille, des Forêts, Dubuffet) et d’allers-retours incessants entre Paris et Pékin. Marre des clichés sur l’obéissance chinoise, le confucianisme et le culture de la hiérarchie ? Ce petit opuscule vous ravira. Cerise sur le gâteau de riz, la reconstitution d’une lettre d’adieux déchirante d’une jeune fille à un être aimé sur fond de Révolution culturelle arrache des larmes.

Le tour de Chine en 80 ans

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Tarr, Wyndham Lewis, Editions Pierre-Guillaume de Roux. Peintre et écrivain de génie, l’éternel dandy Lewis (1882-1957) méritait bien une expo à Manchester. Si la majeure partie de son oeuvre reste à traduire en français, son grand roman Tarr ramasse en trois cents pages une peinture de la bohème parisienne des années 1920, une relation père-fils incestueuse par femme interposée et un duel digne des grands romans russes.

Béni soit l’exil !, Vladimir Dimitrijevic et Gérard Conio, Editions des Syrtes/L’Âge d’homme. Rares sont les livres d’entretien qui se dévorent comme des romans. Le dialogue entre le grand éditeur helvéto-serbe Vladimir Dimitrijevic  et son complice Gérard Conio est de ceux-là. De la naissance de l’Âge d’homme à ses méditations sur le Jugement dernier, « Dimitri » n’élude aucun sujet, nous livrant ses réflexions sur l’exil, le sacré, le communisme, l’Occident libéral et les rapports de l’art au pouvoir. Époustouflant d’intelligence et de profondeur.

Béni soit l'exil !: Propos d'un éditeur engagé

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L’Art des interstices, Pierre Lamalattie, L’Editeur. Encensé par Zemmour, le nouveau roman de notre ami a captivé Elisabeth Lévy mais aussi Jérôme Leroy, notre rédac’ chef culture, auteur de cette belle exégèse : « Dans un sens, si l’on s’était rencontrés au bord de la Creuse, de la Sèvre niortaise ou de n’importe quel autre cours d’eau, j’aurais été beaucoup plus réticent. » Tout Lamalattie est là, dans cet understatement constant, qu’il s’agisse de raconter une réunion de parents d’élèves ou une visite à la FIAC, au Grand Palais. »

L'art des interstices

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Faux départ, Marion Messina, Le Dilettante. Une fois n’est pas coutume, ce premier roman a enthousiasmé l’ensemble de la critique, Causeur compris. Dans ces tribulations d’une jeune fille d’aujourd’hui, Jérôme Leroy reconnaît des réminiscences de Perec, Les Choses et Un homme qui dort ayant été métamorphosés par la crise.

Œuvres 1 et 2, Georges Perec, La Pléiade. C’est bien simple : à quinze ans, je ne lisais pratiquement que Georges Perec, Romain Gary et Albert Cohen. Quinze ans plus tard, ce brelan ne me paraît pas avoir rétréci au passage du temps, bien au contraire. Que le génie de l’OuLiPo (qu’on ne saurait réduire à ses exercices de style) entre enfin au Pléiade n’est que justice. Entre Kafka et Flaubert, La Vie mode d’emploi, W ou le souvenir d’enfance et la trop méconnue Boutique obscure n’ont pas pris une ride.

La droite buissonnière, François Bousquet, Editions du Rocher. Zemmour-Buisson-Villiers : le triangle infernal de la « droite hors-les-murs », s’il n’a pas accouché d’une candidature à la présidentielle, a nourri bien des fantasmes. Mille coudées au-dessus des échotiers de boulevard qu’on appelle journalistes politiques, l’excellent François Bousquet décortique le logiciel Buisson dans un exercice d’admiration qui ne vire jamais au panégyrique. Cette brillante vivisection d’un idéologue diabolisé dresse le portrait d’une France conservatrice occultée. Et dire qu’après l’avoir si longtemps dénigrée, certains politicards voudraient aujourd’hui la trousser…

Les leçons du Vertige, Jean-Pierre Montal, Editions Pierre-Guillaume de Roux. Biographe de Maurice Ronet, le passionné de rock Jean-Pierre Montal revient à ses racines stéphanoises. Le Vertige, c’est cette boite ringarde des années 1980 du Saint-Etienne by night qui a défloré tant de jeunes qu’on appelait pas encore périphériques. Dans cette histoire de frères et de fils qui ne se parlent plus, le décrochage d’une ville entière accompagne l’errance de certains personnages, ballottés entre deux nihilismes : l’immersion dans le monde marchand ou le refuge dans une utopie anti-technicienne. Rassurez-vous, contrairement à mon laïus, c’est drôle et mordant !

Les Lecons du Vertige

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Les rien-pensants, Elisabeth Lévy, Editions du Cerf. Last but not least, notre chère Elisabeth provoque la grande peur des « rien-pensants » dans son dernier opus. Vous la retrouverez fidèle à elle-même, avec du souffle, de l’esprit, du style et cette bonne dose d’humour sans laquelle la vie serait terne. Mais abrégeons la louange, vous allez croire que je demande une augmentation !

Les Rien-pensants

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Mai 2017, Jean-Luc Mélenchon élu président de la République

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David Desgouilles imagine ce qu’aurait été la présidentielle 2017 si François Bayrou s’était porté candidat… (2/3).


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Mardi 4 avril 2017

Malgré son expérience, François Bayrou n’avait rien vu venir. Et pourtant, deux mois auparavant, les réseaux sociaux s’étaient timidement fait l’écho de ce passage d’un livre de Corinne Lepage paru deux ans avant. Une affaire d’emplois fictifs. Comme Fillon. Et concernant le Parlement européen, en plus. Il était monté trop vite et trop haut dans les sondages. Depuis vendredi dernier, il devançait désormais François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, et occupait ainsi virtuellement – avec 18.5 % – la seconde place pour le second tour, selon le Rolling-IFOP.

Son slogan de campagne, « La sagesse », s’était imposé et collait à merveille avec une opinion en train de se cristalliser. Cette « sagesse » répondait à une demande de protection. De manière surprenante, le démocrate-chrétien qui avait toujours été un représentant de la politique d’ouverture du pays aux vents du marché européen et de la mondialisation, faisait presque jeu égal dans la France périphérique avec Marine Le Pen. Il devenait le candidat de la France profonde, et un peu celle des oubliés. Et cette sagesse renvoyait aussi et surtout à l’honnêteté, ce qui lui avait apporté des bataillons d’électeurs de droite devenus rétifs au vote Fillon.

Et voilà qu’il était rattrapé, comme le candidat LR et Marine Le Pen par cette histoire d’emplois fictifs. Il était désormais trop tard pour retirer sa candidature mais François Bayrou savait qu’il retomberait aussi vite qu’il était monté. Il savait aussi d’où venait le coup et rejoignait désormais François Fillon dans le diagnostic selon lequel un cabinet noir travaillait à la perte de ceux qui pouvaient succéder à François Hollande. A qui profitait le crime ? A Emmanuel Macron, à l’évidence.

Lundi 24 avril 2017

La France des médias avait la gueule de bois. Pendant des semaines, elle avait conjuré le mauvais sort, souhaitant ne pas voir en face ce qui la guettait. Le second tour tant redouté. Entre « les deux extrêmes ». Entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pendant des semaines, elle y avait pourtant travaillé soigneusement, avec l’Emission Politique en tête de gondole, ses invités-surprises, son surf sur les buzz en tous genres. Elle avait pourtant fustigé le dégagisme. Elle l’avait fustigé, mais encouragé à force de le dénoncer et d’y participer néanmoins. Schizophrénie médiatique.

Et voilà qu’il fallait choisir. Entre la peste et le choléra. Du côté des partis politiques, on était aussi devant ce second tour comme des poules devant un couteau. A part Benoît Hamon, Philippe Poutou (pour Mélenchon), Nicolas Dupont-Aignan (en faveur de Le Pen), François Asselineau, Nathalie Arthaud et Jean Lassalle (pour le vote blanc), on n’avait encore donné de consigne de vote. Les trois gros candidats éliminés se taisaient. Quelques personnalités proches de ces candidats les avaient en revanche devancés. Laurent Wauquiez avait annoncé dans la matinale de RTL qu’il choisissait Marine Le Pen. Christophe Castaner se prononçait pour Jean-Luc Mélenchon sur France Inter. Marielle de Sarnez, enfin, se résolvait au même vote que le porte-parole d’Emmanuel Macron, « la mort dans l’âme », sur l’antenne de LCI.

Les premiers sondages donnaient Jean-Luc Mélenchon en tête avec 54%. C’était peu. Tout dépendrait de la capacité de chaque candidat à mobiliser, ce qui pouvait déjouer les pronostics et les sondages, jusqu’au dernier jour.

Dimanche 7 mai 2017

Jean-Luc Mélenchon apprit vers 18h30 qu’il était sans doute le huitième président d’une Ve République dont il souhaitait la fin. Il avait conscience que la France était en miettes. La campagne présidentielle la plus déplorable de l’histoire de la République n’y avait pas peu participé. Il fallait désormais rassembler. Le chef de la France insoumise avait conscience qu’il avait été élu par défaut, comme tout candidat vainqueur de Marine Le Pen l’aurait été à sa place. La désignation de son Premier ministre ne devait pas attendre. Il l’annoncerait dans les prochains jours, avant même d’être investi de ses fonctions. Tout le monde attendait Benoît Hamon mais le nouveau président ne souhaitait pas désigner une personnalité ayant participé au scrutin. Son choix se porta alors sur Arnaud Montebourg, qui accepta la proposition. Il fallait désormais trouver une majorité aux élections législatives. Jean-Luc Mélenchon n’en doutait pas : la mécanique des institutions de la Ve lui permettrait de l’obtenir.

A lire aussi: Décembre 2017, Mélenchon nomme Guaino Premier ministre (3/3)

Dérapage

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Le bruit de la douche

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Retro 2017 (3/8): Macron-Le Pen, l’abominable débat

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C’est la dernière semaine de l’année: le moment de la revivre à travers des événements qui l’ont marquée. Début mai, le débat de l’entre-deux-tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron vire au règlement de comptes.


On aurait aimé en plaisanter. On aurait aimé dire qu’on attendait patiemment que l’un des deux protagonistes explique à l’autre quelle était sa recette du pot au feu, comme dans le film La gueule de l’autre.

Mais à vrai dire, on n’a pas le cœur d’en plaisanter. Car il devait s’agir du débat entre deux personnalités concourant pour la magistrature suprême de la cinquième puissance mondiale. Au lieu de cela, nous avons assisté à un spectacle indigne. Même un débat sur une chaîne info en plein été à onze heures du soir entre éditorialistes de troisième zone aurait été de meilleure qualité.

Ce débat était à l’image de cette « recomposition low-cost » dont nous avons ici décrit la mise en place. La véritable recomposition avait trop attendu. Elle disposait, au moment où elle devait intervenir, sans doute il y a quinze ou vingt ans, de personnalités à la hauteur, cultivées et complexes. Les vieux partis, accrochés à leurs prébendes, l’ont retardée avant de subir l’énorme échec du premier tour de cette élection présidentielle. Nous en récoltons le résultat : une foire d’invectives entre deux personnages caricaturaux et manifestement indignes de la fonction présidentielle.

