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La prison honteuse


La question carcérale est toujours évacuée par nos gouvernements, à cause d’une impasse idéologique


Par une décision en date du 8 juillet 2020, la Cour de Cassation tire les conséquences de la condamnation prononcée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre la France le 30 janvier 2020. La France s’était vue condamnée pour les conditions indignes de détention dans plusieurs centres pénitentiaires et maisons d’arrêt.

Cette décision rend donc immédiatement effective la possibilité pour tout juge national d’appliquer la décision européenne, en libérant tout prisonnier qui serait considéré comme subissant des conditions de détention indignes.

D’après l’Observatoire International des Prisons, au 30 janvier 2020, 39 établissements pénitentiaires français étaient considérés comme exposant les personnes détenues à des traitements inhumains ou dégradants par la justice française et/ou par la Cour européenne des Droits de l’Homme. Ces traitements dégradants ou inhumains tiennent essentiellement à une surpopulation carcérale qui a pu monter jusqu’à 140% avec parfois 3 ou 4 détenus dans neuf mètres carrés et des matelas à même le sol…

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Si les conditions exceptionnelles liées à la crise du Covid ont entraîné une chute importante du nombre de détenus (environ 13 000 en moins début mai sur un total de 72500 le 16 mars), il reste que la décision de la Cour de Cassation constitue une rupture tout à fait spectaculaire dans le laisser-aller qui semblait devoir s’éterniser sur ce problème.

La France obligée de se pencher sur son problème

Certes, la possibilité de libérer immédiatement un prisonnier sur cette base peut susciter des craintes. Malgré tout on ne peut que s’en féliciter. D’abord parce que tout condamné a le droit d’être traité humainement, c’est l’honneur de notre civilisation. Ensuite, parce que cette décision éclaire de façon crue la grande lâcheté de nos gouvernants.

Si la France a des prisons indignes, cela peut s’expliquer d’un point de vue idéologique : la France a honte de ses prisons. Non parce qu’elles imposent des conditions dégradantes aux détenus. Après tout, c’est un problème tout à fait soluble si l’on s’en donne les moyens. Non, ce dont elle a honte, c’est de l’existence même de ces prisons.

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Depuis des décennies, depuis la mainmise de la gauche bien pensante sur les esprits, on pense chez nous que la prison ne sert à rien, voire qu’elle est injuste, parce qu’elle punit des gens qui sont victimes de leur situation sociale, de leur milieu, de leur origine… Victor Hugo l’a dit : ouvrez des écoles vous fermerez des prisons… La prison, un peu comme la police, c’est mal ! Et si l’on n’a pas encore réussi à s’en défaire, comme on a pu le faire de la peine de mort, c’est à contre cœur qu’on y enferme encore les condamnés.

La prison, c’est tabou, on en viendra tous à bout

Et c’est bien la raison qui explique leur délabrement et leur surpopulation. Un président ou un garde des Sceaux ne peuvent proclamer vouloir créer de nombreuses et vastes prisons, ne serait-ce que pour qu’elles soient plus vivables, ce qui somme toute serait un prétexte acceptable pour nos belles âmes, ils auraient bien trop peur de passer pour des fachos, des répressifs. Quant à le faire pour accueillir en plus grand nombre tous ceux qui méritent d’y faire un séjour, ça n’est même pas envisageable pour un politique qui tient tant soit peu à conserver l’estime de l’intelligentsia humaniste. Alors on dit, oui on va construire des places, et puis on se dépêche de ne plus en parler et de ne rien faire. Nous sommes un pays très fort dans l’art de glisser ces problèmes sous le tapis.

La prison c’est tabou, on ne doit pas en parler trop, ne pas lui attribuer trop de budget, ne pas valoriser le travail extrêmement difficile de son personnel. C’est pourquoi depuis des décennies elles posent problème et que pourtant jamais rien ne se passe. Il existe une justification toute trouvée, répétée ad nauseam pour que la France n’alloue pas de vaste budget à la construction de places supplémentaires : la prison fabriquerait des récidivistes. CQFD.

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Nous sommes un pays très spécial : nous mettons des radars sur les routes mais nous prévenons de leur présence, nous prenons des mesures d’expulsion mais nous subventionnons des associations qui organisent défense, appel et contre appels, voire qui mobilisent l’opinion si l’on ose reconduire un clandestin à la frontière de façon un peu trop visible. Nous déplorons le niveau très faible des collèges et lycées dans les quartiers « défavorisés », mais chacun sait que le problème vient de la chienlit qui règne dans de nombreuses classes et à laquelle personne n’ose s’attaquer réellement.

Récidivistes de la couardise

Dans notre pays très spécial, il existe même un « défenseur des droits », noble et utile mission certes, mais dont on peut se demander s’il est bien dans son rôle en expliquant, comme il vient de le faire, les bonnes méthodes (on pourrait presque dire les bonnes manières) pour l’exercice du maintien de l’ordre et l’usage de la force publique.

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Justice, police, éducation devraient inspirer le respect, et la crainte si nécessaire. Cela suppose un exécutif fort qui ose assumer ces missions régaliennes.

Depuis longtemps, nos gouvernants sont d’une grande lâcheté : ils ont peur des voyous comme des intellectuels de gauche, des bien-pensants, des banlieues, de la rue et du spectre de la guerre civile.

Observant constamment l’opinion, les réseaux sociaux et les journaux qui déversent tous la même eau tiède, ils naviguent à vue, au jour le jour, évitant soigneusement tous les écueils que leur imagination entrevoit. Ce faisant ils ne font qu’attiser encore plus ce feu qu’ils voudraient éviter.

Remettre la honte à sa juste place

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A propos des manifestations contre le supposé racisme des Français qui ont suivi l’affaire George Floyd aux Etats-Unis, le pédopsychiatre Maurice Berger[tooltips content= »Auteur du best-seller Sur la violence gratuite en France: Adolescents hyper-violents, témoignages et analyse, l’Artilleur »](1)[/tooltips] appelle à remettre la honte à sa juste place.


Depuis plusieurs mois, le thème de la honte tourne dans les médias à propos des événements concernant le supposé racisme de notre société. Yannick Noah regrette le silence des sportifs blancs après la mort de George Floyd. Les policiers devraient avoir honte, et de manière générale les Français, les blancs.

A l’inverse de la phrase d’Andy Warhol, « tout le monde aura son quart d’heure de célébrité », tout le monde-blanc doit avoir son quart d’heure de honte. Honte aux policiers, honte à notre société raciste, honte à la France. Les « quartiers » et diverses organisations militantes s’engouffrent dans cette culpabilité que nous devrions éprouver collectivement.

Mais les choses ne sont pas si univoques. Je n’ai pas honte de ne pas avoir honte, voilà pourquoi.

Cultures de la honte et cultures de l’honneur

Nous sommes en train de passer à côté d’un processus essentiel en jeu actuellement, l’articulation, désastreuse entre les sociétés de la honte et de l’honneur (« shame culture ») et les civilisations de la culpabilité (« guilt culture »), distinction établie par Dodds, un ethnologue. La honte est définie par lui comme un fait social extériorisé (perdre la face) et la culpabilité comme un sentiment intériorisé, différence fondamentale pour ce qui suit.

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Les membres des sociétés de la honte ne se sentent pas honteux « par essence », mais l’honneur est pour eux une valeur dominante qui ne concerne pas que soi, mais aussi le groupe familial, culturel auquel on appartient. Reconnaître une faute devant les personnes qui y sont extérieures, c’est déshonorer son groupe, c’est « l’ahchouma », mot clé au Maghreb qui signifie la honte. On ne peut reconnaître que la moindre erreur ait pu être commise par soi ou les autres membres de son groupe sous peine de déshonneur, la faute en incombe forcément à l’extérieur. Le modèle relationnel dominant prend la forme d’être le plus fort ou d’être humilié. Qui va mépriser l’autre ? Qui va faire honte à l’autre ou avoir honte ? Qui va soumettre l’autre ? Dans le TER, trois personnes d’origine sahélienne ont les pieds sur les sièges et téléphonent à tue-tête avec un poste de radio ouvert à côté d’eux. Je leur demande poliment de respecter le règlement. Réponse sèche : « Vous dites ça parce qu’on est étrangers », suivi d’une augmentation du volume sonore vocal du téléphone. Me voilà désigné comme un blanc raciste en quelques secondes, et c’est moi qui suis coupable, qui devrais donc avoir honte. Je parcours le train à la recherche d’un contrôleur, en vain. En l’absence d’un tiers incarnant une loi qui est la même pour tous, je n’ai pas d’autre solution que de m’incliner dans l’espace public. Je me sens… misérable.

De même, quand dans les « quartiers », un jeune de 14 ans, sur un scooter volé, sans casque parce que « c’est pour les petits », se tue en percutant à toute vitesse un véhicule, il ne meurt pas à cause d’une accumulation d’imprudences mais forcément à cause d’autrui. De préférence à cause de la police. On ne décède pas accidentellement, on est tué.

Inflation interminable

Comment une interpellation pourrait-elle de dérouler calmement avec ce modèle relationnel ? Qu’il soit à pied, en scooter, ou en voiture, celui qui accepte de se soumettre (et oui ! le mot est dit) à un contrôle policier ne rencontrera aucun problème de violence policière. Et les représentants du pays d’accueil tout désignés pour être méprisés puisqu’ils incarnent la légalité de la société dans l’espace public sont les policiers sur lesquels on crache sans vergogne. Le policier n’a pas le droit de répondre, il sera méprisé s’il agit (la sanction) ou s’il ne fait rien (la soumission). Quelle inversion ! C’est celui qui crache qui devrait être méprisé pour sa lâcheté car il ne risque rien.

Le piège, c’est que les membres des sociétés de la honte ont compris que les membres des civilisations de la culpabilité, judéo-chrétiennes, ont une forte tendance à accepter de se sentir coupable, et il est alors « pratique » de leur faire éprouver de la honte au lieu de la ressentir soi-même. Et plus les membres de la civilisation de la culpabilité se sentent coupables, plus les membres de la société de la honte se décrivent comme victimes, dans une inflation interminable, alors que le problème initial de situe à l’intérieur même de leur société.

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Il faut préciser ici que toutes les personnes issues de ces deux modèles de culture ne se sentent pas forcément prises dans ces enjeux d’honneur ou de culpabilité, mais celles qui crient le plus fort le sont.

Cet écart entre société de la honte et civilisation de la culpabilité crée d’importantes tensions concernant l’acceptation d’une loi commune, ensemble de contraintes qui se situent au-dessus de tous, et de la reconnaissance d’une dette.

Rapport à la loi décomplexé

Dans les sociétés de la honte, la relation à la loi n’inclut pas sa notion pourtant fondatrice de culpabilité. Accepter les contraintes extérieures signifie non pas reconnaître la nécessité de respecter d’indispensables limites pour une vie en commun, mais est vécue comme une immixtion intolérable dans le fonctionnement familial et groupal. L’obéissance n’est pas inculquée en référence à la future place de l’enfant dans la société, et l’enfant comprend vite comment apitoyer sa mère pour contourner ses frêles interdits. Des professionnelles en difficulté dans l’aide à la parentalité m’expliquent ainsi leur désarroi face à des mères d’origine immigrée qui ne comprennent pas pourquoi, comme l’indique le règlement, les portes de l’école maternelle ferment à 8h30, et leur enfant ne peut pas comprendre pourquoi l’enseignante dit « non » à certains moments. Du côté paternel ou fraternel, l’obéissance est souvent la conséquence d’une soumission à un arbitraire qui repose sur les coups, et c’est le modèle de faire peur/avoir peur qui prime. Parfois aussi certains pères sont absents ou lâchent prise. Résultat de cette absence d’intégration de la loi, un jeune délinquant violent de 16 ans m’explique sa conception de la vie : « Je veux, je prends ». Imparable.

Et lorsqu’on argue qu’il y a du racisme dans la police puisque les personnes issues des sociétés de la honte font l’objet de contrôles policiers beaucoup plus fréquents que les autres, la réponse est qu’elles sont plus nombreuses à ne pas respecter la loi que les personnes qui ont intégré la culpabilité. Faut-il que chaque fois qu’un tel jeune est contrôlé, une dame sortant d’un super marché avec son cabas de légumes le soit aussi pour éviter toute discrimination ?

Résultat de cette absence d’intégration de la loi, un jeune délinquant violent de 16 ans m’explique sa conception de la vie : « Je veux, je prends ». Imparable.

Ingratitude

La société de la honte, c’est aussi l’incapacité de reconnaître une dette envers le milieu d’accueil. Dans le cadre d’une immigration économique, tous sont venus au départ parce que leur pays ne les nourrissait pas assez, ne les soignait pas, était profondément corrompu, sinon ils retourneraient y vivre. Cette blessure originelle ne se referme pas et laisse les sujets dans une sorte d’entre-deux. Reconnaître ce qu’on doit au pays d’accueil, c’est accepter de penser que sa propre origine est entachée, conflictuelle, et la solution à ce malaise peut consister à dire que c’est l’extérieur, le lieu d’accueil, qui est inhospitalier et doit être dénigré. Reconnaître ce qu’on reçoit de bien, c’est trahir ses origines, de même que les policiers noirs ou maghrébins heureux d’exercer leur métier sont qualifiés de traîtres.

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Un exemple : Karim, l’éducateur de Rayan[tooltips content= »Prénoms d’emprunt »][2][/tooltips], 15 ans, se plaint devant lui que l’équipe en a assez de devoir passer la serpillière à de multiples reprises chaque jour, pour nettoyer ses crachats qu’il refuse de laver lui-même. Quand je demande à Rayan s’il fait comme cela chez lui, sa réponse est : « Ah non ! Ça serait trop crade ». Il vit dans un milieu familial tellement violent que c’est lui-même qui a demandé à être placé afin d’avoir un endroit où se sentir protégé. Mais le foyer ne lui sert qu’à cela, il n’utilise pas l’aide relationnelle que lui propose son éducateur, et il retourne tous les jours un moment dans sa famille à laquelle il prouve sa fidélité en humiliant ceux qui l’accueillent, et qui par la qualité même de leur attitude, soulignent involontairement les défaillances de son milieu d’origine. Il a réalisé une sorte d’immigration dans le foyer mais crache littéralement sur ce l’on lui y offre.

Remettre l’achouma à sa place

Quels tiers possibles entre ces deux sociétés ? Ce devrait être le contrôleur du train, absent, ou un juge qui représente la loi. Mais il arrive que la justice ne fasse pas tiers. Lorsque policiers et délinquants sont face à face, voire dans un corps à corps, les sujets violents des quartiers frappent en ne pensant à la justice qu’en termes de position de victime potentielle s’ils présentent un hématome, et de plus ils ont quelques chances de quitter libres le tribunal, encore plus s’ils sont mineurs. De leur côté, les policiers n’ont aucune certitude leur permettant de s’appuyer sur la justice, au moins en pensée. Ceci ne concerne pas seulement une éventuelle sanction, il s’agit de donner aux deux protagonistes le message qu’un tiers viendra introduire la loi entre eux dans cet affrontement physique. Que se passe-t-il sinon ? Un policier est frappé très violemment et gratuitement en dehors de son service et laissé comateux au sol, sans que rien ne l’ait motivé et laissé prévoir. A la surprise générale, et en particulier celle des policiers venus soutenir leur collègue au tribunal, l’agresseur originaire d’un « quartier » n’est condamné qu’à six mois de prison avec sursis. Certes le parquet fait immédiatement appel. Mais cela n’efface pas le fait qu’un autre magistrat considère qu’agresser aussi fortement un policier en civil ne mérite pas un jour de prison, et ne pense pas nécessaire que la loi soit alors matérialisée et soit ainsi un tiers incontournable. De ce sursis, l’agresseur appartenant à une société de la honte ne fait que déduire que ce qu’il a fait n’est pas grave et qu’il n’y a pas de déshonneur.

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Il est donc nécessaire de remettre l’ahchouma à sa place, de rétablir le lieu de la honte et de la remettre dans le camp de ceux qui font tout pour la projeter sur autrui. Ceux qui ont la volonté de se désigner de toutes façons comme victimes ont besoin de désigner des agresseurs. Mais ce n’est pas parce que des individus ou leurs parents ont été victimes dans leur histoire personnelle, familiale, culturelle, que d’autres doivent accepter d’endosser ce rôle de bourreau. Plus les membres d’une civilisation de la culpabilité se laissent accuser, plus ils sont méprisés. Au contraire, imaginons (on a le droit de rêver) qu’une seule personnalité politique ose déclarer : « Vous devriez avoir honte d’élever vos enfants sans leur inculquer un minimum de respect pour le pays qui vous accueille et qui vous soigne gratuitement, de ne pas leur expliquer que rien n’est dû, de laisser vos enfants conduire des véhicules volés, d’abîmer la démocratie qui vous protège et de mentir en vous présentant comme des victimes, etc. ». Énoncer ceci ne changerait rien à la manière de se comporter des délinquants en question, pas plus qu’égrener leurs délits et parler de « sauvageons », et ne calmerait en rien les militants communautaristes. Mais ceci donnerait aux autres le sentiment que la honte n’est pas en eux, et leur permettrait d’éprouver un sentiment de légitimité dont beaucoup de citoyens éprouvent le besoin qu’il soit reconnu. Une telle formulation constitue le fondement incontournable de toute action politique efficace car elle permettrait d’arrêter de tendre l’autre joue. Et d’accepter enfin l’idée que dans certaines circonstances, seules la force de caractère et la force physique inspirent du respect.

Patrice Quarteron met K.O les professionnels de l’indignation sélective

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Le sportif s’étonne que des indignés professionnels comme Yannick Noah ou Camélia Jordana ne disent rien pour la gendarme Mélanie ou le chauffeur de Bayonne…


Patrice Quarteron n’a décidément pas la langue dans sa poche !

L’ancien champion du monde de boxe thaï et de kick-boxing s’est exprimé lundi 13 juillet dans une interview sur la police, les banlieues, le racisme anti-blanc, la gendarme Mélanie ou Camélia Jordana… Habitué à s’exprimer sans prendre de gants sur les réseaux sociaux – où il publie régulièrement des commentaires acerbes sur l’actualité – cet ancien du quartier de la Grande-Borne à Grigny (« en reconquête républicaine ») n’a pas dérogé à ses habitudes dans cette interview au Parisien.

S’il a troqué les gants et le short pour un costume de circonstance, le « Rônin sombre » est plus combatif que jamais, écœuré par le silence assourdissant des professionnels de l’indignation après le décès de la gendarme Mélanie Lemée. Pas grand monde non plus pour s’indigner de la mort de Philippe, fait-il remarquer, ce chauffeur de Bayonne, tué pour avoir fait son travail, de façon totalement gratuite. Ni Yannick Noah, ni Omar Sy, ni Camélia Jordana, cette « petite-bourgeoise inscrite à des cours de piano dans un grand lycée parisien » qui instrumentaliserait une misère qu’elle ne connaît pas, selon le sportif.

