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Dernier arrêt avant la soumission


L’effroyable assassinat de Samuel Paty a obligé les athlètes du déni à ouvrir les yeux. Beaucoup les ont déjà refermés. Les Français, eux, savent que le compte à rebours a commencé. Il est encore temps de contrer la progression islamiste dans le cadre de l’État de droit. Mais le respect du droit n’interdit pas l’usage de la force. Faute de quoi nous devrons choisir demain entre la guerre civile et la résignation. 


Le déni c’est fini. Cette fois, ça ne peut pas continuer. Le 16 octobre, c’est ce que beaucoup ont pensé, la rage au cœur, en apprenant qu’un professeur avait été décapité en pleine rue à quelques encablures de son collège. L’horreur du mode opératoire, le statut de professeur de la victime, encore porteur d’une vague effluve de sacralité même si depuis plusieurs décennies, on s’est efforcé, avec succès, d’en effacer toutes les expressions, y compris la plus simple qui consistait à se lever quand il pénétrait dans la classe (habitude abandonnée au cours de ma propre scolarité qui ne date pas d’hier), sans oublier la nature du crime qui lui était reproché, avoir essayé d’acclimater ses élèves à la liberté d’expression : tout devrait conspirer à réveiller les somnambules qui foncent vers l’abîme en insultant ceux qui tentent de les arrêter et, ce qui est plus fâcheux, en les entraînant avec eux.

Pourtant, on ne nous la fait plus. On ne croit plus aux rituels usés, auxquels les masques omniprésents ajoutent un zeste de grotesque: le Premier ministre qui se rend sur les lieux, les chaînes info qui basculent en « édition spéciale », les mots et proclamations martiales d’usage, la République et ses valeurs, la laïcité et ses défenseurs, nous ne céderons pas, sans oublier le ridicule « ils ne passeront pas » du président, alors qu’ils sont passés et depuis longtemps. On a du mal à croire que derrière ces signifiants fétichisés il y ait encore des référents. Depuis 2015, on connaît la chanson : plus il y a de mots, moins il y a d’actes.

L’islamo-gauchisme assommé par un grand coup de réel

Il est vrai qu’on a un peu moins abusé que d’habitude (que nous ayons pris ce genre d’habitude est éloquent) des nounours, bougies petits cœurs, qu’on a laissés aux adolescents venus pleurer leur professeur assassiné et peut-être, sans le savoir, la fin de l’insouciance et de l’innocence. On nous a aussi épargné quelques jours durant le déluge de compréhension et le flot d’excuses – de pauvreté, de minorité, d’insanité – qui, en pareil cas, s’attachent à amoindrir, sinon l’horreur du geste, sa portée. Au contraire, quelques heures après l’attentat, de nombreux procureurs, plus ou moins légitimes dans la fonction, dressaient la liste des coupables par omission, complices par dénégation et tueurs par procuration – les imbéciles fanatisés qui, pour oublier leur impuissance, vitupèrent et maudissent derrière leur écran, et dans une langue à peine articulée, tous ceux qui leur refusent (à eux et/ou à leurs croyances) ce « respect » dont ils semblent croire qu’il leur est dû par naissance ou par essence. Le gotha de la soumission était pointé du doigt. Et on a beau détester les lynchages, avouons qu’on ressentait un brin de joie mauvaise à voir enfin dénoncés ceux qui, depuis si longtemps, insultent le doigt pour ne pas voir la lune. On peut savourer la victoire, même quand elle est obtenue par l’intimidation morale – car soyons honnête, à ce stade, il aurait été hardi, voire suicidaire, de faire entendre un avis divergent.

À lire aussi, Alain Finkielkraut: Samuel Paty, le dévoilement et le déni

Au lendemain du crime, l’islamo-gauchisme semblait donc défait par les faits, assommé par un grand coup de réel. Pas un de ses thuriféraires avisés ni de ses idiots utiles, me semble-t-il, n’a osé prononcer le mot « islamophobie » sur un média grand public (en fouinant chez Mediapart, on doit bien trouver quelques pépites en dehors de ce malencontreux billet de blog s’indignant que la police ait abattu l’assassin). Tous voulaient soudain « désigner l’ennemi ». Et tous sommaient cet État auquel ils reprochaient la veille d’être brutal et arbitraire d’agir vite et fort.

On a donc assisté à un impayable bal des Tartuffe le dimanche 18 octobre place de la République à Paris. Pas gênés pour deux ronds, les représentants de toutes les boutiques de la gauche pleurnicharde jouaient des coudes pour qu’on les voie « refuser l’inacceptable » et « nommer l’innommable ». Tous Charlie, tous Paty, tout est pardonné. Il y avait SOS racisme qui depuis des années, pourchasse de sa vindicte Zemmour et tous les « nauséabonds », rendus responsables des fractures françaises ; la Ligue des droits de l’homme qui, deux jours plus tôt, adressait à ses amis et alliés une tribune contre la loi « séparatisme » (devenue la loi « laïcité ») et qui s’est illustré comme auxiliaire zélé du djihad judiciaire mené par le CCIF ; des syndicalistes qui se bouchaient le nez quand un de leurs collègues était suspect de laïcisme exagéré. Et bien d’autres encore qui ont déployé une énergie considérable pour empêcher que l’on voie ce que l’on voyait. Tous les compassionnels qui, au motif de protéger les musulmans (de leurs compatriotes ?) les ont englués dans un statut victimaire où beaucoup se complaisent alors qu’il fait d’eux les objets impuissants de leur propre destin.

L’islamisme est une partie de l’islam

On ne va pas se plaindre que tous ces experts en escamotage aient enfin vu la lumière – si on peut dire s’agissant d’une aussi sombre réalité. Nul ne leur demande de faire leur autocritique publique – nous ne sommes pas des progressistes ! –, mais un brin d’examen de conscience de nuit pas. Qu’ils aient retourné leur veste sans le dire, en feignant au contraire d’avoir toujours pensé ce qu’ils prétendent penser aujourd’hui, suggère plutôt qu’ils ont fait le dos rond pour se mettre à la mode idéologique et émotionnelle du moment en attendant que la roue de l’émotion tourne. La brutalité et l’unanimité des conversions n’augurent nullement de leur authenticité. On fera donc doublement crédit à Aurélien Taché, premièrement de ne pas s’être renié et, deuxièmement, de venir porter la contradiction chez l’adversaire.

Nous ne voulons pas vivrensemble avec des gens qui sortent leur poignard quand ils entendent le mot culture française

Pour le coup, on n’a pas été déçus en bien. La quinzaine de la vérité a duré moins d’une semaine et nombre d’yeux se sont fermés aussi promptement qu’ils s’étaient ouverts. On a donc vu refleurir, sinon les justifications, les minimisations et les occultations. La petite musique du « rienàvoirisme », terme forgé par Jean Birnbaum, s’est à nouveau fait entendre : ce crime effroyable n’aurait rien à voir avec l’islam. Pas d’amalgame. Certes, tous les islamistes ne sont pas terroristes (heureusement) et tous les musulmans ne sont pas des islamistes. Mais il est presque impossible de ne pas voir que l’islamisme est une partie de l’islam, peut-être son surmoi. Si on en croit les très nombreuses et très sérieuses études sur le sujet, l’imprégnation islamiste, qui fait de l’appartenance à l’islam le socle absolutiste de l’identité personnelle, concerne un bon tiers des musulmans de France et la moitié de la jeunesse – musulmans d’abord et souvent musulmans seulement. Ils condamnent sincèrement les assassins. Mais ils continuent à refuser, en tout cas à ne pas comprendre, que l’on puisse se moquer de leur religion. Il ne s’agit pas de fétichiser les caricatures, ce qu’on a commencé à faire après avoir tout fait pour oublier leur existence. Qu’elles puissent offenser les musulmans, et tous les autres croyants, ne fait guère de doute. La ligne de fracture du séparatisme passe entre ceux qui acceptent la souffrance de la liberté et ceux qui demandent ou exigent qu’on s’adapte à leur susceptibilité. Être pleinement français, c’est pratiquer l’acceptation des offenses. Et si possible y répondre par une moquerie ou un mot d’esprit. Nous ne voulons pas vivrensemble avec des gens qui sortent leur poignard quand ils entendent le mot culture française. Élisabeth Badinter a parlé d’un deuxième peuple en référence à ces Français qui, pour pacifiques qu’ils soient, vivent dans un autre monde culturel et même anthropologique que le nôtre. Il y a de la place en France pour toutes sortes d’individus. Pas pour un deuxième peuple.

Et pourtant, on se dit que, cette fois, tout ne sera pas comme avant, que le rideau qui s’est déchiré ne retombera pas sur la réalité.

Une colère qui monte 

C’est que, cette fois, la colère est plus forte que la tristesse et même que la peur, qui pourtant s’insinue partout, des salles des profs aux rédactions en passant par les commissariats. Assez ! ça suffit ! Dans tout le pays, on a poussé le même cri de révolte en découvrant l’étendue du désastre. On croyait encore, en dépit des vicissitudes, que l’école avait le pouvoir magique de fabriquer des Français. Et on découvre qu’elle est l’un des hauts lieux de la déconstruction de la France.

Tout le monde le sent, il est minuit moins le quart, peut-être même minuit passé. Il n’est plus le temps de jouer les belles âmes en ouvrant nos frontières et nos bras. Pas seulement parce que nous les avons trop souvent ouverts à de futurs assassins. Nous avons assez à faire avec des centaines de milliers de Français qui n’aiment ni la culture ni les mœurs ni les lois de leur pays pour accueillir toute la misère du monde, plus attirée (et on le comprend) par les charmes de l’État-providence que par les rigueurs de nos libertés.

Cérémonie d'hommage national à Samuel Paty à la Sorbonne, Paris, 21 octobre 2020. © François Mori/ POOL/ AFP
Cérémonie d’hommage national à Samuel Paty à la Sorbonne, Paris, 21 octobre 2020. © François Mori/ POOL/ AFP

Bien sûr, on se paiera encore de mots, on expliquera qu’il ne faut pas exagérer, que ce n’est pas si grave, on dira qu’il faut les comprendre avec les discriminations, le racisme sans oublier le colonialisme. On expliquera que tout ça c’est la faute de l’extrême droite. Sauf que plus personne n’y croit.

Les représentants officiels de l’islam ont-ils entendu cette colère qui pourrait nourrir d’injustes amalgames ? Toujours est-il que beaucoup ne se sont pas contentés de dire « non » à la violence, ils ont dit « oui » aux caricatures. L’un deux a même appelé les musulmans de France à défendre les intérêts de leur pays contre les appels au boycott, l’autre à en finir avec les discours victimaires. Certes, leur influence sur une jeunesse qui les considère comme des « vendus », voire des « Français » est quasi nulle. En revanche, ils peuvent contribuer à faire tomber du bon côté les hésitants et les tiraillés. Ceux qui, dans les repas de famille, pourraient prendre la défense des professeurs et engueuler le cousin qui explique à son fils que ce qu’on lui enseigne en classe est haram. Alors peu importe, dans le fond, que leurs proclamations républicaines soient dictées par leurs convictions profondes ou par sens du rapport de forces.

Le spectre de la guerre civile

Reste à apprécier la détermination de nos gouvernants et leur capacité à insuffler un peu de courage à tous les étages de la puissance publique. Nous avons besoin de fonctionnaires capables d’aller au conflit.

Emmanuel Macron a peut-être accompli une révolution intellectuelle et compris la gravité de la situation. Il doit encore prouver qu’il peut affronter la réprobation du Monde, la haine des réseaux sociaux et les froncements de sourcils de sa majorité – sans oublier les offuscations du New York Times. En plus de son patriotisme, on peut peut-être compter sur son sens des réalités électorales. Et sur sa peur de rester dans l’Histoire comme celui qui aura laissé l’islam politique gagner et le multiculturalisme s’installer. Pour commencer.

À lire aussi, Aurélien Marq: Le projet de loi “confortant les principes républicains” ne tourne-t-il pas autour du pot?

Si personne ne veut prononcer ou écrire le mot, le spectre de la guerre civile hante les esprits. Sans doute, elle n’est pas pour demain. Mais si on n’arrête pas le processus en cours, beaucoup en déduiront qu’elle est la seule alternative à la soumission. Pour Élisabeth Badinter, il est trop tard pour que la reconquête se déroule pacifiquement. Mais il est encore possible de la mener dans le cadre de l’État de droit, si celui-ci cesse d’être un carcan synonyme de désarmement. Respecter le droit n’interdit nullement d’employer la force – ne dit-on pas que force doit rester à la loi ? Or, aujourd’hui, souligne Marcel Gauchet dans Le Figaro, les normes juridiques, telles qu’elles sont interprétées par un empilement de juridictions, protègent d’abord les individus contre les empiétements de l’État. Résultat, les caprices de millions d’individus s’opposent à la volonté du peuple, en particulier à la première, qui est de continuer à exister comme communauté politique. Nos gouvernants feraient bien de s’en souvenir : on peut changer les lois. Pas le peuple.

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Les forces de l’esprit

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Un livre de Christine Goguet sur le rapport des grands hommes à la divinité


Lors de ses ultimes vœux télévisés au peuple français, le 31 décembre 1994, François Mitterrand a surpris en disant : « Je crois aux forces de l’esprit, je ne vous quitterai pas. » Catholique de tradition familiale, élevé chez les jésuites d’Angoulême, le président socialiste a toujours cherché la foi sans qu’elle parvienne à s’imposer à lui. Il entrait dans les églises, priait, sans savoir qui au fond.

Mitterrand le mystique

Il espérait qu’il atteindrait à une forme d’éternité sans dire s’il la devrait à Dieu ou à l’Histoire. C’était un mystique avant tout, quêtant le moindre signe de l’Invisible. Il avait surpris son entourage en partant en Égypte, en décembre 1987. Il avait décidé de gravir le mont Sinaï, là où Dieu avait confié les Dix Commandement à Moïse, malgré le cancer et la douleur, les cailloux, le froid, la nuit. Il avait testé sa résistance sous les hourras des touristes espagnols qui l’avaient reconnu. Parvenu au point sacré, il se tenait droit dans ses chairs meurtris, la volonté intacte, à guetter le soleil se lever. Il vit alors un disque jaune, des rayons orange, une lumière de plus en plus vive, le paysage grandiose enfin. Il y eut le silence. Mitterrand redescendit. L’Invisible avait délivré son message. Son entourage avait compris qu’il serait candidat à sa propre succession.

Je me suis souvenu de ce moment extraordinaire en lisant l’excellent livre de la journaliste Christine Goguet, directrice de la mission mécénat et partenariats au centre des monuments nationaux, dans lequel elle raconte le rapport à la foi de treize personnalités : Charles de Gaulle, Albert Einstein, Winston Churchill, Victor Hugo, Napoléon, Mère Teresa, Van Gogh, François Mitterrand, etc. Sa démarche consiste à montrer comment le divin les a durablement inspirés et a influencé leur action.

