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Raphaël Enthoven: « Twitter se présente comme le porte-voix des ignorés des ‘médias officiels' »


Accro à Twitter, le philosophe devenu journaliste par hasard fait fi des invectives, procès d’intention et autres attaques en meute pour tâcher d’y philosopher. Quand la dialectique casse des briques. Entretien avec Raphaël Enthoven, le gentleman twitter.


Causeur. Critique féroce de Twitter, vous utilisez quotidiennement ce réseau social. Comment justifiez-vous cette contradiction ? 

Raphaël Enthoven. À raison de deux heures par jour, j’y passe un temps fou. Mais c’est du temps gagné. Twitter donne accès à l’ensemble des passions, des opinions, et surtout des préjugés en présence. L’anonymat libère l’insulte et offre à la loupe de l’éthologue des spécimens parfaits. L’enjeu de mon travail est de repérer la mauvaise foi et d’y remplacer l’invective par l’argumentation. Sur Twitter, je suis un poisson-pêcheur. J’en fais partie, tout en y prélevant ce qui m’intéresse. Et la chasse est toujours excellente. De ma fausse terrasse, j’observe, comme à l’opéra, des discours antagonistes produire des comportements identiques. C’est un régal pour les yeux et l’esprit. Twitter est un concentré d’agora.

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« Un concentré d’agora » ?! Vous énoncez là le malentendu consubstantiel aux réseaux sociaux : la confusion entre la foule et le peuple…

Cette confusion entre la plèbe et le peuple remonte au XIXe siècle, lorsque Marx disait du prolétariat qu’en raison de ses souffrances, il était fondé à incarner « l’humanité tout entière ». Or, Twitter se présente comme le médium de la plèbe, c’est-à-dire le porte-voix de ceux qui se vivent comme les exclus de la fête médiatique, les ignorés des « médias officiels ». En tweetant, je me suis confronté d’assez près à des opinions qui, à tort ou à raison, pensent d’elles-mêmes qu’elles n’ont pas droit de cité. En cela, il s’agit, aussi, d’un concentré d’agora.

Mon ennemi n’est que la foule. […] Pris singulièrement, chaque individu qui la compose est aussi intelligent qu’un homme peut l’être.

Certes, mais comment voulez-vous introduire de la nuance auprès d’ennemis de la nuance ?

Mon ennemie n’est que la foule. D’où la nuance est bannie, et où chacun abjure sa singularité au profit d’un slogan. Mais pris singulièrement, chaque individu qui compose la foule est aussi intelligent qu’un homme peut l’être. Or, en répondant posément à l’homme des slogans, on arrive parfois à produire le miracle d’un vrai débat, avec de vraies distinctions, des amalgames qu’on récuse et des échanges d’arguments. Mon amie Marylin Maeso (qui enseigne la philosophie) excelle à transformer des disputes en discussions. Son fil Twitter est une machinerie socratique d’où j’ai vu, parfois, des porcs ressortir en galants hommes, des gauchistes devenir hamoniens, et des gens de droite s’intéresser à Merleau-Ponty ! Une merveille…

Le plus souvent, les twittos tuent le débat. Vous fustigez d’ailleurs le « Parti unanime » de Twitter dont les membres ont en commun le refus du pluralisme…

Ce n’est pas le pluralisme qui gêne le « Parti unanime ». C’est la nuance. Le Parti unanime n’est pas le parti d’une opinion en particulier, mais c’est l’ensemble des gens dont l’unique mode de discussion consiste à disqualifier l’opinion qui leur déplaît. L’idée de « Parti unanime » (qui n’est, en fait, qu’un synonyme de ce que Tocqueville appelait « tyrannie de la majorité ») m’est venue le jour où, parce que j’attirais l’attention sur les risques du #balancetonporc, Julien Salingue – l’animateur de cette gentille Pravda égarée dans un monde pluraliste, qui s’appelle Acrimed – a essayé de démontrer, en falsifiant un article écrit en 2011, que j’étais moi-même « raciste et misogyne »… Le crachat était gluant, j’ai mis du temps à m’en nettoyer, mais je dois au morveux d’avoir, à cette occasion, formalisé une intuition précieuse. Car en fait, le Parti unanime est omniprésent. Pour y prendre sa carte, il suffit de discuter à coups de procès d’intention. Moi-même, il m’est arrivé d’y céder.

Cet autisme généralisé pose-t-il un problème démocratique ?

En tout cas, c’est un problème tout à fait spécifique à la démocratie, où chacun prise le débat, mais où, comme Deleuze le remarquait déjà dans Pourparlers, les « débats » ne sont que la juxtaposition péremptoire d’opinions qui se regardent en chiens de faïence, et dont l’enjeu est uniquement de savoir si on a bien disposé du même temps de parole que son ennemi.

Sur Twitter, jusqu’à récemment, une opinion devait tenir en 140 signes. Cette contrainte de forme réduit-elle la pensée ?

La règle des 140 signes était terrible. Elle condamnait à une orthographe lamentable, avec des mots abrégés, illisibles… C’était de l’écriture exclusive ! Un cauchemar. De ce point de vue, le récent passage à 280 signes est intéressant. 280 signes laissent la place au paradoxe. En 280 signes, on peut faire tenir une contradiction, c’est-à-dire obliger les gens à réfléchir.

Ce qui est sale, c’est de porter des gants.

Y êtes-vous récemment parvenu ?

Quand j’observe que les partisans du burkini ne défendent pas, malgré la liberté qu’ils invoquent, le port du string dans les rues de Riyad, il m’arrive de recevoir, au milieu des crachats, la main tendue d’un adversaire qui comprend que mon seul but est de (vraiment) discuter avec lui. Quand j’explique qu’on peut être musulman sans croire en Dieu (car l’islam est un monde, plus encore qu’une religion, et qu’il a, lui aussi, ses tartuffes), au milieu des anathèmes, j’entends des voix sincères qui s’efforcent de comprendre un raisonnement nouveau pour elles. Quand je fais valoir que #balancetonporc comporte aussi un risque de délation, c’est Sandra Muller en personne, à l’origine du mot-clef, qui (à rebours des unanimistes acharnés à démontrer ma rage de mâle blanc) fait valoir qu’on n’a jamais tort d’introduire une nuance dans le débat… Autant de victoires, inutiles mais réjouissantes.

Mais le contact de rageux dégradants est dégradant !

Ce qui est dégradant, c’est de refuser le contact. Ce qui est sale, c’est de porter des gants. En ce qui me concerne, j’y vais, loyalement, mais sans pitié. Je n’en retire aucune fierté. Les rageux ne m’impressionnent pas du tout. Twitter, pour moi, n’est pas une question de courage, mais une question de patience. En tout rageux sommeille un type intéressant. C’est à lui que je m’adresse.

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Il y a une chose que nous sommes en train de perdre à cause des réseaux sociaux, qui sont le royaume du premier degré, c’est l’humour. Peut-on rire au temps de Twitter ?

Twitter n’est pas l’ennemi de l’humour. On y trouve des choses hilarantes. L’ennemi de l’humour aujourd’hui n’est pas non plus l’Église, que des décennies de sarcasmes ont remise à sa place. L’ennemi de l’humour, à l’ère des revendications communautaires, ce sont ces nouveaux censeurs qui tiennent l’humour pour un outil de domination. « À qui profite l’humour ? » se demandent-ils. Et de répondre : aux dominants, qui brandissent la « liberté d’expression » pour écraser les « racisés ». Autrement dit : oui à l’humour, sous réserve de ne rire ni des Noirs, ni des Arabes, ni des gros, ni des nains, ni des femmes, ni des juifs, ni des pauvres, ni des laids, vous pouvez tout écrire (« sous l’inspection de deux ou trois censeurs », ajouterait Figaro).  Ces censeurs-là descendent en ligne directe des nationalistes avinés qui demandaient aux écrivains d’écrire, pendant la guerre, de grands romans patriotiques. L’un comme l’autre voudraient soumettre l’art (comme l’histoire, d’ailleurs) à l’idée qu’ils se font du Bien. S’ils étaient au pouvoir, il y aurait un art officiel.

Si les esprits obtus fleurissent sur Twitter, y avez-vous également rencontré beaucoup de zigs dans votre genre ?

Bien sûr. Si la plupart des gens combattent pour la victoire de leurs opinions, nous sommes quelques-uns, précis, motivés et parfois influents, à combattre pour le droit universel d’en avoir une. Même, et surtout, quand elle nous déplaît.


Réforme de l’école: encore un effort, monsieur Blanquer!


Comme l’a montré son passage dans « L’Emission politique », le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer est sur la bonne voie. Mais sa réforme de l’école néglige encore des aspects essentiels au redressement du Mammouth. 


Il a explosé les compteurs, d’un coup d’un seul. Invité de « L’Emission politique » de France 2, jeudi 15 février, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a fait 71% de satisfaits. Pari politique tenu : audience au top – meilleure que la voix de son maître – et score reçu avec plaisir et humilité. Le train des réformes est en marche. Il faut dire qu’avec le bonnet d’âne décerné par l’OCDE à la France, sans parler du classement Pisa qui place notre pays juste avant la Colombie, il est urgent que les choses changent dans l’Education nationale. Après avoir dit sa foi dans le Progrès et les Lumières, le ministre a abordé, sous l’angle du renouveau, les points clés de sa réforme : le nouveau bac, la place du professeur, le décrochage scolaire, la laïcité et l’égalité. Monsieur Blanquer n’est tombé dans aucune chausse-trappe d’une émission à haut risque.

Le professeur « remis au centre de l’école et de la société »

Les pavés n’ayant pas volé, rue Cujas, à l’annonce de « la » réforme, il roulait sur du velours. Le bac, la vache sacrée, on la garde, mais toilettée, et comment ! Avec la fin des filières, la mixité sociale, l’ouverture sur les grands enjeux du monde, c’est l’entrée du bac dans le XXIe siècle, et peut-être même au-delà, que nous vivons. Quatre matières, le grand oral, fini le bachotage (si tant est qu’il y en eût jamais). Face à deux lycéens policés, venus du privé et du public, auxquels on aurait donné le bac sans confession, le ministre a montré, sur des cartons, comme François Lenglet ses courbes graphiques, le bac d’hier et le bac de demain. Il a expliqué les matières et les options, les doublettes attractives. Nos deux candidats ont fait part de leurs inquiétudes mais ils furent, comme nous tous, rassurés : voir Blanquer, c’est réussir. Innovation de taille : la Terminale change de nom. Elle devient « la classe de maturation ». Sans rire ! D’ailleurs personne n’a ri. Cette classe, par le nom même, ouvrira sur l’Université. Pourquoi pas ? Le monument étant amené à disparaître un jour, pourquoi ne pas lui redonner une chance ?

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Quant au professeur, il doit être « remis au centre de l’école et de la société ». Mine de rien, c’est une révolution copernicienne car, jusque là, c’était l’élève au centre. Discrètement fut évoqué le problème de la rémunération par le biais du « pouvoir d’achat ». Il faut redonner « du pouvoir d’achat » au professeur. Le pouvoir d’achat « doit même avancer », fut-il dit. C’est dire la foi que l’on doit avoir dans le « progrès en marche ». Il est vrai qu’une prime sera accordée pour les enseignants des zones difficiles (avatars des ZEP). Il faut aussi, bien évidemment, lutter contre l’absentéisme, une plaie de notre système éducatif qui nous coûte la peau des fesses.

Serein comme Blanquer

Le moment de « la prise directe » permit d’aborder deux sujets sociétaux : la laïcité et l’égalité. On marchait sur des œufs. Il n’y a pas eu d’omelette. Annonce fut faite de la création d’ « unités laïcité » dont les maîtres mots furent prévention et non répression – avec désensibilisation pour certaines élèves, allergiques au chlore de la piscine. Pas de ghettoïsation mais une thérapie persuasive. Autre réforme concernant un sujet sensible qui s’inscrit dans notre modernité : l’égalité entre filles et garçons. Un tableau de petites filles, confinées dans des coins, et des garçons ailleurs, brossé par une dame souriante qui avait l’air d’en connaître un brin des stéréotypes, nous a amenés à cette conclusion qu’il fallait veiller à garder les couleurs arc-en-ciel de la France. Furent d’ailleurs annoncées pour bientôt des « assises de la Maternelle. » Après des Etats généraux de la bioéthique… Le décrochage scolaire, lui, peut être traité efficacement par le sport : là encore, un petit film tourné par une association « Blanc bleu zèbre » nous a convaincus de la thérapie par le sport. Du sport, toujours plus de sport.

On le voit : tout fut envisagé sereinement : c’est cela, la méthode Blanquer.

L’insoumis, c’était lui

La pochette surprise fut Jack Lang. Venu en voisin, il ramena au réel un propos ministériel un peu managérial. Tout en saluant le maintien du bac, le rétablissement des classes bilangues et des langues anciennes, il pointa finement la réforme du temps de travail des petits salariés… je veux dire des petits écoliers (4 jours d’école, ce n’était pas bon même si cela coûte moins cher à l’Etat). Restait à trouver le filon manquant de ces « réformes » : la culture. Nos deux juristes de haut vol tombèrent d’accord : il faut plus de culture, de lecture, de théâtre, de musique, laquelle, on le sait, adoucit les mœurs. Une rentrée en musique serait donc bienvenue dans nos établissements. Pas forcément sur un air de Johnny, mais pourquoi pas une petite ouverture à la Lully comme aux interclasses du lycée Louis le Grand ? Aussitôt pensé que dit : cette option chorale est déjà prévue ! Avec une cheffe de chœur. On voit quel film inspire nos élites. Notons enfin la trouvaille finale du réticule à portable pour la chasse aux portables. Il fallait l’inventer : c’est chose faite !