Les banlieues et… les blancs

Le guerrier frappe là où ça fait mal, les points névralgiques, tabous, comme la mentalité anti-française, anti-Charlie et le racisme que l’on trouve en banlieue et qui n’ont pas l’heur d’être reconnus par la doctrine officielle des médias. « Le racisme anti-Blancs existe. Je connais cette mentalité qui veut qu’un blanc dans la tête de certains n’a le droit de rien dire sous peine de se faire massacrer. J’ai été formaté avec cette haine par certains dans ma jeunesse, je sais de quoi je parle ».

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Le militant intersectionnel le plus convaincu aura en effet du mal à contredire Patrice Quarteron. Étant lui-même noir, ayant lui-même grandi dans l’une des villes les plus pauvres de France, on ne peut l’accuser d’exercer quelque privilège que ce soit… « L’indignation ne doit pas être une question de couleur de peau » rappelle-t-il. Son dernier crochet est pour le mouvement Black Lives Matter : « ça n’a aucun intérêt. Le problème ce n’est pas le racisme dans les forces de l’ordre, c’est l’éducation, le taux d’échec scolaire. »

Il dit ce que d’autres banlieusards n’osent pas dire

Ces prises de position courageuses lui valent insultes et menaces (ses échanges peu amènes avec le rappeur Booba avaient déjà attiré l’attention médiatique par le passé). Le colosse gouailleur les balaye d’un revers de main : « c’est une minorité dans les cités qui n’est pas d’accord avec moi et je sais que de nombreuses personnes me remercient de dire ce qu’elles n’osent pas dire ».

Alors que le ministère de l’intérieur a choisi de ne pas divulguer les chiffres des violences urbaines du 14 juillet (tirs de mortier, incendies, policiers blessés…), la France aurait besoin de beaucoup plus de voix comme celles de Patrice Quarteron.

Fermer les frontières? Plutôt mourir…


Interrogé hier lors de l’interview du 14 juillet, Emmanuel Macron a semblé plutôt satisfait des résultats de la France face au Covid-19. Dans la lutte contre le virus, la France a pourtant perdu un temps précieux avant de rétablir des contrôles aux frontières, comme le préconisait l’OMS dès le 16 février. Quand la désinvolture rejoint l’idéologie, les citoyens trinquent.


Il faudrait « éviter la circulation des gens qui viennent des endroits qui sont des foyers d’épidémie ». Le 26 février 2020, Marine Le Pen émet ce qu’il faut bien appeler un truisme lors de la matinale de France Inter. Elle propose ce que la France fera trois semaines plus tard : restaurer des contrôles aux frontières.

« L’OMS n’a jamais recommandé de fermer les frontières », rétorque le jour même l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève, dans Ouest France. Le faire reviendrait à « enfreindre les recommandations internationales ». Restreindre la libre circulation des personnes pour freiner le Covid est « une fausse bonne idée », tranche LCI le 13 mars 2020, trois jours avant que la mesure entre en œuvre. C’est un « faux remède », « nationaliste et xénophobe », persiste à penser Le Monde du 10 avril. Le 29 avril, c’est l’apothéose. Le quotidien Les Échos tient la preuve scientifique que les contrôles aux frontières sont inutiles, pour ne pas dire stupides. Selon une étude française, « l’épidémie ne serait pas venue directement de Chine ou d’Italie ». Le virus circulait déjà chez nous à bas bruit quand il est apparu au grand jour.

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Le problème est que, selon les auteurs de l’étude, Les Échos l’ont interprétée de travers (voir encadré). Quant à Flahault, il joue sur les mots. Fin février, au moment où il s’exprime, l’OMS n’a certes pas préconisé la fermeture totale, qui n’existe nulle part, même en Corée du Nord, mais elle a demandé aux États d’instaurer des contrôles sanitaires stricts à tous les points d’entrée sur leur territoire, avec détection et mise à l’isolement des malades potentiels ! Ces recommandations datent du 16 février. Elles sont toujours disponibles sur le site de l’OMS[tooltips content= »« Prise en charge des voyageurs malades aux points d’entrée dans le contexte de la flambée de Covid-19 : lignes directrices provisoires », OMS, 16 février 2020. »][1][/tooltips]. Pendant un mois, la France n’a donc tenu absolument aucun compte de ces neuf pages de conseils de bon sens. Par désinvolture, sous-estimation du problème et manque de moyens, le tout pimenté d’une bonne dose d’idéologie – Donald Trump et Marine Le Pen étaient pour, il fallait donc être contre –, la restauration temporaire des contrôles aux frontières est devenue la décision à ne surtout pas prendre face au Covid. Jusqu’à ce que l’Allemagne la prenne le 16 mars, suivie par la France le lendemain, ainsi que par l’UE pour ses frontières extérieures. Cela ne posait aucun problème juridique, les traités européens prévoyant depuis les origines des exceptions à la libre circulation pour raisons sanitaires.

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À cette date, près de 70 pays, dont la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis, avaient déjà renforcé sans états d’âme les barrières à l’entrée sur leur territoire. Les deux premiers pays ont enregistré proportionnellement trente à quarante fois moins de morts du Covid que le troisième, ce qui suggère que contrôler les arrivées ne suffisait pas. Il fallait aussi le faire tôt.

Trois à quatre semaines de perdues

En France, non seulement les autorités ont perdu du temps, mais elles le savaient. Pendant la dernière semaine de février et les deux premières semaines de mars, il y a eu une valse-hésitation consternante. Audrey (prénom changé) travaille dans une école de commerce de Bretagne. Une étudiante devait arriver d’Italie du Nord début mars, raconte-t-elle. « L’agence régionale de santé nous a demandé de la placer en quarantaine, au motif qu’elle venait d’une zone à risque. Cette jeune fille avait voyagé de Milan à Paris en avion, avec des dizaines d’autres passagers, puis en train. À aucun moment elle n’avait été contrôlée. L’ARS nous demandait en définitive d’assurer le travail qui n’avait pas été fait aux frontières. » 15 000 voyageurs en provenance d’Italie arrivaient alors chaque jour en France.

Au même moment, la situation était encore plus extravagante en Haute-Savoie. Un premier cas de Covid est repéré à La Balme-de-Sillingy (5 000 habitants) le 24 février. Un résident de la commune âgé d’une soixantaine d’années, qui se rendait souvent en Lombardie pour son travail, est testé positif au Covid. L’ARS se lance à la recherche des cas contacts, c’est-à-dire les personnes ayant croisé ce premier patient. On ne peut donc pas l’accuser de prendre le Covid à la légère. Le village est confiné le 2 mars, deux semaines avant le reste du pays. Pourtant, la frontière va rester ouverte, alors que les autorités tiennent la preuve que le Covid vient d’Italie. Dès le 27 février, lors d’une conférence en ligne, le docteur Pierre Poles, responsable du centre 15 de Haute-Savoie, l’explique clairement : « Il y a un vrai foyer lié au coronavirus en Italie et on est tout près de l’Italie. Il y a énormément de Haut-Savoyards qui vont en Italie. » Le 15 reçoit des appels de gens « qui sont malades et qui reviennent d’une zone à risque, en Lombardie ou Vénétie ».

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Le 2 mars, toujours, le préfet de Haute-Savoie et le directeur de l’ARS tiennent une conférence de presse déconcertante. Le préfet martèle que la fermeture du tunnel du Mont-Blanc serait une mesure « inopérante, inefficace ». Il annonce pourtant des équipements de protection (masque, gants, etc.) pour les équipes de la police aux frontières qui auraient à contrôler des cars transportant des passagers en provenance des zones touchées par le virus en Italie ! S’il faut protéger les policiers de ces cars, pourquoi les laisser entrer ? Il va de soi que les policiers n’ont pas les moyens de procéder à des tests et qu’ils ne pourront pas trier les entrants. Par ailleurs, ils ne sont pas assez nombreux. Ils vont donc recevoir des renforts. « Des porteurs sains potentiels qui sont repartis ensuite dans la région » au risque de diffuser le virus, relève avec bon sens David Albert, membre de la brigade de nuit, du syndicat Alternatives Police CFDT. Les équipements de sécurité annoncés par le préfet sont arrivés tard et en faible quantité, accompagnés en prime de « la consigne de ne pas les utiliser, sans qu’on sache pourquoi », pointe le policier. Le comble, c’est que, fin janvier, la France avait affirmé à la Commission européenne qu’elle ne manquait de rien dans ce domaine ! « Les États n’ont pas indiqué de besoin ou souhaité de renfort pour leur stock d’équipement de protection individuelle. La Commission a demandé aux États de l’indiquer, si cela changeait », écrit le comité de sécurité sanitaire de la Commission le 27 janvier.

Les guerres éclatent quand les diplomates mentent aux journalistes, puis se mettent à croire ce que racontent les journaux, disait le satiriste Karl Kraus. Dans la crise du Covid, les politiques ont alimenté les éditorialistes en éléments de langage sur l’absurdité des contrôles aux frontières, tout simplement parce que la France n’avait pas les moyens de les restaurer. Puis, pendant trois ou quatre semaines absolument cruciales pour la propagation du virus, ils ont fini par croire que ces contrôles étaient réellement superflus. Jusqu’à ce que s’impose l’évidence, rappelée le 25 mai sur Euronews : « Faire de l’abolition des contrôles fixes aux frontières une espèce de tabou totalement intouchable n’a aucun sens, ça ne résiste pas à la réalité. » Ces propos de bon sens n’émanaient pas de Marine Le Pen, mais de Jean Quatremer, pilier des correspondants de presse à Bruxelles, fort peu suspect de penchant souverainiste.

L’étude scientifique qui démontrait l’inutilité de fermer les frontières

Le 29 avril, Les Échos présente une étude scientifique sous un titre troublant : « Coronavirus : en France, l’épidémie ne serait pas venue directement de Chine ou d’Italie ». Une équipe de l’Institut Pasteur emmenée par Étienne Simon-Lorière a mis en évidence que « le Covid circulant en France n’est pas de même nature (clade) que le Covid italien ou chinois ». Il circulait à bas bruit depuis janvier. « Fermer les frontières n’aurait donc servi à rien », conclut Les Échos. Et le très sérieux quotidien économique d’insister : le patient zéro du Covid en France serait « un cas sans historique de voyage et n’ayant été en contact avec aucune personne revenant de l’étranger ». Le Covid est-il tombé du ciel ou sorti de la mine ? Les Échos ne le précise pas, mais insiste sur une autre conclusion des chercheurs. Les mesures de confinement « ont été particulièrement efficaces. […] Les analyses phylogénétiques montrent qu’il y a eu peu de transmission locale, ce qui veut dire que les restrictions de circulation ont empêché la propagation localement. » Fermer les frontières, non. Interdire les sorties, oui.

Hélas, dès le lendemain, 30 avril, dans Marianne, le Pr Simon-Lorière se dit « très étonné qu’un quotidien ait titré que la principale souche du virus présente en France était liée à un groupe génétique qui n’avait aucun lien avec la Chine et l’Italie. Aujourd’hui, on ne peut pas l’affirmer. » Dans Le Parisien, deux jours plus tard, il va plus loin : « Ces deux pays ne sont pas exclus. Ils sont même très très en haut dans la liste » dans la provenance des cas de Covid de France.

L’étude sur laquelle le quotidien économique s’est emballé est une publication en pré-print (sans comité de lecture) parue dans BioRxiv. Elle porte sur 97 cas seulement, à partir de prélèvements faits entre le 24 janvier et le 24 mars dans la partie nord-est de la France, donc sans la Haute-Savoie. L’équipe qui l’a réalisée est très prudente dans ses conclusions. Elle a publié ses résultats provisoires compte tenu de l’urgence. Le premier média à avoir repéré ces travaux a été le South China Morning Post. Ce quotidien chinois en a fait un compte rendu enthousiaste, ce qui se comprend. Lue avec un peu de chauvinisme, l’étude tendait à dédouaner la Chine, comme source de contamination. Repris par les agences, le papier allait tout à fait dans le sens de ce qu’un quotidien de cadres supérieurs souvent en déplacement avait envie d’écrire. À l’heure actuelle, le processus de diffusion du Covid n’est pas encore parfaitement décrit, mais plus personne ne doute sérieusement qu’il soit arrivé en France par la Chine et l’Italie.

Trissotin visionnaire

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Eric Piolle: « Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution: débitumiser, dégenrer, végaliser et potagiser ! » C’est infantile, gonflé de barbarismes, frotté de démagogie. Et l’on s’interroge sur le résultat que produirait un tel remède…


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944) fut un remarquable agitateur. Il vitupéra la beauté antique, la beauté classique, romantique, pathétique, ecclésiastique. Il exécrait les femmes alanguies, les hommes éperdus, les genoux à terre, les serments délétères, les fleurs dans les vases, les pleurs et l’extase, Venise en hiver, les doigts qui se croisent, la Victoire de Samothrace, les bras qui s’enlacent, le thé dans les tasses, les traces du passé.

Il aimait la vitesse, les formes aérodynamiques qui ont un coefficient élevé de pénétration dans l’air et sont bien propres à engrosser la vieille humanité assoupie dans des effluves de tisane. Ainsi assaillie par les objets oblongs de la science et de la technique, elle accoucherait d’un monde amnésique, étourdi de nouveauté.

Le danger de l’intelligence

Il voulait que la modernité passât sur notre univers comme un énorme nuage d’insectes ravageurs, qui nous libérerait du poids de la mémoire. Il désignait le passé comme l’ennemi principal de notre civilisation ; il lui substituait un avenir industriel, profilé comme la carrosserie d’une « automobile rugissante »[tooltips content= »Voici un choix de volontés qu’expriment le « Manifeste du futurisme », conçu et rédigé par Filippo Tommaso Marinetti. Attention, c’est viril !
1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.
2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace et la révolte.
3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing..
4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.
9. Nous voulons glorifier la guerre —seule hygiène du monde—, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.
10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.
« ](1)[/tooltips].

Il avait pour alliés l’outrage, le vocabulaire de l’insurrection intellectuelle, les perspectives affolantes d’un paysage mental inexploré. Il évoquait une avant-garde mêlée d’exploits et de stupeur.

Un frisson parcourait l’Europe. L’avenir était en acier ; il appartenait au jeune peuple de la vapeur et du moteur à explosion, à ses hommes nerveux et toujours affairés, ainsi qu’à ses « femmes atroces dans les quartiers énormes » [tooltips content= »Guillaume Apollinaire, 1909, poème extrait de Alcools. On peut tenir pour deux magnifiques pionniers « futuristes » Blaise Cendrars, d’abord, puis le grand Guillaume, en particulier dans ses poèmes graphiques. »](2)[/tooltips]. Dans ce décor renouvelé, surgirait peut-être une nouvelle énigme humaine : l’une de ses plus parfaites incarnations se nommerait Louise Brooks [tooltips content= »Pour Louise Brooks, voyez Roland Jaccard : ce diable d’homme a rencontré la grande Louise, qu’il vénérait. Nous sommes nombreux à la vénérer, il est le seul à l’avoir vue, approchée, interrogée ! Respect ! On lira, toute affaire cessante, Louise Brooks, portrait d’une flapper (PUF), délicieuse ballade sur la silhouette comme découpée de la Brooks, et Louise Brooks portrait d’une anti star, (Phébus), ouvrage de référence, objet du culte qu’on ne manie qu’avec dévotion, dirigé par Roland J. »](3)[/tooltips]…

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Les futuristes voyaient précisément une Beauté neuve dans les métropoles électrifiées et bruyantes. Après avoir « tué le clair de lune », ils considéreraient avec mépris les monuments effondrés.

Ce projet anti-naturel, baudelairien sous bien des aspects, était excitant et, pris au pied de la lettre… redoutable. Il fut à l’origine d’un remarquable mouvement artistique, réveilla en sursaut la peinture, inspira de passionnantes créations architecturales.

Et puis l’ordre fasciste vint, et sa tragédie… L’intelligence est parfois dangereuse. La bêtise, tout au moins son « application » contemporaine le conformisme, valent-ils mieux ?

M. Piolle a des idées !

Depuis quelque temps, à l’instar des avant-gardistes italiens, mais sur un mode dénué du moindre attrait, les élus EELV haussent le ton. Eux-aussi se disent « las du monde ancien » [tooltips content= »À la fin tu es las de ce monde ancien
Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin
Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine
Guillaume Apollinaire, Zone« ](4)[/tooltips] et appellent de leurs vœux ce qu’ils baptisent « le monde d’après », ce masque de la dernière bouffonnerie idéologique. Ce qu’ils suggèrent, avant de l’imposer, n’a malheureusement pas la séduction de la vitrine futuriste. Prenons l’une des plus récentes manifestations de leur égarement commun :

De M. Piolle, maire Europe-Écologie-les-Verts de Grenoble, bien élu d’ailleurs, on dit que ses espérances politiques, servies par un tempérament fort, ne se limiteraient pas à l’horizon, pourtant vaste, de la capitale du Dauphiné et des Alpes. Son ambition sera-t-elle portée par les militants de la chlorophyllie ? Nous ne sommes pas pressés de connaître la réponse.
Piolle a des projets, il les fait connaître. On sent que nul doute ne l’assaille. Il possède cette arrogance sans éclat, banale chez les membres de sa formation politique [tooltips content= »Ils étaient omniprésents et péremptoires : Mme Duflot a quitté la scène, le duo en chemise de pilou Bové-Cohn-Bendit ne se produit plus, Eva Joly a disparu, Mme Voynet a été nommée directrice de l’Agence régionale de santé de Mayotte. »](5)[/tooltips], augmentée d’une conviction quelque peu effrayante : M. Piolle et les siens avancent dans la vie du pas de ces gens assurés d’incarner le Vrai et le Bien. Ils pensent s’abriter du ridicule en puisant dans le vocabulaire extensible de ce qu’on pourrait appeler la noolangue, également chérie des macroniens et des néo-féministes.

Avec la langue

On observe une tentative, autrement plus élaborée et beaucoup mieux argumentée, de la part de Marinetti. Saisi par « l’obsession lyrique de la matière », et par l’irruption brutale du bruit industriel dans la vie de la cité, il veut appliquer à l’italien, à sa grammaire, à sa syntaxe, à sa ponctuation, à tout son système de communication, le même  principe de bouleversement radicale qui gouverne sa pensée sur l’apparence du monde et sa restitution par les artistes [tooltips content= »Article L’immaginazione senza fili e le parole in libertà. Manifesto futurista (L’imagination sans attaches et les mots en liberté, Manifeste futuriste) publié le 11 mai 1913. »](6)[/tooltips]. Sur ce sujet aussi, notre bouillant Marinetti laisse loin derrière lui nos amusants révoltés du « genre ». Autre grande différence avec la mouvance Verte : le souci esthétique, principal chez Filippo Tomasso, définitivement absent de toute réflexion des écologistes, qui n’ont qu’un rapport myope avec le paysage des villes et des campagnes.

