Un des traits qui distinguent assez fâcheusement la culture politique française de celle des autres grandes démocraties contemporaines est l’incapacité de la droite et de la gauche à comprendre à la fois la cohérence, la continuité et la diversité des courants politiques qui traversent la modernité depuis la Révolution française. Dans la tradition anglaise et américaine, l’idée commune est que la vie politique et intellectuelle s’organise assez naturellement dans une tripartition entre libéralisme, conservatisme et socialisme, dans laquelle le « libéralisme » est en quelque sorte le centre de gravité de la politique moderne tout en étant néanmoins incapable de « saturer » l’ordre social, ce qui explique la rémanence de critiques de l’ordre libéral, qui peuvent être « conservatrices » ou au contraire « socialistes ».

Dans cette vision, la droite et la gauche se divisent sur la portée qu’il faut donner aux principes libéraux (les droits de l’individu, la séparation des pouvoirs, l’autonomie du marché) que la gauche infléchit dans un sens égalitaire et protecteur, alors que la « droite » cherche à les intégrer dans un ordre social dans lequel l’innovation est compatible avec une certaine continuité culturelle et politique : la droite est conservatrice mais elle respecte les institutions libérales, la gauche est libérale, mais elle reprend certaines revendications socialistes pour tenir les promesses indéfinies de la démocratie. En France, une partie importante de la gauche, même modérée, passe son temps à nier qu’elle puisse

 

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