Saluons, dans cette émission, le formatage olympien. C’était lissé et paisible, objectif et apaisant. Pas un mot de trop. Notre ministre n’est tombé ni dans la provocation d’un insoumis de service, à propos de la cantine gratuite pour tous, ni dans aucun piège de questions savonneuses : migrants et intellectuels (avec le poil à gratter que l’on connaît). Certes, on ne reproche pas le ton apaisé du bon élève mais on peut regretter l’art de l’esquive. On ne se cache pas l’énormité de la tâche de notre ministre.

Mais, sans mettre le feu aux poudres, cette émission était une occasion d’adresser quelques paroles énergiques et performatives. Alors, « laissez-moi vous dire », Monsieur le ministre. Le problème prioritaire de l’Education nationale est l’enseignement du français. Est-il raisonnable de ne plus enseigner une grammaire simple et efficace, tous les modes et tous les temps de notre langue si riche, privant ainsi les enfants d’un accès égal à la pensée et à l’expression ? Où sera-t-elle l’égalité des chances dans un monde complexe qui demande qu’on le comprenne pour pouvoir répondre à ses défis, selon les mots consacrés ? Ne faut-il pas mettre fin, avec une main de fer dans un gant de velours, à un pédagogisme mortifère qui règne depuis deux décennies dans la formation des maîtres ? Oui, Monsieur le ministre, disons-le et répétons à toutes et à tous, toujours et encore : « si un homme, ça s’empêche », pour reprendre Camus abondamment cité, une langue, ça s’apprend, avec des méthodes éprouvées. Car enfin, ce n’est pas avec « un référentiel bondissant » et en ignorant le passé simple que notre président est arrivé dans la cour des grands.

C’est le français qu’on assassine encore !

Le nouveau bac doit ouvrir la voie de l’Université ? Nous en acceptons tous l’augure. En attendant, voilà ce qu’écrivait, dans un article du Figaro, Louis Chavanette, docteur en histoire, professeur en première année de droit à Créteil. Tout en saluant l’investissement remarquable de beaucoup d’étudiants, il constate : « l’immense majorité ne dispose pas de la maîtrise des règles d’orthographe élémentaire ni du bagage de culture générale pour espérer obtenir une licence. » Ce professeur connaît un dilemme car il ne peut venir en aide à ceux qui sont en difficulté sans pénaliser les autres en droit d’avoir un enseignement du niveau d’Assas ou de la Sorbonne. C’est de culture générale que manquent ces étudiants, une culture générale qu’ils acquièrent au lycée… « Cette culture classique et une langue française fluide sont le fruit d’un apprentissage qui commence dès l’enfance », écrit-il encore.

A lire aussi: Réforme du bac: retour vers le futur !

L’école républicaine demeure bien l’école de la méritocratie pour tous. Mais personne ne peut réussir sans la maîtrise de la langue française apprise à l’école, avec rigueur et amour, et sans culture générale. Elle est là, l’égalité des chances : redisons-le. La tâche est rude, on en a tous conscience. Oui, monsieur Blanquer, votre grand oral, vous l’avez réussi. Maintenant, reste à répondre au souhait ardent de beaucoup de Français: soyez notre Jules Ferry !

C'est le français qu'on assassine

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Une Caroline de Haas « sur deux ou trois » dit n’importe quoi

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Impliquée dans l’affaire Darmanin, la néo-féministe Caroline de Haas a le vent en poupe. Pour mener sa guerre des sexes, elle n’hésite pas à cracher sur la justice et l’Etat ou à affirmer « qu’un homme sur deux ou trois est un agresseur ».


L’affaire Weinstein, qui au départ ne concernait que le très particulier milieu d’Hollywood dans ses liens avec le Parti démocrate américain, a débouché sur une déflagration qui secoue le monde anglo-saxon et l’Europe de l’Ouest. Ce qui fut présenté comme une « libération de la parole des femmes », confrontées à une violence masculine massive, a immédiatement embrayé sur une véritable « guerre des sexes » faisant voler en éclats non seulement la décence ordinaire mais mettant aussi dangereusement en cause des règles et des principes qui régulent une société démocratique et peuvent être très justement considérés comme des acquis de civilisation.

Pour Caroline de Haas, l’Etat est « complice de crimes de masse »

Tous ceux qui ont émis des réserves lors du lancement des campagnes #BalanceTonPorc et #MeToo ont été prestement disqualifiés, moqués, insultés. Et pourtant, comme la nuée l’orage, ces campagnes portaient en elles les catastrophes culturelles, sociales et liberticides auxquelles nous sommes confrontés. Cela va de la mutilation des œuvres artistiques à la façon des talibans, aux délires suédois qui font de l’acte sexuel un viol par définition jusqu’à la preuve « d’un consentement explicite ». En passant par les demandes gravissimes de responsables d’institutions publiques de renversement de la charge de la preuve en matière pénale. Comme Jacques Toubon, « défenseur des droits » demandant instamment que l’on viole ce qu’il est chargé de défendre ! Et l’utilisation de fantasmagories de charlatans, comme dans l’affaire Flavie Flament, pour justifier l’abandon de principes pénaux séculaires.

A lire aussi: Affaire Darmanin: c’est la justice qu’on viole

Comment s’étonner alors, lorsque la simple raison a déserté le champ du débat, que des gens comme Caroline de Haas ou d’autres militantes du néo-féminisme prédateur et violent se livrent à des débordements ahurissants. La cofondatrice d’Osez le féminisme a organisé avec l’affaire Darmanin une manipulation détestable, méritant peut-être que le parquet examine de plus près quel a été son rôle dans le dépôt de la plainte, désormais classée sans suite. Probablement inquiète pour la prospérité de son petit business, elle n’hésite pas, par ailleurs, à accuser l’État d’être « le complice de ces crimes de masses que sont les viols ». Comme d’habitude en assénant des statistiques fantaisistes selon lesquelles une femme sur deux aurait été agressée sexuellement, et un homme « sur deux ou trois » serait un prédateur sexuel !

Ce sont ses sœurs de lutte qui, déchaînées par l’organisation d’un colloque plutôt favorable sur le phénomène #BalanceTonPorc à l’EHESS, appellent à empêcher sa tenue, y compris par la force – tout autre parole que la leur étant inacceptable – et, nervis excités, elles envahissent l’amphithéâtre pour s’y livrer à la violence et l’intimidation.

Marlène Schiappa met un pied dans le plat

Les inconséquences de Marlène Schiappa n’aident pas. Dans l’affaire Daval, elle est intervenue de façon tout à fait intempestive, en violation du principe de la séparation des pouvoirs, pour donner son avis sur la conduite d’un dossier judiciaire. Mais le plus grave n’a pas été relevé. La secrétaire d’Etat a contesté, dans leur principe, les moyens de défense développés par les avocats du mis en examen. C’est-à-dire qu’elle considérait comme intolérable la liberté du choix de leurs arguments. Elle s’indignait du fait que des considérations sur la personnalité de la victime aient été avancées par la défense, ce qui reviendrait, selon elle, à « légitimer les féminicides ».

Quelle est cette folie ? En oubliant opportunément les incroyables mensonges du lobby féministe dans l’affaire Sauvage, pour excuser un meurtre en faisant de son auteur une victime, madame Schiappa veut-elle que l’on abandonne un des principes intangibles du droit pénal ? Ce principe, c’est celui de la personnalité des crimes et des peines : l’on juge des faits particuliers et des hommes (ou des femmes) particuliers. Il est du devoir du juge d’examiner tout ce qui lui est soumis, et notamment les circonstances dans lesquelles un drame a pu se dérouler, celles du passage à l’acte. Interdit de se défendre, interdit d’expliquer, et par conséquent interdit de comprendre ? Eh bien désolée, madame la secrétaire d’Etat, si on peut lyncher, dans ce cas il est impossible de juger.

La délation appelle la délation

Ces exemples le démontrent : l’entreprise de délation générale et particulière initiée par #BalanceTonPorc ne pouvait déboucher que sur cette catastrophe. J’ai beaucoup entendu, au début de la campagne, qu’il y avait peu de noms jetés en pâture et que la dénonciation serait pédagogique par son caractère général. Cela n’est pas sérieux. Dès lors que l’on fait de la délation un instrument d’ingénierie sociale, comment imaginer que l’on va se contenter de dire « moi aussi » sans aller plus loin ? Dans un tel mouvement collectif, avec ses effets d’entraînement, d’émulation et de surenchère, il faut désigner les coupables. D’abord un groupe, les hommes et leur patriarcat, puis des individus. Cela se passe toujours ainsi. Devenant un acte social valorisé, la délation appelle la délation. Sait-on que le plus grand nombre de lettres de dénonciation envoyées à la Gestapo pendant la dernière Guerre mondiale, l’a été pendant la dernière année d’occupation alors que la défaite de l’axe était inéluctable ?

Le grand déballage, ensuite, ne pourra générer que de la frustration. Les méchants sont désignés et, par conséquent, il faut les punir. L’envie de pénal qui traverse nos sociétés, nous confronte pourtant sur les questions de sexe à une énorme contradiction. La justice pénale obéit à des objectifs et des règles qui font que l’appréhension d’une partie de ce qui relève de la « délinquance sexuelle » est extrêmement difficile. Dans ce domaine, il faut d’abord rappeler que prétendre que les viols ne sont pas sanctionnés par la justice est une baliverne. Désormais, grâce aux progrès de la police scientifique, les principales infractions peuvent être établies et sanctionnées, et ce en respectant les règles du débat contradictoire. Il faut savoir aussi que les crimes de viol occupent actuellement la moitié des sessions d’assises dans notre pays, et font l’objet d’une répression sévère.

Le gloubi-boulga néo-féministe ne rend ni service ni justice

En revanche, ce dont on nous parle aujourd’hui, avec d’ailleurs des degrés de gravité variables, ce sont les zones grises, celles « du parole contre parole », de la subjectivité, de la culture et de ses évolutions. Et ce sont ces situations particulières que le néo-féminisme veut à tout prix criminaliser, en amalgamant harcèlement et agression sexuels avec le crime de viol. L’abandon des échelles de gravité, pourtant prévues par le code pénal, permettant toutes les manipulations. Il faut donc être clair, on ne peut pas s’en remettre uniquement et de cette façon à la justice pour traiter ce qui relève d’autres modes de régulation sociale. Essentiellement pour deux raisons :

– Donner à la justice l’objectif d’assouvir la haine des hommes et la volonté de pouvoir du néo-féminisme, est une impasse démocratique car cela ne peut se faire que par l’abandon des principes fondamentaux des libertés civiles. Les magistrats sont là pour veiller au contraire à leur respect, les accuser pour cela de « complicité avec des crimes de masse » est simplement une ignominie.

– Ceux qui sont victimes d’accusations infondées sont particulièrement désarmés. Ils sont d’abord soumis à des lynchages médiatiques terriblement violents, dont aucune procédure judiciaire efficace ne peut préserver. L’action en « dénonciation calomnieuse » à l’encontre des accusateurs est simplement un leurre. Quant aux interminables procédures de diffamation, elles ne débouchent, au mieux, que sur des réparations symboliques, et ne peuvent en aucun cas être dissuasives. Pierre Joxe et Gérald Darmanin vont en faire l’expérience. David Hamilton ne pourra pas, âgé de 83 ans et poussé au désespoir, il a préféré se suicider.

Game of thrones

Mon amie Marcela Iacub a identifié une partie du problème : « Ils (les néo-féministes) pensent que les femmes sont des êtres différents et que leur émancipation passe avant tout par des sanctions pénales et civiles appliquées contre les hommes. Pour eux, il n’y a pas d’autre horizon politique que la violence institutionnelle ».

L’enjeu n’est pas l’émancipation Marcela mais, comme d’habitude, le combat pour le pouvoir, et ce qui l’accompagne. Avec des méthodes dont on sait très bien sur quoi elles peuvent déboucher…

Les Rien-pensants

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Bataille d’Afrin: les Kurdes valsent avec Bachar

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Les grands regroupements géopolitiques qui s’esquissent en Orient sont instables ainsi qu’on le découvre depuis 24 heures en Syrie.

Arabie Saoudite-Israël-Etats-Unis vs. Iran-Turquie-Russie

En simplifiant à l’extrême, un bloc d’intérêts communs Arabie Saoudite-Israël-Etats-Unis s’est constitué face à un autre bloc aux intérêts nationaux et géopolitiques convergents, opposé au précédent : Iran-Turquie-Russie. Les critères de ces regroupements sont infiniment compliqués, et sur le champ de bataille syro-irakien, sont appelés à se renverser rapidement, de façon parfois en apparence illogique. Il est néanmoins aisé de voir que le régime syrien lutte pour sa survie avec l’aide décisive de la Russie, que l’Iran aide tout ce qui est chiite et anti-américain, et que la Turquie rejette tout ce qui ressemble de près ou de loin à une admission du fait kurde. L’armée turque, appuyée par des rebelles syriens (souvent des ex-djihadistes), mène depuis un mois une offensive terrestre et aérienne au nord de la Syrie pour en chasser les Unités de protection du peuple (YPG), milice considérée comme « terroriste » par Ankara mais alliée des Etats-Unis et équipée par eux dans la lutte contre le groupe Etat islamique en Syrie.

Les Kurdes syriens s’allient à Assad…

Or, les Kurdes du nord de la Syrie, en grand péril, ont passé un accord avec le gouvernement d’Assad, ce qui surprendra les imprudents commentateurs qui, il y a encore 24 heures, affirmaient mordicus qu’Assad voyait d’un bon œil l’invasion militaire turque sur son sol contre les autonomistes kurdes.

A lire aussi: A Davos, Trump met fin au multilatéralisme absolu

Le régime de Damas et les partis kurdes viennent d’affirmer hier que cet accord, conclu le 17 février, prévoit le déploiement d’unités de l’armée syrienne dans la région d’Afrin pour faire face à l’offensive turque. Un responsable kurde (Cheikho Bilo) a affirmé hier que l’armée syrienne pourrait se déployer à Afrin (menacée par l’avancée turque) à partir de ce lundi 19 février. Cette négociation qui s’est déroulée avec la participation de la Russie devrait différer les questions portant sur la gestion de l’enclave d’Afrin, actuellement dirigée par une administration autonome kurde, et sur le retour de l’administration centrale syrienne.

