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Jürgen Habermas, disparition d’un maître de la pensée européenne contemporaine à l’heure du réveil des nations libres

Grand défenseur de la construction européenne comme « remède » au nationalisme, le philosophe allemand vient de mourir


L’intellectuel allemand Jürgen Habermas théoricien de l’espace public et de la démocratie délibérative aura défendu jusqu’au bout une certaine idée de l’Europe et de la modernité. Né à Düsseldorf, il est mort à l’âge de 96 ans, à Starnberg, en Bavière, le 14 mars 2026.

Intellectuel majeur de l’Allemagne d’après-guerre, Jürgen Habermas appartient à cette génération allemande forcément marquée dans sa jeunesse par le national-socialisme, puis par l’effondrement moral et politique de 1945. Comme beaucoup de jeunes de son époque, il fut pris dans les organes de l’Allemagne hitlérienne durant sa prime adolescence. La découverte du caractère criminel du régime nazi à la libération nourrira son engagement intellectuel.

Influencé par Max Weber ou Wittgenstein, Habermas est surtout associé à l’Ecole de Francfort – appelée aussi école freudo-marxiste –, avec Horkheimer, Adorno et Marcuse, cette pensée marxiste du XXe siècle qui a gommé la dimension « de gauche » du national-socialisme allemand, réduit à un mouvement d’extrême-droite. Néanmoins Habermas a été, après-guerre, de ceux qui ont remonté le niveau des sciences sociales allemandes à l’échelle internationale pour les sortir du risque de « provincialisation ».

D’emblée Habermas pense contre les totalitarismes. Il s’attaque au silence ou aux compromissions d’une partie du monde intellectuel allemand avec le nazisme, notamment à travers sa critique célèbre du grand philosophe Martin Heidegger qui fut le mentor de Sartre. Ainsi il est devenu l’un de ces sociologues allemands de classe internationale.

Cette exigence de lucidité face au passé, puis face aux dérives possibles du présent, a largement contribué à faire de lui une autorité morale autant qu’un professeur de philosophie.

Habermas a inventé pour se substituer au nationalisme allemand, le patriotisme constitutionnel, complétement dévoyé aujourd’hui par les Cours constitutionnelles. Mais c’est à promouvoir un projet fédéral européen qu’il a consacré la fin de sa vie contre le retour des nations libres voulu par les peuples européens et soutenu par le nouveau pouvoir américain que ce soit le président Donald Trump, le vice-président J.D. Vance ou l’industriel Elon Musk. « Jürgen Habermas était presque devenu le philosophe d’Etat de l’Allemagne démocratique », déclarait le ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer. Identifié au projet européen d’une République fédérale allemande qui se voulait définitivement guérie de ses « démons nationalistes ». Son nom reste par ailleurs associé à plusieurs concepts devenus centraux dans
les sciences sociales contemporaines. Celui d’espace public – sa thèse de doctorat –, développé dans un ouvrage paru au début des années 1960, où il analyse la manière dont se forme un débat public rationnel dans les sociétés modernes. Celui de raison communicationnelle, au cœur de son œuvre, Théorie de l’agir communicationnel, publiée en 1981.

L’idée, chez Habermas, est que la raison ne se réduit ni à la technique, ni à l’efficacité, ni au calcul. Elle se déploie aussi dans l’échange, dans la discussion, dans la confrontation des arguments. Le langage n’est pas seulement un outil pour décrire le monde ; il est aussi ce qui permet à des hommes de chercher un accord, de soumettre leurs affirmations à la critique et, éventuellement, de dégager des normes communes.

De là découle toute une réflexion sur l’éthique de la discussion, la légitimité démocratique et les conditions d’un débat public digne de ce nom. Habermas a ainsi défendu l’idée qu’une norme n’est véritablement légitime que si elle peut être discutée librement par tous ceux qu’elle concerne.

Contre les tentations d’un « fascisme de gauche »

Habermas ne fut jamais un penseur retiré dans sa tour d’ivoire. À l’image d’un André Glucksmann ou d’un Finkielkraut en France, il a constamment pris part aux débats de son époque. Dans les années 1960, il dialogue avec la contestation étudiante allemande, avant de mettre en garde contre ses dérives et contre ce qu’il désignera plus tard comme les tentations d’un « fascisme de gauche ». Il intervient ensuite sur la réunification allemande dont « le Deutsche mark était l’étendard » critique-t-il ; sur l’éthique biomédicale ; sur la place des religions dans les sociétés sécularisées ; sur le 11-Septembre ; sur la crise sanitaire ; sur la guerre en Ukraine, inquiet du ton belliciste des jeunes figures politiques de l’écologie ; ou encore sur l’état des démocraties occidentales.

Notons qu’il a refusé le prix littéraire Cheikh Zahed en 2021, considérant les Emirats Arabes Unis comme une non-démocratie répressive.

Cette présence continue dans le débat public a contribué à faire de lui bien davantage qu’un universitaire renommé. En Allemagne, terre de Kant, Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer… où l’on distribue rarement à la légère le titre de philosophe, Habermas s’était imposé comme une figure à part, parfois décrite comme une conscience publique de la République fédérale.

Sa pensée a été admirée, discutée, critiquée. Certains lui ont reproché son attachement persistant à l’universalisme des Lumières, d’autres son optimisme jugé excessif quant aux vertus de la discussion rationnelle. D’autres encore ont vu dans sa confiance dans le consensus une forme d’idéalisme peu compatible avec la brutalité réelle des rapports de forces politiques. Mais même ses adversaires reconnaissaient généralement l’ampleur de son œuvre et son importance dans le champ intellectuel européen.

Au cours de ces dernières décennies, Habermas, à la différence du philosophe anglais Roger Scruton défenseur du Brexit, s’est de plus en plus identifié à la défense d’un projet européen fort. Hostile au retour des « nationalismes », il voyait dans Bruxelles bien davantage qu’un simple marché ou qu’un arrangement institutionnel. Il y cherchait un cadre politique nouveau, susceptible de dépasser l’État-nation sans dissoudre pour autant les libertés publiques.

Patriotisme constitutionnel

C’est dans ce contexte qu’il a développé l’idée de patriotisme constitutionnel, c’est-à-dire d’un attachement non pas à une appartenance ethnique ou historique fermée, mais à des institutions, à des règles communes et à un ordre démocratique. Cette notion a profondément marqué la pensée politique allemande et européenne de ceux qu’on appelle les « européistes » sans qu’ils ne lui rendent pour autant expressément hommage.

Habermas croyait à la possibilité d’une citoyenneté postnationale, fondée sur le droit, la discussion publique et l’adhésion à des principes démocratiques plutôt qu’à une seule identité historique ou nationale. Il a donc naturellement défendu une intégration européenne plus poussée, de tonalité franchement fédérale, dans l’espoir de conjurer les rivalités qui avaient ravagé le continent au XXe siècle.

Cette orientation a aussi nourri des critiques. Pour ses partisans, elle prolongeait logiquement son combat contre les passions identitaires meurtrières. Pour ses détracteurs, elle traduisait une forme d’aveuglement aux réalités historiques, culturelles et politiques des nations européennes. Mais là encore, Habermas aura imposé un cadre de débat que nul ne pouvait ignorer.

La disparition de Jürgen Habermas précèdera-elle la fin du globalisme européen, prodrome du globalisme occidental américain, aujourd’hui remis en question par l’Amérique de Trump après avoir été remis en question par l’Angleterre de Boris Johnson avec le Brexit ? Avec lui s’éteint l’un des derniers grands philosophes européens capables de tenir ensemble spéculation théorique, intervention civique et ambition historique. Son œuvre, dense, souvent difficile, restera pourtant incontournable pour quiconque veut comprendre les débats modernes sur la démocratie, le droit, la communication, la légitimité ou l’espace public.

Parmi ses livres les plus importants figurent L’Espace publicThéorie de l’agir communicationnelMorale et communicationDroit et démocratieLe discours philosophique de la modernitéVérité et justification ou encore ses travaux plus tardifs sur l’Europe et l’histoire de la philosophie.

Il a continué d’écrire, de publier et d’intervenir, jusqu’à un âge très avancé. Ses derniers ouvrages témoignaient encore de cette fidélité à une conviction : défendre l’usage public de la raison. C’est sans doute là, au-delà des querelles académiques et des controverses politiques, que réside l’héritage essentiel de Jürgen Habermas. Nouvel Érasme, un homme qui, après les ruines européennes du XXe siècle, aura voulu croire que la parole, la discussion et le droit pouvaient encore servir de rempart contre le chaos. Pour les défenseurs des nations libres qui échangent et coopèrent entre-elles librement, il reste le meilleur des adversaires, parce qu’il les oblige à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Oscars: Hollywood continue de se vivre en rempart contre Donald Trump

La cérémonie de dimanche a notamment vu triompher le chef-d’œuvre néo-progressiste Une Bataille après l’Autre.


C’était attendu : le thriller burlesque Une Bataille après l’Autre triomphe aux Oscars avec six trophées, dont les deux plus convoités – meilleur film et meilleur réalisateur. Le film devance Sinners, épopée vampiro-démoniaque afro-américaine qui repart néanmoins avec quatre statuettes, dont celle du « meilleur acteur » pour Michael B. Jordan, devenu le 6e acteur noir de l’histoire à décrocher cette récompense.

Cette domination de Une Bataille… marque surtout la consécration tardive de son réalisateur, Paul Thomas Anderson. Celui qui avait déjà signé Magnolia et There Will Be Blood a dû attendre l’âge de 55 ans pour être enfin couronné par ses pairs et repartir avec la mythique statuette asexuée.

Violence politique

Le film lui-même s’inscrit dans une veine très contemporaine. Une Bataille…  met en scène une Amérique irréconciliable où des terroristes d’extrême-gauche sont traqués par un suprémaciste blanc incarné par Sean Penn. Snobisme oblige, l’acteur n’était pas présent pour récupérer son Oscar du meilleur second rôle masculin. Le scénario réserve un retournement final spectaculaire : le chasseur de gauchistes finit gazé par une société secrète néo-nazie héritière du Ku Klux Klan après la révélation de ses origines juives.

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Sur le plan formel et technique, le film relève incontestablement du chef-d’œuvre. Mais sur le fond, il n’échappe pas à certains clichés. Sean Penn peine notamment à rendre son personnage réellement crédible, tandis que Paul Thomas Anderson choisit de rendre sympathiques des héros qui restent, au fond, des adeptes assumés de la violence politique.

Une Amérique progressiste toujours autant obsédée par la race

Dans un registre différent mais tout aussi engagé, Sinners illustre lui aussi cette dimension politique du cinéma hollywoodien contemporain. Totalement afro-américain dans son casting et sa narration, le film raconte l’histoire de deux jumeaux – incarnés par Michael B. Jordan – combattant des vampires qui « sucent » la culture noire, métaphore transparente des blessures laissées par la ségrégation.

La récompense du meilleur acteur vient ainsi consacrer Michael B. Jordan, désormais membre d’un club encore restreint : celui des acteurs noirs oscarisés pour le prix du meilleur acteur. Ils sont désormais six dans l’histoire de l’Académie, aux côtés notamment de Sidney Poitier, Denzel Washington, Jamie Foxx, Forest Whitaker ou encore Will Smith (et 21, toutes statuettes confondues). Ce dernier, toutefois, reste persona non grata à Hollywood. Lors de la cérémonie de 2022, il avait giflé sur scène l’humoriste Chris Rock après une blague sur l’alopécie de son épouse. Un geste qui lui a valu d’être banni pour dix ans des cérémonies de l’Académie.

Will Smith frappe l’humoriste Chris Rock sur scène lors de la cérémonie des Oscars, le 27 mars 2022 © Chris Pizzello/AP/SIPA

Pris ensemble, les deux films les plus récompensés – Une Bataille…  et Sinners, qui totalisent dix Oscars à eux deux – donnent le ton du palmarès. Hollywood confirme une fois encore sa tendance à se percevoir comme un contre-pouvoir culturel face à Donald Trump.

Javier Bardem grotesque

Cette orientation tranche avec certaines grandes cérémonies du passé. Titanic avait ainsi raflé onze Oscars en 1998, et Le Seigneur des Anneaux avait reproduit le même exploit en 2004. À l’époque, l’industrie semblait privilégier de grandes fresques spectaculaires, davantage tournées vers le divertissement que vers le message politique.

Mais Hollywood se voit peut-être aujourd’hui investi d’une mission pédagogique. Paul Thomas Anderson l’a lui-même expliqué lors de son discours : « J’ai écrit ce film pour mes enfants, afin de leur demander pardon pour le bazar que nous leur léguons dans ce monde, mais aussi pour les encourager à devenir la génération qui, je l’espère, nous apportera un peu de bon sens et de décence. »

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Pour autant, la cérémonie n’a pas viré au meeting politique. À part Javier Bardem, qui a lancé un bref « Libérez la Palestine », la plupart des discours sont restés relativement consensuels.

Certaines surprises ont néanmoins marqué la soirée. Alors que beaucoup attendaient un triomphe de Hamnet, qui raconte de manière fictionnelle le deuil de William Shakespeare après la mort de son fils en 1596, le film doit finalement se « contenter » de l’Oscar de la meilleure actrice pour Jessie Buckley, qui incarne l’épouse du dramaturge.

Timothée Chalamet bredouille

Autre déception notable : Timothée Chalamet repart bredouille pour son rôle dans « Marty Supreme ». Son interprétation d’un champion de tennis de table n’a manifestement pas convaincu l’Académie. On ignore toutefois si ses déclarations sur le ballet et le théâtre, dont il juge que « tout le monde se fiche » ont joué contre lui.

Du côté des récompenses techniques, c’est Frankenstein de Guillermo del Toro qui tire son épingle du jeu. Le film remporte trois Oscars pour les costumes, le maquillage et la conception visuelle. Une réussite esthétique indéniable, même si le réalisateur ne révolutionne pas vraiment le mythe imaginé par Mary Shelley. L’un des points forts reste toutefois la créature incarnée par l’acteur australien Jacob Elordi, dont la stature imposante – un mètre quatre-vingt-seize – donne une présence physique saisissante au monstre.

Au final, cette cérémonie des Oscars aura donc, une fois de plus, délivré un message politique. Mais contrairement à certaines éditions précédentes, celui-ci s’est exprimé de manière plus subtile. On progresse ?

Les municipales amorcent le dégagisme

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L’abstention est finalement le seul parti qui gagne toujours. Les oubliés voteront-ils un jour la fin du système?


Les Français oubliés se libèreront-ils, par les urnes, de leurs maltraitants ? Le premier parti reste celui des abstentionnistes, vu la médiocre participation, hier, au premier tour des municipales (58%). Les formations politiques, qui recueillent la défiance de 90% des citoyens (sondage Ipsos « Fractures françaises »), ne savent plus s’adresser aux citoyens abandonnés. La démocratie est bloquée. Le dégagisme des « élites » sentencieuses, amorcé avec la déroute de la macronie, reste pourtant la seule issue pour rompre avec le système mondialiste : en cinquante ans, il a fait de la nation dépecée une proie pour le djihad importé.

L’actualité étant occupée par la guerre en Iran, les macronistes ne sont pas parvenus à se faire entendre pendant la campagne des municipales. Gabriel Attal, hier. RS.

Samedi à Paris, au prétexte de manifester contre une fictive menace fasciste, l’extrême gauche a été rejointe par des défenseurs du régime nazislamiste des mollahs iraniens. Répondant à la mort de l’adjudant-chef Arnaud Frion, tué le 12 mars au Kurdistan irakien par un commando pro-iranien, Emmanuel Macron a prudemment rappelé : « Nous ne sommes pas engagés et en guerre contre qui que ce soit ». Seul Vladimir Poutine l’obsède. Alors que les Etats-Unis et Israël mènent, depuis deux semaines, une offensive civilisationnelle contre le totalitarisme apocalyptique des ayatollahs sous les applaudissements des Iraniens oppressés, la gauche-mondaine et la gauche-halal se pâment devant la résistance des Gardiens de la révolution, classés par l’UE comme terroristes. La haine contre Trump et Netanyahou fait prédire à certains, même à droite, leur défaite. La veulerie face à l’islam politique caractérise les dirigeants et les médias acquis à la politique de « l’apaisement ».

