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Le confinement, accélérateur de l’autoritarisme municipal?

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Alors que notre État centralisé peine à faire respecter des règles censées être les mêmes partout sur le territoire national, certains maires en profitent pour renforcer leur autorité. Au risque, parfois, d’être plus royaliste que le roi…


Certes, les situations sociales, sanitaires et sécuritaires sont loin d’être harmonieuses dans notre pays. Dès le début du confinement il y a maintenant plus de trois semaines, on a pu constater que celui-ci ne se vivait pas de la même manière selon que l’on réside dans le centre de Paris, dans les quartiers Nord de Marseille, dans un bourg de Lozère ou une petite ville de la côte Atlantique. 

Très vite, les « particularismes » locaux ont montré des résistances, pas toujours réprimées de manière équitable selon les sociologies des territoires et les difficultés sécuritaires qui pré-existaient. 

Les villes aisées dégainent en premier

Pour y remédier, certaines communes ont décidé de sévir et d’aller plus loin que le gouvernement, en prenant des mesures permises par les pouvoirs de police dont jouissent les maires sur leurs territoires. Aussi, dès le 20 mars, le maire de Nice Christian Estrosi, tout juste remis du Covid-19, a ouvert la voie en annonçant un couvre-feu de 23h à 5h du matin (dans sa première version, il souhaitait même le faire démarrer à 20h) et a fait usage d’un drone, avec l’autorisation de la préfecture, afin de rappeler les consignes de confinement aux habitants. 

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Le lendemain, la Ville de Colombes dans les Hauts-de-Seine instaurait un couvre-feu, aussitôt suivie par les communes de Courbevoie, Asnières-sur-Seine, Puteaux et Suresnes. Des arrêtés qui auraient pu se multiplier dans le département, avant que la proclamation de l’état d’urgence sanitaire ne freine ces velléités et que l’exécutif ne reprenne la main sur les mesures restreignant la liberté d’aller et venir. Mais déjà, durant les quelques jours qui ont précédé ce changement, plusieurs communes, parmi lesquelles Montpellier, Perpignan, Mulhouse ou Béziers avaient pris ce type de mesures, sur le fondement de la lutte contre des regroupements nocturnes trop fréquents. 

Le délire du maire de Sanary-sur-Mer

Néanmoins, et malgré cette restriction de leurs capacités d’action en matière de couvre-feu, d’autres communes — pourtant moins exposées aux difficultés sanitaires et sécuritaires — ont fait des choix pour le moins surprenants. Le cas le plus édifiant est sans doute celui de Sanary-sur-Mer, dans le Var. Fin mars, le maire de cette commune avait pris plusieurs arrêtés controversés, pour interdire notamment l’achat d’une baguette de pain ou d’un journal à l’unité, allant même jusqu’à vouloir limiter les sorties des administrés à un rayon de dix mètres autour du domicile ! Mais face à cette décision ubuesque, la préfecture du Var avait introduit un référé-liberté devant le tribunal administratif de Toulon qui a poussé le maire, Ferdinand Bernhard, à faire marche arrière et à annuler ses arrêtés, à la veille de l’audition. 

Dans un autre registre, Bernard Gérard, le maire de Marcq-en-Baroeul, dans le Nord, a pris le 2 avril un arrêté interdisant aux habitants de « cracher sur la voie publique, y abandonner des masques ou des gants, ou d’éternuer sans se couvrir le visage », sous peine d’une amende de 68 euros. Une décision qui peut paraître assez surprenante, dans la mesure où la volonté de faire respecter un impératif de santé publique semble surtout sanctionner l’absence de bon sens et de civisme…

« Bases juridiques incertaines »

Lundi 6 avril, Philippe Laurent, le Maire de Sceaux dans les Hauts-de-Seine, a fait grand bruit en obligeant les habitants de plus de 10 ans à sortir le visage couvert, sous peine d’une amende de 38 euros. À Nice, Christian Estrosi prendra un arrêté similaire une fois que ses administrés auront reçu des masques réutilisables fournis par la Ville. Des mesures à portée prophylactique, qui semblent cette fois aller dans le sens d’une protection accrue des populations lors de leurs sorties, mais qui ne plaisent pas au gouvernement. Ce jeudi 9 avril, lors d’une audition par la mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’épidémie de coronavirus, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a indiqué que les préfets devaient demander aux maires de retirer ces arrêtés, évoquant des textes aux « bases juridiques incertaines ». Plus inquiétant, il soutient que l’efficacité du port du masque face à l’épidémie n’est pas « médicalement démontré », insistant sur un point qui est pourtant particulièrement reproché à l’exécutif depuis le début de la crise…

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Par contraste, d’autres décisions visent à restreindre les déplacements extérieurs. À Biarritz, le maire Michel Veunac avait décidé le 30 mars d’interdire de s’asseoir plus de deux minutes sur un banc public, avant de revenir sur ce choix le 6 avril, face à la menace que l’arrêté soit attaqué en justice. Pour éviter une telle situation, Robert Ménard s’est montré bien plus radical à Béziers, en décidant d’enlever purement et simplement les bancs publics de sa commune, interdisant ainsi le moindre instant de repos aux personnes âgées qui profiteraient d’un moment de sortie pourtant autorisé. 

Enfin, la maire de Morlaix, dans le Finistère, a pour sa part pris le mardi 7 avril un arrêté interdisant le bricolage entre 9h et 15h. Agnès Le Brun, par ailleurs vice-présidente de l’Association des Maires de France (AMF) justifie cette décision par la volonté de laisser le personnel soignant se reposer, l’hôpital étant le premier employeur de la ville. Même si la volonté de préserver le repos des personnels soignants, extrêmement sollicités en cette période, est louable, il n’est pas certain que les administrés apprécient cette restriction supplémentaire à leur liberté, qui les atteint, cette fois, jusqu’à leur propre domicile….

Depuis le début, on voit que la gestion de la crise par l’État pose de nombreuses questions auxquelles les maires, en première ligne, tentent de répondre. S’ils sont, le plus souvent, de bonne foi, il convient néanmoins d’être attentif à ce que certaines décisions restent dans le domaine de l’acceptable. Il faudra aussi s’interroger sur le principe  d’impératif sanitaire, et veiller à ce qu’il n’entraîne pas d’inégalités territoriales restreignant les libertés de certains administrés dans des proportions trop inquiétantes…

Cyril Bennasar n’y entend pas grand chose au foot!

Cher Cyril Bennasar, alors que nous arrivons au bout de notre premier mois de confinement, je tombais ce matin un peu par hasard sur votre chronique publiée sur Causeur.fr où vous exprimiez, d’humeur quelque peu provocatrice, votre satisfaction quant à la disparition temporaire des matchs de football.

Je dois dire que je suis tout de même ravi, pour ne pas dire admiratif, de vous voir trouver un brin de bonheur dans un contexte qui ne laisse que très peu de place à l’enthousiasme. Je loue votre optimiste, mais je vous propose de revenir sur le contenu du papier face auquel l’historien et amoureux de football que je suis (belle antinomie n’est-ce pas?) ne pouvait rester silencieux tant par l’absurdité du propos que par un tel déferlement de lieux communs.

Les préjugés ont la vie dure…

La forme de la chronique est saisissante. Elle laisse présager au lecteur un savoureux moment dès son entame. En effet, le football y est d’emblée assimilé à « un truc pour les blaireaux » dont les acteurs, composés de racailles écervelées sautillants à la vue d’une baballe, nécessairement les derniers de la classe, vous auraient volé la vedette, à vous l’intello, suite à la « tiers-mondialisation du pays »…

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Ce type de préjugé entend enfermer les gens dans des cases comme s’il leur était impossible d’aimer à la fois leur club local et l’œuvre de Spinoza. Michéa avait qualifié ce mépris pour le football le signe d’une véritable « infirmité intellectuelle ».

Vous poursuivez ensuite cette profonde analyse en vous attaquant au « chiqué des fiottes venues défendre des monarchies pétrolières », me faisant regretter au passage ces longues et belles soirées au bistrot qui animaient, jadis, mes jeudis soirs. Pourtant, cette phrase est symptomatique. Selon vous, le football et le sport dans son ensemble ne seraient que vecteurs d’immoralité où s’entremêleraient l’argent, la vulgarité, la tricherie et la prostitution comme si la passion, le partage, l’exaltation du sentiment d’appartenance et de son identité (voir les travaux d’Eric Hobsbawm), n’en étaient pas également les importantes composantes ! Alors que vous chérissez le confinement, je préfère me remémorer les accolades fraternelles de ce lointain été 2018 où nous célébrions, dans l’union sacrée et en vertu de toutes nos origines sociales, la victoire de notre pays à la Coupe du monde.

Emmanuel Macron lors de la finale de la Coupe du Monde de football entre la France et la Croatie, 15 juillet 2018. SIPA. AP22226029_000001
Emmanuel Macron lors de la finale de la Coupe du Monde de football entre la France et la Croatie, 15 juillet 2018. SIPA. AP22226029_000001

Camus n’a-t-il pas dit que tout ce qu’il savait à propos de la moralité et de l’obligation des hommes, c’est au football qu’il le devait ?

Bien entendu, libre à vous de ne pas vouer d’affection envers ce sport et de nous faire valoir votre soulagement quant à la mise sous silence de ce « vacarme de supporters », mais libre à vous également de nous dispenser de votre mépris, surtout envers un monde que, manifestement, vous ne connaissez pas.

Les plans de la société « postmortelle » retardés


La société « postmortelle » dans laquelle nous étions entrés est au moins aussi dérangeante que le décompte quotidien de Jérôme Salomon! Au temps du coronavirus, la mort ne recule plus. Nous l’avions reléguée dans un coin et reportée pour toujours plus tard. Elle fait son grand retour. Nous ne l’appréhendions plus, et cela explique pour partie notre impréparation face à l’épidémie.


Les décès causés par la pandémie actuelle se comptent par milliers. Chaque perte endeuille douloureusement une famille, une profession. La tragédie se répète chaque soir sur les coups de 19 heures lorsque les autorités présentent le bilan macabre des dernières vingt-quatre heures. Un peu comme l’horloge vient frapper tous les soirs, à la même heure, les douze coups de minuit, avec le même tintement sourd et angoissant.

La retour de la mort

Depuis un mois, un face-à-face s’est progressivement installé entre nous et la mort. Réduits à l’impuissance, nous ne pouvons que contempler à distance cette nouvelle société du spectacle, sauf que le spectacle s’est transformé en celui de la mort. Apparition fracassante que celle de la mort dans notre vie quotidienne ces derniers temps. Ce qu’il y a de stupéfiant avec cette crise sanitaire, c’est précisément le surgissement de la mort comme donnée possible, soudainement envisageable, en cas de contagion, puisqu’on ne sait précisément pas comment guérir ni prévenir le virus. Ainsi notre environnement est devenu hostile.

Ce phénomène que nous vivons, et donc expérimentons pour la première fois, interroge directement notre appréhension de la mort. Pour être exact, il faudrait préciser que notre société a plutôt tendance à gommer la mort de notre environnement naturel et social, au point même d’en faire un tabou, presqu’une anormalité. D’où la question formulée ici : est-ce que l’homme a plus peur de la mort aujourd’hui qu’hier car il la sent moins présente qu’auparavant ? Nous évoquerons seulement ici la représentation européenne, ou occidentale, de la mort, et donc celle française.

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En effet, la survenance de la mort, et donc sa connaissance, a massivement décliné dans nos sociétés modernes du fait de la fin des conflits armés dévastateurs, régionaux ou mondiaux, des progrès de la médecine, de la fin des disettes, de la disparition des terribles épidémies telles que la peste noire ou la grippe espagnole, et enfin de l’abolition de la peine de mort, il y a quarante années de cela. Nous sommes réduits à compter le nombre de décès sur les routes, pour cause de cancer, lors des traversées mortelles de la Méditerranée par la foule des réfugiés et clandestins qui ont sombré aux portes de notre continent.

Notre époque connaît de fait un vieillissement de la population ayant pour corolaire le recul de la mortalité, ce que la sociologue Céline Lafontaine a baptisé « la société postmortelle ». De ce point de vue, on pourrait nommer notre ère « la société post-peine de mort » tant celle-ci a sensiblement disparu de notre paysage politique et culturel, exceptés bien sûr les pics de décès exceptionnels (pensons à la canicule de 2003) ou encore les images de meurtres de masse ou d’attentats causés par le terrorisme islamiste.

Par conséquent nous ne sommes plus confrontés à l’omniprésence de la mort. Ceci est une donnée récente de notre histoire.

Notre rapport à la mort était presque devenu inexistant

Le grand historien américain Paul Murray Kendall introduisait déjà sa monumentale biographie consacrée à Louis XI (parue en France en 1974) en avertissant que nous n’avons plus le même rapport à la mort que celui qu’entretenaient les générations ayant connu les guerres de religions, ou encore les révolutions sanglantes, dont la nôtre. L’échafaud n’est plus dressé sur la place publique, le sang de nos braves guerriers n’abreuve plus les champs de bataille comme avant, et le discours religieux ne nous met plus, comme autrefois, en perpétuelle confrontation avec la mort, décernant les brevets pour le paradis ou l’enfer, répandant dans le quotidien de la vie, l’image du Jugement dernier. Il est heureusement aboli le temps où, comme l’écrit Kendall « lorsque la hache était tombée, l’exécuteur des hautes œuvres saisissait par les cheveux la tête sanglante de la victime et la plongeait dans un seau d’eau avant de la présenter aux regards de la foule. »

Loin de cacher la mort, celle-ci se montrait ostensiblement, nous était familière. Il suffit de penser aux sacrifices d’animaux qui ont presque disparus aujourd’hui.

Dans la même veine, pas plus tard qu’au XVIIIe siècle, chaque famille était nécessairement frappée par la perte d’un, et souvent de plusieurs enfants, tant la mortalité infantile était importante. La moitié des enfants mouraient avant l’âge de 10 ans, essentiellement à cause de la variole.