L’abstention leur dit merci!

Mais que pouvions-nous attendre d’autre, au terme de la pire campagne présidentielle de la Ve République, naviguant entre le…

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Pas de Tunisiennes aux Emirats !

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Que se passe-t-il entre les Emirats arabes unis et la Tunisie ? Depuis qu’Abou Dhabi a fermé l’accès aux vols Emirates aux femmes tunisiennes la semaine dernière, la question est posée. Si le gouvernement émirati évoque un risque terroriste imminent provenant d’une femme tunisienne, les racines de la crise diplomatique couvent depuis quelques années…


Le 22 décembre, les Emirats arabes unis (EAU) ont offert un drôle de cadeau de Noël à la Tunisie : interdire les femmes tunisiennes d’embarquer sur les vols Emirates ! Vous avez bien lu, cette mesure doublement discriminatoire ne concerne que le beau sexe. Alors que le « travel ban » de Trump qui défrayait la chronique il y a près d’un an, concernait les ressortissants de plusieurs pays musulmans à commencer par l’Iran, la décision émiratie vise uniquement les femmes.

Du côté de la famille princière, on se défend toutefois de toute mesure vexatoire, arguant que nécessité fait loi : les services secrets des Emirats auraient signalé le risque imminent d’un attentat djihadiste commis à Abou Dhabi par une femme tunisienne. En rétorsion, le pays de la princesse Didon a provisoirement interdit les sujets émiratis d’accès à son territoire – sans distinction de sexe.

Un rapprochement avec le Qatar…

Jadis inféodés au pouvoir, les médias tunisiens s’interrogent sur les motivations réelles, sinon inavouables, de la chancellerie émiratie. Si de folles rumeurs circulent quant à une éventuelle empoignade entre un prince et une tunisienne, un peu de rationalité nous ramène aux guerres froides arabes. En conflit ouvert avec le Qatar, les Emirats voient effet d’un très mauvais œil le rapprochement qui s’est opéré depuis 2011 entre la Tunisie post-benaliste et Doha. Longtemps, Tunis a convolé en justes noces avec l’Arabie saoudite et le Koweït, grands pourvoyeurs de touristes et investisseurs dans un secteur touristique libéralisé dans les années 1970. Coup de théâtre après la révolution : sous l’impulsion des islamistes d’Ennahda, branche locale des Frères musulmans, le pays du jasmin avait modéré son traditionnel tropisme pro-saoudien d’autant plus facilement que la monarchie accueille sine die le dictateur déchu Ben Ali.

…encouragé par Ennahda

Malgré leur (léger) reflux électoral, les ennahdistes occupent encore une place importante au sein du gouvernement tunisien, lequel n’a jamais cessé de renforcer ses liens avec le Qatar, y compris après le blocus de cet été imposé par l’Arabie, les Emirats et leurs affidés. Du point de vue de l’économie tunisienne, en grande partie tournée vers l’exportation, la marginalisation du Qatar représente une sacrée aubaine : éculé, Doha fait main basse sur les tomates et autres agrumes en provenance de l’ancienne Carthage.

Et le partenariat Tunis-Doha ne se résume pas à une affaire de primeurs. Dans la Libye voisine, là où Egyptiens, Saoudiens et Emiratis soutiennent le général Haftar, Tunis lorgne plutôt du côté de la coalition islamiste Fajr-Libya dont les sponsors sont le Qatar et la Turquie. Un casus belli de plus avec Abou Dhabi qui aimerait contraindre la lointaine Tunisie à rejoindre l’axe Le Caire-Riyad. Raté : ces derniers jours, le ministre des Affaires étrangères qatari puis le président turc Erdogan himself ont été reçus au palais présidentiel de Carthage.

Zigs-zags à Tunis

Au sommet de l’Etat tunisien, chaque prise de position est sujette à négociation. Car le président Béji Caïd Essebsi, élu largement sur un programme anti-islamiste contre son prédécesseur ennahdo-compatible Moncef Marzouki, doit aujourd’hui transiger avec ses ennemis d’hier. Dans une région aussi tumultueuse qui a fourni le plus gros contingent de volontaires à l’Etat islamique, il en va de la concorde nationale. Isoler Ennahda repousserait en effet les islamistes dans la marginalité, autant dire dans les bras des salafistes partisans du djihad.

La nécessité de ménager la chèvre et le chou conduit donc Tunis à faire des zigs-zags : proclamant solennellement l’égalité homme/femme à l’intérieur (une première dans le monde arabe), frayant avec le Qatar à l’extérieur[tooltips content= »C’est dire si les Emirats ont visé un point sensible, voire une des composantes de l’identité nationale, que Bourguiba puis Ben Ali, aussi autoritaires furent-ils, développèrent en leur temps. »]1[/tooltips]. Une cuiller pour maman, une cuiller pour papa ? Comme le monde entier l’a découvert un jour de janvier 2011, impossible n’est pas tunisien.


Education: tu es né prolo et tu resteras prolo

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Je vous entends d’ici : « Bonnet d’âne va encore une fois nous déprimer, nous, pour les fêtes, on veut du rigolo et du revigorant. Caramba, encorrrre raté ! Les nouvelles ne sont pas bonnes — mais à vrai dire, elles ne sont pas nouvelles.

Il y avait eu le mythe de l’ascenseur social, que Bourdieu avait patiemment démonté en son temps — mais en leur temps, le petit Bourdieu et le petit Brighelli, qui n’étaient ni l’un ni l’autre sortis de la cuisse de Jupiter, avaient intégré l’Ecole Normale Supérieure, le premier en 1951, et l’autre en 1972. C’est que nous vivions alors en République, et que la République avait inventé l’élitisme républicain pour assurer, tant que faire se pouvait, le renouvellement de ses cadres. Bien sûr, ce n’était pas parfait, loin de là. Seuls surnageaient les meilleurs, au point que Bourdieu n’avait pas tout à fait tort de voir dans le système éducatif des années 1960 une pépinière d’héritiers : les enfants de prolos pouvaient jusqu’à un certain point passer pour les otages d’un système dont la « reproduction » (Bourdieu toujours) était déjà le principe dominant.

La gauche contre les pauvres

Alors arriva la Gauche. Pleine de bonnes intentions. Décidée à anéantir cet élitisme qui faisait tant de mal (à vrai dire, il y a tant de médiocres à gauche — ils en sont à solliciter Najat Vallaud-Belkacem pour prendre la tête de leur parti — que tout ce qui dépassait devait forcément être étêté), la Gauche confia aux pédagos les clés de la maison Education. On ne parlerait plus la langue des livres (trop élitistes, les livres !), on étudierait celle des modes d’emplois d’appareils ménagers.

A lire aussi: Classes prépa « BL »: l’école des héritiers

Le résultat est sous nos yeux : les enfants de prolétaires ont quasi disparu des grandes Ecoles, et en fac, on arrive à 50% d’échecs dès la première année de Licence — et 100% pour les étudiants titulaires d’un Bac professionnel. On applaudit bien fort, les disciples de Bourdieu, nettement moins intelligents que leur saint patron, se sont débrouillés pour fabriquer un système qui sert leurs enfants (qu’ils inscrivent massivement dans le privé sous divers prétextes), les enfants de leurs maîtres — et ce, quelles que soient leurs qualités réelles —, et flingue à jamais les gosses de prolos.

Les dés sont pipés

Oh, bien entendu, de temps en temps on vous sert sur un plateau télé un jeune manager issu de la « diversité », comme on dit désormais pour ne pas dire « Maghrébins » (selon le principe qui fait dire que Sylvain Fort est la « plume » de Macron, et non son nègre). Il a autant de probabilité statistique que le self made man américain sorti de la fange, qui prétend être le garant de l’efficacité du système, alors qu’il est l’otage d’un libéralisme où seuls les « fils et filles de » parviennent à se glisser dans les chaussures de papa-maman. J’ai ainsi souvenir d’une émission télé, en 2005, avec Aziz Senni, jeune entrepreneur dynamique qui venait d’écrire l’Ascenseur social est en panne, j’ai pris l’escalier, tout fier de reverser ses droits d’auteur à de jeunes collégiens méritants. Eh bien quel que soit le nombre de collégiens aidés par Senni, il reste infime par rapport à la masse des collégiens / lycéens / étudiants de talent flingués par le système.

Et c’est là qu’arrive Aurélie Lejeune, l’héroïne de Faux départ, le joli petit premier roman désespérant de Marion Messina.

Bonne élève, issue d’un milieu de minuscules employés aliénés par TF1, M6 et le reste. On lui a fait croire, au lycée, qu’en travaillant bien… Il lui faut un certain temps pour réaliser que c’est une escroquerie, et qu’à Grenoble où elle s’est inscrite en Droit, elle n’a aucune chance d’arriver à quoi que ce soit de palpable. « L’université était un choix par défaut, un univers où ils étaient parqués pour ne pas faire exploser les chiffres du chômage. En réalité, l’égalité des chances revenait à dire que le lièvre et la tortue disposaient des mêmes chances sur la ligne de départ. »

Tels pères, tels fils

« Le mythe de l’égalité des chances… » Il y a comme ça pas mal de mots ou d’expressions en italiques dans ce court roman : les topoi de notre démocratie — voilà que je m’y mets moi aussi —, qui contribuent à l’aliénation générale, camouflée sous un voile de bons sentiments. « Au fil des ans dans l’enseignement public, elle avait acquis l’intime conviction qu’un avenir professionnel brillant l’attendait sous condition d’un apprentissage parfait et régulier de ses leçons. Journaliste, universitaire ou ambassadrice de France étaient des emplois accessibles avec un diplôme, l’obtention de ce diplôme étant elle-même soumise à un travail sans relâche et ne tenant nullement compte de l’origine sociale de l’étudiant. » Humour à froid. 50% des étudiants qui finissent, comme on dit, dans la « botte » de l’ENA sont eux-mêmes fils d’énarques. C’est sans doute parce qu’ils sont plus intelligents…

D’ailleurs, Aurélie a…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

 

Entre islam et boboïsation, Bruxelles ne bruxelle plus pareil

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Au cœur de l’Europe, Bruxelles, une des principales capitales de l’Union européenne (pour ne pas froisser la France), est un laboratoire multiethnique singulier en ce sens que ses quartiers qui accueillent le plus d’immigrés sont situés en centre-ville. Au centre, au sud-ouest, au nord, les quartiers « arabes », « turcs » et « africains » ; à l’est, les quartiers « européens » ; autour des cossus « Etangs d’Ixelles » et de la gare du Midi, les riches Français expatriés fiscaux ; au sud et au sud-est, les derniers des Mohicans, soit les Belges plus anciens, qui formaient jadis l’essentiel de cette ville très bourgeoise devenue aujourd’hui plutôt pauvre, bien que concentrant un PIB faramineux en raison d’un nombre important de sièges sociaux de multinationales. On ne peut pas dire que tout ce beau monde se fréquente beaucoup. Mais à Paris non plus j’imagine. Et c’est peut-être là le problème.

