« De nouvelles libations à Cypris terminèrent cette seconde épreuve et l’on m’interrogea. Ô mon amie ! dis-je à Delbène qui me questionnait, j’avoue, puisqu’il faut que je réponde avec vérité, que le membre qui s’est introduit dans mon derrière, m’a causé des sensations infiniment plus vives et plus délicates que celui qui a parcouru mon devant. Je suis jeune, innocente, timide, peu faite aux plaisirs dont je viens d’être comblée, il serait possible que je me trompasse sur l’espèce et la nature de ces plaisirs en eux-mêmes, mais vous me demandez ce que j’ai senti, je le dis. »

A lire aussi: Balthus: une censure peut en cacher une autre

Mon père travaillait alors à l’Evêché — ainsi appelle-t-on ici l’office central de la police marseillaise. Il en avait profité pour mettre la main sur toute une série d’ouvrages alors interdits par la censure pudibonde de la Vème République commençante et saisis par la maréchaussée. C’est ainsi que vers 10 ans, ayant épuisé notre maigre bibliothèque de bas en haut, je tombai sur Histoire d’O et les tribulations de Justine puis de Juliette, les uns et les autres dans l’édition d’origine de Jean-Jacques Pauvert, régulièrement poursuivi dès qu’il imprimait et diffusait ces petits chefs d’œuvre.

Egon Schiele censuré

La petite citation ci-dessus est extraite de l’Histoire de Juliette — et quelques lignes plus loin, Delbène conclut une séance de fouterie particulièrement approfondie par ces mots ailés, comme dit Homère : « Vous m’avez fait mourir de volupté, asseyons-nous, et dissertons. »

Et je profitai de la philosophie sadienne comme j’avais profité de sa mise en application.
J’avais dix ans. Quelques années plus tard, mon prof de philo, l’immense Michel Gourinat, nous donna comme sujet, en khâgne, « l’immoralité ». Arguant que le problème que posait ce sujet était dans le –ité qui mettait en action cette anti-morale, j’alternai dans ma dissert’ scènes de cul et raisonnements philosophiques. Je décrochai ainsi la meilleure note, résultat peu couru d’avance avec un maître aussi exigeant : mais un maître qui ne l’est pas est-il encore un maître ?

« Désolé, âgées de 100 ans, toujours trop osées pour aujourd’hui »

Pourquoi pensais-je à cette minuscule anecdote ? Parce qu’Anastasie est de retour dans notre société jadis permissive, désormais pudibonde. Sauf que la censure jadis générée par les ligues de vertu l’est aujourd’hui par les ligues féministes et leurs émules. Jamais l’injonction de Tartuffe — « Cachez ce sein que je ne saurais voir » — n’a été si prégnante. Dernier épisode en date de ce retour des grands ciseaux, la réaction outrée des autorités allemandes et anglaises devant les affiches annonçant la grande rétrospective Egon Schiele (on va célébrer l’année prochaine le centenaire de la grippe espagnole qui l’emporta, à 28 ans — lui, sa femme et son enfant à naître, et Apollinaire en sus, et 100 millions de pékins d’après les estimations les plus récentes).

Censure bénie pour l’office du tourisme de Vienne, qui a immédiatement répliqué en fournissant des affiches à carré blanc qui expliquent que cent ans après, le grand artiste viennois est toujours aussi scandaleux.

Cela rejoint la censure méticuleuse exercée par Facebook. Un instituteur amateur d’art se bat depuis 2011 contre la société de Zuckerberg, qui…

>>>  Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli  <<<

 

Lire la suite