…avec l’accord des Etats-Unis ?

Citée par Reuters, l’agence officielle syrienne Sana indique que : « Les forces populaires vont arriver à Afrine dans les prochaines heures pour soutenir ses habitants contre l’attaque du régime turc », et vont « se joindre à la résistance contre l’agression turque », afin de« défendre l’unité territoriale et la souveraineté de la Syrie ». Mais on n’imagine pas que cela ait pu se faire sans l’assentiment au moins implicite des Etats-Unis dont l’implication au sol a été et demeure forte auprès des milices kurdes, décisives dans la lutte contre Daech.

Les Russes font indirectement savoir à Recep Tayyip Erdogan qu’il doit arrêter sa guerre d’annexion… car on ne pense pas une seconde que Damas ait agi sans l’aval des Russes.

La Turquie, ennemi intérieur de l’Otan

Erdogan, qui a abattu des aéronefs russes et menace explicitement les conseillers militaires américains, va se retrouver seul dans son aventure. Et sa position dans l’OTAN devient désormais un problème, ce qui soulève de surcroît la question de la nécessité de maintenir l’OTAN dans sa conception actuelle.

A lire aussi: Israël-Iran: la guerre promise peut avoir lieu

Dans ce contexte, il serait temps que la guerre des services américains (FBI, CIA, NSA) cesse et que les Démocrates laissent sa chance à l’administration Trump. Les Russes ont pris une position dominante en Orient mais les Etats-Unis ne seront pas de trop pour trouver les compromis vers une paix durable. Quant à la France, elle a oublié sa propre histoire, et notamment les belles pages du Levant français…

Le peuple kurde, clé de voûte du Moyen-Orient

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Théorie générale de la nation: L'architecture du monde

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Israël-Iran: la guerre promise peut avoir lieu

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Entre Israël et l’Iran, les tensions n’ont jamais été aussi vives. Hier, 18 février, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a notamment profité de la Conférence sur la sécurité de Munich pour interpeller le ministre iranien des Affaires étrangères. Si les Etats-Unis semblent prendre la mesure de la situation, l’Union européenne est davantage préoccupée par la sauvegarde de l’accord nucléaire.


Après des années de tensions, jamais Israël et l’Iran n’ont été si proches d’une confrontation directe. Le régime iranien constitue désormais la principale menace pour Israël, avec lequel il n’a pourtant pas de frontières, mais dont il a juré la destruction. Outre la perspective que les ayatollahs se dotent un jour de l’arme nucléaire, des missiles balistiques classiques peuvent peut-être déjà atteindre l’Etat hébreu. La quasi-victoire de Bachar el-Assad donne la possibilité à ses alliés du Hezbollah et aux milices chiites, sous tutelle iranienne, de se concentrer sur l’ennemi de toujours, le « serpent » israélien. Sur le versant syrien du Golan, une confrontation directe n’est pas exclue. Pour la première fois dans l’histoire tumultueuse d’Israël, un pays hostile a non seulement l’intention affichée de le détruire, mais est en train d’en acquérir la capacité.

L’hiver vient ?

Récemment, j’étais dans le nord d’Israël à la frontière libanaise. Sur place, la géographie permet de mieux comprendre les craintes de l’Etat juif. Sur la route qui longe en partie la frontière, on peut encore voir les fortins de la ligne Sykes Picot qui détermine toujours aujourd’hui la limite entre Israël et le Liban. Le contraste est grand entre les deux pays. Côté israélien, l’habitat est clairsemé, la région a été boisée et une agriculture intensive est pratiquée par endroits. Le côté libanais est beaucoup plus peuplé et dépourvu de végétation. Ce sont des maisons et de petits immeubles qui s’étendent à perte de vue, un peu partout, sans aucun plan d’aménagement. Nombre de ces édifices, dont certains sont tout proches de la zone de séparation, semblent inhabités ou en construction. Selon l’armée israélienne, beaucoup abriteraient des armes, des lance-roquettes et des missiles. Du petit kibboutz de Misgav Am situé en hauteur, on voit flotter en face au moins trois drapeaux du Hezbollah, le parti d’Allah. Des soldats observent à la jumelle et au téléobjectif le côté libanais. Un grand camp des Nations-unies, les « UN, United Nothing » comme les appelle notre guide, est aussi tout proche. Cette frontière est calme depuis 2006, mais tous nos interlocuteurs craignent un conflit cette année auquel ils se préparent.

De ce kibboutz, on voit très bien en contrebas à l’est la plaine fertile de Hula, irriguée par le Jourdain et, juste au-dessus, la dominant, les montagnes du Golan. La frontière de 1967 se situe au pied du massif montagneux. On comprend mieux pourquoi Israël a voulu occuper, puis annexer une partie du Golan. Occupée par un ennemi, ces montagnes constitueraient une menace mortelle pour les habitants de la plaine, impossible à défendre face à un Etat belliqueux. Et Israël ne saurait tolérer la présence de milices chiites armées par l’Iran sur le plateau du Golan côté syrien.

Situé à six kilomètres de la frontière, l’hôpital de Galilée se prépare aussi à la guerre. Un étage souterrain a été construit capable d’accueillir plusieurs centaines de patients. D’énormes filtres à air, censés pouvoir résister à une attaque chimique ou bactériologique y ont été installés. Des blessés syriens du conflit, de jeunes hommes barbus au style islamiste, qui se présentent comme des civils, sont soignés gratuitement par Israël à la fois pour des raisons humanitaires, d’image et d’entraînement : ces blessés permettent aux chirurgiens israéliens de garder la main. En 2006, lors de la guerre du Liban, cet hôpital a soigné des milliers de civils et de militaires.

L’Union européenne est dépassée

Contrairement aux Etats-Unis et à l’Arabie saoudite, l’Union européenne, obnubilée par la survie de l’accord sur le nucléaire, ne semble pas prendre la mesure de l’expansionnisme iranien qui se manifeste au nord par la reconstitution d’un croissant chiite continu de l’Iran au Liban et, au sud, par la déstabilisation du Bahreïn, du Yémen et le financement du Hamas. Dans le contexte régional, Israël et l’Arabie saoudite sont devenus de fait des alliés inavouables partageant quasiment les mêmes intérêts stratégiques en Syrie, au Liban, et en Egypte. Après des années consacrées à la guerre civile, la victoire de Bachar el-Assad et de ses alliés iraniens leur permette à nouveau de tourner leur attention vers le petit Satan israélien, l’ennemi héréditaire. Vladimir Poutine, allié à l’Iran contre les rebelles syriens, auquel Assad doit sa victoire, mais qui entretient de bonnes relations avec Benjamin Netanyahu pourrait jouer les médiateurs et marquer de nouveaux points sur la scène internationale.

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Les conflits impliquant Israël durent depuis tellement longtemps que l’Union européenne a tendance à penser que la sécurité du pays, qui bénéficie toujours d’une écrasante supériorité militaire, est garantie. Il n’en est rien. De Gaza et du Liban, le Hamas et le Hezbollah peuvent d’une heure à l’autre déclencher une pluie de missiles sur Israël, obligeant ce dernier à une forte riposte, des centaines de milliers de civils à se terrer dans des caves et déclenchant une grave crise internationale. Dans ces conditions, Israël ne peut tolérer que l’Iran, qui livre déjà des milliers de missiles au Hezbollah, construise une usine pour les fabriquer au Liban ou en Syrie, comme l’affirment les services de renseignements israéliens et, surtout, que l’ex-Perse soit capable d’ouvrir un troisième front à partir de la Syrie.

L’Europe doit cesser d’aborder l’Iran sous le seul prisme du maintien de l’accord nucléaire, que Trump menace d’ailleurs de ne plus respecter. Israël n’a jamais caché son hostilité à cet accord qui ne prévoit pas de moratoire sur les essais de missiles balistiques. D’un point de vue économique, l’Iran n’en a pas non plus reçu les bénéfices escomptés, les grandes firmes européennes restant soumises au risque de représailles américaines, les Etats-Unis maintenant des sanctions unilatérales. C’est particulièrement vrai dans le domaine bancaire. Il y a donc une marge de négociations pour un nouvel accord qui prendrait bien davantage en compte la sécurité d’Israël.

L’Iran, un acteur normal des relations internationales ?

« Modérés » ou « conservateurs », seule la rhétorique change dans la politique iranienne vis-à-vis de Jérusalem. Damas, Sanaa et Beyrouth sont déjà sous la coupe de Téhéran. L’expansionnisme perse est une réalité que le président Macron et l’Union européenne doivent reconnaître. Depuis quand un Etat qui appelle ouvertement à la disparition d’un autre et qui s’y prépare est-il traité comme un acteur normal des relations internationales ? Depuis les printemps arabes et la création de l’Etat islamique, pas un pays n’a été épargné par des changements majeurs. Une nouvelle recomposition politique est en cours dans la région. Et l’Orient n’a jamais été aussi compliqué.


CORÉE DU NORD: Voyage en dynastie

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Non, LCP n’a pas cherché à protéger Frédéric Haziza

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Je n’aime pas du tout Frédéric Haziza. Piètre journaliste, n’hésitant pas à adopter le registre de faussaire sur les réseaux, militant communautaire et soutien indéfectible de l’extrême droite israélienne. Mais je considère que l’épisode qui lui a valu d’être cloué au pilori de #BalanceTonPorc concerne d’abord et avant tout la victime de ses agissements et son employeur. Cela ne me regarde pas, même si je comprends que, pendant la guerre des sexes, le fait qu’il soit un grossier personnage ait pu apparaître comme une information utile. Je prends ces précautions initiales pour ne pas courir le risque en émettant une analyse juridique à contre-courant, d’être qualifié d’avocat sioniste bien connu participant au complot juif mondial.

Réseaux sociaux à gogos

Frédéric Haziza a donc grossièrement manqué de respect à une autre journaliste de La Chaîne parlementaire (LCP), Astrid de Villaines. Pour ces faits, il a fait l’objet d’une procédure disciplinaire de la part de son employeur, à la suite de laquelle il a écopé d’une sanction prévoyant une mise à pied. Sa peine effectuée, il a repris des responsabilités dans l’entreprise qui l’emploie. Naturellement, son retour fut salué par des cris d’orfraie. Comment osait-on ne pas finir la mise à mort sociale, déjà largement entamée avec son lynchage médiatique, en ne privant pas un tel criminel de son emploi ?

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Quelques semaines plus tard, nous apprenons qu’Astrid de Villaines avait décidé de quitter La Chaîne parlementaire. Son départ a été immédiatement présenté comme une réaction à la « réintégration » de son harceleur. On imagine sans peine la clameur qui a suivi cette nouvelle, présentée comme le choix par la direction de la chaîne de favoriser un criminel coupable et de mépriser sa victime. En vrac : « Comment osez-vous ! La peur doit changer de camp ! Sexisme en action ! Dictature masculiniste ! Honte à vous! », pour ne parler que des commentaires les plus civilisés.

Le droit a ses raisons…

Marie-Eve Malouines, la directrice de la chaîne, journaliste elle aussi, a pensé alors qu’il valait mieux compléter l’information et dire exactement comment s’était organisé le départ de sa consœur. Malheureuse ! La vérité ? Mais on s’en fiche, ce qui compte c’est la posture et la clameur. Marie-Eve est immédiatement passée au tourniquet et son intervention vilipendée. Mais que nous disait-elle Madame Malouines ?

Si l’on comprend bien, Astrid de Villaines, quelle qu’en soit la véritable raison a décidé de quitter LCP au début du mois de mars pour un autre média. Elle a souhaité que son employeur utilise la procédure de rupture conventionnelle, qui n’est pas un licenciement mais permet quand même de percevoir une indemnité négociée entre les parties. La chaîne a refusé, Madame de Villaines utilisant alors la démission pour rejoindre son nouvel employeur.

Un petit passage à la moulinette du droit pour récupérer son sang-froid ? Lors du grand déballage enclenché par l’opération #BalanceTonPorc, Frédéric Haziza a été mis en cause. Il s’est mal comporté dans l’exercice de ses responsabilités au sein de LCP, vis-à-vis d’une de ses consœurs appartenant également à la chaîne. Il a reconnu les faits et s’en est excusé. Il a cependant fait l’objet d’une procédure disciplinaire de la part de son employeur dans le respect des règles du code du travail. Ces procédures sont effectivement normées, contradictoires dès lors qu’elles aboutissent à une sanction, ce qui a été le cas. Comme dans toute procédure punitive, ladite sanction doit être proportionnée aux faits reprochés. Sous le contrôle du juge si nécessaire. Frédéric Haziza a donc fait l’objet d’une « mise à pied », c’est-à-dire qu’il a été renvoyé à la maison pour une période déterminée. Lorsque celle-ci a été échue, fort normalement il a repris son boulot. Présenter cette reprise comme une décision de « réintégration » prise souverainement, voire arbitrairement, par la chaîne à ce moment-là, est simplement mensonger. Elle n’est que la conséquence mécanique de la sanction prononcée plusieurs semaines auparavant.

…que la Morale ignore

Ensuite, et quelles qu’en soient les raisons, même si c’est pour éviter de croiser son harceleur, Astrid de Villaines a décidé d’aller voir ailleurs. C’est sa liberté. Comme c’est sa liberté également de tenter de négocier avec son employeur une indemnité conventionnelle. Pour tout dire, je pense que, pour ses intérêts matériels, elle avait raison, et que sa tentative ne saurait être qualifiée de cupide ou d’intéressée. Même s’il s’est trouvé quelques mesquins pour lui reprocher d’avoir voulu battre monnaie avec son histoire.