« A 200 mètres de la Grand-Place, c’est l’Arabie saoudite ! »

Selon la Fondation Roi Baudouin, au cours de la période 2004-2010, 75% des mères qui ont accouché à Bruxelles sont issues de l’immigration (38,8 % ont une autre nationalité et 36,2 % une autre origine – la nationalité d’origine n’est pas belge).

En avril 2010, Le Vif-L’Express (principal magazine d’information francophone) avait publié une « Une » particulièrement provocante intitulée « Bruxelles musulmane en 2030 », évoquant le cap des 50% à cette date.

A lire aussi: A Bruxelles, une expo le proclame: « l’ISLAM, c’est aussi notre histoire »

En novembre 2010, un colloque organisé par l’association laïque La Pensée et les Hommes, à l’Université libre de Bruxelles, avait pour thème la même interrogation. L’anthropologue Olivier Servais avait confirmé une présence bruxelloise musulmane à 33,5 %, prédisant une majorité en 2030, « sous réserve que les flux migratoires se diversifient »[tooltips content=’En 2008, Olivier Servais, responsable du laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCL, évaluait à 33,5 % la partie musulmane de la population bruxelloise – communauté française : 12,1 % – sur la base d’un sondage très nuancé, mené auprès de 657 personnes seulement, et qui comportait, pour Bruxelles, une marge d’erreur de 5 % – lire Le Vif-l’Express du 16 avril 2010. L’ambassade du Maroc évalue de manière imprécise le nombre de Belgo-marocains et de Marocains entre 350 000 et 600 000 en Belgique. Auteur de L’Islam à Bruxelles, Corinne Torrekens estimait en 2010 que « le pourcentage de musulmans pouvait atteindre les 30% dans certaines communes comme Molenbeek-Saint-Jean et Schaerbeek. Mais il ne s’agit toujours que de personnes ayant une origine musulmane, les chiffres n’indiquant rien sur les taux de pratique. » Olivier Servais estime la pratique à 75%’]1[/tooltips]. Les réactions politiques n’avaient pas manqué. Bernard Clerfayt (Front des francophones), maire de Schaerbeek évoquait un « thème anxiogène », Francis Delpérée (Centre démocratique humaniste, centre gauche) « une approche démographique heurtante ».

Quelques années plus tard, en septembre 2016, Jean Quatremer, correspondant permanent de Libération à Bruxelles, avait à son tour provoqué des réactions épidermiques en s’exclamant : « A 200 mètres de la Grand-Place, c’est l’Arabie saoudite ! »

Il visait j’imagine Molenbeek, commune de 100 000 habitants, à 1 500 m au sud-ouest, qui s’est fait connaître comme « centre international du djihadisme » et est aujourd’hui célèbre jusqu’en Chine pour ses jeunes musulmans radicalisés.

La radicalisation du déni

Si à la vérité, à côté de la Seine-Saint-Denis, Molenbeek a l’apparence d’un village de cocagne, son évolution vers le radicalisme a procédé du même déni politique et médiatique et de la même absence de véritable prise en charge que l’aveuglement français.

Comme en France, tout homme politique qui questionnait l’immigration et la radicalisation subissait l’intimidation médiatique ou l’accusation, directe ou indirecte, de racisme et d’islamophobie. C’est, en somme, le politiquement correct qui a tué Molenbeek et amené, de vagues en vagues, l’islamisme et le salafisme.

Récemment, le maire socialiste déchu (pour détournement de biens sociaux) de Bruxelles, Yvan Mayeur, a lâché à ceux qui réclamaient des mesures contre les imams radicaux : « A Bruxelles-Ville, toutes les mosquées sont salafistes. »

Il y a peu, le controversé secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, le nationaliste flamand Theo Francken (déguisé sur un photo-montage en officier de la Wehrmacht par les Jeunes écologistes pour sa politique droitière et qui, selon le président de la Ligue des Droits de l’homme mènerait de véritables « rafles » contre les migrants), a décidé d’introduire un recours au Conseil d’Etat pour obtenir le non-renouvellement du permis de séjour de l’imam de la grande mosquée de Bruxelles. L’imam en question s’estime à mille lieues du radicalisme. Cette joute démontre l’immensité de la tâche d’éradication du salafisme à Bruxelles alors que certaines mosquées sont financées par des pétromonarchies.

A la suite des attentats de Zaventem et de la station de métro Maelbeek, gouvernement, services de police fédéraux et régionaux et Sureté de l’Etat (sorte de DGSE) se sont promis de faire le tri dans les communes bruxelloises qui abritent des potentiels terroristes. La Belgique a, à un moment donné, concentré le plus haut taux européen de ressortissants partis en Syrie par habitant (environ 600 pour 11 millions).

Au vu de l’importance du vote ethnique, aucun homme politique d’envergure ne se risquerait davantage à poser les questions qui fâchent. Lors des récentes émeutes à la Bourse autour de la victoire de l’équipe de foot du Maroc (dont les contours sont mieux connus aujourd’hui : il s’agirait de « casseurs professionnels » qu’on retrouve chaque fois que cela chauffe), celui qui se pose comme le futur ministre-président de la région Bruxelloise, Didier Reynders, actuel ministre des Affaires étrangères (Mouvement réformateur – centre droit), s’est ainsi risqué à évoquer 20 ans d’impéritie de la part du pouvoir socialiste en place pour gérer la région. Mais sans jamais détailler le profil des émeutiers, au risque de perdre un bon tiers de ses électeurs aux prochaines élections régionales.

Au moment d’évoquer, lors d’une émission du mercredi soir à la RTBf (télévision publique), le lien possible entre ces émeutiers et l’immigration, notre Mathieu Bock-Côté national, le sénateur MR Alain Destexhe, a été invité par le présentateur à « revenir à la raison ». Débat impossible ? Interdit ? Rien ne dit que le lien est avéré mais comment peut-on proposer une approche sociologique à portée scientifique du phénomène des émeutes en s’interdisant, pour des raisons morales, d’étudier une des possibles variables explicatives ?

Pendant ce temps-là, Bruxelles se réinvente

A côté d’une intégration exemplaire, et pleine de promesses, pour la majorité des enfants d’immigrés, on peut parler, pour une minorité agissante, de « désintégration ».

Comme dans certaines cités françaises, il y a à Bruxelles des cafés où les femmes n’entrent pas et des quartiers où les pompiers se font caillasser. Une journaliste flamande a filmé, il y a quelques années, le harcèlement des rues dont sont victimes les femmes qui déambulent en jupe dans nos rues.

S’ajoute au désarroi des autorités politiques bruxelloises, la gestion d’une concentration importante de migrants syriens, afghans ou érythréens autour des quartiers du centre et du désormais célèbre Parc Maximilien. Des ONG s’y affèrent pour apporter réconfort et soins aux migrants.

Comparée à un « trou à rats » (« hellhole ») par le président américain Donald Trump, après les attentats islamistes à l’aéroport de Zaventem, Bruxelles ne broie pas que du noir. Une politique énergique de rénovation urbaine, consécutive à la destruction de la ville par les promoteurs immobiliers amoureux des autoroutes urbaines tracées pendant et après l’Exposition universelle de 1958, panse les plaies. Les chancres disparaissent petit à petit et des petits Saint-Germain des prés (la place du Châtelain très courue par les expat’ français) ont fait leur apparition.

La saleté, dénoncée encore une fois par Jean Quatremer, disparaît aussi peu à peu. La Grand-Place et les maisons de maître art-nouveau attirent les touristes.

Le kaléidoscope bruxellois, multiethnique sur fond de déchirement Wallons/Flamands, reste toutefois entièrement dépendant d’un électoralisme prononcé avec, en toile de fond, un manque patent de gouvernance globale et une obsession anti-automobiles qui étouffe progressivement la ville.

Après les échecs relatifs des listes « Islam » aux élections communales, d’autres travaillent à la création d’un parti musulman au-dessus de tout soupçon (?). Le controversé Dyab Abou Jahjah, activiste belgo-libanais (chiite par son père et chrétien par sa mère), un temps combattant du Hezbollah, mise sur le fait que les Bruxellois issus de l’immigration ne supportent plus… le clientélisme des partis traditionnels.

 

Retro 2017 (4/8): Christine engueule

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Christine Angot attaque François Fillon dans "L'Emission politique" de France 2, 23 mars 2017

C’est la dernière semaine de l’année: le moment de la revivre à travers des événements qui l’ont marquée. Au cœur de l’affaire Fillon, l’invitée surprise de L’Emission politique a pris à partie le candidat LR.


À en croire Eric Naulleau, dans son Petit livre noir du roman contemporain, qu’il cosigna avec Pierre Jourde, Christine Angot aurait un jour, lors d’un entretien journalistique, prononcé cette phrase pleine de lucidité : « Il y a des gens qui se marrent en me lisant ». C’est possible et même très probable : cela m’est arrivé. En l’écoutant parler par contre, pas trop.

Délivrez-la du mal!

Hier soir par exemple, face à François Fillon, si Mme Angot cherchait à faire rire, il faut lui dire que c’est raté. Un vrai bide. Mais c’est qu’hier soir, Christine Angot s’est confrontée au mal pur. A la hideur incarnée : un homme qui, le salaud, a employé sa famille et accepté des cadeaux. Pris par la patrouille médiatique, cet homme avait encore l’outrecuidance de ne pas retirer sa candidature et de ne pas retourner se terrer, honteux, dans sa province, persistant même à polluer de sa présence le Paris de Mme Angot. Celle-ci trouvait aussi, dans une de ses récentes chroniques, à la faveur d’un de ces raisonnements chaotiques et obscurs dont elle a le secret, que Pénélope Fillon était, « sous ses airs timides », aussi violente que Mehdi Meklat… Toutes ces horreurs, c’était trop pour Mme Angot, et c’est ainsi qu’elle déplaça son austère personne jusque dans le poste de télévision, pour venir rendre elle-même la justice, sous les spotlights.

Dans ses romans, Christine Angot dit beaucoup « je », mais à la télé, Christine Angot dit « nous ». A l’unisson de Mme Angot, il paraît que « nous » sommes indignés, nous autres qui ne sommes pas dans le poste, par la « malhonnêteté »de François Fillon. « Nous » devrions comme elle être tout remplis de notre bonne conscience et de notre colère, contents d’être qui nous sommes, et de ne pas être lui. Il paraît que « nous » devrions même nous sentir représentés par Mme Angot qui sérieuse comme un pape d’autrefois, pourfend devant nous les forces du mal. Eh bien non, not in my name, comme disent les…

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Décembre 2017, Mélenchon nomme Guaino Premier ministre

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Jean-Luc Mélenchon (à gauche) et Henri Guaino. SIPA. 00602176_000025 / 00761864_000066

David Desgouilles imagine les premiers pas à l’Elysée du président Mélenchon (3/3).