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La réalité est que les boucheries à la Waterloo ont disparu, quand bien même on peut déplorer, chaque année, la perte de soldats tombés au front. Le théâtre de la guerre s’est déplacé à l’étranger d’où l’on ramène en grande pompe nos héros auxquels on rend hommage dans la cour des Invalides. Les pertes militaires françaises en opérations extérieures depuis 1963 sont estimées, à la mi-mars 2020 aux alentours de 800, même si ce chiffre est toujours trop important.

Sans nier la réalité de ces disparitions, autres que naturelles, nous pouvons avancer l’idée que notre rapport à la mort a changé de nature.

La crise sanitaire actuelle nous rappelle cruellement que nous autres, humains, nous savons maintenant que nous sommes mortels. Et aussi combien nous sommes impréparés, psychologiquement et philosophiquement, à une vague de décès, qui peut, rappelons-le, frapper n’importe qui aujourd’hui. Nous sommes, en tant que nation, consternés par le comptage des disparitions, parce que nous avions oublié que l’histoire s’écrit souvent en lettres de sang. Il est donc temps qu’à notre effarement succède une prise de conscience de l’irrémédiable afin que, désormais, nous soyons davantage pénétrés de l’idée du caractère éphémère de l’existence humaine pour mieux en organiser le cours.

Être préparé aux cataclysmes

Dans son oraison Sur la brièveté de la vie, Bossuet se plaisait à rappeler aux souverains, qui comptaient parmi ses fidèles, que la mort frappe chacun comme une douloureuse évidence. À la même époque, le pinceau du peintre Poussin produisait la même réflexion dans son tableau Les bergers d’Arcadie où l’on peut voir deux hommes stupéfaits à la découverte d’un tombeau dans leur campagne leur signifiant l’existence de la mort. La tombe portait l’inscription Et in arcadio ego, voulant dire que, même en Arcadie, la mort existe, règne.

L’épidémie de coronavirus, avec son cortège de tombereaux et de peurs, n’est-elle pas dés-lors une apparition soudaine, exceptionnelle de la mort, révélant en fait la normalité de cette dernière ? Cette situation expliquerait notre admiration actuelle pour les soignants non seulement parce qu’ils subissent de plein fouet la crise sanitaire, mais aussi parce que nous prenons conscience que la mort appartient à leur quotidien normal, coronavirus ou pas, ce qui les rend d’autant plus héroïques.

Nos démocraties pacifiques qui se font gloire d’évincer la mort de la société des hommes n’ont pas seulement vocation à endiguer la vague de morts qui surviennent, mais surtout, et avant tout, à nous protéger, le moment venu, contre les crises (quelles que soient leur nature) afin d’en limiter la portée, la durée et l’ampleur.

A lire ensuite: Alain Finkielkraut: « Jamais tant de féroces inepties n’ont été proférées sous le drapeau de la liberté d’expression »

L’histoire est cruelle avec ceux qui n’ont pas envisagé le pire, car à s’aveugler perpétuellement sur les turpitudes de l’histoire, marcher avec des œillères, au nom de la croyance dans le progrès permanent des sociétés, nous prenons le risque non seulement de commettre l’erreur d’une mauvaise gestion de crise, mais, ce qui est pire, de commettre la faute de ne pas prévoir les cataclysmes, lesquels ne sauraient être évités parce qu’on ne les a pas voulus.

Cela se nomme le devoir de tirer les leçons de l’histoire. Et la France, une fois de plus, par angélisme, par impréparation, s’est crue, de bonne foi, préparée à la « guerre », alors que tout démontre le contraire. Habile à sermonner ses voisins dont elle sollicite aujourd’hui l’aide, en plaidant la solidarité entre les peuples, elle a oublié, une fois n’est pas coutume, que la seule manière de faire face à une crise c’est d’en prévoir l’arrivée, technologiquement, financièrement, socialement, et que pour cela il est préférable d’agir en pays laborieux et industrieux, se préparant pour passer l’hiver, plutôt que de chanter la joie de vivre, le bonheur des jours fériés, la hausse du pouvoir d’achat et l’harmonie universelle. Car, tôt ou tard, la bise viendra, et rien ne nous garantit que l’autre ne nous fasse pas la réponse de la fourmi à la cigale venue lui demander un prêt : « Que faisiez-vous au temps chaud ? »

La vérité de la fable est qu’à l’issue de celle-ci, la cigale est morte de faim.

Eugénie Bastié: “Entre l’orgie et la pénitence, je ne sais pas ce qui triomphera après l’épidémie”

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Pour les journalistes Eugénie Bastié du Figaro et Elisabeth Lévy de Causeur, l’histoire éclaire déjà notre destin post-épidémique.


De confinée à confinée, Elisabeth Lévy et Eugénie Bastié échangent pendant 45 minutes sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Causeur vous propose de lire un extrait de leur échange, à retrouver en intégralité ici.

Verbatim

Eugénie Bastié. Je suis frappée par une chose, c’est la lecture idéologique des événements. Et cette capacité à accepter le fatum [qui fait défaut NDLR]. Il y a toujours eu des épidémies et des virus. Et il y a là quelque chose qui relève de la nature et non pas de la dérive de l’Homme. Or, chacun voit alors midi à sa porte : les écologistes-effondristes voient l’occasion du grand effondrement, les souverainistes voient l’échec de l’Union Européenne, les européistes voient une bonne occasion de « relancer » cette même union, les capitalistes disent que seuls la technologie et le capitalisme nous sauveront, les technophobes disent que la Start-up nation ne peut rien faire pour nous aider… Chacun y va de sa grille de lecture idéologique ! 

Elisabeth Lévy. Cela dit, cette épidémie nous impose bien de revoir un certain nombre de choses. Même notre cher Alain Finkielkraut va devoir reconnaitre qu’il est un peu aidé dans son confinement par toutes sortes de technologies ! Ce qui me fait peur en revanche, c’est que les gens se sentent mieux à distance, se sentent finalement mieux chez eux qu’au bureau par exemple. Qu’ils se disent que cela correspond peut-être à l’évolution des sociétés. J’ai peur qu’on ne revienne jamais à la poignée de main, au contact, après la crise sanitaire… 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Garde ta main, je reprends la mienne!

Eugénie Bastié. C’est intéressant de se pencher sur la sortie de crise. À la sortie de la peste noire de 1348, il y a eu une double sortie de crise, d’un côté une explosion des ordres monastiques et des vocations pour faire pénitence et de l’autre, des orgies fantastiques, un laisser-aller complètement fou. Aujourd’hui, entre l’orgie et la pénitence, je ne sais pas ce qui triomphera après l’épidémie…

Elisabeth Lévy. Aujourd’hui, on nous dit qu’il y aura à la fois des enfants… et des divorces ! 

Eugénie Bastié : Soit il y aura une remise en question généralisée de nos modes de vie avec davantage de localisme, davantage de sobriété, soit il y aura un déchaînement consumériste à la sortie de crise.

Elisabeth Lévy (amusée). Moi qui meurs déjà d’envie de m’acheter des chaussures et de retourner chez le coiffeur… Je pense que très vite on va essayer d’oublier ce qui s’est passé, oublier les “rien ne sera plus comme avant” qu’on nous a lancés lors de la crise des gilets jaunes mais également pour Charlie ou encore pour la réforme des retraites. On nous dit ça tout le temps. Je pense que notre tendance naturelle sera de chercher à revenir à la normale.

>>> Retrouvez 45 minutes de causerie entre les deux journalistes sur RNR.TV maintenant <<<

Le porc émissaire

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Crise sanitaire: Christophe Lannelongue, le fusible de Nancy a sauté


Le désormais ex-directeur de l’Agence régionale de Santé (ARS) du Grand Est Christophe Lannelongue n’a pas eu le droit au même traitement de faveur que le préfet de police de Paris Didier Lallement. Au cœur du problème, la logique comptable fort malvenue en pleine crise sanitaire.


Il ne manquerait plus qu’une mutinerie sur le front sanitaire ! Cette phrase a sûrement traversé les esprits inquiets de l’état major macroniste après les propos tenus par Christophe Lannelongue, le désormais ex-directeur de l’Agence régionale de Santé (ARS) du Grand Est.

Vendredi dernier, ce haut fonctionnaire a déclaré qu’« il n’y [avait] pas de raison de remettre en cause » le plan prévu par le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers (Copermo) qui prévoyait la suppression de 598 postes d’ici cinq ans et la fermeture de 174 lits au CHRU de Nancy.

Deux poids, deux démesures

Aussitôt prononcée, sa déclaration a suscité un tollé. Dans une lettre adressée au Premier ministre et au ministre de la santé Olivier Véran, le maire de Nancy Laurent Hénart, dénonce les propos « complètement décalés » de Lannelongue et déconnectés de la réalité du terrain où « les équipes vont au bout du bout de leur investissement personnel » et « font honneur au service public de la santé ». La polémique bat son plein jusqu’au mercredi 8 avril où le limogeage de Christophe Lannelongue est entériné à l’issue du Conseil des ministres.

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Pour calmer les esprits, faisons sauter le fusible. Vieille technique politicienne, mais pas si courante en macronie. Christophe Lannelongue n’a pas eu le droit au même traitement de faveur que le préfet de police de Paris Didier Lallement. Les deux hauts fonctionnaires ont pourtant dérapé le même jour. L’un faisant preuve d’un zèle budgétaire mal placé, l’autre témoignant d’un amalgame qu’on ne saurait accepter. Au cœur du problème, la logique comptable. L’un s’obstine à maintenir les directives d’assainissement des dépenses publiques de Bercy au plus fort de la crise sanitaire. Tandis que l’autre établit un lien de cause à effet entre le nombre croissant d’hospitalisations dans la capitale et le non-respect du confinement, occultant allégrement les soignants et tous les autres métiers qui continuent de travailler malgré le risque d’être contaminé. Bilan : le premier est limogé et ne regrette absolument pas ses propos alors que le second reste en place et s’excuse du bout des lèvres. Allez comprendre…

Le télégraphiste de Bercy

Mais revenons à l’affaire Lannelongue. La décision de maintenir ce plan est bien entendu indécente, révoltante mais surtout complètement aberrante au regard de l’urgence sanitaire qui dévoile l’asphyxie de notre système de soins.

Rappelons que faute de lits et de respirateurs artificiels à l’hôpital de Nancy, il a fallu organiser le transfert des patients lorrains vers des hôpitaux allemands et suisses, puis l’opération d’évacuation des malades du Grand Est à bord de TGV médicalisés vers les centres hospitaliers de Nouvelle-Aquitaine, moins touchée par la pandémie.

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Une question se pose : comment Lannelongue a t-il pu vouloir maintenir un plan qui supprime ce qu’on n’a pas ? L’anémie du système hospitalier du Grand Est, symbole du déclin de notre système de santé national, n’a donc pas convaincu Christophe Lannelongue de suspendre le plan ministériel de  restructuration. Il a appliqué mécaniquement les instructions de Bercy en faisant comme si la situation n’avait pas changé.

Son suivisme bien discipliné révèle le dogmatisme de la technocratie médicale qui ronge notre système de santé.

D’un techno l’autre

Aveuglé par l’orthodoxie budgétaire, Christophe Lannelongue en a oublié la mission fondamentale de la médecine : sauver des vies humaines… on ajouterait bien  « quoi qu’il en coûte » pour reprendre l’anaphore qui a ponctuée le dernier discours télévisé d’Emmanuel Macron. Pour Lannelongue, ses propos lui ont coûté son poste. Mais il sert de victime expiatoire, sacrifié sur l’autel élyséen pour mieux se faire pardonner les choix politiques désastreux qui ont porté atteinte à notre souveraineté médicale.

« C’est dans le vide de la pensée, que s’inscrit le mal » écrivait Hannah Arendt. Oublier cette capacité de penser, de juger, de mettre à distance les choses, c’est faire l’impasse sur notre humanité… Au lieu de parachuter à la tête de notre système hospitalier des technocrates qui ont perdu le sens du bien commun, il faudrait peut-être privilégier philosophes et médecins, deux métiers qui guérissent le corps et l’esprit.

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Sibeth Ndiaye a annoncé que Christophe Lannelongue serait remplacé par un médecin issu de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), corps administratif au sein duquel retourne d’ailleurs le haut fonctionnaire limogé… Bref, on nomme un médecin venant de l’administration étatique. Encore une entourloupe du « en même temps » macronien. Rappelons qu’Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, était aussi médecin, et ce n’est pas pour autant que la crise sanitaire a été anticipée.

Pour un grand ministère régalien

Dans son essai Nous nous sommes tant trompés, paru en novembre dernier, le député LR de la Sarthe Jean-Carles Grelier sonnait déjà le tocsin. Le parlementaire appelait le gouvernement à sortir la santé de la sphère technique pour créer un grand ministère régalien capable de lutter contre l’allégeance aux lois du marché. Cette crise sanitaire nous incite fortement à le faire. Encore faut-il avoir le courage de redonner à notre pays les moyens de sa souveraineté nationale.

Suis-je un salaud?

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En plein confinement berrichon, j’ai craqué en commandant un livre en ligne !