Le portrait du général de Gaulle montre un homme que la foi a toujours habité. Il y avait en lui une dimension messianique. À un moment crucial de l’Histoire, il serait amené à sauver la France. Ce pays avait une âme catholique, il savait se ressaisir lorsque tout semblait perdu, à condition que quelqu’un se dressât pour indiquer le chemin à suivre. Le Général et son épouse furent durement éprouvés lorsqu’ils apprirent que leur fille, Jeanne, était née trisomique. De Gaulle : « Son âme était dans un corps qui n’était pas fait pour elle. » Mais il parvint à surmonter l’ordalie. À son aumônier, il déclara, humblement : «  Lorsque cette enfant vint au monde, elle fut la source d’un immense chagrin. Aujourd’hui, c’est un don de Dieu. »

Dieu, pour tenir en respect la souffrance

Christine Goguet rappelle les mots de son petit-fils, Yves de Gaulle : « Mon grand-père se reconnaissait particulièrement dans une valeur chrétienne : la liberté. » Il ajoute: « L’étoile du berger domine sa trajectoire. Pour lui, le monde était un chaos mais avec au bout l’espérance. »

Le cas Van Gogh est passionnant. Son père est pasteur dans l’Église calviniste. Il est sévère, froid, rugueux. Vincent développe un caractère mélancolique. Après une jeunesse austère, il finit par découvrir la vie de Jésus, son sacrifice. C’est décidé, il sera pasteur. Il étudie la théologie à l’université d’Amsterdam. Il mange peu, travaille beaucoup, s’affaiblit. Il rate ses examens. Puis il suit des cours à l’école protestante de Laeken, en Belgique. Dépressif, rebelle, c’est un nouvel échec. Christine Goguet raconte son parcours qui le conduit à partager son amour du Christ avec les mineurs de Borinage. Il vit avec eux, prêche l’Évangile, tente d’adoucir les maux des travailleurs brisés. Les autorités ecclésiales traditionalistes lui mettent alors des bâtons dans les jambes. Ce prédicateur ouvrier dérange. Ils suspendent sa mission. Vincent retourne chez ses parents. Il est violent. Le père veut le faire interner. Il trouvera le salut dans la peinture. Dans ses œuvres, on retrouve la puissance du divin, son mouvement, ses ciels tourmentés où luisent les étoiles des brûlés de Dieu. Mais cet écorché vif, ce solitaire sans amour, finit par se suicider à 37 ans. Dans une lettre à Émile Bernard, Vincent écrit: « Le Christ a vécu sereinement, en artiste plus grand que tous les artistes, dédaignant et le marbre et l’argile et la couleur, travaillant en chair vivante… » Que peut-on ajouter ?

Préface posthume de Denis Tillinac

Comme le note le regretté Denis Tillinac, dans sa préface, Napoléon vécut « une spiritualité tourmentée ». Ce n’est qu’au soir de sa vie qu’il eut un « véritable retour de foi ». Christine Goguet rappelle les paroles de l’Empereur au général Bertrand : « Je connais les hommes et je vous dis que Jésus n’était pas un homme. »

La France voit ses églises désertées, transformées en hôtel ou en brocante, détruites. La marchandisation du monde est implacable. La nation française n’y échappe pas. Nous vivons des temps où les spectres s’agitent pour nous précipiter dans la dictature de l’uniformisation et de l’égalitarisme. Les politiques sont dépassés, ils mettent en avant la laïcité. Mais la laïcité ne peut pas tout. Il conviendrait également de réaffirmer les valeurs fondamentales du christianisme, sans lesquelles la France ne serait pas. Le livre de Christine Goguet rencontre le succès parce qu’il rappelle que, sans la spiritualité qui élève, il ne peut y avoir de liberté.

Christine Goguet, Les grands hommes & Dieu, préface de Denis Tillinac, Editions du Rocher.

« Que font-ils chez vous? »: la réaction des Asiatiques devant notre trop grande mansuétude


En Asie, on ne comprend pas comment nous pouvons nous laisser critiquer et tuer par des étrangers chez nous. On ne comprend pas non plus comment nous pouvons publier des dessins salissant les divinités des autres. Et s’il nous manquait un brin de sagesse bouddhiste… ?


Chez les Asiatiques[tooltips content= »Cet article traite uniquement de l’Asie du Nord-Est et du Sud-Est, à l’exclusion du sous-continent indien. »](1)[/tooltips], l’incompréhension est totale devant ce qui nous arrive. Notre société idéale qui, hier, les faisait rêver en a pris un sacré coup à leurs yeux. Par quelle bizarrerie pouvons-nous à la fois laisser des étrangers nous critiquer et nous tuer sur notre sol et, en même temps, heurter au nom d’un principe la croyance de millions de personnes ancrées chez nous depuis plusieurs générations ? Trop faibles d’un côté, trop durs de l’autre. Comment la France en est-elle arrivée là ?

Chine, Vietnam, Corée du Nord, Philippines, Cambodge, Thaïlande, Singapour, Malaisie… les régimes des pays de la région ne sont pas là pour rigoler. Leur priorité : faire régner l’ordre afin de poursuivre leur croissance économique. La contestation ? À dose homéopathique s’il vous plaît. La liberté d’expression ? Il y a des limites à ce que l’on peut dire et il est préférable de les connaître avant de prendre la parole. Le droit des minorités ? Il passe après la volonté de la majorité, etc. Même le Japon qui, avec la Corée du Sud et Taïwan, se rapproche le plus de nos standards démocratiques, conserve des aspects autoritaires et expéditifs à nos yeux, comme l’a montré le traitement infligé à Carlos Ghosn. Ces pays, où nous adorons nous rendre en vacances malgré nos différences culturelles – et peut-être aussi pour l’ordre qui y règne – continuent à nous faire de grands sourires, mais ne comprennent plus où nous en sommes.

Un seuil de tolérance beaucoup plus bas que le nôtre

Leur première interrogation concerne la présence d’un stock apparemment infini d’étrangers candidats au terrorisme islamiste sur notre sol. Pour des pays que n’atteint aucune vague migratoire, légale ou illégale, et où l’entrée sur le territoire est étroitement surveillée, cette situation est insolite. L’accueil des migrants, le droit d’asile ne sont pas des valeurs supérieures ici. L’expulsion d’un étranger y est une banale procédure juridique.

Marchands de journaux à Hanoï, Vietnam, 15 novembre 2015. © HOANG DINH NAM/AFP
Marchand de journaux à Hanoï, Vietnam, 15 novembre 2015. © HOANG DINH NAM/AFP

Plus incompréhensible encore aux yeux des Asiatiques est notre mansuétude devant l’utilisation faite de la liberté d’expression par nos ennemis sur notre propre sol. Que nous nous laissions traiter de dépravées (pour les femmes en jupe), de racistes et d’islamophobes (pour tout le monde) tous les cinq matins, au nom de la liberté d’expression, dépasse l’entendement du péquin moyen. Le seuil de tolérance des pays de la région est incomparablement plus bas, quand il existe. Allez critiquer publiquement ou sur la toile les Chinois en Chine, ou les Vietnamiens au Vietnam et vous m’en direz des nouvelles… Impensable.La décapitation de Samuel Paty a horrifié tout un chacun ici comme ailleurs. Localement, cet acte rappelle autant la cruauté du régime khmer rouge que les crises d’amok des pogroms anti-chinois en Asie du Sud-Est ou la froideur des gardes rouges de la Révolution culturelle chinoise au XXe siècle. Néanmoins, on ne cautionne pas pour autant les caricatures de Charlie Hebdo. En Extrême-Orient comme dans la plupart des pays d’Asie du Sud-Est, il ne viendrait à l’idée de personne de publier ou d’exhiber des dessins salissant les divinités de son voisin, même au nom de la défense de la liberté d’expression.

Qui insulte une divinité aujourd’hui risque de « prendre cher » demain

Cette Asie largement bouddhiste et confucianiste croit à la réincarnation. Les défunts ne meurent jamais totalement. Chaque maison possède un autel des ancêtres devant lequel on se prosterne chaque jour. Quiconque oserait s’en prendre aux esprits qui vivent dans l’au-delà, ou salir l’image du dieu qui les héberge, y compris celui des autres, prendrait le risque de le payer très cher dans sa vie actuelle ou dans une prochaine réincarnation. « Je n’insulte pas le grand-père des autres au nom de la liberté. Pour cela, je ne suis pas Charlie », résume Thanh, expert en communication, parfait francophone et ancien étudiant en France.

À lire aussi : Armées confucéennes et hordes européennes

« Le respect des croyances des autres fait partie des règles non écrites que chacun observe », ajoute Mai, journaliste de presse écrite. Pour le coup, même pas besoin de faire appel à la censure d’État, qui permettrait à n’importe quel gouvernement dans la région de supprimer des écrans et des kiosques la moindre caricature « à la Charlie ». « Un Asiatique, ça se retient », oserais-je écrire en détournant la citation d’Albert Camus chère à Alain Finkielkraut[tooltips content= »« L’homme civilisé, c’est celui qui se retient », Albert Camus. »](2)[/tooltips]. Le débat d’idée enflammé et la liberté d’expression de toutes les opinions qui fait la fierté de notre société – et de ce journal – apparaissent déraisonnables de ce côté de la planète. On nous y oppose une vision plus pragmatique. Si cette liberté d’expression totale accroît les divisions et met le pays à feu et à sang, c’est la preuve qu’elle est excessive et doit être révisée à la baisse. L’évitement d’une guerre civile justifie que l’on revienne sur certaines valeurs absolues, nous rétorquent les politiques.

Une forme de common decency

S’impose dès lors une sorte de terrain de jeu feutré qui évite la confrontation au sein du groupe où, à l’image de la représentation du Bouddha les yeux mi-clos, on s’efforce de sourire et de ne blesser personne. On reproche souvent aux cultures asiatiques de susciter refoulement et autocensure des sentiments individuels au profit des intérêts du groupe. Cette critique est loin d’être sans fondement. Mais cette discipline, parfois très dure à supporter, contribue à créer une common decency dans le débat qui, ajoutée aux croyances métaphysiques mentionnées plus haut, impose la retenue dans l’expression des opinions et exclut du même coup les caricatures à la Charlie Hebdo. Sur le terrain du débat et de la confrontation des idées, nous vivons dans deux mondes aussi opposés que les deux faces contraires d’un aimant. À défaut de comprendre les tenants d’une situation, mes interlocuteurs en analysent le résultat. (Les Asiatiques sont d’incurables pragmatiques.) Et là aussi, la perplexité l’emporte. Avec d’un côté nos caricatures brandies à bout de bras et de l’autre notre main tendue à tous les damnés de la terre, nous semblons, à leurs yeux, nous tirer sur le pied tout en tendant la joue gauche. Ils sont fous, ces Français…

Omar Sy, facho!

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La contreverse progressiste à trois francs six sous de la semaine


Mais que s’est-il passé dans la tête d’Omar Sy ? Est-ce un effet secondaire de la pandémie ou la présomption d’être intouchable qui a poussé la célébrité préférée des Français -devant Jean-Jacques Goldmann- à foncer tête baissée dans la gueule du loup ?

A lire aussi: Aya Nakamura, le grand remplacement lexical?

Dimanche dernier, affublé d’un turban en modèle peau de léopard et d’une tunique traditionnelle du « bled », l’acteur a relayé sur son compte Twitter son interprétation du tube « Doudou » d’Aya Nakamura, en faisant des mimiques bébêtes et en pastichant un accent noir africain très prononcé. « C’était trop tentant… », a-t-il argué sur la publication en guise de mise en bouche.

La blague potache de trop ? Toujours est-il que la chansonnette a suscité l’ire de nombre de ses groupies qui voient désormais en l’humoriste un raciste, un misogyne et, encore plus grave, un « n.gre de service » qui se moque des « siens ».

« C’est du racisme, comment peut-on encore se moquer des femmes en se travestissant, et en se moquant des accents africains… Ce whifeface est inadmissible » écrit l’un sur Twitter. « De toute manière, Omar Sy, Jamel Debbouze, Malik Bentalha etc. tous le même combat: se moquer des siens pour faire rire les blancs. Ils ont un talent qu’ils ne méritent pas » commente un autre.

D’aucuns prennent sa défense en soulignant que la mama africaine en cause n’est autre que le personnage de Doudou créé par Omar Sy lui-même il y a vingt ans, que l’on a notamment pu entendre interpréter « Que je t’aime » de Johnny Hallyday avec un fort accent africain sur Canal +.

« Tu ne nous fais plus rire ! », s’est encore indignée sur Twitter une ancienne apôtre d’Omar Sy tandis qu’une autre s’est dit « fatiguée de ces imitations des femmes noires en forçant sur l’accent ». Omar Sy cochait pourtant toutes les bonnes cases: il est noir, il vit à Los Angeles, il fait rire petits et grands, il a bruyamment manifesté lors de la mort de George Floyd, il a invité les Français à en faire de même et a signé une tribune dans L’Obs intitulée « Réveillons-nous. Ayons le courage de dénoncer les violences policières en France ». Ça ne suffit plus.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Concours de beauté morale contre «Valeurs Actuelles»

L’idéologie « woke » étant en croisade permanente pour toujours plus de pureté, Omar Sy semble voué aux gémonies. Pour la suite de sa carrière, on ne saurait que lui déconseiller de parodier Danièle Obono.

A-t-il senti le vent tourner?
Afin de se racheter, l’acteur vient de tweeter dans la pure prose progressiste: « Doudou […] est un hommage ici au titre d’Aya qui s’appelle comme lui et un soutien face à tout ce qu’elle reçoit elle aussi de critiques aussi injustes et malveillantes », avant d’ajouter, un brin hautain: « Je suis libre. Et la critique ici ne mène à rien à part diviser. Surtout, la vraie vie est ailleurs que sur Twitter et les vraies actions qui changent les choses aussi ».
« Vraie vie » ou non, ces derniers tweets ont désormais été effacés par leur auteur… Visiblement, Omar Sy ne sait plus sur quel pied danser.

LI-BER-TÉ-DE-CULTE!

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Les adeptes de la victimisation affirment haut et fort que la laïcité est hostile aux religions. Or, celle-ci n’est en rien un athéisme d’État. Son objectif? Elle vise à soumettre les cultes à la loi. 


Ah, la laïcité ! Ce cadre juridique merveilleux qui garantit la liberté de culte pour tous, et vous assure que l’État respectera une stricte neutralité en ne se mêlant jamais de ce que vous faites pourvu que vos activités aient un caractère religieux… Non ? Non.

En réalité, la laïcité subordonne justement la liberté de culte à des droits encore plus fondamentaux, et notamment au respect absolu de la liberté de conscience, de la liberté de pensée et, puisqu’il est impossible de véritablement penser sans confronter ses pensées aux pensées des autres, sans prendre le risque d’être bousculé voire choqué par les idées des autres, à la liberté d’expression. Mais reprenons du début.

La laïcité est un projet politique

Première erreur, croire que la laïcité serait un cadre juridique, alors qu’elle est un projet politique. Celui-ci s’inscrit dans un cheminement historique, que l’on peut résumer – pour simplifier – par un immense « plus jamais ça ! » répondant à la Saint Barthélémy, et faisant écho au « plus jamais ça ! » antique répondant à la condamnation de Socrate. Naturellement, il se traduit par un certain nombre de règles juridiques, notamment la fameuse loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’État, mais les deux ne doivent pas être confondus.