A lire aussi: Février 2017, François Bayrou se déclare candidat à l’Elysée (1/3)

A lire aussi: Mai 2017, Jean-Luc Mélenchon élu président de la République (2/3)

Lundi 19 juin 2017

Arnaud Montebourg était assis face au président. La tension était palpable. Jean-Luc Mélenchon ne comprenait pas son Premier ministre. La France insoumise, grâce à la démobilisation de tous ses adversaires, avait obtenu plus de 300 sièges. Cette majorité permettait de mettre en œuvre le projet joliment appelé « L’avenir en commun », et l’hôte de Matignon faisait la fine bouche.

Montebourg souhaitait que l’idée de Constituante pour une VIe République ne soit pas mise en œuvre, comme prévu, aussitôt la réforme du mode de scrutin votée. Lui qui avait porté depuis le début de sa carrière l’idée d’en finir avec la Ve lui demandait de renoncer à ce projet, de le renvoyer aux calendes grecques. « Il faut regarder les choses en face, monsieur le président. D’abord, même si cette réforme était à votre programme, vous n’avez pas été élu pour ça. Si vous avez obtenu 20% au premier tour, c’est parce que vous, et non la France insoumise, avez su montrer que vous aviez les qualités d’un chef. C’est parce que vous avez incarné, dès l’annonce de votre candidature, ce « qui m’aime me suive » gaullien. Paradoxalement, c’est le futur monarque républicain qui a été élu, pas celui qui annonçait la Constituante. Ensuite, votre majorité est diverse. Entre le duo Obono-Autain, le jacobin Corbière et mes proches qui l’ont rejointe, on dirait des grenouilles dans une brouette.  Seule la Ve République et ses outils permettront de la discipliner pour mettre en œuvre les chantiers prioritaires, la transition écologique et le bras de fer européen avec l’Allemagne. Enfin, j’ai bien peur que cette assemblée constituante élue à la proportionnelle fasse n’importe quoi, allant beaucoup plus loin dans le régime d’assemblée que nous ne le souhaitons nous-même. »

Le président n’était pas décidé à s’asseoir sur sa VIe République, et il le signifia à Montebourg. Celui-ci ne se démonta pas. « Alors, je retourne faire du miel en Saône-et-Loire ! ».

Jeudi 14 septembre 2017

Au premier rang de la manifestation, Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez, Manuel Valls et Florian Philippot – fraîchement débarqué du FN – avançaient, bras dessus bras dessous. Marine Le Pen avait été déclarée persona non grata, bien qu’opposée aussi à la mise en place du Conseil de déontologie des médias. Le nouveau Premier ministre Benoît Hamon faisait le siège de l’Elysée chaque jour depuis une semaine pour implorer le président Mélenchon de renoncer à son projet. A l’Assemblée, la majorité France insoumise se fissurait. Clémentine Autain avait demandé à ce qu’on abandonne le projet, suscitant la colère du président de groupe Alexis Corbière. François Kalfon, le ministre de l’Intérieur, avait aussi prévenu depuis quelques jours de l’ampleur de la manifestation.

Le président de la République avait toutes les raisons de tenir. Depuis son élection, il faisait l’objet d’une opposition médiatique massive, qu’il trouvait la plupart du temps caricaturale et malhonnête. Mais la France des médias résistait et était parvenue à mobiliser. Bizarrement, c’est la France périphérique, celle qui lui avait été la moins favorable lors de l’élection présidentielle, qui se mobilisait le moins contre l’idée de ce conseil de déontologie journalistique. La fronde se déployait en revanche dans toute la France des métropoles, ce qui donnait aux manifs l’effet grossissant d’une loupe. Les études d’opinion confirmaient politiquement le clivage géographique. Le président s’écroulait dans son propre électorat et celui du Parti socialiste. Il remontait en revanche légèrement dans l’électorat LR et sensiblement dans l’électorat FN. Il avait décidé de tenir bon, mais commençait à se demander si son éphémère Premier ministre, devenu apiculteur, n’avait pas vu juste en juin dernier. S’il avait du mal à imposer une telle réforme à sa majorité, comment la France serait gouvernée en VIe République ?

Dimanche 24 décembre 2017

Enfin, les émeutes avaient cessé. En octobre, le président Mélenchon avait décidé d’une répression tous azimuts contre la fraude fiscale. En Conseil des ministres, il avait insisté pour que cette bataille se fasse non seulement au niveau des cols blancs mais aussi dans les banlieues où nombre de trafiquants en tous genres ne déclaraient aucun revenu tout en affichant ostensiblement des signes extérieurs de richesse. Il avait ainsi exigé qu’on redonne une nouvelle vie au travail commun de la police, du fisc et des douanes initié par Nicolas Sarkozy lorsqu’il occupait Beauvau au début du siècle. Frapper les trafiquants au porte-monnaie.

Mais, comme en 2005, ces derniers avaient décidé de ne pas rester inertes. Il avait suffi d’un accident de scooter d’un jeune homme à Clichy-sous-Bois, poursuivi par la police, pour que les banlieues s’embrasent. Hamon et Khalfon étaient passés sous la table. Les médias – Mediapart en tête – vent debout contre l’Elysée, accusé de tous les maux. Ne restait plus que la Ve République. Et son fameux article 16. Au bout d’une semaine d’émeutes, le président se décida à l’utiliser. Les accusations de fascisme se multiplièrent, les allusions au Venezuela et à Cuba fleurirent. Mais Mélenchon savait qu’il jouait son mandat dans l’épreuve de force. En quinze jours, l’ordre régnait dans les banlieues. Et la popularité présidentielle remontait en flèche.

En ce dimanche de fête, le président de la République annonça la fin de la mise en œuvre de l’article 16 et ceux des travaux de la Constituante. La Ve République continuerait à vivre. Dans quelques jours, il nommerait Henri Guaino Premier ministre, Hubert Védrine aux Affaires étrangères et Natacha Polony à la Transition écologique. A la fin de son allocution, Jean-Luc Mélenchon se paya le luxe de ces deux mots adressés aux Français : « Joyeux Noël ».

 

Dérapage

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Le bruit de la douche

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Jérusalem, vous êtes juive ?

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Un homme prie au pied du mur des Lamentations à Jérusalem, décembre 2017. SIPA. 00837450_000002

« Non, rien de rien, non, je ne regrette rien
Ni le bien qu’on m’a fait, ni le mal
Tout ça m’est bien égal
Non, rien de rien, non, je ne regrette rien
C’est payé, balayé, oublié, je me fous du passé »

Pour qui chanterait aujourd’hui la môme Piaf: pour l’Unesco qui biffe les noms hébreux des monuments de Jérusalem et d’Hébron ? Pour l’ONU qui, rien de rien, soulève une bronca à l’annonce du déplacement de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, capitale d’Israël ? Pour les Israéliens, qui, à leur manière, ne s’inclinent pas devant des siècles de persécution ?

Yerushaläyim, un nom gaulois

Ce n’est peut-être pas une raison pour accorder par un silence assourdissant nos voix occidentales à celles de la populace qui tonitrue dans les pays arabes : que Jérusalem n’est pas plus juive qu’Israël dont on peut toujours se demander d’où provient l’invention.

Selon nos savants, il est bien évident que Yerushaläyim n’a jamais été juive comme l’atteste le fait, vérifié par moult historiens, que David, pas plus que son fils Salomon, n’était juif. Des études sérieuses démontrent que ces deux rois, ou prétendus tels, qui certes s’installèrent dans ce village, étaient originaires de la Gaule d’où David émigra avec son jeune fils, né très probablement en ce lieu qui aujourd’hui porte le nom d’Ambert, à moins que ne ce fût Issoire selon certains.

Jérusalem n’est donc pas plus juive, à supposer qu’elle le fut un jour, que les deux bourgades précitées n’appartiennent au royaume de Sion. Une histoire de copains lourde de sens. Pas plus que Poitiers ne saurait être rétroactivement attribuée aux Omeyyades. Que l’on se rassure donc dans les chaumières.

Au pied du mur

Si tant de mahométans réclament aujourd’hui Jérusalem en lui déniant le droit d’être juive, c’est bien qu’ils en firent jadis la conquête et y imposèrent leur loi après celle des Romains. Ces derniers avaient précipité sur les chemins de l’exil les Juifs survivants de l’anéantissement de leur ville par Titus, après une résistance acharnée. Raccourci historique, bien sûr. On ne saluera jamais assez la valeur militaire de cet Islam qui prit avec vigueur la suite de ce ratiboisage. Qui fait penser à Erdogan déclarant: « les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. » C’est bien dit de la part du président d’un grand pays membre de l’OTAN.

D’ailleurs, oui, d’ailleurs, les Juifs ne possèdent là-bas, en Israël, qu’un mur. Et encore, à y regarder de plus près, ce vestige des vestiges du Temple de Salomon reconstruit par Hérode, ne serait, après tout, que la sous-fondation de l’esplanade radieuse (qu’ils entretiennent) de la mosquée d’Al-Aqsâ dont les titres de propriété sont autrement plus solides.

N’est-il pas écrit dans la sourate Al-Isrâ ou Banû Isrâ’Îl (17-1) (je cite la traduction d’André Chouraqui) :

« Louange à celui qui a transporté
son serviteur de nuit
de la Mosquée interdite
à la Mosquée Al-Aqsâ
[…]
nous avons décidé pour les fils d’Isrâ’îl,
dans l’Ecrit :
« Vous serez détruits deux fois sur terre,
puis vous vous élèverez en grande élévation. »

Pour la destruction promise, c’est, reconnaissons-le, assez prophétique. Même si certains (trop nombreux pour être tous cités sans faire de jaloux) trouvent cela encore insuffisant. Mais, en ce qui concerne Al-Aqsâ, il n’est pas du tout prouvé que cette dernière ait été située à Jérusalem pour Mohamed. En témoigne, notamment, l’article d’Ahmed Mohammed Arafa, chroniqueur de l’hebdomadaire égyptien Al-Qahira (5 août 2003). L’auteur y soutient que la sourate, dite « Du voyage nocturne », ne fait pas référence au voyage miraculeux de La Mecque à Jérusalem, mais à l’émigration du prophète (Hégire) de la Mecque à Médine. Le prophète s’était bien tourné pour prier vers Aelia (Jérusalem), ville de culture juive, mais Jérusalem n’avait pas encore été conquise par les musulmans. Il se serait alors détourné de cette direction pour la prière (quibla) pour s’orienter de Médine vers la mosquée, « la plus lointaine » (Al Aqsâ) soit celle d’Al Haram à La Mecque.

Pierres de détail

Ce serait à des fins politiques que bien plus tard, le calife Abd El-Malik fit construire une nouvelle mosquée à Jérusalem comme nouveau lieu de pèlerinage dans le but de détourner le peuple des pèlerins de La Mecque alors dominée par son rival Ibn Al-Zubayr Marwan.

C’est toujours à des fins politiques qu’est utilisée Al-Aqsâ aujourd’hui contre Israël. C’est ainsi que son esplanade recèle des réserves de pierres destinées à canarder les fidèles juifs rassemblés au pied du Kotel: une tradition.