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Destinée à détourner la signification des mots et des choses, la noolangue du bourgeois gentilhomme « postmoderne» est une manière de paravent linguistique : on devine vaguement qu’elle cherche à signifier quelque chose de simple, mais qu’elle s’y refuse au dernier moment, non par timidité mais par prétention. Elle impose le sens, elle en dispose à sa guise en attendant que son caprice s’en lasse et le délaisse. Ses saillies sont un moment de la représentation sociale, que s’octroie la nouvelle bourgeoisie dominante. Honteuse non d’elle-même mais de celle qui l’a précédée, considérant le passé comme un héritage « globalement pétainiste », elle affronte courageusement l’hydre réactionnaire. C’est ainsi que M. Piolle s’avance, précédé de son langage :

« Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution: débitumiser, dégenrer, végaliser et potagiser ! Et en plus nos enfants aident à faire les plans. Oui, on grandit aussi pendant la récré ».
C’est infantile, gonflé de barbarismes, frotté de démagogie. Et l’on s’interroge sur le résultat que produirait un tel remède : plus certainement un terrain vague où l’on s’embourberait qu’un « jardin extraordinaire » [tooltips content= »Trenet, l’autre grand Charles… »](7)[/tooltips] où s’égayeraient des écoliers convertis en jardiniers rêveurs…

Les chlorophylliens osent tout ! C’est même à cela qu’on les reconnaît !

Les femmes savantes

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Avec Emmanuel Macron, une économie sans solution

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Une analyse économique de Jean Messiha, Délégué National du Rassemblement National et Frédéric Amoudru, ancien cadre dirigeant d’une grande banque française


La crise sera grave. Très grave. Le président de la République l’a admis lui-même le 2 juillet devant la presse quotidienne régionale. Les dizaines de milliards déversés sur les entreprises et les ménages (chômage partiel, plans sectoriels, abandons ou reports de charges selon les cas) ne sont pas durables. Car ils ne sont pas tenables. Il va bien falloir que cela s’arrête un jour. Non seulement nos déficits atteignent déjà des niveaux invraisemblables, mais de nombreuses mesures de revalorisation sectorielles sont en cours – personnels soignants, enseignants – et on ne voit pas pourquoi d’autres catégories sociales s’estimant lésées ne viendraient pas bientôt se joindre au cortège.

Une rentrée apocalyptique?

Les entreprises l’ont bien compris. Constatant une reprise molle de la consommation et de l’investissement, des altérations pérennes de modèle économique induites par des changements de comportement des consommateurs, elles alignent plans sociaux sur plans sociaux. Le secteur de la distribution a été le premier à tirer (La Halle, Célio, Camaieu, Orchestra-Prémaman, etc.). Mais le transport (Air France), l’industrie (Airbus et Renault et toute leurs chaines de sous-traitance, de même que Nokia et tant d’autres) ne sont pas en reste. Une cascade, un Niagara d’emplois supprimés qui touchera des grands groupes mais aussi une myriade de TPE-PME qui meurent, elles, sans faire de bruits. Un désastre à venir. « Une rentrée apocalyptique » écrivait le 3 juillet Marc Landré patron du service économique du Figaro, quotidien qui n’est pas en opposition frontale à Jupiter.

L’histoire économique et sociale de ces dernières décennies a clairement montré que la concentration des richesses et du pouvoir aux mains d’une petite oligarchie mondialiste et mondialisée, servie par des classes politiques complices ou aveugles, pouvait largement nuire aux intérêts des nations et des peuples

Le nouveau gouvernement prépare un plan de relance, parait-il fortement axé sur la transition écologique, et devrait conditionner un modeste effort en faveur de l’industrie à une forte baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 pour un secteur qui en émet 22% du total. Le chômage explose, des millions de familles vont se retrouver dans une souffrance sociale inouïe, nos déficits atteignent des sommets himalayens ; mais sous la pression des « Verts », la priorité ce sont les gaz à effets de serre dont nous sommes à l’échelle européenne un assez modeste contributeur par tête d’habitant.

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La priorité est ailleurs. Nous avons un problème immédiat : celui de la fonte des fonds propres de nos entreprises, et en particulier de nos TPE-PME, due aux pertes considérables subies pendant la crise. Nous l’avons traité dans une tribune intitulée « Recapitalisons l’entreprise France », parue le 6 juin dans Causeur. La réponse du gouvernement à cette menace est parcellaire et incomplète, avec certes des plans sectoriels, mais aucune stratégie globale.

CICE: un bilan mitigé

Mais nous savons aussi que notre pays souffre d’un problème structurel non-résolu (outre sa lancinante trilogie malheureuse et coûteuse  « immigration, identité, insécurité ») : le manque de compétitivité de son économie, due en particulier à un coût du travail qui n’est pas grevé par le niveau – du reste modéré – des salaires, mais par des charges sociales très élevées dès que l’on dépasse le SMIC. SMIC qui n’est pas le salaire de référence dans l’industrie, secteur clé pour notre redressement global.

Les 20 milliards du CICE avaient été un effort substantiel pour réduire ce fardeau. Mais avec une erreur fondamentale : n’y attacher aucune conditionnalité en termes de créations d’emplois, en particulier sur les moyennes et grandes entreprises dont la « contribution » à la délocalisation et la désindustrialisation du pays a été forte. Le bilan s’en est trouvé plus que mitigé. Hausse des dividendes, hausse de salaires pour les plus qualifiés, investissements à l’étranger, renforcement des marges et de la trésorerie et certes, concédons-le, des recrutements ici ou là. Mais les experts ont eu le plus grand mal à trouver un lien entre ces milliards payés par la collectivité et la forte création nette d’emplois attendue. Et pour cause…

Ayant compris que les Français ne se feraient plus avoir avec des baisses de cotisations sociales sans contreparties solides, le patronat, MEDEF en tête, s’attaque désormais aux « impôts de production » qui représenteraient 72 milliards d’euros et constitueraient un grave désavantage concurrentiel par rapport à nos grands rivaux économiques dont l’Allemagne. De quoi parle-t-on ?

  • D’environ 4 milliards d’euros de Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés basée sur le chiffre d’affaires et pesant plutôt sur les moyennes et grandes boites que les petites qui financent les régimes d’assurance vieillesse des travailleurs non-salariés des professions artisanales, industrielles et commerciales (les « indépendants » pour faire simple) ;
  • D’environ 40 milliards de Cotisation Foncière des Entreprises (CFE), de Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE), de Taxe sur le Foncier Bâti et de taxes foncières diverses que doivent acquitter la plupart des entreprises qui constituent ensemble une des sources majeures de financement de nos collectivités locales ;
  • Une myriade de petites taxes pour 4,5 milliards d’euros ;
  • Et enfin 26 milliards d’euros de charges liées la masse salariale dont le « versement transport » pour plus de 7 milliards qui contribue à financer nos transports publics.

Il est indiscutable que les entreprises françaises sont, au titre de ces divers impôts, sensiblement plus taxées que leurs concurrentes européennes (ne parlons même pas de l’Asie) et que cette surcharge explique une bonne part de nos problèmes économiques, surtout depuis l’abandon du Franc, monnaie ajustable, pour l’euro, monnaie fixe.

Le mouvement national doit écouter et demander des comptes aux gros industriels

Le patronat réclame 30 milliards d’euros de baisse de ces fameux impôts de production, affirmant la main sur le cœur qu’avec ce nouvel effort de la nation, colossal vous en conviendrez, la France redeviendra compétitive et que nous pourrons enfin entrer dans un cycle vertueux de créations d’emplois, de croissance et, in fine, de nouvelles recettes fiscales pour la collectivité.

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Ce chiffre n’est pas une hérésie en soi. Mais ces 30 milliards, il faudra les trouver sous forme de baisse de dépenses publiques un peu partout, de hausses d’impôts sur les ménages (toujours les mêmes) ou en creusant la dette devenue la solution « magique ». Problème : aucune de ces sources de financement n’est, à juste titre, acceptable pour une majorité de Français. Au-delà de la problématique financière, il n’est plus tolérable pour l’opinion de s’engager comme avec le CICE dans un processus de « donnant-reçu » et non de « donnant-donnant ». Où partiraient ces milliards ? Nous n’en savons rien. Il y aura sans doute des entreprises vertueuses qui, avec ces économies, investiront et recruteront dans notre pays. Mais combien d’autres, souvent les plus grandes, engagées depuis des années dans une logique d’arbitrage des coûts salariaux et des avantages fiscaux en Europe et dans le monde, empocheront le « cadeau » et en feront ce qu’elles voudront ?

Le mouvement national doit entendre la demande du monde économique français pour un allègement du poids fiscal qui pèse sur lui et aisément justifiée par les comparaisons faites par les instituts statistiques les plus sérieux. Mais il doit aussi expliquer à ce patronat et tout particulièrement aux grandes entreprises, aux ETI ainsi qu’aux « grosses PME » (plus de 50 salariés) que le temps n’est plus à la naïve confiance dans la vertu des mécanismes de marché, dans la croyance aux théories du « ruissellement » et autres sornettes.

La main invisible, qui peut encore y croire?

Le temps de l’État stratège est revenu, avec ses moyens qui peuvent être considérables, mais aussi ses exigences. Car l’État œuvre pour le bien public.  Nous vivons encore dans la théorie, certes modernisée et rhabillée, de la « main invisible d’Adam Smith » pour qui l’intérêt général se confond avec les sommes des intérêts individuels. Or l’histoire économique et sociale de ces dernières décennies a clairement montré que la concentration des richesses et du pouvoir aux mains d’une petite oligarchie mondialiste et mondialisée, servie par des classes politiques complices ou aveugles, pouvait largement nuire aux intérêts des nations et des peuples. De sorte que la stratégie de redressement de la France doit être pilotée et l’argent public consacré à cette grande mission doit être fléché vers ce qui sert le plus au pays : l’emploi. Pas d’emplois nets créés par l’entreprise, pas d’aides publiques. C’est clair, net et précis. Et c’est à prendre ou à laisser !

On nous répondra « complexité, bureaucratie, contraintes, lourdeur, ingérence, etc. ». L’éternelle antienne du laisser-faire, laisser-passer des libéraux, rajeunie dans un « donnez-nous l’argent, on saura quoi en faire ! ». L’hypothèse libérale de base d’un antagonisme viscéral entre le public et le privé doit être battue en brèche. La vérité est qu’il y aura bien assez d’entreprises et de patrons pour comprendre l’enjeu enthousiasmant de ce nouveau pacte productif et social et créer une dynamique vertueuse et autoentretenue.

Les élections cruciales de 2022 seront l’occasion pour les Français de faire un choix entre deux modèles. L’un toujours mondialiste, euro-fédéraliste, libre-échangiste, immigrationniste et insouciant aux immenses déséquilibres financiers du pays. L’autre tenant de l’échange juste et équilibré, favorable au retour de souverainetés nationales trop facilement abandonnées à la souveraineté européenne, rempart contre certaines immigrations au bilan très contestable et attaché au retour de nos équilibres financiers gages de l’indépendance de la France.

Sainte-Sophie transformée en mosquée: derrière la consternation…

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L’Occident se désole de voir l’ancienne basilique transformée en mosquée par Erdogan. En s’emparant de Constantinople en 1453, Mehmed II avait déjà fait recouvrir l’image du Christ qui ornait la coupole par une calligraphie arabe, et caché les visages des anges qui la soutiennent.


Après une procédure judiciaire dont nul n’ignorait que son résultat était joué d’avance, il n’aura donc fallu qu’un simple décret au président Erdogan pour redonner à Sainte-Sophie le statut qu’elle avait avant 1934, à savoir celui d’une mosquée.

La décision du sultan est cohérente

Ce geste pourrait sembler normal à un observateur détaché de considération symboliques : la société turque est actuellement musulmane dans une proportion très largement majoritaire, et elle s’est engagée depuis une vingtaine d’années dans une politique de ré-islamisation qui la conduit à remettre en cause peu à peu tout l’héritage laïc issu de l’époque kémaliste. D’un point de vue strictement utilitariste, il est donc totalement cohérent que le pouvoir affecte à la religion professée par sa population un édifice religieux aussi vaste.

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Mais le fait est que ni le geste d’Erdogan, ni sa réception en Occident, ne se cantonnent au registre strictement utilitaire. Car faire de Sainte-Sophie une mosquée n’est pas simplement changer l’affectation d’un musée : c’est poser un acte symbolique dont la portée conflictuelle ne peut être ignorée.

Une décision qui s’inscrit dans une Histoire longue

La basilique fut en effet construite au VIe siècle au cœur de Constantinople, précisément à l’époque où Justinien s’employait à reconquérir les terres de l’ancien empire d’occident en assumant la prétention à la domination universelle qui lui venait de Rome, bien qu’elle fût désormais placée sous le signe de la foi chrétienne. L’architecture même de la basilique fut donc conçue pour refléter cette ambition : elle fut dotée d’une gigantesque coupole, figure du cosmos, dominée par  l’image triomphante d’un « Christ pantokrator ». Pendant plus de neuf cents ans Sainte-Sophie fut ainsi le « saint des saints » de l’empire byzantin, le lieu du couronnement de ses souverains et le siège de ses Patriarches. Jusqu’à ce que le conquérant turc Mehmed II finisse par prendre la ville en 1453 pour en faire aussitôt sa capitale, transformant au passage la basilique en mosquée. Car les Ottomans reprirent à leur tour la prétention impériale de la seconde Rome, cette fois-ci sous le drapeau vert de l’islam : ils poursuivirent en son nom une vigoureuse politique d’expansion qui fit de la Sublime Porte le centre d’un empire étendu sur trois continents, de l’Afrique du Nord à la Mésopotamie et de la Hongrie au Yémen. A l’heure où la Turquie intervient politiquement face à l’Union Européenne, et militairement à la fois en Syrie et en Libye le symbole est donc on ne peut plus clair : l’empire est de retour, à la fois dans sa dimension politique (influence directe dans l’ancienne aire ottomane) et religieuse (promotion de l’islam face christianisme).

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Tous les partisans d’une entente paisible entre les religions ne peuvent que le déplorer, et ceux qui pensent que le « choc des civilisations » est un concept exclusivement occidental feraient bien d’y réfléchir…

Derrière les calligraphies

Une chose cependant semble échapper au président Erdogan, comme elle échappera certainement à la majorité des fidèles qui, le 24 juillet prochain, se presseront certainement pour la première prière musulmane célébrée dans la basilique depuis 1934 : le changement d’affectation d’un bâtiment, quel qu’il soit, ne sera jamais capable d’effacer sa destination première, pour laquelle il fut à la fois pensé et construit.

Lorsqu’on déambule à Cordoue sous les arcades rouges et blanches de la cathédrale, on ne peut ignorer que l’on est au sein d’un édifice conçu pour être une mosquée, dont le mihrab indiquera pour toujours la qibla. Et sous les calligraphies ottomanes, au sommet de la coupole de Sainte-Sophie, c’est à jamais l’image du Christ en gloire qui trônera sur l’univers…

Les Verts entendent «dégenrer» les cours d’écoles

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Les cours de récréation sont accusées par les élus EELV d’être conçues pour favoriser les activités des garçons, au détriment des filles. Avec leur sens des priorités bien connu, les mairies vertes entendent y remédier.


Alors que les dernières élections municipales ont montré à quel point notre démocratie était malade et à quel point le président qui devait la renouveler était rejeté, les commentateurs ont essayé de faire croire à un phénomène politique émergent : l’existence d’une vague verte, alors que les chiffres montrent à peine un clapotis. Du coup, puisqu’en politique, ce qui est cru peut fort opportunément occulter ce qui est réel, Europe-Ecologie-Les-Verts entend bien occuper le terrain qui lui est ainsi cédé et mettre en avant ses solutions pour l’avenir. Histoire de prendre date, comme on dit. Le parti veut donc mettre en avant ses expériences innovantes.

L’aménagement urbain comme moyen de rétablir l’égalité femmes/hommes apparait pour ce qu’il est: une escroquerie intellectuelle

La dernière en date : les cours d’école « dégenrées ». Selon Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble : « Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution : débitumiser, dégenrer, végétaliser et potagiser! ». On ne sait pas trop si cela signifie que les femmes appartenant plutôt à la nature et les hommes à la culture – selon d’anciennes distinctions genrées – créer un potager au centre de la cour devrait les amener à réoccuper l’espace le plus visible. Et puis le potager, c’est l’étape avant la cuisine. Cela permet aux filles de s’adapter en douceur à leur futur biotope. À moins que la fille relevant de l’espace domestique, elle ne puisse trouver son bonheur qu’en faisant de la décoration végétale d’extérieur. En tout cas il est manifestement impensable qu’elle puisse aimer les jeux de ballon.

La stupidité le dispute à l’inefficacité

Autre problème, d’après la lecture « genrée » de la cour d’école, les garçons en occuperaient le centre et les filles, la périphérie. Or cette vision qui voit ceux qui sont en périphérie comme écarté du pouvoir ne serait-elle pas affreusement masculino-genrée ? la position de l’observateur est souvent décentrée, décalée pour être plus pertinente et recueillir le maximum d’informations. Le pouvoir ne s’exhibe pas toujours, et se décentrer peut être plein d’avantages. Mais surtout cette vision est marquée par un manque de nuance et de finesse qui amène à des positions politiques dont la stupidité le dispute à l’inefficacité. Il suffit de lire la présentation de cette question dans un organisme de formation pour élus à visée progressiste, monmandatlocal.fr. Au moins la présentation assume-t-elle sans complexe généralisation hâtive et simplification abusive : « La ville est faite par les hommes, ce qui a pour conséquence d’en faire un espace dédié aux pratiques masculines. Cela n’est pas surprenant dès lors que l’on considère que l’urbanisme reflète notre société et consiste en fait en la prescription inconsciente des rôles genrés. »

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Or pour qui est femme, le problème n’est pas tant l’urbanisme que l’éducation des hommes et leur environnement mental. Selon que ceux-ci ont été élevés et ont grandi dans un milieu pour qui l’égalité en dignité humaine et en droit des êtres humains est la base, ou selon qu’ils se sont construits en estimant qu’un sexe doit dominer l’autre, les réalités que les femmes auront à affronter seront différentes. Refuser l’égalité aux femmes, c’est en faire d’éternelles mineures, à jamais propriété de leurs pères, frères ou époux. C’est cette infériorité qui explique que dans certains quartiers seuls les hommes occupent l’espace public. Etant vouées à l’intime, les femmes n’ont rien à faire dehors. En revanche ce constat ne se vérifie pas partout, il suffit de se promener au cœur de Paris. Face à cette réalité, l’aménagement urbain comme moyen de rétablir l’égalité femmes/hommes apparait pour ce qu’il est : une escroquerie intellectuelle qui permet aux politiques de se laver les mains des droits des femmes tout en revendiquant un investissement féministe. Ils élèvent la tartufferie au rang d’art.