Quel est ce projet politique ? L’émancipation de l’individu, l’épanouissement de sa liberté de conscience et de pensée, en particulier par rapport aux prescriptions religieuses. Sapere aude, ose penser par toi-même. Plus généralement, il s’agit de donner la primauté au choix lucide et responsable sur l’automatisme de l’injonction.

Et puisque la laïcité est en elle-même un projet, elle ne saurait être réduite à un simple espace vide où faire coexister les projets des différentes religions et sensibilités métaphysiques, une neutralité passive. Elle n’est pas une liberté mais une volonté de libération, une détermination active à faire reconnaître et à défendre une liberté.

À lire aussi: Aurélien Taché: « Faut-il renvoyer les parents de l’assassin de Samuel Paty à cause de ce qu’a fait leur fils? »

Deuxième erreur, croire que la laïcité serait garante de la liberté de culte: non, et heureusement. La loi de 1905 subordonne au contraire la liberté de culte à l’ordre public et au respect des lois: je renvoie à ses articles 25 à 36 relatifs à la police des cultes.
Absolutiser la liberté de culte reviendrait à accepter les sacrifices humains – et j’entends d’ici les libéraux-libertaires et autres « woke » qui me diront que si le sacrifié est volontaire et la religion « racisée », après tout pourquoi pas ? Juger les coutumes aztèques ou carthaginoises à l’aune de notre « morale blanche » occidentalo-centrée est une attitude néo-coloniale et raciste, et puis offrir sa vie à Moloch ou Tezcatlipoca n’est qu’une forme d’euthanasie comme les autres : ma religion – ma mort – mon choix. Ainsi meurt surtout l’idée même de civilisation.

Dieux merci, nous n’en sommes pas là, et je crois pouvoir affirmer sans me faire traiter de (crypto-)fasciste que l’Ordre du Temple Solaire et ses suicides de masse ne doivent en aucun cas bénéficier de la liberté de culte, tout comme il faut la refuser à un groupe dont les cérémonies permettent au gourou d’enseigner « l’orgasme cosmique » aux filles prépubères de ses adeptes.

Troisième erreur, croire qu’il existerait une pancarte magique « c’est religieux » qui empêcherait l’œil vigilant de la loi de voir ce que l’on fait, un joker à brandir au tribunal « c’est religieux, donc je peux ! » Et bien non.

Je n’ai pas le droit de rouler à 180 km/h sur l’autoroute, même si je suis un adorateur d’Hermès, que je vois en lui le dieu de la vitesse, qu’à mes yeux rouler (trop) vite est un rituel religieux et que j’ai une très ancienne parole d’un très ancien oracle qui m’ordonne de le faire. D’aucuns jugeront cette restriction insupportable, hurleront qu’il s’agit d’une atteinte à leurs libertés, d’hermèsismophobie voire de racisme anti-grec, mais c’est ainsi.
De même, la loi française a aboli l’esclavage et garantit l’égalité des droits civiques entre les sexes, et je n’ai pas le droit de faire l’apologie d’un texte qui encourage l’esclavage et les violences conjugales, même si je suis un adorateur de… Ah ? Là, ce serait différent, me souffle Aurélien Taché. Mais non, monsieur le député, c’est exactement la même chose. L’inacceptable ne devient pas subitement acceptable du seul fait que ceux qui s’y livrent prétendent que c’est un Dieu qui le leur a permis ou prescrit.

Aurélien Taché, ici à l'Assemblée nationale le 19 octobre 2019, a récemment fait polémique sur la polygamie en déclarant : "Ce n'est pas à l'État de savoir si les gens vivent à deux, à trois ou autres". © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00926993_000035
Aurélien Taché, ici à l’Assemblée nationale le 19 octobre 2019, a récemment créé la polémique en déclarant au sujet de la polygamie : « Ce n’est pas à l’État de savoir si les gens vivent à deux, à trois ou autres ».  © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00926993_000035

Les cultes obligés de se soumettre à la loi

Et contrairement à ce que disent les abonnés aux geignements victimaires, ce principe de laïcité n’est en rien hostile aux religions. Au contraire, même. « Religion », du latin religio, ne vient pas de religare « relier » mais de relegere « relire avec un œil critique » (Cicéron, déjà, jugeait utile de le rappeler). « Religion » s’oppose à « superstition », superstitio, qui désigne toute croyance que l’on refuse de soumettre à la critique de la raison et du sens moral. Et si « superstition » évoque maintenant les chats noirs et les vendredis 13, superstitio peut aussi se traduire par « secte », « obscurantisme », « fanatisme ».
La laïcité est un projet politique qui, en obligeant les cultes à se soumettre à la loi, au débat démocratique donc à l’examen critique par la collectivité au service du bien commun, agit comme un tamis permettant de distinguer entre religions et sectes, afin que les religions puissent participer à la vie de la cité sans servir de caution morale aux sectes, et afin que l’État puisse combattre l’emprise délétère des sectes sans restreindre injustement les libertés des religions.

Mais il faut, pour que ce projet se concrétise, que la laïcité soit appliquée sans faiblesse, et nous savons tous que ce n’est aujourd’hui pas le cas. Par complaisance multiculturaliste, bien sûr, par lâcheté et clientélisme politique, mais aussi parce que trop de ses défenseurs se trompent fréquemment de cible.

Paradoxe : d’un côté, on oublie souvent que l’entrée en vigueur de la loi de 1905 fut un combat, qu’il fallut la force publique pour que l’Église se résigne à sa défaite, et qu’il n’y a aucune raison pour que l’islam s’adapte plus facilement à la laïcité aujourd’hui que le catholicisme hier – au contraire même. Et d’un autre côté, certains ténors du « camp laïque » s’enferrent dans une opposition stérile à un christianisme désormais sincèrement pacifié: ils ne parviennent pas à dépasser le souvenir des affrontements de jadis, ou ils sont crispés sur des désaccords qu’il ne faut pas nier mais qui ne sont pas des remises en cause de la laïcité, ou encore ils sont obsédés par l’impératif de « ne pas stigmatiser » et se croient obligés de taper à égale mesure sur toutes les religions (ce qui, Hermès me pardonnera de filer la métaphore, revient à harceler les bons conducteurs pour des vétilles plutôt que de se concentrer sur la répression des chauffards), ou enfin ils sont sincèrement incapables de comprendre la différence entre religio et superstitio, religion et secte, et d’en tirer les conséquences pratiques.

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Cette distinction millénaire serait pourtant bienvenue face aux enjeux actuels.

Autoriserions-nous des associations à enseigner à des enfants que la référence normative et morale ultime est un livre validant (entre autres choses) l’utilisation des prisonnières de guerre comme esclaves sexuelles et refusant catégoriquement la liberté de conscience, si ces associations ne se paraient pas du qualificatif de « cultuelles » ? Autoriserions-nous de tels enseignements si elles ne se prévalaient pas de traditions exotiques, donc intouchables sous peine d’être accusé de racisme, et c’est ainsi qu’une antenne du planning familial peut en arriver à justifier l’excision ? L’autoriserions-nous si ces associations ne faisaient pas trembler les élus avec le vote communautaire, et l’État avec des menaces d’émeutes, et si nous n’étions pas collectivement rongés par une telle crainte de manquer de tolérance que nous ne savons plus condamner l’intolérable ?

Et je souligne la différence entre considérer que certains passages d’un livre peuvent être des sources d’inspiration, et affirmer que le livre dans son ensemble serait la suprême pierre de touche. Quel que soit le livre sacré, subordonner l’application de ses préceptes à la raison et à la conscience morale est religieux, alors que placer ces mêmes préceptes au-dessus de tout, hors de portée de la critique, est superstitieux.

Il faut le dire et le redire. La laïcité n’est ni un athéisme d’État, ni un relativisme lâche: elle est, lorsqu’elle est correctement appliquée, la garantie que l’État protègera les cultes qui respectent les lois, et qu’il sanctionnera impitoyablement les autres. Cette distinction, bien sûr, en dérange certains. Devinez lesquels ?

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Ils voient dans les nécessaires lois sécuritaires notre « asservissement de demain »…

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Je ne crois pas à la « mise entre parenthèses de l’exigence
démocratique » qui résulterait des dispositions exceptionnelles qu’une
insupportable actualité contraindrait à prendre.


La période troublée, éprouvante que nous vivons, avec la multitude de crises que le pouvoir doit affronter et auxquelles nous sommes confrontés dans notre quotidienneté d’humains et de citoyens, fait surgir trop de prophètes de malheur démocratique.

Ils se recrutent beaucoup parmi les avocats et de fait ce ne sont pas les plus médiocres qui s’expriment.

On en trouve aussi parmi les intellectuels pour lesquels une absence de morosité républicaine serait incompatible avec l’importance qu’ils cherchent à se donner.

Il y a, de toutes manières, des psychologies singulières qui, en toute bonne foi, ne pourraient concevoir la marche du monde que sous l’angle d’un pessimisme obstiné et se croyant sans cesse plus lucide que les bouffées d’espérance venant rassurer, consoler ou mobiliser.

Me Henri Leclerc, Me Patrice Spinosi: « Il me semble que ce n’est pas offenser ces intelligences déprimées que de les qualifier de prophètes de malheur démocratique »

J’ai évoqué d’abord les avocats parce que chez certains d’entre eux la passion vive de la liberté, dominant l’exigence moins considérée de la sécurité, et le souci obsessionnel du droit suscitent des réflexions et un climat qui, oubliant le passé et sautant par-dessus le présent, anticipent un futur forcément menaçant, désiré telle une preuve de l’inéluctabilité du pire supputé.

Pour Me Henri Leclerc qui demeure fidèle à une ligne constante toujours largement approuvée par une gauche se revendiquant dépositaire du seul humanisme qui vaille, « l’État fait, sans s’en rendre compte, des concessions aux ennemis de la liberté. »

Me Patrice Spinosi n’est pas en reste, et même bien davantage. Ce cabinet, où officie également le remarquable François Sureau qui partage les mêmes préoccupations et inquiétudes que son associé et avec lequel, sur ces thèmes, j’ai croisé à plusieurs reprises amicalement le fer, n’est à l’abri d’aucune angoisse républicaine et est prêt à les accueillir toutes, tant pour lui les virtualités présumées dangereuses sont plus tangibles que les périls tragiquement concrets de chaque instant. Me Patrice Spinosi, qui n’est pas désaccordé d’avec la philosophie sociale et juridique du Monde qui le questionne, n’hésite pas à nous prédire que « nous bâtissons notre asservissement de demain » et que « pendant un état d’urgence, qu’il soit terroriste ou sanitaire, l’exigence démocratique est mise entre parenthèses », sa pensée étant plus abruptement résumée par le quotidien : « Pour cet avocat, les lois sécuritaires permettront à un gouvernement populiste de surveiller la population ».

Il me semble que ce n’est pas offenser ces intelligences déprimées que de les qualifier de prophètes de malheur démocratique.

D’abord parce qu’il n’est pas un moment de notre Histoire, une étape de notre société où ils se sont dispensés de cette approche, où ils nous auraient privés de leur négativité.

À tout coup, dans l’arbitrage républicain qu’un pouvoir se doit d’opérer entre les nécessités de sa protection et les risques de sa dénaturation, le choix est toujours le même pour ces voluptueux Cassandre qui aspirent aux frissons des discours anxiogènes. Les premières sont systématiquement reléguées au bénéfice des seconds. Les certitudes au bénéfice des éventualités. Le sûr du péril au bénéfice du danger seulement supposé.

A lire aussi: Alain Finkielkraut VS François Sureau: qui menace nos libertés?

Ce processus déjà discutable à cause de son caractère jamais remis en question est encore plus choquant dans ce temps où l’infinité des épreuves, le poids des souffrances et l’incroyable diversité des épées de Damoclès suspendues sur nos destins et notre sauvegarde ne devraient pas laisser de place à d’autres interrogations que celles tenant à notre survie sans que nous soyons coupables pour cela de non-humanisme.

Il m’apparaît que la focalisation sur un futur présumé dévastateur « populisme » – ce serait le mal suprême – et « asservissement de demain » – n’est pas loin de relever d’une mise en danger d’une société actuellement attaquée aux bords de son délitement sans une défense efficace.

Il y a quelque chose de surréaliste, face à un réel constamment menaçant, à nous entretenir de fantasmes engendrés par le lien pervers du droit dans une définition univoque et de la liberté dans un sens suicidaire.

Surtout, je ne crois pas à la « mise entre parenthèses de l’exigence démocratique » qui résulterait des dispositions exceptionnelles qu’une insupportable actualité contraindrait à prendre.

En effet j’irais jusqu’à soutenir, au contraire, que ce qui est décidé par un pouvoir légitime, approuvé par le parlement et validé par des instances de contrôle bénéficie d’une présomption démocratique, grâce à laquelle ce qui s’inscrit dans un espace bouleversé par les défis du présent et les obligations même de rupture par rapport à la normalité qu’il est susceptible d’engendrer, ne perd jamais rien de sa tonalité républicaine.

On ne sort pas de la démocratie quand on se plie à ce qu’elle doit inventer pour se défendre, quoi qu’il lui en coûte, quoi qu’en pensent les dogmatiques compulsifs qui préféreraient la voir mourir dans sa pureté théorique que sauvée par un pragmatisme la conduisant à adapter ses principes aux maux qui l’affectent.

Je conviens que ces prophètes de malheur sont là, certes, pour nous garder en éveil, pour nous donner mauvaise conscience mais de grâce qu’ils n’en abusent pas !

Tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire, et inversement!

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Au ridicule français


Certes, les Français sont indisciplinés, râleurs, de mauvaise humeur, exigeants, capricieux, attendant tout de l’État et considérant le travail comme une valeur, mais surtout comme l’exploitation de l’homme par l’homme, détestant les riches (sauf ceux qui ont gagné au loto), n’ayant confiance en personne, adorant la démocratie mais votant de moins en moins… Mais ils sont aussi capables d’exploits et d’un redoutable bon sens.

Il semblerait que l’administration (peut-on encore dire l’« État » ?) ne cesse d’en rajouter sur ce qui les exaspère et paralyse le pays, pour leur bien, évidemment. On se demande comment cette politique consistant à dire non à pratiquement tout va cesser.

Les Français et la luxure capitaliste

L’impuissance gouvernementale est actée, il suffit d’entendre l’ancien Premier ministre Édouard Philippe répondre avec mesure à une audition parlementaire, tentant d’expliquer courageusement que l’on pourra de moins en moins prendre de décisions nécessaires, mais contraires à certains décrets promulgués, si la menace d’une mise en examen et de poursuites au pénal est une épée de Damoclès permanente.

A lire aussi: Les Parisiens à Anne Hidalgo: «Le Havre c’est encore loin?» sa réponse : «Taisez-vous et nagez!»

