Si le Dictionnaire du conservatisme que publient les éditions du Cerf réhabilite avec brio un courant de pensée souvent diabolisé, on regrettera certains partis pris contre-révolutionnaires. Car tout n’est pas à jeter dans 1789, même pour un esprit conservateur.


La publication d’un volumineux Dictionnaire du conservatisme vient à son heure dans un pays qui a élu un jeune président qui entend remodeler la vie politique autour d’un nouveau clivage entre « conservatisme » et « progressisme » et paraît suffisamment libéral pour ne guère laisser à la droite d’opposition d’autre choix que celui d’assumer une identité « conservatrice ». Dans la plupart des démocraties, la politique s’organise naturellement autour de trois courants majeurs, le conservatisme, le libéralisme et le radicalisme (éventuellement socialiste). En France, la majeure partie de la gauche refuse avec indignation d’être dite libérale, et la droite ne veut surtout pas paraître « conservatrice ».

Le conservatisme fait sa révolution

Les responsables du Dictionnaire prennent acte d’un changement en cours, qui s’est manifesté depuis deux ans par quelques publications significatives1 et qui, surtout, semble travailler en profondeur la partie la plus politisée de la droite, depuis les manifestations de la Manif pour tous jusqu’au large succès de François Fillon à la primaire de la droite et du centre. Ils n’ignorent pas que le conservatisme a eu en France une histoire difficile, mais ils font le pari qu’il a des racines profondes dans la société et dans la politique françaises, et ils saluent avec bonheur sa légitimation en cours dans une partie du monde intellectuel.

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Le projet est donc légitime, et il est naturel que, s’agissant d’un courant qui varie sans cesse selon ce qu’il s’agit de « conserver », il conduise à rassembler sous l’étiquette « conservateur » des politiques et des pensées très diverses et souvent opposées, et à les faire présenter par des auteurs qui ne sont pas tous conservateurs de la même manière. On ne se plaindra pas de ce pluralisme, qui permet de proposer quelques points de vue originaux tout en présentant l’essentiel de ce qu’on est en droit d’attendre dans un Dictionnaire du conservatisme, c’est-à-dire les grands auteurs (Burke, Kirk, MacIntyre, Oakeshott) et les grands thèmes (la tradition, la communauté, la critique de l’Utopie ou de l’individualisme), sans oublier quelques figures politiques majeures (Disraeli, Churchill, Reagan, Thatcher et, pour la France, de Gaulle). Il reste néanmoins que, au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture de l’ouvrage, on éprouve une certaine perplexité, qui vient du sentiment que celui-ci hésite entre une définition sans doute trop large du conservatisme (« des conservateurs apparaissent dès lors qu’ont lieu des transformations significatives », ce qui fait que Démosthène est conservateur contre Philippe, ou Julien l’Apostat contre les chrétiens, ou les vieux dirigeants soviétiques face à la perestroïka) et une approche très française, qui appelle « conservatisme » tout ce qui réagit à et contre la Révolution française.

Un conservatisme ? Des conservateurs !

Les maîtres d’œ

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Février 2018 - #54

Article extrait du Magazine Causeur

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