À Paris, les mêmes voulaient élargir les trottoirs

C’est ainsi que la recommandation de certaines féministes françaises, confrontées au harcèlement de rue que subissaient les femmes aux alentours de la Porte de la Chapelle – harcèlement lié à la présence de migrants et d’hommes éduqués dans un milieu où la femme n’est pas l’égale de l’homme mais sa servante ou sa proie – fut de proposer que l’on élargisse les trottoirs… Or le problème venait de mentalités archaïques, inadaptées à nos libertés civiles et réactivées par la montée d’un islam politique qui a fait du refus de l’égalité de la femme, le cheval de Troie de son attaque contre la démocratie et la laïcité. On voit donc que pour défendre l’égalité femme/homme, il ne suffit pas d’arracher le bitume des cours d’école. La dégradation de la condition de la femme dans certains territoires est d’abord liée à la réalité de sa condition d’inférieure dans la plupart des pays d’Afrique ou du Maghreb et est encore accentuée par l’emprise croissante d’une idéologie politico-religieuse qui la considère comme impure, fait du refus de l’égalité une prescription divine et lui demande d’exhiber son acceptation de sa condition inférieure par le port du voile.

Or ces exigences qui pèsent sur certaines catégories de femmes ne cessent de se renforcer. C’est cela qui devrait poser question aux politiques. Mais justement, sur ce dossier faire preuve de courage est coûteux, surtout en matière de clientélisme.

De la poudre aux yeux

Voilà pourquoi Eric Piolle « dégenre » à tout va à coups de pelleteuse, mais confronté à une offensive liée à l’islam politique et s’attaquant directement à l’égalité entre les hommes et les femmes dans sa ville, il s’est révélé parfaitement veule. En effet, Grenoble a été la cible de ces activistes d’Alliance citoyenne qui, de d’Aubervilliers à Lyon, essaient d’imposer le port du voile partout et jusque dans les bassins. Leur combat visant à installer par la force et le refus du règlement le burkini dans les piscines publiques a été très médiatisé et, là, le maire n’a rien eu à dire sur le sexisme revendiqué par ce signe qui fait de la femme un être sale et inférieur.

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Tout comme les écologistes politiques trichent en faisant du nucléaire, le mal absolu alors que les trajectoires identifiées par le GIEC pour lutter contre le réchauffement climatique s’appuient sur une part de nucléaire dans la stratégie énergétique, l’écologie politique se fourvoie en croyant qu’elle fera progresser la cause des femmes en réaménageant les espaces urbains et en faisant la promotion de l’écriture inclusive. Le pire c’est qu’elle le sait parfaitement et c’est justement parce qu’elle a renoncé à mener la lutte pour l’égalité qu’elle s’achète une conscience en tenant un discours sur le genre. Et si pour EELV la volonté de « dégenrer », loin d’être une étape dans la lutte pour l’égalité, n’en symbolisait que l’hypocrite abandon ?

Silence coupable

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Roselyne Bachelot peut toujours se souvenir d’André Malraux les larmes aux yeux…

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Pas de culture française! Pas de drapeau français! Pas de soldat inconnu! Pas de réel défilé!


« Me retrouver hier dans le bureau d’André Malraux, les larmes me sont montées aux yeux. Parce que, figurez-vous que quand j’étais petite fille, avant que le Général de Gaulle revienne au pouvoir – je revois – André Malraux venait chez mes parents et il y avait une grande salle à manger et je me cachais sous la table de la salle à manger. J’étais la petite fille de la Vème République, comme j’ai intitulé un de mes livres, et j’écoutais tous ces gens extraordinaires, tous les compagnons de Résistance de mon père et j’ai écouté, petite fille, André Malraux discutant avec mon père. Tout ça, ça remontait en grandes bouffées. C’était assez… c’était d’une émotion puissante. » Ainsi s’exprimait Roselyne Bachelot, devant un journaliste du Parisien, au lendemain de sa nomination à la tête du ministère de la culture. Puissent lui remonter, au milieu de ses « grandes bouffées » de souvenirs, quelques déclarations d’André Malraux relatives à la France, à l’Europe, à l’art et à la politique :

– « Nous savons désormais qu’on ne sera pas d’autant plus homme qu’on sera moins français. » Roselyne Bachelot saura-t-elle pousser le gouvernement à rompre avec l’universalisme droit-de-l’hommiste qui ne cesse de diffamer l’identité française ?

– « Pour le meilleur comme pour le pire, nous sommes liés à la patrie. Et nous ne ferons pas l’Europe sans elle. » Saura-t-elle pousser ses amis à rompre avec une Europe qui ne fait que creuser la tombe de notre civilisation en enterrant les nations ?

– « Comme l’amour, l’art a ses impuissants et ses imposteurs. » Saura-t-elle rompre avec ces impuissants et ces imposteurs qui attendent de l’argent public qu’il transforme leurs citrouilles en carrosses ?

– « On ne fait pas de la politique avec de la morale, on n’en fait pas sans non plus. » Saura-t-elle se souvenir des deux termes de ce dilemme et ne pas se réfugier sous la table du conseil des ministres lorsque toute morale aura disparu de la vie politique.

On ne succède pas en même temps à Malraux et à Jack Lang

Aura-t-elle une force d’âme suffisante pour succéder à André Malraux et non pas à ce « cher » Franck Riester qui n’aura été qu’un énième successeur de Jack Lang ? Pour cela, il faudrait que, au-delà de la conscience de la situation matérielle dans laquelle se trouvent les Français, la ministre prenne de toute urgence la mesure de la situation spirituelle dégradée dans laquelle se trouve le pays depuis des années.

Quelle est cette situation ?

Pas de réel défilé militaire ce 14 juillet. Ainsi en a décidé le Président de la République. Mais l’Arc de Triomphe, d’où partaient nos armées pour descendre l’avenue des Champs-Elysées, sera bel et bien empaqueté à l’automne 2021 par Christo. Il vient de mourir ? Qu’à cela ne tienne ! Le projet est maintenu. L’Elysée l’a confirmé. A la différence du Pont-Neuf empaqueté en 1985, l’Arc de Triomphe n’est pas neutre. C’est un lieu emblématique, un lieu sacré de la Nation où repose un soldat français mort pour la Patrie et sous lequel se déroule quotidiennement le ravivage de la flamme du souvenir.

Se réinventer avec Christo pour mieux ensevelir l’idée de nation

Le Président Emmanuel Macron souhaiterait-il impressionner les Français par une réalisation spectaculaire et ainsi les amener, à la veille de l’élection présidentielle, à admettre que ce n’était pas sans raison qu’il avait déclaré à Lyon en février 2017 qu’il n’y avait pas de culture française ? Car Christo n’était pas français, il avait quitté la Bulgarie pour la France en 1958 et s’était installé en 1964 à New York où il avait pris la nationalité américaine.

Dimanche à Port-en-Bessin, Georges Seurat, 1888
Dimanche à Port-en-Bessin, Georges Seurat, 1888
La Fête nationale au Havre", Albert Marquet, 1906
La Fête nationale au Havre, Albert Marquet, 1906

« Moi, l’art français, je ne l’ai jamais vu », avait répété le candidat Macron quinze jours plus tard à Londres. Chaque Français pourra donc se « réinventer » avec le Président et ce d’autant plus aisément qu’il n’y a aucun art français dans cet empaquetage. Il n’y a même aucun art. Tout juste une manie de lilliputien rêvant de déménager les appartements de Gulliver.

En pleine crise des gilets jaunes, le pouvoir inaugurait au pied du grand escalier de l’Opéra Garnier deux pneus de tracteurs dorés à la feuille d’or. Devant cette réalisation d’un artiste dont la vulgarité est sans doute, aux yeux de ses promoteurs, la preuve qu’il n’y a pas de culture française, que fit l’opposition ? Comme à son habitude, elle se réfugia sous la table, craignant plus que tout d’être ringardisée par les médias.

A peine le pays sortait-il de la crise du coronavirus que l’on vit le pouvoir s’apprêter à mettre un genou à terre devant les manifestants anti-blancs, désavouer nos policiers, se mettre à douter devant des racialistes qui appelaient à déboulonner la statue de Colbert, et finalement livrer la place Charles-de-Gaulle et son Arc de Triomphe aux équipes de Christo. En octobre 2021, celles-ci « déboulonneront », à leur manière, l’effigie du soldat inconnu qui a sûrement à se faire pardonner d’avoir donné sa vie pour son pays.

L’idéologie diversitaire contre la France

Depuis une trentaine d’années, certains responsables politiques, certains ministres et pas des moindres, un président de chambre haute également, eurent entre les mains un projet d’exposition conçu au départ pour le bicentenaire de la Révolution française.

Intitulé Bleu, blanc, rouge, les couleurs de la France dans la peinture française, ce projet était aux antipodes du défilé que le publicitaire Jean-Paul Goude imagina à la demande du Président François Mitterrand pour célébrer, à rebours de toute idée de patrie et de nation, l’idéologie diversitaire. Avec près de cent-cinquante peintures, ce projet d’exposition se proposait de faire prendre conscience aux Français, notamment aux plus jeunes, du caractère singulier de leur drapeau : si celui-ci était l’emblème d’une révolution politique, il était aussi celui d’une révolution esthétique. Encore eût-il fallu que nos élus, à genoux devant Bruxelles, n’aient pas secrètement rayé de notre Constitution le second alinéa de son article 2 : « L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge ».

L’emblème d’une peinture révolutionnaire née en France

L’insistance avec laquelle nos plus grands peintres de Manet à Picasso se plurent à le faire figurer dans leurs œuvres et à en faire parfois le sujet essentiel de leurs tableaux ne laisse pas d’étonner. Accompagnant le développement de la peinture moderne, il s’est en effet prêté à tous les styles, comme si – au-delà du symbole de la révolution française – il entendait également devenir, avec les impressionnistes, les fauves et les cubistes, le symbole de la grande révolution de la peinture moderne. Aucun autre drapeau n’eut cet honneur.

Il existe à cela des raisons historiques. La rencontre entre la nouvelle génération de peintres en rupture avec l’art officiel de leur temps et les généreux pavoisements de la Troisième République en est une. Le sentiment patriotique, exacerbé par la défaite devant la Prusse en 1871 et la conscience d’appartenir à une nation en charge des progrès du genre humain jouèrent sans doute également leur rôle. La raison essentielle est cependant ailleurs : avec ses deux couleurs primaires de part et d’autre du blanc, notre drapeau se prêtait magnifiquement à cette aventure picturale qui consistait à soumettre davantage le sujet représenté à la palette du peintre.

Le rejet d’un art officiel

S’il est possible de lire dans La rue Montorgueil de Monet ou dans La rue Mosnier de Manet une adhésion aux valeurs de la République, nous sommes loin, avec ces deux œuvres, de cette Liberté guidant le peuple par laquelle Delacroix voulut faire connaître son approbation des trois journées de juillet 1830. Malgré l’admiration que lui portaient les jeunes générations et un rejet commun de l’académisme, Delacroix s’inscrivait dans la continuité du grand art de la Renaissance. Il en était en quelque sorte le dernier soubresaut.

La rue Montorgueil, Monet 1878
La rue Montorgueil, Monet 1878
La Rue Mosnier aux drapeaux, Manet 1878
La Rue Mosnier aux drapeaux, Manet 1878

Pour Monet et ses amis, la distance avec le réel en dehors de laquelle il n’y a pas de création n’était ni celle des grands arts religieux depuis Sumer, ni celle, moins évidente, du rêve somptueux qui enivra l’Italie de Florence à Venise. Cette distance avec le réel était celle d’une peinture qui se voulait autonome, toute entière tendue vers ce que Georges Braque appellera le « fait pictural ». D’où la querelle, l’une des plus importantes de l’histoire de l’art, entre les Indépendants et les Officiels dont la virtuosité « photographique » au service de l’histoire et de la mythologie arracha ces mots à Cézanne : « Horriblement ressemblant ! ».

Vincent Van Gogh, 1886
Vincent Van Gogh, 1886

Si la révolution de 1789 fut une récusation de l’absolutisme royal et des privilèges, la révolution de la couleur et de la forme fut, avec les impressionnistes, les fauves puis les cubistes, une récusation de l’art officiel du XIXème siècle dont le contresens sur la nature de la création bénéficiait du soutien aveugle des institutions.

Il suffit de réunir une centaine d’œuvres où figure notre drapeau pour que celui-ci nous apparaisse comme appelé à abriter et symboliser le génie de la peinture moderne. Les Indépendants ne s’y sont pas trompés qui, saisissant l’opportunité que leur offraient nos fêtes du 14 juillet, nos rues pavoisées ou nos bords de mer, sont allés jusqu’à en faire l’un de leurs sujets de prédilection.

La France à l’origine d’une renaissance mondiale des arts ignorés

Ce n’est pas un hasard si cette révolution qui eut lieu en France et inaugura le règne de la liberté de l’artiste, fut à l’origine de la résurrection, sur tous les continents, des formes les moins idéalisées, les moins soumises au réel. Aussi notre drapeau, qui a fait le tour du monde avec nos plus grands peintres, loin d’être celui d’un pays replié sur lui-même, est-il celui d’un pays qui peut s’enorgueillir d’avoir ouvert la voie, pour la terre entière, à une fabuleuse renaissance d’œuvres longtemps considérées comme maladroites du fait du préjugé de l’art comme « imitation de la nature ».

L'Atelier à Marseille, Albert Marquet 1916
L’Atelier à Marseille, Albert Marquet 1916

Si, quittant les sentiers battus de la puérilité et de ce que l’on pourrait appeler le « contresens culturel par lâcheté », nos gouvernants avaient le souci de renforcer l’unité du pays par de grandes manifestations ne s’adressant ni à des individus ni à des consommateurs mais à des citoyens français fiers de ce que leur pays a apporté au monde, si la nouvelle ministre en charge des affaires culturelles avait l’ambition de renouer avec une certaine idée de la culture française et l’imagination de la partager avec un public le plus large possible, alors nous pourrions peut-être commencer de dire que la France est de retour.

André Mare, L’Armistice 1918, carnet de guerre
André Mare, L’Armistice 1918, carnet de guerre

 

Les couleurs de la France

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Richard Millet: hideux silence

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Richard Millet continue de publier mais demeure ostracisé


Deux livres de Richard Millet ont paru ces derniers mois, lesquels furent accompagnés d’un silence médiatique, qui bien qu’habituel depuis qu’est survenue sa mise au ban de la république des lettres, il y a bientôt huit ans, n’en est pas moins révoltant. Comment se peut-il que dans ce qui fût jadis la nation littéraire par excellence, un auteur traduit dans de multiples langues, plusieurs fois primé, auquel ont été consacrés thèses doctorales et numéros de revues littéraires, soit à ce point ignoré, désormais ?

Quel forfait a-t-il bien pu commettre pour mériter cela ?

Il serait probablement inutile de revenir une énième fois sur l’affaire dite Richard Millet, au sujet de laquelle tout ou presque a été dit, notamment par le remarquable livre de Muriel de Rengervé.

Cette affaire a moins tenu à une sincère critique, laquelle a peu ou prou disparu, qu’à une volonté de mise à mort d’un concurrent sulfureux, qui avait eu par ailleurs, le malheur d’ajouter à son talent d’écrivain, les succès d’édition.

La vertu satisfaite

Il est certain que la plupart des pétitionnaires qui exigèrent son licenciement, c’est-à-dire sa mort sociale, n’ont pas même pris le temps de lire L’éloge littéraire d’Anders Breivik, soutenant fallacieusement qu’il y était fait littéralement l’éloge d’un monstrueux assassin, de même que d’autres continuent d’affirmer que Millet se serait autoproclamé, être le dernier écrivain.

Cette paresse, toute contemporaine, ne serait blâmable, si elle ne s’était transformée en lynchage. Quelle satisfaction ont-ils pu trouver à obtenir la tête d’un homme et a fortiori l’un des leurs ? Comment des écrivains ont-ils pu vouloir faire taire un autre écrivain ? Cela, je ne me l’expliquerai jamais.

A lire aussi: Annie Ernaux atteinte par un terrible virus…

« Je n’ai jamais hué personne » a écrit Bernard Delvaille, cité à cette époque par Michel Crépu, alors Directeur de La Revue des Deux Mondes, dans Libération.

Pour ma part, je crois n’avoir jamais hué personne et j’espère ne jamais jeter la première pierre. Ce commandement, Annie Ernaux ou Tahar Ben Jelloun pour ne citer qu’eux, l’ont oublié et devraient aujourd’hui, se retournant sur leurs méfaits, être pris par la honte, si cette inquisition n’avait pas été mue sans doute par une sorte de satisfaction intérieure que donne la vertu.

C’est une chose assez hideuse que le succès

Richard Millet est, je le crois, un très grand écrivain, un missionnaire de la syntaxe, qui dans une quête quasi sacrée, s’attache à ne pas abandonner la langue française, laquelle survit ainsi encore dans ses livres.

Qui n’a pas lu Ma vie parmi les ombres, La Voix d’alto, Le goût des femmes laides ou La nouvelle Dolorès est passé à côté d’immanquables de la littérature contemporaine.

Le sentiment de la langue, L’enfer du roman, L’être-bœuf ou Israël depuis Beaufort valent aussi que l’on s’y arrête, ses romans n’étant pas, comme certains l’aimeraient, dissociables au sein de son œuvre.

Millet est un bloc. Un bloc certes, mais d’un granit qui présente désormais quelques fissures, usé qu’il est, tant par le temps et les épreuves, que par l’injustice dont il est victime.

A lire ensuite: Écrivains, ne donnez pas vos papiers!

Sans doute a-t-il fini par considérer que « c’est une chose assez hideuse que le succès » comme l’écrivait Victor Hugo. C’est là, la conviction d’un solitaire qui a, peut-être sans se le dire, cherché la déréliction, mais aussi ce par quoi se rassure celui qui a été voué aux gémonies.

Personne ne peut croire, en tout cas raisonnablement, qu’il puisse jouir ni de cette position sacrificielle, ni de cet ostracisme dont il est frappé. S’il y a quelque chose d’hideux dans le succès, il y a quelque chose qui ne l’est pas moins dans les chasses à l’homme et les purges. Il y a quelque chose d’hideux dans le silence qui l’entoure.

L'Affaire Richard Millet: CRITIQUE DE LA BIEN-PENSANCE

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Français langue morte

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La prison honteuse

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Déplacement d'Eric Dupont-Moretti, Ministre de la Justice, dans un centre éducatif fermé à Epinay sur Seine, juillet 2020 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00972346_000006

La question carcérale est toujours évacuée par nos gouvernements, à cause d’une impasse idéologique


Par une décision en date du 8 juillet 2020, la Cour de Cassation tire les conséquences de la condamnation prononcée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre la France le 30 janvier 2020. La France s’était vue condamnée pour les conditions indignes de détention dans plusieurs centres pénitentiaires et maisons d’arrêt.

Cette décision rend donc immédiatement effective la possibilité pour tout juge national d’appliquer la décision européenne, en libérant tout prisonnier qui serait considéré comme subissant des conditions de détention indignes.