Depuis bientôt quatre semaines, j’ai été un citoyen exemplaire. Ah la République peut être fière de ses confinés, combattants en charentaises et tee-shirts Mickey XXL, télétravailleurs de l’impossible, patriotes à l’heure des applaudissements entre la gamelle de pistaches et l’émission de Pascal Praud. Guerriers pacifistes armés, au mieux, d’une cannette de bière française à la main. Barricadés en survêtement et virologues par contumace qui ne quittent plus leur poste d’observation : les chaînes d’info en continu. Ce printemps, La Marseillaise aura un goût de chips au barbecue et de 7ème Compagnie. Les reclus du canapé ne pourront plus jamais subir les sarcasmes des agitateurs. De tous ces joggers moralistes qui couraient jadis sur les quais en exhibant leurs corps affûtés. Des inconscients à enfermer, ils nous donnaient mauvaise conscience. Hidalgo a tranché. La circulation alternée, c’est son dada ! Elle a la fluidité en horreur. Quel échec aussi pour tous ces militants énervés qui arpentent depuis si longtemps la Sainte-Trinité « Bastille-République-Nation » sans avoir réussi à sauver les services publics des contraintes budgétaires. Le pays est bloqué, complètement à l’arrêt, PIB en berne, intermittents au bord du suicide, hôpital sous perfusion, et le peuple a choisi la révolution en glandant ! Nous sommes d’admirables résilients couchés. Cruelle leçon pour tous les pétitionnaires du pavé qui devront repenser leur mode d’action, dans le monde d’après. 

Les premiers effets du confinement sur le psychisme apparaissent

Alors, conformément aux recommandations gouvernementales, je n’ai pas mis le nez dehors. J’ai la légalité dans le sang comme le père de François Gensac (Maurice Biraud) dans Un taxi pour Tobrouk. Glisserais-je doucereusement sur la pente savonneuse du progressisme sans m’en rendre compte ? Le système est décidément trop fort, il m’aura ferré. On se pense indépendant, critique, libre d’esprit, atrabilaire et on se réveille un matin, en animal domestique réclamant sa sortie hebdomadaire au supermarché afin de soutenir la grande distribution et le lobby agroalimentaire. On se croit malin en avançant des idées réactionnaires dans des chroniques et on court au tabac faire le plein de cartouches avant le contingentement. La prochaine étape, je lève la patte pour obtenir un plein de Super sans plomb. Ce confinement aura des conséquences graves sur notre psychisme. Je ne suis déjà plus le même homme. Le virus nous met face à nos contradictions et nos petites compromissions du quotidien. La mondialisation a bon dos, elle masque nos propres faiblesses. 

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J’ai commencé à avoir des doutes, le soir où j’ai écouté religieusement Luchini réciter La Fontaine sur mon smartphone dans une lumière crépusculaire. Tant pis pour la clarté de l’image et la netteté du propos, je communiais sur l’autel de la Culture. À une autre époque, j’aurais raillé l’acteur, son côté cabot cathodique, incapable de couper le cordon avec sa clientèle par peur de disparaître et d’être oublié. Les artistes, ces commerçants qui positivent, savent mieux que quiconque la fragilité d’une carrière, ils repoussent sans cesse leur date de péremption. Donc, ils chantent, déclament, écrivent, occupent les réseaux sociaux pour exister. Je n’avais même plus la force de me moquer d’eux, j’étais ému par leur désarroi. Je pleurais à la beauté de cette langue française, ce style qui ne se fane pas, comme une infirmière devant sa dernière fiche de paie. Depuis quatre semaines, je n’ai donc pas bougé une oreille. Par respect et pudeur pour les habitants de mon village, je n’ai pas enfilé un short, ni chaussé des baskets. Je sais bien que si le ridicule ne tue pas dans les ministères, à la campagne, le jet de pierres reste un sport encore assez pratiqué. Les vieux pétanqueurs visent juste. Ils ont l’entraînement. 

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Devant mon téléviseur, je pestais contre ceux qui continuent à commander des sushis en pleine crise sanitaire et font courir un risque majeur à tous ces livreurs, ces nouveaux esclaves en sac à dos, derniers éclaireurs à bicyclette dans la ville endormie. Pour quelques euros, ces gamins sont les sacrifiés de notre société de consommation. Ils payent « cash » notre confort alimentaire. Une passionaria du journalisme m’alertait dans un reportage sur les conditions de travail dans les grands entrepôts des géants de la vente en ligne. J’étais de tout cœur avec ces manutentionnaires obligés de se frôler. Depuis un mois, je n’avais pas commandé un seul livre par internet. Un exploit, pire un sacrifice. Oui, je l’avoue, il m’arrive de commander régulièrement sur ces plateformes et de continuer à fréquenter les librairies physiques. On peut faire les deux en même temps. Vous voyez ce que je vous disais, le progressisme s’infiltre en moi. Il m’est arrivé parfois de fréquenter un magasin, un dimanche après-midi, j’en suis désolé ! Mais là, j’avais décidé de résister à la tentation. Les Gafa ne passeront pas par moi. C’était une question de principe, de dignité même. J’ai pourtant accès à une bibliothèque de 5 000 livres à domicile, pourquoi vouloir acheter ce roman Canisy suivi de Chef-lieu de Jean Follain chez Gallimard dans l’édition réunie de 1986 ?  Une envie de drogué ! Je suis un camé pitoyable. Je peux vous assurer que j’ai tenté de lutter pendant plusieurs jours. Au moment de confirmer ma commande, plusieurs fois, je l’ai annulée. Et puis, ce matin, j’ai craqué, je voulais le toucher ce roman, m’endormir avec. Même s’il arrive après le confinement, je l’aurai. Je me sens quand même un peu sale.  

Lindemann se met les féministes à dos


Le musicien allemand publie un nouveau recueil de poèmes, au grand dam de ses détracteurs.


L’iconoclaste chanteur du groupe Rammstein (récemment hospitalisé, sans rapport avec le Covid-19), connu pour son métal décapant aux performances scéniques délirantes, a publié le mois dernier un recueil intitulé sobrement « 100 poèmes » (100 Gedichte). D’une qualité variable mais néanmoins assez remarquable, le recueil mérite sans aucun doute l’attention des amateurs de poésie allemande.

Car Lindemann n’en est pas à son premier coup d’essai : il a en effet déjà publié plusieurs compilations, dont notamment Messer en 2002 et In stillen Nächten en 2013, déjà remarquées en leur temps.

Sous le feu des critiques pour un poème

Mais voilà, l’un de ses nouveaux poèmes ne semble pas plaire à une partie des milieux progressistes et féministes outre-Rhin. Tout a commencé par une tribune, pour la radio SWR2, de l’écrivain et critique littéraire Carsten Otte qui, entre quelques diatribes gratuites visant les activités musicales de Lindemann dans Rammstein, accuse l’Allemand de faire l’apologie du viol. Son ire vise le poème Wenn du schläfst (« quand tu dors »), qui, même si aucune référence explicite à une agression sexuelle n’est utilisée, semble en effet décrire une scène ou un homme abuserait d’une femme allongée près de lui, laquelle serait vraisemblablement plongée dans un profond sommeil suite à l’absorption d’une drogue.

Rappelons qu’il s’agit de poésie et que, même si ce poème est loin d’être le meilleur du recueil, le style onirique et la licence poétique empruntés sont le propre de ce type de composition, quel qu’en soit le sujet, et que traiter le sujet d’une violence sexuelle ne revient en rien à en faire l’apologie ni à atténuer la gravité des faits. Bref, cela s’appelle de la fiction littéraire.  

Défense ferme de son éditeur et de certains écrivains

C’est d’ailleurs précisément ce qu’a tenu a rappeler l’éditeur de Till Lindemann, la maison Kiepenheuer & Witsch. « L’indignation morale de certains, suscitée par le texte de ce poème, est fondée sur une confusion entre le locuteur fictif, le « moi » du poème, et l’auteur Till Lindemann », a ainsi expliqué Helge Malchow, rédacteur en chef de K&W, dans un entretien avec le RedaktionsNetzwerk Deutschland (RND). « La différence entre le moi poétique et l’auteur est cependant fondamentale pour toute lecture de poésie et de littérature en général et s’applique à tous les poèmes du volume ainsi qu’à la poésie au sens large ». Et Malchow d’ajouter : « Si cette différence n’existait pas, les fictions littéraires et les fantasmes du mal et de la violence, tels que nous les connaissons dans la littérature mondiale, de Henry Miller à BE Ellis en passant par AM Homes, ne seraient pas possibles et la liberté de l’art serait entravée et inexistante. Il va sans dire que le processus décrit dans le poème est profondément répréhensible d’un point de vue moral mais ne permet en aucun cas d’incriminer l’auteur à titre personnel ».

Cela n’a pas empêché les associations féministes et un certain nombre d’internautes de lyncher numériquement l’artiste allemand, conspuant son poème « hideux et dégoutant » et allant parfois jusqu’à l’accuser d’utiliser une « imagerie nazie » (point Godwin atteint). La presse de gauche s’en est également donnée à cœur joie, telle la Tageszeitung parlant de « sensibilité teutonique » et de « spectacle d’horreur mégalomane ». 

Mais dans le même temps, certains écrivains sont venus à la rescousse de Lindemann, comme Alexander Gorkow (qui a préfacé l’ouvrage) ou Sibylle Berg, qui s’est emportée face à l’avalanche de réactions offusquées et d’insultes, en ironisant notamment sur le fait que « des tas de livres contiennent des scènes de meurtre » et qu’il faudrait se poser la question de les interdire aussi…

On ignore si les détracteurs de Lindemann ont lu le reste du recueil. Et l’histoire ne dit pas si Carsten Otte et les associations féministes comptent faire interdire d’autres œuvres, telles le Viol de Lucrèce de William Shakespeare ou le film Irréversible du cinéaste Gaspar Noé (la liste peut être rallongée à l’infini). 

 

La pandémie met KO les bien-pensants


La nouvelle gauche et le camp des « progressistes » apparaissent de plus en plus comme les probables perdants de l’après-Covid-19. Voici pourquoi.


Il est devenu banal de dire que le monde ne sera plus jamais le même après la crise du Covid-19. Le monde n’est en fait déjà plus pareil avec le retour forcé des États: l’Occident repense sa relation avec le reste de la planète, en particulier avec la Chine dont les mensonges sont de plus en plus évidents. Les frontières se sont réimposées avec un naturel déconcertant, la mondialisation est pointée du doigt et d’aucuns voient poétiquement dans la crise une revanche de la nature sur l’humanité dominatrice. Les repères des individus ont été complètement chamboulés, de même que ceux de leurs dirigeants dont le pouvoir augmente à vue d’œil de manière inquiétante. 

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Si nous sommes tous déstabilisés, étourdis, fragilisés par la situation, des courants politiques sortiront gagnants et perdants de l’après-Covid-19. La droite libérale et libre-échangiste est déjà fortement remise en question pour des raisons évidentes. Au sortir de la crise, le commerce entre les pays devrait être mieux régulé – la circulation des personnes le sera peut-être mieux aussi –, mais il sera impossible d’abolir complètement les échanges internationaux. Les pays chercheront à retrouver en partie au moins leur souveraineté sanitaire et alimentaire, dans un contexte de nouvelles tensions interétatiques. 

Les premiers seront les derniers 

Mais la plus grande perdante sera sans doute la gauche bien-pensante dont les lubies apparaissent comme de plus en plus futiles et insignifiantes. Ces dernières années, la nouvelle gauche a battu des records de déconnexion avec la population, allant jusqu’à faire des toilettes «non genrées» un véritable idéal politique. En liguant un vaste ensemble de groupes les uns contre les autres, ce courant est même parvenu à mettre en péril la cohésion sociale, plus que jamais nécessaire en temps de crise. Paradoxalement, la gauche bien-pensante a développé une philosophie à la fois hyper-individualiste et communautariste très nocive pour le vivre-ensemble, une sorte de je-me-moi à saveur identitaire et clanique. Avec le Covid-19, le temps est à l’union des forces, et non à la division de la société en tribus ethniques, culturelles, religieuses et sexuelles.

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La crise économique qui suivra la pandémie devrait aussi contribuer au retour du bon sens, de la sagesse populaire dans nos sociétés engluées dans le superflu. Une certaine gauche n’a cessé de prôner la décroissance économique, mais sans réaliser que ses propres projets étaient au fond des caprices que les gauches étrangères n’ont jamais pu ni même voulu s’offrir par respect pour le peuple. Les pauvres de ce monde pensent à manger tout court avant de manger végan. Ils pensent à se déplacer tout court avant de calculer leur empreinte carbone. Ils pensent à assurer leur sécurité et celle de leurs enfants avant d’instaurer des «safe spaces» dans des universités que ceux-ci ne pourront jamais fréquenter. Ils rêvent de rénover leurs écoles avant d’y installer des vestiaires unisexes. La nouvelle gauche s’est crue modeste en arborant ses diamants progressistes. Elle doit son existence à une immense qualité de vie qui risque fortement de s’évaporer. 

Après le crash, la bien-pensance perdra ses privilèges 

Même au Canada, il est loin d’être certain que la nouvelle gauche pourra poursuivre ses activités comme si rien n’avait changé. Dans ce laboratoire de la mondialisation heureuse, jamais les «progressistes» n’auraient pu parvenir à exercer un tel pouvoir sans les énormes fonds publics dont ils ont bénéficié. Encore à l’heure actuelle, des centaines de chercheurs universitaires y profitent de généreuses bourses consacrées à la promotion du multiculturalisme, du féminisme «intersectionnel» et d’une infinie variété d’autres utopies extravagantes. Comment justifier le financement de ces idéologues dans les mois, voire les années à venir? Ces sommes devront être redirigées vers la recherche en santé publique à défaut de ne pas être économisées par un État en faillite. 

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Les deux grandes tendances qui sortiront gagnantes de l’après-Covid-19 sont le courant écologiste en faveur de la production locale, du terroir, et la droite démondialiste désireuse de rétablir les frontières. Ces deux courants ne sont d’ailleurs pas incompatibles. Habituée depuis au moins trente ans à évoluer en marge des institutions publiques (universités, médias subventionnés par l’État, organismes culturels, etc.), la droite démondialiste pourrait profiter de la déconfiture morale et financière de ses adversaires pour prendre le relais. Elle pourrait tirer avantage de son accoutumance à la guérilla, alors que la nouvelle gauche se verra privée d’une partie de ses abondantes et faciles munitions institutionnelles… 

Et si l’on créait de la monnaie, pour de bon?

