Je vous entends d’ici : « Bonnet d’âne va encore une fois nous déprimer, nous, pour les fêtes, on veut du rigolo et du revigorant. Caramba, encorrrre raté ! Les nouvelles ne sont pas bonnes — mais à vrai dire, elles ne sont pas nouvelles.

Il y avait eu le mythe de l’ascenseur social, que Bourdieu avait patiemment démonté en son temps — mais en leur temps, le petit Bourdieu et le petit Brighelli, qui n’étaient ni l’un ni l’autre sortis de la cuisse de Jupiter, avaient intégré l’Ecole Normale Supérieure, le premier en 1951, et l’autre en 1972. C’est que nous vivions alors en République, et que la République avait inventé l’élitisme républicain pour assurer, tant que faire se pouvait, le renouvellement de ses cadres. Bien sûr, ce n’était pas parfait, loin de là. Seuls surnageaient les meilleurs, au point que Bourdieu n’avait pas tout à fait tort de voir dans le système éducatif des années 1960 une pépinière d’héritiers : les enfants de prolos pouvaient jusqu’à un certain point passer pour les otages d’un système dont la « reproduction » (Bourdieu toujours) était déjà le principe dominant.

La gauche contre les pauvres

Alors arriva la Gauche. Pleine de bonnes intentions. Décidée à anéantir cet élitisme qui faisait tant de mal (à vrai dire, il y a tant de médiocres à gauche — ils en sont à solliciter Najat Vallaud-Belkacem pour prendre la tête de leur parti — que tout ce qui dépassait devait forcément être étêté), la Gauche confia aux pédagos les clés de la maison Education. On ne parlerait plus la langue des livres (trop élitistes, les livres !), on étudierait celle des modes d’emplois d’appareils ménagers.

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Le résultat est sous nos yeux : les enfants de prolétaires ont quasi disparu des grandes Ecoles, et en fac, on arrive à 50% d’échecs dès la première année de Licence — et 100% pour les étudiants titulaires d’un Bac professionnel. On applaudit bien fort, les disciples de Bourdieu, nettement moins intelligents que leur saint patron, se sont débrouillés pour fabriquer un système qui sert leurs enfants (qu’ils inscrivent massivement dans le privé sous divers prétextes), les enfants de leurs maîtres — et ce, quelles que soient leurs qualités réelles —, et flingue à jamais les gosses de prolos.

Les dés sont pipés

Oh, bien entendu, de temps en temps on vous sert sur un plateau télé un jeune manager issu de la « diversité », comme on dit désormais pour ne pas dire « Maghrébins » (selon le principe qui fait dire que Sylvain Fort est la « plume » de Macron, et non son nègre). Il a autant de probabilité statistique que le self made man américain sorti de la fange, qui prétend être le garant de l’efficacité du système, alors qu’il est l’otage d’un libéralisme où seuls les « fils et filles de » parviennent à se glisser dans les chaussures de papa-maman. J’ai ainsi souvenir d’une émission télé, en 2005, avec Aziz Senni, jeune entrepreneur dynamique qui venait d’écrire l’Ascenseur social est en panne, j’ai pris l’escalier, tout fier de reverser ses droits d’auteur à de jeunes collégiens méritants. Eh bien quel que soit le nombre de collégiens aidés par Senni, il reste infime par rapport à la masse des collégiens / lycéens / étudiants de talent flingués par le système.

Et c’est là qu’arrive Aurélie Lejeune, l’héroïne de Faux départ, le joli petit premier roman désespérant de Marion Messina.

Bonne élève, issue d’un milieu de minuscules employés aliénés par TF1, M6 et le reste. On lui a fait croire, au lycée, qu’en travaillant bien… Il lui faut un certain temps pour réaliser que c’est une escroquerie, et qu’à Grenoble où elle s’est inscrite en Droit, elle n’a aucune chance d’arriver à quoi que ce soit de palpable. « L’université était un choix par défaut, un univers où ils étaient parqués pour ne pas faire exploser les chiffres du chômage. En réalité, l’égalité des chances revenait à dire que le lièvre et la tortue disposaient des mêmes chances sur la ligne de départ. »

Tels pères, tels fils

« Le mythe de l’égalité des chances… » Il y a comme ça pas mal de mots ou d’expressions en italiques dans ce court roman : les topoi de notre démocratie — voilà que je m’y mets moi aussi —, qui contribuent à l’aliénation générale, camouflée sous un voile de bons sentiments. « Au fil des ans dans l’enseignement public, elle avait acquis l’intime conviction qu’un avenir professionnel brillant l’attendait sous condition d’un apprentissage parfait et régulier de ses leçons. Journaliste, universitaire ou ambassadrice de France étaient des emplois accessibles avec un diplôme, l’obtention de ce diplôme étant elle-même soumise à un travail sans relâche et ne tenant nullement compte de l’origine sociale de l’étudiant. » Humour à froid. 50% des étudiants qui finissent, comme on dit, dans la « botte » de l’ENA sont eux-mêmes fils d’énarques. C’est sans doute parce qu’ils sont plus intelligents…

D’ailleurs, Aurélie a…

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