D’après l’Observatoire International des Prisons, au 30 janvier 2020, 39 établissements pénitentiaires français étaient considérés comme exposant les personnes détenues à des traitements inhumains ou dégradants par la justice française et/ou par la Cour européenne des Droits de l’Homme. Ces traitements dégradants ou inhumains tiennent essentiellement à une surpopulation carcérale qui a pu monter jusqu’à 140% avec parfois 3 ou 4 détenus dans neuf mètres carrés et des matelas à même le sol…

A lire aussi, Docteur Maurice Berger: Remettre la honte à sa juste place

Si les conditions exceptionnelles liées à la crise du Covid ont entraîné une chute importante du nombre de détenus (environ 13 000 en moins début mai sur un total de 72500 le 16 mars), il reste que la décision de la Cour de Cassation constitue une rupture tout à fait spectaculaire dans le laisser-aller qui semblait devoir s’éterniser sur ce problème.

La France obligée de se pencher sur son problème

Certes, la possibilité de libérer immédiatement un prisonnier sur cette base peut susciter des craintes. Malgré tout on ne peut que s’en féliciter. D’abord parce que tout condamné a le droit d’être traité humainement, c’est l’honneur de notre civilisation. Ensuite, parce que cette décision éclaire de façon crue la grande lâcheté de nos gouvernants.

Si la France a des prisons indignes, cela peut s’expliquer d’un point de vue idéologique : la France a honte de ses prisons. Non parce qu’elles imposent des conditions dégradantes aux détenus. Après tout, c’est un problème tout à fait soluble si l’on s’en donne les moyens. Non, ce dont elle a honte, c’est de l’existence même de ces prisons.

A lire aussi, grand entretien: Linda Kebbab: «les policiers sont les fonctionnaires les plus sanctionnés de France!»

Depuis des décennies, depuis la mainmise de la gauche bien pensante sur les esprits, on pense chez nous que la prison ne sert à rien, voire qu’elle est injuste, parce qu’elle punit des gens qui sont victimes de leur situation sociale, de leur milieu, de leur origine… Victor Hugo l’a dit : ouvrez des écoles vous fermerez des prisons… La prison, un peu comme la police, c’est mal ! Et si l’on n’a pas encore réussi à s’en défaire, comme on a pu le faire de la peine de mort, c’est à contre cœur qu’on y enferme encore les condamnés.

La prison, c’est tabou, on en viendra tous à bout

Et c’est bien la raison qui explique leur délabrement et leur surpopulation. Un président ou un garde des Sceaux ne peuvent proclamer vouloir créer de nombreuses et vastes prisons, ne serait-ce que pour qu’elles soient plus vivables, ce qui somme toute serait un prétexte acceptable pour nos belles âmes, ils auraient bien trop peur de passer pour des fachos, des répressifs. Quant à le faire pour accueillir en plus grand nombre tous ceux qui méritent d’y faire un séjour, ça n’est même pas envisageable pour un politique qui tient tant soit peu à conserver l’estime de l’intelligentsia humaniste. Alors on dit, oui on va construire des places, et puis on se dépêche de ne plus en parler et de ne rien faire. Nous sommes un pays très fort dans l’art de glisser ces problèmes sous le tapis.

La prison c’est tabou, on ne doit pas en parler trop, ne pas lui attribuer trop de budget, ne pas valoriser le travail extrêmement difficile de son personnel. C’est pourquoi depuis des décennies elles posent problème et que pourtant jamais rien ne se passe. Il existe une justification toute trouvée, répétée ad nauseam pour que la France n’alloue pas de vaste budget à la construction de places supplémentaires : la prison fabriquerait des récidivistes. CQFD.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Belloubet: circulaire, y’a rien à voir

Nous sommes un pays très spécial : nous mettons des radars sur les routes mais nous prévenons de leur présence, nous prenons des mesures d’expulsion mais nous subventionnons des associations qui organisent défense, appel et contre appels, voire qui mobilisent l’opinion si l’on ose reconduire un clandestin à la frontière de façon un peu trop visible. Nous déplorons le niveau très faible des collèges et lycées dans les quartiers « défavorisés », mais chacun sait que le problème vient de la chienlit qui règne dans de nombreuses classes et à laquelle personne n’ose s’attaquer réellement.

Récidivistes de la couardise

Dans notre pays très spécial, il existe même un « défenseur des droits », noble et utile mission certes, mais dont on peut se demander s’il est bien dans son rôle en expliquant, comme il vient de le faire, les bonnes méthodes (on pourrait presque dire les bonnes manières) pour l’exercice du maintien de l’ordre et l’usage de la force publique.

A lire aussi, Marie Pinsard: Antiracisme : Jacques a tout bon !

Justice, police, éducation devraient inspirer le respect, et la crainte si nécessaire. Cela suppose un exécutif fort qui ose assumer ces missions régaliennes.

Depuis longtemps, nos gouvernants sont d’une grande lâcheté : ils ont peur des voyous comme des intellectuels de gauche, des bien-pensants, des banlieues, de la rue et du spectre de la guerre civile.

Observant constamment l’opinion, les réseaux sociaux et les journaux qui déversent tous la même eau tiède, ils naviguent à vue, au jour le jour, évitant soigneusement tous les écueils que leur imagination entrevoit. Ce faisant ils ne font qu’attiser encore plus ce feu qu’ils voudraient éviter.

Remettre la honte à sa juste place

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A Paris, place de la Concorde, le 6 juin pendant la manifestation contre le racisme et les violences policières interdite par la préfecture. ©SA HARSIN/SIPA/00966017_000005

A propos des manifestations contre le supposé racisme des Français qui ont suivi l’affaire George Floyd aux Etats-Unis, le pédopsychiatre Maurice Berger[tooltips content= »Auteur du best-seller Sur la violence gratuite en France: Adolescents hyper-violents, témoignages et analyse, l’Artilleur »](1)[/tooltips] appelle à remettre la honte à sa juste place.


Depuis plusieurs mois, le thème de la honte tourne dans les médias à propos des événements concernant le supposé racisme de notre société. Yannick Noah regrette le silence des sportifs blancs après la mort de George Floyd. Les policiers devraient avoir honte, et de manière générale les Français, les blancs.

A l’inverse de la phrase d’Andy Warhol, « tout le monde aura son quart d’heure de célébrité », tout le monde-blanc doit avoir son quart d’heure de honte. Honte aux policiers, honte à notre société raciste, honte à la France. Les « quartiers » et diverses organisations militantes s’engouffrent dans cette culpabilité que nous devrions éprouver collectivement.

Mais les choses ne sont pas si univoques. Je n’ai pas honte de ne pas avoir honte, voilà pourquoi.

Cultures de la honte et cultures de l’honneur

Nous sommes en train de passer à côté d’un processus essentiel en jeu actuellement, l’articulation, désastreuse entre les sociétés de la honte et de l’honneur (« shame culture ») et les civilisations de la culpabilité (« guilt culture »), distinction établie par Dodds, un ethnologue. La honte est définie par lui comme un fait social extériorisé (perdre la face) et la culpabilité comme un sentiment intériorisé, différence fondamentale pour ce qui suit.

Disponible chez votre marchand de journaux: Causeur: justice pour la police!

Les membres des sociétés de la honte ne se sentent pas honteux « par essence », mais l’honneur est pour eux une valeur dominante qui ne concerne pas que soi, mais aussi le groupe familial, culturel auquel on appartient. Reconnaître une faute devant les personnes qui y sont extérieures, c’est déshonorer son groupe, c’est « l’ahchouma », mot clé au Maghreb qui signifie la honte. On ne peut reconnaître que la moindre erreur ait pu être commise par soi ou les autres membres de son groupe sous peine de déshonneur, la faute en incombe forcément à l’extérieur. Le modèle relationnel dominant prend la forme d’être le plus fort ou d’être humilié. Qui va mépriser l’autre ? Qui va faire honte à l’autre ou avoir honte ? Qui va soumettre l’autre ? Dans le TER, trois personnes d’origine sahélienne ont les pieds sur les sièges et téléphonent à tue-tête avec un poste de radio ouvert à côté d’eux. Je leur demande poliment de respecter le règlement. Réponse sèche : « Vous dites ça parce qu’on est étrangers », suivi d’une augmentation du volume sonore vocal du téléphone. Me voilà désigné comme un blanc raciste en quelques secondes, et c’est moi qui suis coupable, qui devrais donc avoir honte. Je parcours le train à la recherche d’un contrôleur, en vain. En l’absence d’un tiers incarnant une loi qui est la même pour tous, je n’ai pas d’autre solution que de m’incliner dans l’espace public. Je me sens… misérable.

De même, quand dans les « quartiers », un jeune de 14 ans, sur un scooter volé, sans casque parce que « c’est pour les petits », se tue en percutant à toute vitesse un véhicule, il ne meurt pas à cause d’une accumulation d’imprudences mais forcément à cause d’autrui. De préférence à cause de la police. On ne décède pas accidentellement, on est tué.

Inflation interminable

Comment une interpellation pourrait-elle de dérouler calmement avec ce modèle relationnel ? Qu’il soit à pied, en scooter, ou en voiture, celui qui accepte de se soumettre (et oui ! le mot est dit) à un contrôle policier ne rencontrera aucun problème de violence policière. Et les représentants du pays d’accueil tout désignés pour être méprisés puisqu’ils incarnent la légalité de la société dans l’espace public sont les policiers sur lesquels on crache sans vergogne. Le policier n’a pas le droit de répondre, il sera méprisé s’il agit (la sanction) ou s’il ne fait rien (la soumission). Quelle inversion ! C’est celui qui crache qui devrait être méprisé pour sa lâcheté car il ne risque rien.

Le piège, c’est que les membres des sociétés de la honte ont compris que les membres des civilisations de la culpabilité, judéo-chrétiennes, ont une forte tendance à accepter de se sentir coupable, et il est alors « pratique » de leur faire éprouver de la honte au lieu de la ressentir soi-même. Et plus les membres de la civilisation de la culpabilité se sentent coupables, plus les membres de la société de la honte se décrivent comme victimes, dans une inflation interminable, alors que le problème initial de situe à l’intérieur même de leur société.

A lire aussi, Paul Godefrood : La précarité et l’injustice, faux prétextes de la sécession des banlieues

Il faut préciser ici que toutes les personnes issues de ces deux modèles de culture ne se sentent pas forcément prises dans ces enjeux d’honneur ou de culpabilité, mais celles qui crient le plus fort le sont.

Cet écart entre société de la honte et civilisation de la culpabilité crée d’importantes tensions concernant l’acceptation d’une loi commune, ensemble de contraintes qui se situent au-dessus de tous, et de la reconnaissance d’une dette.

Rapport à la loi décomplexé

Dans les sociétés de la honte, la relation à la loi n’inclut pas sa notion pourtant fondatrice de culpabilité. Accepter les contraintes extérieures signifie non pas reconnaître la nécessité de respecter d’indispensables limites pour une vie en commun, mais est vécue comme une immixtion intolérable dans le fonctionnement familial et groupal. L’obéissance n’est pas inculquée en référence à la future place de l’enfant dans la société, et l’enfant comprend vite comment apitoyer sa mère pour contourner ses frêles interdits. Des professionnelles en difficulté dans l’aide à la parentalité m’expliquent ainsi leur désarroi face à des mères d’origine immigrée qui ne comprennent pas pourquoi, comme l’indique le règlement, les portes de l’école maternelle ferment à 8h30, et leur enfant ne peut pas comprendre pourquoi l’enseignante dit « non » à certains moments. Du côté paternel ou fraternel, l’obéissance est souvent la conséquence d’une soumission à un arbitraire qui repose sur les coups, et c’est le modèle de faire peur/avoir peur qui prime. Parfois aussi certains pères sont absents ou lâchent prise. Résultat de cette absence d’intégration de la loi, un jeune délinquant violent de 16 ans m’explique sa conception de la vie : « Je veux, je prends ». Imparable.

Et lorsqu’on argue qu’il y a du racisme dans la police puisque les personnes issues des sociétés de la honte font l’objet de contrôles policiers beaucoup plus fréquents que les autres, la réponse est qu’elles sont plus nombreuses à ne pas respecter la loi que les personnes qui ont intégré la culpabilité. Faut-il que chaque fois qu’un tel jeune est contrôlé, une dame sortant d’un super marché avec son cabas de légumes le soit aussi pour éviter toute discrimination ?

Résultat de cette absence d’intégration de la loi, un jeune délinquant violent de 16 ans m’explique sa conception de la vie : « Je veux, je prends ». Imparable.

Ingratitude

La société de la honte, c’est aussi l’incapacité de reconnaître une dette envers le milieu d’accueil. Dans le cadre d’une immigration économique, tous sont venus au départ parce que leur pays ne les nourrissait pas assez, ne les soignait pas, était profondément corrompu, sinon ils retourneraient y vivre. Cette blessure originelle ne se referme pas et laisse les sujets dans une sorte d’entre-deux. Reconnaître ce qu’on doit au pays d’accueil, c’est accepter de penser que sa propre origine est entachée, conflictuelle, et la solution à ce malaise peut consister à dire que c’est l’extérieur, le lieu d’accueil, qui est inhospitalier et doit être dénigré. Reconnaître ce qu’on reçoit de bien, c’est trahir ses origines, de même que les policiers noirs ou maghrébins heureux d’exercer leur métier sont qualifiés de traîtres.

A lire aussi, Sophie Bachat : Les «antiracistes» traitent un policier noir de vendu

Un exemple : Karim, l’éducateur de Rayan[tooltips content= »Prénoms d’emprunt »][2][/tooltips], 15 ans, se plaint devant lui que l’équipe en a assez de devoir passer la serpillière à de multiples reprises chaque jour, pour nettoyer ses crachats qu’il refuse de laver lui-même. Quand je demande à Rayan s’il fait comme cela chez lui, sa réponse est : « Ah non ! Ça serait trop crade ». Il vit dans un milieu familial tellement violent que c’est lui-même qui a demandé à être placé afin d’avoir un endroit où se sentir protégé. Mais le foyer ne lui sert qu’à cela, il n’utilise pas l’aide relationnelle que lui propose son éducateur, et il retourne tous les jours un moment dans sa famille à laquelle il prouve sa fidélité en humiliant ceux qui l’accueillent, et qui par la qualité même de leur attitude, soulignent involontairement les défaillances de son milieu d’origine. Il a réalisé une sorte d’immigration dans le foyer mais crache littéralement sur ce l’on lui y offre.

Remettre l’achouma à sa place

Quels tiers possibles entre ces deux sociétés ? Ce devrait être le contrôleur du train, absent, ou un juge qui représente la loi. Mais il arrive que la justice ne fasse pas tiers. Lorsque policiers et délinquants sont face à face, voire dans un corps à corps, les sujets violents des quartiers frappent en ne pensant à la justice qu’en termes de position de victime potentielle s’ils présentent un hématome, et de plus ils ont quelques chances de quitter libres le tribunal, encore plus s’ils sont mineurs. De leur côté, les policiers n’ont aucune certitude leur permettant de s’appuyer sur la justice, au moins en pensée. Ceci ne concerne pas seulement une éventuelle sanction, il s’agit de donner aux deux protagonistes le message qu’un tiers viendra introduire la loi entre eux dans cet affrontement physique. Que se passe-t-il sinon ? Un policier est frappé très violemment et gratuitement en dehors de son service et laissé comateux au sol, sans que rien ne l’ait motivé et laissé prévoir. A la surprise générale, et en particulier celle des policiers venus soutenir leur collègue au tribunal, l’agresseur originaire d’un « quartier » n’est condamné qu’à six mois de prison avec sursis. Certes le parquet fait immédiatement appel. Mais cela n’efface pas le fait qu’un autre magistrat considère qu’agresser aussi fortement un policier en civil ne mérite pas un jour de prison, et ne pense pas nécessaire que la loi soit alors matérialisée et soit ainsi un tiers incontournable. De ce sursis, l’agresseur appartenant à une société de la honte ne fait que déduire que ce qu’il a fait n’est pas grave et qu’il n’y a pas de déshonneur.

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Il est donc nécessaire de remettre l’ahchouma à sa place, de rétablir le lieu de la honte et de la remettre dans le camp de ceux qui font tout pour la projeter sur autrui. Ceux qui ont la volonté de se désigner de toutes façons comme victimes ont besoin de désigner des agresseurs. Mais ce n’est pas parce que des individus ou leurs parents ont été victimes dans leur histoire personnelle, familiale, culturelle, que d’autres doivent accepter d’endosser ce rôle de bourreau. Plus les membres d’une civilisation de la culpabilité se laissent accuser, plus ils sont méprisés. Au contraire, imaginons (on a le droit de rêver) qu’une seule personnalité politique ose déclarer : « Vous devriez avoir honte d’élever vos enfants sans leur inculquer un minimum de respect pour le pays qui vous accueille et qui vous soigne gratuitement, de ne pas leur expliquer que rien n’est dû, de laisser vos enfants conduire des véhicules volés, d’abîmer la démocratie qui vous protège et de mentir en vous présentant comme des victimes, etc. ». Énoncer ceci ne changerait rien à la manière de se comporter des délinquants en question, pas plus qu’égrener leurs délits et parler de « sauvageons », et ne calmerait en rien les militants communautaristes. Mais ceci donnerait aux autres le sentiment que la honte n’est pas en eux, et leur permettrait d’éprouver un sentiment de légitimité dont beaucoup de citoyens éprouvent le besoin qu’il soit reconnu. Une telle formulation constitue le fondement incontournable de toute action politique efficace car elle permettrait d’arrêter de tendre l’autre joue. Et d’accepter enfin l’idée que dans certaines circonstances, seules la force de caractère et la force physique inspirent du respect.

Patrice Quarteron met K.O les professionnels de l’indignation sélective

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Patrice Quarteron © Pierre Charlier / DPPI via AFP


Le sportif s’étonne que des indignés professionnels comme Yannick Noah ou Camélia Jordana ne disent rien pour la gendarme Mélanie ou le chauffeur de Bayonne…


Patrice Quarteron n’a décidément pas la langue dans sa poche !

L’ancien champion du monde de boxe thaï et de kick-boxing s’est exprimé lundi 13 juillet dans une interview sur la police, les banlieues, le racisme anti-blanc, la gendarme Mélanie ou Camélia Jordana… Habitué à s’exprimer sans prendre de gants sur les réseaux sociaux – où il publie régulièrement des commentaires acerbes sur l’actualité – cet ancien du quartier de la Grande-Borne à Grigny (« en reconquête républicaine ») n’a pas dérogé à ses habitudes dans cette interview au Parisien.

S’il a troqué les gants et le short pour un costume de circonstance, le « Rônin sombre » est plus combatif que jamais, écœuré par le silence assourdissant des professionnels de l’indignation après le décès de la gendarme Mélanie Lemée. Pas grand monde non plus pour s’indigner de la mort de Philippe, fait-il remarquer, ce chauffeur de Bayonne, tué pour avoir fait son travail, de façon totalement gratuite. Ni Yannick Noah, ni Omar Sy, ni Camélia Jordana, cette « petite-bourgeoise inscrite à des cours de piano dans un grand lycée parisien » qui instrumentaliserait une misère qu’elle ne connaît pas, selon le sportif.