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En revanche, LCP était beaucoup moins libre de son choix. Fonctionnant sur fonds publics, la chaîne est tenue de rendre compte de leur usage. L’indemnité conventionnelle, alors que Madame de Villaines avait d’ores et déjà retrouvé un emploi, pouvait être difficile à justifier. Je connais des décideurs publics dans la même situation qui ont eu les pires ennuis et se sont retrouvés poursuivis pour « détournement de fonds publics », ce qui leur a parfois coûté très cher. Consulté, j’en aurais moi-même déconseillé l’usage.

Ce qui est intéressant dans cette affaire, c’est que la meute se saisit de chaque acte, de chaque fait, de chaque événement ou non-événement pour y chercher et y débusquer l’ignominie sexiste, et la preuve du patriarcat oppressif en action. Alors même qu’un petit examen juridique du déroulement des choses permet de comprendre rationnellement les positions des uns et des autres sans faire des procès d’intention parfois infects. N’est-ce pas Marie-Eve Malouines ?

En revanche, je confirme que l’analyse juridique ne permet pas de faire passer Frédéric Haziza pour un gentleman.

Alain Finkielkraut commente la polémique autour de Mennel, la candidate de The Voice

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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Conservateurs, oubliez Robespierre !


Si le Dictionnaire du conservatisme que publient les éditions du Cerf réhabilite avec brio un courant de pensée souvent diabolisé, on regrettera certains partis pris contre-révolutionnaires. Car tout n’est pas à jeter dans 1789, même pour un esprit conservateur.


La publication d’un volumineux Dictionnaire du conservatisme vient à son heure dans un pays qui a élu un jeune président qui entend remodeler la vie politique autour d’un nouveau clivage entre « conservatisme » et « progressisme » et paraît suffisamment libéral pour ne guère laisser à la droite d’opposition d’autre choix que celui d’assumer une identité « conservatrice ». Dans la plupart des démocraties, la politique s’organise naturellement autour de trois courants majeurs, le conservatisme, le libéralisme et le radicalisme (éventuellement socialiste). En France, la majeure partie de la gauche refuse avec indignation d’être dite libérale, et la droite ne veut surtout pas paraître « conservatrice ».

Le conservatisme fait sa révolution

Les responsables du Dictionnaire prennent acte d’un changement en cours, qui s’est manifesté depuis deux ans par quelques publications significatives[tooltips content= »Voir par exemple Laetitia Strauch-Bonart, Vous avez dit conservateur ?, Éditions du Cerf, 2016, et Jean-Philippe Vincent, Qu’est-ce que le conservatisme ? Histoire intellectuelle d’une idée politique, Les Belles Lettres, 2016. »]1[/tooltips] et qui, surtout, semble travailler en profondeur la partie la plus politisée de la droite, depuis les manifestations de la Manif pour tous jusqu’au large succès de François Fillon à la primaire de la droite et du centre. Ils n’ignorent pas que le conservatisme a eu en France une histoire difficile, mais ils font le pari qu’il a des racines profondes dans la société et dans la politique françaises, et ils saluent avec bonheur sa légitimation en cours dans une partie du monde intellectuel.

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Le projet est donc légitime, et il est naturel que, s’agissant d’un courant qui varie sans cesse selon ce qu’il s’agit de « conserver », il conduise à rassembler sous l’étiquette « conservateur » des politiques et des pensées très diverses et souvent opposées, et à les faire présenter par des auteurs qui ne sont pas tous conservateurs de la même manière. On ne se plaindra pas de ce pluralisme, qui permet de proposer quelques points de vue originaux tout en présentant l’essentiel de ce qu’on est en droit d’attendre dans un Dictionnaire du conservatisme, c’est-à-dire les grands auteurs (Burke, Kirk, MacIntyre, Oakeshott) et les grands thèmes (la tradition, la communauté, la critique de l’Utopie ou de l’individualisme), sans oublier quelques figures politiques majeures (Disraeli, Churchill, Reagan, Thatcher et, pour la France, de Gaulle). Il reste néanmoins que, au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture de l’ouvrage, on éprouve une certaine perplexité, qui vient du sentiment que celui-ci hésite entre une définition sans doute trop large du conservatisme (« des conservateurs apparaissent dès lors qu’ont lieu des transformations significatives », ce qui fait que Démosthène est conservateur contre Philippe, ou Julien l’Apostat contre les chrétiens, ou les vieux dirigeants soviétiques face à la perestroïka) et une approche très française, qui appelle « conservatisme » tout ce qui réagit à et contre la Révolution française.

Un conservatisme ? Des conservateurs !

Les maîtres d’œuvre de l’ouvrage n’ignorent pas que l’adjectif conservateur a eu des usages très divers, y compris chez des acteurs ou des héritiers de la Révolution qui, comme Sieyès ou plus tard Thiers et même Gambetta, voulaient « conserver » l’héritage de 1789, mais on y trouve aussi un autre point de vue, que Philippe Bénéton développe avec rigueur dans l’article « Pensée conservatrice » : le « conservatisme » se définit par une opposition de principe, d’inspiration chrétienne, à la Révolution, dont la radicalité première aurait ensuite cédé la place à un « conservatisme moderne que l’on peut aussi appeler le libéralisme conservateur » (p. 725). Cette définition est séduisante, mais elle me paraît à la fois philosophiquement fragile et historiquement douteuse : d’un côté, la pensée conservatrice moderne préexiste à la Révolution et elle peut être fort peu chrétienne, comme c’est le cas chez Hume, et, de l’autre, il est en fait difficile de définir comme vraiment « conservateurs » des auteurs comme Maistre, Bonald ou Maurras. Le plus grand critique de la Révolution, Burke, est d’ailleurs déjà un « libéral conservateur » – dont l’argumentation sera néanmoins refusée par tous les grands libéraux français, y compris Rémusat ou Tocqueville, parce que ceux-ci considèrent que, en France, la cause libérale ne peut pas être entièrement détachée de celle de 1789.

Plus de défaites que de victoires ?

Philippe Bénéton n’en a pas moins le mérite d’exprimer une difficulté centrale dans l’histoire du conservatisme en France : des idées et des affects qui trouvaient une expression naturelle dans les partis conservateurs libéraux ou chrétiens ont été progressivement marginalisés dans la politique française et ont fini par être captés par un courant antilibéral, qui a trouvé son expression achevée dans l’Action française – et qui a contribué à la marginalisation de la droite en empêchant le développement de vrais partis conservateurs. Cette évolution n’était sans doute pas fatale, comme on le voit en lisant certaines contributions qui montrent bien que, sous des formes diverses, le « conservatisme » a longtemps coexisté tranquillement avec le « libéralisme » dans la politique orléaniste (et même chez un légitimiste comme Chateaubriand), mais elle a fini par s’imposer à la majorité des catholiques conservateurs sous la IIIe République et on en trouve des échos dans ce Dictionnaire. Certains auteurs, qui nous disent que la « gauche » est tout entière « issue des grandes falsifications ou perversions du christianisme » (« Droite/gauche ») ou que la modernité est fondamentalement « luciférienne » (« Religion »), semblent tenir le Syllabus et l’Encyclique Quanta cura pour des classiques du conservatisme.

A lire aussi : « La France devrait réhabiliter le conservatisme »

La plupart des contributeurs savent bien, comme le montre Olivier Dard dans l’article qu’il consacre à Maurras, que le refus de reconnaître quoi que ce soit à la République, fût-elle « conservatrice », conduit à une « contradiction insoluble », mais à lire Le Dictionnaire du conservatisme, on a souvent l’impression que, en France, le poids du passé révolutionnaire (et républicain) est tel que l’histoire du conservatisme français est plus fait de défaites que de victoires. Si les conservateurs français veulent sortir de cette malédiction, plutôt que de déplorer les prétendues trahisons des libéraux et des modérés, il leur faudra sans doute s’interroger sur leurs propres défaillances et s’intéresser davantage à la façon dont la France républicaine (gauche comprise) a su, à sa manière, satisfaire certaines aspirations conservatrices.

Le Dictionnaire du conservatisme, sous la direction de Christophe Boutin, Frédéric Rouvillois, Olivier Dard, Éditions du Cerf, novembre 2017.

Le dictionnaire du conservatisme

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« Le 15h17 pour Paris »: Clint Eastwood, le terrorisme et nous

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Le 15h17 pour Paris, le nouveau film de Clint Eastwood sur l’attentat déjoué du Thalys interroge notre capacité à affronter la menace terroriste.


Ovni cinématographique, Le 15h17 pour Paris est à la fois un biopic hors norme et la reconstitution fidèle de la scène d’un meurtre de masse déjoué. Que le film biographique à l’intérieur de l’œuvre, oscillant entre réalisme et pathos, soit jugé bon ou mauvais par les critiques de cinéma français, cela importe finalement très peu tant la démarche du réalisateur est extraordinaire. A 87 ans, Clint Eastwood, ce monument du cinéma américain, à la fois acteur, réalisateur et producteur, dont le parcours est jalonné de quatre Oscars (pour Million Dollar Baby et Impi­toyable), cinq Golden Globes, trois Césars et de la Palme d’honneur à Cannes en 2009 récompensant sa carrière exceptionnelle, berce nos vies de cinéphiles depuis près de soixante ans avec ses quelque soixante-dix films, dont d’innombrables chefs-d’œuvre. En glorifiant le mythe de l’Ouest américain et en forgeant l’image de ses héros (et de ses anti-héros) sur le modèle des pionniers, il est parvenu à façonner à sa manière la matrice de l’homme occidental.

Il réussit là un énième tour de force – et peut-être son dernier film, son ultime legs – en parvenant à mettre en scène six des principaux protagonistes de l’attentat du 21 août 2015 perpétré par le terroriste marocain Ayoub El-Khazzani dans le Thalys Amsterdam-Paris Nord. Les deux militaires américains Spencer Stone (US Air Force) et Alek Skarlatos (membre d’une unité de la Garde nationale américaine), et leur ami Anthony Sadler, qui ont tous trois neutralisé l’assaillant au péril de leurs vies sans toutefois le tuer; l’universitaire américain Mark Moogalian, qui, de sang-froid, s’est jeté sur El-Khazzani et lui a arraché sa kalachnikov avant d’être blessé par balles et son épouse française Isabelle Risacher; et enfin le passager britannique Chris Norman, qui aida à maîtriser le terroriste, jouent tous leur propre rôle et leur prestation est objectivement plus qu’honorable pour des néophytes. La reconstitution de la cérémonie de remise des Légions d’honneur par François Hollande à l’Elysée, sur laquelle viennent se juxtaposer les images d’origine prises le 24 août 2015, est plutôt audacieuse.

Un djihadiste fiché dans trois pays

Pour mémoire, El-Khazzani, piloté par Abdelhamid Abaaoud, terroriste belgo-marocain et « cerveau » présumé des attentats de Paris en 2015, était fiché dans trois pays – dont la France – comme islamiste radical et faisait l’objet d’une fiche S. Il était entré en Europe illégalement avec Abaaoud en se dissimulant dans un groupe de migrants. Equipé de près de 300 munitions, d’une kalachnikov, d’un pistolet automatique Luger (avec lequel il tira à bout portant sur Moogalian), d’un cutter (qui lui permit de taillader le cou de Stone) et d’un demi-litre d’essence, il aurait – comme le mentionna François Hollande dans son allocution – pu commettre un carnage dans le train qui transportait ce jour-là 544 passagers dont plusieurs enfants.

L’avocate voulait censurer le film

Incarcéré à la prison de Bois-d’Arcy, El-Khazzani, 28 ans, est toujours détenu en isolement dans le quartier réservé aux individus les plus dangereux. Lors des auditions, il a maintenu dans un premier temps la version selon laquelle il était un SDF ayant trouvé un sac contenant de l’armement dans un parc bruxellois, ce qui l’aurait incité à venir détrousser des passagers du Thalys ! Il passa ensuite aux aveux mais soutint cette fois-ci qu’il n’avait eu l’intention de prendre pour cibles qu’une poignée de militaires américains à bord du train. Son avocate Sarah Mauger Poliak  envisageait récemment de faire suspendre Le 15h17 pour Paris jusqu’à la fin du procès et d’attaquer en justice la Warner Bros, au motif que le film porterait atteinte à la présomption d’innocence de son client. A noter que maître Mauger Poliak s’est illustrée, dans l’affaire des policiers gravement brûlés lors de l’attaque de leurs véhicules aux cocktails Molotov à Viry-Châtillon dans l’Essonne, le 8 octobre 2016, en assurant la défense de deux mineurs de 15 et 17 ans, soupçonnés d’avoir confectionné les engins incendiaires.

Amnésie et déni de réalité

Dans ce contexte, par contraste avec l’affligeante comédie d’Olivier Baroux Les Tuche 3 qui fait actuellement l’objet d’une promotion tous azimuts et devrait prochainement totaliser 5 ou même 6 millions d’entrées selon les experts (!), l’indifférence voire le dédain affiché pour le film de Clint Eastwood interroge sur la capacité de notre société à tirer les leçons des événements tragiques qu’elle traverse malgré elle. L’amnésie et le déni de réalité la guettent pour sûr, jusqu’à sa disparition certaine, si elle ne fait pas l’effort de revenir à la raison. « Une nation ou une civilisation qui produit de jour en jour des hommes stupides achète à crédit sa propre mort spirituelle » déclarait Martin Luther King. Il ne croyait pas si bien dire.

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Raphaël Enthoven: « Twitter se présente comme le porte-voix des ignorés des ‘médias officiels' »

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Raphaël Enthoven, janvier 2018. ®Hannah Assouline

Accro à Twitter, le philosophe devenu journaliste par hasard fait fi des invectives, procès d’intention et autres attaques en meute pour tâcher d’y philosopher. Quand la dialectique casse des briques. Entretien avec Raphaël Enthoven, le gentleman twitter.