L’Unesco ne moufte pas sur la question, « pierre qui roule n’amasse pas mousse » pourrait être sa devise. Comme nous le laissions entendre, il ne resterait plus alors aux mânes de Salomon qu’à s’en retourner à Ambert ou à Issoire, en même temps. Mais n’est-ce pas là un détail ?

Marsault a-t-il le droit d’exister ?

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@Editions Ring

Patrick Mandon défend Marsault, le dessinateur (très) incorrect régulièrement censuré.


Le monde connu ne veut pas disparaître. Le monde nouveau, mal défini, essentiellement moralisateur, espère réussir sa percée, puis son installation définitive. Il lui faudra moins de temps pour être aussi habile que son prédécesseur dans l’usage de la terreur molle et du mensonge tranquille. Et il n’empêchera nullement l’aspiration terminale par le grand vide de tous les atomes et particules compromis dans la survenue, puis dans la survie, de l’humanité.

Marsault ne devrait pas exister…

En attendant cet épisode bruyant et spectaculaire, nous pouvons nous consacrer à quelques divertissements. Ils ne sont pas tous recommandés par la nouvelle Conjuration des imbéciles, qui voudrait nous interdire ce qu’elle ne comprend pas. À un mécontent anonyme, dans la foule, qui lui avait lancé « mort aux cons », le général de Gaulle avait répondu : « vaste programme ! » On constate tous les jours qu’il n’a pas été appliqué.

Les dessins de Marsault agacent à ce point les membres de ladite conjuration, et dépassent si largement leur faculté d’entendement, que ceux-ci s’opposent systématiquement à leur publication dans un certain réseau social, plus sensible à leurs préventions de chaisières qu’au talent de ce remarquable et dérangeant illustrateur.

A lire aussi: Balthus, Schiele, Facebook : cachez cet art que je ne saurais voir !

Marsault ne devrait pas exister ! Il sera d’ailleurs puni d’exister. D’abord, il ne placera jamais un dessin dans les journaux favoris de la nouvelle bourgeoisie, dont le conformisme déguisé fonde la prospérité et les certitudes. Résolument hostile à la guerre ainsi qu’à tous les dictateurs possiblement monorchides[tooltips content= »La rumeur prétendait qu’Adolf Hitler avait perdu une testicule sur un champ de bataille de la Première Guerre mondiale. En 2015, le professeur Peter Fleischmann, de l’université d’Erlangen Nuremberg, affirmait que cet état ne devait rien au conflit, mais tout à la génétique: Adolf était monorchide. Nous n’avons pu vérifier cette information… »]1[/tooltips], elle manifeste une courageuse quoique lointaine opposition à Vladimir Poutine, ainsi qu’au fascisme rampant (Baygon vert) et volant (Baygon bleu). En outre, cette classe floue se montre défavorable aux signes ostensibles de religion et aux signes ostentatoires de piété dans les églises catholiques, aux névralgies dentaires et au sexisme patrimonial en voie d’érection ! Le chantier du temple de l’Ordre moral, encore en construction, est sévèrement gardé par les vigiles assermenté.e.s de deux galaxies, Correctitude et Conformitude, dont on peut observer l’interaction gravitationnelle par le pont de matière qui les relie. C’est là que se recrutent les intransigeant.e.s défenseur.e.s des échanges raisonnés de fluide sexuel, des sous-vêtements non-affriolants, des talons plats, de la ségrégation responsable[tooltips content= »Ceux-là mêmes qui accusent Marsault de tous les péchés ne s’offusquent pas des réunions interdites aux Blancs, où ne sont admis que de prétendus « racisés ». Il n’y a pas en France de racisme d’État, n’en déplaise à Rokhaya Diallo, et tous les Français s’en réjouissent. »]2[/tooltips], et de l’entre-soi bio-éthique. Non, Marsault ne devrait pas exister.

…mais il existe

Or, ce paria existe ! Et il persiste à exprimer ses répugnantes exaspérations avec un talent reconnu par quelques-uns, mais nié par ses adversaires, lesquels lui préfèrent un style, qu’on définira ainsi : extrémiste des deux hémisphères du centre réunis, supérieurement représenté par l’un des plus fades éditorialistes de la presse quotidienne d’après-midi.

Marsault revient, et sa fréquentation est encore plus délicieusement insupportable ! Il s’était un peu éloigné. Les nouvelles ligues de vertu ont tenté de le décourager. Elles ont activé contre lui et son éditeur la solidarité des réseaux sociaux déjà nommés, elles ont suscité la hargne de leurs cerbères, qui l’ont exclu de la sphère républicaine, où devraient se confronter les idées et les hommes. Toutes ces créatures, mégères et cafards du Nombre et de la Vertu, que le camp du Propre qualifie de « vigies citoyennes », ont décrété que Marsault n’exprimait pas des opinions, mais qu’il commettait des délits. La basse besogne de ces supplétifs de la Censure 2.0 a entraîné son éviction, sa mise à l’index. Marsault est coupable, immédiatement après avoir été suspect.

La chorale des peu-pensants

Or, il faut juger Marsault sur pièces. Son dernier opus s’intitule sobrement Dernière pute avant la fin du monde : tout le programme d’un paysage d’épouvante, dont il convoque les figures et relate la dévastation. Il choisit dans l’humanité contemporaine des échantillons odieux, cruels, colonisés par la graisse, déformés par des effondrements de ptose. Son peuple sent le cadavre alcoolisé, ou la vieille sueur. Marsault est dessinateur, est-ce assez dire qu’il est un artiste ? Il est le contemporain effaré de faits regrettables, quand ils ne sont pas atroces. Ce jeune homme est né trop tard, non dans un monde trop vieux, mais dans un monde en ruine, qui veut des stylos non point à billes mais à balles. Il tombera peut-être dans le camp des réprouvés, mais il ne mêlera pas sa voix à la chorale des peu-pensants. Il a faim, mais ne cherche pas une place au banquet des moralisateurs ; sa voie est celle d’un loup solitaire, d’un coureur de la steppe à poil ras. Il va son chemin avec, sur les lèvres, une chanson dont les paroles et la musique agacent les pions du comportement, les censeurs proclamés, les imbéciles outrés, qui se scandalisent devant l’énorme remuement provoqué par ses détonations.

Marsault, armé de son seul talent, certes inconfortable, se défend avec son arme absolue : il sème la terreur parmi ses ennemis en les hachant avec son crayon, véritable marteau « de tort » (et de travers).

Il nous fait frôler des précipices, et l’on éprouve un vertige d’illustration : ainsi devant ce personnage à tête de molosse vêtu en nazi : « Quand tu habilles ton chien, c’est pour l’hiver » ; ou devant ces bonnes femmes très énervées, laides autant que véhémentes, vitupérant le machisme, et qu’un pet malencontreux lâché par l’une d’elles apaise lamentablement. S’il nous réserve de brefs instants de trouble adorable, tel ce plan coupé d’un joli ventre et de deux cuisses féminines, qu’habillent un jean raccourci au niveau du strict minimum charnel, d’où émergent un paquet de gauloise et une cigarette, c’est pour mieux distribuer ses coups avec force « breum », « bronk » et autres onomatopées annonciatrices d’un blast phénoménal. Surgissent de terrifiants exemplaires d’humanité qui s’affrontent, s’estropient, s’injurient avant de se livrer à d’autres carnages, exprimant l’ordure et le mépris à des vestiges de corps ensanglantés.

Ceci n’est pas une balle

Redisons ici que ses dessins ne peuvent être placés entre toutes les mains. Et répétons qu’un dessinateur ne saurait être assimilé ni à un psychopathe, ni à un terroriste, sauf exemple contraire. Ces deux dernières figurent du crime éventrent, égorgent, poignardent de vrais enfants, des femmes vivantes, des hommes réels. Marsault, quant à lui, anticipe seulement la dévastation et la peur, qui menacent l’existence de nos contemporains en ce début de millénaire, quand elles ne la règlent pas.

Réjouissons-nous, car une lueur d’espoir scintille dans ce bal des horreurs auquel il nous convie pour une dernière valse : on trouvera chez Marsault de précieux antidotes aux poisons de l’esprit contemporains. Grâce à cela, nous supporterons plus aisément les selfies « lèvres projetées » des candidates de la téléréalité, les déclarations d’amour universel symbolisées par deux mains jointes, les reprises au piano du tube de John Lennon Imagine par des concertistes lamentables, les petites bougies sur les trottoirs, les « on lâche rien », « vous n’aurez pas ma haine » et autres fadaises « citoyennes » d’une confondante niaiserie.

Enfin, dans les ultimes planches de cet ouvrage convulsif, Marsault se met lui-même en scène. Menacé d’être emporté au fond d’un abîme, il refuse l’aide que tente de lui apporter le fameux Eugène, son musculeux héros amateur de bière et de véhicule blindé. Un dialogue irréel se noue entre la créature, étrangement bienveillante, et son créateur, qui répond par le sarcasme et la malédiction. On s’aperçoit qu’il s’agissait d’un cauchemar. Mais sa dissipation ne met pas fin au tourment du jeune homme. La dernière image, énigmatique, annonce-t-elle une métamorphose[tooltips content= »Les éditions Ring publient L’Inavouable Histoire de France, illustrée par Marsault, un livre qui ne craint pas les révélations bouleversantes. Nous ne savions pas, jusqu’ici, que « Vercingaytorix » était une icône queer ; nous ignorions que Napoléon, alcoolique dissimulé, avait perdu la Louisiane lors d’une partie de poker, et que la guerre de 14-18 n’était qu’un spectacle monté par Hollywood… Les deux auteurs de ce brûlot prétendent se nommer Stéphane Burne (monorchide ?) et Norbert Hérisson. Craignant les poursuites judiciaires et une déflagration mondiale, ils auraient fui à l’étranger. Marsault se serait momentanément mis au vert dans une maison close de Macao… »]3[/tooltips] ?

Nos livres de l’année 2017

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Georges Perec ( Louis Monier/Rue des Archives), Pierre Lamalattie, Zakhar Prilepine, Marion Messina, François Bousquet (Photo: Hannah Assouline).

Voilà, 2017 c’est (presque) fini. La guerre nucléaire américano-coréenne n’a pas eu lieu, le ciel a épargné la tête de ces maudits Britanniques Brexiters et l’Etat islamique a abandonné son fief moyen-oriental. Autant de raisons de bouquiner la conscience tranquille en piochant parmi les douze merveilles de papier que nous vous conseillons. De l’essai au roman, en voici pour tous les goûts.


