(Avec AFP) – Après l’attentat raté de vendredi à bord du Thalys, deux enquêtes sont simultanément menées: l’une par le parquet antiterroriste de Paris, dont la compétence est nationale, et l’autre par le parquet fédéral belge. La garde à vue d’Ayoub El Khazzani, dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret, en banlieue parisienne, a été prolongée samedi et peut durer jusqu’à mardi soir.

Ayoub El Khazzani, citoyen marocain de 26 ans, persiste à nier tout projet terroriste, expliquant avoir trouvé par hasard des armes dont il a décidé de se servir pour détrousser les voyageurs du Thalys. « Cela le ferait presque rigoler… », persifle son avocate. Et son conseil d’expliquer à la presse : « Il dit avoir trouvé ce fusil Kalachnikov, son pistolet Luger et un téléphone portable dans une valise, abandonnée dans un parc, près de la gare de Bruxelles où il avait pris l’habitude de dormir. Il est sans domicile fixe depuis qu’il s’est fait voler ses papiers à Bruxelles. Il a notamment travaillé comme peintre en bâtiment en Espagne, où il a aussi été condamné à deux reprises pour trafic de drogue en 2013. » L’avocate ne dit pas pourquoi son client a agressé au cutter les passagers qui voulaient le maitriser et lui retirer son arme : une réaction due à la panique?

Plus sérieusement, les différents services de police ont recoupé un faisceau d’indices qui permettent d’ébaucher son portrait-robot idéologique. Fiché comme membre de la mouvance djihadiste-salafiste par les services de renseignements espagnols et français, l’intéressé « raconte avoir voyagé en Espagne, à Andorre, en Belgique, en Autriche, en Allemagne et avoir fait un passage en France, mais sans préciser le lieu où il a séjourné. En revanche, il a contesté s’être rendu en Turquie et encore plus en Syrie », d’après son avocate. D’après les premiers éléments de l’enquête, El Khazzani a vécu sept ans en Espagne, de 2007 à mars 2014. Il y était arrivé à 18 ans, s’installant d’abord à Madrid puis à Algésiras, en Andalousie, où il s’est fait remarquer par des discours durs légitimant le jihad. Le jeune homme fluet et de taille moyenne y a vécu de petits emplois, et a été détenu une fois pour « trafic de drogues » selon une source des services antiterroristes espagnols.

Il semblerait que ce sympathisant de l’Etat islamique ne soit pas simplement un simple « activiste » (anglicisme qui signifie littéralement « militant »), comme les télévisions aiment à le désigner. Djihadiste croyant et pratiquant, conformément aux préceptes du théoricien de la « gestion de la sauvagerie » Abou Moussab Al-Souri, El Khazzani s’en est pris directement à des civils, probablement sans en référer à un commandement centralisé.

Ayoub El Khazzani, dont l’identité a été confirmée grâce à ses empreintes digitales, « vivait en Belgique, est monté dans un train en Belgique avec des armes sans doute acquises en Belgique. Si notre pays ne regorgeait pas déjà de candidats au djihad, on parlerait de base arrière.


*Photo : @AFP.

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Manuel Moreau
est journaliste et syndicaliste.
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