La nouvelle formule du bac, présentée hier, le 14 février, par Jean-Michel Blanquer, n’est plus « terminale »: elle prépare à nouveau à l’enseignement supérieur.


Voilà une affaire réglée, et non des moindres : le bac nouveau est né. Il est arrivé plus vite qu’on aurait cru. Et devrait être mis en place dès 2021… si les élèves ne descendent pas dans la rue, si les syndicats qui sont, pour le moment, sans voix restent tranquilles et si le corporatisme ne se redresse pas. Pour les élèves, il semble qu’il y ait peu de risques depuis que Bruno Julliard, ce lycéen missionné pour faire sortir ses petits camarades de leur lycée, a été récompensé par une admission à jouer dans la cour des grands. Même la France insoumise n’a pas réussi à mobiliser. Les syndicats, eux, ne manqueront pas de demander quelques moyens supplémentaires. Rien de bien inquiétant. Les difficultés seront sans doute plus grandes du côté corporatiste, car on peut comprendre que les professeurs défendent leur discipline.

Le bac « remusclé » est un lycée « remusclé »

La presse et le grand public ne verront que les modifications de l’examen lui-même, ramené à du contrôle continu (plutôt des sortes de partiels), quatre épreuves écrites ou orales (réparties sur les deux années) et, nouveauté, un oral de vingt minutes. Il y a de quoi alimenter bien des discussions, qui tourneront vite en rond, car il n’y a là rien de bouleversant et tout peut se justifier facilement.

Passons sur le vocabulaire, aujourd’hui inévitable à qui veut être entendu, comme « le baccalauréat égalité », « le baccalauréat plus juste », « le baccalauréat réussite ». Gardons tout le même, pour l’expressivité de la formulation, le « baccalauréat remusclé ».

La vraie nouveauté, celle qu’on n’a peut-être pas encore bien aperçue, c’est que ce baccalauréat est la partie visible d’une transformation discrète, mais profonde des lycées. Méthode Blanquer. L’air de rien, par ce qu’on pourrait penser n’être que de petites touches, on réforme du tout au tout. Déjà la mise en place de Parcoursup, sans en avoir l’air, modifiait toute l’économie du lycée. Par exemple, ce qui n’est quasiment pas commenté et qui est, peut-être, le plus important dans cette réforme : la classe de Terminale n’est plus une classe dite « terminale » mais une classe de « maturation ». Vocabulaire québécois, en usage en Italie, qui devrait être bien accueilli en raison de son allure pédagogiste. On ne voit pas bien ce que cela veut dire, mais on voit bien que la classe Terminale ne termine plus rien. Elle commence autre chose. Elle commence les études post-baccalauréat.

Le bac tient à nouveau compte de la fac

Le sens de cette désignation devient un peu plus clair lorsqu’on se penche sur l’organisation de cette « classe de maturation », qui comportera, naturellement, de la culture commune dite « socle de culture commune » – tout pédagogiste aime les « socles » – des disciplines de spécialités, mais surtout des enseignements facultatifs. Facultatif, c’est dire, au choix des élèves, qui peuvent en prendre jusqu’à deux ou bien ne pas en prendre. Et là se trouve le lycée « remusclé » : mathématiques expertes, mathématiques complémentaires, droit et grands enjeux du monde contemporains. On voit bien que c’est l’enseignement supérieur qui vient ici se faire une place. L’irruption du droit (enfin!) en est un bon signe.

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Tous les espoirs sont donc permis, même si on ne manquera pas de l’entendre dire : cette organisation va accentuer les inégalités. Certes. Mais les inégalités qui se manifestent au lycée ne peuvent pas être corrigées au lycée. C’est trop tard. Les inégalités se corrigent à l’école primaire. Passé le CM2, cette correction est très difficile. Passé la classe de Quatrième, elle est devenue quasi impossible. Et la technique de l’ancien ministère qui consistait à vider les enseignements de leur contenu ne faisait qu’aggraver les choses. Elle masquait les inégalités en réduisant l’enseignement à une sorte de plus petit commun dénominateur, en privant les élèves capables d’un enseignement qui leur aurait été pourtant profitable. L’ancien ministère ne s’y était d’ailleurs pas trompé en proposant de corriger ces inégalités après la classe de Troisième, lorsque ce n’est déjà plus possible.

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement…

Comme on ne peut pas refuser les élèves à l’entrée de la classe de Seconde, des petits détails sont prévus. D’abord l’optionnalité. Sans commentaire. Ensuite « un test numérique de positionnement en début d’année pour permettre à chacun de savoir où il en est en français et en mathématiques ». Aïe ! Puis « un accompagnement personnalisé » et « une aide à l’orientation » de 54 heures.

Maintenant, regardons les « enseignements facultatifs ». En numéro un, voici les « mathématiques expertes » sorte de retour de la magnifique classe de Math’élem d’avant 1967. Pour les ingénieurs et les carrières scientifiques. En numéro deux, les « mathématiques complémentaires », soit le couple proba-statistiques dont ont besoin les gestionnaires d’entreprises d’aujourd’hui et de demain. En numéro trois, « droits et grands enjeux du monde contemporain », sorte de prépa Science Po dont ont besoin les décideurs d’entreprises.

Quant à l’épreuve d’oral, pourtant lourde et onéreuse à organiser, elle est une idée conséquente. Les élèves vont devoir faire l’effort d’abandonner le parler « djeune », « verlandisé » et truffé d’anglicismes lexicaux et syntaxiques. Ce sera une bonne chose, car il est vrai qu’un oral déficient s’accompagne toujours d’une incapacité à s’exprimer à l’écrit.

Il reste encore à trouver une rédaction des programmes susceptible de donner corps à ce rétablissement des lycées. Souhaitons que la nouvelle présidente du CSP, Souâd Ayada y parvienne.

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