L’homme surnuméraire, Patrice Jean, Editions rue Fromentin. C’est Elisabeth Lévy qui cause le mieux de cette fiction aux mises en abyme successives : « Si L’Homme surnuméraire est (…) un grand roman (dont le principal défaut est d’être trop court), c’est parce qu’il dévoile la comédie, comme disait Balzac, qu’il donne du sens à ce qu’y est sous nous yeux, mais que nous ne voyons pas. (…) Patrice Jean n’a pas besoin de pousser la réalité dans les orties, il la précède à peine. Combien de temps faudra-t-il, en effet, pour qu’un éditeur parisien se dise : « Il suffit de couper, dans une œuvre, les morceaux qui heurtent trop la dignité de l’homme, le sens du progrès, la cause des femmes », pour la rendre digérable par tous sans risque de froisser la moindre susceptibilité ?

L'homme surnuméraire

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Al Andalous, l’invention d’un mythe, Serafin Fanjul, L’Artilleur/Le Toucan. Vous croyez que l’Espagne musulmane fut le paradis sur terre ? Qu’avant l’Inquisition, « islam des Lumières », judaïsme et christianisme se faisaient des mamours en dissertant sur Aristote ? Pas de doute, le remarquable ouvrage de Serafin Fanjul est pour vous. Ce professeur d’arabe espagnol démonte plus d’un mythe à la minute, démontrant notamment la superficialité de l’héritage maure dans la péninsule ibérique…

L’Archipel des Solovki, Zakhar Prilepine, Actes Sud. La petite quarantaine passée, le plus connu (et talentueux) des écrivains russes contemporains délaisse un temps le front du Donbass, où il s’est engagé, pour signer un roman-fleuve sur le goulag. L’immensité blanche des Solovki lui a inspiré huit cent pages de toute beauté ancrées dans les premières années de l’Union soviétique. Sur les décombres d’un ancien monastère orthodoxe, zeks et tchékistes ébrèchent le mythe de la décence ordinaire. Plongée dans les eaux glacées du calcul communiste.

L'Archipel des Solovki

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Jacques Pimpaneau, Le Tour de Chine en 80 ans, L’insomniaque. L’importance de certains livres s’avère inversement proportionnel à leur longueur. Dans ce récit à la première personne, le grand professeur de chinois Jacques Pimpaneau raconte une vie de rencontres (Antelme, Bataille, des Forêts, Dubuffet) et d’allers-retours incessants entre Paris et Pékin. Marre des clichés sur l’obéissance chinoise, le confucianisme et le culture de la hiérarchie ? Ce petit opuscule vous ravira. Cerise sur le gâteau de riz, la reconstitution d’une lettre d’adieux déchirante d’une jeune fille à un être aimé sur fond de Révolution culturelle arrache des larmes.

Le tour de Chine en 80 ans

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Tarr, Wyndham Lewis, Editions Pierre-Guillaume de Roux. Peintre et écrivain de génie, l’éternel dandy Lewis (1882-1957) méritait bien une expo à Manchester. Si la majeure partie de son oeuvre reste à traduire en français, son grand roman Tarr ramasse en trois cents pages une peinture de la bohème parisienne des années 1920, une relation père-fils incestueuse par femme interposée et un duel digne des grands romans russes.

Béni soit l’exil !, Vladimir Dimitrijevic et Gérard Conio, Editions des Syrtes/L’Âge d’homme. Rares sont les livres d’entretien qui se dévorent comme des romans. Le dialogue entre le grand éditeur helvéto-serbe Vladimir Dimitrijevic  et son complice Gérard Conio est de ceux-là. De la naissance de l’Âge d’homme à ses méditations sur le Jugement dernier, « Dimitri » n’élude aucun sujet, nous livrant ses réflexions sur l’exil, le sacré, le communisme, l’Occident libéral et les rapports de l’art au pouvoir. Époustouflant d’intelligence et de profondeur.

Béni soit l'exil !: Propos d'un éditeur engagé

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L’Art des interstices, Pierre Lamalattie, L’Editeur. Encensé par Zemmour, le nouveau roman de notre ami a captivé Elisabeth Lévy mais aussi Jérôme Leroy, notre rédac’ chef culture, auteur de cette belle exégèse : « Dans un sens, si l’on s’était rencontrés au bord de la Creuse, de la Sèvre niortaise ou de n’importe quel autre cours d’eau, j’aurais été beaucoup plus réticent. » Tout Lamalattie est là, dans cet understatement constant, qu’il s’agisse de raconter une réunion de parents d’élèves ou une visite à la FIAC, au Grand Palais. »

L'art des interstices

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Faux départ, Marion Messina, Le Dilettante. Une fois n’est pas coutume, ce premier roman a enthousiasmé l’ensemble de la critique, Causeur compris. Dans ces tribulations d’une jeune fille d’aujourd’hui, Jérôme Leroy reconnaît des réminiscences de Perec, Les Choses et Un homme qui dort ayant été métamorphosés par la crise.

Œuvres 1 et 2, Georges Perec, La Pléiade. C’est bien simple : à quinze ans, je ne lisais pratiquement que Georges Perec, Romain Gary et Albert Cohen. Quinze ans plus tard, ce brelan ne me paraît pas avoir rétréci au passage du temps, bien au contraire. Que le génie de l’OuLiPo (qu’on ne saurait réduire à ses exercices de style) entre enfin au Pléiade n’est que justice. Entre Kafka et Flaubert, La Vie mode d’emploi, W ou le souvenir d’enfance et la trop méconnue Boutique obscure n’ont pas pris une ride.

La droite buissonnière, François Bousquet, Editions du Rocher. Zemmour-Buisson-Villiers : le triangle infernal de la « droite hors-les-murs », s’il n’a pas accouché d’une candidature à la présidentielle, a nourri bien des fantasmes. Mille coudées au-dessus des échotiers de boulevard qu’on appelle journalistes politiques, l’excellent François Bousquet décortique le logiciel Buisson dans un exercice d’admiration qui ne vire jamais au panégyrique. Cette brillante vivisection d’un idéologue diabolisé dresse le portrait d’une France conservatrice occultée. Et dire qu’après l’avoir si longtemps dénigrée, certains politicards voudraient aujourd’hui la trousser…

La Droite buissonnière

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Les leçons du Vertige, Jean-Pierre Montal, Editions Pierre-Guillaume de Roux. Biographe de Maurice Ronet, le passionné de rock Jean-Pierre Montal revient à ses racines stéphanoises. Le Vertige, c’est cette boite ringarde des années 1980 du Saint-Etienne by night qui a défloré tant de jeunes qu’on appelait pas encore périphériques. Dans cette histoire de frères et de fils qui ne se parlent plus, le décrochage d’une ville entière accompagne l’errance de certains personnages, ballottés entre deux nihilismes : l’immersion dans le monde marchand ou le refuge dans une utopie anti-technicienne. Rassurez-vous, contrairement à mon laïus, c’est drôle et mordant !

Les Lecons du Vertige

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Les rien-pensants, Elisabeth Lévy, Editions du Cerf. Last but not least, notre chère Elisabeth provoque la grande peur des « rien-pensants » dans son dernier opus. Vous la retrouverez fidèle à elle-même, avec du souffle, de l’esprit, du style et cette bonne dose d’humour sans laquelle la vie serait terne. Mais abrégeons la louange, vous allez croire que je demande une augmentation !

Les Rien-pensants

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Mai 2017, Jean-Luc Mélenchon élu président de la République

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Jean-Luc Mélenchon milite contre la réforme du travail, septembre 2017. SIPA. Shutterstock40600630_000016

David Desgouilles imagine ce qu’aurait été la présidentielle 2017 si François Bayrou s’était porté candidat… (2/3).


A lire aussi > L’épisode 1: Février 2017, François Bayrou se déclare candidat à l’Elysée

Mardi 4 avril 2017

Malgré son expérience, François Bayrou n’avait rien vu venir. Et pourtant, deux mois auparavant, les réseaux sociaux s’étaient timidement fait l’écho de ce passage d’un livre de Corinne Lepage paru deux ans avant. Une affaire d’emplois fictifs. Comme Fillon. Et concernant le Parlement européen, en plus. Il était monté trop vite et trop haut dans les sondages. Depuis vendredi dernier, il devançait désormais François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, et occupait ainsi virtuellement – avec 18.5 % – la seconde place pour le second tour, selon le Rolling-IFOP.

Son slogan de campagne, « La sagesse », s’était imposé et collait à merveille avec une opinion en train de se cristalliser. Cette « sagesse » répondait à une demande de protection. De manière surprenante, le démocrate-chrétien qui avait toujours été un représentant de la politique d’ouverture du pays aux vents du marché européen et de la mondialisation, faisait presque jeu égal dans la France périphérique avec Marine Le Pen. Il devenait le candidat de la France profonde, et un peu celle des oubliés. Et cette sagesse renvoyait aussi et surtout à l’honnêteté, ce qui lui avait apporté des bataillons d’électeurs de droite devenus rétifs au vote Fillon.

Et voilà qu’il était rattrapé, comme le candidat LR et Marine Le Pen par cette histoire d’emplois fictifs. Il était désormais trop tard pour retirer sa candidature mais François Bayrou savait qu’il retomberait aussi vite qu’il était monté. Il savait aussi d’où venait le coup et rejoignait désormais François Fillon dans le diagnostic selon lequel un cabinet noir travaillait à la perte de ceux qui pouvaient succéder à François Hollande. A qui profitait le crime ? A Emmanuel Macron, à l’évidence.

Lundi 24 avril 2017

La France des médias avait la gueule de bois. Pendant des semaines, elle avait conjuré le mauvais sort, souhaitant ne pas voir en face ce qui la guettait. Le second tour tant redouté. Entre « les deux extrêmes ». Entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pendant des semaines, elle y avait pourtant travaillé soigneusement, avec l’Emission Politique en tête de gondole, ses invités-surprises, son surf sur les buzz en tous genres. Elle avait pourtant fustigé le dégagisme. Elle l’avait fustigé, mais encouragé à force de le dénoncer et d’y participer néanmoins. Schizophrénie médiatique.

Et voilà qu’il fallait choisir. Entre la peste et le choléra. Du côté des partis politiques, on était aussi devant ce second tour comme des poules devant un couteau. A part Benoît Hamon, Philippe Poutou (pour Mélenchon), Nicolas Dupont-Aignan (en faveur de Le Pen), François Asselineau, Nathalie Arthaud et Jean Lassalle (pour le vote blanc), on n’avait encore donné de consigne de vote. Les trois gros candidats éliminés se taisaient. Quelques personnalités proches de ces candidats les avaient en revanche devancés. Laurent Wauquiez avait annoncé dans la matinale de RTL qu’il choisissait Marine Le Pen. Christophe Castaner se prononçait pour Jean-Luc Mélenchon sur France Inter. Marielle de Sarnez, enfin, se résolvait au même vote que le porte-parole d’Emmanuel Macron, « la mort dans l’âme », sur l’antenne de LCI.

Les premiers sondages donnaient Jean-Luc Mélenchon en tête avec 54%. C’était peu. Tout dépendrait de la capacité de chaque candidat à mobiliser, ce qui pouvait déjouer les pronostics et les sondages, jusqu’au dernier jour.