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Dans ce contexte, rien n’est moins surprenant que les bons scores obtenus par la France insoumise. A Roubaix, symbole de la « nouvelle France » islamisée théorisée par Jean-Luc Mélenchon, David Guiraud recueille 46,5% des suffrages. A Paris, Sophia Chikirou obtient 12% des suffrages tandis que Sarah Knafo (Reconquête) atteint tout juste les 10% lui permettant théoriquement de se maintenir dimanche prochain. Le RN, qui aligne aussi de bons résultats, risque néanmoins de perdre Marseille à cause d’une droite LR invertébrée qui n’ose appeler à des alliances. C’est un écrivain, Boualem Sansal, qui se montre le plus déterminé dans la résistance à l’obscurantisme islamique et à rhinocérite de l’intelligentsia. Vendredi, le nouvel Académicien a fait connaître son choix d’abandonner, après 27 ans de collaboration, son éditeur Gallimard, pour rejoindre Grasset et le groupe Hachette de Vincent Bolloré. Otage durant un an du régime algérien, Sansal a expliqué hier au JDD les raisons de sa rupture: «Je traine quelque-chose en moi dont je dois me libérer. Rester chez Gallimard, c’était accepter de rester otage. J’ai senti le besoin de m’éloigner de ceux qui me poussent à accepter ma situation au nom de considérations géostratégiques ou je ne sais quoi».

En septembre 2015, Antoine Gallimard avait prétendu que Sansal refuserait le prix Sakharov qui lui proposait Jordan Bardella au nom des « Patriotes pour l’Europe » du parlement européen. Une position que Sansal avait démentie à sa libération.

Face à la pensée totalitaire et aux belles âmes à ventre mou, le Soljenitsyne de l’islamisme a choisi son camp. A défaut de leader politique, il est l’exemple à suivre pour tourner la page.

La révolution des oubliés

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Municipales: le message venu d’en bas

RN et LFI réalisent des percées inédites lors des élections municipales. Désormais en France, même nos tranquilles élections municipales témoignent dexpériences sociales citoyennes si divergentes qu’elles en produisent des visions du monde incompatibles.


Avant toute interprétation, il faut regarder les faits. Les élections municipales du 15 mars ont livré leurs premiers enseignements. Dans plusieurs grandes villes françaises, deux forces politiques que tout oppose progressent simultanément : le Rassemblement national et La France insoumise. Ce double mouvement éclaire la polarisation croissante du pays.

Quelques résultats marquants du premier tour permettent d’en mesurer l’ampleur.

Concernant le Rassemblement national de Jordan Bardella et Marine Le Pen

  • Perpignan : Louis Aliot (RN) réélu dès le premier tour avec plus de 50 % des voix, confirmant l’enracinement municipal du parti. 
  • Marseille : Franck Allisio (RN) autour de 35 %, pratiquement à égalité avec le maire sortant Benoît Payan. 
  • Toulon : le RN arrive en tête du premier tour et Laure Lavalette se place en position de conquérir la ville au second tour. 
  • Nice : Éric Ciotti de l’UDR, partenaire du RN, est bien placé pour chiper la mairie à Christian Estrosi.
  • Fréjus : le maire RN David Rachline est réélu avec une large avance. 
  • Hénin-Beaumont : le bastion historique du RN est confirmé au premier tour (Steeve Briois remporte près de 77% des suffrages).

Ces résultats montrent la transformation progressive du RN en force municipale durable, notamment dans le sud et dans plusieurs villes populaires.

La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon

Dans les métropoles et certaines villes populaires, c’est un autre phénomène qui apparaît : la progression de la gauche radicale.

  • Toulouse : François Piquemal (LFI) 27,56 %, arrivant deuxième derrière le maire sortant. 
  • Roubaix : forte poussée de la gauche radicale qui arrive en tête en racolant le vote immigré.
  • Lille : progression significative de la candidate LFI dans une ville historiquement socialiste. 
  • Saint-Denis : implantation solide de la gauche radicale dans l’électorat urbain populaire. Victoire de la liste de Bally Bagayoko au premier tour. 

Ce double phénomène – enracinement municipal du RN et percée urbaine de LFI – dessine un paysage politique profondément transformé.

Les partis traditionnels, longtemps dominants dans les grandes villes françaises, apparaissent désormais pris entre deux radicalités électorales qui progressent simultanément.

C’est dans ce contexte qu’il faut lire les résultats de ces municipales. Il arrive qu’un pays parle d’une voix basse, presque souterraine, une voix qui ne passe ni par les éditoriaux ni par les proclamations officielles, mais par ces gestes minuscules et obstinés que sont les bulletins déposés dans une urne. Hier soir, dans plusieurs villes françaises, cette voix s’est faite entendre.

Les résultats du premier tour des élections municipales ne sont pas seulement des chiffres. Ils ressemblent à ces fissures qui apparaissent dans un mur que l’on croyait solide. Au début on les remarque à peine. Puis on comprend qu’elles disent autre chose : le bâtiment lui-même travaille. La France est entrée dans un âge de fracture.

Dans certaines villes, les listes qualifiées par la presse d’« extrême droite » progressent nettement, portées par un électorat populaire qui réclame avant tout la sécurité, l’ordre et la protection d’un monde qu’il sent se dérober. Dans d’autres secteurs urbains, des votes communautaires apparaissent désormais au grand jour, structurés par des réseaux religieux, identitaires ou territoriaux.

Mais un autre phénomène mérite d’être regardé avec la même attention : le renforcement visible de La France insoumise dans plusieurs métropoles. Il serait trop simple d’y voir la confirmation d’un vote traditionnel de gauche. Ce qui s’exprime ici est autre chose : une colère politique qui cherche son langage et qui le trouve dans une parole de rupture, d’accusation et parfois d’affrontement. Ainsi la France se polarise.

D’un côté, une demande d’ordre et de protection. De l’autre, une gauche de confrontation qui prospère sur la dénonciation d’un système jugé injuste et illégitime. Entre les deux, le vieux monde politique – celui du compromis républicain, de la social-démocratie municipale, des équilibres prudents – semble se dissoudre. Certaines villes françaises ressemblent désormais à des archipels politiques. Dans un même espace urbain coexistent des territoires électoraux qui n’appartiennent plus au même imaginaire national.

Il ne s’agit donc pas simplement d’un changement de majorité municipale. Ce qui apparaît à travers ces élections, c’est un état du pays : celui d’une société traversée par la peur, la colère et la sensation obscure que quelque chose de fondamental se défait.

La peur

Il faut commencer par la peur. La peur est un mot que les sociétés modernes aiment disqualifier. On le relègue volontiers dans le domaine des passions honteuses, des instincts archaïques, des fantasmes politiques. Mais la peur possède une propriété étrange : lorsqu’elle devient collective, elle finit toujours par trouver une forme politique.

La peur française n’est pas une abstraction. Elle habite les gestes quotidiens. Elle se lit dans ces détours que l’on fait pour rentrer chez soi, dans ces regards rapides échangés dans le métro, dans ces silences qui s’installent lorsqu’un groupe trop bruyant, trop imprévisible, traverse une place. Ce sont des choses minuscules. Mais les sociétés se transforment par ces détails. Un jour, sans que personne ne l’ait décidé, l’espace commun cesse d’être pleinement partagé.

La modernité démocratique reposait sur une promesse simple : chacun devait pouvoir circuler librement dans un monde commun, sans avoir à craindre l’autre. Lorsque cette évidence disparaît, ce n’est pas seulement un problème d’ordre public. C’est une transformation beaucoup plus profonde : une transformation du rapport que les individus entretiennent avec la société elle-même. La France d’aujourd’hui vit cette transformation.

Les militaires devant les écoles, les patrouilles dans les gares, les contrôles permanents, les alertes, les sirènes : tout cela est devenu normal. On ne s’en étonne plus. L’extraordinaire est devenu banal. Mais ce qui rend cette peur politiquement explosive n’est pas son existence. C’est le fait qu’elle soit niée. Depuis plusieurs décennies, une partie des élites intellectuelles et médiatiques s’est habituée à considérer les inquiétudes populaires comme une illusion morale. La peur ne serait qu’un produit de l’ignorance, du préjugé ou de la manipulation. Ainsi se produit une inversion étrange : l’expérience vécue devient suspecte. Celui qui dit sa peur n’est plus un citoyen décrivant le monde tel qu’il le perçoit ; il devient un individu dont il faudrait corriger les représentations. Or aucune société ne peut durablement fonctionner sur une telle négation du réel.

La colère

Lorsque la peur ne peut pas être dite, elle se transforme. Elle devient colère. La colère est un sentiment plus politique que la peur. Elle naît lorsque ceux qui vivent une situation difficile ont le sentiment que leurs institutions refusent de la voir. Alors la confiance disparaît.

Le peuple commence à soupçonner que ceux qui gouvernent ne vivent pas dans le même monde que lui. Les dirigeants parlent de statistiques, de perceptions biaisées, de fantasmes collectifs. Mais la vie quotidienne, elle, continue.

Dans ce fossé s’installe la rancœur. Les élections deviennent alors l’un des rares moments où cette rancœur peut se manifester. C’est ce qui explique la puissance des votes de rupture observés dans toute l’Europe. Ils ne sont pas seulement idéologiques. Ils sont l’expression d’une demande de reconnaissance. La France n’échappe pas à ce mouvement.

Le double radicalisme

Les municipales qui viennent d’avoir lieu montrent que cette colère emprunte désormais deux chemins opposés. Dans certains territoires, elle se traduit par un vote en faveur de formations promettant la restauration de l’ordre et de l’autorité. Dans d’autres, elle alimente la progression d’une gauche radicale qui voit dans la société française l’expression d’une domination structurelle.

Le renforcement de La France insoumise dans plusieurs grandes villes appartient à ce second phénomène. Ce vote ne signifie pas seulement une fidélité partisane. Il révèle l’installation d’une culture politique de confrontation. Pour une partie de ses électeurs, la société française n’est plus un espace de compromis imparfait qu’il faudrait améliorer. Elle est devenue un système injuste qu’il faudrait combattre.

Ce récit possède une puissance émotionnelle réelle. Il offre un langage à ceux qui se vivent comme des victimes d’une société française qui serait raciste et à une jeunesse urbaine qui épouse la cause palestinienne. Mais il contribue aussi à durcir les lignes de fracture. Car face à cette gauche de rupture se développe une demande symétrique de protection et d’autorité.

La France se retrouve ainsi prise dans un mouvement de polarisation qui traverse désormais toutes les démocraties occidentales.

Le conflit des imaginaires

Il y a, au cœur de cette fracture, un conflit plus profond encore. Certains Français regardent les transformations démographiques, culturelles et religieuses du pays avec une inquiétude qui touche à l’idée même de continuité historique. Ils ont le sentiment que la France change trop vite, trop profondément, sans qu’aucun débat véritable n’ait jamais eu lieu. Pour eux, ces mutations ressemblent à une dépossession silencieuse.

D’autres, au contraire, voient dans ces transformations l’annonce d’un monde nouveau. Une société plus diverse, plus métissée, plus affranchie de ses héritages nationaux anciens. Ce que les uns redoutent, les autres l’appellent de leurs vœux. Ainsi le même mouvement historique devient l’objet d’un conflit d’interprétation radical. Les uns parlent de perte.
Les autres parlent de progrès. Les uns redoutent un basculement civilisationnel.
Les autres y voient l’accomplissement d’une promesse politique.

Entre ces deux visions du monde, la discussion devient presque impossible. Car il ne s’agit plus seulement de politique, mais d’identité, d’histoire et de destin collectif.

Une démocratie fragilisée?

Une démocratie peut survivre à des conflits profonds. Elle peut même prospérer dans la confrontation. Mais elle suppose l’existence d’un monde commun, d’un espace symbolique dans lequel les adversaires politiques continuent de se reconnaître comme appartenant à la même communauté. C’est précisément ce monde commun qui semble aujourd’hui vaciller. Les municipales de cette année ne sont donc pas seulement un événement local. Elles ressemblent à un symptôme. Le symptôme d’un pays où les expériences sociales divergent au point de produire des visions du monde incompatibles.

Un pays où la peur des uns est jugée illégitime par les autres. Un pays où la colère devient la seule langue politique encore audible. La démocratie ne meurt pas parce que les citoyens ont peur. Elle meurt lorsque leurs peurs ne peuvent plus être dites. Elle meurt quand les conflits indispensables dans une démocratie se transforment en violence et en diabolisations réciproques. 

Et si les urnes municipales ont ainsi parlé hier soir, c’est peut-être parce qu’elles ont servi de refuge à une parole que la société française ne sait plus entendre autrement.

La société malade

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Chez Sarah Knafo, l’euphorie à l’épreuve du bandeau de BFMTV

Nos intrépides reporters ont suivi l’annonce des résultats dans les QG de Mmes Dati et Knafo, hier soir. Sur le fil, la candidate surprise du scrutin parisien, vêtue de jaune, a finalement passé la barre des 10% au bout de la nuit. Cinq candidats se retrouvent au second tour dans la capitale.


Les soirées électorales font partie de ces moments qui réunissent dans des endroits plus ou moins exigus des journalistes en chaussures Veja et des militants de droite de l’Ouest parisien. A Paris, il y avait un peu de choix, même si Thierry Mariani (RN-UDR) avait décidé de renoncer à ce rituel, faute d’intérêt suscité par sa campagne.

Nous nous ruons tout d’abord au QG de Rachida Dati, dans le 12ème arrondissement. Entassés dans un local à peine plus large qu’une grosse cabine téléphonique, des échotiers commentent les premiers sondages et tentent de détecter, à distance, les premiers indices d’une déferlante droitière dans l’hexagone.

Sur place, les militants font défaut : on veut les imaginer encore dans les bureaux de vote à dépouiller et à remonter les premiers résultats.

On file chez Sarah

Vers 19 heures 30, la tentation d’aller voir ce qui se passe chez la coqueluche de la campagne, Sarah Knafo, est trop grande et nous pousse à traverser les quelques stations de métro qui nous séparent de l’événement. Dans le 2ème arrondissement, l’équipe de campagne a vu les choses en grand, en louant un espace de 335 mètres carré à quelques mètres de la place de l’Opéra. Ici, la déambulation et l’accès au bar sont plus commodes. De premières estimations qui bruissent sous le manteau annoncent la championne à 16%, ce qui entraîne un début d’euphorie parmi les militants, gonflés à bloc et ravis de la campagne acidulée et flashy de Sarah Knafo. « On a vu énormément de nouveaux militants arriver, ceux qui n’étaient pas dans la campagne de Zemmour en 2022 et ont rejoint Reconquête et Sarah à cette occasion. On a vu revenir aussi quelques têtes que nous avions perdu », nous confie Jannick, tête de liste dans le 12ème arrondissement.

Une question agite tous les esprits : Sarah Knafo pourra-t-elle imposer l’union des droites à Rachida Dati, et donc une fusion de liste – provoquant, à l’occasion, un petit séisme politique ? Et si l’ancienne ministre de la Culture ferme la porte à une telle union, Sarah Knafo maintiendra-t-elle sa candidature au risque de passer pour celle qui aura fait perdre la droite ? « Je laisse ma candidate choisir » rappelle ce militant parisien. Un cadre de Reconquête, candidat bien placé, « très confiant », s’emballe : « Cette élection, si elle conduit à une union des droites au second tour, peut donner de grandes choses aux présidentielles ». Et si l’alliance échoue ? « La faute incomberait à Dati et non à Knafo, pas question de se saborder. Il faut imposer un rapport de force à LR et les obliger à la fusion ».

