Au cœur de l’Europe, Bruxelles, une des principales capitales de l’Union européenne (pour ne pas froisser la France), est un laboratoire multiethnique singulier en ce sens que ses quartiers qui accueillent le plus d’immigrés sont situés en centre-ville. Au centre, au sud-ouest, au nord, les quartiers « arabes », « turcs » et « africains » ; à l’est, les quartiers « européens » ; autour des cossus « Etangs d’Ixelles » et de la gare du Midi, les riches Français expatriés fiscaux ; au sud et au sud-est, les derniers des Mohicans, soit les Belges plus anciens, qui formaient jadis l’essentiel de cette ville très bourgeoise devenue aujourd’hui plutôt pauvre, bien que concentrant un PIB faramineux en raison d’un nombre important de sièges sociaux de multinationales. On ne peut pas dire que tout ce beau monde se fréquente beaucoup. Mais à Paris non plus j’imagine. Et c’est peut-être là le problème.

« A 200 mètres de la Grand-Place, c’est l’Arabie saoudite ! »

Selon la Fondation Roi Baudouin, au cours de la période 2004-2010, 75% des mères qui ont accouché à Bruxelles sont issues de l’immigration (38,8 % ont une autre nationalité et 36,2 % une autre origine – la nationalité d’origine n’est pas belge).

En avril 2010, Le Vif-L’Express (principal magazine d’information francophone) avait publié une « Une » particulièrement provocante intitulée « Bruxelles musulmane en 2030 », évoquant le cap des 50% à cette date.

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En novembre 2010, un colloque organisé par l’association laïque La Pensée et les Hommes, à l’Université libre de Bruxelles, avait pour thème la même interrogation. L’anthropologue Olivier Servais avait confirmé une présence bruxelloise musulmane à 33,5 %, prédisant une majorité en 2030, « sous réserve que les flux migratoires se diversifient »1. Les réactions politiques n’avaient pas manqué. Bernard Clerfayt (Front des francophones), maire de Schaerbeek évoquait un « thème anxiogène », Francis Delpérée (Centre démocratique humaniste, centre gauche) « une approche démographique heurtante ».

Quelques années plus tard, en septembre 2016, Jean Quatremer, correspondant permanent de Libération à Bruxelles, avait à son tour provoqué des réactions épidermiques en s’exclamant : « A 200 mètres de la Grand-Place, c’est l’Arabie saoudite ! »

Il visait j’imagine Molenbeek, commune de 100 000 habitants, à 1 500 m au sud-ouest, qui s’est fait connaître comme « centre international du djihadisme » et est aujourd’hui célèbre jusqu’en Chine pour ses jeunes musulmans radicalisés.

La radicalisation du déni

Si à la vérité, à côté de la Seine-Saint-Denis, Molenbeek a l’apparence d’un village de cocagne, son évolution vers le radicalisme a procédé du même déni politique et médiatique et de la même absence de véritable prise en charge que l’aveuglement français.

Comme en France, tout homme politique qui questionnait l’immigration et la radicalisation subissait l’intimidation médiatique ou l’accusation, directe ou indirecte, de racisme et d’islamophobie. C’est, en somme, le politiquement correct qui a tué Molenbeek et amené, de vagues en vagues, l’islamisme et le salafisme.

Récemment, le maire socialiste déchu (pour détournement de biens sociaux) de Bruxelles, Yvan Mayeur, a lâché à ceux qui réclamaient des mesures contre les imams radicaux : « A Bruxelles-Ville, toutes les mosquées sont salafistes. »

Il y a peu, le controversé secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, le nationaliste flamand Theo Francken (déguisé sur un photo-montage en officier de la Wehrmacht par les Jeunes écologistes pour sa politique droitière et qui, selon le président de la Ligue des Droits de l’homme mènerait de véritables « rafles » contre les migrants), a décidé d’introduire un recours au Conseil d’Etat pour obtenir le non-renouvellement du permis de séjour de l’imam de la grande mosquée de Bruxelles. L’imam en question s’estime à mille lieues du radicalisme. Cette joute démontre l’immensité de la tâche d’éradication du salafisme à Bruxelles alors que certaines mosquées sont financées par des pétromonarchies.