 


C’est un déluge qui s’abat sur les économies depuis que nos populations affrontent le coronavirus. Un déluge d’argent pour subvenir aux besoins sanitaires qui ont explosé et pour combler les déficits considérablement aggravés qui vont découler de la récession économique.


L’Allemagne est montrée en exemple, elle qui était il y a peu encore montrée du doigt pour son entêtement à pratiquer l’austérité budgétaire alors qu’elle affiche des excédents depuis plusieurs années déjà : elle a décidé de débloquer quelque 882 milliards d’euros de prêts pour les PME à partir de la Banque Publique. Les États-Unis ne sont pas en reste : Donald Trump et le Congrès américain font à nouveau exploser le déficit en ajoutant 2200 milliards aux 1000 milliards déjà comptabilisés. La France jette modestement 45 milliards dans la balance mais à partir d’un déficit 2019 estimé aux alentours de 90 milliards d’euros avant de comptabiliser les pertes de recettes liées à la crise économique.

Les keynésiens qui n’avaient pas désarmé, sortent du bois pour se réjouir du changement de trajectoire dont ils espèrent qu’il se maintiendra au lendemain de l’épidémie. Les socialistes impénitents rient sous cape à l’idée que de grands groupes comme Renault ou Air France pourraient être nationalisés.

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Voire. Les décisions lourdes déjà prises ou celles à venir nous sont présentées par les dirigeants politiques comme des mesures d’attente qui ne préjugent pas de la gestion publique à venir. Une fois la tourmente passée, il faudra, pensent-ils, revenir aux bons principes de la modération des dépenses et de budgets équilibrés ou presque. La doctrine du système reste inentamée dans les discours. Le débat omet cependant, sauf exceptions individuelles, un paramètre décisif sous la forme de la création monétaire.

Moins de production, plus de dettes

J’ai conscience, en disant cela, de choquer nombre de personnes qui assistent aux actions, sans précédent, de soutien par les banques centrales. Que signifient, me diront-elles, les 750 milliards d’euros créés ex nihilo pour être jetés sur les marchés par la BCE dans la nuit du 15 au 16 mars ?

Ces sommes, comme celles qui sont injectées un peu partout de par le monde par les banques centrales, sont orientées vers les marchés financiers. Elles servent à racheter en masse des emprunts anciens pour soutenir leurs cours et, ainsi, faire obstacle à la faillite du système bancaire. Nous assistons à un remake du film qui s’est joué entre 2008 et 2014 où les acteurs monétaires ont empêché la dépression et, accessoirement, sauvé l’euro.

On oublie le coût de ce sauvetage. On oublie le fait qu’on a traité le mal par le mal, une crise de surendettement privé et parfois public par l’offre massive de prêts à bas coûts qui a porté l’endettement global du monde à des niveaux stratosphériques. Celui-ci a triplé depuis 2008 sans compensation comparable de la production mondiale, bien loin de là.

C’est dans la zone euro que le bât blesse le plus. Car les facilités de crédit offertes par les banques avec le soutien de la BCE n’ont généré qu’une croissance modeste, voire misérable. Le PIB de la zone s’est accru de 1% en 2019 mais de zéro ou presque dans des pays comme l’Italie ou l’Allemagne. Et voici qu’une forte récession, de l’ordre de 6% au moins va affecter les économies de la zone. Toutes les économies, sans exception, seront victimes d’un « effet de ciseaux » avec une production en berne et des déficits en forte expansion.

Encore faut-il savoir mesurer l’impact d’une récession sur les comptes publics. La France a subi entre 1992 et 1993 une récession jugée sévère à l’époque, de 1,2% du PIB. Son déficit public a bondi de moins de 2% du PIB à plus de 5% en l’espace d’un exercice, sans que la colonne des dépenses ne se soit vraiment accrue sinon du fait des dépenses de chômage supplémentaires.

Si l’on admet que l’impact sur les comptes publics sera dévastateur du double fait de la récession et des dépenses extraordinaires, c’est un casse-tête qui se présente devant nos dirigeants sous la forme d’une évolution non maîtrisable des déficits et des dettes.

Le nouvel impératif monétaire

Toute la difficulté présente provient du fait que les dépenses extraordinaires et le manque à gagner seront financés par l’emprunt sur les marchés du crédit, par l’emprunt des États auprès des banques elles-mêmes refinancées par la banque centrale. Ironie du sort, la sauvegarde de certaines banques par les États sera couverte par des emprunts desdits États auprès du système bancaire !

Est-il besoin de dire alors qu’il faut créer de la monnaie nouvelle pour couvrir tous les déficits supplémentaires occasionnés par la crise, déficit de l’assurance-maladie, de l’assurance chômage, des retraites, de l’État, des soutiens aux PME qui ont besoin de deux mois au moins de trésorerie gratuite, sans quoi la récession tournerait à la dépression ? Est-il besoin de dire que le maintien de la doctrine du financement non monétaire des dépenses publiques, tandis qu’on déverse de l’argent nouveau sans discontinuer sur les marchés financiers, est suicidaire ? Est-il besoin de dire, accessoirement, que le risque d’inflation est nul alors que la déflation pointe à l’horizon comme en 2008 ? La BCE devrait être autorisée à créer de la monnaie, remise directement aux Trésors publics, pour couvrir ces dépenses, en rupture avec ses statuts.

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Car c’est la zone euro qui est la plus concernée. Elle a connu, entre 2008 et 2019, la plus faible croissance du monde, une croissance qui devrait être annulée par la crise en cours. Elle n’a pas réduit vraiment ses dettes anciennes sauf en Allemagne. Et elle est emmaillotée dans une monnaie unique qui interdit les ajustements de parité entre les pays les plus productifs et les moins productifs. Et qui interdit aussi le financement monétaire du système public quel que soit le contexte.

Ce que je propose, sous la forme d’une exception temporaire à la règle d’interdiction, se heurte inévitablement à une objection. Ne voulez-vous pas, me dira-t-on, préparer la voie à un changement de la règle et ébranler le système en profitant des turbulences du moment ? Ne cherchez-vous pas à saper les bases de la monnaie unique, symbole de l’Europe intégrée ?

Réponse : oui. Oui, l’épidémie si redoutable nous offre l’occasion de réarmer nos intelligences, de libérer nos neurones paralysés par une doctrine qui interdit le débat. Avec cet argument ultime : si la déflation s’abattait sur nos peuples, l’hypothèse d’une nouvelle expérience socialiste s’imposerait à nouveau, nonobstant ce que l’ancienne a pu révéler de nocif ou de monstrueux.

Union Nationale: orages d’acier et actes de papiers…


L’Union Nationale convoquée solennellement suite à la déclaration de guerre au coronavirus par le Président de la République ne peut être synonyme de soumission servile à la communication hasardeuse du gouvernement, pétrie d’injonctions contradictoires. Elle ne peut pas être non plus un moyen d’étouffer toute controverse et critiques constructives.


S’il est toujours délicat de mesurer le moment précis pour réagir, ceux qui cherchent à tout prix à museler le débat au nom de cette union sacrée se trompent car des mauvaises décisions qui persistent deviennent des fautes et le paravent de la doctrine officielle d’un conseil scientifique ne peut servir de substitut à l’action politique ni à la responsabilité consubstantielle. D’autant que les scientifiques – et on le constate de jour en jour – sont en désaccord entre eux et que leurs réflexions évoluent.

L’union nationale ne se décrète pas, elle s’organise avec des actes concrets et des hommes et femmes de tous les bords. Et ce n’est sûrement pas un blanc-seing donné au pouvoir

Le temps est compté, chacun doit prendre ses responsabilités et l’union sacrée n’est pas un mantra. Le temps de la sidération est dépassé et celui de la projection prématuré, celui de l’action est arrivé. Chaque décision prise aujourd’hui comptera pour demain.

L’État doit se protéger en protégeant ses agents et les acteurs économiques et sociaux au risque d’un affaiblissement total de ses institutions et de ses forces vives.

L’heure des comptes viendra

Les agents de la justice, comme ceux des autres ministères régaliens (Intérieur et Défense) doivent être tout particulièrement mis à l’abri d’un risque sanitaire car ils assurent la survie et la continuité de l’État. Ces agents, par leur action continue en temps de crise et leurs missions d’intérêt général, empêchent le pays de sombrer dans le chaos. Ils doivent être capables bientôt de faire face aux conséquences des crises économiques et sociales qui nous attendent.

Leur activité doit s’inscrire dans un temps long de crise et à ce titre chaque agent devient une ressource stratégique tout comme le personnel médical au chevet des malades. Malheureusement, tout comme pour le personnel médical, ce n’est pas le cas. S’inscrire en faux contre des mauvaises décisions et réclamer des bonnes décisions qui tardent à venir (masques et dépistage massif) relève de la responsabilité et non pas de la sédition. Comme disait le général MacArthur, l’histoire de défaites militaires peut être résumée en deux mots: trop tard.

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L’heure des comptes et des décomptes viendra, maintenant c’est l’heure des décisions où l’intelligence collective doit être mobilisée. Les politiques devraient écouter les acteurs de terrain et les syndicats qui les représentent et canalisent leurs retours d’expérience.
Car l’union nationale ne se décrète pas, elle s’organise avec des actes concrets et des hommes et femmes de tous les bords. Et ce n’est surement pas un blanc-seing donné au pouvoir.

Cette expression née le 4 août 1914 dans la bouche du Président de la République Raymond Poincaré avait un tout autre contenu. La veille, l’Allemagne avait déclaré la guerre à la France. Devant cette situation les clivages politiques disparaissaient immédiatement. Jules Guesde et Albert de Mun se tombaient dans les bras et Maurice Barrès allait prononcer l’éloge funèbre de Jean Jaurès aux côtés de Léon Jouhaud, secrétaire général de la CGT qui à son tour décrivait les prolétaires français comme les « soldats de la liberté » face à la tyrannie allemande.

De la Grande Guerre au coronavirus

Sur le plan politique, René Viviani appelait, pour la première fois au gouvernement des socialistes. Le pacifiste Marcel Sembat recevait le portefeuille de travaux publics et Jules Guesde entrait lui aussi au Conseil. Le syndicaliste Albert Thomas était nommé sous-secrétaire d’État à l’artillerie et à l’équipement militaire avant d’être élevé plus tard au rang de ministre.

Par la suite, sur les sept cabinets constitués pendant la guerre, la participation socialiste fut variable mais constante au moins jusqu’en 1917. Mais la bataille de Verdun et la Révolution d’Octobre ébranlèrent l’adhésion inconditionnelle des socialistes au nationalisme patriotique. Cette participation au gouvernement trans partisane, cette Union sacrée, ne signifiait ni abandon de la vigilance ni évitement des décisions difficiles. Tout au contraire, la bataille de Verdun (février-novembre 1916) et l’offensive Nivelle (avril-octobre 1917) démontraient que les mauvaises décisions devaient être dénoncées. Ainsi en mars 1917, Lyautey alors ministre de la Guerre démissionnait refusant d’appliquer le plan de Nivelle. L’offensive qui se concentrait sur 30 kilomètres de front au Chemin des Dames était une erreur tactique. Bilan de l’opération : 200 000 morts et 160 000 blessés du côté français sans aucun résultat, les lignes allemandes ont tenu bon. Le 15 mai, suite aux premières mutineries des soldats sacrifiés à l’imbécilité du plan de Nivelle, ce dernier était démis de ses fonctions. La commission d’enquête confiée au général Brugère conclura que « Nivelle n’avait pas été à la hauteur de la tâche écrasante ». Il sera « limogé » à Alger.

Les prochaines crises inévitables

Si dans un monde imprévisible, on ne peut reprocher à ceux qui sont aux commandes de tout prévoir, en revanche ce qui est prévisible, c’est que lorsqu’on confie des pouvoirs à des incapables, le résultat est toujours calamiteux. Car, comme disait Camus, « la bêtise insiste toujours ».

N’en déplaisent au gouvernement, ceux qui s’opposent à leur stratégie de l’échec doublée d’atteintes injustifiées à nos institutions et à nos libertés fondamentales ne sont pas des irresponsables. Changer de cap est toujours possible. Aussi toute action à cette fin, y compris pénale, est la conséquence directe de la surdité de certains décideurs et signe l’échec du dialogue social entre les décideurs et les agents de terrain. Enfin chacun doit agir selon sa fonction, le politique gouverne, les syndicats protègent leur profession et les conditions de travail.

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Notre pays sortira de cette crise uniquement au prix de la vérité, condition importante de la résilience collective et de la mobilisation nécessaire pour reconstruire un État stratège à la place d’une bureaucratie administrative, pour promouvoir une justice forte et indépendante au service de l’intérêt général à la place d’une justice en miettes sous le contrôle du pouvoir.

À ceux qui se projettent déjà dans l’avenir, il ne faudra pas oublier que l’on ne construit rien de durable sur des sables mouvants et qu’un examen sans concessions de l’état des lieux sera un préalable indispensable pour asseoir des fondations afin d’affronter les prochaines crises systémiques inévitables.

Une réorganisation du périmètre d’intervention, de dotation et de gouvernance de la fonction publique au service de l’intérêt général devra être repensée en sortie de crise.

Le confinement, accélérateur de l’autoritarisme municipal?

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A Sanary-sur-Mer (photo), le maire Ferdinand Bernhard interdit à ses administrés de s'éloigner à plus de 10 mètres de leur domicile... © JACQUES BOUSSAROQUE / Only France via AFP

Alors que notre État centralisé peine à faire respecter des règles censées être les mêmes partout sur le territoire national, certains maires en profitent pour renforcer leur autorité. Au risque, parfois, d’être plus royaliste que le roi…


Certes, les situations sociales, sanitaires et sécuritaires sont loin d’être harmonieuses dans notre pays. Dès le début du confinement il y a maintenant plus de trois semaines, on a pu constater que celui-ci ne se vivait pas de la même manière selon que l’on réside dans le centre de Paris, dans les quartiers Nord de Marseille, dans un bourg de Lozère ou une petite ville de la côte Atlantique. 