La question du retrait unilatéral pour ne pas trop embêter la candidature Dati coupe la salle en deux. Un jeune adhérent, encarté de la première heure, se dit « contre tout retrait unilatéral » en cas de refus de fusion de Dati. De toute façon, abonde un jeune militant, 18 ans, étudiant parisien, « nos électeurs ne voteront pas Dati si on ne leur tend pas la main. » Un sabordage de la liste serait donc difficile à faire avaler à une partie des militants, même si c’est pour la bonne cause : faire battre la gauche.

La fête est finie

Les nouveaux chiffres qui circulent sont désormais moins favorables. La possibilité d’un maintien possible au second tour n’est même plus évidente. Olivier Ubéda, maître des grandes cérémonies Reconquête, prend le micro pour faire fermer (provisoirement) le bar : la fête est finie. L’écran de BFMTV affiche un score en dessous de 10. Celui de CNews juste au seuil de qualification. L’enthousiasme débordant de début de soirée est quelque peu refroidi. Comme à Roland-Garros, la balle va hésiter toute la soirée, sur la ligne blanche du filet, entre les 10,1 % et les 9,9 % fatidiques. Maintien possible ou non au second tour, l’hypothèse d’un braquage électoral et d’une fusion « imposée » à Dati s’est de toute façon éteinte. Aucun membre de l’équipe ne veut commenter les résultats provisoires : « Commenter quoi ? » répond Olivier Ubéda, « il n’y a pas encore de résultats ». Les militants les plus bavards se lâchent un peu : « Paris a perdu une sacrée candidate » ; « faut croire que les Parisiens aiment la gauche, les impôts, la saleté, l’insécurité. » « Je vais noyer le chagrin dans un calva vieilli en fût de whisky » assure ce militant bien affrété du VIIe arrondissement parti retourner s’enterrer dans sa « maison de campagne en Normandie ». Un cadre du parti tempère le propos et n’est pas tant surpris par le bon score du candidat Grégoire : « Il a fait une bonne campagne. Il n’a rien fait ou dit dans la campagne qui puisse effrayer un électeur centriste ».

De Kingdom of Heaven à Amélie Poulain

Quelques militants Reconquête canal historique critiquent légèrement l’esthétique de la campagne Knafo. « Moi, la mise en scène Pixar et les visuels à l’intelligence artificielle… j’ai trouvé ça ridicule » nous confie ce militant de l’Est de la France, présent pour la soirée électorale. Quelques voix regrettent que Reconquête soit passé un peu vite de Kingdom of Heaven (avec la musique de Vangelis) à Amélie Poulain (avec l’accordéon de Yann Tiersen). Un trop gros score de Knafo aurait pu enterrer politiquement Eric Zemmour pour la présidentielle ; désormais, il est possible de manifester à Reconquête sa préférence pour le président du parti.

Tandis que Rachida Dati a fait un clin d’œil appuyé à la campagne de Sarah Knafo, celle-ci prend enfin la parole. Tant pis si rien ne permet pour le moment d’être certain que la barre des 10 % sera franchie. « Nos voix peuvent faire gagner la droite. Nous pouvons être assez nombreux pour faire barrage à la gauche. Il ne faut pas laisser passer cette chance. Comme je l’ai toujours dit, je garde le cap. Je veux la victoire contre la gauche. D’ores et déjà, les résultats parlent : les voix du centre ne suffiront pas à l’emporter. Toutes les familles de la droite seront nécessaires. Elles devront toutes être représentées et respectées pour l’emporter », déclare la candidate, dans un discours rendant possible toutes les décisions finales. Nous sondons la chanteuse Koxie, aka Laura Cohen, qui, tel un valeureux arrière droit de Ligue 1 respectueux des consignes, ne nous apporte comme unique éclairage que : « Sarah a parlé. Nous attendons la suite ». La nuit portera conseil, et après tout, il fera jour demain.

Lang version facho

C’est une belle histoire à raconter dans les écoles, les prêches et les veillées chez les personnes de bonne volonté.


Figurez-vous qu’aux États-Unis ils ont aussi leur Jake Lang. Mais avec un « e » de plus à la fin du prénom et, autre différence notable, le leur se veut militant d’extrême-droite. Il se montre en particulier très actif dans le soutien à la police de l’immigration, ICE, celle dont on a tant parlé dans nos médias français de référence et de bien-pensance après deux bavures, de fait extrêmement regrettables, puisque deux personnes y ont perdu la vie.

Cet ancien émeutier du Capitole gracié par Donald Trump avait cru judicieux d’organiser, voilà quelques semaines, le 17 janvier dernier pour être précis, une manifestation en faveur de la police sus-mentionnée à Minneapolis, dans le Minnesota.

Il s’attendait à ce qu’il y ait foule. Ce ne fut pas vraiment le cas. Il paraît que l’événement aurait surtout réussi à mobiliser le camp d’en face, les anti-police de l’immigration. De ce côté-là, on est venu en nombre, et notre aventureux Jake Lang a bien failli passer là un très sale quart d’heure. Pris à parti, malmené, insulté, il aurait même pu y laisser non seulement des plumes, mais la vie. Carrément.

Or, là où l’histoire devient non seulement plaisante mais édifiante et jolie est que ce gars qui fait profession de détester les Noirs, qui conchie autant qu’il le peut les transsexuels, les homos, se vit protégé des coups par un Black de trente ans, Ishciah Blackwell, genre costaud de chez costaud, et sauvé de la meute par un(e) transgenre, noire elle aussi, qui passait par là en voiture en compagnie de son amie. Daye Gottche – c’est son nom –  a arrêté l’auto pour permettre au gringalet bien mal parti de s’enfuir. Notre vaillant et calamiteux activiste Lang doit donc une fière chandelle à deux personnes appartenant aux catégories sociales qu’il combat aussi violemment qu’il le peut, qu’il méprise matin, midi et soir, et qu’il voudrait voir réduites au silence et à l’inexistence.

A lire aussi: Au nom de l’antifascisme…

Les déclarations de ses sauveurs sont intéressantes, elles aussi édifiantes. Autant au moins que leur action. Blackwell, le costaud, a simplement dit : « Je suis un homme et je crois que tous les humains doivent être traités de la même manière. » Précisons que, faisant un rempart de son corps, il a ménagé assez d’espace à Lang pour que celui-ci puisse s’éloigner de la zone sensible et grimper dans la voiture.

Daye Cottsche, quant à elle – ou lui, ou iel, au choix – a reconnu ne pas avoir reconnu le boutefeu extrémiste au moment où elle l’a fait monter dans la voiture. Cependant elle a tenu à préciser que si elle l’avait reconnu elle aurait agi exactement de la même manière. Joli, non ? « Si nous ne nous étions pas arrêtés, a-t-elle ajouté, sans doute aurait-il été mort. »

Belle histoire, en effet. Le maire de Minneapolis y est allé de son commentaire : « Lang considérait cet homme noir comme inférieur à lui, cet homme noir, lui, le considérait comme un être humain. Est-ce suffisant pour le faire réfléchir ? »

Rien n’est moins certain. À un certain degré, la haine abolit toute faculté de réflexion, hélas…

En revanche, nous pouvons être certain d’une chose : s’il s’était agi de notre Jack Lang à nous, le fait que la jeune trans à l’auto ne l’ait pas reconnu l’aurait sans aucun doute tué net. Son ego n’y aurait pas survécu.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Timothée Chalamet: bon acteur, ego XXL

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Le Franco-Américain Timothée Chalamet n’a finalement pas décroché l’Oscar du meilleur acteur hier soir à Los Angeles. On apprécie l’acteur, souvent époustouflant dans ses rôles ; moins le jeune homme prétentieux.


La cérémonie des Oscars était très attendue. Cette traditionnelle fête américaine de remise des trophées tant convoités est une compétition redoutable entre les films phares nommés. Elle devient surtout fiévreuse et virale lorsqu’il s’agit de l’obtention de la mythique statuette dorée du meilleur acteur, disputée cette année entre Leonardo DiCaprio, au sommet de son art, nommé pour son rôle dans Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, et Timothée Chalamet, nommé pour son interprétation frénétique et brillante dans Marty Supreme de Josh Safdie.

Perdu : c’est finalement l’acteur afro-américain Michael B. Jordan qui a obtenu la statuette prestigieuse pour son rôle dans le film horrifique Sinners.

Et il faut reconnaitre que l’acteur coqueluche de la jeunesse et un peu féminin commençait à nous gonfler à force de se prendre pour le personnage du film Marty Supreme.

L’ascension d’un enfant d’Hollywood

Timothée Chalamet, jeune et talentueux acteur franco-américain, est le fils du journaliste français Marc Chalamet et de la danseuse américaine Nicole Flender. Le jeune garçon s’inscrit dans la pure tradition des enfants acteurs tant adorés à Hollywood.

Il est révélé au grand public grâce à son rôle d’Elio Perlman, jeune garçon à la beauté d’éphèbe qui tombe sous le charme d’un homme mûr lors d’un bel été brûlant en Italie, dans le film romantique Call Me by Your Name (2017) de Luca Guadagnino.

Il va vite imposer sa présence de beau gosse séducteur dans une série de très bons films assez différents, tels que : Un jour de pluie à New York (2019) de Woody Allen, Les Filles du docteur March (2019) de Greta Gerwig, Dune (2021) et Dune : Deuxième partie (2024) de Denis Villeneuve.

A lire aussi: Timothée Chalamet est leur nouveau gen(d)re idéal

Avec Un parfait inconnu (2025) de James Mangold, excellent film musical relatant les jeunes années de Bob Dylan, la petite star, coqueluche des médias et des jeunes filles en émoi, confirme son grand talent. Force est de constater que le petit minet Timothée Chalamet est particulièrement impressionnant en jeune Bob Dylan. Il réussit avec conviction à interpréter lui-même les chansons du maître et à faire revivre l’aura mythique du chanteur de protest songs.

Marty Supreme, un film excessif mais un rôle sur mesure

Le film pour lequel le jeune trentenaire était nommé, Marty Supreme (2025) de Josh Safdie, est une fiction survitaminée dont la mise en scène, assez brillante et comportant quelques fulgurances, est toutefois bien trop hystérique, noyée dans un flot musical continu. Le chaos, véritable moteur du film, en fait finalement une œuvre assez vaine.

L’histoire racontée par Joshua Safdie s’inspire de Marty Reisman, figure du tennis de table américain, qui participa bel et bien aux championnats du monde de tennis de table en 1952, année où se déroule le récit de cette fiction.

Timothée Chalamet, acteur mimétique et surdoué, s’avère cependant formidable dans le rôle de Marty, un rôle qui lui va comme un gant. Il interprète Marty Mauser, un jeune garçon juif, orgueilleux, insolent et parfois inconséquent. Pongiste surdoué, Marty est vendeur de chaussures dans une petite boutique new-yorkaise afin de survivre. Il va tout faire pour essayer de devenir un champion reconnu et célèbre.

Entre personnage et personnalité

En tournée promotionnelle dans de nombreux médias — presse écrite, radio ou télévision — pour ce rôle qui pouvait lui valoir son premier Oscar, l’acteur de 30 ans affiche un mélange de séduction, de charisme naturel, d’arrogance et d’orgueil très similaire à celui du personnage de Marty qu’il incarne à l’écran.

A lire aussi: Un nouveau souffle

On ne sait plus très bien s’il s’agit de Timothée Supreme ou de Marty Chalamet. On peut penser que le personnage a déteint sur lui, ou qu’il s’agit d’une redoutable stratégie publicitaire pour l’emporter.

Lors de la cérémonie, l’acteur a été gentiment moqué par le maître de cérémonie Conan O’Brien : « La sécurité est renforcée ce soir… On a entendu dire qu’il pourrait y avoir des attaques venant des milieux de l’opéra et du ballet. »

M. Chalamet avait déclaré lors d’un long échange avec Matthew McConaughey il y a quelques jours : « Je ne me vois pas travailler dans la danse classique ou l’opéra, ou dans des trucs qu’on essaie de garder en vie alors que tout le monde s’en fiche. »

En fait, le jeune acteur est très représentatif du monde actuel du cinéma : un univers de gagnants talentueux et présomptueux, majestueux et arrogants, excellents à l’écran et suffisants à la ville, bien trop sûrs d’eux-mêmes et ne croyant qu’en leur propre conscience.

Six Nations: un tournoi qui a donné le tournis

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Les Bleus ont conservé leur titre in extremis samedi soir grâce aux sauveurs Ramos et Bielle-Barrey


En sport, et, semble-t-il, plus particulièrement en rugby, comme d’ailleurs en tout, la logique se révèle souvent facétieuse, pernicieuse, infidèle à elle-même, ainsi que l’a confirmé cette 26ème édition du Tournoi des Six nations.

Miraculeux

Oubliant que « l’imprévisible est une réalité prévisible », selon le pertinent propos de l’auteur de polars américain, Charles Willeford[1], aux Bleus, les devins chroniqueurs de l’Ovalie leur avait prédit le sacre suprême, le Grand Chelem. Ils ont dû se contenter avec quelques regrets du seul titre… pour la seconde année consécutive depuis que cette compétition a été portée à six avec l’inclusion de l’Italie en 2000, ce qui est loin d’être, avouons-le, négligeable. Le XV tricolore l’a décroché à l’issue, samedi, d’un palpitant, dingue de dingue, match, le 120ème contre l’Angleterre, au stade de France. Plus que toutes les autres confrontations entre ces deux nations, reines de l’ovalie, celui-ci a mérité son historique sobriquet de « Crunch », qu’en l’occurrence on peut traduire par « broyage ». Pour l’austère et très conservateur quotidien britannique, The Telegraph, ça été « l’un des matches les plus fous et trépidants » de l’histoire des Six Nations.

Alors qu’en tout, un déluge 13 essais ont été marqués (sept par les Français, six par les Anglais), les Bleus ne sont parvenus finalement à s’imposer que par une étriquée marge de deux petits points (48-46) grâce à une pénalité passée par Thomas Ramos, le buteur au pied droit qui ne tremble pas chaque fois qu’une transformation cruciale entre les poteaux se présente à lui. Et il l’a réalisée, cette pénalité, juste dans les secondes après l’expiration du temps réglementaire[2]. Pour les supporteurs croyants, elle ne peut qu’être la preuve de l’existence d’un Dieu tout puissant…

Coup de grâce

L’entame de la rencontre a été totalement échevelée. A la 7ème minute, c’est Louis Bielle-Biarrey, la flèche au casque rouge, meilleur marqueur du tournoi avec à son palmarès dans cette édition neuf essais, qui a inauguré un festival de chassés-croisés au tableau en marquant son premier de sa série de quatre (une rare prouesse) qui ne sera pas transformé. Trois minutes plus tard, le XV de la Rose prend l’avantage en en transformant un. Trois nouvelles minutes après, les Bleus, grâce au second essai de Bielle-Barrey transformé, les Bleus reprennent la tête. Et ainsi de suite jusqu’à la mi-temps où les Anglais sont devant (27-24). Et à trois minutes de coup de sifflet final, ces derniers semblent avoir réalisé un hold up sur le match en allant aplatir entre les poteaux et à la transformation immanquable leur donnant l’avantage d’un ténu petit point à 46-45.

Donc à moins d’un miracle, le sort fatidique des Bleus semble bien définitivement scellé. Et l’Irlande qui a vaincu par un 43 à 21 quelques heures auparavant l’Ecosse, tortionnaire de ces mêmes Bleus une semaine auparavant, peut rêver du titre. Mais, hélas pour elle, le miracle a eu lieu, ce XV de la Rose qui a réalisé sa pire campagne de toute son histoire dans cet ancestral tournoi, qui tenait la dragée haute à un XV tricolore refusant de capituler chez lui, a reçu le coup de grâce : la pénalité de la 80ème minute.

