Crise sanitaire. Le retour des cavaliers de l’apocalypse a saisi le peuple français dans son sommeil. Face à la nuit, pour battre les loups, le troupeau a intérêt à investir sur le berger et son chien.


Nous nous sommes couchés démiurges, rêvant de transhumanisme, de réaliser tout ce que désiraient nos individualités. Nos élites rêvaient d’un homme sans ancrage, ni attaches, ni appartenances, indéfini pour être omnipotent, indéterminé pour être adaptable, inconsistant parce que remplaçable… La référence à la frontière, à la quête d’intériorité et à l’identité était ramenée à la xénophobie, au racisme et au nationalisme. La loi ne cherchait plus le compromis fécond, mais devenait la reconnaissance du particularisme, l’affichage d’un progressisme d’autant plus virulent qu’il n’offrait plus d’horizon. L’avenir était au mouvement, à la mondialisation et aux échanges. Être c’était avant tout changer.

Retour sur terre

Nous nous sommes réveillés créatures, faibles et dominées par la peur. Nous voulions soumettre la nature et poursuivre un rêve d’immortalité. Et nous voilà face à l’inconnu. Vulnérables. Seuls. Repliés. Démunis face à un péril inconnu, qui fauche les vies et sépare pour le combattre les amis, les amants, les familles, stoppant la production, arrêtant les échanges, réinstallant les frontières au seuil des portes, immobilisant chacun en son for intérieur.

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Un péril inconnu et pourtant si familier. Le retour d’un cauchemar récurrent de l’humanité : la chevauchée du cavalier de l’apocalypse à la pâle monture. L’histoire nous ramène ainsi aux légendes sombres et aux germes de nos terreurs enfouies. Elle nous rappelle à notre condition de mortel et aux hécatombes qui parsèment notre route, tributs rendus à la nature ou à la folie de domination des hommes. Les cavaliers de l’apocalypse vont par quatre, la guerre et la famine accompagnent la maladie, et la mort recueille la moisson. Le fantôme des grandes pestes nous regarde au-delà du temps et réveille la mémoire de ces jours où la maladie chevauchait la même monture que la mort.

Face à la crise sanitaire, l’Europe a réagi de façon purement idéologique

Alors que notre esprit peine encore à penser cette nouvelle condition, alors que notre corps est encore empreint d’un monde routinier, familier, rassurant, que l’homme dominait sans partage et dont il rêvait d’échapper aux contingences en devenant son propre créateur, le voilà ramené à sa nudité première. Déjà ce que nous peinons encore à imaginer est là. Des hôpitaux débordés, des situations tragiques où l’on trie les malades, le décompte macabre qui commence. Des gens meurent seuls, loin des leurs, en détresse. La mort s’est invitée au banquet et a même dressé la table, balayant nos vanités et réinvitant nos peurs ataviques. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » se demande le poète. « Eh bien c’est pourtant ainsi qu’ils ont le plus souvent vécu » répond

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