Très vite, les « particularismes » locaux ont montré des résistances, pas toujours réprimées de manière équitable selon les sociologies des territoires et les difficultés sécuritaires qui pré-existaient. 

Les villes aisées dégainent en premier

Pour y remédier, certaines communes ont décidé de sévir et d’aller plus loin que le gouvernement, en prenant des mesures permises par les pouvoirs de police dont jouissent les maires sur leurs territoires. Aussi, dès le 20 mars, le maire de Nice Christian Estrosi, tout juste remis du Covid-19, a ouvert la voie en annonçant un couvre-feu de 23h à 5h du matin (dans sa première version, il souhaitait même le faire démarrer à 20h) et a fait usage d’un drone, avec l’autorisation de la préfecture, afin de rappeler les consignes de confinement aux habitants. 

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Le lendemain, la Ville de Colombes dans les Hauts-de-Seine instaurait un couvre-feu, aussitôt suivie par les communes de Courbevoie, Asnières-sur-Seine, Puteaux et Suresnes. Des arrêtés qui auraient pu se multiplier dans le département, avant que la proclamation de l’état d’urgence sanitaire ne freine ces velléités et que l’exécutif ne reprenne la main sur les mesures restreignant la liberté d’aller et venir. Mais déjà, durant les quelques jours qui ont précédé ce changement, plusieurs communes, parmi lesquelles Montpellier, Perpignan, Mulhouse ou Béziers avaient pris ce type de mesures, sur le fondement de la lutte contre des regroupements nocturnes trop fréquents. 

Le délire du maire de Sanary-sur-Mer

Néanmoins, et malgré cette restriction de leurs capacités d’action en matière de couvre-feu, d’autres communes — pourtant moins exposées aux difficultés sanitaires et sécuritaires — ont fait des choix pour le moins surprenants. Le cas le plus édifiant est sans doute celui de Sanary-sur-Mer, dans le Var. Fin mars, le maire de cette commune avait pris plusieurs arrêtés controversés, pour interdire notamment l’achat d’une baguette de pain ou d’un journal à l’unité, allant même jusqu’à vouloir limiter les sorties des administrés à un rayon de dix mètres autour du domicile ! Mais face à cette décision ubuesque, la préfecture du Var avait introduit un référé-liberté devant le tribunal administratif de Toulon qui a poussé le maire, Ferdinand Bernhard, à faire marche arrière et à annuler ses arrêtés, à la veille de l’audition. 

Dans un autre registre, Bernard Gérard, le maire de Marcq-en-Baroeul, dans le Nord, a pris le 2 avril un arrêté interdisant aux habitants de « cracher sur la voie publique, y abandonner des masques ou des gants, ou d’éternuer sans se couvrir le visage », sous peine d’une amende de 68 euros. Une décision qui peut paraître assez surprenante, dans la mesure où la volonté de faire respecter un impératif de santé publique semble surtout sanctionner l’absence de bon sens et de civisme…

« Bases juridiques incertaines »

Lundi 6 avril, Philippe Laurent, le Maire de Sceaux dans les Hauts-de-Seine, a fait grand bruit en obligeant les habitants de plus de 10 ans à sortir le visage couvert, sous peine d’une amende de 38 euros. À Nice, Christian Estrosi prendra un arrêté similaire une fois que ses administrés auront reçu des masques réutilisables fournis par la Ville. Des mesures à portée prophylactique, qui semblent cette fois aller dans le sens d’une protection accrue des populations lors de leurs sorties, mais qui ne plaisent pas au gouvernement. Ce jeudi 9 avril, lors d’une audition par la mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’épidémie de coronavirus, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a indiqué que les préfets devaient demander aux maires de retirer ces arrêtés, évoquant des textes aux « bases juridiques incertaines ». Plus inquiétant, il soutient que l’efficacité du port du masque face à l’épidémie n’est pas « médicalement démontré », insistant sur un point qui est pourtant particulièrement reproché à l’exécutif depuis le début de la crise…

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Par contraste, d’autres décisions visent à restreindre les déplacements extérieurs. À Biarritz, le maire Michel Veunac avait décidé le 30 mars d’interdire de s’asseoir plus de deux minutes sur un banc public, avant de revenir sur ce choix le 6 avril, face à la menace que l’arrêté soit attaqué en justice. Pour éviter une telle situation, Robert Ménard s’est montré bien plus radical à Béziers, en décidant d’enlever purement et simplement les bancs publics de sa commune, interdisant ainsi le moindre instant de repos aux personnes âgées qui profiteraient d’un moment de sortie pourtant autorisé. 

Enfin, la maire de Morlaix, dans le Finistère, a pour sa part pris le mardi 7 avril un arrêté interdisant le bricolage entre 9h et 15h. Agnès Le Brun, par ailleurs vice-présidente de l’Association des Maires de France (AMF) justifie cette décision par la volonté de laisser le personnel soignant se reposer, l’hôpital étant le premier employeur de la ville. Même si la volonté de préserver le repos des personnels soignants, extrêmement sollicités en cette période, est louable, il n’est pas certain que les administrés apprécient cette restriction supplémentaire à leur liberté, qui les atteint, cette fois, jusqu’à leur propre domicile….

Depuis le début, on voit que la gestion de la crise par l’État pose de nombreuses questions auxquelles les maires, en première ligne, tentent de répondre. S’ils sont, le plus souvent, de bonne foi, il convient néanmoins d’être attentif à ce que certaines décisions restent dans le domaine de l’acceptable. Il faudra aussi s’interroger sur le principe  d’impératif sanitaire, et veiller à ce qu’il n’entraîne pas d’inégalités territoriales restreignant les libertés de certains administrés dans des proportions trop inquiétantes…

Cyril Bennasar n’y entend pas grand chose au foot!

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Antoine Griezmann et Kylian Mbappe, les deux stars de l'Equipe de France championne du monde © FRANCK FIFE-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00874709_000001

Cher Cyril Bennasar, alors que nous arrivons au bout de notre premier mois de confinement, je tombais ce matin un peu par hasard sur votre chronique publiée sur Causeur.fr où vous exprimiez, d’humeur quelque peu provocatrice, votre satisfaction quant à la disparition temporaire des matchs de football.

Je dois dire que je suis tout de même ravi, pour ne pas dire admiratif, de vous voir trouver un brin de bonheur dans un contexte qui ne laisse que très peu de place à l’enthousiasme. Je loue votre optimiste, mais je vous propose de revenir sur le contenu du papier face auquel l’historien et amoureux de football que je suis (belle antinomie n’est-ce pas?) ne pouvait rester silencieux tant par l’absurdité du propos que par un tel déferlement de lieux communs.

Les préjugés ont la vie dure…

La forme de la chronique est saisissante. Elle laisse présager au lecteur un savoureux moment dès son entame. En effet, le football y est d’emblée assimilé à « un truc pour les blaireaux » dont les acteurs, composés de racailles écervelées sautillants à la vue d’une baballe, nécessairement les derniers de la classe, vous auraient volé la vedette, à vous l’intello, suite à la « tiers-mondialisation du pays »…

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Ce type de préjugé entend enfermer les gens dans des cases comme s’il leur était impossible d’aimer à la fois leur club local et l’œuvre de Spinoza. Michéa avait qualifié ce mépris pour le football le signe d’une véritable « infirmité intellectuelle ».

Vous poursuivez ensuite cette profonde analyse en vous attaquant au « chiqué des fiottes venues défendre des monarchies pétrolières », me faisant regretter au passage ces longues et belles soirées au bistrot qui animaient, jadis, mes jeudis soirs. Pourtant, cette phrase est symptomatique. Selon vous, le football et le sport dans son ensemble ne seraient que vecteurs d’immoralité où s’entremêleraient l’argent, la vulgarité, la tricherie et la prostitution comme si la passion, le partage, l’exaltation du sentiment d’appartenance et de son identité (voir les travaux d’Eric Hobsbawm), n’en étaient pas également les importantes composantes ! Alors que vous chérissez le confinement, je préfère me remémorer les accolades fraternelles de ce lointain été 2018 où nous célébrions, dans l’union sacrée et en vertu de toutes nos origines sociales, la victoire de notre pays à la Coupe du monde.

Emmanuel Macron lors de la finale de la Coupe du Monde de football entre la France et la Croatie, 15 juillet 2018. SIPA. AP22226029_000001
Emmanuel Macron lors de la finale de la Coupe du Monde de football entre la France et la Croatie, 15 juillet 2018. SIPA. AP22226029_000001

Camus n’a-t-il pas dit que tout ce qu’il savait à propos de la moralité et de l’obligation des hommes, c’est au football qu’il le devait ?

Bien entendu, libre à vous de ne pas vouer d’affection envers ce sport et de nous faire valoir votre soulagement quant à la mise sous silence de ce « vacarme de supporters », mais libre à vous également de nous dispenser de votre mépris, surtout envers un monde que, manifestement, vous ne connaissez pas.

Les plans de la société « postmortelle » retardés

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DR. "Et in Arcadia Ego" (1618). Huile sur toile de Guerchin (Guercino) ayant inspiré Nicolas Poussin.

La société « postmortelle » dans laquelle nous étions entrés est au moins aussi dérangeante que le décompte quotidien de Jérôme Salomon! Au temps du coronavirus, la mort ne recule plus. Nous l’avions reléguée dans un coin et reportée pour toujours plus tard. Elle fait son grand retour. Nous ne l’appréhendions plus, et cela explique pour partie notre impréparation face à l’épidémie.


Les décès causés par la pandémie actuelle se comptent par milliers. Chaque perte endeuille douloureusement une famille, une profession. La tragédie se répète chaque soir sur les coups de 19 heures lorsque les autorités présentent le bilan macabre des dernières vingt-quatre heures. Un peu comme l’horloge vient frapper tous les soirs, à la même heure, les douze coups de minuit, avec le même tintement sourd et angoissant.

La retour de la mort

Depuis un mois, un face-à-face s’est progressivement installé entre nous et la mort. Réduits à l’impuissance, nous ne pouvons que contempler à distance cette nouvelle société du spectacle, sauf que le spectacle s’est transformé en celui de la mort. Apparition fracassante que celle de la mort dans notre vie quotidienne ces derniers temps. Ce qu’il y a de stupéfiant avec cette crise sanitaire, c’est précisément le surgissement de la mort comme donnée possible, soudainement envisageable, en cas de contagion, puisqu’on ne sait précisément pas comment guérir ni prévenir le virus. Ainsi notre environnement est devenu hostile.

Ce phénomène que nous vivons, et donc expérimentons pour la première fois, interroge directement notre appréhension de la mort. Pour être exact, il faudrait préciser que notre société a plutôt tendance à gommer la mort de notre environnement naturel et social, au point même d’en faire un tabou, presqu’une anormalité. D’où la question formulée ici : est-ce que l’homme a plus peur de la mort aujourd’hui qu’hier car il la sent moins présente qu’auparavant ? Nous évoquerons seulement ici la représentation européenne, ou occidentale, de la mort, et donc celle française.

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En effet, la survenance de la mort, et donc sa connaissance, a massivement décliné dans nos sociétés modernes du fait de la fin des conflits armés dévastateurs, régionaux ou mondiaux, des progrès de la médecine, de la fin des disettes, de la disparition des terribles épidémies telles que la peste noire ou la grippe espagnole, et enfin de l’abolition de la peine de mort, il y a quarante années de cela. Nous sommes réduits à compter le nombre de décès sur les routes, pour cause de cancer, lors des traversées mortelles de la Méditerranée par la foule des réfugiés et clandestins qui ont sombré aux portes de notre continent.

Notre époque connaît de fait un vieillissement de la population ayant pour corolaire le recul de la mortalité, ce que la sociologue Céline Lafontaine a baptisé « la société postmortelle ». De ce point de vue, on pourrait nommer notre ère « la société post-peine de mort » tant celle-ci a sensiblement disparu de notre paysage politique et culturel, exceptés bien sûr les pics de décès exceptionnels (pensons à la canicule de 2003) ou encore les images de meurtres de masse ou d’attentats causés par le terrorisme islamiste.

Par conséquent nous ne sommes plus confrontés à l’omniprésence de la mort. Ceci est une donnée récente de notre histoire.

Notre rapport à la mort était presque devenu inexistant

Le grand historien américain Paul Murray Kendall introduisait déjà sa monumentale biographie consacrée à Louis XI (parue en France en 1974) en avertissant que nous n’avons plus le même rapport à la mort que celui qu’entretenaient les générations ayant connu les guerres de religions, ou encore les révolutions sanglantes, dont la nôtre. L’échafaud n’est plus dressé sur la place publique, le sang de nos braves guerriers n’abreuve plus les champs de bataille comme avant, et le discours religieux ne nous met plus, comme autrefois, en perpétuelle confrontation avec la mort, décernant les brevets pour le paradis ou l’enfer, répandant dans le quotidien de la vie, l’image du Jugement dernier. Il est heureusement aboli le temps où, comme l’écrit Kendall « lorsque la hache était tombée, l’exécuteur des hautes œuvres saisissait par les cheveux la tête sanglante de la victime et la plongeait dans un seau d’eau avant de la présenter aux regards de la foule. »

Loin de cacher la mort, celle-ci se montrait ostensiblement, nous était familière. Il suffit de penser aux sacrifices d’animaux qui ont presque disparus aujourd’hui.

Dans la même veine, pas plus tard qu’au XVIIIe siècle, chaque famille était nécessairement frappée par la perte d’un, et souvent de plusieurs enfants, tant la mortalité infantile était importante. La moitié des enfants mouraient avant l’âge de 10 ans, essentiellement à cause de la variole.