Nous n’avons pas de temps à perdre avec des coupables en puissance, mais beaucoup de temps à gagner avec ceux qui cherchent des solutions. Pour cela il vaut mieux s’adresser aux entrepreneurs, sachant qu’en France nous privilégions tout ce qui est « à but non lucratif ». Le lucratif c’est le stupre et la luxure capitaliste, d’où la méfiance permanente envers tout ce qui vient du privé : cliniques, libéraux, initiatives des entreprises, etc.

L’État profond a atteint un tel stade de pouvoirs diffus et dissimulés, de structures imbriquées, de stratifications administratives, de petits chefs ayant le pouvoir de bloquer, que rien ne peut arrêter ce canard sans tête. Prenons l’exemple récent et encourageant de l’annonce d’un vaccin contre le Covid-19. On commence par interroger les Français sur le sujet, mais en l’état actuel des choses, comment pourraient-ils avoir une opinion objective ? De fait, ils répondent à 59% que, personnellement ils ne se feraient pas vacciner. Et médias et politiques de renchérir en déplorant que nous soyons le peuple le plus opposé à la vaccination. Conclusion: certains envisagent alors de le rendre obligatoire! Un préambule symbolique et navrant: on peut légitimement exprimer des doutes sur les effets secondaires potentiels d’un vaccin dont on ne sait rien, sinon que la perspective de son arrivée sur le marché a fait prendre 4% à Wall Street dès l’ouverture ! S’inquiéter des possibles dommages sanitaires d’un vaccin en cours de test ne veut pas dire que l’on est réfractaire à la vaccination en général (laissons cela aux Verts !). En revanche la perspective de la vaccination obligatoire ouvre la porte à de grandioses polémiques.

De la même façon on découvre que les masques chirurgicaux sont lavables plusieurs fois et réutilisables, test à l’appui. Oui, mais un décret interdit « la réutilisation de dispositifs médicaux à usage unique », donc la collecte des masques usagés en milieu pharmaceutique. Alors, très vite, on opte pour la création d’une « mission d’évaluation » – nous voilà rassurés. Bien entendu, on ne consulte pas les industriels et les réseaux de récupération qui pourraient intervenir. Dans la réalité, tout le monde s’en fiche et chacun fait ce qu’il veut de ses masques (y compris les jeter sur la chaussée ou à la mer). Tant pis, l’essentiel, c’est la règle: les masques sont obligatoires et leur réutilisation interdite.

Rappelons que lorsque le port du masque est devenu obligatoire, il était interdit aux entreprises d’en acheter et aux pharmacies d’en vendre. Même pas peur !

70 psychologues à l’écoute du télétravailleur désemparé

On a invité les entreprises à recourir avec discernement au télétravail, jusqu’à ce qu’il devienne « obligatoire ». Il est ainsi interdit d’aller travailler sans attestation obligatoire de l’employeur, auquel on interdit par ailleurs d’employer ses salariés autrement qu’en télétravail. Le même télétravail, si j’ai bien compris le président de la République, est « interdit » aux administrations qui doivent obligatoirement continuer à dysfonctionner normalement. Là, cela devrait aller.

A lire ensuite: Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…

Mais ce serait trop simple. Est donc apparu récemment le principe d’une prime compensant le télétravail à la maison, dont on peut gager qu’elle va devenir obligatoire. Sans parler des tickets-restaurant obligatoirement distribués lorsqu’on reste chez soi et que les restaurants sont fermés. On comprend qu’Élisabeth Borne ait créé un numéro vert (0800 130 000) auquel répondent 70 psychologues chargés de soutenir le télétravailleur désemparé.

Il est interdit de sortir de chez soi, mais obligatoire de sortir dûment nanti d’une attestation que l’on se fait à soi-même. Au sujet du motif invoqué, il est donc interdit de se mentir à soi-même.

Pas de chance: il est interdit d’interdire le « Black Friday », car les commerçants (interdits d’ouverture) sont autorisés à organiser toute l’année des opérations de promotion limitées dans le temps. De toute façon, il est interdit d’acheter ce qui n’est pas « essentiel ». Toutefois, l’essentiel n’est pas encore obligatoire.

Le gouvernement ressemble de plus en plus à un syndic d’immeubles en déroute, le concierge en chef est dans l’escalier et l’ascenseur toujours en panne.

Notre-Dame: l’archevêché voudrait se débarrasser des vieilleries

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La contribution du XIXe siècle – et notamment de Viollet-le-Duc – est dénigrée par certains, qui souhaiteraient faire de la cathédrale Notre-Dame une bimbeloterie contemporaine. 


L’archevêché de Paris a surpris tout le monde au sujet de Notre-Dame. Un groupe de travail interne vient de présenter aux prêtres du diocèse l’état de ses cogitations non encore officielles, mais ayant largement fuité. Les ecclésiastiques envisagent tout bonnement de demander un grand réaménagement intérieur de la cathédrale s’avérant non seulement coûteux, mais aussi très destructeur sur le plan du patrimoine. Ils voudraient d’abord qu’on enlève les vitraux des bas-côtés, créés et implantés par Viollet-le-Duc, pour mettre à la place des choses plus branchées. Ils souhaiteraient remiser le mobilier d’époque, tels que confessionnaux et autels, également dessinés par le maître et ses collaborateurs. L’aggiornamento s’étendrait même probablement à des statues et peintures d’artistes associés à Viollet-le-Duc. Tant qu’à faire, on se débarrasserait des modestes chaises paillées actuelles au profit de bancs imaginés par des designers et rehaussés de leds, à la façon des parkings, pour repérer de loin un espace libre. Des dispositifs de projections sur les parois et les voûtes permettraient enfin une communication évangélique en format XXL.

À lire aussi, Benoît Rayski : Monseigneur Aupetit, mais qu’est-ce qu’il a sous sa mitre?

Tout le problème avec Notre-Dame, on l’a assez dit, est que beaucoup de gens, même éminents, ignorent ou dénigrent la contribution décisive du XIXe siècle et de Viollet-le-Duc. Notre-Dame est, certes, une cathédrale du XIIIe siècle, mais elle est aussi et surtout, jusque dans les moindres détails, une cathédrale du XIXe siècle. Ce serait absurde et d’une grande vulgarité de mettre à la place de ce legs une bimbeloterie contemporaine. La Charte de Venise, traité international qui régit la protection du patrimoine, nous impose d’ailleurs de respecter l’œuvre des artistes d’autrefois.

Puisse la ministre de la Culture tenir le cap de la défense du patrimoine !

Déjà, dans les années 1960, d’autres vitraux de Viollet-le-Duc, jugés insuffisamment gais, sont malencontreusement déposés. Les années Malraux (1959-1969) sont, on le sait, des années noires pour le patrimoine. Des verrières plus modernes sont alors commandées à un certain Jacques Le Chevallier qui prétend « renouveler l’art du vitrail » en « renonçant à la figuration » et en faisant des choses « extrêmement simples ». En réalité, avec le recul, on voit que sa verroterie est surtout simpliste. Disons-le, c’est très moche. C’est du moderne qui a mal vieilli. Heureusement, ces verrières sont placées si haut qu’elles ne sont pas très gênantes. Si on en avait la possibilité, le mieux serait cependant de réimplanter les verrières d’origine de Viollet-le-Duc. À défaut de pouvoir réaliser ce rêve, le bon sens exige d’éviter de gâcher ce qui reste.

Roselyne Bachelot a d’ores et déjà exclu la possibilité de retirer les vitraux classés. C’est le plus important et il faut se réjouir de son intervention claire et nette. Souhaitons que la ministre de la Culture continue à tenir fermement le cap de la défense du patrimoine à Notre-Dame.

Pour en finir avec le virus, finissons-en avec la Vème!

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La cinquième république, surtout entre les mains de Macron, est devenue un régime archaïque et antidémocratique.


La chose qu’à titre personnel, j’aurais eu le plus de mal à  supporter, depuis le mois de mars de l’année dernière, c’est le caractère divin de la parole présidentielle, la manière dont l’ensemble de la population est suspendue aux  discours de Macron à 20 heures tapantes. Qui est Macron, à ce moment-là ? Le président élu, certes. Mais c’est aussi un homme seul derrière son bureau qui a décidé en dernier ressort de ce qu’il serait possible de faire et de ce qui ne le serait pas. Il décide si vous pourrez aller travailler, et comment. Si vous irez à l’école et comment. Il décide même, jusqu’au ridicule, de ce que vous pourrez consommer ou pas. L’infantilisation est totale.

 Le conseil de défense, « the place to be »

C’est la constitution de la Vème république qui lui donne ce pouvoir exorbitant et humiliant pour les citoyens d’une démocratie. Elle a été voulue par De Gaulle mais De Gaulle était un géant, comme Gargantua. Le géant, parce qu’il est sûr d’être un géant, n’hésite pas à limiter son pouvoir de lui-même.

Jusqu’à la sinistre réforme du quinquennat, il y avait par exemple la possibilité que la majorité change à l’assemblée en cours de mandat. Cela avait l’avantage de religitimer ou pas l’action du président. Désormais, depuis Chirac, le président a autant de pouvoir pendant cinq ans, plus peut-être, qu’en avait un roi de France qui lui au moins, avait en guise de légitimité le droit divin et des siècles d’Histoire. Et puis De Gaulle, le jour où un referendum l’a désavoué, il est parti. Il avait même failli partir dès 1965 quand lors de la première élection au suffrage universel, il avait ressenti comme une humiliation le fait d’être contraint à un second tour.

A lire aussi, du même auteur: De Gaulle memories

La perversité de la cinquième république, en plus, c’est qu’elle est séduisante même pour celui qui l’avait toujours condamnée, une fois qu’il est élu. L’exemple le plus éclatant de cette séduction, c’est Mitterrand, inlassable pourfendeur de cette constitution qu’il qualifiait de coup d’état permanent mais qu’il a trouvée, une fois élu, tout à fait confortable. Quant à Macron, évidemment, dès le soir de l’élection, on a bien compris avec la métaphore jupitérienne, que son entreprise de soi-disant modernisation de la France s’exercerait dans tous les domaines, sauf dans celui de son pouvoir absolu qui lui permet aujourd’hui de prendre ses décisions sanitaires et politiques par l’intermédiaire d’un conseil de défense qui a, de facto, remplacé le conseil des ministres. Le conseil de défense, c’est « the place to be » si on aime le pouvoir.

Sécurité globale

Regardez par curiosité la composition de cette instance. Il n’y a pas d’élus de terrain et ses membres sont tenus au secret défense. On pourrait au moins y associer des parlementaires ou des maires de grandes villes. Mais non, la pandémie est une affaire trop sérieuse pour la laisser, de près ou de loin, au peuple qui en est pourtant la première victime.

A lire aussi, Philippe Bilger: Ils voient dans les nécessaires lois sécuritaires notre « asservissement de demain »…

Chaque allocution présidentielle me paraît donc comme un archaïsme effrayant et liberticide. Je me sens beaucoup plus atteint dans mes libertés par le fait de dépendre de cette seule parole que d’être obligé de porter le masque ou de remplir une attestation kafkaïenne. Ce sont certes des atteintes à ma liberté mais plutôt moins que la loi de sécurité globale qui inquiète même l’ONU et la Commission européenne car évidemment, avec une telle constitution, la tentation est grande quand on dispose d’un tel pouvoir, de profiter de la pandémie pour négocier un virage autoritaire, voire franchement illibéral.

Marionnettes épuisées

Je n’aurais jamais cru écrire cela un jour, mais je regrette de ne pas être allemand,  d’avoir à la manœuvre une Angela Merkel qui mène sa barque sans tralalas dramatisants, avec méthode, modestie. Avec plus d’efficacité aussi, au moment où nous avons dépassé les cinquante mille décès.

Et surtout, elle arrive à ce résultat sans avoir besoin de réduire son parlement à une chambre d’enregistrement, ses ministres à des sous-fifres chargés de l’intendance et ses concitoyens à des marionnettes épuisées.

L’Entente cordiale: une nécessité pour la France

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Service minimum, côté français, pour les 10 ans des traités de Lancaster House. Un tweet d’Emmanuel Macron et c’est tout. Pas question de célébrer avec faste, en plein Brexit, cette alliance stratégique franco-britannique. Ni de risquer de contrarier nos amis allemands. Elle est pourtant fondamentale.


Le 2 novembre 2010, le Premier ministre britannique David Cameron et le président français Nicolas Sarkozy signaient les traités de Lancaster House (également appelés traités de Londres). Deux textes purement bilatéraux, s’extrayant du carcan de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union européenne créée par le traité de Maastricht (1992) et amplifiée par le traité de Lisbonne (2007), virtuellement du moins, car il n’y a pas de politique étrangère de l’Union européenne.

Des traités utiles pour la défense

La nouvelle Entente cordiale est d’une tout autre nature. De quoi s’agit-il ? De rien de moins que de l’instauration d’une coopération de défense franco-britannique approfondie, dans le cadre d’un vaste « partenariat à long terme », dans les domaines pour le moins sensibles de la dissuasion nucléaire et des missiles de souveraineté, ainsi que de la montée en puissance de la force conjointe interarmées. Un rapprochement qualifié, à juste titre, de « sans précédent », prévu pour durer un demi-siècle, et parfaitement respectueux de la souveraineté des deux États.

Or, ces traités, qui n’auraient pu demeurer que des vœux pieux entre les deux principales puissances européennes si on les mesure à leur poids dans l’industrie de Défense (40% à eux deux), ont déjà, pour partie, des applications concrètes. Sur les treize domaines prévus, trois au moins ont connu des avancées.

Pour renforcer leur coopération dans la gestion des arsenaux nucléaires, Français et Britanniques ont prévu une installation commune à Valduc (Côte-d’Or), où sera « modélisée la performance des têtes nucléaires et des équipements associés, afin d’en assurer la viabilité, la sécurité et la sûreté à long terme ». Un Centre de développement technologique commun, situé à Aldermaston, dans le Berkshire, soutiendra ce projet.

La Force Expéditionnaire Commune Interarmées (CJEF), « adaptée à toute une série de scénarii, y compris des opérations de haute intensité », sera bientôt opérationnelle. Elle comprendra des composantes terrestre, maritime et aérienne, avec leurs états-majors associés, ainsi que la logistique et les fonctions de soutien. Il ne s’agira pas d’une force permanente, mais elle sera « disponible avec un préavis pour des opérations bilatérales » et, si les États le jugent nécessaire, pour des opérations de l’OTAN, de l’Union européenne, des Nations Unies ou autres.

Enfin, en matière de missiles, les deux pays se sont accordés pour « travailler à la mise en place d’un maître d’œuvre industriel européen unique » dans le cadre d’un « plan stratégique décennal ». Concrètement, il s’agit…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Dernier arrêt avant la soumission

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@ Causeur

L’effroyable assassinat de Samuel Paty a obligé les athlètes du déni à ouvrir les yeux. Beaucoup les ont déjà refermés. Les Français, eux, savent que le compte à rebours a commencé. Il est encore temps de contrer la progression islamiste dans le cadre de l’État de droit. Mais le respect du droit n’interdit pas l’usage de la force. Faute de quoi nous devrons choisir demain entre la guerre civile et la résignation. 