Causeur. Critique féroce de Twitter, vous utilisez quotidiennement ce réseau social. Comment justifiez-vous cette contradiction ? 

Raphaël Enthoven. À raison de deux heures par jour, j’y passe un temps fou. Mais c’est du temps gagné. Twitter donne accès à l’ensemble des passions, des opinions, et surtout des préjugés en présence. L’anonymat libère l’insulte et offre à la loupe de l’éthologue des spécimens parfaits. L’enjeu de mon travail est de repérer la mauvaise foi et d’y remplacer l’invective par l’argumentation. Sur Twitter, je suis un poisson-pêcheur. J’en fais partie, tout en y prélevant ce qui m’intéresse. Et la chasse est toujours excellente. De ma fausse terrasse, j’observe, comme à l’opéra, des discours antagonistes produire des comportements identiques. C’est un régal pour les yeux et l’esprit. Twitter est un concentré d’agora.

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« Un concentré d’agora » ?! Vous énoncez là le malentendu consubstantiel aux réseaux sociaux : la confusion entre la foule et le peuple…

Cette confusion entre la plèbe et le peuple remonte au XIXe siècle, lorsque Marx disait du prolétariat qu’en raison de ses souffrances, il était fondé à incarner « l’humanité tout entière ». Or, Twitter se présente comme le médium de la plèbe, c’est-à-dire le porte-voix de ceux qui se vivent comme les exclus de la fête médiatique, les ignorés des « médias officiels ». En tweetant, je me suis confronté d’assez près à des opinions qui, à tort ou à raison, pensent d’elles-mêmes qu’elles n’ont pas droit de cité. En cela, il s’agit, aussi, d’un concentré d’agora.

Mon ennemi n’est que la foule. […] Pris singulièrement, chaque individu qui la compose est aussi intelligent qu’un homme peut l’être.

Certes, mais comment voulez-vous introduire de la nuance auprès d’ennemis de la nuance ?

Mon ennemie n’est que la foule. D’où la nuance est bannie, et où chacun abjure sa singularité au profit d’un slogan. Mais pris singulièrement, chaque individu qui compose la foule est aussi intelligent qu’un homme peut l’être. Or, en répondant posément à l’homme des slogans, on arrive parfois à produire le miracle d’un vrai débat, avec de vraies distinctions, des amalgames qu’on récuse et des échanges d’arguments. Mon amie Marylin Maeso (qui enseigne la philosophie) excelle à transformer des disputes en discussions. Son fil Twitter est une machinerie socratique d’où j’ai vu, parfois, des porcs ressortir en galants hommes, des gauchistes devenir hamoniens, et des gens de droite s’intéresser à Merleau-Ponty ! Une merveille…

Le plus souvent, les twittos tuent le débat. Vous fustigez d’ailleurs le « Parti unanime » de Twitter dont les membres ont en commun le refus du pluralisme…

Ce n’est pas le pluralisme qui gêne le « Parti unanime ». C’est la nuance. Le Parti unanime n’est pas le parti d’une opinion en particulier, mais c’est l’ensemble des gens dont l’unique mode de discussion consiste à disqualifier l’opinion qui leur déplaît. L’idée de « Parti unanime » (qui n’est, en fait, qu’un synonyme de ce que Tocqueville appelait « tyrannie de la majorité ») m’est venue le jour où, parce que j’attirais l’attention sur les risques du #balancetonporc, Julien Salingue – l’animateur de cette gentille Pravda égarée dans un monde pluraliste, qui s’appelle Acrimed – a essayé de démontrer, en falsifiant un article écrit en 2011, que j’étais moi-même « raciste et misogyne »… Le crachat était gluant, j’ai mis du temps à m’en nettoyer, mais je dois au morveux d’avoir, à cette occasion, formalisé une intuition précieuse. Car en fait, le Parti unanime est omniprésent. Pour y prendre sa carte, il suffit de discuter à coups de procès d’intention. Moi-même, il m’est arrivé d’y céder.

Cet autisme généralisé pose-t-il un problème démocratique ?

En tout cas, c’est un problème tout à fait spécifique à la démocratie, où chacun prise le débat, mais où, comme Deleuze le remarquait déjà dans Pourparlers, les « débats » ne sont que la juxtaposition péremptoire d’opinions qui se regardent en chiens de faïence, et dont l’enjeu est uniquement de savoir si on a bien disposé du même temps de parole que son ennemi.

Sur Twitter, jusqu’à récemment, une opinion devait tenir en 140 signes. Cette contrainte de forme réduit-elle la pensée ?

La règle des 140 signes était terrible. Elle condamnait à une orthographe lamentable, avec des mots abrégés, illisibles… C’était de l’écriture exclusive ! Un cauchemar. De ce point de vue, le récent passage à 280 signes est intéressant. 280 signes laissent la place au paradoxe. En 280 signes, on peut faire tenir une contradiction, c’est-à-dire obliger les gens à réfléchir.

Ce qui est sale, c’est de porter des gants.

Y êtes-vous récemment parvenu ?

Quand j’observe que les partisans du burkini ne défendent pas, malgré la liberté qu’ils invoquent, le port du string dans les rues de Riyad, il m’arrive de recevoir, au milieu des crachats, la main tendue d’un adversaire qui comprend que mon seul but est de (vraiment) discuter avec lui. Quand j’explique qu’on peut être musulman sans croire en Dieu (car l’islam est un monde, plus encore qu’une religion, et qu’il a, lui aussi, ses tartuffes), au milieu des anathèmes, j’entends des voix sincères qui s’efforcent de comprendre un raisonnement nouveau pour elles. Quand je fais valoir que #balancetonporc comporte aussi un risque de délation, c’est Sandra Muller en personne, à l’origine du mot-clef, qui (à rebours des unanimistes acharnés à démontrer ma rage de mâle blanc) fait valoir qu’on n’a jamais tort d’introduire une nuance dans le débat… Autant de victoires, inutiles mais réjouissantes.

Mais le contact de rageux dégradants est dégradant !

Ce qui est dégradant, c’est de refuser le contact. Ce qui est sale, c’est de porter des gants. En ce qui me concerne, j’y vais, loyalement, mais sans pitié. Je n’en retire aucune fierté. Les rageux ne m’impressionnent pas du tout. Twitter, pour moi, n’est pas une question de courage, mais une question de patience. En tout rageux sommeille un type intéressant. C’est à lui que je m’adresse.

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Il y a une chose que nous sommes en train de perdre à cause des réseaux sociaux, qui sont le royaume du premier degré, c’est l’humour. Peut-on rire au temps de Twitter ?

Twitter n’est pas l’ennemi de l’humour. On y trouve des choses hilarantes. L’ennemi de l’humour aujourd’hui n’est pas non plus l’Église, que des décennies de sarcasmes ont remise à sa place. L’ennemi de l’humour, à l’ère des revendications communautaires, ce sont ces nouveaux censeurs qui tiennent l’humour pour un outil de domination. « À qui profite l’humour ? » se demandent-ils. Et de répondre : aux dominants, qui brandissent la « liberté d’expression » pour écraser les « racisés ». Autrement dit : oui à l’humour, sous réserve de ne rire ni des Noirs, ni des Arabes, ni des gros, ni des nains, ni des femmes, ni des juifs, ni des pauvres, ni des laids, vous pouvez tout écrire (« sous l’inspection de deux ou trois censeurs », ajouterait Figaro).  Ces censeurs-là descendent en ligne directe des nationalistes avinés qui demandaient aux écrivains d’écrire, pendant la guerre, de grands romans patriotiques. L’un comme l’autre voudraient soumettre l’art (comme l’histoire, d’ailleurs) à l’idée qu’ils se font du Bien. S’ils étaient au pouvoir, il y aurait un art officiel.

Si les esprits obtus fleurissent sur Twitter, y avez-vous également rencontré beaucoup de zigs dans votre genre ?

Bien sûr. Si la plupart des gens combattent pour la victoire de leurs opinions, nous sommes quelques-uns, précis, motivés et parfois influents, à combattre pour le droit universel d’en avoir une. Même, et surtout, quand elle nous déplaît.


Réforme de l’école: encore un effort, monsieur Blanquer!

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Jean-Michel Blanquer lors de son passage dans "L'Emission politique" de France 2, février 2018. SIPA. 00844987_000023

Comme l’a montré son passage dans « L’Emission politique », le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer est sur la bonne voie. Mais sa réforme de l’école néglige encore des aspects essentiels au redressement du Mammouth. 


Il a explosé les compteurs, d’un coup d’un seul. Invité de « L’Emission politique » de France 2, jeudi 15 février, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a fait 71% de satisfaits. Pari politique tenu : audience au top – meilleure que la voix de son maître – et score reçu avec plaisir et humilité. Le train des réformes est en marche. Il faut dire qu’avec le bonnet d’âne décerné par l’OCDE à la France, sans parler du classement Pisa qui place notre pays juste avant la Colombie, il est urgent que les choses changent dans l’Education nationale. Après avoir dit sa foi dans le Progrès et les Lumières, le ministre a abordé, sous l’angle du renouveau, les points clés de sa réforme : le nouveau bac, la place du professeur, le décrochage scolaire, la laïcité et l’égalité. Monsieur Blanquer n’est tombé dans aucune chausse-trappe d’une émission à haut risque.

Le professeur « remis au centre de l’école et de la société »

Les pavés n’ayant pas volé, rue Cujas, à l’annonce de « la » réforme, il roulait sur du velours. Le bac, la vache sacrée, on la garde, mais toilettée, et comment ! Avec la fin des filières, la mixité sociale, l’ouverture sur les grands enjeux du monde, c’est l’entrée du bac dans le XXIe siècle, et peut-être même au-delà, que nous vivons. Quatre matières, le grand oral, fini le bachotage (si tant est qu’il y en eût jamais). Face à deux lycéens policés, venus du privé et du public, auxquels on aurait donné le bac sans confession, le ministre a montré, sur des cartons, comme François Lenglet ses courbes graphiques, le bac d’hier et le bac de demain. Il a expliqué les matières et les options, les doublettes attractives. Nos deux candidats ont fait part de leurs inquiétudes mais ils furent, comme nous tous, rassurés : voir Blanquer, c’est réussir. Innovation de taille : la Terminale change de nom. Elle devient « la classe de maturation ». Sans rire ! D’ailleurs personne n’a ri. Cette classe, par le nom même, ouvrira sur l’Université. Pourquoi pas ? Le monument étant amené à disparaître un jour, pourquoi ne pas lui redonner une chance ?

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Quant au professeur, il doit être « remis au centre de l’école et de la société ». Mine de rien, c’est une révolution copernicienne car, jusque là, c’était l’élève au centre. Discrètement fut évoqué le problème de la rémunération par le biais du « pouvoir d’achat ». Il faut redonner « du pouvoir d’achat » au professeur. Le pouvoir d’achat « doit même avancer », fut-il dit. C’est dire la foi que l’on doit avoir dans le « progrès en marche ». Il est vrai qu’une prime sera accordée pour les enseignants des zones difficiles (avatars des ZEP). Il faut aussi, bien évidemment, lutter contre l’absentéisme, une plaie de notre système éducatif qui nous coûte la peau des fesses.

Serein comme Blanquer

Le moment de « la prise directe » permit d’aborder deux sujets sociétaux : la laïcité et l’égalité. On marchait sur des œufs. Il n’y a pas eu d’omelette. Annonce fut faite de la création d’ « unités laïcité » dont les maîtres mots furent prévention et non répression – avec désensibilisation pour certaines élèves, allergiques au chlore de la piscine. Pas de ghettoïsation mais une thérapie persuasive. Autre réforme concernant un sujet sensible qui s’inscrit dans notre modernité : l’égalité entre filles et garçons. Un tableau de petites filles, confinées dans des coins, et des garçons ailleurs, brossé par une dame souriante qui avait l’air d’en connaître un brin des stéréotypes, nous a amenés à cette conclusion qu’il fallait veiller à garder les couleurs arc-en-ciel de la France. Furent d’ailleurs annoncées pour bientôt des « assises de la Maternelle. » Après des Etats généraux de la bioéthique… Le décrochage scolaire, lui, peut être traité efficacement par le sport : là encore, un petit film tourné par une association « Blanc bleu zèbre » nous a convaincus de la thérapie par le sport. Du sport, toujours plus de sport.

On le voit : tout fut envisagé sereinement : c’est cela, la méthode Blanquer.

L’insoumis, c’était lui

La pochette surprise fut Jack Lang. Venu en voisin, il ramena au réel un propos ministériel un peu managérial. Tout en saluant le maintien du bac, le rétablissement des classes bilangues et des langues anciennes, il pointa finement la réforme du temps de travail des petits salariés… je veux dire des petits écoliers (4 jours d’école, ce n’était pas bon même si cela coûte moins cher à l’Etat). Restait à trouver le filon manquant de ces « réformes » : la culture. Nos deux juristes de haut vol tombèrent d’accord : il faut plus de culture, de lecture, de théâtre, de musique, laquelle, on le sait, adoucit les mœurs. Une rentrée en musique serait donc bienvenue dans nos établissements. Pas forcément sur un air de Johnny, mais pourquoi pas une petite ouverture à la Lully comme aux interclasses du lycée Louis le Grand ? Aussitôt pensé que dit : cette option chorale est déjà prévue ! Avec une cheffe de chœur. On voit quel film inspire nos élites. Notons enfin la trouvaille finale du réticule à portable pour la chasse aux portables. Il fallait l’inventer : c’est chose faite !

Saluons, dans cette émission, le formatage olympien. C’était lissé et paisible, objectif et apaisant. Pas un mot de trop. Notre ministre n’est tombé ni dans la provocation d’un insoumis de service, à propos de la cantine gratuite pour tous, ni dans aucun piège de questions savonneuses : migrants et intellectuels (avec le poil à gratter que l’on connaît). Certes, on ne reproche pas le ton apaisé du bon élève mais on peut regretter l’art de l’esquive. On ne se cache pas l’énormité de la tâche de notre ministre.