Cette 26ème édition des Six Nations restera dans l’histoire comme celle qui a donné le tournis tellement l’imprévisible est advenu. Ainsi, une Italie, pour la première fois, a vaincu l’Angleterre par un 23 à 18 et termine 4ème devant cette même Angleterre. L’Ecosse qui s’est incliné face à l’Irlande (43-21) que la France avait battue (36-14) a infligé aux Bleus une humiliante défaite en lui infligeant 50 points contre 40, la frustrant du Grand Chelem. Le Pays de Galles a obtenu son unique victoire contre l’Italie à Cardiff (31-17) qui avait vaincu l’Angleterre, et avait failli vaincre l’Ecosse qui termine 3ème. Les Gallois s’étaient inclinés (23-26) après une incroyable « remontada » des Ecossais en 2ème mi-temps. Comme l’a dit Fabien Galthié, le sélectionneur français, l’homme aux lunettes à grosse monture noire, « ç’a été un tournoi monstrueux, avec des scores fleuves ». En tout 109 essais ont été marqués, toutes les équipes ayant privilégié l’offensive à la défensive.

Avec maintenant ses huit titres dont deux fois deux consécutifs, la France est la championne des Six Nations. Elle devance l’Angleterre qui en détient sept, l’Irlande et Pays de Galle six, Ecosse et Italie aucun.


[1] Auteur notamment de Miami Blues

[2] En rugby, quand le temps réglementaire est écoulé, le match ne se termine qui si le ballon sort du terrain.

L’assiette du nouveau monde

La cuisine mexicaine est l’une des plus anciennes de l’histoire. Au Chicahualco, la cheffe Mercedes Ahumada fait découvrir les saveurs, les couleurs et les épices de cette gastronomie simple mais délicate. Une culture ancestrale où chaque plat possède sa propre signification


La cuisine mexicaine est l’une des plus anciennes du monde puisque nombre de ses plats proviennent de civilisations disparues, souvent antérieures à l’arrivée des conquistadors. Mais elle est toujours méconnue. En France, on l’assimile encore trop souvent à une rapide street food alors qu’elle est, au contraire, une cuisine lente : « Il faut vingt-quatre heures pour préparer une bonne tortilla de maïs ! » nous apprend la cheffe mexicaine du Chicahualco, Mercedes Ahumada.

Alors que les Français consacrent de moins en moins de temps à la préparation de leurs repas quotidiens et consomment de plus en plus de plats préfabriqués trop gras, trop salés, trop sucrés (résultat : 47 % d’entre eux sont en surpoids, 17 % obèses), découvrir les beautés simples de cette gastronomie respectueuse de la terre et de la nature devrait nous redonner envie d’aller acheter de bons produits au marché pour préparer en famille le guacamole et les boulettes de viande aux haricots et au piment.

« Dans mon restaurant, les gens pleurent souvent à table. Beaucoup d’Américains viennent pour retrouver le goût des plats que leur faisait leur cuisinière mexicaine quand ils étaient enfants, et ça les bouleverse. » Lors de mon passage, j’ai pu observer ce phénomène. Un couple venu de Nice avait réservé une table pour fêter ses fiançailles. Un trompettiste et un guitariste mexicains jouaient devant eux à tue-tête pendant que l’homme tenait les mains de sa future en la regardant droit dans les yeux et ses larmes coulaient…

Née au village de Chicahualco, au sud de Mexico, Mercedes cuisine depuis l’âge de 11 ans : « Dans les campagnes, on apprend à cuisiner de mère en fille, pas seulement pour nourrir sa famille, mais aussi pour célébrer les fêtes qui jouent toujours un rôle essentiel dans le lien social : on fête les semailles, les récoltes, les saints patrons des villages, les morts, les mariages, les baptêmes. Nous nous réunissions à cinquante pour préparer ces repas… Chaque plat possède une signification particulière. »

Son barman me sert un délicieux cocktail glacé confectionné avec du mezcal fumé, du tamarin acidulé et du piment : un breuvage ensorcelant qui me met soudain en contact avec les esprits du Yucatan.

Le mezcal, soit dit en passant, peut d’ailleurs très bien accompagner le repas, car le sel faisant saliver, on n’en savoure que mieux le côté fumé de cet alcool typiquement mexicain. Produit à partir de plusieurs variétés d’agave, cuites dans des fours creusés à même le sol avant d’être distillées, il est au Mexique ce que les malts d’Islay sont à l’Écosse : l’expression d’un terroir et d’un savoir-faire uniques !

La cuisine mexicaine est archaïque au sens le plus noble du terme : elle perpétue le commencement des choses et de la vie. Elle est aussi le reflet de paysages contrastés. Imaginez ainsi, au nord, depuis la frontière avec les Yankees, ces immenses déserts peuplés de cactus géants. Plus on descend vers le sud (en direction du Guatemala) plus les paysages deviennent verts et luxuriants. C’est là que se trouve son foyer archéologique. Bien avant l’arrivée des Espagnols, les Méso-Américains (descendants directs des Mayas, des Olmèques et des Aztèques) y cultivaient déjà, depuis des milliers d’années, le maïs multicolore, les piments, les haricots, les tomates, les avocats, les citrouilles, le cacao et même la vanille… Les Mayas avaient inventé un mode de culture très intelligent (la milpa) qui leur permettait de faire pousser le maïs, les haricots et la citrouille (« les trois sœurs ») en même temps : le maïs, planté en premier, servait de tuteur au plant de haricots ; celui-ci donnait à la terre l’azote dont elle a besoin ; pendant que la citrouille, elle, gardait le sol humide et empêchait la prolifération des mauvaises herbes. Cette manière très saine de cultiver la terre est toujours pratiquée aujourd’hui par les paysans qui n’ont aucune envie de s’empoisonner avec le Round-Up de Monsanto.

Mole Chicahualco : mole aux quatre piments, magret de canard, banane plantain, tortillas de nixtamal et graines de sésame.

Pour ce qui est des protéines animales, les Méso-Américains mangeaient de la biche, du chien, de la dinde, de l’iguane (« ça a un goût de poulet », nous dit Mercedes), du tatou, du lapin et des insectes au goût de miel sauvage.

De leur côté, les Espagnols apportèrent au Mexique le blé, le bœuf, le porc, l’agneau, la chèvre, le poulet, le lait, le fromage, le riz, les agrumes, l’ail, le poivre, le safran, le romarin, l’anis. Avant d’être bu avec du sucre, le cacao sacré des Aztèques fut d’abord utilisé par eux pour enrichir les sauces des ragoûts. On était donc déjà dans la « cuisine fusion » ! 

« Les femmes mexicaines ont perpétué une pratique ancestrale : la nixtamalisation, qui consiste à faire bouillir le maïs dans une eau rendue alcaline grâce à l’ajout de cendres de bois ou de chaux. Les grains de maïs perdent ainsi leur enveloppe, libèrent tout leur goût et deviennent plus faciles à moudre. » Transformés en farine, ils vont donner naissance à la pâte souple des tortillas, des galettes fines et rondes, sans matière grasse, qui, fraîchement cuites, sont merveilleusement digestes. Précisons que le vrai maïs mexicain possède de surcroît une saveur bien à lui, moins sucré que son cousin européen.

Pour séduire le palais de ces snobs de Français, Mercedes mitonne des plats de fête régionaux. Ainsi en est-il de sa queue de langouste des Caraïbes marinée dans une sauce aux piments fumés. Le Mexique est la terre natale des piments. Frais, séchés ou fumés, ils entrent dans la composition des sauces traditionnelles, les mole (prononcer « molé ») qui accompagnent les plats de viande et de poisson. Le plus célèbre est le mole poblano produit dans l’État de Puebla, au centre du pays : un mélange de piments séchés, d’épices, de fruits à coque et de fruits séchés, de graines, de tomate et de chocolat, dont la préparation demande plusieurs jours ! 

Quant au guacamole, tellement frais et facile à préparer chez soi, pas question d’y ajouter de la poudre de perlimpinpin : « avocats, tomate en dés, oignon haché, coriandre fraîche, piment, citron, et c’est tout ! »

Piedra del Sol : chocolat noir, mousse de maïs, pâte de fruits et gâteau d’épices.

Chicahualco

77, rue la Condamine, 75017 Paris, tél. 06 49 47 96 49, www.chicahualco.fr.

Compter 17 euros l’entrée, 29 euros le plat. Pour le dessert, essayez la tête de mort au chocolat…

Grande Galerie

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Dominique Fernandez nous prévient d’emblée : « Ce ne sont pas des biographies d’écrivaines et d’écrivains que je propose ici, ni même des portraits-souvenirs, mais ce que j’ai pu comprendre de leur personne et de leur œuvre à travers un commerce suivi » …


Le romancier et essayiste, élu à l’Académie française en 2007, prix Goncourt 1982 pour Dans la main de l’Ange, ajoute qu’il n’y a aucun vivant dans ce livre intitulé À vous, troupe légère, vers tiré des « Regrets » de Joachim Du Bellay, histoire sûrement de ne pas froisser ses collègues encore en activité. C’est que Dominique Fernandez est un spécialiste de la phrase tranchante comme un couteau de boucher. J’en avais fait les frais lorsque j’avais publié mon premier ouvrage, Robert Brasillach, l’illusion fasciste, chez Perrin (1989). Comme je n’avais pas, ou peu, parlé de la vie privée de l’écrivain collaborateur et antisémite, entendez que je n’avais pas évoqué ouvertement son homosexualité supposée, le verdict était tombé, sans appel : ma biographie ne valait pas tripette.

20 grandes figures

Les vingt chapitres consacrés à de grandes figures intellectuelles européennes raviront celles et ceux qui ont connu la période bénie où la littérature et la musique rythmaient l’existence d’une élite cosmopolite et cultivée. Le tout-Paris pouvait s’enflammer pour l’élection de Cocteau à l’Académie française, comme le rappelle Dominique Fernandez. Allait-on laisser entrer sous la coupole un homosexuel ? François Mauriac avait prophétisé : « Il ne sera jamais élu… » Le jeune Fernandez, venu rendre visite à l’auteur de Genitrix, rapporte ses propos et ajoute que Mauriac avait, de sa voix éraillée, précisé : « À cause de ses mœurs ! » Cocteau fut élu sans la voix de Mauriac. Charles Trenet et André Téchiné n’eurent pas cette chance. Ils furent refusés « à cause de leurs mœurs ».

L’un des plus émouvants portraits de cette Grande Galerie est peut-être celui d’Hélène Carrère d’Encausse. C’est elle qui incita Dominique Fernandez à rejoindre les rangs de l’Académie française. L’écrivain finit par accepter en disant qu’il afficherait ouvertement son homosexualité. Un lien indéfectible le lie à Hélène Carrère d’Encausse, décédée d’un cancer, le 5 août 2023. Ce n’est pas seulement leur russophilie littéraire qui les rapproche, c’est d’abord et avant tout d’avoir eu des « pères coupables ». Celui de Carrère d’Encausse fut interprète de russe auprès des nazis, à Bordeaux. Il fut arrêté par des résistants, probablement fusillé, puis jeté dans une fosse anonyme. Pas de trace, pas de sépulture, l’effacement. Ramon Fernandez, le père de Dominique, fut un critique littéraire de grand talent. D’abord communiste, il rompit avec la gauche et devint partisan de Franco pendant la guerre d’Espagne, adhéra au Parti populaire français de Doriot, en 1937, fréquenta le gratin de la collaboration, se fâchant toutefois avec Céline qui l’accusa de défendre « les youpins ». À la mort de Bergson, en 1941, Ramon Fernandez avait rendu au philosophe un vibrant hommage dans La Nouvelle Revue française, « malgré l’interdiction des Allemands de prononcer l’éloge d’un juif », rappelle son fils, auteur de la biographie Ramon. Disparu le 2 août 1944, ses obsèques furent célébrées en l’église Saint-Germain-des-Prés remplie d’officiers allemands et de personnalités collaborationnistes. François Mauriac sortit de sa cachette pour rendre un dernier hommage à l’ami et au critique littéraire, « dissimulé derrière un pilier » indique Dominique Fernandez. À méditer en une période où il faut absolument se conduire de façon binaire. Pour revenir à Hélène Carrère d’Encausse, Dominique Fernandez résume : « Nous portions chacun la même tare et le même déshonneur, le même chagrin et le même fardeau à partager, la même faute à expier (…). Marqués du même stigmate, nous étions frappés du même péché originel. »

A lire aussi: Daniel Rondeau, ou l’art majeur du roman

Comprendre les écrivains, les saisir de l’intérieur, après des années de connivence, tel est l’enjeu de ce livre intimiste. Marguerite Duras ouvre le bal, si j’ose dire. Elle publia son deuxième roman, La Vie tranquille, chez Gallimard grâce à la recommandation de Ramon Fernandez. Elle était donc collabo. On le savait car elle l’avait consigné dans L’Amant, son chef d’œuvre. Puis elle devint communiste, sous l’influence de Dionys Mascolo. Dominique Fernandez raconte une scène durassienne, en 1978, dans un bar d’hôtel, dans le vieux quartier de Barcelone. Duras boit beaucoup de vodka et parle de Ramon à son fils. Elle tente de minimiser leur engagement idéologique. Elle dit : « Notre destin n’est pas notre œuvre. » Dominique Fernandez ne tombe pas dans le piège. À propos de son père, il affirme, non sans courage : « Vieux routier de la vie politique, on ne peut donc pas dire qu’il ne savait pas dans quoi il s’engageait. » Les autres portraits sont parfois amicaux, sans jamais être complaisants. Parfois l’Académicien est aussi féroce que son camarade Angelo Rinaldi, disparu en 2025. Il conclut le chapitre qu’il lui consacre par cette phrase : « Écrivain de la nuit, comme ceux dont la blessure se ravive aux rayons du soleil. » Fidèle, il rend hommage au talent littéraire de Frédéric Mitterrand. Il ne cache cependant pas son tourisme sexuel, révélé par le ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, dans La Mauvaise Vie. Il condamne sans ambiguïté les rapports, souvent tarifés, avec des mineurs. Mais au-delà de cette condamnation, il affirme que ce livre-confession est « un livre de moraliste, un examen de conscience, presque un traité de morale, sur un sujet épineux ; une étude de caractère, dans la grande tradition française, analytique et pessimiste. » Notre époque hautement puritaine ne tolère plus ce genre de littérature. Peu avant d’être terrassé par le cancer, Frédéric Mitterrand demanda à Dominique Fernandez : « Comment as-tu résolu, toi, le problème de ta vie amoureuse ? As-tu découvert le secret qui me manque, qui continue à m’échapper ? »

A lire ensuite: Patrice Jean contre le prêt-à-penser

Certains romans, certaines autobiographies sont là pour permettre de nous éclairer sur nous-mêmes, sans pour autant apporter de réponse convaincante. Certains écrivains nous bousculent dans nos certitudes confites. Ils deviennent alors nos compagnons avec lesquels nous conversons en silence. Je ne suis pas d’accord avec Dominique Fernandez quand il écrit : « D’un écrivain qui disparaît, on se console vite. Il y en a tant qui le valent ou lui sont supérieurs ! » Ma table de chevet lui prouverait le contraire. C’est probablement pour cela que le portrait qui m’a le plus touché est celui de Milan Kundera, mort en 2023. La dernière visite de Dominique Fernandez à l’auteur de La Plaisanterie, impasse Récamier, à Paris, est poignante. Il révèle « un homme dépossédé de lui-même, égaré dans une voie sans retour, perdu, englouti par l’abîme, mais gardant dans sa chute une incomparable majesté. »

Dominique Fernandez, À vous, troupe légère, Grasset. 320 pages

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Jürgen Habermas, disparition d’un maître de la pensée européenne contemporaine à l’heure du réveil des nations libres

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Jürgen Habermas photographié en 2003 © J.L. CEREIJIDO/AP/SIPA

Grand défenseur de la construction européenne comme « remède » au nationalisme, le philosophe allemand vient de mourir


L’intellectuel allemand Jürgen Habermas théoricien de l’espace public et de la démocratie délibérative aura défendu jusqu’au bout une certaine idée de l’Europe et de la modernité. Né à Düsseldorf, il est mort à l’âge de 96 ans, à Starnberg, en Bavière, le 14 mars 2026.

Intellectuel majeur de l’Allemagne d’après-guerre, Jürgen Habermas appartient à cette génération allemande forcément marquée dans sa jeunesse par le national-socialisme, puis par l’effondrement moral et politique de 1945. Comme beaucoup de jeunes de son époque, il fut pris dans les organes de l’Allemagne hitlérienne durant sa prime adolescence. La découverte du caractère criminel du régime nazi à la libération nourrira son engagement intellectuel.