Le déni c’est fini. Cette fois, ça ne peut pas continuer. Le 16 octobre, c’est ce que beaucoup ont pensé, la rage au cœur, en apprenant qu’un professeur avait été décapité en pleine rue à quelques encablures de son collège. L’horreur du mode opératoire, le statut de professeur de la victime, encore porteur d’une vague effluve de sacralité même si depuis plusieurs décennies, on s’est efforcé, avec succès, d’en effacer toutes les expressions, y compris la plus simple qui consistait à se lever quand il pénétrait dans la classe (habitude abandonnée au cours de ma propre scolarité qui ne date pas d’hier), sans oublier la nature du crime qui lui était reproché, avoir essayé d’acclimater ses élèves à la liberté d’expression : tout devrait conspirer à réveiller les somnambules qui foncent vers l’abîme en insultant ceux qui tentent de les arrêter et, ce qui est plus fâcheux, en les entraînant avec eux.

Pourtant, on ne nous la fait plus. On ne croit plus aux rituels usés, auxquels les masques omniprésents ajoutent un zeste de grotesque: le Premier ministre qui se rend sur les lieux, les chaînes info qui basculent en « édition spéciale », les mots et proclamations martiales d’usage, la République et ses valeurs, la laïcité et ses défenseurs, nous ne céderons pas, sans oublier le ridicule « ils ne passeront pas » du président, alors qu’ils sont passés et depuis longtemps. On a du mal à croire que derrière ces signifiants fétichisés il y ait encore des référents. Depuis 2015, on connaît la chanson : plus il y a de mots, moins il y a d’actes.

L’islamo-gauchisme assommé par un grand coup de réel

Il est vrai qu’on a un peu moins abusé que d’habitude (que nous ayons pris ce genre d’habitude est éloquent) des nounours, bougies petits cœurs, qu’on a laissés aux adolescents venus pleurer leur professeur assassiné et peut-être, sans le savoir, la fin de l’insouciance et de l’innocence. On nous a aussi épargné quelques jours durant le déluge de compréhension et le flot d’excuses – de pauvreté, de minorité, d’insanité – qui, en pareil cas, s’attachent à amoindrir, sinon l’horreur du geste, sa portée. Au contraire, quelques heures après l’attentat, de nombreux procureurs, plus ou moins légitimes dans la fonction, dressaient la liste des coupables par omission, complices par dénégation et tueurs par procuration – les imbéciles fanatisés qui, pour oublier leur impuissance, vitupèrent et maudissent derrière leur écran, et dans une langue à peine articulée, tous ceux qui leur refusent (à eux et/ou à leurs croyances) ce « respect » dont ils semblent croire qu’il leur est dû par naissance ou par essence. Le gotha de la soumission était pointé du doigt. Et on a beau détester les lynchages, avouons qu’on ressentait un brin de joie mauvaise à voir enfin dénoncés ceux qui, depuis si longtemps, insultent le doigt pour ne pas voir la lune. On peut savourer la victoire, même quand elle est obtenue par l’intimidation morale – car soyons honnête, à ce stade, il aurait été hardi, voire suicidaire, de faire entendre un avis divergent.

À lire aussi, Alain Finkielkraut: Samuel Paty, le dévoilement et le déni

Au lendemain du crime, l’islamo-gauchisme semblait donc défait par les faits, assommé par un grand coup de réel. Pas un de ses thuriféraires avisés ni de ses idiots utiles, me semble-t-il, n’a osé prononcer le mot « islamophobie » sur un média grand public (en fouinant chez Mediapart, on doit bien trouver quelques pépites en dehors de ce malencontreux billet de blog s’indignant que la police ait abattu l’assassin). Tous voulaient soudain « désigner l’ennemi ». Et tous sommaient cet État auquel ils reprochaient la veille d’être brutal et arbitraire d’agir vite et fort.

On a donc assisté à un impayable bal des Tartuffe le dimanche 18 octobre place de la République à Paris. Pas gênés pour deux ronds, les représentants de toutes les boutiques de la gauche pleurnicharde jouaient des coudes pour qu’on les voie « refuser l’inacceptable » et « nommer l’innommable ». Tous Charlie, tous Paty, tout est pardonné. Il y avait SOS racisme qui depuis des années, pourchasse de sa vindicte Zemmour et tous les « nauséabonds », rendus responsables des fractures françaises ; la Ligue des droits de l’homme qui, deux jours plus tôt, adressait à ses amis et alliés une tribune contre la loi « séparatisme » (devenue la loi « laïcité ») et qui s’est illustré comme auxiliaire zélé du djihad judiciaire mené par le CCIF ; des syndicalistes qui se bouchaient le nez quand un de leurs collègues était suspect de laïcisme exagéré. Et bien d’autres encore qui ont déployé une énergie considérable pour empêcher que l’on voie ce que l’on voyait. Tous les compassionnels qui, au motif de protéger les musulmans (de leurs compatriotes ?) les ont englués dans un statut victimaire où beaucoup se complaisent alors qu’il fait d’eux les objets impuissants de leur propre destin.

L’islamisme est une partie de l’islam

On ne va pas se plaindre que tous ces experts en escamotage aient enfin vu la lumière – si on peut dire s’agissant d’une aussi sombre réalité. Nul ne leur demande de faire leur autocritique publique – nous ne sommes pas des progressistes ! –, mais un brin d’examen de conscience de nuit pas. Qu’ils aient retourné leur veste sans le dire, en feignant au contraire d’avoir toujours pensé ce qu’ils prétendent penser aujourd’hui, suggère plutôt qu’ils ont fait le dos rond pour se mettre à la mode idéologique et émotionnelle du moment en attendant que la roue de l’émotion tourne. La brutalité et l’unanimité des conversions n’augurent nullement de leur authenticité. On fera donc doublement crédit à Aurélien Taché, premièrement de ne pas s’être renié et, deuxièmement, de venir porter la contradiction chez l’adversaire.

Nous ne voulons pas vivrensemble avec des gens qui sortent leur poignard quand ils entendent le mot culture française

Pour le coup, on n’a pas été déçus en bien. La quinzaine de la vérité a duré moins d’une semaine et nombre d’yeux se sont fermés aussi promptement qu’ils s’étaient ouverts. On a donc vu refleurir, sinon les justifications, les minimisations et les occultations. La petite musique du « rienàvoirisme », terme forgé par Jean Birnbaum, s’est à nouveau fait entendre : ce crime effroyable n’aurait rien à voir avec l’islam. Pas d’amalgame. Certes, tous les islamistes ne sont pas terroristes (heureusement) et tous les musulmans ne sont pas des islamistes. Mais il est presque impossible de ne pas voir que l’islamisme est une partie de l’islam, peut-être son surmoi. Si on en croit les très nombreuses et très sérieuses études sur le sujet, l’imprégnation islamiste, qui fait de l’appartenance à l’islam le socle absolutiste de l’identité personnelle, concerne un bon tiers des musulmans de France et la moitié de la jeunesse – musulmans d’abord et souvent musulmans seulement. Ils condamnent sincèrement les assassins. Mais ils continuent à refuser, en tout cas à ne pas comprendre, que l’on puisse se moquer de leur religion. Il ne s’agit pas de fétichiser les caricatures, ce qu’on a commencé à faire après avoir tout fait pour oublier leur existence. Qu’elles puissent offenser les musulmans, et tous les autres croyants, ne fait guère de doute. La ligne de fracture du séparatisme passe entre ceux qui acceptent la souffrance de la liberté et ceux qui demandent ou exigent qu’on s’adapte à leur susceptibilité. Être pleinement français, c’est pratiquer l’acceptation des offenses. Et si possible y répondre par une moquerie ou un mot d’esprit. Nous ne voulons pas vivrensemble avec des gens qui sortent leur poignard quand ils entendent le mot culture française. Élisabeth Badinter a parlé d’un deuxième peuple en référence à ces Français qui, pour pacifiques qu’ils soient, vivent dans un autre monde culturel et même anthropologique que le nôtre. Il y a de la place en France pour toutes sortes d’individus. Pas pour un deuxième peuple.

Et pourtant, on se dit que, cette fois, tout ne sera pas comme avant, que le rideau qui s’est déchiré ne retombera pas sur la réalité.

Une colère qui monte 

C’est que, cette fois, la colère est plus forte que la tristesse et même que la peur, qui pourtant s’insinue partout, des salles des profs aux rédactions en passant par les commissariats. Assez ! ça suffit ! Dans tout le pays, on a poussé le même cri de révolte en découvrant l’étendue du désastre. On croyait encore, en dépit des vicissitudes, que l’école avait le pouvoir magique de fabriquer des Français. Et on découvre qu’elle est l’un des hauts lieux de la déconstruction de la France.

Tout le monde le sent, il est minuit moins le quart, peut-être même minuit passé. Il n’est plus le temps de jouer les belles âmes en ouvrant nos frontières et nos bras. Pas seulement parce que nous les avons trop souvent ouverts à de futurs assassins. Nous avons assez à faire avec des centaines de milliers de Français qui n’aiment ni la culture ni les mœurs ni les lois de leur pays pour accueillir toute la misère du monde, plus attirée (et on le comprend) par les charmes de l’État-providence que par les rigueurs de nos libertés.

Cérémonie d'hommage national à Samuel Paty à la Sorbonne, Paris, 21 octobre 2020. © François Mori/ POOL/ AFP
Cérémonie d’hommage national à Samuel Paty à la Sorbonne, Paris, 21 octobre 2020. © François Mori/ POOL/ AFP

Bien sûr, on se paiera encore de mots, on expliquera qu’il ne faut pas exagérer, que ce n’est pas si grave, on dira qu’il faut les comprendre avec les discriminations, le racisme sans oublier le colonialisme. On expliquera que tout ça c’est la faute de l’extrême droite. Sauf que plus personne n’y croit.

Les représentants officiels de l’islam ont-ils entendu cette colère qui pourrait nourrir d’injustes amalgames ? Toujours est-il que beaucoup ne se sont pas contentés de dire « non » à la violence, ils ont dit « oui » aux caricatures. L’un deux a même appelé les musulmans de France à défendre les intérêts de leur pays contre les appels au boycott, l’autre à en finir avec les discours victimaires. Certes, leur influence sur une jeunesse qui les considère comme des « vendus », voire des « Français » est quasi nulle. En revanche, ils peuvent contribuer à faire tomber du bon côté les hésitants et les tiraillés. Ceux qui, dans les repas de famille, pourraient prendre la défense des professeurs et engueuler le cousin qui explique à son fils que ce qu’on lui enseigne en classe est haram. Alors peu importe, dans le fond, que leurs proclamations républicaines soient dictées par leurs convictions profondes ou par sens du rapport de forces.

Le spectre de la guerre civile

Reste à apprécier la détermination de nos gouvernants et leur capacité à insuffler un peu de courage à tous les étages de la puissance publique. Nous avons besoin de fonctionnaires capables d’aller au conflit.

Emmanuel Macron a peut-être accompli une révolution intellectuelle et compris la gravité de la situation. Il doit encore prouver qu’il peut affronter la réprobation du Monde, la haine des réseaux sociaux et les froncements de sourcils de sa majorité – sans oublier les offuscations du New York Times. En plus de son patriotisme, on peut peut-être compter sur son sens des réalités électorales. Et sur sa peur de rester dans l’Histoire comme celui qui aura laissé l’islam politique gagner et le multiculturalisme s’installer. Pour commencer.

À lire aussi, Aurélien Marq: Le projet de loi “confortant les principes républicains” ne tourne-t-il pas autour du pot?

Si personne ne veut prononcer ou écrire le mot, le spectre de la guerre civile hante les esprits. Sans doute, elle n’est pas pour demain. Mais si on n’arrête pas le processus en cours, beaucoup en déduiront qu’elle est la seule alternative à la soumission. Pour Élisabeth Badinter, il est trop tard pour que la reconquête se déroule pacifiquement. Mais il est encore possible de la mener dans le cadre de l’État de droit, si celui-ci cesse d’être un carcan synonyme de désarmement. Respecter le droit n’interdit nullement d’employer la force – ne dit-on pas que force doit rester à la loi ? Or, aujourd’hui, souligne Marcel Gauchet dans Le Figaro, les normes juridiques, telles qu’elles sont interprétées par un empilement de juridictions, protègent d’abord les individus contre les empiétements de l’État. Résultat, les caprices de millions d’individus s’opposent à la volonté du peuple, en particulier à la première, qui est de continuer à exister comme communauté politique. Nos gouvernants feraient bien de s’en souvenir : on peut changer les lois. Pas le peuple.

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Les forces de l’esprit

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Christine Goguet Photo D.R.

Un livre de Christine Goguet sur le rapport des grands hommes à la divinité


Lors de ses ultimes vœux télévisés au peuple français, le 31 décembre 1994, François Mitterrand a surpris en disant : « Je crois aux forces de l’esprit, je ne vous quitterai pas. » Catholique de tradition familiale, élevé chez les jésuites d’Angoulême, le président socialiste a toujours cherché la foi sans qu’elle parvienne à s’imposer à lui. Il entrait dans les églises, priait, sans savoir qui au fond.

Mitterrand le mystique

Il espérait qu’il atteindrait à une forme d’éternité sans dire s’il la devrait à Dieu ou à l’Histoire. C’était un mystique avant tout, quêtant le moindre signe de l’Invisible. Il avait surpris son entourage en partant en Égypte, en décembre 1987. Il avait décidé de gravir le mont Sinaï, là où Dieu avait confié les Dix Commandement à Moïse, malgré le cancer et la douleur, les cailloux, le froid, la nuit. Il avait testé sa résistance sous les hourras des touristes espagnols qui l’avaient reconnu. Parvenu au point sacré, il se tenait droit dans ses chairs meurtris, la volonté intacte, à guetter le soleil se lever. Il vit alors un disque jaune, des rayons orange, une lumière de plus en plus vive, le paysage grandiose enfin. Il y eut le silence. Mitterrand redescendit. L’Invisible avait délivré son message. Son entourage avait compris qu’il serait candidat à sa propre succession.

Je me suis souvenu de ce moment extraordinaire en lisant l’excellent livre de la journaliste Christine Goguet, directrice de la mission mécénat et partenariats au centre des monuments nationaux, dans lequel elle raconte le rapport à la foi de treize personnalités : Charles de Gaulle, Albert Einstein, Winston Churchill, Victor Hugo, Napoléon, Mère Teresa, Van Gogh, François Mitterrand, etc. Sa démarche consiste à montrer comment le divin les a durablement inspirés et a influencé leur action.