Les banlieues et… les blancs

Le guerrier frappe là où ça fait mal, les points névralgiques, tabous, comme la mentalité anti-française, anti-Charlie et le racisme que l’on trouve en banlieue et qui n’ont pas l’heur d’être reconnus par la doctrine officielle des médias. « Le racisme anti-Blancs existe. Je connais cette mentalité qui veut qu’un blanc dans la tête de certains n’a le droit de rien dire sous peine de se faire massacrer. J’ai été formaté avec cette haine par certains dans ma jeunesse, je sais de quoi je parle ».

A lire aussi: La bataille de Grigny

Le militant intersectionnel le plus convaincu aura en effet du mal à contredire Patrice Quarteron. Étant lui-même noir, ayant lui-même grandi dans l’une des villes les plus pauvres de France, on ne peut l’accuser d’exercer quelque privilège que ce soit… « L’indignation ne doit pas être une question de couleur de peau » rappelle-t-il. Son dernier crochet est pour le mouvement Black Lives Matter : « ça n’a aucun intérêt. Le problème ce n’est pas le racisme dans les forces de l’ordre, c’est l’éducation, le taux d’échec scolaire. »

Il dit ce que d’autres banlieusards n’osent pas dire

Ces prises de position courageuses lui valent insultes et menaces (ses échanges peu amènes avec le rappeur Booba avaient déjà attiré l’attention médiatique par le passé). Le colosse gouailleur les balaye d’un revers de main : « c’est une minorité dans les cités qui n’est pas d’accord avec moi et je sais que de nombreuses personnes me remercient de dire ce qu’elles n’osent pas dire ».

Alors que le ministère de l’intérieur a choisi de ne pas divulguer les chiffres des violences urbaines du 14 juillet (tirs de mortier, incendies, policiers blessés…), la France aurait besoin de beaucoup plus de voix comme celles de Patrice Quarteron.

Fermer les frontières? Plutôt mourir…

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Un policier français surveille les chemins pédestres sur les hauteurs de Mentonn près de la frontière italienne, 27 avril 2020. © Syspeo / SIPA

Interrogé hier lors de l’interview du 14 juillet, Emmanuel Macron a semblé plutôt satisfait des résultats de la France face au Covid-19. Dans la lutte contre le virus, la France a pourtant perdu un temps précieux avant de rétablir des contrôles aux frontières, comme le préconisait l’OMS dès le 16 février. Quand la désinvolture rejoint l’idéologie, les citoyens trinquent.


Il faudrait « éviter la circulation des gens qui viennent des endroits qui sont des foyers d’épidémie ». Le 26 février 2020, Marine Le Pen émet ce qu’il faut bien appeler un truisme lors de la matinale de France Inter. Elle propose ce que la France fera trois semaines plus tard : restaurer des contrôles aux frontières.

« L’OMS n’a jamais recommandé de fermer les frontières », rétorque le jour même l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève, dans Ouest France. Le faire reviendrait à « enfreindre les recommandations internationales ». Restreindre la libre circulation des personnes pour freiner le Covid est « une fausse bonne idée », tranche LCI le 13 mars 2020, trois jours avant que la mesure entre en œuvre. C’est un « faux remède », « nationaliste et xénophobe », persiste à penser Le Monde du 10 avril. Le 29 avril, c’est l’apothéose. Le quotidien Les Échos tient la preuve scientifique que les contrôles aux frontières sont inutiles, pour ne pas dire stupides. Selon une étude française, « l’épidémie ne serait pas venue directement de Chine ou d’Italie ». Le virus circulait déjà chez nous à bas bruit quand il est apparu au grand jour.

A lire également, entretien avec Jérôme Fourquet : Covid-19: « 83% des Français souhaitaient la fermeture immédiate des frontières »

Le problème est que, selon les auteurs de l’étude, Les Échos l’ont interprétée de travers (voir encadré). Quant à Flahault, il joue sur les mots. Fin février, au moment où il s’exprime, l’OMS n’a certes pas préconisé la fermeture totale, qui n’existe nulle part, même en Corée du Nord, mais elle a demandé aux États d’instaurer des contrôles sanitaires stricts à tous les points d’entrée sur leur territoire, avec détection et mise à l’isolement des malades potentiels ! Ces recommandations datent du 16 février. Elles sont toujours disponibles sur le site de l’OMS[tooltips content= »« Prise en charge des voyageurs malades aux points d’entrée dans le contexte de la flambée de Covid-19 : lignes directrices provisoires », OMS, 16 février 2020. »][1][/tooltips]. Pendant un mois, la France n’a donc tenu absolument aucun compte de ces neuf pages de conseils de bon sens. Par désinvolture, sous-estimation du problème et manque de moyens, le tout pimenté d’une bonne dose d’idéologie – Donald Trump et Marine Le Pen étaient pour, il fallait donc être contre –, la restauration temporaire des contrôles aux frontières est devenue la décision à ne surtout pas prendre face au Covid. Jusqu’à ce que l’Allemagne la prenne le 16 mars, suivie par la France le lendemain, ainsi que par l’UE pour ses frontières extérieures. Cela ne posait aucun problème juridique, les traités européens prévoyant depuis les origines des exceptions à la libre circulation pour raisons sanitaires.

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À cette date, près de 70 pays, dont la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis, avaient déjà renforcé sans états d’âme les barrières à l’entrée sur leur territoire. Les deux premiers pays ont enregistré proportionnellement trente à quarante fois moins de morts du Covid que le troisième, ce qui suggère que contrôler les arrivées ne suffisait pas. Il fallait aussi le faire tôt.

Trois à quatre semaines de perdues

En France, non seulement les autorités ont perdu du temps, mais elles le savaient. Pendant la dernière semaine de février et les deux premières semaines de mars, il y a eu une valse-hésitation consternante. Audrey (prénom changé) travaille dans une école de commerce de Bretagne. Une étudiante devait arriver d’Italie du Nord début mars, raconte-t-elle. « L’agence régionale de santé nous a demandé de la placer en quarantaine, au motif qu’elle venait d’une zone à risque. Cette jeune fille avait voyagé de Milan à Paris en avion, avec des dizaines d’autres passagers, puis en train. À aucun moment elle n’avait été contrôlée. L’ARS nous demandait en définitive d’assurer le travail qui n’avait pas été fait aux frontières. » 15 000 voyageurs en provenance d’Italie arrivaient alors chaque jour en France.

Au même moment, la situation était encore plus extravagante en Haute-Savoie. Un premier cas de Covid est repéré à La Balme-de-Sillingy (5 000 habitants) le 24 février. Un résident de la commune âgé d’une soixantaine d’années, qui se rendait souvent en Lombardie pour son travail, est testé positif au Covid. L’ARS se lance à la recherche des cas contacts, c’est-à-dire les personnes ayant croisé ce premier patient. On ne peut donc pas l’accuser de prendre le Covid à la légère. Le village est confiné le 2 mars, deux semaines avant le reste du pays. Pourtant, la frontière va rester ouverte, alors que les autorités tiennent la preuve que le Covid vient d’Italie. Dès le 27 février, lors d’une conférence en ligne, le docteur Pierre Poles, responsable du centre 15 de Haute-Savoie, l’explique clairement : « Il y a un vrai foyer lié au coronavirus en Italie et on est tout près de l’Italie. Il y a énormément de Haut-Savoyards qui vont en Italie. » Le 15 reçoit des appels de gens « qui sont malades et qui reviennent d’une zone à risque, en Lombardie ou Vénétie ».

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Le 2 mars, toujours, le préfet de Haute-Savoie et le directeur de l’ARS tiennent une conférence de presse déconcertante. Le préfet martèle que la fermeture du tunnel du Mont-Blanc serait une mesure « inopérante, inefficace ». Il annonce pourtant des équipements de protection (masque, gants, etc.) pour les équipes de la police aux frontières qui auraient à contrôler des cars transportant des passagers en provenance des zones touchées par le virus en Italie ! S’il faut protéger les policiers de ces cars, pourquoi les laisser entrer ? Il va de soi que les policiers n’ont pas les moyens de procéder à des tests et qu’ils ne pourront pas trier les entrants. Par ailleurs, ils ne sont pas assez nombreux. Ils vont donc recevoir des renforts. « Des porteurs sains potentiels qui sont repartis ensuite dans la région » au risque de diffuser le virus, relève avec bon sens David Albert, membre de la brigade de nuit, du syndicat Alternatives Police CFDT. Les équipements de sécurité annoncés par le préfet sont arrivés tard et en faible quantité, accompagnés en prime de « la consigne de ne pas les utiliser, sans qu’on sache pourquoi », pointe le policier. Le comble, c’est que, fin janvier, la France avait affirmé à la Commission européenne qu’elle ne manquait de rien dans ce domaine ! « Les États n’ont pas indiqué de besoin ou souhaité de renfort pour leur stock d’équipement de protection individuelle. La Commission a demandé aux États de l’indiquer, si cela changeait », écrit le comité de sécurité sanitaire de la Commission le 27 janvier.

Les guerres éclatent quand les diplomates mentent aux journalistes, puis se mettent à croire ce que racontent les journaux, disait le satiriste Karl Kraus. Dans la crise du Covid, les politiques ont alimenté les éditorialistes en éléments de langage sur l’absurdité des contrôles aux frontières, tout simplement parce que la France n’avait pas les moyens de les restaurer. Puis, pendant trois ou quatre semaines absolument cruciales pour la propagation du virus, ils ont fini par croire que ces contrôles étaient réellement superflus. Jusqu’à ce que s’impose l’évidence, rappelée le 25 mai sur Euronews : « Faire de l’abolition des contrôles fixes aux frontières une espèce de tabou totalement intouchable n’a aucun sens, ça ne résiste pas à la réalité. » Ces propos de bon sens n’émanaient pas de Marine Le Pen, mais de Jean Quatremer, pilier des correspondants de presse à Bruxelles, fort peu suspect de penchant souverainiste.

L’étude scientifique qui démontrait l’inutilité de fermer les frontières

Le 29 avril, Les Échos présente une étude scientifique sous un titre troublant : « Coronavirus : en France, l’épidémie ne serait pas venue directement de Chine ou d’Italie ». Une équipe de l’Institut Pasteur emmenée par Étienne Simon-Lorière a mis en évidence que « le Covid circulant en France n’est pas de même nature (clade) que le Covid italien ou chinois ». Il circulait à bas bruit depuis janvier. « Fermer les frontières n’aurait donc servi à rien », conclut Les Échos. Et le très sérieux quotidien économique d’insister : le patient zéro du Covid en France serait « un cas sans historique de voyage et n’ayant été en contact avec aucune personne revenant de l’étranger ». Le Covid est-il tombé du ciel ou sorti de la mine ? Les Échos ne le précise pas, mais insiste sur une autre conclusion des chercheurs. Les mesures de confinement « ont été particulièrement efficaces. […] Les analyses phylogénétiques montrent qu’il y a eu peu de transmission locale, ce qui veut dire que les restrictions de circulation ont empêché la propagation localement. » Fermer les frontières, non. Interdire les sorties, oui.

Hélas, dès le lendemain, 30 avril, dans Marianne, le Pr Simon-Lorière se dit « très étonné qu’un quotidien ait titré que la principale souche du virus présente en France était liée à un groupe génétique qui n’avait aucun lien avec la Chine et l’Italie. Aujourd’hui, on ne peut pas l’affirmer. » Dans Le Parisien, deux jours plus tard, il va plus loin : « Ces deux pays ne sont pas exclus. Ils sont même très très en haut dans la liste » dans la provenance des cas de Covid de France.

L’étude sur laquelle le quotidien économique s’est emballé est une publication en pré-print (sans comité de lecture) parue dans BioRxiv. Elle porte sur 97 cas seulement, à partir de prélèvements faits entre le 24 janvier et le 24 mars dans la partie nord-est de la France, donc sans la Haute-Savoie. L’équipe qui l’a réalisée est très prudente dans ses conclusions. Elle a publié ses résultats provisoires compte tenu de l’urgence. Le premier média à avoir repéré ces travaux a été le South China Morning Post. Ce quotidien chinois en a fait un compte rendu enthousiaste, ce qui se comprend. Lue avec un peu de chauvinisme, l’étude tendait à dédouaner la Chine, comme source de contamination. Repris par les agences, le papier allait tout à fait dans le sens de ce qu’un quotidien de cadres supérieurs souvent en déplacement avait envie d’écrire. À l’heure actuelle, le processus de diffusion du Covid n’est pas encore parfaitement décrit, mais plus personne ne doute sérieusement qu’il soit arrivé en France par la Chine et l’Italie.

Trissotin visionnaire

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Opération de communication de Najat Vallaud-Belkacem avec Eric Piolle, à Grenoble, mars 2016 © XAVIER VILA/SIPA Numéro de reportage: 00748563_000022

Eric Piolle: « Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution: débitumiser, dégenrer, végaliser et potagiser ! » C’est infantile, gonflé de barbarismes, frotté de démagogie. Et l’on s’interroge sur le résultat que produirait un tel remède…


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944) fut un remarquable agitateur. Il vitupéra la beauté antique, la beauté classique, romantique, pathétique, ecclésiastique. Il exécrait les femmes alanguies, les hommes éperdus, les genoux à terre, les serments délétères, les fleurs dans les vases, les pleurs et l’extase, Venise en hiver, les doigts qui se croisent, la Victoire de Samothrace, les bras qui s’enlacent, le thé dans les tasses, les traces du passé.

Il aimait la vitesse, les formes aérodynamiques qui ont un coefficient élevé de pénétration dans l’air et sont bien propres à engrosser la vieille humanité assoupie dans des effluves de tisane. Ainsi assaillie par les objets oblongs de la science et de la technique, elle accoucherait d’un monde amnésique, étourdi de nouveauté.

Le danger de l’intelligence

Il voulait que la modernité passât sur notre univers comme un énorme nuage d’insectes ravageurs, qui nous libérerait du poids de la mémoire. Il désignait le passé comme l’ennemi principal de notre civilisation ; il lui substituait un avenir industriel, profilé comme la carrosserie d’une « automobile rugissante »[tooltips content= »Voici un choix de volontés qu’expriment le « Manifeste du futurisme », conçu et rédigé par Filippo Tommaso Marinetti. Attention, c’est viril !
1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.
2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace et la révolte.
3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing..
4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.
9. Nous voulons glorifier la guerre —seule hygiène du monde—, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.
10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.
« ](1)[/tooltips].

Il avait pour alliés l’outrage, le vocabulaire de l’insurrection intellectuelle, les perspectives affolantes d’un paysage mental inexploré. Il évoquait une avant-garde mêlée d’exploits et de stupeur.

Un frisson parcourait l’Europe. L’avenir était en acier ; il appartenait au jeune peuple de la vapeur et du moteur à explosion, à ses hommes nerveux et toujours affairés, ainsi qu’à ses « femmes atroces dans les quartiers énormes » [tooltips content= »Guillaume Apollinaire, 1909, poème extrait de Alcools. On peut tenir pour deux magnifiques pionniers « futuristes » Blaise Cendrars, d’abord, puis le grand Guillaume, en particulier dans ses poèmes graphiques. »](2)[/tooltips]. Dans ce décor renouvelé, surgirait peut-être une nouvelle énigme humaine : l’une de ses plus parfaites incarnations se nommerait Louise Brooks [tooltips content= »Pour Louise Brooks, voyez Roland Jaccard : ce diable d’homme a rencontré la grande Louise, qu’il vénérait. Nous sommes nombreux à la vénérer, il est le seul à l’avoir vue, approchée, interrogée ! Respect ! On lira, toute affaire cessante, Louise Brooks, portrait d’une flapper (PUF), délicieuse ballade sur la silhouette comme découpée de la Brooks, et Louise Brooks portrait d’une anti star, (Phébus), ouvrage de référence, objet du culte qu’on ne manie qu’avec dévotion, dirigé par Roland J. »](3)[/tooltips]…

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Les futuristes voyaient précisément une Beauté neuve dans les métropoles électrifiées et bruyantes. Après avoir « tué le clair de lune », ils considéreraient avec mépris les monuments effondrés.

Ce projet anti-naturel, baudelairien sous bien des aspects, était excitant et, pris au pied de la lettre… redoutable. Il fut à l’origine d’un remarquable mouvement artistique, réveilla en sursaut la peinture, inspira de passionnantes créations architecturales.

Et puis l’ordre fasciste vint, et sa tragédie… L’intelligence est parfois dangereuse. La bêtise, tout au moins son « application » contemporaine le conformisme, valent-ils mieux ?

M. Piolle a des idées !

Depuis quelque temps, à l’instar des avant-gardistes italiens, mais sur un mode dénué du moindre attrait, les élus EELV haussent le ton. Eux-aussi se disent « las du monde ancien » [tooltips content= »À la fin tu es las de ce monde ancien
Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin
Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine
Guillaume Apollinaire, Zone« ](4)[/tooltips] et appellent de leurs vœux ce qu’ils baptisent « le monde d’après », ce masque de la dernière bouffonnerie idéologique. Ce qu’ils suggèrent, avant de l’imposer, n’a malheureusement pas la séduction de la vitrine futuriste. Prenons l’une des plus récentes manifestations de leur égarement commun :

De M. Piolle, maire Europe-Écologie-les-Verts de Grenoble, bien élu d’ailleurs, on dit que ses espérances politiques, servies par un tempérament fort, ne se limiteraient pas à l’horizon, pourtant vaste, de la capitale du Dauphiné et des Alpes. Son ambition sera-t-elle portée par les militants de la chlorophyllie ? Nous ne sommes pas pressés de connaître la réponse.
Piolle a des projets, il les fait connaître. On sent que nul doute ne l’assaille. Il possède cette arrogance sans éclat, banale chez les membres de sa formation politique [tooltips content= »Ils étaient omniprésents et péremptoires : Mme Duflot a quitté la scène, le duo en chemise de pilou Bové-Cohn-Bendit ne se produit plus, Eva Joly a disparu, Mme Voynet a été nommée directrice de l’Agence régionale de santé de Mayotte. »](5)[/tooltips], augmentée d’une conviction quelque peu effrayante : M. Piolle et les siens avancent dans la vie du pas de ces gens assurés d’incarner le Vrai et le Bien. Ils pensent s’abriter du ridicule en puisant dans le vocabulaire extensible de ce qu’on pourrait appeler la noolangue, également chérie des macroniens et des néo-féministes.

Avec la langue

On observe une tentative, autrement plus élaborée et beaucoup mieux argumentée, de la part de Marinetti. Saisi par « l’obsession lyrique de la matière », et par l’irruption brutale du bruit industriel dans la vie de la cité, il veut appliquer à l’italien, à sa grammaire, à sa syntaxe, à sa ponctuation, à tout son système de communication, le même  principe de bouleversement radicale qui gouverne sa pensée sur l’apparence du monde et sa restitution par les artistes [tooltips content= »Article L’immaginazione senza fili e le parole in libertà. Manifesto futurista (L’imagination sans attaches et les mots en liberté, Manifeste futuriste) publié le 11 mai 1913. »](6)[/tooltips]. Sur ce sujet aussi, notre bouillant Marinetti laisse loin derrière lui nos amusants révoltés du « genre ». Autre grande différence avec la mouvance Verte : le souci esthétique, principal chez Filippo Tomasso, définitivement absent de toute réflexion des écologistes, qui n’ont qu’un rapport myope avec le paysage des villes et des campagnes.