Influencé par Max Weber ou Wittgenstein, Habermas est surtout associé à l’Ecole de Francfort – appelée aussi école freudo-marxiste –, avec Horkheimer, Adorno et Marcuse, cette pensée marxiste du XXe siècle qui a gommé la dimension « de gauche » du national-socialisme allemand, réduit à un mouvement d’extrême-droite. Néanmoins Habermas a été, après-guerre, de ceux qui ont remonté le niveau des sciences sociales allemandes à l’échelle internationale pour les sortir du risque de « provincialisation ».

D’emblée Habermas pense contre les totalitarismes. Il s’attaque au silence ou aux compromissions d’une partie du monde intellectuel allemand avec le nazisme, notamment à travers sa critique célèbre du grand philosophe Martin Heidegger qui fut le mentor de Sartre. Ainsi il est devenu l’un de ces sociologues allemands de classe internationale.

Cette exigence de lucidité face au passé, puis face aux dérives possibles du présent, a largement contribué à faire de lui une autorité morale autant qu’un professeur de philosophie.

Habermas a inventé pour se substituer au nationalisme allemand, le patriotisme constitutionnel, complétement dévoyé aujourd’hui par les Cours constitutionnelles. Mais c’est à promouvoir un projet fédéral européen qu’il a consacré la fin de sa vie contre le retour des nations libres voulu par les peuples européens et soutenu par le nouveau pouvoir américain que ce soit le président Donald Trump, le vice-président J.D. Vance ou l’industriel Elon Musk. « Jürgen Habermas était presque devenu le philosophe d’Etat de l’Allemagne démocratique », déclarait le ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer. Identifié au projet européen d’une République fédérale allemande qui se voulait définitivement guérie de ses « démons nationalistes ». Son nom reste par ailleurs associé à plusieurs concepts devenus centraux dans
les sciences sociales contemporaines. Celui d’espace public – sa thèse de doctorat –, développé dans un ouvrage paru au début des années 1960, où il analyse la manière dont se forme un débat public rationnel dans les sociétés modernes. Celui de raison communicationnelle, au cœur de son œuvre, Théorie de l’agir communicationnel, publiée en 1981.

L’idée, chez Habermas, est que la raison ne se réduit ni à la technique, ni à l’efficacité, ni au calcul. Elle se déploie aussi dans l’échange, dans la discussion, dans la confrontation des arguments. Le langage n’est pas seulement un outil pour décrire le monde ; il est aussi ce qui permet à des hommes de chercher un accord, de soumettre leurs affirmations à la critique et, éventuellement, de dégager des normes communes.

De là découle toute une réflexion sur l’éthique de la discussion, la légitimité démocratique et les conditions d’un débat public digne de ce nom. Habermas a ainsi défendu l’idée qu’une norme n’est véritablement légitime que si elle peut être discutée librement par tous ceux qu’elle concerne.

Contre les tentations d’un « fascisme de gauche »

Habermas ne fut jamais un penseur retiré dans sa tour d’ivoire. À l’image d’un André Glucksmann ou d’un Finkielkraut en France, il a constamment pris part aux débats de son époque. Dans les années 1960, il dialogue avec la contestation étudiante allemande, avant de mettre en garde contre ses dérives et contre ce qu’il désignera plus tard comme les tentations d’un « fascisme de gauche ». Il intervient ensuite sur la réunification allemande dont « le Deutsche mark était l’étendard » critique-t-il ; sur l’éthique biomédicale ; sur la place des religions dans les sociétés sécularisées ; sur le 11-Septembre ; sur la crise sanitaire ; sur la guerre en Ukraine, inquiet du ton belliciste des jeunes figures politiques de l’écologie ; ou encore sur l’état des démocraties occidentales.

Notons qu’il a refusé le prix littéraire Cheikh Zahed en 2021, considérant les Emirats Arabes Unis comme une non-démocratie répressive.

Cette présence continue dans le débat public a contribué à faire de lui bien davantage qu’un universitaire renommé. En Allemagne, terre de Kant, Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer… où l’on distribue rarement à la légère le titre de philosophe, Habermas s’était imposé comme une figure à part, parfois décrite comme une conscience publique de la République fédérale.

Sa pensée a été admirée, discutée, critiquée. Certains lui ont reproché son attachement persistant à l’universalisme des Lumières, d’autres son optimisme jugé excessif quant aux vertus de la discussion rationnelle. D’autres encore ont vu dans sa confiance dans le consensus une forme d’idéalisme peu compatible avec la brutalité réelle des rapports de forces politiques. Mais même ses adversaires reconnaissaient généralement l’ampleur de son œuvre et son importance dans le champ intellectuel européen.

Au cours de ces dernières décennies, Habermas, à la différence du philosophe anglais Roger Scruton défenseur du Brexit, s’est de plus en plus identifié à la défense d’un projet européen fort. Hostile au retour des « nationalismes », il voyait dans Bruxelles bien davantage qu’un simple marché ou qu’un arrangement institutionnel. Il y cherchait un cadre politique nouveau, susceptible de dépasser l’État-nation sans dissoudre pour autant les libertés publiques.

Patriotisme constitutionnel

C’est dans ce contexte qu’il a développé l’idée de patriotisme constitutionnel, c’est-à-dire d’un attachement non pas à une appartenance ethnique ou historique fermée, mais à des institutions, à des règles communes et à un ordre démocratique. Cette notion a profondément marqué la pensée politique allemande et européenne de ceux qu’on appelle les « européistes » sans qu’ils ne lui rendent pour autant expressément hommage.

Habermas croyait à la possibilité d’une citoyenneté postnationale, fondée sur le droit, la discussion publique et l’adhésion à des principes démocratiques plutôt qu’à une seule identité historique ou nationale. Il a donc naturellement défendu une intégration européenne plus poussée, de tonalité franchement fédérale, dans l’espoir de conjurer les rivalités qui avaient ravagé le continent au XXe siècle.

Cette orientation a aussi nourri des critiques. Pour ses partisans, elle prolongeait logiquement son combat contre les passions identitaires meurtrières. Pour ses détracteurs, elle traduisait une forme d’aveuglement aux réalités historiques, culturelles et politiques des nations européennes. Mais là encore, Habermas aura imposé un cadre de débat que nul ne pouvait ignorer.

La disparition de Jürgen Habermas précèdera-elle la fin du globalisme européen, prodrome du globalisme occidental américain, aujourd’hui remis en question par l’Amérique de Trump après avoir été remis en question par l’Angleterre de Boris Johnson avec le Brexit ? Avec lui s’éteint l’un des derniers grands philosophes européens capables de tenir ensemble spéculation théorique, intervention civique et ambition historique. Son œuvre, dense, souvent difficile, restera pourtant incontournable pour quiconque veut comprendre les débats modernes sur la démocratie, le droit, la communication, la légitimité ou l’espace public.

Parmi ses livres les plus importants figurent L’Espace publicThéorie de l’agir communicationnelMorale et communicationDroit et démocratieLe discours philosophique de la modernitéVérité et justification ou encore ses travaux plus tardifs sur l’Europe et l’histoire de la philosophie.

Il a continué d’écrire, de publier et d’intervenir, jusqu’à un âge très avancé. Ses derniers ouvrages témoignaient encore de cette fidélité à une conviction : défendre l’usage public de la raison. C’est sans doute là, au-delà des querelles académiques et des controverses politiques, que réside l’héritage essentiel de Jürgen Habermas. Nouvel Érasme, un homme qui, après les ruines européennes du XXe siècle, aura voulu croire que la parole, la discussion et le droit pouvaient encore servir de rempart contre le chaos. Pour les défenseurs des nations libres qui échangent et coopèrent entre-elles librement, il reste le meilleur des adversaires, parce qu’il les oblige à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Oscars: Hollywood continue de se vivre en rempart contre Donald Trump

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Jessie Buckley (Hamnet) et Michael B. Jordan (Sinners), soirée des Oscars, Los Angeles, 15 mars 2026 © Jordan Strauss/AP/SIPA

La cérémonie de dimanche a notamment vu triompher le chef-d’œuvre néo-progressiste Une Bataille après l’Autre.


C’était attendu : le thriller burlesque Une Bataille après l’Autre triomphe aux Oscars avec six trophées, dont les deux plus convoités – meilleur film et meilleur réalisateur. Le film devance Sinners, épopée vampiro-démoniaque afro-américaine qui repart néanmoins avec quatre statuettes, dont celle du « meilleur acteur » pour Michael B. Jordan, devenu le 6e acteur noir de l’histoire à décrocher cette récompense.

Cette domination de Une Bataille… marque surtout la consécration tardive de son réalisateur, Paul Thomas Anderson. Celui qui avait déjà signé Magnolia et There Will Be Blood a dû attendre l’âge de 55 ans pour être enfin couronné par ses pairs et repartir avec la mythique statuette asexuée.

Violence politique

Le film lui-même s’inscrit dans une veine très contemporaine. Une Bataille…  met en scène une Amérique irréconciliable où des terroristes d’extrême-gauche sont traqués par un suprémaciste blanc incarné par Sean Penn. Snobisme oblige, l’acteur n’était pas présent pour récupérer son Oscar du meilleur second rôle masculin. Le scénario réserve un retournement final spectaculaire : le chasseur de gauchistes finit gazé par une société secrète néo-nazie héritière du Ku Klux Klan après la révélation de ses origines juives.

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Sur le plan formel et technique, le film relève incontestablement du chef-d’œuvre. Mais sur le fond, il n’échappe pas à certains clichés. Sean Penn peine notamment à rendre son personnage réellement crédible, tandis que Paul Thomas Anderson choisit de rendre sympathiques des héros qui restent, au fond, des adeptes assumés de la violence politique.

Une Amérique progressiste toujours autant obsédée par la race

Dans un registre différent mais tout aussi engagé, Sinners illustre lui aussi cette dimension politique du cinéma hollywoodien contemporain. Totalement afro-américain dans son casting et sa narration, le film raconte l’histoire de deux jumeaux – incarnés par Michael B. Jordan – combattant des vampires qui « sucent » la culture noire, métaphore transparente des blessures laissées par la ségrégation.

La récompense du meilleur acteur vient ainsi consacrer Michael B. Jordan, désormais membre d’un club encore restreint : celui des acteurs noirs oscarisés pour le prix du meilleur acteur. Ils sont désormais six dans l’histoire de l’Académie, aux côtés notamment de Sidney Poitier, Denzel Washington, Jamie Foxx, Forest Whitaker ou encore Will Smith (et 21, toutes statuettes confondues). Ce dernier, toutefois, reste persona non grata à Hollywood. Lors de la cérémonie de 2022, il avait giflé sur scène l’humoriste Chris Rock après une blague sur l’alopécie de son épouse. Un geste qui lui a valu d’être banni pour dix ans des cérémonies de l’Académie.

Will Smith frappe l’humoriste Chris Rock sur scène lors de la cérémonie des Oscars, le 27 mars 2022 © Chris Pizzello/AP/SIPA

Pris ensemble, les deux films les plus récompensés – Une Bataille…  et Sinners, qui totalisent dix Oscars à eux deux – donnent le ton du palmarès. Hollywood confirme une fois encore sa tendance à se percevoir comme un contre-pouvoir culturel face à Donald Trump.

Javier Bardem grotesque

Cette orientation tranche avec certaines grandes cérémonies du passé. Titanic avait ainsi raflé onze Oscars en 1998, et Le Seigneur des Anneaux avait reproduit le même exploit en 2004. À l’époque, l’industrie semblait privilégier de grandes fresques spectaculaires, davantage tournées vers le divertissement que vers le message politique.

Mais Hollywood se voit peut-être aujourd’hui investi d’une mission pédagogique. Paul Thomas Anderson l’a lui-même expliqué lors de son discours : « J’ai écrit ce film pour mes enfants, afin de leur demander pardon pour le bazar que nous leur léguons dans ce monde, mais aussi pour les encourager à devenir la génération qui, je l’espère, nous apportera un peu de bon sens et de décence. »

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Pour autant, la cérémonie n’a pas viré au meeting politique. À part Javier Bardem, qui a lancé un bref « Libérez la Palestine », la plupart des discours sont restés relativement consensuels.

Certaines surprises ont néanmoins marqué la soirée. Alors que beaucoup attendaient un triomphe de Hamnet, qui raconte de manière fictionnelle le deuil de William Shakespeare après la mort de son fils en 1596, le film doit finalement se « contenter » de l’Oscar de la meilleure actrice pour Jessie Buckley, qui incarne l’épouse du dramaturge.

Timothée Chalamet bredouille

Autre déception notable : Timothée Chalamet repart bredouille pour son rôle dans « Marty Supreme ». Son interprétation d’un champion de tennis de table n’a manifestement pas convaincu l’Académie. On ignore toutefois si ses déclarations sur le ballet et le théâtre, dont il juge que « tout le monde se fiche » ont joué contre lui.

Du côté des récompenses techniques, c’est Frankenstein de Guillermo del Toro qui tire son épingle du jeu. Le film remporte trois Oscars pour les costumes, le maquillage et la conception visuelle. Une réussite esthétique indéniable, même si le réalisateur ne révolutionne pas vraiment le mythe imaginé par Mary Shelley. L’un des points forts reste toutefois la créature incarnée par l’acteur australien Jacob Elordi, dont la stature imposante – un mètre quatre-vingt-seize – donne une présence physique saisissante au monstre.

Au final, cette cérémonie des Oscars aura donc, une fois de plus, délivré un message politique. Mais contrairement à certaines éditions précédentes, celui-ci s’est exprimé de manière plus subtile. On progresse ?

Les municipales amorcent le dégagisme

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Le député islamo-gauchiste David Guiraud, probable futur maire de Roubaix, et l'écrivain Boualem Sansal. Photos DR.

L’abstention est finalement le seul parti qui gagne toujours. Les oubliés voteront-ils un jour la fin du système?


Les Français oubliés se libèreront-ils, par les urnes, de leurs maltraitants ? Le premier parti reste celui des abstentionnistes, vu la médiocre participation, hier, au premier tour des municipales (58%). Les formations politiques, qui recueillent la défiance de 90% des citoyens (sondage Ipsos « Fractures françaises »), ne savent plus s’adresser aux citoyens abandonnés. La démocratie est bloquée. Le dégagisme des « élites » sentencieuses, amorcé avec la déroute de la macronie, reste pourtant la seule issue pour rompre avec le système mondialiste : en cinquante ans, il a fait de la nation dépecée une proie pour le djihad importé.

L’actualité étant occupée par la guerre en Iran, les macronistes ne sont pas parvenus à se faire entendre pendant la campagne des municipales. Gabriel Attal, hier. RS.

Samedi à Paris, au prétexte de manifester contre une fictive menace fasciste, l’extrême gauche a été rejointe par des défenseurs du régime nazislamiste des mollahs iraniens. Répondant à la mort de l’adjudant-chef Arnaud Frion, tué le 12 mars au Kurdistan irakien par un commando pro-iranien, Emmanuel Macron a prudemment rappelé : « Nous ne sommes pas engagés et en guerre contre qui que ce soit ». Seul Vladimir Poutine l’obsède. Alors que les Etats-Unis et Israël mènent, depuis deux semaines, une offensive civilisationnelle contre le totalitarisme apocalyptique des ayatollahs sous les applaudissements des Iraniens oppressés, la gauche-mondaine et la gauche-halal se pâment devant la résistance des Gardiens de la révolution, classés par l’UE comme terroristes. La haine contre Trump et Netanyahou fait prédire à certains, même à droite, leur défaite. La veulerie face à l’islam politique caractérise les dirigeants et les médias acquis à la politique de « l’apaisement ».