Mais, sans mettre le feu aux poudres, cette émission était une occasion d’adresser quelques paroles énergiques et performatives. Alors, « laissez-moi vous dire », Monsieur le ministre. Le problème prioritaire de l’Education nationale est l’enseignement du français. Est-il raisonnable de ne plus enseigner une grammaire simple et efficace, tous les modes et tous les temps de notre langue si riche, privant ainsi les enfants d’un accès égal à la pensée et à l’expression ? Où sera-t-elle l’égalité des chances dans un monde complexe qui demande qu’on le comprenne pour pouvoir répondre à ses défis, selon les mots consacrés ? Ne faut-il pas mettre fin, avec une main de fer dans un gant de velours, à un pédagogisme mortifère qui règne depuis deux décennies dans la formation des maîtres ? Oui, Monsieur le ministre, disons-le et répétons à toutes et à tous, toujours et encore : « si un homme, ça s’empêche », pour reprendre Camus abondamment cité, une langue, ça s’apprend, avec des méthodes éprouvées. Car enfin, ce n’est pas avec « un référentiel bondissant » et en ignorant le passé simple que notre président est arrivé dans la cour des grands.

C’est le français qu’on assassine encore !

Le nouveau bac doit ouvrir la voie de l’Université ? Nous en acceptons tous l’augure. En attendant, voilà ce qu’écrivait, dans un article du Figaro, Louis Chavanette, docteur en histoire, professeur en première année de droit à Créteil. Tout en saluant l’investissement remarquable de beaucoup d’étudiants, il constate : « l’immense majorité ne dispose pas de la maîtrise des règles d’orthographe élémentaire ni du bagage de culture générale pour espérer obtenir une licence. » Ce professeur connaît un dilemme car il ne peut venir en aide à ceux qui sont en difficulté sans pénaliser les autres en droit d’avoir un enseignement du niveau d’Assas ou de la Sorbonne. C’est de culture générale que manquent ces étudiants, une culture générale qu’ils acquièrent au lycée… « Cette culture classique et une langue française fluide sont le fruit d’un apprentissage qui commence dès l’enfance », écrit-il encore.

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L’école républicaine demeure bien l’école de la méritocratie pour tous. Mais personne ne peut réussir sans la maîtrise de la langue française apprise à l’école, avec rigueur et amour, et sans culture générale. Elle est là, l’égalité des chances : redisons-le. La tâche est rude, on en a tous conscience. Oui, monsieur Blanquer, votre grand oral, vous l’avez réussi. Maintenant, reste à répondre au souhait ardent de beaucoup de Français: soyez notre Jules Ferry !

C'est le français qu'on assassine

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Une Caroline de Haas « sur deux ou trois » dit n’importe quoi

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Caroline(s) de Haas dans son bureau parisien, mars 2017. SIPA.

Impliquée dans l’affaire Darmanin, la néo-féministe Caroline de Haas a le vent en poupe. Pour mener sa guerre des sexes, elle n’hésite pas à cracher sur la justice et l’Etat ou à affirmer « qu’un homme sur deux ou trois est un agresseur ».


L’affaire Weinstein, qui au départ ne concernait que le très particulier milieu d’Hollywood dans ses liens avec le Parti démocrate américain, a débouché sur une déflagration qui secoue le monde anglo-saxon et l’Europe de l’Ouest. Ce qui fut présenté comme une « libération de la parole des femmes », confrontées à une violence masculine massive, a immédiatement embrayé sur une véritable « guerre des sexes » faisant voler en éclats non seulement la décence ordinaire mais mettant aussi dangereusement en cause des règles et des principes qui régulent une société démocratique et peuvent être très justement considérés comme des acquis de civilisation.

Pour Caroline de Haas, l’Etat est « complice de crimes de masse »

Tous ceux qui ont émis des réserves lors du lancement des campagnes #BalanceTonPorc et #MeToo ont été prestement disqualifiés, moqués, insultés. Et pourtant, comme la nuée l’orage, ces campagnes portaient en elles les catastrophes culturelles, sociales et liberticides auxquelles nous sommes confrontés. Cela va de la mutilation des œuvres artistiques à la façon des talibans, aux délires suédois qui font de l’acte sexuel un viol par définition jusqu’à la preuve « d’un consentement explicite ». En passant par les demandes gravissimes de responsables d’institutions publiques de renversement de la charge de la preuve en matière pénale. Comme Jacques Toubon, « défenseur des droits » demandant instamment que l’on viole ce qu’il est chargé de défendre ! Et l’utilisation de fantasmagories de charlatans, comme dans l’affaire Flavie Flament, pour justifier l’abandon de principes pénaux séculaires.

A lire aussi: Affaire Darmanin: c’est la justice qu’on viole

Comment s’étonner alors, lorsque la simple raison a déserté le champ du débat, que des gens comme Caroline de Haas ou d’autres militantes du néo-féminisme prédateur et violent se livrent à des débordements ahurissants. La cofondatrice d’Osez le féminisme a organisé avec l’affaire Darmanin une manipulation détestable, méritant peut-être que le parquet examine de plus près quel a été son rôle dans le dépôt de la plainte, désormais classée sans suite. Probablement inquiète pour la prospérité de son petit business, elle n’hésite pas, par ailleurs, à accuser l’État d’être « le complice de ces crimes de masses que sont les viols ». Comme d’habitude en assénant des statistiques fantaisistes selon lesquelles une femme sur deux aurait été agressée sexuellement, et un homme « sur deux ou trois » serait un prédateur sexuel !

Ce sont ses sœurs de lutte qui, déchaînées par l’organisation d’un colloque plutôt favorable sur le phénomène #BalanceTonPorc à l’EHESS, appellent à empêcher sa tenue, y compris par la force – tout autre parole que la leur étant inacceptable – et, nervis excités, elles envahissent l’amphithéâtre pour s’y livrer à la violence et l’intimidation.

Marlène Schiappa met un pied dans le plat

Les inconséquences de Marlène Schiappa n’aident pas. Dans l’affaire Daval, elle est intervenue de façon tout à fait intempestive, en violation du principe de la séparation des pouvoirs, pour donner son avis sur la conduite d’un dossier judiciaire. Mais le plus grave n’a pas été relevé. La secrétaire d’Etat a contesté, dans leur principe, les moyens de défense développés par les avocats du mis en examen. C’est-à-dire qu’elle considérait comme intolérable la liberté du choix de leurs arguments. Elle s’indignait du fait que des considérations sur la personnalité de la victime aient été avancées par la défense, ce qui reviendrait, selon elle, à « légitimer les féminicides ».

Quelle est cette folie ? En oubliant opportunément les incroyables mensonges du lobby féministe dans l’affaire Sauvage, pour excuser un meurtre en faisant de son auteur une victime, madame Schiappa veut-elle que l’on abandonne un des principes intangibles du droit pénal ? Ce principe, c’est celui de la personnalité des crimes et des peines : l’on juge des faits particuliers et des hommes (ou des femmes) particuliers. Il est du devoir du juge d’examiner tout ce qui lui est soumis, et notamment les circonstances dans lesquelles un drame a pu se dérouler, celles du passage à l’acte. Interdit de se défendre, interdit d’expliquer, et par conséquent interdit de comprendre ? Eh bien désolée, madame la secrétaire d’Etat, si on peut lyncher, dans ce cas il est impossible de juger.

La délation appelle la délation

Ces exemples le démontrent : l’entreprise de délation générale et particulière initiée par #BalanceTonPorc ne pouvait déboucher que sur cette catastrophe. J’ai beaucoup entendu, au début de la campagne, qu’il y avait peu de noms jetés en pâture et que la dénonciation serait pédagogique par son caractère général. Cela n’est pas sérieux. Dès lors que l’on fait de la délation un instrument d’ingénierie sociale, comment imaginer que l’on va se contenter de dire « moi aussi » sans aller plus loin ? Dans un tel mouvement collectif, avec ses effets d’entraînement, d’émulation et de surenchère, il faut désigner les coupables. D’abord un groupe, les hommes et leur patriarcat, puis des individus. Cela se passe toujours ainsi. Devenant un acte social valorisé, la délation appelle la délation. Sait-on que le plus grand nombre de lettres de dénonciation envoyées à la Gestapo pendant la dernière Guerre mondiale, l’a été pendant la dernière année d’occupation alors que la défaite de l’axe était inéluctable ?

Le grand déballage, ensuite, ne pourra générer que de la frustration. Les méchants sont désignés et, par conséquent, il faut les punir. L’envie de pénal qui traverse nos sociétés, nous confronte pourtant sur les questions de sexe à une énorme contradiction. La justice pénale obéit à des objectifs et des règles qui font que l’appréhension d’une partie de ce qui relève de la « délinquance sexuelle » est extrêmement difficile. Dans ce domaine, il faut d’abord rappeler que prétendre que les viols ne sont pas sanctionnés par la justice est une baliverne. Désormais, grâce aux progrès de la police scientifique, les principales infractions peuvent être établies et sanctionnées, et ce en respectant les règles du débat contradictoire. Il faut savoir aussi que les crimes de viol occupent actuellement la moitié des sessions d’assises dans notre pays, et font l’objet d’une répression sévère.

Le gloubi-boulga néo-féministe ne rend ni service ni justice

En revanche, ce dont on nous parle aujourd’hui, avec d’ailleurs des degrés de gravité variables, ce sont les zones grises, celles « du parole contre parole », de la subjectivité, de la culture et de ses évolutions. Et ce sont ces situations particulières que le néo-féminisme veut à tout prix criminaliser, en amalgamant harcèlement et agression sexuels avec le crime de viol. L’abandon des échelles de gravité, pourtant prévues par le code pénal, permettant toutes les manipulations. Il faut donc être clair, on ne peut pas s’en remettre uniquement et de cette façon à la justice pour traiter ce qui relève d’autres modes de régulation sociale. Essentiellement pour deux raisons :

– Donner à la justice l’objectif d’assouvir la haine des hommes et la volonté de pouvoir du néo-féminisme, est une impasse démocratique car cela ne peut se faire que par l’abandon des principes fondamentaux des libertés civiles. Les magistrats sont là pour veiller au contraire à leur respect, les accuser pour cela de « complicité avec des crimes de masse » est simplement une ignominie.

– Ceux qui sont victimes d’accusations infondées sont particulièrement désarmés. Ils sont d’abord soumis à des lynchages médiatiques terriblement violents, dont aucune procédure judiciaire efficace ne peut préserver. L’action en « dénonciation calomnieuse » à l’encontre des accusateurs est simplement un leurre. Quant aux interminables procédures de diffamation, elles ne débouchent, au mieux, que sur des réparations symboliques, et ne peuvent en aucun cas être dissuasives. Pierre Joxe et Gérald Darmanin vont en faire l’expérience. David Hamilton ne pourra pas, âgé de 83 ans et poussé au désespoir, il a préféré se suicider.

Game of thrones

Mon amie Marcela Iacub a identifié une partie du problème : « Ils (les néo-féministes) pensent que les femmes sont des êtres différents et que leur émancipation passe avant tout par des sanctions pénales et civiles appliquées contre les hommes. Pour eux, il n’y a pas d’autre horizon politique que la violence institutionnelle ».

L’enjeu n’est pas l’émancipation Marcela mais, comme d’habitude, le combat pour le pouvoir, et ce qui l’accompagne. Avec des méthodes dont on sait très bien sur quoi elles peuvent déboucher…

Les Rien-pensants

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Bataille d’Afrin: les Kurdes valsent avec Bachar

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syrie rojava assad turquie
Combattant YPG, Syrie, 2013. Sipa. Numéro de reportage : 00668951_000051.

Les grands regroupements géopolitiques qui s’esquissent en Orient sont instables ainsi qu’on le découvre depuis 24 heures en Syrie.

Arabie Saoudite-Israël-Etats-Unis vs. Iran-Turquie-Russie

En simplifiant à l’extrême, un bloc d’intérêts communs Arabie Saoudite-Israël-Etats-Unis s’est constitué face à un autre bloc aux intérêts nationaux et géopolitiques convergents, opposé au précédent : Iran-Turquie-Russie. Les critères de ces regroupements sont infiniment compliqués, et sur le champ de bataille syro-irakien, sont appelés à se renverser rapidement, de façon parfois en apparence illogique. Il est néanmoins aisé de voir que le régime syrien lutte pour sa survie avec l’aide décisive de la Russie, que l’Iran aide tout ce qui est chiite et anti-américain, et que la Turquie rejette tout ce qui ressemble de près ou de loin à une admission du fait kurde. L’armée turque, appuyée par des rebelles syriens (souvent des ex-djihadistes), mène depuis un mois une offensive terrestre et aérienne au nord de la Syrie pour en chasser les Unités de protection du peuple (YPG), milice considérée comme « terroriste » par Ankara mais alliée des Etats-Unis et équipée par eux dans la lutte contre le groupe Etat islamique en Syrie.

Les Kurdes syriens s’allient à Assad…

Or, les Kurdes du nord de la Syrie, en grand péril, ont passé un accord avec le gouvernement d’Assad, ce qui surprendra les imprudents commentateurs qui, il y a encore 24 heures, affirmaient mordicus qu’Assad voyait d’un bon œil l’invasion militaire turque sur son sol contre les autonomistes kurdes.

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Le régime de Damas et les partis kurdes viennent d’affirmer hier que cet accord, conclu le 17 février, prévoit le déploiement d’unités de l’armée syrienne dans la région d’Afrin pour faire face à l’offensive turque. Un responsable kurde (Cheikho Bilo) a affirmé hier que l’armée syrienne pourrait se déployer à Afrin (menacée par l’avancée turque) à partir de ce lundi 19 février. Cette négociation qui s’est déroulée avec la participation de la Russie devrait différer les questions portant sur la gestion de l’enclave d’Afrin, actuellement dirigée par une administration autonome kurde, et sur le retour de l’administration centrale syrienne.