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La réalité est que les boucheries à la Waterloo ont disparu, quand bien même on peut déplorer, chaque année, la perte de soldats tombés au front. Le théâtre de la guerre s’est déplacé à l’étranger d’où l’on ramène en grande pompe nos héros auxquels on rend hommage dans la cour des Invalides. Les pertes militaires françaises en opérations extérieures depuis 1963 sont estimées, à la mi-mars 2020 aux alentours de 800, même si ce chiffre est toujours trop important.

Sans nier la réalité de ces disparitions, autres que naturelles, nous pouvons avancer l’idée que notre rapport à la mort a changé de nature.

La crise sanitaire actuelle nous rappelle cruellement que nous autres, humains, nous savons maintenant que nous sommes mortels. Et aussi combien nous sommes impréparés, psychologiquement et philosophiquement, à une vague de décès, qui peut, rappelons-le, frapper n’importe qui aujourd’hui. Nous sommes, en tant que nation, consternés par le comptage des disparitions, parce que nous avions oublié que l’histoire s’écrit souvent en lettres de sang. Il est donc temps qu’à notre effarement succède une prise de conscience de l’irrémédiable afin que, désormais, nous soyons davantage pénétrés de l’idée du caractère éphémère de l’existence humaine pour mieux en organiser le cours.

Être préparé aux cataclysmes

Dans son oraison Sur la brièveté de la vie, Bossuet se plaisait à rappeler aux souverains, qui comptaient parmi ses fidèles, que la mort frappe chacun comme une douloureuse évidence. À la même époque, le pinceau du peintre Poussin produisait la même réflexion dans son tableau Les bergers d’Arcadie où l’on peut voir deux hommes stupéfaits à la découverte d’un tombeau dans leur campagne leur signifiant l’existence de la mort. La tombe portait l’inscription Et in arcadio ego, voulant dire que, même en Arcadie, la mort existe, règne.

L’épidémie de coronavirus, avec son cortège de tombereaux et de peurs, n’est-elle pas dés-lors une apparition soudaine, exceptionnelle de la mort, révélant en fait la normalité de cette dernière ? Cette situation expliquerait notre admiration actuelle pour les soignants non seulement parce qu’ils subissent de plein fouet la crise sanitaire, mais aussi parce que nous prenons conscience que la mort appartient à leur quotidien normal, coronavirus ou pas, ce qui les rend d’autant plus héroïques.

Nos démocraties pacifiques qui se font gloire d’évincer la mort de la société des hommes n’ont pas seulement vocation à endiguer la vague de morts qui surviennent, mais surtout, et avant tout, à nous protéger, le moment venu, contre les crises (quelles que soient leur nature) afin d’en limiter la portée, la durée et l’ampleur.

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L’histoire est cruelle avec ceux qui n’ont pas envisagé le pire, car à s’aveugler perpétuellement sur les turpitudes de l’histoire, marcher avec des œillères, au nom de la croyance dans le progrès permanent des sociétés, nous prenons le risque non seulement de commettre l’erreur d’une mauvaise gestion de crise, mais, ce qui est pire, de commettre la faute de ne pas prévoir les cataclysmes, lesquels ne sauraient être évités parce qu’on ne les a pas voulus.

Cela se nomme le devoir de tirer les leçons de l’histoire. Et la France, une fois de plus, par angélisme, par impréparation, s’est crue, de bonne foi, préparée à la « guerre », alors que tout démontre le contraire. Habile à sermonner ses voisins dont elle sollicite aujourd’hui l’aide, en plaidant la solidarité entre les peuples, elle a oublié, une fois n’est pas coutume, que la seule manière de faire face à une crise c’est d’en prévoir l’arrivée, technologiquement, financièrement, socialement, et que pour cela il est préférable d’agir en pays laborieux et industrieux, se préparant pour passer l’hiver, plutôt que de chanter la joie de vivre, le bonheur des jours fériés, la hausse du pouvoir d’achat et l’harmonie universelle. Car, tôt ou tard, la bise viendra, et rien ne nous garantit que l’autre ne nous fasse pas la réponse de la fourmi à la cigale venue lui demander un prêt : « Que faisiez-vous au temps chaud ? »

La vérité de la fable est qu’à l’issue de celle-ci, la cigale est morte de faim.

Eugénie Bastié: “Entre l’orgie et la pénitence, je ne sais pas ce qui triomphera après l’épidémie”

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Eugénie Bastié et Elisabeth Lévy Capture d'écran ReacnRoll

Pour les journalistes Eugénie Bastié du Figaro et Elisabeth Lévy de Causeur, l’histoire éclaire déjà notre destin post-épidémique.


De confinée à confinée, Elisabeth Lévy et Eugénie Bastié échangent pendant 45 minutes sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Causeur vous propose de lire un extrait de leur échange, à retrouver en intégralité ici.

Verbatim

Eugénie Bastié. Je suis frappée par une chose, c’est la lecture idéologique des événements. Et cette capacité à accepter le fatum [qui fait défaut NDLR]. Il y a toujours eu des épidémies et des virus. Et il y a là quelque chose qui relève de la nature et non pas de la dérive de l’Homme. Or, chacun voit alors midi à sa porte : les écologistes-effondristes voient l’occasion du grand effondrement, les souverainistes voient l’échec de l’Union Européenne, les européistes voient une bonne occasion de « relancer » cette même union, les capitalistes disent que seuls la technologie et le capitalisme nous sauveront, les technophobes disent que la Start-up nation ne peut rien faire pour nous aider… Chacun y va de sa grille de lecture idéologique ! 

Elisabeth Lévy. Cela dit, cette épidémie nous impose bien de revoir un certain nombre de choses. Même notre cher Alain Finkielkraut va devoir reconnaitre qu’il est un peu aidé dans son confinement par toutes sortes de technologies ! Ce qui me fait peur en revanche, c’est que les gens se sentent mieux à distance, se sentent finalement mieux chez eux qu’au bureau par exemple. Qu’ils se disent que cela correspond peut-être à l’évolution des sociétés. J’ai peur qu’on ne revienne jamais à la poignée de main, au contact, après la crise sanitaire… 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Garde ta main, je reprends la mienne!

Eugénie Bastié. C’est intéressant de se pencher sur la sortie de crise. À la sortie de la peste noire de 1348, il y a eu une double sortie de crise, d’un côté une explosion des ordres monastiques et des vocations pour faire pénitence et de l’autre, des orgies fantastiques, un laisser-aller complètement fou. Aujourd’hui, entre l’orgie et la pénitence, je ne sais pas ce qui triomphera après l’épidémie…

Elisabeth Lévy. Aujourd’hui, on nous dit qu’il y aura à la fois des enfants… et des divorces ! 

Eugénie Bastié : Soit il y aura une remise en question généralisée de nos modes de vie avec davantage de localisme, davantage de sobriété, soit il y aura un déchaînement consumériste à la sortie de crise.

Elisabeth Lévy (amusée). Moi qui meurs déjà d’envie de m’acheter des chaussures et de retourner chez le coiffeur… Je pense que très vite on va essayer d’oublier ce qui s’est passé, oublier les “rien ne sera plus comme avant” qu’on nous a lancés lors de la crise des gilets jaunes mais également pour Charlie ou encore pour la réforme des retraites. On nous dit ça tout le temps. Je pense que notre tendance naturelle sera de chercher à revenir à la normale.

>>> Retrouvez 45 minutes de causerie entre les deux journalistes sur RNR.TV maintenant <<<

Le porc émissaire

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Crise sanitaire: Christophe Lannelongue, le fusible de Nancy a sauté

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nancy grand est covid lannelongue
Nancy, place Stanislas. Authors: POL EMILE/SIPA. Feature Reference: 00639168_000007

Le désormais ex-directeur de l’Agence régionale de Santé (ARS) du Grand Est Christophe Lannelongue n’a pas eu le droit au même traitement de faveur que le préfet de police de Paris Didier Lallement. Au cœur du problème, la logique comptable fort malvenue en pleine crise sanitaire.


Il ne manquerait plus qu’une mutinerie sur le front sanitaire ! Cette phrase a sûrement traversé les esprits inquiets de l’état major macroniste après les propos tenus par Christophe Lannelongue, le désormais ex-directeur de l’Agence régionale de Santé (ARS) du Grand Est.

Vendredi dernier, ce haut fonctionnaire a déclaré qu’« il n’y [avait] pas de raison de remettre en cause » le plan prévu par le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers (Copermo) qui prévoyait la suppression de 598 postes d’ici cinq ans et la fermeture de 174 lits au CHRU de Nancy.

Deux poids, deux démesures

Aussitôt prononcée, sa déclaration a suscité un tollé. Dans une lettre adressée au Premier ministre et au ministre de la santé Olivier Véran, le maire de Nancy Laurent Hénart, dénonce les propos « complètement décalés » de Lannelongue et déconnectés de la réalité du terrain où « les équipes vont au bout du bout de leur investissement personnel » et « font honneur au service public de la santé ». La polémique bat son plein jusqu’au mercredi 8 avril où le limogeage de Christophe Lannelongue est entériné à l’issue du Conseil des ministres.

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Pour calmer les esprits, faisons sauter le fusible. Vieille technique politicienne, mais pas si courante en macronie. Christophe Lannelongue n’a pas eu le droit au même traitement de faveur que le préfet de police de Paris Didier Lallement. Les deux hauts fonctionnaires ont pourtant dérapé le même jour. L’un faisant preuve d’un zèle budgétaire mal placé, l’autre témoignant d’un amalgame qu’on ne saurait accepter. Au cœur du problème, la logique comptable. L’un s’obstine à maintenir les directives d’assainissement des dépenses publiques de Bercy au plus fort de la crise sanitaire. Tandis que l’autre établit un lien de cause à effet entre le nombre croissant d’hospitalisations dans la capitale et le non-respect du confinement, occultant allégrement les soignants et tous les autres métiers qui continuent de travailler malgré le risque d’être contaminé. Bilan : le premier est limogé et ne regrette absolument pas ses propos alors que le second reste en place et s’excuse du bout des lèvres. Allez comprendre…

Le télégraphiste de Bercy

Mais revenons à l’affaire Lannelongue. La décision de maintenir ce plan est bien entendu indécente, révoltante mais surtout complètement aberrante au regard de l’urgence sanitaire qui dévoile l’asphyxie de notre système de soins.

Rappelons que faute de lits et de respirateurs artificiels à l’hôpital de Nancy, il a fallu organiser le transfert des patients lorrains vers des hôpitaux allemands et suisses, puis l’opération d’évacuation des malades du Grand Est à bord de TGV médicalisés vers les centres hospitaliers de Nouvelle-Aquitaine, moins touchée par la pandémie.

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Une question se pose : comment Lannelongue a t-il pu vouloir maintenir un plan qui supprime ce qu’on n’a pas ? L’anémie du système hospitalier du Grand Est, symbole du déclin de notre système de santé national, n’a donc pas convaincu Christophe Lannelongue de suspendre le plan ministériel de  restructuration. Il a appliqué mécaniquement les instructions de Bercy en faisant comme si la situation n’avait pas changé.

Son suivisme bien discipliné révèle le dogmatisme de la technocratie médicale qui ronge notre système de santé.

D’un techno l’autre

Aveuglé par l’orthodoxie budgétaire, Christophe Lannelongue en a oublié la mission fondamentale de la médecine : sauver des vies humaines… on ajouterait bien  « quoi qu’il en coûte » pour reprendre l’anaphore qui a ponctuée le dernier discours télévisé d’Emmanuel Macron. Pour Lannelongue, ses propos lui ont coûté son poste. Mais il sert de victime expiatoire, sacrifié sur l’autel élyséen pour mieux se faire pardonner les choix politiques désastreux qui ont porté atteinte à notre souveraineté médicale.

« C’est dans le vide de la pensée, que s’inscrit le mal » écrivait Hannah Arendt. Oublier cette capacité de penser, de juger, de mettre à distance les choses, c’est faire l’impasse sur notre humanité… Au lieu de parachuter à la tête de notre système hospitalier des technocrates qui ont perdu le sens du bien commun, il faudrait peut-être privilégier philosophes et médecins, deux métiers qui guérissent le corps et l’esprit.

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Sibeth Ndiaye a annoncé que Christophe Lannelongue serait remplacé par un médecin issu de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), corps administratif au sein duquel retourne d’ailleurs le haut fonctionnaire limogé… Bref, on nomme un médecin venant de l’administration étatique. Encore une entourloupe du « en même temps » macronien. Rappelons qu’Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, était aussi médecin, et ce n’est pas pour autant que la crise sanitaire a été anticipée.

Pour un grand ministère régalien

Dans son essai Nous nous sommes tant trompés, paru en novembre dernier, le député LR de la Sarthe Jean-Carles Grelier sonnait déjà le tocsin. Le parlementaire appelait le gouvernement à sortir la santé de la sphère technique pour créer un grand ministère régalien capable de lutter contre l’allégeance aux lois du marché. Cette crise sanitaire nous incite fortement à le faire. Encore faut-il avoir le courage de redonner à notre pays les moyens de sa souveraineté nationale.

Suis-je un salaud?

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Un livreur Deliveroo Image d'illustration Unsplash

En plein confinement berrichon, j’ai craqué en commandant un livre en ligne !