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Dans ce contexte, rien n’est moins surprenant que les bons scores obtenus par la France insoumise. A Roubaix, symbole de la « nouvelle France » islamisée théorisée par Jean-Luc Mélenchon, David Guiraud recueille 46,5% des suffrages. A Paris, Sophia Chikirou obtient 12% des suffrages tandis que Sarah Knafo (Reconquête) atteint tout juste les 10% lui permettant théoriquement de se maintenir dimanche prochain. Le RN, qui aligne aussi de bons résultats, risque néanmoins de perdre Marseille à cause d’une droite LR invertébrée qui n’ose appeler à des alliances. C’est un écrivain, Boualem Sansal, qui se montre le plus déterminé dans la résistance à l’obscurantisme islamique et à rhinocérite de l’intelligentsia. Vendredi, le nouvel Académicien a fait connaître son choix d’abandonner, après 27 ans de collaboration, son éditeur Gallimard, pour rejoindre Grasset et le groupe Hachette de Vincent Bolloré. Otage durant un an du régime algérien, Sansal a expliqué hier au JDD les raisons de sa rupture: «Je traine quelque-chose en moi dont je dois me libérer. Rester chez Gallimard, c’était accepter de rester otage. J’ai senti le besoin de m’éloigner de ceux qui me poussent à accepter ma situation au nom de considérations géostratégiques ou je ne sais quoi».

En septembre 2015, Antoine Gallimard avait prétendu que Sansal refuserait le prix Sakharov qui lui proposait Jordan Bardella au nom des « Patriotes pour l’Europe » du parlement européen. Une position que Sansal avait démentie à sa libération.

Face à la pensée totalitaire et aux belles âmes à ventre mou, le Soljenitsyne de l’islamisme a choisi son camp. A défaut de leader politique, il est l’exemple à suivre pour tourner la page.

La révolution des oubliés

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Municipales: le message venu d’en bas

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A Beaucaire (Gard), le président du Rassemblement national Jordan Bardella appelle les électeurs « à empêcher la victoire de l’extrême gauche, partout où cela sera nécessaire », le 15 mars 2026, à l'issue du premier tour des élections municipales © Leo Vignal/SIPA

RN et LFI réalisent des percées inédites lors des élections municipales. Désormais en France, même nos tranquilles élections municipales témoignent dexpériences sociales citoyennes si divergentes qu’elles en produisent des visions du monde incompatibles.


Avant toute interprétation, il faut regarder les faits. Les élections municipales du 15 mars ont livré leurs premiers enseignements. Dans plusieurs grandes villes françaises, deux forces politiques que tout oppose progressent simultanément : le Rassemblement national et La France insoumise. Ce double mouvement éclaire la polarisation croissante du pays.

Quelques résultats marquants du premier tour permettent d’en mesurer l’ampleur.

Concernant le Rassemblement national de Jordan Bardella et Marine Le Pen

  • Perpignan : Louis Aliot (RN) réélu dès le premier tour avec plus de 50 % des voix, confirmant l’enracinement municipal du parti. 
  • Marseille : Franck Allisio (RN) autour de 35 %, pratiquement à égalité avec le maire sortant Benoît Payan. 
  • Toulon : le RN arrive en tête du premier tour et Laure Lavalette se place en position de conquérir la ville au second tour. 
  • Nice : Éric Ciotti de l’UDR, partenaire du RN, est bien placé pour chiper la mairie à Christian Estrosi.
  • Fréjus : le maire RN David Rachline est réélu avec une large avance. 
  • Hénin-Beaumont : le bastion historique du RN est confirmé au premier tour (Steeve Briois remporte près de 77% des suffrages).

Ces résultats montrent la transformation progressive du RN en force municipale durable, notamment dans le sud et dans plusieurs villes populaires.

La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon

Dans les métropoles et certaines villes populaires, c’est un autre phénomène qui apparaît : la progression de la gauche radicale.

  • Toulouse : François Piquemal (LFI) 27,56 %, arrivant deuxième derrière le maire sortant. 
  • Roubaix : forte poussée de la gauche radicale qui arrive en tête en racolant le vote immigré.
  • Lille : progression significative de la candidate LFI dans une ville historiquement socialiste. 
  • Saint-Denis : implantation solide de la gauche radicale dans l’électorat urbain populaire. Victoire de la liste de Bally Bagayoko au premier tour. 

Ce double phénomène – enracinement municipal du RN et percée urbaine de LFI – dessine un paysage politique profondément transformé.

Les partis traditionnels, longtemps dominants dans les grandes villes françaises, apparaissent désormais pris entre deux radicalités électorales qui progressent simultanément.

C’est dans ce contexte qu’il faut lire les résultats de ces municipales. Il arrive qu’un pays parle d’une voix basse, presque souterraine, une voix qui ne passe ni par les éditoriaux ni par les proclamations officielles, mais par ces gestes minuscules et obstinés que sont les bulletins déposés dans une urne. Hier soir, dans plusieurs villes françaises, cette voix s’est faite entendre.

Les résultats du premier tour des élections municipales ne sont pas seulement des chiffres. Ils ressemblent à ces fissures qui apparaissent dans un mur que l’on croyait solide. Au début on les remarque à peine. Puis on comprend qu’elles disent autre chose : le bâtiment lui-même travaille. La France est entrée dans un âge de fracture.

Dans certaines villes, les listes qualifiées par la presse d’« extrême droite » progressent nettement, portées par un électorat populaire qui réclame avant tout la sécurité, l’ordre et la protection d’un monde qu’il sent se dérober. Dans d’autres secteurs urbains, des votes communautaires apparaissent désormais au grand jour, structurés par des réseaux religieux, identitaires ou territoriaux.

Mais un autre phénomène mérite d’être regardé avec la même attention : le renforcement visible de La France insoumise dans plusieurs métropoles. Il serait trop simple d’y voir la confirmation d’un vote traditionnel de gauche. Ce qui s’exprime ici est autre chose : une colère politique qui cherche son langage et qui le trouve dans une parole de rupture, d’accusation et parfois d’affrontement. Ainsi la France se polarise.

D’un côté, une demande d’ordre et de protection. De l’autre, une gauche de confrontation qui prospère sur la dénonciation d’un système jugé injuste et illégitime. Entre les deux, le vieux monde politique – celui du compromis républicain, de la social-démocratie municipale, des équilibres prudents – semble se dissoudre. Certaines villes françaises ressemblent désormais à des archipels politiques. Dans un même espace urbain coexistent des territoires électoraux qui n’appartiennent plus au même imaginaire national.

Il ne s’agit donc pas simplement d’un changement de majorité municipale. Ce qui apparaît à travers ces élections, c’est un état du pays : celui d’une société traversée par la peur, la colère et la sensation obscure que quelque chose de fondamental se défait.

La peur

Il faut commencer par la peur. La peur est un mot que les sociétés modernes aiment disqualifier. On le relègue volontiers dans le domaine des passions honteuses, des instincts archaïques, des fantasmes politiques. Mais la peur possède une propriété étrange : lorsqu’elle devient collective, elle finit toujours par trouver une forme politique.

La peur française n’est pas une abstraction. Elle habite les gestes quotidiens. Elle se lit dans ces détours que l’on fait pour rentrer chez soi, dans ces regards rapides échangés dans le métro, dans ces silences qui s’installent lorsqu’un groupe trop bruyant, trop imprévisible, traverse une place. Ce sont des choses minuscules. Mais les sociétés se transforment par ces détails. Un jour, sans que personne ne l’ait décidé, l’espace commun cesse d’être pleinement partagé.

La modernité démocratique reposait sur une promesse simple : chacun devait pouvoir circuler librement dans un monde commun, sans avoir à craindre l’autre. Lorsque cette évidence disparaît, ce n’est pas seulement un problème d’ordre public. C’est une transformation beaucoup plus profonde : une transformation du rapport que les individus entretiennent avec la société elle-même. La France d’aujourd’hui vit cette transformation.

Les militaires devant les écoles, les patrouilles dans les gares, les contrôles permanents, les alertes, les sirènes : tout cela est devenu normal. On ne s’en étonne plus. L’extraordinaire est devenu banal. Mais ce qui rend cette peur politiquement explosive n’est pas son existence. C’est le fait qu’elle soit niée. Depuis plusieurs décennies, une partie des élites intellectuelles et médiatiques s’est habituée à considérer les inquiétudes populaires comme une illusion morale. La peur ne serait qu’un produit de l’ignorance, du préjugé ou de la manipulation. Ainsi se produit une inversion étrange : l’expérience vécue devient suspecte. Celui qui dit sa peur n’est plus un citoyen décrivant le monde tel qu’il le perçoit ; il devient un individu dont il faudrait corriger les représentations. Or aucune société ne peut durablement fonctionner sur une telle négation du réel.

La colère

Lorsque la peur ne peut pas être dite, elle se transforme. Elle devient colère. La colère est un sentiment plus politique que la peur. Elle naît lorsque ceux qui vivent une situation difficile ont le sentiment que leurs institutions refusent de la voir. Alors la confiance disparaît.

Le peuple commence à soupçonner que ceux qui gouvernent ne vivent pas dans le même monde que lui. Les dirigeants parlent de statistiques, de perceptions biaisées, de fantasmes collectifs. Mais la vie quotidienne, elle, continue.

Dans ce fossé s’installe la rancœur. Les élections deviennent alors l’un des rares moments où cette rancœur peut se manifester. C’est ce qui explique la puissance des votes de rupture observés dans toute l’Europe. Ils ne sont pas seulement idéologiques. Ils sont l’expression d’une demande de reconnaissance. La France n’échappe pas à ce mouvement.

Le double radicalisme

Les municipales qui viennent d’avoir lieu montrent que cette colère emprunte désormais deux chemins opposés. Dans certains territoires, elle se traduit par un vote en faveur de formations promettant la restauration de l’ordre et de l’autorité. Dans d’autres, elle alimente la progression d’une gauche radicale qui voit dans la société française l’expression d’une domination structurelle.

Le renforcement de La France insoumise dans plusieurs grandes villes appartient à ce second phénomène. Ce vote ne signifie pas seulement une fidélité partisane. Il révèle l’installation d’une culture politique de confrontation. Pour une partie de ses électeurs, la société française n’est plus un espace de compromis imparfait qu’il faudrait améliorer. Elle est devenue un système injuste qu’il faudrait combattre.

Ce récit possède une puissance émotionnelle réelle. Il offre un langage à ceux qui se vivent comme des victimes d’une société française qui serait raciste et à une jeunesse urbaine qui épouse la cause palestinienne. Mais il contribue aussi à durcir les lignes de fracture. Car face à cette gauche de rupture se développe une demande symétrique de protection et d’autorité.

La France se retrouve ainsi prise dans un mouvement de polarisation qui traverse désormais toutes les démocraties occidentales.

Le conflit des imaginaires

Il y a, au cœur de cette fracture, un conflit plus profond encore. Certains Français regardent les transformations démographiques, culturelles et religieuses du pays avec une inquiétude qui touche à l’idée même de continuité historique. Ils ont le sentiment que la France change trop vite, trop profondément, sans qu’aucun débat véritable n’ait jamais eu lieu. Pour eux, ces mutations ressemblent à une dépossession silencieuse.

D’autres, au contraire, voient dans ces transformations l’annonce d’un monde nouveau. Une société plus diverse, plus métissée, plus affranchie de ses héritages nationaux anciens. Ce que les uns redoutent, les autres l’appellent de leurs vœux. Ainsi le même mouvement historique devient l’objet d’un conflit d’interprétation radical. Les uns parlent de perte.
Les autres parlent de progrès. Les uns redoutent un basculement civilisationnel.
Les autres y voient l’accomplissement d’une promesse politique.

Entre ces deux visions du monde, la discussion devient presque impossible. Car il ne s’agit plus seulement de politique, mais d’identité, d’histoire et de destin collectif.

Une démocratie fragilisée?

Une démocratie peut survivre à des conflits profonds. Elle peut même prospérer dans la confrontation. Mais elle suppose l’existence d’un monde commun, d’un espace symbolique dans lequel les adversaires politiques continuent de se reconnaître comme appartenant à la même communauté. C’est précisément ce monde commun qui semble aujourd’hui vaciller. Les municipales de cette année ne sont donc pas seulement un événement local. Elles ressemblent à un symptôme. Le symptôme d’un pays où les expériences sociales divergent au point de produire des visions du monde incompatibles.

Un pays où la peur des uns est jugée illégitime par les autres. Un pays où la colère devient la seule langue politique encore audible. La démocratie ne meurt pas parce que les citoyens ont peur. Elle meurt lorsque leurs peurs ne peuvent plus être dites. Elle meurt quand les conflits indispensables dans une démocratie se transforment en violence et en diabolisations réciproques. 

Et si les urnes municipales ont ainsi parlé hier soir, c’est peut-être parce qu’elles ont servi de refuge à une parole que la société française ne sait plus entendre autrement.

La société malade

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Chez Sarah Knafo, l’euphorie à l’épreuve du bandeau de BFMTV

Sarah Knafo avec ses militants à Paris, hier soir © Arnaud Cesar Vilette/SIPA

Nos intrépides reporters ont suivi l’annonce des résultats dans les QG de Mmes Dati et Knafo, hier soir. Sur le fil, la candidate surprise du scrutin parisien, vêtue de jaune, a finalement passé la barre des 10% au bout de la nuit. Cinq candidats se retrouvent au second tour dans la capitale.


Les soirées électorales font partie de ces moments qui réunissent dans des endroits plus ou moins exigus des journalistes en chaussures Veja et des militants de droite de l’Ouest parisien. A Paris, il y avait un peu de choix, même si Thierry Mariani (RN-UDR) avait décidé de renoncer à ce rituel, faute d’intérêt suscité par sa campagne.

Nous nous ruons tout d’abord au QG de Rachida Dati, dans le 12ème arrondissement. Entassés dans un local à peine plus large qu’une grosse cabine téléphonique, des échotiers commentent les premiers sondages et tentent de détecter, à distance, les premiers indices d’une déferlante droitière dans l’hexagone.

Sur place, les militants font défaut : on veut les imaginer encore dans les bureaux de vote à dépouiller et à remonter les premiers résultats.

On file chez Sarah

Vers 19 heures 30, la tentation d’aller voir ce qui se passe chez la coqueluche de la campagne, Sarah Knafo, est trop grande et nous pousse à traverser les quelques stations de métro qui nous séparent de l’événement. Dans le 2ème arrondissement, l’équipe de campagne a vu les choses en grand, en louant un espace de 335 mètres carré à quelques mètres de la place de l’Opéra. Ici, la déambulation et l’accès au bar sont plus commodes. De premières estimations qui bruissent sous le manteau annoncent la championne à 16%, ce qui entraîne un début d’euphorie parmi les militants, gonflés à bloc et ravis de la campagne acidulée et flashy de Sarah Knafo. « On a vu énormément de nouveaux militants arriver, ceux qui n’étaient pas dans la campagne de Zemmour en 2022 et ont rejoint Reconquête et Sarah à cette occasion. On a vu revenir aussi quelques têtes que nous avions perdu », nous confie Jannick, tête de liste dans le 12ème arrondissement.

Une question agite tous les esprits : Sarah Knafo pourra-t-elle imposer l’union des droites à Rachida Dati, et donc une fusion de liste – provoquant, à l’occasion, un petit séisme politique ? Et si l’ancienne ministre de la Culture ferme la porte à une telle union, Sarah Knafo maintiendra-t-elle sa candidature au risque de passer pour celle qui aura fait perdre la droite ? « Je laisse ma candidate choisir » rappelle ce militant parisien. Un cadre de Reconquête, candidat bien placé, « très confiant », s’emballe : « Cette élection, si elle conduit à une union des droites au second tour, peut donner de grandes choses aux présidentielles ». Et si l’alliance échoue ? « La faute incomberait à Dati et non à Knafo, pas question de se saborder. Il faut imposer un rapport de force à LR et les obliger à la fusion ».

La question du retrait unilatéral pour ne pas trop embêter la candidature Dati coupe la salle en deux. Un jeune adhérent, encarté de la première heure, se dit « contre tout retrait unilatéral » en cas de refus de fusion de Dati. De toute façon, abonde un jeune militant, 18 ans, étudiant parisien, « nos électeurs ne voteront pas Dati si on ne leur tend pas la main. » Un sabordage de la liste serait donc difficile à faire avaler à une partie des militants, même si c’est pour la bonne cause : faire battre la gauche.

