Dans la torpeur de l’été macronien, Stéphane Blanchonnet, président du Comité directeur de l’Action française, publie son Petit Dictionnaire maurrassien. L’opuscule offre une clé d’entrée dans la pensée, la vie et l’œuvre de Charles Maurras, un des pères fondateurs, avec Maurice Barrès, du nationalisme français. En cette période où s’esquisse un nouveau clivage entre « mondialistes » et « souverainistes », la lecture de ce catéchisme maurrassien s’avérera utile même à ses contempteurs en leur donnant envie d’aller plus loin.


Et l’Action française eut enfin son petit catéchisme maurrassien. En amateurs de symboles, Stéphane Blanchonnet et la maison d’édition Nouvelle Marge ont choisi le 14 juillet comme date de sortie de ce Petit dictionnaire maurrassien, collection enrichie des chroniques rédigées par l’auteur pour le mensuel Action française. Ces textes, si courts (2 000 signes) qu’ils laissent un goût d’inachevé brossent, entre notules biographiques et concepts clés, un panorama de Charles Maurras au travers de ses idées forces, de ses proches et de ses (rares) continuateurs.

Rédigés « en pensant aux jeunes militants de l’Action française et aux lecteurs sans préjugés », ces articles devraient – c’est un vœu à la limite du pieux – intéresser celles et ceux qui veulent d’opposer aux droites radicales avec efficacité, tant le « maître de Martigues », comme il est de bon ton de surnommer l’idéologue de l’Action française, a inspiré, bon an mal an, l’essentiel des mouvements animant cette sensibilité politique. Il est jusqu’aux honnis identitaires qui se rattachent aux thèses décentralisatrices et provincialistes du jeune Maurras, disciple de Frédéric Mistral et du mouvement des félibres, en oubliant certes l’affirmation supérieure de la nation française.

Loin des tentations fascistes

Cela posé, Maurras n’a pas irrigué que la seule droite révolutionnaire. De Jacques Lacan à François Mitterrand, de Bernanos à Dumézil, ce sont des générations entières et successives qui, jusque dans les années 50, ont été marquées par l’empreinte de ce penseur original dont la structuration doctrinale a permis de maintenir – à quelques exceptions minoritaires près – l’extrême droite française des années 30 à l’écart des tentations fascistes et, plus encore, nationales-socialistes.

Au fil des notes classées par ordre alphabétique se dessine la cohérence, qu’on le veuille ou non, d’une pensée politique si nationaliste qu’elle finit par choisir – « par raisonnement », une méthode chère à l’auteur de cet article, qui peut, quoique issu d’une famille socialiste de province, s’y retrouver – la monarchie, avant le royalisme.

Jeunes gens prompts au coup de poing

Le lecteur découvrira combien l’Action française, mouvement patriote fondé par des Républicains, dont certains de gauche, évoluera rapidement jusqu’à s’assumer comme organisation de droite, fédérant les contre-révolutionnaires, des syndicalistes révolutionnaires comme Valois et toute une génération de jeunes gens prompts au coup de poing.

Mais l’Action française, sous la direction de Charles Maurras, constitue aussi un creuset intellectuel qui attire celles et ceux (ceux surtout, tout de même) qui se vivent comme une élite des arts et des lettres.

Un creuset intellectuel

Une élite qui, comme le roi incarnant « naturellement » le pouvoir et l’autorité, a vocation à diriger aussi naturellement la bataille culturelle comme la République honnie puis à diriger le « coup de force » qui abattra « la gueuse ». L’article sur ce « coup de force » maurrassien intéressera pour l’écho qu’il trouve dans la vision léniniste de la conquête du pouvoir « par tous les moyens nécessaires ».

Stéphane Blanchonnet prend le soin apparent de n’évacuer aucun des aspects, y compris les plus controversés, de la pensée du « maître de l’Action française ». Il assume ainsi « l’antisémitisme d’Etat » de son prédécesseur, ce qui fait office de voile pudique sur l’antisémitisme – certes non essentialiste, à la différence de celui des nazis – avéré de son maître à penser.

« Quatre états confédérés »

Comme les protestants, les francs-maçons et les « métèques », les juifs sont accusés de former un des « quatre états confédérés » minant, par leur propension à l’universalisme, les racines de « LA civilisation » gréco-romaine et catholique que la France incarnerait de la manière « la plus éminente ».

Malgré le positivisme que Stéphane Blanchonnet revendique au nom de l’Action française et malgré les écrits de Maurras sur le sujet, il est difficile de ne pas lire entre les lignes des deux une profonde nostalgie. Et, si quelques rares thèmes ou passages de ce Petit dictionnaire peuvent frapper par leur actualité (l’introduction de la note consacrée à la Démocratie, par exemple), l’ensemble renvoie tout de même à la volonté d’une évolution de la société « à rebours ». Cela s’explique d’autant plus aisément que Maurras a écrit son œuvre avant que les grands bouleversements qui donnent naissance à la société actuelle ne se produisent.

Des gages au lectorat

Stéphane Blanchonnet y fait d’ailleurs allusion en évoquant « l’immigration de masse », et « l’américanisation », entre autres. Mais de manière trop rapide pour que cela ne puisse être interprété que comme des gages donnés à un lectorat essentiellement d’extrême droite. Il serait intéressant que l’auteur, puisqu’il en a la légitimité, rédige à présent le dictionnaire de l’Action française au XXIe siècle. Maintenant que nous savons d’où vient l’AF, il serait utile de savoir où elle veut aller, après qu’elle a appelé à voter, lors de la présidentielle de 2017, pour Marine Le Pen, Dupont-Aignan, François Asselineau ou Jean-Luc Mélenchon.

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