Depuis bientôt quatre semaines, j’ai été un citoyen exemplaire. Ah la République peut être fière de ses confinés, combattants en charentaises et tee-shirts Mickey XXL, télétravailleurs de l’impossible, patriotes à l’heure des applaudissements entre la gamelle de pistaches et l’émission de Pascal Praud. Guerriers pacifistes armés, au mieux, d’une cannette de bière française à la main. Barricadés en survêtement et virologues par contumace qui ne quittent plus leur poste d’observation : les chaînes d’info en continu. Ce printemps, La Marseillaise aura un goût de chips au barbecue et de 7ème Compagnie. Les reclus du canapé ne pourront plus jamais subir les sarcasmes des agitateurs. De tous ces joggers moralistes qui couraient jadis sur les quais en exhibant leurs corps affûtés. Des inconscients à enfermer, ils nous donnaient mauvaise conscience. Hidalgo a tranché. La circulation alternée, c’est son dada ! Elle a la fluidité en horreur. Quel échec aussi pour tous ces militants énervés qui arpentent depuis si longtemps la Sainte-Trinité « Bastille-République-Nation » sans avoir réussi à sauver les services publics des contraintes budgétaires. Le pays est bloqué, complètement à l’arrêt, PIB en berne, intermittents au bord du suicide, hôpital sous perfusion, et le peuple a choisi la révolution en glandant ! Nous sommes d’admirables résilients couchés. Cruelle leçon pour tous les pétitionnaires du pavé qui devront repenser leur mode d’action, dans le monde d’après. 

Les premiers effets du confinement sur le psychisme apparaissent

Alors, conformément aux recommandations gouvernementales, je n’ai pas mis le nez dehors. J’ai la légalité dans le sang comme le père de François Gensac (Maurice Biraud) dans Un taxi pour Tobrouk. Glisserais-je doucereusement sur la pente savonneuse du progressisme sans m’en rendre compte ? Le système est décidément trop fort, il m’aura ferré. On se pense indépendant, critique, libre d’esprit, atrabilaire et on se réveille un matin, en animal domestique réclamant sa sortie hebdomadaire au supermarché afin de soutenir la grande distribution et le lobby agroalimentaire. On se croit malin en avançant des idées réactionnaires dans des chroniques et on court au tabac faire le plein de cartouches avant le contingentement. La prochaine étape, je lève la patte pour obtenir un plein de Super sans plomb. Ce confinement aura des conséquences graves sur notre psychisme. Je ne suis déjà plus le même homme. Le virus nous met face à nos contradictions et nos petites compromissions du quotidien. La mondialisation a bon dos, elle masque nos propres faiblesses. 

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J’ai commencé à avoir des doutes, le soir où j’ai écouté religieusement Luchini réciter La Fontaine sur mon smartphone dans une lumière crépusculaire. Tant pis pour la clarté de l’image et la netteté du propos, je communiais sur l’autel de la Culture. À une autre époque, j’aurais raillé l’acteur, son côté cabot cathodique, incapable de couper le cordon avec sa clientèle par peur de disparaître et d’être oublié. Les artistes, ces commerçants qui positivent, savent mieux que quiconque la fragilité d’une carrière, ils repoussent sans cesse leur date de péremption. Donc, ils chantent, déclament, écrivent, occupent les réseaux sociaux pour exister. Je n’avais même plus la force de me moquer d’eux, j’étais ému par leur désarroi. Je pleurais à la beauté de cette langue française, ce style qui ne se fane pas, comme une infirmière devant sa dernière fiche de paie. Depuis quatre semaines, je n’ai donc pas bougé une oreille. Par respect et pudeur pour les habitants de mon village, je n’ai pas enfilé un short, ni chaussé des baskets. Je sais bien que si le ridicule ne tue pas dans les ministères, à la campagne, le jet de pierres reste un sport encore assez pratiqué. Les vieux pétanqueurs visent juste. Ils ont l’entraînement. 

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Devant mon téléviseur, je pestais contre ceux qui continuent à commander des sushis en pleine crise sanitaire et font courir un risque majeur à tous ces livreurs, ces nouveaux esclaves en sac à dos, derniers éclaireurs à bicyclette dans la ville endormie. Pour quelques euros, ces gamins sont les sacrifiés de notre société de consommation. Ils payent « cash » notre confort alimentaire. Une passionaria du journalisme m’alertait dans un reportage sur les conditions de travail dans les grands entrepôts des géants de la vente en ligne. J’étais de tout cœur avec ces manutentionnaires obligés de se frôler. Depuis un mois, je n’avais pas commandé un seul livre par internet. Un exploit, pire un sacrifice. Oui, je l’avoue, il m’arrive de commander régulièrement sur ces plateformes et de continuer à fréquenter les librairies physiques. On peut faire les deux en même temps. Vous voyez ce que je vous disais, le progressisme s’infiltre en moi. Il m’est arrivé parfois de fréquenter un magasin, un dimanche après-midi, j’en suis désolé ! Mais là, j’avais décidé de résister à la tentation. Les Gafa ne passeront pas par moi. C’était une question de principe, de dignité même. J’ai pourtant accès à une bibliothèque de 5 000 livres à domicile, pourquoi vouloir acheter ce roman Canisy suivi de Chef-lieu de Jean Follain chez Gallimard dans l’édition réunie de 1986 ?  Une envie de drogué ! Je suis un camé pitoyable. Je peux vous assurer que j’ai tenté de lutter pendant plusieurs jours. Au moment de confirmer ma commande, plusieurs fois, je l’ai annulée. Et puis, ce matin, j’ai craqué, je voulais le toucher ce roman, m’endormir avec. Même s’il arrive après le confinement, je l’aurai. Je me sens quand même un peu sale.  

Lindemann se met les féministes à dos

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Till Lindemann à Berlin le 16 mars 2017. Numéro de reportage : SIPAUSA31414896_000001 © FMB/WENN.COM/SIPA

Le musicien allemand publie un nouveau recueil de poèmes, au grand dam de ses détracteurs.


L’iconoclaste chanteur du groupe Rammstein (récemment hospitalisé, sans rapport avec le Covid-19), connu pour son métal décapant aux performances scéniques délirantes, a publié le mois dernier un recueil intitulé sobrement « 100 poèmes » (100 Gedichte). D’une qualité variable mais néanmoins assez remarquable, le recueil mérite sans aucun doute l’attention des amateurs de poésie allemande.

Car Lindemann n’en est pas à son premier coup d’essai : il a en effet déjà publié plusieurs compilations, dont notamment Messer en 2002 et In stillen Nächten en 2013, déjà remarquées en leur temps.

Sous le feu des critiques pour un poème

Mais voilà, l’un de ses nouveaux poèmes ne semble pas plaire à une partie des milieux progressistes et féministes outre-Rhin. Tout a commencé par une tribune, pour la radio SWR2, de l’écrivain et critique littéraire Carsten Otte qui, entre quelques diatribes gratuites visant les activités musicales de Lindemann dans Rammstein, accuse l’Allemand de faire l’apologie du viol. Son ire vise le poème Wenn du schläfst (« quand tu dors »), qui, même si aucune référence explicite à une agression sexuelle n’est utilisée, semble en effet décrire une scène ou un homme abuserait d’une femme allongée près de lui, laquelle serait vraisemblablement plongée dans un profond sommeil suite à l’absorption d’une drogue.

Rappelons qu’il s’agit de poésie et que, même si ce poème est loin d’être le meilleur du recueil, le style onirique et la licence poétique empruntés sont le propre de ce type de composition, quel qu’en soit le sujet, et que traiter le sujet d’une violence sexuelle ne revient en rien à en faire l’apologie ni à atténuer la gravité des faits. Bref, cela s’appelle de la fiction littéraire.  

Défense ferme de son éditeur et de certains écrivains

C’est d’ailleurs précisément ce qu’a tenu a rappeler l’éditeur de Till Lindemann, la maison Kiepenheuer & Witsch. « L’indignation morale de certains, suscitée par le texte de ce poème, est fondée sur une confusion entre le locuteur fictif, le « moi » du poème, et l’auteur Till Lindemann », a ainsi expliqué Helge Malchow, rédacteur en chef de K&W, dans un entretien avec le RedaktionsNetzwerk Deutschland (RND). « La différence entre le moi poétique et l’auteur est cependant fondamentale pour toute lecture de poésie et de littérature en général et s’applique à tous les poèmes du volume ainsi qu’à la poésie au sens large ». Et Malchow d’ajouter : « Si cette différence n’existait pas, les fictions littéraires et les fantasmes du mal et de la violence, tels que nous les connaissons dans la littérature mondiale, de Henry Miller à BE Ellis en passant par AM Homes, ne seraient pas possibles et la liberté de l’art serait entravée et inexistante. Il va sans dire que le processus décrit dans le poème est profondément répréhensible d’un point de vue moral mais ne permet en aucun cas d’incriminer l’auteur à titre personnel ».

Cela n’a pas empêché les associations féministes et un certain nombre d’internautes de lyncher numériquement l’artiste allemand, conspuant son poème « hideux et dégoutant » et allant parfois jusqu’à l’accuser d’utiliser une « imagerie nazie » (point Godwin atteint). La presse de gauche s’en est également donnée à cœur joie, telle la Tageszeitung parlant de « sensibilité teutonique » et de « spectacle d’horreur mégalomane ». 

Mais dans le même temps, certains écrivains sont venus à la rescousse de Lindemann, comme Alexander Gorkow (qui a préfacé l’ouvrage) ou Sibylle Berg, qui s’est emportée face à l’avalanche de réactions offusquées et d’insultes, en ironisant notamment sur le fait que « des tas de livres contiennent des scènes de meurtre » et qu’il faudrait se poser la question de les interdire aussi…

On ignore si les détracteurs de Lindemann ont lu le reste du recueil. Et l’histoire ne dit pas si Carsten Otte et les associations féministes comptent faire interdire d’autres œuvres, telles le Viol de Lucrèce de William Shakespeare ou le film Irréversible du cinéaste Gaspar Noé (la liste peut être rallongée à l’infini). 

 

La pandémie met KO les bien-pensants

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Justin Trudeau et Emmanuel Macron, autrefois © Sean Kilpatrick/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22371329_000001

La nouvelle gauche et le camp des « progressistes » apparaissent de plus en plus comme les probables perdants de l’après-Covid-19. Voici pourquoi.


Il est devenu banal de dire que le monde ne sera plus jamais le même après la crise du Covid-19. Le monde n’est en fait déjà plus pareil avec le retour forcé des États: l’Occident repense sa relation avec le reste de la planète, en particulier avec la Chine dont les mensonges sont de plus en plus évidents. Les frontières se sont réimposées avec un naturel déconcertant, la mondialisation est pointée du doigt et d’aucuns voient poétiquement dans la crise une revanche de la nature sur l’humanité dominatrice. Les repères des individus ont été complètement chamboulés, de même que ceux de leurs dirigeants dont le pouvoir augmente à vue d’œil de manière inquiétante. 

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Si nous sommes tous déstabilisés, étourdis, fragilisés par la situation, des courants politiques sortiront gagnants et perdants de l’après-Covid-19. La droite libérale et libre-échangiste est déjà fortement remise en question pour des raisons évidentes. Au sortir de la crise, le commerce entre les pays devrait être mieux régulé – la circulation des personnes le sera peut-être mieux aussi –, mais il sera impossible d’abolir complètement les échanges internationaux. Les pays chercheront à retrouver en partie au moins leur souveraineté sanitaire et alimentaire, dans un contexte de nouvelles tensions interétatiques. 

Les premiers seront les derniers 

Mais la plus grande perdante sera sans doute la gauche bien-pensante dont les lubies apparaissent comme de plus en plus futiles et insignifiantes. Ces dernières années, la nouvelle gauche a battu des records de déconnexion avec la population, allant jusqu’à faire des toilettes «non genrées» un véritable idéal politique. En liguant un vaste ensemble de groupes les uns contre les autres, ce courant est même parvenu à mettre en péril la cohésion sociale, plus que jamais nécessaire en temps de crise. Paradoxalement, la gauche bien-pensante a développé une philosophie à la fois hyper-individualiste et communautariste très nocive pour le vivre-ensemble, une sorte de je-me-moi à saveur identitaire et clanique. Avec le Covid-19, le temps est à l’union des forces, et non à la division de la société en tribus ethniques, culturelles, religieuses et sexuelles.

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La crise économique qui suivra la pandémie devrait aussi contribuer au retour du bon sens, de la sagesse populaire dans nos sociétés engluées dans le superflu. Une certaine gauche n’a cessé de prôner la décroissance économique, mais sans réaliser que ses propres projets étaient au fond des caprices que les gauches étrangères n’ont jamais pu ni même voulu s’offrir par respect pour le peuple. Les pauvres de ce monde pensent à manger tout court avant de manger végan. Ils pensent à se déplacer tout court avant de calculer leur empreinte carbone. Ils pensent à assurer leur sécurité et celle de leurs enfants avant d’instaurer des «safe spaces» dans des universités que ceux-ci ne pourront jamais fréquenter. Ils rêvent de rénover leurs écoles avant d’y installer des vestiaires unisexes. La nouvelle gauche s’est crue modeste en arborant ses diamants progressistes. Elle doit son existence à une immense qualité de vie qui risque fortement de s’évaporer. 

Après le crash, la bien-pensance perdra ses privilèges 

Même au Canada, il est loin d’être certain que la nouvelle gauche pourra poursuivre ses activités comme si rien n’avait changé. Dans ce laboratoire de la mondialisation heureuse, jamais les «progressistes» n’auraient pu parvenir à exercer un tel pouvoir sans les énormes fonds publics dont ils ont bénéficié. Encore à l’heure actuelle, des centaines de chercheurs universitaires y profitent de généreuses bourses consacrées à la promotion du multiculturalisme, du féminisme «intersectionnel» et d’une infinie variété d’autres utopies extravagantes. Comment justifier le financement de ces idéologues dans les mois, voire les années à venir? Ces sommes devront être redirigées vers la recherche en santé publique à défaut de ne pas être économisées par un État en faillite. 