…avec l’accord des Etats-Unis ?

Citée par Reuters, l’agence officielle syrienne Sana indique que : « Les forces populaires vont arriver à Afrine dans les prochaines heures pour soutenir ses habitants contre l’attaque du régime turc », et vont « se joindre à la résistance contre l’agression turque », afin de« défendre l’unité territoriale et la souveraineté de la Syrie ». Mais on n’imagine pas que cela ait pu se faire sans l’assentiment au moins implicite des Etats-Unis dont l’implication au sol a été et demeure forte auprès des milices kurdes, décisives dans la lutte contre Daech.

Les Russes font indirectement savoir à Recep Tayyip Erdogan qu’il doit arrêter sa guerre d’annexion… car on ne pense pas une seconde que Damas ait agi sans l’aval des Russes.

La Turquie, ennemi intérieur de l’Otan

Erdogan, qui a abattu des aéronefs russes et menace explicitement les conseillers militaires américains, va se retrouver seul dans son aventure. Et sa position dans l’OTAN devient désormais un problème, ce qui soulève de surcroît la question de la nécessité de maintenir l’OTAN dans sa conception actuelle.

A lire aussi: Israël-Iran: la guerre promise peut avoir lieu

Dans ce contexte, il serait temps que la guerre des services américains (FBI, CIA, NSA) cesse et que les Démocrates laissent sa chance à l’administration Trump. Les Russes ont pris une position dominante en Orient mais les Etats-Unis ne seront pas de trop pour trouver les compromis vers une paix durable. Quant à la France, elle a oublié sa propre histoire, et notamment les belles pages du Levant français…

Le peuple kurde, clé de voûte du Moyen-Orient

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Théorie générale de la nation: L'architecture du monde

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Israël-Iran: la guerre promise peut avoir lieu

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a brandi ce qu'il présente comme un morceau d'un drone iranien abattu en Israël. Photo: LENNART PREISS / MSC MUNICH SECURITY CONFERENCE / AFP

Entre Israël et l’Iran, les tensions n’ont jamais été aussi vives. Hier, 18 février, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a notamment profité de la Conférence sur la sécurité de Munich pour interpeller le ministre iranien des Affaires étrangères. Si les Etats-Unis semblent prendre la mesure de la situation, l’Union européenne est davantage préoccupée par la sauvegarde de l’accord nucléaire.


Après des années de tensions, jamais Israël et l’Iran n’ont été si proches d’une confrontation directe. Le régime iranien constitue désormais la principale menace pour Israël, avec lequel il n’a pourtant pas de frontières, mais dont il a juré la destruction. Outre la perspective que les ayatollahs se dotent un jour de l’arme nucléaire, des missiles balistiques classiques peuvent peut-être déjà atteindre l’Etat hébreu. La quasi-victoire de Bachar el-Assad donne la possibilité à ses alliés du Hezbollah et aux milices chiites, sous tutelle iranienne, de se concentrer sur l’ennemi de toujours, le « serpent » israélien. Sur le versant syrien du Golan, une confrontation directe n’est pas exclue. Pour la première fois dans l’histoire tumultueuse d’Israël, un pays hostile a non seulement l’intention affichée de le détruire, mais est en train d’en acquérir la capacité.

L’hiver vient ?

Récemment, j’étais dans le nord d’Israël à la frontière libanaise. Sur place, la géographie permet de mieux comprendre les craintes de l’Etat juif. Sur la route qui longe en partie la frontière, on peut encore voir les fortins de la ligne Sykes Picot qui détermine toujours aujourd’hui la limite entre Israël et le Liban. Le contraste est grand entre les deux pays. Côté israélien, l’habitat est clairsemé, la région a été boisée et une agriculture intensive est pratiquée par endroits. Le côté libanais est beaucoup plus peuplé et dépourvu de végétation. Ce sont des maisons et de petits immeubles qui s’étendent à perte de vue, un peu partout, sans aucun plan d’aménagement. Nombre de ces édifices, dont certains sont tout proches de la zone de séparation, semblent inhabités ou en construction. Selon l’armée israélienne, beaucoup abriteraient des armes, des lance-roquettes et des missiles. Du petit kibboutz de Misgav Am situé en hauteur, on voit flotter en face au moins trois drapeaux du Hezbollah, le parti d’Allah. Des soldats observent à la jumelle et au téléobjectif le côté libanais. Un grand camp des Nations-unies, les « UN, United Nothing » comme les appelle notre guide, est aussi tout proche. Cette frontière est calme depuis 2006, mais tous nos interlocuteurs craignent un conflit cette année auquel ils se préparent.

De ce kibboutz, on voit très bien en contrebas à l’est la plaine fertile de Hula, irriguée par le Jourdain et, juste au-dessus, la dominant, les montagnes du Golan. La frontière de 1967 se situe au pied du massif montagneux. On comprend mieux pourquoi Israël a voulu occuper, puis annexer une partie du Golan. Occupée par un ennemi, ces montagnes constitueraient une menace mortelle pour les habitants de la plaine, impossible à défendre face à un Etat belliqueux. Et Israël ne saurait tolérer la présence de milices chiites armées par l’Iran sur le plateau du Golan côté syrien.

Situé à six kilomètres de la frontière, l’hôpital de Galilée se prépare aussi à la guerre. Un étage souterrain a été construit capable d’accueillir plusieurs centaines de patients. D’énormes filtres à air, censés pouvoir résister à une attaque chimique ou bactériologique y ont été installés. Des blessés syriens du conflit, de jeunes hommes barbus au style islamiste, qui se présentent comme des civils, sont soignés gratuitement par Israël à la fois pour des raisons humanitaires, d’image et d’entraînement : ces blessés permettent aux chirurgiens israéliens de garder la main. En 2006, lors de la guerre du Liban, cet hôpital a soigné des milliers de civils et de militaires.

L’Union européenne est dépassée

Contrairement aux Etats-Unis et à l’Arabie saoudite, l’Union européenne, obnubilée par la survie de l’accord sur le nucléaire, ne semble pas prendre la mesure de l’expansionnisme iranien qui se manifeste au nord par la reconstitution d’un croissant chiite continu de l’Iran au Liban et, au sud, par la déstabilisation du Bahreïn, du Yémen et le financement du Hamas. Dans le contexte régional, Israël et l’Arabie saoudite sont devenus de fait des alliés inavouables partageant quasiment les mêmes intérêts stratégiques en Syrie, au Liban, et en Egypte. Après des années consacrées à la guerre civile, la victoire de Bachar el-Assad et de ses alliés iraniens leur permette à nouveau de tourner leur attention vers le petit Satan israélien, l’ennemi héréditaire. Vladimir Poutine, allié à l’Iran contre les rebelles syriens, auquel Assad doit sa victoire, mais qui entretient de bonnes relations avec Benjamin Netanyahu pourrait jouer les médiateurs et marquer de nouveaux points sur la scène internationale.

A lire aussi: Trois objectifs que Macron doit proposer à l’Union européenne

Les conflits impliquant Israël durent depuis tellement longtemps que l’Union européenne a tendance à penser que la sécurité du pays, qui bénéficie toujours d’une écrasante supériorité militaire, est garantie. Il n’en est rien. De Gaza et du Liban, le Hamas et le Hezbollah peuvent d’une heure à l’autre déclencher une pluie de missiles sur Israël, obligeant ce dernier à une forte riposte, des centaines de milliers de civils à se terrer dans des caves et déclenchant une grave crise internationale. Dans ces conditions, Israël ne peut tolérer que l’Iran, qui livre déjà des milliers de missiles au Hezbollah, construise une usine pour les fabriquer au Liban ou en Syrie, comme l’affirment les services de renseignements israéliens et, surtout, que l’ex-Perse soit capable d’ouvrir un troisième front à partir de la Syrie.

L’Europe doit cesser d’aborder l’Iran sous le seul prisme du maintien de l’accord nucléaire, que Trump menace d’ailleurs de ne plus respecter. Israël n’a jamais caché son hostilité à cet accord qui ne prévoit pas de moratoire sur les essais de missiles balistiques. D’un point de vue économique, l’Iran n’en a pas non plus reçu les bénéfices escomptés, les grandes firmes européennes restant soumises au risque de représailles américaines, les Etats-Unis maintenant des sanctions unilatérales. C’est particulièrement vrai dans le domaine bancaire. Il y a donc une marge de négociations pour un nouvel accord qui prendrait bien davantage en compte la sécurité d’Israël.

L’Iran, un acteur normal des relations internationales ?

« Modérés » ou « conservateurs », seule la rhétorique change dans la politique iranienne vis-à-vis de Jérusalem. Damas, Sanaa et Beyrouth sont déjà sous la coupe de Téhéran. L’expansionnisme perse est une réalité que le président Macron et l’Union européenne doivent reconnaître. Depuis quand un Etat qui appelle ouvertement à la disparition d’un autre et qui s’y prépare est-il traité comme un acteur normal des relations internationales ? Depuis les printemps arabes et la création de l’Etat islamique, pas un pays n’a été épargné par des changements majeurs. Une nouvelle recomposition politique est en cours dans la région. Et l’Orient n’a jamais été aussi compliqué.


CORÉE DU NORD: Voyage en dynastie

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Non, LCP n’a pas cherché à protéger Frédéric Haziza

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Frédéric Haziza en 2013. Photo: MARTIN BUREAU / AFP

Je n’aime pas du tout Frédéric Haziza. Piètre journaliste, n’hésitant pas à adopter le registre de faussaire sur les réseaux, militant communautaire et soutien indéfectible de l’extrême droite israélienne. Mais je considère que l’épisode qui lui a valu d’être cloué au pilori de #BalanceTonPorc concerne d’abord et avant tout la victime de ses agissements et son employeur. Cela ne me regarde pas, même si je comprends que, pendant la guerre des sexes, le fait qu’il soit un grossier personnage ait pu apparaître comme une information utile. Je prends ces précautions initiales pour ne pas courir le risque en émettant une analyse juridique à contre-courant, d’être qualifié d’avocat sioniste bien connu participant au complot juif mondial.

Réseaux sociaux à gogos

Frédéric Haziza a donc grossièrement manqué de respect à une autre journaliste de La Chaîne parlementaire (LCP), Astrid de Villaines. Pour ces faits, il a fait l’objet d’une procédure disciplinaire de la part de son employeur, à la suite de laquelle il a écopé d’une sanction prévoyant une mise à pied. Sa peine effectuée, il a repris des responsabilités dans l’entreprise qui l’emploie. Naturellement, son retour fut salué par des cris d’orfraie. Comment osait-on ne pas finir la mise à mort sociale, déjà largement entamée avec son lynchage médiatique, en ne privant pas un tel criminel de son emploi ?

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Quelques semaines plus tard, nous apprenons qu’Astrid de Villaines avait décidé de quitter La Chaîne parlementaire. Son départ a été immédiatement présenté comme une réaction à la « réintégration » de son harceleur. On imagine sans peine la clameur qui a suivi cette nouvelle, présentée comme le choix par la direction de la chaîne de favoriser un criminel coupable et de mépriser sa victime. En vrac : « Comment osez-vous ! La peur doit changer de camp ! Sexisme en action ! Dictature masculiniste ! Honte à vous! », pour ne parler que des commentaires les plus civilisés.

Le droit a ses raisons…

Marie-Eve Malouines, la directrice de la chaîne, journaliste elle aussi, a pensé alors qu’il valait mieux compléter l’information et dire exactement comment s’était organisé le départ de sa consœur. Malheureuse ! La vérité ? Mais on s’en fiche, ce qui compte c’est la posture et la clameur. Marie-Eve est immédiatement passée au tourniquet et son intervention vilipendée. Mais que nous disait-elle Madame Malouines ?

Si l’on comprend bien, Astrid de Villaines, quelle qu’en soit la véritable raison a décidé de quitter LCP au début du mois de mars pour un autre média. Elle a souhaité que son employeur utilise la procédure de rupture conventionnelle, qui n’est pas un licenciement mais permet quand même de percevoir une indemnité négociée entre les parties. La chaîne a refusé, Madame de Villaines utilisant alors la démission pour rejoindre son nouvel employeur.

Un petit passage à la moulinette du droit pour récupérer son sang-froid ? Lors du grand déballage enclenché par l’opération #BalanceTonPorc, Frédéric Haziza a été mis en cause. Il s’est mal comporté dans l’exercice de ses responsabilités au sein de LCP, vis-à-vis d’une de ses consœurs appartenant également à la chaîne. Il a reconnu les faits et s’en est excusé. Il a cependant fait l’objet d’une procédure disciplinaire de la part de son employeur dans le respect des règles du code du travail. Ces procédures sont effectivement normées, contradictoires dès lors qu’elles aboutissent à une sanction, ce qui a été le cas. Comme dans toute procédure punitive, ladite sanction doit être proportionnée aux faits reprochés. Sous le contrôle du juge si nécessaire. Frédéric Haziza a donc fait l’objet d’une « mise à pied », c’est-à-dire qu’il a été renvoyé à la maison pour une période déterminée. Lorsque celle-ci a été échue, fort normalement il a repris son boulot. Présenter cette reprise comme une décision de « réintégration » prise souverainement, voire arbitrairement, par la chaîne à ce moment-là, est simplement mensonger. Elle n’est que la conséquence mécanique de la sanction prononcée plusieurs semaines auparavant.

…que la Morale ignore

Ensuite, et quelles qu’en soient les raisons, même si c’est pour éviter de croiser son harceleur, Astrid de Villaines a décidé d’aller voir ailleurs. C’est sa liberté. Comme c’est sa liberté également de tenter de négocier avec son employeur une indemnité conventionnelle. Pour tout dire, je pense que, pour ses intérêts matériels, elle avait raison, et que sa tentative ne saurait être qualifiée de cupide ou d’intéressée. Même s’il s’est trouvé quelques mesquins pour lui reprocher d’avoir voulu battre monnaie avec son histoire.