Le portrait du général de Gaulle montre un homme que la foi a toujours habité. Il y avait en lui une dimension messianique. À un moment crucial de l’Histoire, il serait amené à sauver la France. Ce pays avait une âme catholique, il savait se ressaisir lorsque tout semblait perdu, à condition que quelqu’un se dressât pour indiquer le chemin à suivre. Le Général et son épouse furent durement éprouvés lorsqu’ils apprirent que leur fille, Jeanne, était née trisomique. De Gaulle : « Son âme était dans un corps qui n’était pas fait pour elle. » Mais il parvint à surmonter l’ordalie. À son aumônier, il déclara, humblement : «  Lorsque cette enfant vint au monde, elle fut la source d’un immense chagrin. Aujourd’hui, c’est un don de Dieu. »

Dieu, pour tenir en respect la souffrance

Christine Goguet rappelle les mots de son petit-fils, Yves de Gaulle : « Mon grand-père se reconnaissait particulièrement dans une valeur chrétienne : la liberté. » Il ajoute: « L’étoile du berger domine sa trajectoire. Pour lui, le monde était un chaos mais avec au bout l’espérance. »

Le cas Van Gogh est passionnant. Son père est pasteur dans l’Église calviniste. Il est sévère, froid, rugueux. Vincent développe un caractère mélancolique. Après une jeunesse austère, il finit par découvrir la vie de Jésus, son sacrifice. C’est décidé, il sera pasteur. Il étudie la théologie à l’université d’Amsterdam. Il mange peu, travaille beaucoup, s’affaiblit. Il rate ses examens. Puis il suit des cours à l’école protestante de Laeken, en Belgique. Dépressif, rebelle, c’est un nouvel échec. Christine Goguet raconte son parcours qui le conduit à partager son amour du Christ avec les mineurs de Borinage. Il vit avec eux, prêche l’Évangile, tente d’adoucir les maux des travailleurs brisés. Les autorités ecclésiales traditionalistes lui mettent alors des bâtons dans les jambes. Ce prédicateur ouvrier dérange. Ils suspendent sa mission. Vincent retourne chez ses parents. Il est violent. Le père veut le faire interner. Il trouvera le salut dans la peinture. Dans ses œuvres, on retrouve la puissance du divin, son mouvement, ses ciels tourmentés où luisent les étoiles des brûlés de Dieu. Mais cet écorché vif, ce solitaire sans amour, finit par se suicider à 37 ans. Dans une lettre à Émile Bernard, Vincent écrit: « Le Christ a vécu sereinement, en artiste plus grand que tous les artistes, dédaignant et le marbre et l’argile et la couleur, travaillant en chair vivante… » Que peut-on ajouter ?

Préface posthume de Denis Tillinac

Comme le note le regretté Denis Tillinac, dans sa préface, Napoléon vécut « une spiritualité tourmentée ». Ce n’est qu’au soir de sa vie qu’il eut un « véritable retour de foi ». Christine Goguet rappelle les paroles de l’Empereur au général Bertrand : « Je connais les hommes et je vous dis que Jésus n’était pas un homme. »

La France voit ses églises désertées, transformées en hôtel ou en brocante, détruites. La marchandisation du monde est implacable. La nation française n’y échappe pas. Nous vivons des temps où les spectres s’agitent pour nous précipiter dans la dictature de l’uniformisation et de l’égalitarisme. Les politiques sont dépassés, ils mettent en avant la laïcité. Mais la laïcité ne peut pas tout. Il conviendrait également de réaffirmer les valeurs fondamentales du christianisme, sans lesquelles la France ne serait pas. Le livre de Christine Goguet rencontre le succès parce qu’il rappelle que, sans la spiritualité qui élève, il ne peut y avoir de liberté.

Christine Goguet, Les grands hommes & Dieu, préface de Denis Tillinac, Editions du Rocher.

« Que font-ils chez vous? »: la réaction des Asiatiques devant notre trop grande mansuétude

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Écoliers thaïlandais récupérant des bouteilles d'eau avant l'examen de fin d'études secondaires, Hanoï, 9 août 2020. © CHINE NOUVELLE/SIPA Numéro de reportage : 00976137_000002

En Asie, on ne comprend pas comment nous pouvons nous laisser critiquer et tuer par des étrangers chez nous. On ne comprend pas non plus comment nous pouvons publier des dessins salissant les divinités des autres. Et s’il nous manquait un brin de sagesse bouddhiste… ?


Chez les Asiatiques[tooltips content= »Cet article traite uniquement de l’Asie du Nord-Est et du Sud-Est, à l’exclusion du sous-continent indien. »](1)[/tooltips], l’incompréhension est totale devant ce qui nous arrive. Notre société idéale qui, hier, les faisait rêver en a pris un sacré coup à leurs yeux. Par quelle bizarrerie pouvons-nous à la fois laisser des étrangers nous critiquer et nous tuer sur notre sol et, en même temps, heurter au nom d’un principe la croyance de millions de personnes ancrées chez nous depuis plusieurs générations ? Trop faibles d’un côté, trop durs de l’autre. Comment la France en est-elle arrivée là ?

Chine, Vietnam, Corée du Nord, Philippines, Cambodge, Thaïlande, Singapour, Malaisie… les régimes des pays de la région ne sont pas là pour rigoler. Leur priorité : faire régner l’ordre afin de poursuivre leur croissance économique. La contestation ? À dose homéopathique s’il vous plaît. La liberté d’expression ? Il y a des limites à ce que l’on peut dire et il est préférable de les connaître avant de prendre la parole. Le droit des minorités ? Il passe après la volonté de la majorité, etc. Même le Japon qui, avec la Corée du Sud et Taïwan, se rapproche le plus de nos standards démocratiques, conserve des aspects autoritaires et expéditifs à nos yeux, comme l’a montré le traitement infligé à Carlos Ghosn. Ces pays, où nous adorons nous rendre en vacances malgré nos différences culturelles – et peut-être aussi pour l’ordre qui y règne – continuent à nous faire de grands sourires, mais ne comprennent plus où nous en sommes.

Un seuil de tolérance beaucoup plus bas que le nôtre

Leur première interrogation concerne la présence d’un stock apparemment infini d’étrangers candidats au terrorisme islamiste sur notre sol. Pour des pays que n’atteint aucune vague migratoire, légale ou illégale, et où l’entrée sur le territoire est étroitement surveillée, cette situation est insolite. L’accueil des migrants, le droit d’asile ne sont pas des valeurs supérieures ici. L’expulsion d’un étranger y est une banale procédure juridique.

Marchands de journaux à Hanoï, Vietnam, 15 novembre 2015. © HOANG DINH NAM/AFP
Marchand de journaux à Hanoï, Vietnam, 15 novembre 2015. © HOANG DINH NAM/AFP

Plus incompréhensible encore aux yeux des Asiatiques est notre mansuétude devant l’utilisation faite de la liberté d’expression par nos ennemis sur notre propre sol. Que nous nous laissions traiter de dépravées (pour les femmes en jupe), de racistes et d’islamophobes (pour tout le monde) tous les cinq matins, au nom de la liberté d’expression, dépasse l’entendement du péquin moyen. Le seuil de tolérance des pays de la région est incomparablement plus bas, quand il existe. Allez critiquer publiquement ou sur la toile les Chinois en Chine, ou les Vietnamiens au Vietnam et vous m’en direz des nouvelles… Impensable.La décapitation de Samuel Paty a horrifié tout un chacun ici comme ailleurs. Localement, cet acte rappelle autant la cruauté du régime khmer rouge que les crises d’amok des pogroms anti-chinois en Asie du Sud-Est ou la froideur des gardes rouges de la Révolution culturelle chinoise au XXe siècle. Néanmoins, on ne cautionne pas pour autant les caricatures de Charlie Hebdo. En Extrême-Orient comme dans la plupart des pays d’Asie du Sud-Est, il ne viendrait à l’idée de personne de publier ou d’exhiber des dessins salissant les divinités de son voisin, même au nom de la défense de la liberté d’expression.

Qui insulte une divinité aujourd’hui risque de « prendre cher » demain

Cette Asie largement bouddhiste et confucianiste croit à la réincarnation. Les défunts ne meurent jamais totalement. Chaque maison possède un autel des ancêtres devant lequel on se prosterne chaque jour. Quiconque oserait s’en prendre aux esprits qui vivent dans l’au-delà, ou salir l’image du dieu qui les héberge, y compris celui des autres, prendrait le risque de le payer très cher dans sa vie actuelle ou dans une prochaine réincarnation. « Je n’insulte pas le grand-père des autres au nom de la liberté. Pour cela, je ne suis pas Charlie », résume Thanh, expert en communication, parfait francophone et ancien étudiant en France.

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« Le respect des croyances des autres fait partie des règles non écrites que chacun observe », ajoute Mai, journaliste de presse écrite. Pour le coup, même pas besoin de faire appel à la censure d’État, qui permettrait à n’importe quel gouvernement dans la région de supprimer des écrans et des kiosques la moindre caricature « à la Charlie ». « Un Asiatique, ça se retient », oserais-je écrire en détournant la citation d’Albert Camus chère à Alain Finkielkraut[tooltips content= »« L’homme civilisé, c’est celui qui se retient », Albert Camus. »](2)[/tooltips]. Le débat d’idée enflammé et la liberté d’expression de toutes les opinions qui fait la fierté de notre société – et de ce journal – apparaissent déraisonnables de ce côté de la planète. On nous y oppose une vision plus pragmatique. Si cette liberté d’expression totale accroît les divisions et met le pays à feu et à sang, c’est la preuve qu’elle est excessive et doit être révisée à la baisse. L’évitement d’une guerre civile justifie que l’on revienne sur certaines valeurs absolues, nous rétorquent les politiques.

Une forme de common decency

S’impose dès lors une sorte de terrain de jeu feutré qui évite la confrontation au sein du groupe où, à l’image de la représentation du Bouddha les yeux mi-clos, on s’efforce de sourire et de ne blesser personne. On reproche souvent aux cultures asiatiques de susciter refoulement et autocensure des sentiments individuels au profit des intérêts du groupe. Cette critique est loin d’être sans fondement. Mais cette discipline, parfois très dure à supporter, contribue à créer une common decency dans le débat qui, ajoutée aux croyances métaphysiques mentionnées plus haut, impose la retenue dans l’expression des opinions et exclut du même coup les caricatures à la Charlie Hebdo. Sur le terrain du débat et de la confrontation des idées, nous vivons dans deux mondes aussi opposés que les deux faces contraires d’un aimant. À défaut de comprendre les tenants d’une situation, mes interlocuteurs en analysent le résultat. (Les Asiatiques sont d’incurables pragmatiques.) Et là aussi, la perplexité l’emporte. Avec d’un côté nos caricatures brandies à bout de bras et de l’autre notre main tendue à tous les damnés de la terre, nous semblons, à leurs yeux, nous tirer sur le pied tout en tendant la joue gauche. Ils sont fous, ces Français…

Omar Sy, facho!

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Omar Sy au Festival international du film de Berlin, le 28 février 2020. ©Denis Makarenko/REX/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40753252_000011

La contreverse progressiste à trois francs six sous de la semaine


Mais que s’est-il passé dans la tête d’Omar Sy ? Est-ce un effet secondaire de la pandémie ou la présomption d’être intouchable qui a poussé la célébrité préférée des Français -devant Jean-Jacques Goldmann- à foncer tête baissée dans la gueule du loup ?

A lire aussi: Aya Nakamura, le grand remplacement lexical?

Dimanche dernier, affublé d’un turban en modèle peau de léopard et d’une tunique traditionnelle du « bled », l’acteur a relayé sur son compte Twitter son interprétation du tube « Doudou » d’Aya Nakamura, en faisant des mimiques bébêtes et en pastichant un accent noir africain très prononcé. « C’était trop tentant… », a-t-il argué sur la publication en guise de mise en bouche.

La blague potache de trop ? Toujours est-il que la chansonnette a suscité l’ire de nombre de ses groupies qui voient désormais en l’humoriste un raciste, un misogyne et, encore plus grave, un « n.gre de service » qui se moque des « siens ».

« C’est du racisme, comment peut-on encore se moquer des femmes en se travestissant, et en se moquant des accents africains… Ce whifeface est inadmissible » écrit l’un sur Twitter. « De toute manière, Omar Sy, Jamel Debbouze, Malik Bentalha etc. tous le même combat: se moquer des siens pour faire rire les blancs. Ils ont un talent qu’ils ne méritent pas » commente un autre.

D’aucuns prennent sa défense en soulignant que la mama africaine en cause n’est autre que le personnage de Doudou créé par Omar Sy lui-même il y a vingt ans, que l’on a notamment pu entendre interpréter « Que je t’aime » de Johnny Hallyday avec un fort accent africain sur Canal +.

« Tu ne nous fais plus rire ! », s’est encore indignée sur Twitter une ancienne apôtre d’Omar Sy tandis qu’une autre s’est dit « fatiguée de ces imitations des femmes noires en forçant sur l’accent ». Omar Sy cochait pourtant toutes les bonnes cases: il est noir, il vit à Los Angeles, il fait rire petits et grands, il a bruyamment manifesté lors de la mort de George Floyd, il a invité les Français à en faire de même et a signé une tribune dans L’Obs intitulée « Réveillons-nous. Ayons le courage de dénoncer les violences policières en France ». Ça ne suffit plus.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Concours de beauté morale contre «Valeurs Actuelles»

L’idéologie « woke » étant en croisade permanente pour toujours plus de pureté, Omar Sy semble voué aux gémonies. Pour la suite de sa carrière, on ne saurait que lui déconseiller de parodier Danièle Obono.

A-t-il senti le vent tourner?
Afin de se racheter, l’acteur vient de tweeter dans la pure prose progressiste: « Doudou […] est un hommage ici au titre d’Aya qui s’appelle comme lui et un soutien face à tout ce qu’elle reçoit elle aussi de critiques aussi injustes et malveillantes », avant d’ajouter, un brin hautain: « Je suis libre. Et la critique ici ne mène à rien à part diviser. Surtout, la vraie vie est ailleurs que sur Twitter et les vraies actions qui changent les choses aussi ».
« Vraie vie » ou non, ces derniers tweets ont désormais été effacés par leur auteur… Visiblement, Omar Sy ne sait plus sur quel pied danser.

LI-BER-TÉ-DE-CULTE!

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Un fidèle lors de la priere de l'Aid à Marseille, en 2010 © POCHARD PASCAL/SIPA Numéro de reportage: 00609537_000003

Les adeptes de la victimisation affirment haut et fort que la laïcité est hostile aux religions. Or, celle-ci n’est en rien un athéisme d’État. Son objectif? Elle vise à soumettre les cultes à la loi. 


Ah, la laïcité ! Ce cadre juridique merveilleux qui garantit la liberté de culte pour tous, et vous assure que l’État respectera une stricte neutralité en ne se mêlant jamais de ce que vous faites pourvu que vos activités aient un caractère religieux… Non ? Non.

En réalité, la laïcité subordonne justement la liberté de culte à des droits encore plus fondamentaux, et notamment au respect absolu de la liberté de conscience, de la liberté de pensée et, puisqu’il est impossible de véritablement penser sans confronter ses pensées aux pensées des autres, sans prendre le risque d’être bousculé voire choqué par les idées des autres, à la liberté d’expression. Mais reprenons du début.

La laïcité est un projet politique

Première erreur, croire que la laïcité serait un cadre juridique, alors qu’elle est un projet politique. Celui-ci s’inscrit dans un cheminement historique, que l’on peut résumer – pour simplifier – par un immense « plus jamais ça ! » répondant à la Saint Barthélémy, et faisant écho au « plus jamais ça ! » antique répondant à la condamnation de Socrate. Naturellement, il se traduit par un certain nombre de règles juridiques, notamment la fameuse loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’État, mais les deux ne doivent pas être confondus.