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Les deux grandes tendances qui sortiront gagnantes de l’après-Covid-19 sont le courant écologiste en faveur de la production locale, du terroir, et la droite démondialiste désireuse de rétablir les frontières. Ces deux courants ne sont d’ailleurs pas incompatibles. Habituée depuis au moins trente ans à évoluer en marge des institutions publiques (universités, médias subventionnés par l’État, organismes culturels, etc.), la droite démondialiste pourrait profiter de la déconfiture morale et financière de ses adversaires pour prendre le relais. Elle pourrait tirer avantage de son accoutumance à la guérilla, alors que la nouvelle gauche se verra privée d’une partie de ses abondantes et faciles munitions institutionnelles… 

Et si l’on créait de la monnaie, pour de bon?

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L'économiste Jean-Luc Gréau photographié en 2012 Numéro de reportage : 00634389_000019 © BALTEL/SIPA

 


C’est un déluge qui s’abat sur les économies depuis que nos populations affrontent le coronavirus. Un déluge d’argent pour subvenir aux besoins sanitaires qui ont explosé et pour combler les déficits considérablement aggravés qui vont découler de la récession économique.


L’Allemagne est montrée en exemple, elle qui était il y a peu encore montrée du doigt pour son entêtement à pratiquer l’austérité budgétaire alors qu’elle affiche des excédents depuis plusieurs années déjà : elle a décidé de débloquer quelque 882 milliards d’euros de prêts pour les PME à partir de la Banque Publique. Les États-Unis ne sont pas en reste : Donald Trump et le Congrès américain font à nouveau exploser le déficit en ajoutant 2200 milliards aux 1000 milliards déjà comptabilisés. La France jette modestement 45 milliards dans la balance mais à partir d’un déficit 2019 estimé aux alentours de 90 milliards d’euros avant de comptabiliser les pertes de recettes liées à la crise économique.

Les keynésiens qui n’avaient pas désarmé, sortent du bois pour se réjouir du changement de trajectoire dont ils espèrent qu’il se maintiendra au lendemain de l’épidémie. Les socialistes impénitents rient sous cape à l’idée que de grands groupes comme Renault ou Air France pourraient être nationalisés.

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Voire. Les décisions lourdes déjà prises ou celles à venir nous sont présentées par les dirigeants politiques comme des mesures d’attente qui ne préjugent pas de la gestion publique à venir. Une fois la tourmente passée, il faudra, pensent-ils, revenir aux bons principes de la modération des dépenses et de budgets équilibrés ou presque. La doctrine du système reste inentamée dans les discours. Le débat omet cependant, sauf exceptions individuelles, un paramètre décisif sous la forme de la création monétaire.

Moins de production, plus de dettes

J’ai conscience, en disant cela, de choquer nombre de personnes qui assistent aux actions, sans précédent, de soutien par les banques centrales. Que signifient, me diront-elles, les 750 milliards d’euros créés ex nihilo pour être jetés sur les marchés par la BCE dans la nuit du 15 au 16 mars ?

Ces sommes, comme celles qui sont injectées un peu partout de par le monde par les banques centrales, sont orientées vers les marchés financiers. Elles servent à racheter en masse des emprunts anciens pour soutenir leurs cours et, ainsi, faire obstacle à la faillite du système bancaire. Nous assistons à un remake du film qui s’est joué entre 2008 et 2014 où les acteurs monétaires ont empêché la dépression et, accessoirement, sauvé l’euro.

On oublie le coût de ce sauvetage. On oublie le fait qu’on a traité le mal par le mal, une crise de surendettement privé et parfois public par l’offre massive de prêts à bas coûts qui a porté l’endettement global du monde à des niveaux stratosphériques. Celui-ci a triplé depuis 2008 sans compensation comparable de la production mondiale, bien loin de là.

C’est dans la zone euro que le bât blesse le plus. Car les facilités de crédit offertes par les banques avec le soutien de la BCE n’ont généré qu’une croissance modeste, voire misérable. Le PIB de la zone s’est accru de 1% en 2019 mais de zéro ou presque dans des pays comme l’Italie ou l’Allemagne. Et voici qu’une forte récession, de l’ordre de 6% au moins va affecter les économies de la zone. Toutes les économies, sans exception, seront victimes d’un « effet de ciseaux » avec une production en berne et des déficits en forte expansion.

Encore faut-il savoir mesurer l’impact d’une récession sur les comptes publics. La France a subi entre 1992 et 1993 une récession jugée sévère à l’époque, de 1,2% du PIB. Son déficit public a bondi de moins de 2% du PIB à plus de 5% en l’espace d’un exercice, sans que la colonne des dépenses ne se soit vraiment accrue sinon du fait des dépenses de chômage supplémentaires.

Si l’on admet que l’impact sur les comptes publics sera dévastateur du double fait de la récession et des dépenses extraordinaires, c’est un casse-tête qui se présente devant nos dirigeants sous la forme d’une évolution non maîtrisable des déficits et des dettes.

Le nouvel impératif monétaire

Toute la difficulté présente provient du fait que les dépenses extraordinaires et le manque à gagner seront financés par l’emprunt sur les marchés du crédit, par l’emprunt des États auprès des banques elles-mêmes refinancées par la banque centrale. Ironie du sort, la sauvegarde de certaines banques par les États sera couverte par des emprunts desdits États auprès du système bancaire !

Est-il besoin de dire alors qu’il faut créer de la monnaie nouvelle pour couvrir tous les déficits supplémentaires occasionnés par la crise, déficit de l’assurance-maladie, de l’assurance chômage, des retraites, de l’État, des soutiens aux PME qui ont besoin de deux mois au moins de trésorerie gratuite, sans quoi la récession tournerait à la dépression ? Est-il besoin de dire que le maintien de la doctrine du financement non monétaire des dépenses publiques, tandis qu’on déverse de l’argent nouveau sans discontinuer sur les marchés financiers, est suicidaire ? Est-il besoin de dire, accessoirement, que le risque d’inflation est nul alors que la déflation pointe à l’horizon comme en 2008 ? La BCE devrait être autorisée à créer de la monnaie, remise directement aux Trésors publics, pour couvrir ces dépenses, en rupture avec ses statuts.

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Car c’est la zone euro qui est la plus concernée. Elle a connu, entre 2008 et 2019, la plus faible croissance du monde, une croissance qui devrait être annulée par la crise en cours. Elle n’a pas réduit vraiment ses dettes anciennes sauf en Allemagne. Et elle est emmaillotée dans une monnaie unique qui interdit les ajustements de parité entre les pays les plus productifs et les moins productifs. Et qui interdit aussi le financement monétaire du système public quel que soit le contexte.

Ce que je propose, sous la forme d’une exception temporaire à la règle d’interdiction, se heurte inévitablement à une objection. Ne voulez-vous pas, me dira-t-on, préparer la voie à un changement de la règle et ébranler le système en profitant des turbulences du moment ? Ne cherchez-vous pas à saper les bases de la monnaie unique, symbole de l’Europe intégrée ?

Réponse : oui. Oui, l’épidémie si redoutable nous offre l’occasion de réarmer nos intelligences, de libérer nos neurones paralysés par une doctrine qui interdit le débat. Avec cet argument ultime : si la déflation s’abattait sur nos peuples, l’hypothèse d’une nouvelle expérience socialiste s’imposerait à nouveau, nonobstant ce que l’ancienne a pu révéler de nocif ou de monstrueux.

Union Nationale: orages d’acier et actes de papiers…

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Béatrice Brugère © Hannah Assouline

L’Union Nationale convoquée solennellement suite à la déclaration de guerre au coronavirus par le Président de la République ne peut être synonyme de soumission servile à la communication hasardeuse du gouvernement, pétrie d’injonctions contradictoires. Elle ne peut pas être non plus un moyen d’étouffer toute controverse et critiques constructives.


S’il est toujours délicat de mesurer le moment précis pour réagir, ceux qui cherchent à tout prix à museler le débat au nom de cette union sacrée se trompent car des mauvaises décisions qui persistent deviennent des fautes et le paravent de la doctrine officielle d’un conseil scientifique ne peut servir de substitut à l’action politique ni à la responsabilité consubstantielle. D’autant que les scientifiques – et on le constate de jour en jour – sont en désaccord entre eux et que leurs réflexions évoluent.

L’union nationale ne se décrète pas, elle s’organise avec des actes concrets et des hommes et femmes de tous les bords. Et ce n’est sûrement pas un blanc-seing donné au pouvoir

Le temps est compté, chacun doit prendre ses responsabilités et l’union sacrée n’est pas un mantra. Le temps de la sidération est dépassé et celui de la projection prématuré, celui de l’action est arrivé. Chaque décision prise aujourd’hui comptera pour demain.

L’État doit se protéger en protégeant ses agents et les acteurs économiques et sociaux au risque d’un affaiblissement total de ses institutions et de ses forces vives.

L’heure des comptes viendra

Les agents de la justice, comme ceux des autres ministères régaliens (Intérieur et Défense) doivent être tout particulièrement mis à l’abri d’un risque sanitaire car ils assurent la survie et la continuité de l’État. Ces agents, par leur action continue en temps de crise et leurs missions d’intérêt général, empêchent le pays de sombrer dans le chaos. Ils doivent être capables bientôt de faire face aux conséquences des crises économiques et sociales qui nous attendent.

Leur activité doit s’inscrire dans un temps long de crise et à ce titre chaque agent devient une ressource stratégique tout comme le personnel médical au chevet des malades. Malheureusement, tout comme pour le personnel médical, ce n’est pas le cas. S’inscrire en faux contre des mauvaises décisions et réclamer des bonnes décisions qui tardent à venir (masques et dépistage massif) relève de la responsabilité et non pas de la sédition. Comme disait le général MacArthur, l’histoire de défaites militaires peut être résumée en deux mots: trop tard.

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L’heure des comptes et des décomptes viendra, maintenant c’est l’heure des décisions où l’intelligence collective doit être mobilisée. Les politiques devraient écouter les acteurs de terrain et les syndicats qui les représentent et canalisent leurs retours d’expérience.
Car l’union nationale ne se décrète pas, elle s’organise avec des actes concrets et des hommes et femmes de tous les bords. Et ce n’est surement pas un blanc-seing donné au pouvoir.

Cette expression née le 4 août 1914 dans la bouche du Président de la République Raymond Poincaré avait un tout autre contenu. La veille, l’Allemagne avait déclaré la guerre à la France. Devant cette situation les clivages politiques disparaissaient immédiatement. Jules Guesde et Albert de Mun se tombaient dans les bras et Maurice Barrès allait prononcer l’éloge funèbre de Jean Jaurès aux côtés de Léon Jouhaud, secrétaire général de la CGT qui à son tour décrivait les prolétaires français comme les « soldats de la liberté » face à la tyrannie allemande.

De la Grande Guerre au coronavirus

Sur le plan politique, René Viviani appelait, pour la première fois au gouvernement des socialistes. Le pacifiste Marcel Sembat recevait le portefeuille de travaux publics et Jules Guesde entrait lui aussi au Conseil. Le syndicaliste Albert Thomas était nommé sous-secrétaire d’État à l’artillerie et à l’équipement militaire avant d’être élevé plus tard au rang de ministre.

Par la suite, sur les sept cabinets constitués pendant la guerre, la participation socialiste fut variable mais constante au moins jusqu’en 1917. Mais la bataille de Verdun et la Révolution d’Octobre ébranlèrent l’adhésion inconditionnelle des socialistes au nationalisme patriotique. Cette participation au gouvernement trans partisane, cette Union sacrée, ne signifiait ni abandon de la vigilance ni évitement des décisions difficiles. Tout au contraire, la bataille de Verdun (février-novembre 1916) et l’offensive Nivelle (avril-octobre 1917) démontraient que les mauvaises décisions devaient être dénoncées. Ainsi en mars 1917, Lyautey alors ministre de la Guerre démissionnait refusant d’appliquer le plan de Nivelle. L’offensive qui se concentrait sur 30 kilomètres de front au Chemin des Dames était une erreur tactique. Bilan de l’opération : 200 000 morts et 160 000 blessés du côté français sans aucun résultat, les lignes allemandes ont tenu bon. Le 15 mai, suite aux premières mutineries des soldats sacrifiés à l’imbécilité du plan de Nivelle, ce dernier était démis de ses fonctions. La commission d’enquête confiée au général Brugère conclura que « Nivelle n’avait pas été à la hauteur de la tâche écrasante ». Il sera « limogé » à Alger.

Les prochaines crises inévitables

Si dans un monde imprévisible, on ne peut reprocher à ceux qui sont aux commandes de tout prévoir, en revanche ce qui est prévisible, c’est que lorsqu’on confie des pouvoirs à des incapables, le résultat est toujours calamiteux. Car, comme disait Camus, « la bêtise insiste toujours ».

N’en déplaisent au gouvernement, ceux qui s’opposent à leur stratégie de l’échec doublée d’atteintes injustifiées à nos institutions et à nos libertés fondamentales ne sont pas des irresponsables. Changer de cap est toujours possible. Aussi toute action à cette fin, y compris pénale, est la conséquence directe de la surdité de certains décideurs et signe l’échec du dialogue social entre les décideurs et les agents de terrain. Enfin chacun doit agir selon sa fonction, le politique gouverne, les syndicats protègent leur profession et les conditions de travail.

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Notre pays sortira de cette crise uniquement au prix de la vérité, condition importante de la résilience collective et de la mobilisation nécessaire pour reconstruire un État stratège à la place d’une bureaucratie administrative, pour promouvoir une justice forte et indépendante au service de l’intérêt général à la place d’une justice en miettes sous le contrôle du pouvoir.

À ceux qui se projettent déjà dans l’avenir, il ne faudra pas oublier que l’on ne construit rien de durable sur des sables mouvants et qu’un examen sans concessions de l’état des lieux sera un préalable indispensable pour asseoir des fondations afin d’affronter les prochaines crises systémiques inévitables.

Une réorganisation du périmètre d’intervention, de dotation et de gouvernance de la fonction publique au service de l’intérêt général devra être repensée en sortie de crise.