A la suite des attentats de Zaventem et de la station de métro Maelbeek, gouvernement, services de police fédéraux et régionaux et Sureté de l’Etat (sorte de DGSE) se sont promis de faire le tri dans les communes bruxelloises qui abritent des potentiels terroristes. La Belgique a, à un moment donné, concentré le plus haut taux européen de ressortissants partis en Syrie par habitant (environ 600 pour 11 millions).

Au vu de l’importance du vote ethnique, aucun homme politique d’envergure ne se risquerait davantage à poser les questions qui fâchent. Lors des récentes émeutes à la Bourse autour de la victoire de l’équipe de foot du Maroc (dont les contours sont mieux connus aujourd’hui : il s’agirait de « casseurs professionnels » qu’on retrouve chaque fois que cela chauffe), celui qui se pose comme le futur ministre-président de la région Bruxelloise, Didier Reynders, actuel ministre des Affaires étrangères (Mouvement réformateur – centre droit), s’est ainsi risqué à évoquer 20 ans d’impéritie de la part du pouvoir socialiste en place pour gérer la région. Mais sans jamais détailler le profil des émeutiers, au risque de perdre un bon tiers de ses électeurs aux prochaines élections régionales.

Au moment d’évoquer, lors d’une émission du mercredi soir à la RTBf (télévision publique), le lien possible entre ces émeutiers et l’immigration, notre Mathieu Bock-Côté national, le sénateur MR Alain Destexhe, a été invité par le présentateur à « revenir à la raison ». Débat impossible ? Interdit ? Rien ne dit que le lien est avéré mais comment peut-on proposer une approche sociologique à portée scientifique du phénomène des émeutes en s’interdisant, pour des raisons morales, d’étudier une des possibles variables explicatives ?

Pendant ce temps-là, Bruxelles se réinvente

A côté d’une intégration exemplaire, et pleine de promesses, pour la majorité des enfants d’immigrés, on peut parler, pour une minorité agissante, de « désintégration ».

Comme dans certaines cités françaises, il y a à Bruxelles des cafés où les femmes n’entrent pas et des quartiers où les pompiers se font caillasser. Une journaliste flamande a filmé, il y a quelques années, le harcèlement des rues dont sont victimes les femmes qui déambulent en jupe dans nos rues.

S’ajoute au désarroi des autorités politiques bruxelloises, la gestion d’une concentration importante de migrants syriens, afghans ou érythréens autour des quartiers du centre et du désormais célèbre Parc Maximilien. Des ONG s’y affèrent pour apporter réconfort et soins aux migrants.

Comparée à un « trou à rats » (« hellhole ») par le président américain Donald Trump, après les attentats islamistes à l’aéroport de Zaventem, Bruxelles ne broie pas que du noir. Une politique énergique de rénovation urbaine, consécutive à la destruction de la ville par les promoteurs immobiliers amoureux des autoroutes urbaines tracées pendant et après l’Exposition universelle de 1958, panse les plaies. Les chancres disparaissent petit à petit et des petits Saint-Germain des prés (la place du Châtelain très courue par les expat’ français) ont fait leur apparition.

La saleté, dénoncée encore une fois par Jean Quatremer, disparaît aussi peu à peu. La Grand-Place et les maisons de maître art-nouveau attirent les touristes.

Le kaléidoscope bruxellois, multiethnique sur fond de déchirement Wallons/Flamands, reste toutefois entièrement dépendant d’un électoralisme prononcé avec, en toile de fond, un manque patent de gouvernance globale et une obsession anti-automobiles qui étouffe progressivement la ville.

Après les échecs relatifs des listes « Islam » aux élections communales, d’autres travaillent à la création d’un parti musulman au-dessus de tout soupçon (?). Le controversé Dyab Abou Jahjah, activiste belgo-libanais (chiite par son père et chrétien par sa mère), un temps combattant du Hezbollah, mise sur le fait que les Bruxellois issus de l’immigration ne supportent plus… le clientélisme des partis traditionnels.

 

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