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Destinée à détourner la signification des mots et des choses, la noolangue du bourgeois gentilhomme « postmoderne» est une manière de paravent linguistique : on devine vaguement qu’elle cherche à signifier quelque chose de simple, mais qu’elle s’y refuse au dernier moment, non par timidité mais par prétention. Elle impose le sens, elle en dispose à sa guise en attendant que son caprice s’en lasse et le délaisse. Ses saillies sont un moment de la représentation sociale, que s’octroie la nouvelle bourgeoisie dominante. Honteuse non d’elle-même mais de celle qui l’a précédée, considérant le passé comme un héritage « globalement pétainiste », elle affronte courageusement l’hydre réactionnaire. C’est ainsi que M. Piolle s’avance, précédé de son langage :

« Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution: débitumiser, dégenrer, végaliser et potagiser ! Et en plus nos enfants aident à faire les plans. Oui, on grandit aussi pendant la récré ».
C’est infantile, gonflé de barbarismes, frotté de démagogie. Et l’on s’interroge sur le résultat que produirait un tel remède : plus certainement un terrain vague où l’on s’embourberait qu’un « jardin extraordinaire » [tooltips content= »Trenet, l’autre grand Charles… »](7)[/tooltips] où s’égayeraient des écoliers convertis en jardiniers rêveurs…

Les chlorophylliens osent tout ! C’est même à cela qu’on les reconnaît !

Les femmes savantes

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Avec Emmanuel Macron, une économie sans solution

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Emmanuel Macron et son nouveau Premier ministre Jean Castex, le 14 juillet 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22472991_000051

Une analyse économique de Jean Messiha, Délégué National du Rassemblement National et Frédéric Amoudru, ancien cadre dirigeant d’une grande banque française


La crise sera grave. Très grave. Le président de la République l’a admis lui-même le 2 juillet devant la presse quotidienne régionale. Les dizaines de milliards déversés sur les entreprises et les ménages (chômage partiel, plans sectoriels, abandons ou reports de charges selon les cas) ne sont pas durables. Car ils ne sont pas tenables. Il va bien falloir que cela s’arrête un jour. Non seulement nos déficits atteignent déjà des niveaux invraisemblables, mais de nombreuses mesures de revalorisation sectorielles sont en cours – personnels soignants, enseignants – et on ne voit pas pourquoi d’autres catégories sociales s’estimant lésées ne viendraient pas bientôt se joindre au cortège.

Une rentrée apocalyptique?

Les entreprises l’ont bien compris. Constatant une reprise molle de la consommation et de l’investissement, des altérations pérennes de modèle économique induites par des changements de comportement des consommateurs, elles alignent plans sociaux sur plans sociaux. Le secteur de la distribution a été le premier à tirer (La Halle, Célio, Camaieu, Orchestra-Prémaman, etc.). Mais le transport (Air France), l’industrie (Airbus et Renault et toute leurs chaines de sous-traitance, de même que Nokia et tant d’autres) ne sont pas en reste. Une cascade, un Niagara d’emplois supprimés qui touchera des grands groupes mais aussi une myriade de TPE-PME qui meurent, elles, sans faire de bruits. Un désastre à venir. « Une rentrée apocalyptique » écrivait le 3 juillet Marc Landré patron du service économique du Figaro, quotidien qui n’est pas en opposition frontale à Jupiter.

L’histoire économique et sociale de ces dernières décennies a clairement montré que la concentration des richesses et du pouvoir aux mains d’une petite oligarchie mondialiste et mondialisée, servie par des classes politiques complices ou aveugles, pouvait largement nuire aux intérêts des nations et des peuples

Le nouveau gouvernement prépare un plan de relance, parait-il fortement axé sur la transition écologique, et devrait conditionner un modeste effort en faveur de l’industrie à une forte baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 pour un secteur qui en émet 22% du total. Le chômage explose, des millions de familles vont se retrouver dans une souffrance sociale inouïe, nos déficits atteignent des sommets himalayens ; mais sous la pression des « Verts », la priorité ce sont les gaz à effets de serre dont nous sommes à l’échelle européenne un assez modeste contributeur par tête d’habitant.

A lire aussi: Recapitalisons l’entreprise France

La priorité est ailleurs. Nous avons un problème immédiat : celui de la fonte des fonds propres de nos entreprises, et en particulier de nos TPE-PME, due aux pertes considérables subies pendant la crise. Nous l’avons traité dans une tribune intitulée « Recapitalisons l’entreprise France », parue le 6 juin dans Causeur. La réponse du gouvernement à cette menace est parcellaire et incomplète, avec certes des plans sectoriels, mais aucune stratégie globale.

CICE: un bilan mitigé

Mais nous savons aussi que notre pays souffre d’un problème structurel non-résolu (outre sa lancinante trilogie malheureuse et coûteuse  « immigration, identité, insécurité ») : le manque de compétitivité de son économie, due en particulier à un coût du travail qui n’est pas grevé par le niveau – du reste modéré – des salaires, mais par des charges sociales très élevées dès que l’on dépasse le SMIC. SMIC qui n’est pas le salaire de référence dans l’industrie, secteur clé pour notre redressement global.

Les 20 milliards du CICE avaient été un effort substantiel pour réduire ce fardeau. Mais avec une erreur fondamentale : n’y attacher aucune conditionnalité en termes de créations d’emplois, en particulier sur les moyennes et grandes entreprises dont la « contribution » à la délocalisation et la désindustrialisation du pays a été forte. Le bilan s’en est trouvé plus que mitigé. Hausse des dividendes, hausse de salaires pour les plus qualifiés, investissements à l’étranger, renforcement des marges et de la trésorerie et certes, concédons-le, des recrutements ici ou là. Mais les experts ont eu le plus grand mal à trouver un lien entre ces milliards payés par la collectivité et la forte création nette d’emplois attendue. Et pour cause…

Ayant compris que les Français ne se feraient plus avoir avec des baisses de cotisations sociales sans contreparties solides, le patronat, MEDEF en tête, s’attaque désormais aux « impôts de production » qui représenteraient 72 milliards d’euros et constitueraient un grave désavantage concurrentiel par rapport à nos grands rivaux économiques dont l’Allemagne. De quoi parle-t-on ?

  • D’environ 4 milliards d’euros de Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés basée sur le chiffre d’affaires et pesant plutôt sur les moyennes et grandes boites que les petites qui financent les régimes d’assurance vieillesse des travailleurs non-salariés des professions artisanales, industrielles et commerciales (les « indépendants » pour faire simple) ;
  • D’environ 40 milliards de Cotisation Foncière des Entreprises (CFE), de Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE), de Taxe sur le Foncier Bâti et de taxes foncières diverses que doivent acquitter la plupart des entreprises qui constituent ensemble une des sources majeures de financement de nos collectivités locales ;
  • Une myriade de petites taxes pour 4,5 milliards d’euros ;
  • Et enfin 26 milliards d’euros de charges liées la masse salariale dont le « versement transport » pour plus de 7 milliards qui contribue à financer nos transports publics.

Il est indiscutable que les entreprises françaises sont, au titre de ces divers impôts, sensiblement plus taxées que leurs concurrentes européennes (ne parlons même pas de l’Asie) et que cette surcharge explique une bonne part de nos problèmes économiques, surtout depuis l’abandon du Franc, monnaie ajustable, pour l’euro, monnaie fixe.

Le mouvement national doit écouter et demander des comptes aux gros industriels

Le patronat réclame 30 milliards d’euros de baisse de ces fameux impôts de production, affirmant la main sur le cœur qu’avec ce nouvel effort de la nation, colossal vous en conviendrez, la France redeviendra compétitive et que nous pourrons enfin entrer dans un cycle vertueux de créations d’emplois, de croissance et, in fine, de nouvelles recettes fiscales pour la collectivité.

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Ce chiffre n’est pas une hérésie en soi. Mais ces 30 milliards, il faudra les trouver sous forme de baisse de dépenses publiques un peu partout, de hausses d’impôts sur les ménages (toujours les mêmes) ou en creusant la dette devenue la solution « magique ». Problème : aucune de ces sources de financement n’est, à juste titre, acceptable pour une majorité de Français. Au-delà de la problématique financière, il n’est plus tolérable pour l’opinion de s’engager comme avec le CICE dans un processus de « donnant-reçu » et non de « donnant-donnant ». Où partiraient ces milliards ? Nous n’en savons rien. Il y aura sans doute des entreprises vertueuses qui, avec ces économies, investiront et recruteront dans notre pays. Mais combien d’autres, souvent les plus grandes, engagées depuis des années dans une logique d’arbitrage des coûts salariaux et des avantages fiscaux en Europe et dans le monde, empocheront le « cadeau » et en feront ce qu’elles voudront ?

Le mouvement national doit entendre la demande du monde économique français pour un allègement du poids fiscal qui pèse sur lui et aisément justifiée par les comparaisons faites par les instituts statistiques les plus sérieux. Mais il doit aussi expliquer à ce patronat et tout particulièrement aux grandes entreprises, aux ETI ainsi qu’aux « grosses PME » (plus de 50 salariés) que le temps n’est plus à la naïve confiance dans la vertu des mécanismes de marché, dans la croyance aux théories du « ruissellement » et autres sornettes.

La main invisible, qui peut encore y croire?

Le temps de l’État stratège est revenu, avec ses moyens qui peuvent être considérables, mais aussi ses exigences. Car l’État œuvre pour le bien public.  Nous vivons encore dans la théorie, certes modernisée et rhabillée, de la « main invisible d’Adam Smith » pour qui l’intérêt général se confond avec les sommes des intérêts individuels. Or l’histoire économique et sociale de ces dernières décennies a clairement montré que la concentration des richesses et du pouvoir aux mains d’une petite oligarchie mondialiste et mondialisée, servie par des classes politiques complices ou aveugles, pouvait largement nuire aux intérêts des nations et des peuples. De sorte que la stratégie de redressement de la France doit être pilotée et l’argent public consacré à cette grande mission doit être fléché vers ce qui sert le plus au pays : l’emploi. Pas d’emplois nets créés par l’entreprise, pas d’aides publiques. C’est clair, net et précis. Et c’est à prendre ou à laisser !

On nous répondra « complexité, bureaucratie, contraintes, lourdeur, ingérence, etc. ». L’éternelle antienne du laisser-faire, laisser-passer des libéraux, rajeunie dans un « donnez-nous l’argent, on saura quoi en faire ! ». L’hypothèse libérale de base d’un antagonisme viscéral entre le public et le privé doit être battue en brèche. La vérité est qu’il y aura bien assez d’entreprises et de patrons pour comprendre l’enjeu enthousiasmant de ce nouveau pacte productif et social et créer une dynamique vertueuse et autoentretenue.

Les élections cruciales de 2022 seront l’occasion pour les Français de faire un choix entre deux modèles. L’un toujours mondialiste, euro-fédéraliste, libre-échangiste, immigrationniste et insouciant aux immenses déséquilibres financiers du pays. L’autre tenant de l’échange juste et équilibré, favorable au retour de souverainetés nationales trop facilement abandonnées à la souveraineté européenne, rempart contre certaines immigrations au bilan très contestable et attaché au retour de nos équilibres financiers gages de l’indépendance de la France.

Sainte-Sophie transformée en mosquée: derrière la consternation…

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Sainte Sophie à Istanbul. En haut à droite, la coupole © FRED SCHEIBER/SIPA/SIPA Numéro de reportage: 00972561_000002

L’Occident se désole de voir l’ancienne basilique transformée en mosquée par Erdogan. En s’emparant de Constantinople en 1453, Mehmed II avait déjà fait recouvrir l’image du Christ qui ornait la coupole par une calligraphie arabe, et caché les visages des anges qui la soutiennent.


Après une procédure judiciaire dont nul n’ignorait que son résultat était joué d’avance, il n’aura donc fallu qu’un simple décret au président Erdogan pour redonner à Sainte-Sophie le statut qu’elle avait avant 1934, à savoir celui d’une mosquée.

La décision du sultan est cohérente

Ce geste pourrait sembler normal à un observateur détaché de considération symboliques : la société turque est actuellement musulmane dans une proportion très largement majoritaire, et elle s’est engagée depuis une vingtaine d’années dans une politique de ré-islamisation qui la conduit à remettre en cause peu à peu tout l’héritage laïc issu de l’époque kémaliste. D’un point de vue strictement utilitariste, il est donc totalement cohérent que le pouvoir affecte à la religion professée par sa population un édifice religieux aussi vaste.

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Mais le fait est que ni le geste d’Erdogan, ni sa réception en Occident, ne se cantonnent au registre strictement utilitaire. Car faire de Sainte-Sophie une mosquée n’est pas simplement changer l’affectation d’un musée : c’est poser un acte symbolique dont la portée conflictuelle ne peut être ignorée.

Une décision qui s’inscrit dans une Histoire longue

La basilique fut en effet construite au VIe siècle au cœur de Constantinople, précisément à l’époque où Justinien s’employait à reconquérir les terres de l’ancien empire d’occident en assumant la prétention à la domination universelle qui lui venait de Rome, bien qu’elle fût désormais placée sous le signe de la foi chrétienne. L’architecture même de la basilique fut donc conçue pour refléter cette ambition : elle fut dotée d’une gigantesque coupole, figure du cosmos, dominée par  l’image triomphante d’un « Christ pantokrator ». Pendant plus de neuf cents ans Sainte-Sophie fut ainsi le « saint des saints » de l’empire byzantin, le lieu du couronnement de ses souverains et le siège de ses Patriarches. Jusqu’à ce que le conquérant turc Mehmed II finisse par prendre la ville en 1453 pour en faire aussitôt sa capitale, transformant au passage la basilique en mosquée. Car les Ottomans reprirent à leur tour la prétention impériale de la seconde Rome, cette fois-ci sous le drapeau vert de l’islam : ils poursuivirent en son nom une vigoureuse politique d’expansion qui fit de la Sublime Porte le centre d’un empire étendu sur trois continents, de l’Afrique du Nord à la Mésopotamie et de la Hongrie au Yémen. A l’heure où la Turquie intervient politiquement face à l’Union Européenne, et militairement à la fois en Syrie et en Libye le symbole est donc on ne peut plus clair : l’empire est de retour, à la fois dans sa dimension politique (influence directe dans l’ancienne aire ottomane) et religieuse (promotion de l’islam face christianisme).

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Tous les partisans d’une entente paisible entre les religions ne peuvent que le déplorer, et ceux qui pensent que le « choc des civilisations » est un concept exclusivement occidental feraient bien d’y réfléchir…

Derrière les calligraphies

Une chose cependant semble échapper au président Erdogan, comme elle échappera certainement à la majorité des fidèles qui, le 24 juillet prochain, se presseront certainement pour la première prière musulmane célébrée dans la basilique depuis 1934 : le changement d’affectation d’un bâtiment, quel qu’il soit, ne sera jamais capable d’effacer sa destination première, pour laquelle il fut à la fois pensé et construit.

Lorsqu’on déambule à Cordoue sous les arcades rouges et blanches de la cathédrale, on ne peut ignorer que l’on est au sein d’un édifice conçu pour être une mosquée, dont le mihrab indiquera pour toujours la qibla. Et sous les calligraphies ottomanes, au sommet de la coupole de Sainte-Sophie, c’est à jamais l’image du Christ en gloire qui trônera sur l’univers…

Les Verts entendent «dégenrer» les cours d’écoles

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Eric Piolle © ALLILI MOURAD/SIPA Numéro de reportage: 00970154_000036

Les cours de récréation sont accusées par les élus EELV d’être conçues pour favoriser les activités des garçons, au détriment des filles. Avec leur sens des priorités bien connu, les mairies vertes entendent y remédier.


Alors que les dernières élections municipales ont montré à quel point notre démocratie était malade et à quel point le président qui devait la renouveler était rejeté, les commentateurs ont essayé de faire croire à un phénomène politique émergent : l’existence d’une vague verte, alors que les chiffres montrent à peine un clapotis. Du coup, puisqu’en politique, ce qui est cru peut fort opportunément occulter ce qui est réel, Europe-Ecologie-Les-Verts entend bien occuper le terrain qui lui est ainsi cédé et mettre en avant ses solutions pour l’avenir. Histoire de prendre date, comme on dit. Le parti veut donc mettre en avant ses expériences innovantes.

L’aménagement urbain comme moyen de rétablir l’égalité femmes/hommes apparait pour ce qu’il est: une escroquerie intellectuelle

La dernière en date : les cours d’école « dégenrées ». Selon Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble : « Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution : débitumiser, dégenrer, végétaliser et potagiser! ». On ne sait pas trop si cela signifie que les femmes appartenant plutôt à la nature et les hommes à la culture – selon d’anciennes distinctions genrées – créer un potager au centre de la cour devrait les amener à réoccuper l’espace le plus visible. Et puis le potager, c’est l’étape avant la cuisine. Cela permet aux filles de s’adapter en douceur à leur futur biotope. À moins que la fille relevant de l’espace domestique, elle ne puisse trouver son bonheur qu’en faisant de la décoration végétale d’extérieur. En tout cas il est manifestement impensable qu’elle puisse aimer les jeux de ballon.

La stupidité le dispute à l’inefficacité

Autre problème, d’après la lecture « genrée » de la cour d’école, les garçons en occuperaient le centre et les filles, la périphérie. Or cette vision qui voit ceux qui sont en périphérie comme écarté du pouvoir ne serait-elle pas affreusement masculino-genrée ? la position de l’observateur est souvent décentrée, décalée pour être plus pertinente et recueillir le maximum d’informations. Le pouvoir ne s’exhibe pas toujours, et se décentrer peut être plein d’avantages. Mais surtout cette vision est marquée par un manque de nuance et de finesse qui amène à des positions politiques dont la stupidité le dispute à l’inefficacité. Il suffit de lire la présentation de cette question dans un organisme de formation pour élus à visée progressiste, monmandatlocal.fr. Au moins la présentation assume-t-elle sans complexe généralisation hâtive et simplification abusive : « La ville est faite par les hommes, ce qui a pour conséquence d’en faire un espace dédié aux pratiques masculines. Cela n’est pas surprenant dès lors que l’on considère que l’urbanisme reflète notre société et consiste en fait en la prescription inconsciente des rôles genrés. »

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Or pour qui est femme, le problème n’est pas tant l’urbanisme que l’éducation des hommes et leur environnement mental. Selon que ceux-ci ont été élevés et ont grandi dans un milieu pour qui l’égalité en dignité humaine et en droit des êtres humains est la base, ou selon qu’ils se sont construits en estimant qu’un sexe doit dominer l’autre, les réalités que les femmes auront à affronter seront différentes. Refuser l’égalité aux femmes, c’est en faire d’éternelles mineures, à jamais propriété de leurs pères, frères ou époux. C’est cette infériorité qui explique que dans certains quartiers seuls les hommes occupent l’espace public. Etant vouées à l’intime, les femmes n’ont rien à faire dehors. En revanche ce constat ne se vérifie pas partout, il suffit de se promener au cœur de Paris. Face à cette réalité, l’aménagement urbain comme moyen de rétablir l’égalité femmes/hommes apparait pour ce qu’il est : une escroquerie intellectuelle qui permet aux politiques de se laver les mains des droits des femmes tout en revendiquant un investissement féministe. Ils élèvent la tartufferie au rang d’art.

