L’édito d’Elisabeth Lévy


Nous ne savions pas. Il y a à peine quelques semaines, nous vivions encore dans l’illusion que notre merveilleux pays, résistant à l’américanisation des relations entre les hommes et les femmes, savait encore conjuguer égalité et différence, séduction et respect. On pouvait dire « heureux comme une femme en France ».

Shakespeare out of love

Inconscients que nous étions. Grâce au tsunami de la parole libérée, nous ne pouvons plus ignorer que toute femme, en France, a été, est ou sera une victime, que la culture du viol sévit à tous les étages, en particulier ceux où le mâle blanc et riche exerce sa détestable domination et que se commet un jour sur trois un effroyable féminicide, terme que Le Monde emploie désormais sans guillemets car ces 109 meurtres (en 2016) ne résulteraient pas de tragédies singulières, mais « d’une logique de domination des hommes sur les femmes ». Et ne parlez surtout pas de crime passionnel, cet oxymore est à bannir. « L’amour et la violence ne sont pas compatibles », décrète Edouard Durand, juge des enfants au tribunal de Bobigny, qui n’a jamais dû lire Racine, Shakespeare ou Stendhal – ni d’ailleurs aucun chef-d’œuvre de la littérature. Les défenseurs des femmes en danger sont coutumiers de ce genre d’assertions sur ce que doivent être l’amour et la sexualité. Derrière la compassion, évidemment légitime pour les femmes agressées, violentées ou violées, mais peut-être excessive pour les « victimes » de dragueurs insistants, et légèrement incongrue s’agissant de femmes qui, se repentant après-coup d’avoir cédé à des avances par peur de torpiller leur carrière ou de passer pour coincées, se déclarent traumatisées, on sent vite percer une pulsion normative et punitive.

En attendant, le sort des 40 hommes tués en 2016 par leur compagne n’émeut pas grand monde. Comme l’a remarqué Alain Finkielkraut, lors du raout organisé le 26 octobr

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