Quel est ce projet politique ? L’émancipation de l’individu, l’épanouissement de sa liberté de conscience et de pensée, en particulier par rapport aux prescriptions religieuses. Sapere aude, ose penser par toi-même. Plus généralement, il s’agit de donner la primauté au choix lucide et responsable sur l’automatisme de l’injonction.

Et puisque la laïcité est en elle-même un projet, elle ne saurait être réduite à un simple espace vide où faire coexister les projets des différentes religions et sensibilités métaphysiques, une neutralité passive. Elle n’est pas une liberté mais une volonté de libération, une détermination active à faire reconnaître et à défendre une liberté.

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Deuxième erreur, croire que la laïcité serait garante de la liberté de culte: non, et heureusement. La loi de 1905 subordonne au contraire la liberté de culte à l’ordre public et au respect des lois: je renvoie à ses articles 25 à 36 relatifs à la police des cultes.
Absolutiser la liberté de culte reviendrait à accepter les sacrifices humains – et j’entends d’ici les libéraux-libertaires et autres « woke » qui me diront que si le sacrifié est volontaire et la religion « racisée », après tout pourquoi pas ? Juger les coutumes aztèques ou carthaginoises à l’aune de notre « morale blanche » occidentalo-centrée est une attitude néo-coloniale et raciste, et puis offrir sa vie à Moloch ou Tezcatlipoca n’est qu’une forme d’euthanasie comme les autres : ma religion – ma mort – mon choix. Ainsi meurt surtout l’idée même de civilisation.

Dieux merci, nous n’en sommes pas là, et je crois pouvoir affirmer sans me faire traiter de (crypto-)fasciste que l’Ordre du Temple Solaire et ses suicides de masse ne doivent en aucun cas bénéficier de la liberté de culte, tout comme il faut la refuser à un groupe dont les cérémonies permettent au gourou d’enseigner « l’orgasme cosmique » aux filles prépubères de ses adeptes.

Troisième erreur, croire qu’il existerait une pancarte magique « c’est religieux » qui empêcherait l’œil vigilant de la loi de voir ce que l’on fait, un joker à brandir au tribunal « c’est religieux, donc je peux ! » Et bien non.

Je n’ai pas le droit de rouler à 180 km/h sur l’autoroute, même si je suis un adorateur d’Hermès, que je vois en lui le dieu de la vitesse, qu’à mes yeux rouler (trop) vite est un rituel religieux et que j’ai une très ancienne parole d’un très ancien oracle qui m’ordonne de le faire. D’aucuns jugeront cette restriction insupportable, hurleront qu’il s’agit d’une atteinte à leurs libertés, d’hermèsismophobie voire de racisme anti-grec, mais c’est ainsi.
De même, la loi française a aboli l’esclavage et garantit l’égalité des droits civiques entre les sexes, et je n’ai pas le droit de faire l’apologie d’un texte qui encourage l’esclavage et les violences conjugales, même si je suis un adorateur de… Ah ? Là, ce serait différent, me souffle Aurélien Taché. Mais non, monsieur le député, c’est exactement la même chose. L’inacceptable ne devient pas subitement acceptable du seul fait que ceux qui s’y livrent prétendent que c’est un Dieu qui le leur a permis ou prescrit.

Aurélien Taché, ici à l'Assemblée nationale le 19 octobre 2019, a récemment fait polémique sur la polygamie en déclarant : "Ce n'est pas à l'État de savoir si les gens vivent à deux, à trois ou autres". © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00926993_000035
Aurélien Taché, ici à l’Assemblée nationale le 19 octobre 2019, a récemment créé la polémique en déclarant au sujet de la polygamie : « Ce n’est pas à l’État de savoir si les gens vivent à deux, à trois ou autres ».  © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00926993_000035

Les cultes obligés de se soumettre à la loi

Et contrairement à ce que disent les abonnés aux geignements victimaires, ce principe de laïcité n’est en rien hostile aux religions. Au contraire, même. « Religion », du latin religio, ne vient pas de religare « relier » mais de relegere « relire avec un œil critique » (Cicéron, déjà, jugeait utile de le rappeler). « Religion » s’oppose à « superstition », superstitio, qui désigne toute croyance que l’on refuse de soumettre à la critique de la raison et du sens moral. Et si « superstition » évoque maintenant les chats noirs et les vendredis 13, superstitio peut aussi se traduire par « secte », « obscurantisme », « fanatisme ».
La laïcité est un projet politique qui, en obligeant les cultes à se soumettre à la loi, au débat démocratique donc à l’examen critique par la collectivité au service du bien commun, agit comme un tamis permettant de distinguer entre religions et sectes, afin que les religions puissent participer à la vie de la cité sans servir de caution morale aux sectes, et afin que l’État puisse combattre l’emprise délétère des sectes sans restreindre injustement les libertés des religions.

Mais il faut, pour que ce projet se concrétise, que la laïcité soit appliquée sans faiblesse, et nous savons tous que ce n’est aujourd’hui pas le cas. Par complaisance multiculturaliste, bien sûr, par lâcheté et clientélisme politique, mais aussi parce que trop de ses défenseurs se trompent fréquemment de cible.

Paradoxe : d’un côté, on oublie souvent que l’entrée en vigueur de la loi de 1905 fut un combat, qu’il fallut la force publique pour que l’Église se résigne à sa défaite, et qu’il n’y a aucune raison pour que l’islam s’adapte plus facilement à la laïcité aujourd’hui que le catholicisme hier – au contraire même. Et d’un autre côté, certains ténors du « camp laïque » s’enferrent dans une opposition stérile à un christianisme désormais sincèrement pacifié: ils ne parviennent pas à dépasser le souvenir des affrontements de jadis, ou ils sont crispés sur des désaccords qu’il ne faut pas nier mais qui ne sont pas des remises en cause de la laïcité, ou encore ils sont obsédés par l’impératif de « ne pas stigmatiser » et se croient obligés de taper à égale mesure sur toutes les religions (ce qui, Hermès me pardonnera de filer la métaphore, revient à harceler les bons conducteurs pour des vétilles plutôt que de se concentrer sur la répression des chauffards), ou enfin ils sont sincèrement incapables de comprendre la différence entre religio et superstitio, religion et secte, et d’en tirer les conséquences pratiques.

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Cette distinction millénaire serait pourtant bienvenue face aux enjeux actuels.

Autoriserions-nous des associations à enseigner à des enfants que la référence normative et morale ultime est un livre validant (entre autres choses) l’utilisation des prisonnières de guerre comme esclaves sexuelles et refusant catégoriquement la liberté de conscience, si ces associations ne se paraient pas du qualificatif de « cultuelles » ? Autoriserions-nous de tels enseignements si elles ne se prévalaient pas de traditions exotiques, donc intouchables sous peine d’être accusé de racisme, et c’est ainsi qu’une antenne du planning familial peut en arriver à justifier l’excision ? L’autoriserions-nous si ces associations ne faisaient pas trembler les élus avec le vote communautaire, et l’État avec des menaces d’émeutes, et si nous n’étions pas collectivement rongés par une telle crainte de manquer de tolérance que nous ne savons plus condamner l’intolérable ?

Et je souligne la différence entre considérer que certains passages d’un livre peuvent être des sources d’inspiration, et affirmer que le livre dans son ensemble serait la suprême pierre de touche. Quel que soit le livre sacré, subordonner l’application de ses préceptes à la raison et à la conscience morale est religieux, alors que placer ces mêmes préceptes au-dessus de tout, hors de portée de la critique, est superstitieux.

Il faut le dire et le redire. La laïcité n’est ni un athéisme d’État, ni un relativisme lâche: elle est, lorsqu’elle est correctement appliquée, la garantie que l’État protègera les cultes qui respectent les lois, et qu’il sanctionnera impitoyablement les autres. Cette distinction, bien sûr, en dérange certains. Devinez lesquels ?

La laïcité: Histoire d'une singularité française

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Ils voient dans les nécessaires lois sécuritaires notre « asservissement de demain »…

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Philippe Bilger © CORET PHOTOS/SIPA Numéro de reportage: 00925894_000016.

Je ne crois pas à la « mise entre parenthèses de l’exigence
démocratique » qui résulterait des dispositions exceptionnelles qu’une
insupportable actualité contraindrait à prendre.


La période troublée, éprouvante que nous vivons, avec la multitude de crises que le pouvoir doit affronter et auxquelles nous sommes confrontés dans notre quotidienneté d’humains et de citoyens, fait surgir trop de prophètes de malheur démocratique.

Ils se recrutent beaucoup parmi les avocats et de fait ce ne sont pas les plus médiocres qui s’expriment.

On en trouve aussi parmi les intellectuels pour lesquels une absence de morosité républicaine serait incompatible avec l’importance qu’ils cherchent à se donner.

Il y a, de toutes manières, des psychologies singulières qui, en toute bonne foi, ne pourraient concevoir la marche du monde que sous l’angle d’un pessimisme obstiné et se croyant sans cesse plus lucide que les bouffées d’espérance venant rassurer, consoler ou mobiliser.

Me Henri Leclerc, Me Patrice Spinosi: « Il me semble que ce n’est pas offenser ces intelligences déprimées que de les qualifier de prophètes de malheur démocratique »

J’ai évoqué d’abord les avocats parce que chez certains d’entre eux la passion vive de la liberté, dominant l’exigence moins considérée de la sécurité, et le souci obsessionnel du droit suscitent des réflexions et un climat qui, oubliant le passé et sautant par-dessus le présent, anticipent un futur forcément menaçant, désiré telle une preuve de l’inéluctabilité du pire supputé.

Pour Me Henri Leclerc qui demeure fidèle à une ligne constante toujours largement approuvée par une gauche se revendiquant dépositaire du seul humanisme qui vaille, « l’État fait, sans s’en rendre compte, des concessions aux ennemis de la liberté. »

Me Patrice Spinosi n’est pas en reste, et même bien davantage. Ce cabinet, où officie également le remarquable François Sureau qui partage les mêmes préoccupations et inquiétudes que son associé et avec lequel, sur ces thèmes, j’ai croisé à plusieurs reprises amicalement le fer, n’est à l’abri d’aucune angoisse républicaine et est prêt à les accueillir toutes, tant pour lui les virtualités présumées dangereuses sont plus tangibles que les périls tragiquement concrets de chaque instant. Me Patrice Spinosi, qui n’est pas désaccordé d’avec la philosophie sociale et juridique du Monde qui le questionne, n’hésite pas à nous prédire que « nous bâtissons notre asservissement de demain » et que « pendant un état d’urgence, qu’il soit terroriste ou sanitaire, l’exigence démocratique est mise entre parenthèses », sa pensée étant plus abruptement résumée par le quotidien : « Pour cet avocat, les lois sécuritaires permettront à un gouvernement populiste de surveiller la population ».

Il me semble que ce n’est pas offenser ces intelligences déprimées que de les qualifier de prophètes de malheur démocratique.

D’abord parce qu’il n’est pas un moment de notre Histoire, une étape de notre société où ils se sont dispensés de cette approche, où ils nous auraient privés de leur négativité.

À tout coup, dans l’arbitrage républicain qu’un pouvoir se doit d’opérer entre les nécessités de sa protection et les risques de sa dénaturation, le choix est toujours le même pour ces voluptueux Cassandre qui aspirent aux frissons des discours anxiogènes. Les premières sont systématiquement reléguées au bénéfice des seconds. Les certitudes au bénéfice des éventualités. Le sûr du péril au bénéfice du danger seulement supposé.

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Ce processus déjà discutable à cause de son caractère jamais remis en question est encore plus choquant dans ce temps où l’infinité des épreuves, le poids des souffrances et l’incroyable diversité des épées de Damoclès suspendues sur nos destins et notre sauvegarde ne devraient pas laisser de place à d’autres interrogations que celles tenant à notre survie sans que nous soyons coupables pour cela de non-humanisme.

Il m’apparaît que la focalisation sur un futur présumé dévastateur « populisme » – ce serait le mal suprême – et « asservissement de demain » – n’est pas loin de relever d’une mise en danger d’une société actuellement attaquée aux bords de son délitement sans une défense efficace.

Il y a quelque chose de surréaliste, face à un réel constamment menaçant, à nous entretenir de fantasmes engendrés par le lien pervers du droit dans une définition univoque et de la liberté dans un sens suicidaire.

Surtout, je ne crois pas à la « mise entre parenthèses de l’exigence démocratique » qui résulterait des dispositions exceptionnelles qu’une insupportable actualité contraindrait à prendre.

En effet j’irais jusqu’à soutenir, au contraire, que ce qui est décidé par un pouvoir légitime, approuvé par le parlement et validé par des instances de contrôle bénéficie d’une présomption démocratique, grâce à laquelle ce qui s’inscrit dans un espace bouleversé par les défis du présent et les obligations même de rupture par rapport à la normalité qu’il est susceptible d’engendrer, ne perd jamais rien de sa tonalité républicaine.

On ne sort pas de la démocratie quand on se plie à ce qu’elle doit inventer pour se défendre, quoi qu’il lui en coûte, quoi qu’en pensent les dogmatiques compulsifs qui préféreraient la voir mourir dans sa pureté théorique que sauvée par un pragmatisme la conduisant à adapter ses principes aux maux qui l’affectent.

Je conviens que ces prophètes de malheur sont là, certes, pour nous garder en éveil, pour nous donner mauvaise conscience mais de grâce qu’ils n’en abusent pas !

Tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire, et inversement!

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© John Cairns/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22516761_000003

Au ridicule français


Certes, les Français sont indisciplinés, râleurs, de mauvaise humeur, exigeants, capricieux, attendant tout de l’État et considérant le travail comme une valeur, mais surtout comme l’exploitation de l’homme par l’homme, détestant les riches (sauf ceux qui ont gagné au loto), n’ayant confiance en personne, adorant la démocratie mais votant de moins en moins… Mais ils sont aussi capables d’exploits et d’un redoutable bon sens.

Il semblerait que l’administration (peut-on encore dire l’« État » ?) ne cesse d’en rajouter sur ce qui les exaspère et paralyse le pays, pour leur bien, évidemment. On se demande comment cette politique consistant à dire non à pratiquement tout va cesser.

Les Français et la luxure capitaliste

L’impuissance gouvernementale est actée, il suffit d’entendre l’ancien Premier ministre Édouard Philippe répondre avec mesure à une audition parlementaire, tentant d’expliquer courageusement que l’on pourra de moins en moins prendre de décisions nécessaires, mais contraires à certains décrets promulgués, si la menace d’une mise en examen et de poursuites au pénal est une épée de Damoclès permanente.

A lire aussi: Les Parisiens à Anne Hidalgo: «Le Havre c’est encore loin?» sa réponse : «Taisez-vous et nagez!»