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En revanche, LCP était beaucoup moins libre de son choix. Fonctionnant sur fonds publics, la chaîne est tenue de rendre compte de leur usage. L’indemnité conventionnelle, alors que Madame de Villaines avait d’ores et déjà retrouvé un emploi, pouvait être difficile à justifier. Je connais des décideurs publics dans la même situation qui ont eu les pires ennuis et se sont retrouvés poursuivis pour « détournement de fonds publics », ce qui leur a parfois coûté très cher. Consulté, j’en aurais moi-même déconseillé l’usage.

Ce qui est intéressant dans cette affaire, c’est que la meute se saisit de chaque acte, de chaque fait, de chaque événement ou non-événement pour y chercher et y débusquer l’ignominie sexiste, et la preuve du patriarcat oppressif en action. Alors même qu’un petit examen juridique du déroulement des choses permet de comprendre rationnellement les positions des uns et des autres sans faire des procès d’intention parfois infects. N’est-ce pas Marie-Eve Malouines ?

En revanche, je confirme que l’analyse juridique ne permet pas de faire passer Frédéric Haziza pour un gentleman.

Alain Finkielkraut commente la polémique autour de Mennel, la candidate de The Voice

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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Conservateurs, oubliez Robespierre !

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Maximilien de Robespierre (à gauche) et Alexis de Tocqueville (®DeAgostini/Leemage)

Si le Dictionnaire du conservatisme que publient les éditions du Cerf réhabilite avec brio un courant de pensée souvent diabolisé, on regrettera certains partis pris contre-révolutionnaires. Car tout n’est pas à jeter dans 1789, même pour un esprit conservateur.


La publication d’un volumineux Dictionnaire du conservatisme vient à son heure dans un pays qui a élu un jeune président qui entend remodeler la vie politique autour d’un nouveau clivage entre « conservatisme » et « progressisme » et paraît suffisamment libéral pour ne guère laisser à la droite d’opposition d’autre choix que celui d’assumer une identité « conservatrice ». Dans la plupart des démocraties, la politique s’organise naturellement autour de trois courants majeurs, le conservatisme, le libéralisme et le radicalisme (éventuellement socialiste). En France, la majeure partie de la gauche refuse avec indignation d’être dite libérale, et la droite ne veut surtout pas paraître « conservatrice ».

Le conservatisme fait sa révolution

Les responsables du Dictionnaire prennent acte d’un changement en cours, qui s’est manifesté depuis deux ans par quelques publications significatives[tooltips content= »Voir par exemple Laetitia Strauch-Bonart, Vous avez dit conservateur ?, Éditions du Cerf, 2016, et Jean-Philippe Vincent, Qu’est-ce que le conservatisme ? Histoire intellectuelle d’une idée politique, Les Belles Lettres, 2016. »]1[/tooltips] et qui, surtout, semble travailler en profondeur la partie la plus politisée de la droite, depuis les manifestations de la Manif pour tous jusqu’au large succès de François Fillon à la primaire de la droite et du centre. Ils n’ignorent pas que le conservatisme a eu en France une histoire difficile, mais ils font le pari qu’il a des racines profondes dans la société et dans la politique françaises, et ils saluent avec bonheur sa légitimation en cours dans une partie du monde intellectuel.

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Le projet est donc légitime, et il est naturel que, s’agissant d’un courant qui varie sans cesse selon ce qu’il s’agit de « conserver », il conduise à rassembler sous l’étiquette « conservateur » des politiques et des pensées très diverses et souvent opposées, et à les faire présenter par des auteurs qui ne sont pas tous conservateurs de la même manière. On ne se plaindra pas de ce pluralisme, qui permet de proposer quelques points de vue originaux tout en présentant l’essentiel de ce qu’on est en droit d’attendre dans un Dictionnaire du conservatisme, c’est-à-dire les grands auteurs (Burke, Kirk, MacIntyre, Oakeshott) et les grands thèmes (la tradition, la communauté, la critique de l’Utopie ou de l’individualisme), sans oublier quelques figures politiques majeures (Disraeli, Churchill, Reagan, Thatcher et, pour la France, de Gaulle). Il reste néanmoins que, au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture de l’ouvrage, on éprouve une certaine perplexité, qui vient du sentiment que celui-ci hésite entre une définition sans doute trop large du conservatisme (« des conservateurs apparaissent dès lors qu’ont lieu des transformations significatives », ce qui fait que Démosthène est conservateur contre Philippe, ou Julien l’Apostat contre les chrétiens, ou les vieux dirigeants soviétiques face à la perestroïka) et une approche très française, qui appelle « conservatisme » tout ce qui réagit à et contre la Révolution française.

Un conservatisme ? Des conservateurs !

Les maîtres d’œuvre de l’ouvrage n’ignorent pas que l’adjectif conservateur a eu des usages très divers, y compris chez des acteurs ou des héritiers de la Révolution qui, comme Sieyès ou plus tard Thiers et même Gambetta, voulaient « conserver » l’héritage de 1789, mais on y trouve aussi un autre point de vue, que Philippe Bénéton développe avec rigueur dans l’article « Pensée conservatrice » : le « conservatisme » se définit par une opposition de principe, d’inspiration chrétienne, à la Révolution, dont la radicalité première aurait ensuite cédé la place à un « conservatisme moderne que l’on peut aussi appeler le libéralisme conservateur » (p. 725). Cette définition est séduisante, mais elle me paraît à la fois philosophiquement fragile et historiquement douteuse : d’un côté, la pensée conservatrice moderne préexiste à la Révolution et elle peut être fort peu chrétienne, comme c’est le cas chez Hume, et, de l’autre, il est en fait difficile de définir comme vraiment « conservateurs » des auteurs comme Maistre, Bonald ou Maurras. Le plus grand critique de la Révolution, Burke, est d’ailleurs déjà un « libéral conservateur » – dont l’argumentation sera néanmoins refusée par tous les grands libéraux français, y compris Rémusat ou Tocqueville, parce que ceux-ci considèrent que, en France, la cause libérale ne peut pas être entièrement détachée de celle de 1789.

Plus de défaites que de victoires ?

Philippe Bénéton n’en a pas moins le mérite d’exprimer une difficulté centrale dans l’histoire du conservatisme en France : des idées et des affects qui trouvaient une expression naturelle dans les partis conservateurs libéraux ou chrétiens ont été progressivement marginalisés dans la politique française et ont fini par être captés par un courant antilibéral, qui a trouvé son expression achevée dans l’Action française – et qui a contribué à la marginalisation de la droite en empêchant le développement de vrais partis conservateurs. Cette évolution n’était sans doute pas fatale, comme on le voit en lisant certaines contributions qui montrent bien que, sous des formes diverses, le « conservatisme » a longtemps coexisté tranquillement avec le « libéralisme » dans la politique orléaniste (et même chez un légitimiste comme Chateaubriand), mais elle a fini par s’imposer à la majorité des catholiques conservateurs sous la IIIe République et on en trouve des échos dans ce Dictionnaire. Certains auteurs, qui nous disent que la « gauche » est tout entière « issue des grandes falsifications ou perversions du christianisme » (« Droite/gauche ») ou que la modernité est fondamentalement « luciférienne » (« Religion »), semblent tenir le Syllabus et l’Encyclique Quanta cura pour des classiques du conservatisme.

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La plupart des contributeurs savent bien, comme le montre Olivier Dard dans l’article qu’il consacre à Maurras, que le refus de reconnaître quoi que ce soit à la République, fût-elle « conservatrice », conduit à une « contradiction insoluble », mais à lire Le Dictionnaire du conservatisme, on a souvent l’impression que, en France, le poids du passé révolutionnaire (et républicain) est tel que l’histoire du conservatisme français est plus fait de défaites que de victoires. Si les conservateurs français veulent sortir de cette malédiction, plutôt que de déplorer les prétendues trahisons des libéraux et des modérés, il leur faudra sans doute s’interroger sur leurs propres défaillances et s’intéresser davantage à la façon dont la France républicaine (gauche comprise) a su, à sa manière, satisfaire certaines aspirations conservatrices.

Le Dictionnaire du conservatisme, sous la direction de Christophe Boutin, Frédéric Rouvillois, Olivier Dard, Éditions du Cerf, novembre 2017.

Le dictionnaire du conservatisme

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« Le 15h17 pour Paris »: Clint Eastwood, le terrorisme et nous

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clint eastwood 15h17 paris
"Le 15h17 pour Paris", un film de Clint Eastwood.

Le 15h17 pour Paris, le nouveau film de Clint Eastwood sur l’attentat déjoué du Thalys interroge notre capacité à affronter la menace terroriste.


Ovni cinématographique, Le 15h17 pour Paris est à la fois un biopic hors norme et la reconstitution fidèle de la scène d’un meurtre de masse déjoué. Que le film biographique à l’intérieur de l’œuvre, oscillant entre réalisme et pathos, soit jugé bon ou mauvais par les critiques de cinéma français, cela importe finalement très peu tant la démarche du réalisateur est extraordinaire. A 87 ans, Clint Eastwood, ce monument du cinéma américain, à la fois acteur, réalisateur et producteur, dont le parcours est jalonné de quatre Oscars (pour Million Dollar Baby et Impi­toyable), cinq Golden Globes, trois Césars et de la Palme d’honneur à Cannes en 2009 récompensant sa carrière exceptionnelle, berce nos vies de cinéphiles depuis près de soixante ans avec ses quelque soixante-dix films, dont d’innombrables chefs-d’œuvre. En glorifiant le mythe de l’Ouest américain et en forgeant l’image de ses héros (et de ses anti-héros) sur le modèle des pionniers, il est parvenu à façonner à sa manière la matrice de l’homme occidental.

Il réussit là un énième tour de force – et peut-être son dernier film, son ultime legs – en parvenant à mettre en scène six des principaux protagonistes de l’attentat du 21 août 2015 perpétré par le terroriste marocain Ayoub El-Khazzani dans le Thalys Amsterdam-Paris Nord. Les deux militaires américains Spencer Stone (US Air Force) et Alek Skarlatos (membre d’une unité de la Garde nationale américaine), et leur ami Anthony Sadler, qui ont tous trois neutralisé l’assaillant au péril de leurs vies sans toutefois le tuer; l’universitaire américain Mark Moogalian, qui, de sang-froid, s’est jeté sur El-Khazzani et lui a arraché sa kalachnikov avant d’être blessé par balles et son épouse française Isabelle Risacher; et enfin le passager britannique Chris Norman, qui aida à maîtriser le terroriste, jouent tous leur propre rôle et leur prestation est objectivement plus qu’honorable pour des néophytes. La reconstitution de la cérémonie de remise des Légions d’honneur par François Hollande à l’Elysée, sur laquelle viennent se juxtaposer les images d’origine prises le 24 août 2015, est plutôt audacieuse.

Un djihadiste fiché dans trois pays

Pour mémoire, El-Khazzani, piloté par Abdelhamid Abaaoud, terroriste belgo-marocain et « cerveau » présumé des attentats de Paris en 2015, était fiché dans trois pays – dont la France – comme islamiste radical et faisait l’objet d’une fiche S. Il était entré en Europe illégalement avec Abaaoud en se dissimulant dans un groupe de migrants. Equipé de près de 300 munitions, d’une kalachnikov, d’un pistolet automatique Luger (avec lequel il tira à bout portant sur Moogalian), d’un cutter (qui lui permit de taillader le cou de Stone) et d’un demi-litre d’essence, il aurait – comme le mentionna François Hollande dans son allocution – pu commettre un carnage dans le train qui transportait ce jour-là 544 passagers dont plusieurs enfants.

L’avocate voulait censurer le film

Incarcéré à la prison de Bois-d’Arcy, El-Khazzani, 28 ans, est toujours détenu en isolement dans le quartier réservé aux individus les plus dangereux. Lors des auditions, il a maintenu dans un premier temps la version selon laquelle il était un SDF ayant trouvé un sac contenant de l’armement dans un parc bruxellois, ce qui l’aurait incité à venir détrousser des passagers du Thalys ! Il passa ensuite aux aveux mais soutint cette fois-ci qu’il n’avait eu l’intention de prendre pour cibles qu’une poignée de militaires américains à bord du train. Son avocate Sarah Mauger Poliak  envisageait récemment de faire suspendre Le 15h17 pour Paris jusqu’à la fin du procès et d’attaquer en justice la Warner Bros, au motif que le film porterait atteinte à la présomption d’innocence de son client. A noter que maître Mauger Poliak s’est illustrée, dans l’affaire des policiers gravement brûlés lors de l’attaque de leurs véhicules aux cocktails Molotov à Viry-Châtillon dans l’Essonne, le 8 octobre 2016, en assurant la défense de deux mineurs de 15 et 17 ans, soupçonnés d’avoir confectionné les engins incendiaires.

Amnésie et déni de réalité

Dans ce contexte, par contraste avec l’affligeante comédie d’Olivier Baroux Les Tuche 3 qui fait actuellement l’objet d’une promotion tous azimuts et devrait prochainement totaliser 5 ou même 6 millions d’entrées selon les experts (!), l’indifférence voire le dédain affiché pour le film de Clint Eastwood interroge sur la capacité de notre société à tirer les leçons des événements tragiques qu’elle traverse malgré elle. L’amnésie et le déni de réalité la guettent pour sûr, jusqu’à sa disparition certaine, si elle ne fait pas l’effort de revenir à la raison. « Une nation ou une civilisation qui produit de jour en jour des hommes stupides achète à crédit sa propre mort spirituelle » déclarait Martin Luther King. Il ne croyait pas si bien dire.

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Énigme, toxico, vermine, etc.

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