Dimanche 7 mai 2017

Jean-Luc Mélenchon apprit vers 18h30 qu’il était sans doute le huitième président d’une Ve République dont il souhaitait la fin. Il avait conscience que la France était en miettes. La campagne présidentielle la plus déplorable de l’histoire de la République n’y avait pas peu participé. Il fallait désormais rassembler. Le chef de la France insoumise avait conscience qu’il avait été élu par défaut, comme tout candidat vainqueur de Marine Le Pen l’aurait été à sa place. La désignation de son Premier ministre ne devait pas attendre. Il l’annoncerait dans les prochains jours, avant même d’être investi de ses fonctions. Tout le monde attendait Benoît Hamon mais le nouveau président ne souhaitait pas désigner une personnalité ayant participé au scrutin. Son choix se porta alors sur Arnaud Montebourg, qui accepta la proposition. Il fallait désormais trouver une majorité aux élections législatives. Jean-Luc Mélenchon n’en doutait pas : la mécanique des institutions de la Ve lui permettrait de l’obtenir.

A lire aussi: Décembre 2017, Mélenchon nomme Guaino Premier ministre (3/3)

Dérapage

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Le bruit de la douche

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Retro 2017 (3/8): Macron-Le Pen, l’abominable débat

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Marine Le Pen lors du débat de l'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron, mai 2017

C’est la dernière semaine de l’année: le moment de la revivre à travers des événements qui l’ont marquée. Début mai, le débat de l’entre-deux-tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron vire au règlement de comptes.


On aurait aimé en plaisanter. On aurait aimé dire qu’on attendait patiemment que l’un des deux protagonistes explique à l’autre quelle était sa recette du pot au feu, comme dans le film La gueule de l’autre.

Mais à vrai dire, on n’a pas le cœur d’en plaisanter. Car il devait s’agir du débat entre deux personnalités concourant pour la magistrature suprême de la cinquième puissance mondiale. Au lieu de cela, nous avons assisté à un spectacle indigne. Même un débat sur une chaîne info en plein été à onze heures du soir entre éditorialistes de troisième zone aurait été de meilleure qualité.

Ce débat était à l’image de cette « recomposition low-cost » dont nous avons ici décrit la mise en place. La véritable recomposition avait trop attendu. Elle disposait, au moment où elle devait intervenir, sans doute il y a quinze ou vingt ans, de personnalités à la hauteur, cultivées et complexes. Les vieux partis, accrochés à leurs prébendes, l’ont retardée avant de subir l’énorme échec du premier tour de cette élection présidentielle. Nous en récoltons le résultat : une foire d’invectives entre deux personnages caricaturaux et manifestement indignes de la fonction présidentielle.

L’abstention leur dit merci!

Mais que pouvions-nous attendre d’autre, au terme de la pire campagne présidentielle de la Ve République, naviguant entre le…

Lisez la suite de l’article sur son lien d’origine

Pas de Tunisiennes aux Emirats !

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tunisie emirats arabes unis qatar
Manifestation de femmes tunisiennes devant l'ambassade des Emirats à Tunis, décembre 2017. Numéro de reportage : AP22145112_000001.

Que se passe-t-il entre les Emirats arabes unis et la Tunisie ? Depuis qu’Abou Dhabi a fermé l’accès aux vols Emirates aux femmes tunisiennes la semaine dernière, la question est posée. Si le gouvernement émirati évoque un risque terroriste imminent provenant d’une femme tunisienne, les racines de la crise diplomatique couvent depuis quelques années…


Le 22 décembre, les Emirats arabes unis (EAU) ont offert un drôle de cadeau de Noël à la Tunisie : interdire les femmes tunisiennes d’embarquer sur les vols Emirates ! Vous avez bien lu, cette mesure doublement discriminatoire ne concerne que le beau sexe. Alors que le « travel ban » de Trump qui défrayait la chronique il y a près d’un an, concernait les ressortissants de plusieurs pays musulmans à commencer par l’Iran, la décision émiratie vise uniquement les femmes.

Du côté de la famille princière, on se défend toutefois de toute mesure vexatoire, arguant que nécessité fait loi : les services secrets des Emirats auraient signalé le risque imminent d’un attentat djihadiste commis à Abou Dhabi par une femme tunisienne. En rétorsion, le pays de la princesse Didon a provisoirement interdit les sujets émiratis d’accès à son territoire – sans distinction de sexe.

Un rapprochement avec le Qatar…

Jadis inféodés au pouvoir, les médias tunisiens s’interrogent sur les motivations réelles, sinon inavouables, de la chancellerie émiratie. Si de folles rumeurs circulent quant à une éventuelle empoignade entre un prince et une tunisienne, un peu de rationalité nous ramène aux guerres froides arabes. En conflit ouvert avec le Qatar, les Emirats voient effet d’un très mauvais œil le rapprochement qui s’est opéré depuis 2011 entre la Tunisie post-benaliste et Doha. Longtemps, Tunis a convolé en justes noces avec l’Arabie saoudite et le Koweït, grands pourvoyeurs de touristes et investisseurs dans un secteur touristique libéralisé dans les années 1970. Coup de théâtre après la révolution : sous l’impulsion des islamistes d’Ennahda, branche locale des Frères musulmans, le pays du jasmin avait modéré son traditionnel tropisme pro-saoudien d’autant plus facilement que la monarchie accueille sine die le dictateur déchu Ben Ali.

…encouragé par Ennahda

Malgré leur (léger) reflux électoral, les ennahdistes occupent encore une place importante au sein du gouvernement tunisien, lequel n’a jamais cessé de renforcer ses liens avec le Qatar, y compris après le blocus de cet été imposé par l’Arabie, les Emirats et leurs affidés. Du point de vue de l’économie tunisienne, en grande partie tournée vers l’exportation, la marginalisation du Qatar représente une sacrée aubaine : éculé, Doha fait main basse sur les tomates et autres agrumes en provenance de l’ancienne Carthage.

Et le partenariat Tunis-Doha ne se résume pas à une affaire de primeurs. Dans la Libye voisine, là où Egyptiens, Saoudiens et Emiratis soutiennent le général Haftar, Tunis lorgne plutôt du côté de la coalition islamiste Fajr-Libya dont les sponsors sont le Qatar et la Turquie. Un casus belli de plus avec Abou Dhabi qui aimerait contraindre la lointaine Tunisie à rejoindre l’axe Le Caire-Riyad. Raté : ces derniers jours, le ministre des Affaires étrangères qatari puis le président turc Erdogan himself ont été reçus au palais présidentiel de Carthage.

Zigs-zags à Tunis

Au sommet de l’Etat tunisien, chaque prise de position est sujette à négociation. Car le président Béji Caïd Essebsi, élu largement sur un programme anti-islamiste contre son prédécesseur ennahdo-compatible Moncef Marzouki, doit aujourd’hui transiger avec ses ennemis d’hier. Dans une région aussi tumultueuse qui a fourni le plus gros contingent de volontaires à l’Etat islamique, il en va de la concorde nationale. Isoler Ennahda repousserait en effet les islamistes dans la marginalité, autant dire dans les bras des salafistes partisans du djihad.

La nécessité de ménager la chèvre et le chou conduit donc Tunis à faire des zigs-zags : proclamant solennellement l’égalité homme/femme à l’intérieur (une première dans le monde arabe), frayant avec le Qatar à l’extérieur[tooltips content= »C’est dire si les Emirats ont visé un point sensible, voire une des composantes de l’identité nationale, que Bourguiba puis Ben Ali, aussi autoritaires furent-ils, développèrent en leur temps. »]1[/tooltips]. Une cuiller pour maman, une cuiller pour papa ? Comme le monde entier l’a découvert un jour de janvier 2011, impossible n’est pas tunisien.

Histoire de la Tunisie depuis l'indépendance

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Education: tu es né prolo et tu resteras prolo

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Je vous entends d’ici : « Bonnet d’âne va encore une fois nous déprimer, nous, pour les fêtes, on veut du rigolo et du revigorant. Caramba, encorrrre raté ! Les nouvelles ne sont pas bonnes — mais à vrai dire, elles ne sont pas nouvelles.

Il y avait eu le mythe de l’ascenseur social, que Bourdieu avait patiemment démonté en son temps — mais en leur temps, le petit Bourdieu et le petit Brighelli, qui n’étaient ni l’un ni l’autre sortis de la cuisse de Jupiter, avaient intégré l’Ecole Normale Supérieure, le premier en 1951, et l’autre en 1972. C’est que nous vivions alors en République, et que la République avait inventé l’élitisme républicain pour assurer, tant que faire se pouvait, le renouvellement de ses cadres. Bien sûr, ce n’était pas parfait, loin de là. Seuls surnageaient les meilleurs, au point que Bourdieu n’avait pas tout à fait tort de voir dans le système éducatif des années 1960 une pépinière d’héritiers : les enfants de prolos pouvaient jusqu’à un certain point passer pour les otages d’un système dont la « reproduction » (Bourdieu toujours) était déjà le principe dominant.

La gauche contre les pauvres

Alors arriva la Gauche. Pleine de bonnes intentions. Décidée à anéantir cet élitisme qui faisait tant de mal (à vrai dire, il y a tant de médiocres à gauche — ils en sont à solliciter Najat Vallaud-Belkacem pour prendre la tête de leur parti — que tout ce qui dépassait devait forcément être étêté), la Gauche confia aux pédagos les clés de la maison Education. On ne parlerait plus la langue des livres (trop élitistes, les livres !), on étudierait celle des modes d’emplois d’appareils ménagers.

A lire aussi: Classes prépa « BL »: l’école des héritiers

Le résultat est sous nos yeux : les enfants de prolétaires ont quasi disparu des grandes Ecoles, et en fac, on arrive à 50% d’échecs dès la première année de Licence — et 100% pour les étudiants titulaires d’un Bac professionnel. On applaudit bien fort, les disciples de Bourdieu, nettement moins intelligents que leur saint patron, se sont débrouillés pour fabriquer un système qui sert leurs enfants (qu’ils inscrivent massivement dans le privé sous divers prétextes), les enfants de leurs maîtres — et ce, quelles que soient leurs qualités réelles —, et flingue à jamais les gosses de prolos.

Les dés sont pipés

Oh, bien entendu, de temps en temps on vous sert sur un plateau télé un jeune manager issu de la « diversité », comme on dit désormais pour ne pas dire « Maghrébins » (selon le principe qui fait dire que Sylvain Fort est la « plume » de Macron, et non son nègre). Il a autant de probabilité statistique que le self made man américain sorti de la fange, qui prétend être le garant de l’efficacité du système, alors qu’il est l’otage d’un libéralisme où seuls les « fils et filles de » parviennent à se glisser dans les chaussures de papa-maman. J’ai ainsi souvenir d’une émission télé, en 2005, avec Aziz Senni, jeune entrepreneur dynamique qui venait d’écrire l’Ascenseur social est en panne, j’ai pris l’escalier, tout fier de reverser ses droits d’auteur à de jeunes collégiens méritants. Eh bien quel que soit le nombre de collégiens aidés par Senni, il reste infime par rapport à la masse des collégiens / lycéens / étudiants de talent flingués par le système.