Nous n’avons pas de temps à perdre avec des coupables en puissance, mais beaucoup de temps à gagner avec ceux qui cherchent des solutions. Pour cela il vaut mieux s’adresser aux entrepreneurs, sachant qu’en France nous privilégions tout ce qui est « à but non lucratif ». Le lucratif c’est le stupre et la luxure capitaliste, d’où la méfiance permanente envers tout ce qui vient du privé : cliniques, libéraux, initiatives des entreprises, etc.

L’État profond a atteint un tel stade de pouvoirs diffus et dissimulés, de structures imbriquées, de stratifications administratives, de petits chefs ayant le pouvoir de bloquer, que rien ne peut arrêter ce canard sans tête. Prenons l’exemple récent et encourageant de l’annonce d’un vaccin contre le Covid-19. On commence par interroger les Français sur le sujet, mais en l’état actuel des choses, comment pourraient-ils avoir une opinion objective ? De fait, ils répondent à 59% que, personnellement ils ne se feraient pas vacciner. Et médias et politiques de renchérir en déplorant que nous soyons le peuple le plus opposé à la vaccination. Conclusion: certains envisagent alors de le rendre obligatoire! Un préambule symbolique et navrant: on peut légitimement exprimer des doutes sur les effets secondaires potentiels d’un vaccin dont on ne sait rien, sinon que la perspective de son arrivée sur le marché a fait prendre 4% à Wall Street dès l’ouverture ! S’inquiéter des possibles dommages sanitaires d’un vaccin en cours de test ne veut pas dire que l’on est réfractaire à la vaccination en général (laissons cela aux Verts !). En revanche la perspective de la vaccination obligatoire ouvre la porte à de grandioses polémiques.

De la même façon on découvre que les masques chirurgicaux sont lavables plusieurs fois et réutilisables, test à l’appui. Oui, mais un décret interdit « la réutilisation de dispositifs médicaux à usage unique », donc la collecte des masques usagés en milieu pharmaceutique. Alors, très vite, on opte pour la création d’une « mission d’évaluation » – nous voilà rassurés. Bien entendu, on ne consulte pas les industriels et les réseaux de récupération qui pourraient intervenir. Dans la réalité, tout le monde s’en fiche et chacun fait ce qu’il veut de ses masques (y compris les jeter sur la chaussée ou à la mer). Tant pis, l’essentiel, c’est la règle: les masques sont obligatoires et leur réutilisation interdite.

Rappelons que lorsque le port du masque est devenu obligatoire, il était interdit aux entreprises d’en acheter et aux pharmacies d’en vendre. Même pas peur !

70 psychologues à l’écoute du télétravailleur désemparé

On a invité les entreprises à recourir avec discernement au télétravail, jusqu’à ce qu’il devienne « obligatoire ». Il est ainsi interdit d’aller travailler sans attestation obligatoire de l’employeur, auquel on interdit par ailleurs d’employer ses salariés autrement qu’en télétravail. Le même télétravail, si j’ai bien compris le président de la République, est « interdit » aux administrations qui doivent obligatoirement continuer à dysfonctionner normalement. Là, cela devrait aller.

A lire ensuite: Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…

Mais ce serait trop simple. Est donc apparu récemment le principe d’une prime compensant le télétravail à la maison, dont on peut gager qu’elle va devenir obligatoire. Sans parler des tickets-restaurant obligatoirement distribués lorsqu’on reste chez soi et que les restaurants sont fermés. On comprend qu’Élisabeth Borne ait créé un numéro vert (0800 130 000) auquel répondent 70 psychologues chargés de soutenir le télétravailleur désemparé.

Il est interdit de sortir de chez soi, mais obligatoire de sortir dûment nanti d’une attestation que l’on se fait à soi-même. Au sujet du motif invoqué, il est donc interdit de se mentir à soi-même.

Pas de chance: il est interdit d’interdire le « Black Friday », car les commerçants (interdits d’ouverture) sont autorisés à organiser toute l’année des opérations de promotion limitées dans le temps. De toute façon, il est interdit d’acheter ce qui n’est pas « essentiel ». Toutefois, l’essentiel n’est pas encore obligatoire.

Le gouvernement ressemble de plus en plus à un syndic d’immeubles en déroute, le concierge en chef est dans l’escalier et l’ascenseur toujours en panne.

Notre-Dame: l’archevêché voudrait se débarrasser des vieilleries

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La cathédrale Notre-Dame de Paris, le 19 octobre 2020. © xavier FRANCOLON/SIPA Numéro de reportage : 00990191_000001

La contribution du XIXe siècle – et notamment de Viollet-le-Duc – est dénigrée par certains, qui souhaiteraient faire de la cathédrale Notre-Dame une bimbeloterie contemporaine. 


L’archevêché de Paris a surpris tout le monde au sujet de Notre-Dame. Un groupe de travail interne vient de présenter aux prêtres du diocèse l’état de ses cogitations non encore officielles, mais ayant largement fuité. Les ecclésiastiques envisagent tout bonnement de demander un grand réaménagement intérieur de la cathédrale s’avérant non seulement coûteux, mais aussi très destructeur sur le plan du patrimoine. Ils voudraient d’abord qu’on enlève les vitraux des bas-côtés, créés et implantés par Viollet-le-Duc, pour mettre à la place des choses plus branchées. Ils souhaiteraient remiser le mobilier d’époque, tels que confessionnaux et autels, également dessinés par le maître et ses collaborateurs. L’aggiornamento s’étendrait même probablement à des statues et peintures d’artistes associés à Viollet-le-Duc. Tant qu’à faire, on se débarrasserait des modestes chaises paillées actuelles au profit de bancs imaginés par des designers et rehaussés de leds, à la façon des parkings, pour repérer de loin un espace libre. Des dispositifs de projections sur les parois et les voûtes permettraient enfin une communication évangélique en format XXL.

À lire aussi, Benoît Rayski : Monseigneur Aupetit, mais qu’est-ce qu’il a sous sa mitre?

Tout le problème avec Notre-Dame, on l’a assez dit, est que beaucoup de gens, même éminents, ignorent ou dénigrent la contribution décisive du XIXe siècle et de Viollet-le-Duc. Notre-Dame est, certes, une cathédrale du XIIIe siècle, mais elle est aussi et surtout, jusque dans les moindres détails, une cathédrale du XIXe siècle. Ce serait absurde et d’une grande vulgarité de mettre à la place de ce legs une bimbeloterie contemporaine. La Charte de Venise, traité international qui régit la protection du patrimoine, nous impose d’ailleurs de respecter l’œuvre des artistes d’autrefois.

Puisse la ministre de la Culture tenir le cap de la défense du patrimoine !

Déjà, dans les années 1960, d’autres vitraux de Viollet-le-Duc, jugés insuffisamment gais, sont malencontreusement déposés. Les années Malraux (1959-1969) sont, on le sait, des années noires pour le patrimoine. Des verrières plus modernes sont alors commandées à un certain Jacques Le Chevallier qui prétend « renouveler l’art du vitrail » en « renonçant à la figuration » et en faisant des choses « extrêmement simples ». En réalité, avec le recul, on voit que sa verroterie est surtout simpliste. Disons-le, c’est très moche. C’est du moderne qui a mal vieilli. Heureusement, ces verrières sont placées si haut qu’elles ne sont pas très gênantes. Si on en avait la possibilité, le mieux serait cependant de réimplanter les verrières d’origine de Viollet-le-Duc. À défaut de pouvoir réaliser ce rêve, le bon sens exige d’éviter de gâcher ce qui reste.

Roselyne Bachelot a d’ores et déjà exclu la possibilité de retirer les vitraux classés. C’est le plus important et il faut se réjouir de son intervention claire et nette. Souhaitons que la ministre de la Culture continue à tenir fermement le cap de la défense du patrimoine à Notre-Dame.

Pour en finir avec le virus, finissons-en avec la Vème!

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Manifestation à Rennes, le 17 novembre 2020 © Mathieu Pattier/SIPA Numéro de reportage: 00991448_000005

La cinquième république, surtout entre les mains de Macron, est devenue un régime archaïque et antidémocratique.


La chose qu’à titre personnel, j’aurais eu le plus de mal à  supporter, depuis le mois de mars de l’année dernière, c’est le caractère divin de la parole présidentielle, la manière dont l’ensemble de la population est suspendue aux  discours de Macron à 20 heures tapantes. Qui est Macron, à ce moment-là ? Le président élu, certes. Mais c’est aussi un homme seul derrière son bureau qui a décidé en dernier ressort de ce qu’il serait possible de faire et de ce qui ne le serait pas. Il décide si vous pourrez aller travailler, et comment. Si vous irez à l’école et comment. Il décide même, jusqu’au ridicule, de ce que vous pourrez consommer ou pas. L’infantilisation est totale.

 Le conseil de défense, « the place to be »

C’est la constitution de la Vème république qui lui donne ce pouvoir exorbitant et humiliant pour les citoyens d’une démocratie. Elle a été voulue par De Gaulle mais De Gaulle était un géant, comme Gargantua. Le géant, parce qu’il est sûr d’être un géant, n’hésite pas à limiter son pouvoir de lui-même.

Jusqu’à la sinistre réforme du quinquennat, il y avait par exemple la possibilité que la majorité change à l’assemblée en cours de mandat. Cela avait l’avantage de religitimer ou pas l’action du président. Désormais, depuis Chirac, le président a autant de pouvoir pendant cinq ans, plus peut-être, qu’en avait un roi de France qui lui au moins, avait en guise de légitimité le droit divin et des siècles d’Histoire. Et puis De Gaulle, le jour où un referendum l’a désavoué, il est parti. Il avait même failli partir dès 1965 quand lors de la première élection au suffrage universel, il avait ressenti comme une humiliation le fait d’être contraint à un second tour.

A lire aussi, du même auteur: De Gaulle memories

La perversité de la cinquième république, en plus, c’est qu’elle est séduisante même pour celui qui l’avait toujours condamnée, une fois qu’il est élu. L’exemple le plus éclatant de cette séduction, c’est Mitterrand, inlassable pourfendeur de cette constitution qu’il qualifiait de coup d’état permanent mais qu’il a trouvée, une fois élu, tout à fait confortable. Quant à Macron, évidemment, dès le soir de l’élection, on a bien compris avec la métaphore jupitérienne, que son entreprise de soi-disant modernisation de la France s’exercerait dans tous les domaines, sauf dans celui de son pouvoir absolu qui lui permet aujourd’hui de prendre ses décisions sanitaires et politiques par l’intermédiaire d’un conseil de défense qui a, de facto, remplacé le conseil des ministres. Le conseil de défense, c’est « the place to be » si on aime le pouvoir.

Sécurité globale

Regardez par curiosité la composition de cette instance. Il n’y a pas d’élus de terrain et ses membres sont tenus au secret défense. On pourrait au moins y associer des parlementaires ou des maires de grandes villes. Mais non, la pandémie est une affaire trop sérieuse pour la laisser, de près ou de loin, au peuple qui en est pourtant la première victime.

A lire aussi, Philippe Bilger: Ils voient dans les nécessaires lois sécuritaires notre « asservissement de demain »…

Chaque allocution présidentielle me paraît donc comme un archaïsme effrayant et liberticide. Je me sens beaucoup plus atteint dans mes libertés par le fait de dépendre de cette seule parole que d’être obligé de porter le masque ou de remplir une attestation kafkaïenne. Ce sont certes des atteintes à ma liberté mais plutôt moins que la loi de sécurité globale qui inquiète même l’ONU et la Commission européenne car évidemment, avec une telle constitution, la tentation est grande quand on dispose d’un tel pouvoir, de profiter de la pandémie pour négocier un virage autoritaire, voire franchement illibéral.

Marionnettes épuisées

Je n’aurais jamais cru écrire cela un jour, mais je regrette de ne pas être allemand,  d’avoir à la manœuvre une Angela Merkel qui mène sa barque sans tralalas dramatisants, avec méthode, modestie. Avec plus d’efficacité aussi, au moment où nous avons dépassé les cinquante mille décès.

Et surtout, elle arrive à ce résultat sans avoir besoin de réduire son parlement à une chambre d’enregistrement, ses ministres à des sous-fifres chargés de l’intendance et ses concitoyens à des marionnettes épuisées.

L’Entente cordiale: une nécessité pour la France

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Le porte-avions Charles de Gaulle, à Toulon, le 11 avril 2020. © MARINE NATIONALE/SIPA Numéro de reportage : 00956239_000003

Service minimum, côté français, pour les 10 ans des traités de Lancaster House. Un tweet d’Emmanuel Macron et c’est tout. Pas question de célébrer avec faste, en plein Brexit, cette alliance stratégique franco-britannique. Ni de risquer de contrarier nos amis allemands. Elle est pourtant fondamentale.


Le 2 novembre 2010, le Premier ministre britannique David Cameron et le président français Nicolas Sarkozy signaient les traités de Lancaster House (également appelés traités de Londres). Deux textes purement bilatéraux, s’extrayant du carcan de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union européenne créée par le traité de Maastricht (1992) et amplifiée par le traité de Lisbonne (2007), virtuellement du moins, car il n’y a pas de politique étrangère de l’Union européenne.

Des traités utiles pour la défense

La nouvelle Entente cordiale est d’une tout autre nature. De quoi s’agit-il ? De rien de moins que de l’instauration d’une coopération de défense franco-britannique approfondie, dans le cadre d’un vaste « partenariat à long terme », dans les domaines pour le moins sensibles de la dissuasion nucléaire et des missiles de souveraineté, ainsi que de la montée en puissance de la force conjointe interarmées. Un rapprochement qualifié, à juste titre, de « sans précédent », prévu pour durer un demi-siècle, et parfaitement respectueux de la souveraineté des deux États.

Or, ces traités, qui n’auraient pu demeurer que des vœux pieux entre les deux principales puissances européennes si on les mesure à leur poids dans l’industrie de Défense (40% à eux deux), ont déjà, pour partie, des applications concrètes. Sur les treize domaines prévus, trois au moins ont connu des avancées.

Pour renforcer leur coopération dans la gestion des arsenaux nucléaires, Français et Britanniques ont prévu une installation commune à Valduc (Côte-d’Or), où sera « modélisée la performance des têtes nucléaires et des équipements associés, afin d’en assurer la viabilité, la sécurité et la sûreté à long terme ». Un Centre de développement technologique commun, situé à Aldermaston, dans le Berkshire, soutiendra ce projet.

La Force Expéditionnaire Commune Interarmées (CJEF), « adaptée à toute une série de scénarii, y compris des opérations de haute intensité », sera bientôt opérationnelle. Elle comprendra des composantes terrestre, maritime et aérienne, avec leurs états-majors associés, ainsi que la logistique et les fonctions de soutien. Il ne s’agira pas d’une force permanente, mais elle sera « disponible avec un préavis pour des opérations bilatérales » et, si les États le jugent nécessaire, pour des opérations de l’OTAN, de l’Union européenne, des Nations Unies ou autres.

Enfin, en matière de missiles, les deux pays se sont accordés pour « travailler à la mise en place d’un maître d’œuvre industriel européen unique » dans le cadre d’un « plan stratégique décennal ». Concrètement, il s’agit…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<