La fête est finie

Les nouveaux chiffres qui circulent sont désormais moins favorables. La possibilité d’un maintien possible au second tour n’est même plus évidente. Olivier Ubéda, maître des grandes cérémonies Reconquête, prend le micro pour faire fermer (provisoirement) le bar : la fête est finie. L’écran de BFMTV affiche un score en dessous de 10. Celui de CNews juste au seuil de qualification. L’enthousiasme débordant de début de soirée est quelque peu refroidi. Comme à Roland-Garros, la balle va hésiter toute la soirée, sur la ligne blanche du filet, entre les 10,1 % et les 9,9 % fatidiques. Maintien possible ou non au second tour, l’hypothèse d’un braquage électoral et d’une fusion « imposée » à Dati s’est de toute façon éteinte. Aucun membre de l’équipe ne veut commenter les résultats provisoires : « Commenter quoi ? » répond Olivier Ubéda, « il n’y a pas encore de résultats ». Les militants les plus bavards se lâchent un peu : « Paris a perdu une sacrée candidate » ; « faut croire que les Parisiens aiment la gauche, les impôts, la saleté, l’insécurité. » « Je vais noyer le chagrin dans un calva vieilli en fût de whisky » assure ce militant bien affrété du VIIe arrondissement parti retourner s’enterrer dans sa « maison de campagne en Normandie ». Un cadre du parti tempère le propos et n’est pas tant surpris par le bon score du candidat Grégoire : « Il a fait une bonne campagne. Il n’a rien fait ou dit dans la campagne qui puisse effrayer un électeur centriste ».

De Kingdom of Heaven à Amélie Poulain

Quelques militants Reconquête canal historique critiquent légèrement l’esthétique de la campagne Knafo. « Moi, la mise en scène Pixar et les visuels à l’intelligence artificielle… j’ai trouvé ça ridicule » nous confie ce militant de l’Est de la France, présent pour la soirée électorale. Quelques voix regrettent que Reconquête soit passé un peu vite de Kingdom of Heaven (avec la musique de Vangelis) à Amélie Poulain (avec l’accordéon de Yann Tiersen). Un trop gros score de Knafo aurait pu enterrer politiquement Eric Zemmour pour la présidentielle ; désormais, il est possible de manifester à Reconquête sa préférence pour le président du parti.

Tandis que Rachida Dati a fait un clin d’œil appuyé à la campagne de Sarah Knafo, celle-ci prend enfin la parole. Tant pis si rien ne permet pour le moment d’être certain que la barre des 10 % sera franchie. « Nos voix peuvent faire gagner la droite. Nous pouvons être assez nombreux pour faire barrage à la gauche. Il ne faut pas laisser passer cette chance. Comme je l’ai toujours dit, je garde le cap. Je veux la victoire contre la gauche. D’ores et déjà, les résultats parlent : les voix du centre ne suffiront pas à l’emporter. Toutes les familles de la droite seront nécessaires. Elles devront toutes être représentées et respectées pour l’emporter », déclare la candidate, dans un discours rendant possible toutes les décisions finales. Nous sondons la chanteuse Koxie, aka Laura Cohen, qui, tel un valeureux arrière droit de Ligue 1 respectueux des consignes, ne nous apporte comme unique éclairage que : « Sarah a parlé. Nous attendons la suite ». La nuit portera conseil, et après tout, il fera jour demain.

Lang version facho

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Le militant anti-islam Jake Lang manifeste devant le domicile de Zohran Mamdani, maire de New York, le 9 mars 2026. La police et le FBI enquêtent sur le jet d'un engin explosif lors de cette manifestation. La commissaire de police Jessica S. Tisch a confirmé qu'il s'agirait d'un acte de « terrorisme lié à l'État islamique (EI) » © (EFE/Sarah Yanez-Richards) Sarah Yáñez-Richards/EFE/SIPA

C’est une belle histoire à raconter dans les écoles, les prêches et les veillées chez les personnes de bonne volonté.


Figurez-vous qu’aux États-Unis ils ont aussi leur Jake Lang. Mais avec un « e » de plus à la fin du prénom et, autre différence notable, le leur se veut militant d’extrême-droite. Il se montre en particulier très actif dans le soutien à la police de l’immigration, ICE, celle dont on a tant parlé dans nos médias français de référence et de bien-pensance après deux bavures, de fait extrêmement regrettables, puisque deux personnes y ont perdu la vie.

Cet ancien émeutier du Capitole gracié par Donald Trump avait cru judicieux d’organiser, voilà quelques semaines, le 17 janvier dernier pour être précis, une manifestation en faveur de la police sus-mentionnée à Minneapolis, dans le Minnesota.

Il s’attendait à ce qu’il y ait foule. Ce ne fut pas vraiment le cas. Il paraît que l’événement aurait surtout réussi à mobiliser le camp d’en face, les anti-police de l’immigration. De ce côté-là, on est venu en nombre, et notre aventureux Jake Lang a bien failli passer là un très sale quart d’heure. Pris à parti, malmené, insulté, il aurait même pu y laisser non seulement des plumes, mais la vie. Carrément.

Or, là où l’histoire devient non seulement plaisante mais édifiante et jolie est que ce gars qui fait profession de détester les Noirs, qui conchie autant qu’il le peut les transsexuels, les homos, se vit protégé des coups par un Black de trente ans, Ishciah Blackwell, genre costaud de chez costaud, et sauvé de la meute par un(e) transgenre, noire elle aussi, qui passait par là en voiture en compagnie de son amie. Daye Gottche – c’est son nom –  a arrêté l’auto pour permettre au gringalet bien mal parti de s’enfuir. Notre vaillant et calamiteux activiste Lang doit donc une fière chandelle à deux personnes appartenant aux catégories sociales qu’il combat aussi violemment qu’il le peut, qu’il méprise matin, midi et soir, et qu’il voudrait voir réduites au silence et à l’inexistence.

A lire aussi: Au nom de l’antifascisme…

Les déclarations de ses sauveurs sont intéressantes, elles aussi édifiantes. Autant au moins que leur action. Blackwell, le costaud, a simplement dit : « Je suis un homme et je crois que tous les humains doivent être traités de la même manière. » Précisons que, faisant un rempart de son corps, il a ménagé assez d’espace à Lang pour que celui-ci puisse s’éloigner de la zone sensible et grimper dans la voiture.

Daye Cottsche, quant à elle – ou lui, ou iel, au choix – a reconnu ne pas avoir reconnu le boutefeu extrémiste au moment où elle l’a fait monter dans la voiture. Cependant elle a tenu à préciser que si elle l’avait reconnu elle aurait agi exactement de la même manière. Joli, non ? « Si nous ne nous étions pas arrêtés, a-t-elle ajouté, sans doute aurait-il été mort. »

Belle histoire, en effet. Le maire de Minneapolis y est allé de son commentaire : « Lang considérait cet homme noir comme inférieur à lui, cet homme noir, lui, le considérait comme un être humain. Est-ce suffisant pour le faire réfléchir ? »

Rien n’est moins certain. À un certain degré, la haine abolit toute faculté de réflexion, hélas…

En revanche, nous pouvons être certain d’une chose : s’il s’était agi de notre Jack Lang à nous, le fait que la jeune trans à l’auto ne l’ait pas reconnu l’aurait sans aucun doute tué net. Son ego n’y aurait pas survécu.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Timothée Chalamet: bon acteur, ego XXL

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Timothée Chalamet, Los Angeles, 15 mars 2026 © David Fisher/Shutterstock/SIPA

Le Franco-Américain Timothée Chalamet n’a finalement pas décroché l’Oscar du meilleur acteur hier soir à Los Angeles. On apprécie l’acteur, souvent époustouflant dans ses rôles ; moins le jeune homme prétentieux.


La cérémonie des Oscars était très attendue. Cette traditionnelle fête américaine de remise des trophées tant convoités est une compétition redoutable entre les films phares nommés. Elle devient surtout fiévreuse et virale lorsqu’il s’agit de l’obtention de la mythique statuette dorée du meilleur acteur, disputée cette année entre Leonardo DiCaprio, au sommet de son art, nommé pour son rôle dans Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, et Timothée Chalamet, nommé pour son interprétation frénétique et brillante dans Marty Supreme de Josh Safdie.

Perdu : c’est finalement l’acteur afro-américain Michael B. Jordan qui a obtenu la statuette prestigieuse pour son rôle dans le film horrifique Sinners.

Et il faut reconnaitre que l’acteur coqueluche de la jeunesse et un peu féminin commençait à nous gonfler à force de se prendre pour le personnage du film Marty Supreme.

L’ascension d’un enfant d’Hollywood

Timothée Chalamet, jeune et talentueux acteur franco-américain, est le fils du journaliste français Marc Chalamet et de la danseuse américaine Nicole Flender. Le jeune garçon s’inscrit dans la pure tradition des enfants acteurs tant adorés à Hollywood.

Il est révélé au grand public grâce à son rôle d’Elio Perlman, jeune garçon à la beauté d’éphèbe qui tombe sous le charme d’un homme mûr lors d’un bel été brûlant en Italie, dans le film romantique Call Me by Your Name (2017) de Luca Guadagnino.

Il va vite imposer sa présence de beau gosse séducteur dans une série de très bons films assez différents, tels que : Un jour de pluie à New York (2019) de Woody Allen, Les Filles du docteur March (2019) de Greta Gerwig, Dune (2021) et Dune : Deuxième partie (2024) de Denis Villeneuve.

A lire aussi: Timothée Chalamet est leur nouveau gen(d)re idéal

Avec Un parfait inconnu (2025) de James Mangold, excellent film musical relatant les jeunes années de Bob Dylan, la petite star, coqueluche des médias et des jeunes filles en émoi, confirme son grand talent. Force est de constater que le petit minet Timothée Chalamet est particulièrement impressionnant en jeune Bob Dylan. Il réussit avec conviction à interpréter lui-même les chansons du maître et à faire revivre l’aura mythique du chanteur de protest songs.

Marty Supreme, un film excessif mais un rôle sur mesure

Le film pour lequel le jeune trentenaire était nommé, Marty Supreme (2025) de Josh Safdie, est une fiction survitaminée dont la mise en scène, assez brillante et comportant quelques fulgurances, est toutefois bien trop hystérique, noyée dans un flot musical continu. Le chaos, véritable moteur du film, en fait finalement une œuvre assez vaine.

L’histoire racontée par Joshua Safdie s’inspire de Marty Reisman, figure du tennis de table américain, qui participa bel et bien aux championnats du monde de tennis de table en 1952, année où se déroule le récit de cette fiction.

Timothée Chalamet, acteur mimétique et surdoué, s’avère cependant formidable dans le rôle de Marty, un rôle qui lui va comme un gant. Il interprète Marty Mauser, un jeune garçon juif, orgueilleux, insolent et parfois inconséquent. Pongiste surdoué, Marty est vendeur de chaussures dans une petite boutique new-yorkaise afin de survivre. Il va tout faire pour essayer de devenir un champion reconnu et célèbre.

Entre personnage et personnalité

En tournée promotionnelle dans de nombreux médias — presse écrite, radio ou télévision — pour ce rôle qui pouvait lui valoir son premier Oscar, l’acteur de 30 ans affiche un mélange de séduction, de charisme naturel, d’arrogance et d’orgueil très similaire à celui du personnage de Marty qu’il incarne à l’écran.

A lire aussi: Un nouveau souffle

On ne sait plus très bien s’il s’agit de Timothée Supreme ou de Marty Chalamet. On peut penser que le personnage a déteint sur lui, ou qu’il s’agit d’une redoutable stratégie publicitaire pour l’emporter.

Lors de la cérémonie, l’acteur a été gentiment moqué par le maître de cérémonie Conan O’Brien : « La sécurité est renforcée ce soir… On a entendu dire qu’il pourrait y avoir des attaques venant des milieux de l’opéra et du ballet. »

M. Chalamet avait déclaré lors d’un long échange avec Matthew McConaughey il y a quelques jours : « Je ne me vois pas travailler dans la danse classique ou l’opéra, ou dans des trucs qu’on essaie de garder en vie alors que tout le monde s’en fiche. »

En fait, le jeune acteur est très représentatif du monde actuel du cinéma : un univers de gagnants talentueux et présomptueux, majestueux et arrogants, excellents à l’écran et suffisants à la ville, bien trop sûrs d’eux-mêmes et ne croyant qu’en leur propre conscience.

Six Nations: un tournoi qui a donné le tournis

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Louis Bielle-Biarrey et Antoine Dupont au Stade de France, samedi 14 mars 2026 © LIONEL URMAN/SIPA

Les Bleus ont conservé leur titre in extremis samedi soir grâce aux sauveurs Ramos et Bielle-Barrey


En sport, et, semble-t-il, plus particulièrement en rugby, comme d’ailleurs en tout, la logique se révèle souvent facétieuse, pernicieuse, infidèle à elle-même, ainsi que l’a confirmé cette 26ème édition du Tournoi des Six nations.

Miraculeux

Oubliant que « l’imprévisible est une réalité prévisible », selon le pertinent propos de l’auteur de polars américain, Charles Willeford[1], aux Bleus, les devins chroniqueurs de l’Ovalie leur avait prédit le sacre suprême, le Grand Chelem. Ils ont dû se contenter avec quelques regrets du seul titre… pour la seconde année consécutive depuis que cette compétition a été portée à six avec l’inclusion de l’Italie en 2000, ce qui est loin d’être, avouons-le, négligeable. Le XV tricolore l’a décroché à l’issue, samedi, d’un palpitant, dingue de dingue, match, le 120ème contre l’Angleterre, au stade de France. Plus que toutes les autres confrontations entre ces deux nations, reines de l’ovalie, celui-ci a mérité son historique sobriquet de « Crunch », qu’en l’occurrence on peut traduire par « broyage ». Pour l’austère et très conservateur quotidien britannique, The Telegraph, ça été « l’un des matches les plus fous et trépidants » de l’histoire des Six Nations.

Alors qu’en tout, un déluge 13 essais ont été marqués (sept par les Français, six par les Anglais), les Bleus ne sont parvenus finalement à s’imposer que par une étriquée marge de deux petits points (48-46) grâce à une pénalité passée par Thomas Ramos, le buteur au pied droit qui ne tremble pas chaque fois qu’une transformation cruciale entre les poteaux se présente à lui. Et il l’a réalisée, cette pénalité, juste dans les secondes après l’expiration du temps réglementaire[2]. Pour les supporteurs croyants, elle ne peut qu’être la preuve de l’existence d’un Dieu tout puissant…

Coup de grâce

L’entame de la rencontre a été totalement échevelée. A la 7ème minute, c’est Louis Bielle-Biarrey, la flèche au casque rouge, meilleur marqueur du tournoi avec à son palmarès dans cette édition neuf essais, qui a inauguré un festival de chassés-croisés au tableau en marquant son premier de sa série de quatre (une rare prouesse) qui ne sera pas transformé. Trois minutes plus tard, le XV de la Rose prend l’avantage en en transformant un. Trois nouvelles minutes après, les Bleus, grâce au second essai de Bielle-Barrey transformé, les Bleus reprennent la tête. Et ainsi de suite jusqu’à la mi-temps où les Anglais sont devant (27-24). Et à trois minutes de coup de sifflet final, ces derniers semblent avoir réalisé un hold up sur le match en allant aplatir entre les poteaux et à la transformation immanquable leur donnant l’avantage d’un ténu petit point à 46-45.

Donc à moins d’un miracle, le sort fatidique des Bleus semble bien définitivement scellé. Et l’Irlande qui a vaincu par un 43 à 21 quelques heures auparavant l’Ecosse, tortionnaire de ces mêmes Bleus une semaine auparavant, peut rêver du titre. Mais, hélas pour elle, le miracle a eu lieu, ce XV de la Rose qui a réalisé sa pire campagne de toute son histoire dans cet ancestral tournoi, qui tenait la dragée haute à un XV tricolore refusant de capituler chez lui, a reçu le coup de grâce : la pénalité de la 80ème minute.