Et c’est là qu’arrive Aurélie Lejeune, l’héroïne de Faux départ, le joli petit premier roman désespérant de Marion Messina.

Bonne élève, issue d’un milieu de minuscules employés aliénés par TF1, M6 et le reste. On lui a fait croire, au lycée, qu’en travaillant bien… Il lui faut un certain temps pour réaliser que c’est une escroquerie, et qu’à Grenoble où elle s’est inscrite en Droit, elle n’a aucune chance d’arriver à quoi que ce soit de palpable. « L’université était un choix par défaut, un univers où ils étaient parqués pour ne pas faire exploser les chiffres du chômage. En réalité, l’égalité des chances revenait à dire que le lièvre et la tortue disposaient des mêmes chances sur la ligne de départ. »

Tels pères, tels fils

« Le mythe de l’égalité des chances… » Il y a comme ça pas mal de mots ou d’expressions en italiques dans ce court roman : les topoi de notre démocratie — voilà que je m’y mets moi aussi —, qui contribuent à l’aliénation générale, camouflée sous un voile de bons sentiments. « Au fil des ans dans l’enseignement public, elle avait acquis l’intime conviction qu’un avenir professionnel brillant l’attendait sous condition d’un apprentissage parfait et régulier de ses leçons. Journaliste, universitaire ou ambassadrice de France étaient des emplois accessibles avec un diplôme, l’obtention de ce diplôme étant elle-même soumise à un travail sans relâche et ne tenant nullement compte de l’origine sociale de l’étudiant. » Humour à froid. 50% des étudiants qui finissent, comme on dit, dans la « botte » de l’ENA sont eux-mêmes fils d’énarques. C’est sans doute parce qu’ils sont plus intelligents…

D’ailleurs, Aurélie a…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

 

Entre islam et boboïsation, Bruxelles ne bruxelle plus pareil

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Marche pour l'anniversaire des attentats de Bruxelles, 23 mars 2017, Bruxelles. SIPA. AP22030586_000084

Au cœur de l’Europe, Bruxelles, une des principales capitales de l’Union européenne (pour ne pas froisser la France), est un laboratoire multiethnique singulier en ce sens que ses quartiers qui accueillent le plus d’immigrés sont situés en centre-ville. Au centre, au sud-ouest, au nord, les quartiers « arabes », « turcs » et « africains » ; à l’est, les quartiers « européens » ; autour des cossus « Etangs d’Ixelles » et de la gare du Midi, les riches Français expatriés fiscaux ; au sud et au sud-est, les derniers des Mohicans, soit les Belges plus anciens, qui formaient jadis l’essentiel de cette ville très bourgeoise devenue aujourd’hui plutôt pauvre, bien que concentrant un PIB faramineux en raison d’un nombre important de sièges sociaux de multinationales. On ne peut pas dire que tout ce beau monde se fréquente beaucoup. Mais à Paris non plus j’imagine. Et c’est peut-être là le problème.

« A 200 mètres de la Grand-Place, c’est l’Arabie saoudite ! »

Selon la Fondation Roi Baudouin, au cours de la période 2004-2010, 75% des mères qui ont accouché à Bruxelles sont issues de l’immigration (38,8 % ont une autre nationalité et 36,2 % une autre origine – la nationalité d’origine n’est pas belge).

En avril 2010, Le Vif-L’Express (principal magazine d’information francophone) avait publié une « Une » particulièrement provocante intitulée « Bruxelles musulmane en 2030 », évoquant le cap des 50% à cette date.

A lire aussi: A Bruxelles, une expo le proclame: « l’ISLAM, c’est aussi notre histoire »

En novembre 2010, un colloque organisé par l’association laïque La Pensée et les Hommes, à l’Université libre de Bruxelles, avait pour thème la même interrogation. L’anthropologue Olivier Servais avait confirmé une présence bruxelloise musulmane à 33,5 %, prédisant une majorité en 2030, « sous réserve que les flux migratoires se diversifient »[tooltips content=’En 2008, Olivier Servais, responsable du laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCL, évaluait à 33,5 % la partie musulmane de la population bruxelloise – communauté française : 12,1 % – sur la base d’un sondage très nuancé, mené auprès de 657 personnes seulement, et qui comportait, pour Bruxelles, une marge d’erreur de 5 % – lire Le Vif-l’Express du 16 avril 2010. L’ambassade du Maroc évalue de manière imprécise le nombre de Belgo-marocains et de Marocains entre 350 000 et 600 000 en Belgique. Auteur de L’Islam à Bruxelles, Corinne Torrekens estimait en 2010 que « le pourcentage de musulmans pouvait atteindre les 30% dans certaines communes comme Molenbeek-Saint-Jean et Schaerbeek. Mais il ne s’agit toujours que de personnes ayant une origine musulmane, les chiffres n’indiquant rien sur les taux de pratique. » Olivier Servais estime la pratique à 75%’]1[/tooltips]. Les réactions politiques n’avaient pas manqué. Bernard Clerfayt (Front des francophones), maire de Schaerbeek évoquait un « thème anxiogène », Francis Delpérée (Centre démocratique humaniste, centre gauche) « une approche démographique heurtante ».

Quelques années plus tard, en septembre 2016, Jean Quatremer, correspondant permanent de Libération à Bruxelles, avait à son tour provoqué des réactions épidermiques en s’exclamant : « A 200 mètres de la Grand-Place, c’est l’Arabie saoudite ! »

Il visait j’imagine Molenbeek, commune de 100 000 habitants, à 1 500 m au sud-ouest, qui s’est fait connaître comme « centre international du djihadisme » et est aujourd’hui célèbre jusqu’en Chine pour ses jeunes musulmans radicalisés.

La radicalisation du déni

Si à la vérité, à côté de la Seine-Saint-Denis, Molenbeek a l’apparence d’un village de cocagne, son évolution vers le radicalisme a procédé du même déni politique et médiatique et de la même absence de véritable prise en charge que l’aveuglement français.

Comme en France, tout homme politique qui questionnait l’immigration et la radicalisation subissait l’intimidation médiatique ou l’accusation, directe ou indirecte, de racisme et d’islamophobie. C’est, en somme, le politiquement correct qui a tué Molenbeek et amené, de vagues en vagues, l’islamisme et le salafisme.

Récemment, le maire socialiste déchu (pour détournement de biens sociaux) de Bruxelles, Yvan Mayeur, a lâché à ceux qui réclamaient des mesures contre les imams radicaux : « A Bruxelles-Ville, toutes les mosquées sont salafistes. »

Il y a peu, le controversé secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, le nationaliste flamand Theo Francken (déguisé sur un photo-montage en officier de la Wehrmacht par les Jeunes écologistes pour sa politique droitière et qui, selon le président de la Ligue des Droits de l’homme mènerait de véritables « rafles » contre les migrants), a décidé d’introduire un recours au Conseil d’Etat pour obtenir le non-renouvellement du permis de séjour de l’imam de la grande mosquée de Bruxelles. L’imam en question s’estime à mille lieues du radicalisme. Cette joute démontre l’immensité de la tâche d’éradication du salafisme à Bruxelles alors que certaines mosquées sont financées par des pétromonarchies.

A la suite des attentats de Zaventem et de la station de métro Maelbeek, gouvernement, services de police fédéraux et régionaux et Sureté de l’Etat (sorte de DGSE) se sont promis de faire le tri dans les communes bruxelloises qui abritent des potentiels terroristes. La Belgique a, à un moment donné, concentré le plus haut taux européen de ressortissants partis en Syrie par habitant (environ 600 pour 11 millions).

Au vu de l’importance du vote ethnique, aucun homme politique d’envergure ne se risquerait davantage à poser les questions qui fâchent. Lors des récentes émeutes à la Bourse autour de la victoire de l’équipe de foot du Maroc (dont les contours sont mieux connus aujourd’hui : il s’agirait de « casseurs professionnels » qu’on retrouve chaque fois que cela chauffe), celui qui se pose comme le futur ministre-président de la région Bruxelloise, Didier Reynders, actuel ministre des Affaires étrangères (Mouvement réformateur – centre droit), s’est ainsi risqué à évoquer 20 ans d’impéritie de la part du pouvoir socialiste en place pour gérer la région. Mais sans jamais détailler le profil des émeutiers, au risque de perdre un bon tiers de ses électeurs aux prochaines élections régionales.

Au moment d’évoquer, lors d’une émission du mercredi soir à la RTBf (télévision publique), le lien possible entre ces émeutiers et l’immigration, notre Mathieu Bock-Côté national, le sénateur MR Alain Destexhe, a été invité par le présentateur à « revenir à la raison ». Débat impossible ? Interdit ? Rien ne dit que le lien est avéré mais comment peut-on proposer une approche sociologique à portée scientifique du phénomène des émeutes en s’interdisant, pour des raisons morales, d’étudier une des possibles variables explicatives ?

Pendant ce temps-là, Bruxelles se réinvente

A côté d’une intégration exemplaire, et pleine de promesses, pour la majorité des enfants d’immigrés, on peut parler, pour une minorité agissante, de « désintégration ».

Comme dans certaines cités françaises, il y a à Bruxelles des cafés où les femmes n’entrent pas et des quartiers où les pompiers se font caillasser. Une journaliste flamande a filmé, il y a quelques années, le harcèlement des rues dont sont victimes les femmes qui déambulent en jupe dans nos rues.

S’ajoute au désarroi des autorités politiques bruxelloises, la gestion d’une concentration importante de migrants syriens, afghans ou érythréens autour des quartiers du centre et du désormais célèbre Parc Maximilien. Des ONG s’y affèrent pour apporter réconfort et soins aux migrants.

Comparée à un « trou à rats » (« hellhole ») par le président américain Donald Trump, après les attentats islamistes à l’aéroport de Zaventem, Bruxelles ne broie pas que du noir. Une politique énergique de rénovation urbaine, consécutive à la destruction de la ville par les promoteurs immobiliers amoureux des autoroutes urbaines tracées pendant et après l’Exposition universelle de 1958, panse les plaies. Les chancres disparaissent petit à petit et des petits Saint-Germain des prés (la place du Châtelain très courue par les expat’ français) ont fait leur apparition.

La saleté, dénoncée encore une fois par Jean Quatremer, disparaît aussi peu à peu. La Grand-Place et les maisons de maître art-nouveau attirent les touristes.

Le kaléidoscope bruxellois, multiethnique sur fond de déchirement Wallons/Flamands, reste toutefois entièrement dépendant d’un électoralisme prononcé avec, en toile de fond, un manque patent de gouvernance globale et une obsession anti-automobiles qui étouffe progressivement la ville.

Après les échecs relatifs des listes « Islam » aux élections communales, d’autres travaillent à la création d’un parti musulman au-dessus de tout soupçon (?). Le controversé Dyab Abou Jahjah, activiste belgo-libanais (chiite par son père et chrétien par sa mère), un temps combattant du Hezbollah, mise sur le fait que les Bruxellois issus de l’immigration ne supportent plus… le clientélisme des partis traditionnels.