À Paris, les mêmes voulaient élargir les trottoirs

C’est ainsi que la recommandation de certaines féministes françaises, confrontées au harcèlement de rue que subissaient les femmes aux alentours de la Porte de la Chapelle – harcèlement lié à la présence de migrants et d’hommes éduqués dans un milieu où la femme n’est pas l’égale de l’homme mais sa servante ou sa proie – fut de proposer que l’on élargisse les trottoirs… Or le problème venait de mentalités archaïques, inadaptées à nos libertés civiles et réactivées par la montée d’un islam politique qui a fait du refus de l’égalité de la femme, le cheval de Troie de son attaque contre la démocratie et la laïcité. On voit donc que pour défendre l’égalité femme/homme, il ne suffit pas d’arracher le bitume des cours d’école. La dégradation de la condition de la femme dans certains territoires est d’abord liée à la réalité de sa condition d’inférieure dans la plupart des pays d’Afrique ou du Maghreb et est encore accentuée par l’emprise croissante d’une idéologie politico-religieuse qui la considère comme impure, fait du refus de l’égalité une prescription divine et lui demande d’exhiber son acceptation de sa condition inférieure par le port du voile.

Or ces exigences qui pèsent sur certaines catégories de femmes ne cessent de se renforcer. C’est cela qui devrait poser question aux politiques. Mais justement, sur ce dossier faire preuve de courage est coûteux, surtout en matière de clientélisme.

De la poudre aux yeux

Voilà pourquoi Eric Piolle « dégenre » à tout va à coups de pelleteuse, mais confronté à une offensive liée à l’islam politique et s’attaquant directement à l’égalité entre les hommes et les femmes dans sa ville, il s’est révélé parfaitement veule. En effet, Grenoble a été la cible de ces activistes d’Alliance citoyenne qui, de d’Aubervilliers à Lyon, essaient d’imposer le port du voile partout et jusque dans les bassins. Leur combat visant à installer par la force et le refus du règlement le burkini dans les piscines publiques a été très médiatisé et, là, le maire n’a rien eu à dire sur le sexisme revendiqué par ce signe qui fait de la femme un être sale et inférieur.

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Tout comme les écologistes politiques trichent en faisant du nucléaire, le mal absolu alors que les trajectoires identifiées par le GIEC pour lutter contre le réchauffement climatique s’appuient sur une part de nucléaire dans la stratégie énergétique, l’écologie politique se fourvoie en croyant qu’elle fera progresser la cause des femmes en réaménageant les espaces urbains et en faisant la promotion de l’écriture inclusive. Le pire c’est qu’elle le sait parfaitement et c’est justement parce qu’elle a renoncé à mener la lutte pour l’égalité qu’elle s’achète une conscience en tenant un discours sur le genre. Et si pour EELV la volonté de « dégenrer », loin d’être une étape dans la lutte pour l’égalité, n’en symbolisait que l’hypocrite abandon ?

Silence coupable

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Roselyne Bachelot peut toujours se souvenir d’André Malraux les larmes aux yeux…

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Albert Marquet, L'Atelier à Marseille, 1916

Pas de culture française! Pas de drapeau français! Pas de soldat inconnu! Pas de réel défilé!


« Me retrouver hier dans le bureau d’André Malraux, les larmes me sont montées aux yeux. Parce que, figurez-vous que quand j’étais petite fille, avant que le Général de Gaulle revienne au pouvoir – je revois – André Malraux venait chez mes parents et il y avait une grande salle à manger et je me cachais sous la table de la salle à manger. J’étais la petite fille de la Vème République, comme j’ai intitulé un de mes livres, et j’écoutais tous ces gens extraordinaires, tous les compagnons de Résistance de mon père et j’ai écouté, petite fille, André Malraux discutant avec mon père. Tout ça, ça remontait en grandes bouffées. C’était assez… c’était d’une émotion puissante. » Ainsi s’exprimait Roselyne Bachelot, devant un journaliste du Parisien, au lendemain de sa nomination à la tête du ministère de la culture. Puissent lui remonter, au milieu de ses « grandes bouffées » de souvenirs, quelques déclarations d’André Malraux relatives à la France, à l’Europe, à l’art et à la politique :

– « Nous savons désormais qu’on ne sera pas d’autant plus homme qu’on sera moins français. » Roselyne Bachelot saura-t-elle pousser le gouvernement à rompre avec l’universalisme droit-de-l’hommiste qui ne cesse de diffamer l’identité française ?

– « Pour le meilleur comme pour le pire, nous sommes liés à la patrie. Et nous ne ferons pas l’Europe sans elle. » Saura-t-elle pousser ses amis à rompre avec une Europe qui ne fait que creuser la tombe de notre civilisation en enterrant les nations ?

– « Comme l’amour, l’art a ses impuissants et ses imposteurs. » Saura-t-elle rompre avec ces impuissants et ces imposteurs qui attendent de l’argent public qu’il transforme leurs citrouilles en carrosses ?

– « On ne fait pas de la politique avec de la morale, on n’en fait pas sans non plus. » Saura-t-elle se souvenir des deux termes de ce dilemme et ne pas se réfugier sous la table du conseil des ministres lorsque toute morale aura disparu de la vie politique.

On ne succède pas en même temps à Malraux et à Jack Lang

Aura-t-elle une force d’âme suffisante pour succéder à André Malraux et non pas à ce « cher » Franck Riester qui n’aura été qu’un énième successeur de Jack Lang ? Pour cela, il faudrait que, au-delà de la conscience de la situation matérielle dans laquelle se trouvent les Français, la ministre prenne de toute urgence la mesure de la situation spirituelle dégradée dans laquelle se trouve le pays depuis des années.

Quelle est cette situation ?

Pas de réel défilé militaire ce 14 juillet. Ainsi en a décidé le Président de la République. Mais l’Arc de Triomphe, d’où partaient nos armées pour descendre l’avenue des Champs-Elysées, sera bel et bien empaqueté à l’automne 2021 par Christo. Il vient de mourir ? Qu’à cela ne tienne ! Le projet est maintenu. L’Elysée l’a confirmé. A la différence du Pont-Neuf empaqueté en 1985, l’Arc de Triomphe n’est pas neutre. C’est un lieu emblématique, un lieu sacré de la Nation où repose un soldat français mort pour la Patrie et sous lequel se déroule quotidiennement le ravivage de la flamme du souvenir.

Se réinventer avec Christo pour mieux ensevelir l’idée de nation

Le Président Emmanuel Macron souhaiterait-il impressionner les Français par une réalisation spectaculaire et ainsi les amener, à la veille de l’élection présidentielle, à admettre que ce n’était pas sans raison qu’il avait déclaré à Lyon en février 2017 qu’il n’y avait pas de culture française ? Car Christo n’était pas français, il avait quitté la Bulgarie pour la France en 1958 et s’était installé en 1964 à New York où il avait pris la nationalité américaine.

Dimanche à Port-en-Bessin, Georges Seurat, 1888
Dimanche à Port-en-Bessin, Georges Seurat, 1888
La Fête nationale au Havre", Albert Marquet, 1906
La Fête nationale au Havre, Albert Marquet, 1906

« Moi, l’art français, je ne l’ai jamais vu », avait répété le candidat Macron quinze jours plus tard à Londres. Chaque Français pourra donc se « réinventer » avec le Président et ce d’autant plus aisément qu’il n’y a aucun art français dans cet empaquetage. Il n’y a même aucun art. Tout juste une manie de lilliputien rêvant de déménager les appartements de Gulliver.

En pleine crise des gilets jaunes, le pouvoir inaugurait au pied du grand escalier de l’Opéra Garnier deux pneus de tracteurs dorés à la feuille d’or. Devant cette réalisation d’un artiste dont la vulgarité est sans doute, aux yeux de ses promoteurs, la preuve qu’il n’y a pas de culture française, que fit l’opposition ? Comme à son habitude, elle se réfugia sous la table, craignant plus que tout d’être ringardisée par les médias.

A peine le pays sortait-il de la crise du coronavirus que l’on vit le pouvoir s’apprêter à mettre un genou à terre devant les manifestants anti-blancs, désavouer nos policiers, se mettre à douter devant des racialistes qui appelaient à déboulonner la statue de Colbert, et finalement livrer la place Charles-de-Gaulle et son Arc de Triomphe aux équipes de Christo. En octobre 2021, celles-ci « déboulonneront », à leur manière, l’effigie du soldat inconnu qui a sûrement à se faire pardonner d’avoir donné sa vie pour son pays.

L’idéologie diversitaire contre la France

Depuis une trentaine d’années, certains responsables politiques, certains ministres et pas des moindres, un président de chambre haute également, eurent entre les mains un projet d’exposition conçu au départ pour le bicentenaire de la Révolution française.

Intitulé Bleu, blanc, rouge, les couleurs de la France dans la peinture française, ce projet était aux antipodes du défilé que le publicitaire Jean-Paul Goude imagina à la demande du Président François Mitterrand pour célébrer, à rebours de toute idée de patrie et de nation, l’idéologie diversitaire. Avec près de cent-cinquante peintures, ce projet d’exposition se proposait de faire prendre conscience aux Français, notamment aux plus jeunes, du caractère singulier de leur drapeau : si celui-ci était l’emblème d’une révolution politique, il était aussi celui d’une révolution esthétique. Encore eût-il fallu que nos élus, à genoux devant Bruxelles, n’aient pas secrètement rayé de notre Constitution le second alinéa de son article 2 : « L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge ».

L’emblème d’une peinture révolutionnaire née en France

L’insistance avec laquelle nos plus grands peintres de Manet à Picasso se plurent à le faire figurer dans leurs œuvres et à en faire parfois le sujet essentiel de leurs tableaux ne laisse pas d’étonner. Accompagnant le développement de la peinture moderne, il s’est en effet prêté à tous les styles, comme si – au-delà du symbole de la révolution française – il entendait également devenir, avec les impressionnistes, les fauves et les cubistes, le symbole de la grande révolution de la peinture moderne. Aucun autre drapeau n’eut cet honneur.

Il existe à cela des raisons historiques. La rencontre entre la nouvelle génération de peintres en rupture avec l’art officiel de leur temps et les généreux pavoisements de la Troisième République en est une. Le sentiment patriotique, exacerbé par la défaite devant la Prusse en 1871 et la conscience d’appartenir à une nation en charge des progrès du genre humain jouèrent sans doute également leur rôle. La raison essentielle est cependant ailleurs : avec ses deux couleurs primaires de part et d’autre du blanc, notre drapeau se prêtait magnifiquement à cette aventure picturale qui consistait à soumettre davantage le sujet représenté à la palette du peintre.

Le rejet d’un art officiel

S’il est possible de lire dans La rue Montorgueil de Monet ou dans La rue Mosnier de Manet une adhésion aux valeurs de la République, nous sommes loin, avec ces deux œuvres, de cette Liberté guidant le peuple par laquelle Delacroix voulut faire connaître son approbation des trois journées de juillet 1830. Malgré l’admiration que lui portaient les jeunes générations et un rejet commun de l’académisme, Delacroix s’inscrivait dans la continuité du grand art de la Renaissance. Il en était en quelque sorte le dernier soubresaut.

La rue Montorgueil, Monet 1878
La rue Montorgueil, Monet 1878
La Rue Mosnier aux drapeaux, Manet 1878
La Rue Mosnier aux drapeaux, Manet 1878

Pour Monet et ses amis, la distance avec le réel en dehors de laquelle il n’y a pas de création n’était ni celle des grands arts religieux depuis Sumer, ni celle, moins évidente, du rêve somptueux qui enivra l’Italie de Florence à Venise. Cette distance avec le réel était celle d’une peinture qui se voulait autonome, toute entière tendue vers ce que Georges Braque appellera le « fait pictural ». D’où la querelle, l’une des plus importantes de l’histoire de l’art, entre les Indépendants et les Officiels dont la virtuosité « photographique » au service de l’histoire et de la mythologie arracha ces mots à Cézanne : « Horriblement ressemblant ! ».

Vincent Van Gogh, 1886
Vincent Van Gogh, 1886

Si la révolution de 1789 fut une récusation de l’absolutisme royal et des privilèges, la révolution de la couleur et de la forme fut, avec les impressionnistes, les fauves puis les cubistes, une récusation de l’art officiel du XIXème siècle dont le contresens sur la nature de la création bénéficiait du soutien aveugle des institutions.

Il suffit de réunir une centaine d’œuvres où figure notre drapeau pour que celui-ci nous apparaisse comme appelé à abriter et symboliser le génie de la peinture moderne. Les Indépendants ne s’y sont pas trompés qui, saisissant l’opportunité que leur offraient nos fêtes du 14 juillet, nos rues pavoisées ou nos bords de mer, sont allés jusqu’à en faire l’un de leurs sujets de prédilection.

La France à l’origine d’une renaissance mondiale des arts ignorés

Ce n’est pas un hasard si cette révolution qui eut lieu en France et inaugura le règne de la liberté de l’artiste, fut à l’origine de la résurrection, sur tous les continents, des formes les moins idéalisées, les moins soumises au réel. Aussi notre drapeau, qui a fait le tour du monde avec nos plus grands peintres, loin d’être celui d’un pays replié sur lui-même, est-il celui d’un pays qui peut s’enorgueillir d’avoir ouvert la voie, pour la terre entière, à une fabuleuse renaissance d’œuvres longtemps considérées comme maladroites du fait du préjugé de l’art comme « imitation de la nature ».

L'Atelier à Marseille, Albert Marquet 1916
L’Atelier à Marseille, Albert Marquet 1916

Si, quittant les sentiers battus de la puérilité et de ce que l’on pourrait appeler le « contresens culturel par lâcheté », nos gouvernants avaient le souci de renforcer l’unité du pays par de grandes manifestations ne s’adressant ni à des individus ni à des consommateurs mais à des citoyens français fiers de ce que leur pays a apporté au monde, si la nouvelle ministre en charge des affaires culturelles avait l’ambition de renouer avec une certaine idée de la culture française et l’imagination de la partager avec un public le plus large possible, alors nous pourrions peut-être commencer de dire que la France est de retour.

André Mare, L’Armistice 1918, carnet de guerre
André Mare, L’Armistice 1918, carnet de guerre

 

Les couleurs de la France

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Richard Millet: hideux silence

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Richard Millet en 2005. Photographe : Hannah Assouline

Richard Millet continue de publier mais demeure ostracisé


Deux livres de Richard Millet ont paru ces derniers mois, lesquels furent accompagnés d’un silence médiatique, qui bien qu’habituel depuis qu’est survenue sa mise au ban de la république des lettres, il y a bientôt huit ans, n’en est pas moins révoltant. Comment se peut-il que dans ce qui fût jadis la nation littéraire par excellence, un auteur traduit dans de multiples langues, plusieurs fois primé, auquel ont été consacrés thèses doctorales et numéros de revues littéraires, soit à ce point ignoré, désormais ?

Quel forfait a-t-il bien pu commettre pour mériter cela ?

Il serait probablement inutile de revenir une énième fois sur l’affaire dite Richard Millet, au sujet de laquelle tout ou presque a été dit, notamment par le remarquable livre de Muriel de Rengervé.

Cette affaire a moins tenu à une sincère critique, laquelle a peu ou prou disparu, qu’à une volonté de mise à mort d’un concurrent sulfureux, qui avait eu par ailleurs, le malheur d’ajouter à son talent d’écrivain, les succès d’édition.

La vertu satisfaite

Il est certain que la plupart des pétitionnaires qui exigèrent son licenciement, c’est-à-dire sa mort sociale, n’ont pas même pris le temps de lire L’éloge littéraire d’Anders Breivik, soutenant fallacieusement qu’il y était fait littéralement l’éloge d’un monstrueux assassin, de même que d’autres continuent d’affirmer que Millet se serait autoproclamé, être le dernier écrivain.

Cette paresse, toute contemporaine, ne serait blâmable, si elle ne s’était transformée en lynchage. Quelle satisfaction ont-ils pu trouver à obtenir la tête d’un homme et a fortiori l’un des leurs ? Comment des écrivains ont-ils pu vouloir faire taire un autre écrivain ? Cela, je ne me l’expliquerai jamais.

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« Je n’ai jamais hué personne » a écrit Bernard Delvaille, cité à cette époque par Michel Crépu, alors Directeur de La Revue des Deux Mondes, dans Libération.

Pour ma part, je crois n’avoir jamais hué personne et j’espère ne jamais jeter la première pierre. Ce commandement, Annie Ernaux ou Tahar Ben Jelloun pour ne citer qu’eux, l’ont oublié et devraient aujourd’hui, se retournant sur leurs méfaits, être pris par la honte, si cette inquisition n’avait pas été mue sans doute par une sorte de satisfaction intérieure que donne la vertu.

C’est une chose assez hideuse que le succès

Richard Millet est, je le crois, un très grand écrivain, un missionnaire de la syntaxe, qui dans une quête quasi sacrée, s’attache à ne pas abandonner la langue française, laquelle survit ainsi encore dans ses livres.

Qui n’a pas lu Ma vie parmi les ombres, La Voix d’alto, Le goût des femmes laides ou La nouvelle Dolorès est passé à côté d’immanquables de la littérature contemporaine.

Le sentiment de la langue, L’enfer du roman, L’être-bœuf ou Israël depuis Beaufort valent aussi que l’on s’y arrête, ses romans n’étant pas, comme certains l’aimeraient, dissociables au sein de son œuvre.

Millet est un bloc. Un bloc certes, mais d’un granit qui présente désormais quelques fissures, usé qu’il est, tant par le temps et les épreuves, que par l’injustice dont il est victime.

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Sans doute a-t-il fini par considérer que « c’est une chose assez hideuse que le succès » comme l’écrivait Victor Hugo. C’est là, la conviction d’un solitaire qui a, peut-être sans se le dire, cherché la déréliction, mais aussi ce par quoi se rassure celui qui a été voué aux gémonies.

Personne ne peut croire, en tout cas raisonnablement, qu’il puisse jouir ni de cette position sacrificielle, ni de cet ostracisme dont il est frappé. S’il y a quelque chose d’hideux dans le succès, il y a quelque chose qui ne l’est pas moins dans les chasses à l’homme et les purges. Il y a quelque chose d’hideux dans le silence qui l’entoure.

L'Affaire Richard Millet: CRITIQUE DE LA BIEN-PENSANCE

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