Cette 26ème édition des Six Nations restera dans l’histoire comme celle qui a donné le tournis tellement l’imprévisible est advenu. Ainsi, une Italie, pour la première fois, a vaincu l’Angleterre par un 23 à 18 et termine 4ème devant cette même Angleterre. L’Ecosse qui s’est incliné face à l’Irlande (43-21) que la France avait battue (36-14) a infligé aux Bleus une humiliante défaite en lui infligeant 50 points contre 40, la frustrant du Grand Chelem. Le Pays de Galles a obtenu son unique victoire contre l’Italie à Cardiff (31-17) qui avait vaincu l’Angleterre, et avait failli vaincre l’Ecosse qui termine 3ème. Les Gallois s’étaient inclinés (23-26) après une incroyable « remontada » des Ecossais en 2ème mi-temps. Comme l’a dit Fabien Galthié, le sélectionneur français, l’homme aux lunettes à grosse monture noire, « ç’a été un tournoi monstrueux, avec des scores fleuves ». En tout 109 essais ont été marqués, toutes les équipes ayant privilégié l’offensive à la défensive.

Avec maintenant ses huit titres dont deux fois deux consécutifs, la France est la championne des Six Nations. Elle devance l’Angleterre qui en détient sept, l’Irlande et Pays de Galle six, Ecosse et Italie aucun.


[1] Auteur notamment de Miami Blues

[2] En rugby, quand le temps réglementaire est écoulé, le match ne se termine qui si le ballon sort du terrain.

L’assiette du nouveau monde

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Mercedes Ahumada, cheffe du restaurant Chicahualco à Paris © Hannah Assouline

La cuisine mexicaine est l’une des plus anciennes de l’histoire. Au Chicahualco, la cheffe Mercedes Ahumada fait découvrir les saveurs, les couleurs et les épices de cette gastronomie simple mais délicate. Une culture ancestrale où chaque plat possède sa propre signification


La cuisine mexicaine est l’une des plus anciennes du monde puisque nombre de ses plats proviennent de civilisations disparues, souvent antérieures à l’arrivée des conquistadors. Mais elle est toujours méconnue. En France, on l’assimile encore trop souvent à une rapide street food alors qu’elle est, au contraire, une cuisine lente : « Il faut vingt-quatre heures pour préparer une bonne tortilla de maïs ! » nous apprend la cheffe mexicaine du Chicahualco, Mercedes Ahumada.

Alors que les Français consacrent de moins en moins de temps à la préparation de leurs repas quotidiens et consomment de plus en plus de plats préfabriqués trop gras, trop salés, trop sucrés (résultat : 47 % d’entre eux sont en surpoids, 17 % obèses), découvrir les beautés simples de cette gastronomie respectueuse de la terre et de la nature devrait nous redonner envie d’aller acheter de bons produits au marché pour préparer en famille le guacamole et les boulettes de viande aux haricots et au piment.

« Dans mon restaurant, les gens pleurent souvent à table. Beaucoup d’Américains viennent pour retrouver le goût des plats que leur faisait leur cuisinière mexicaine quand ils étaient enfants, et ça les bouleverse. » Lors de mon passage, j’ai pu observer ce phénomène. Un couple venu de Nice avait réservé une table pour fêter ses fiançailles. Un trompettiste et un guitariste mexicains jouaient devant eux à tue-tête pendant que l’homme tenait les mains de sa future en la regardant droit dans les yeux et ses larmes coulaient…

Née au village de Chicahualco, au sud de Mexico, Mercedes cuisine depuis l’âge de 11 ans : « Dans les campagnes, on apprend à cuisiner de mère en fille, pas seulement pour nourrir sa famille, mais aussi pour célébrer les fêtes qui jouent toujours un rôle essentiel dans le lien social : on fête les semailles, les récoltes, les saints patrons des villages, les morts, les mariages, les baptêmes. Nous nous réunissions à cinquante pour préparer ces repas… Chaque plat possède une signification particulière. »

Son barman me sert un délicieux cocktail glacé confectionné avec du mezcal fumé, du tamarin acidulé et du piment : un breuvage ensorcelant qui me met soudain en contact avec les esprits du Yucatan.

Le mezcal, soit dit en passant, peut d’ailleurs très bien accompagner le repas, car le sel faisant saliver, on n’en savoure que mieux le côté fumé de cet alcool typiquement mexicain. Produit à partir de plusieurs variétés d’agave, cuites dans des fours creusés à même le sol avant d’être distillées, il est au Mexique ce que les malts d’Islay sont à l’Écosse : l’expression d’un terroir et d’un savoir-faire uniques !

La cuisine mexicaine est archaïque au sens le plus noble du terme : elle perpétue le commencement des choses et de la vie. Elle est aussi le reflet de paysages contrastés. Imaginez ainsi, au nord, depuis la frontière avec les Yankees, ces immenses déserts peuplés de cactus géants. Plus on descend vers le sud (en direction du Guatemala) plus les paysages deviennent verts et luxuriants. C’est là que se trouve son foyer archéologique. Bien avant l’arrivée des Espagnols, les Méso-Américains (descendants directs des Mayas, des Olmèques et des Aztèques) y cultivaient déjà, depuis des milliers d’années, le maïs multicolore, les piments, les haricots, les tomates, les avocats, les citrouilles, le cacao et même la vanille… Les Mayas avaient inventé un mode de culture très intelligent (la milpa) qui leur permettait de faire pousser le maïs, les haricots et la citrouille (« les trois sœurs ») en même temps : le maïs, planté en premier, servait de tuteur au plant de haricots ; celui-ci donnait à la terre l’azote dont elle a besoin ; pendant que la citrouille, elle, gardait le sol humide et empêchait la prolifération des mauvaises herbes. Cette manière très saine de cultiver la terre est toujours pratiquée aujourd’hui par les paysans qui n’ont aucune envie de s’empoisonner avec le Round-Up de Monsanto.

Mole Chicahualco : mole aux quatre piments, magret de canard, banane plantain, tortillas de nixtamal et graines de sésame.

Pour ce qui est des protéines animales, les Méso-Américains mangeaient de la biche, du chien, de la dinde, de l’iguane (« ça a un goût de poulet », nous dit Mercedes), du tatou, du lapin et des insectes au goût de miel sauvage.

De leur côté, les Espagnols apportèrent au Mexique le blé, le bœuf, le porc, l’agneau, la chèvre, le poulet, le lait, le fromage, le riz, les agrumes, l’ail, le poivre, le safran, le romarin, l’anis. Avant d’être bu avec du sucre, le cacao sacré des Aztèques fut d’abord utilisé par eux pour enrichir les sauces des ragoûts. On était donc déjà dans la « cuisine fusion » ! 

« Les femmes mexicaines ont perpétué une pratique ancestrale : la nixtamalisation, qui consiste à faire bouillir le maïs dans une eau rendue alcaline grâce à l’ajout de cendres de bois ou de chaux. Les grains de maïs perdent ainsi leur enveloppe, libèrent tout leur goût et deviennent plus faciles à moudre. » Transformés en farine, ils vont donner naissance à la pâte souple des tortillas, des galettes fines et rondes, sans matière grasse, qui, fraîchement cuites, sont merveilleusement digestes. Précisons que le vrai maïs mexicain possède de surcroît une saveur bien à lui, moins sucré que son cousin européen.

Pour séduire le palais de ces snobs de Français, Mercedes mitonne des plats de fête régionaux. Ainsi en est-il de sa queue de langouste des Caraïbes marinée dans une sauce aux piments fumés. Le Mexique est la terre natale des piments. Frais, séchés ou fumés, ils entrent dans la composition des sauces traditionnelles, les mole (prononcer « molé ») qui accompagnent les plats de viande et de poisson. Le plus célèbre est le mole poblano produit dans l’État de Puebla, au centre du pays : un mélange de piments séchés, d’épices, de fruits à coque et de fruits séchés, de graines, de tomate et de chocolat, dont la préparation demande plusieurs jours ! 

Quant au guacamole, tellement frais et facile à préparer chez soi, pas question d’y ajouter de la poudre de perlimpinpin : « avocats, tomate en dés, oignon haché, coriandre fraîche, piment, citron, et c’est tout ! »

Piedra del Sol : chocolat noir, mousse de maïs, pâte de fruits et gâteau d’épices.

Chicahualco

77, rue la Condamine, 75017 Paris, tél. 06 49 47 96 49, www.chicahualco.fr.

Compter 17 euros l’entrée, 29 euros le plat. Pour le dessert, essayez la tête de mort au chocolat…

Grande Galerie

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L'écrivain français Dominique Fernandez © JF PAGA / Grasset

Dominique Fernandez nous prévient d’emblée : « Ce ne sont pas des biographies d’écrivaines et d’écrivains que je propose ici, ni même des portraits-souvenirs, mais ce que j’ai pu comprendre de leur personne et de leur œuvre à travers un commerce suivi » …


Le romancier et essayiste, élu à l’Académie française en 2007, prix Goncourt 1982 pour Dans la main de l’Ange, ajoute qu’il n’y a aucun vivant dans ce livre intitulé À vous, troupe légère, vers tiré des « Regrets » de Joachim Du Bellay, histoire sûrement de ne pas froisser ses collègues encore en activité. C’est que Dominique Fernandez est un spécialiste de la phrase tranchante comme un couteau de boucher. J’en avais fait les frais lorsque j’avais publié mon premier ouvrage, Robert Brasillach, l’illusion fasciste, chez Perrin (1989). Comme je n’avais pas, ou peu, parlé de la vie privée de l’écrivain collaborateur et antisémite, entendez que je n’avais pas évoqué ouvertement son homosexualité supposée, le verdict était tombé, sans appel : ma biographie ne valait pas tripette.

20 grandes figures

Les vingt chapitres consacrés à de grandes figures intellectuelles européennes raviront celles et ceux qui ont connu la période bénie où la littérature et la musique rythmaient l’existence d’une élite cosmopolite et cultivée. Le tout-Paris pouvait s’enflammer pour l’élection de Cocteau à l’Académie française, comme le rappelle Dominique Fernandez. Allait-on laisser entrer sous la coupole un homosexuel ? François Mauriac avait prophétisé : « Il ne sera jamais élu… » Le jeune Fernandez, venu rendre visite à l’auteur de Genitrix, rapporte ses propos et ajoute que Mauriac avait, de sa voix éraillée, précisé : « À cause de ses mœurs ! » Cocteau fut élu sans la voix de Mauriac. Charles Trenet et André Téchiné n’eurent pas cette chance. Ils furent refusés « à cause de leurs mœurs ».

L’un des plus émouvants portraits de cette Grande Galerie est peut-être celui d’Hélène Carrère d’Encausse. C’est elle qui incita Dominique Fernandez à rejoindre les rangs de l’Académie française. L’écrivain finit par accepter en disant qu’il afficherait ouvertement son homosexualité. Un lien indéfectible le lie à Hélène Carrère d’Encausse, décédée d’un cancer, le 5 août 2023. Ce n’est pas seulement leur russophilie littéraire qui les rapproche, c’est d’abord et avant tout d’avoir eu des « pères coupables ». Celui de Carrère d’Encausse fut interprète de russe auprès des nazis, à Bordeaux. Il fut arrêté par des résistants, probablement fusillé, puis jeté dans une fosse anonyme. Pas de trace, pas de sépulture, l’effacement. Ramon Fernandez, le père de Dominique, fut un critique littéraire de grand talent. D’abord communiste, il rompit avec la gauche et devint partisan de Franco pendant la guerre d’Espagne, adhéra au Parti populaire français de Doriot, en 1937, fréquenta le gratin de la collaboration, se fâchant toutefois avec Céline qui l’accusa de défendre « les youpins ». À la mort de Bergson, en 1941, Ramon Fernandez avait rendu au philosophe un vibrant hommage dans La Nouvelle Revue française, « malgré l’interdiction des Allemands de prononcer l’éloge d’un juif », rappelle son fils, auteur de la biographie Ramon. Disparu le 2 août 1944, ses obsèques furent célébrées en l’église Saint-Germain-des-Prés remplie d’officiers allemands et de personnalités collaborationnistes. François Mauriac sortit de sa cachette pour rendre un dernier hommage à l’ami et au critique littéraire, « dissimulé derrière un pilier » indique Dominique Fernandez. À méditer en une période où il faut absolument se conduire de façon binaire. Pour revenir à Hélène Carrère d’Encausse, Dominique Fernandez résume : « Nous portions chacun la même tare et le même déshonneur, le même chagrin et le même fardeau à partager, la même faute à expier (…). Marqués du même stigmate, nous étions frappés du même péché originel. »

A lire aussi: Daniel Rondeau, ou l’art majeur du roman

Comprendre les écrivains, les saisir de l’intérieur, après des années de connivence, tel est l’enjeu de ce livre intimiste. Marguerite Duras ouvre le bal, si j’ose dire. Elle publia son deuxième roman, La Vie tranquille, chez Gallimard grâce à la recommandation de Ramon Fernandez. Elle était donc collabo. On le savait car elle l’avait consigné dans L’Amant, son chef d’œuvre. Puis elle devint communiste, sous l’influence de Dionys Mascolo. Dominique Fernandez raconte une scène durassienne, en 1978, dans un bar d’hôtel, dans le vieux quartier de Barcelone. Duras boit beaucoup de vodka et parle de Ramon à son fils. Elle tente de minimiser leur engagement idéologique. Elle dit : « Notre destin n’est pas notre œuvre. » Dominique Fernandez ne tombe pas dans le piège. À propos de son père, il affirme, non sans courage : « Vieux routier de la vie politique, on ne peut donc pas dire qu’il ne savait pas dans quoi il s’engageait. » Les autres portraits sont parfois amicaux, sans jamais être complaisants. Parfois l’Académicien est aussi féroce que son camarade Angelo Rinaldi, disparu en 2025. Il conclut le chapitre qu’il lui consacre par cette phrase : « Écrivain de la nuit, comme ceux dont la blessure se ravive aux rayons du soleil. » Fidèle, il rend hommage au talent littéraire de Frédéric Mitterrand. Il ne cache cependant pas son tourisme sexuel, révélé par le ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, dans La Mauvaise Vie. Il condamne sans ambiguïté les rapports, souvent tarifés, avec des mineurs. Mais au-delà de cette condamnation, il affirme que ce livre-confession est « un livre de moraliste, un examen de conscience, presque un traité de morale, sur un sujet épineux ; une étude de caractère, dans la grande tradition française, analytique et pessimiste. » Notre époque hautement puritaine ne tolère plus ce genre de littérature. Peu avant d’être terrassé par le cancer, Frédéric Mitterrand demanda à Dominique Fernandez : « Comment as-tu résolu, toi, le problème de ta vie amoureuse ? As-tu découvert le secret qui me manque, qui continue à m’échapper ? »

A lire ensuite: Patrice Jean contre le prêt-à-penser

Certains romans, certaines autobiographies sont là pour permettre de nous éclairer sur nous-mêmes, sans pour autant apporter de réponse convaincante. Certains écrivains nous bousculent dans nos certitudes confites. Ils deviennent alors nos compagnons avec lesquels nous conversons en silence. Je ne suis pas d’accord avec Dominique Fernandez quand il écrit : « D’un écrivain qui disparaît, on se console vite. Il y en a tant qui le valent ou lui sont supérieurs ! » Ma table de chevet lui prouverait le contraire. C’est probablement pour cela que le portrait qui m’a le plus touché est celui de Milan Kundera, mort en 2023. La dernière visite de Dominique Fernandez à l’auteur de La Plaisanterie, impasse Récamier, à Paris, est poignante. Il révèle « un homme dépossédé de lui-même, égaré dans une voie sans retour, perdu, englouti par l’abîme, mais gardant dans sa chute une incomparable majesté. »

Dominique Fernandez, À vous, troupe légère, Grasset. 320 pages

A vous, troupe légère

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