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Jacques de Bascher ou le désœuvrement


Jacques de Bascher était « le diable fait homme avec une tête de Garbo », selon son mécène Karl Lagerfeld


La réédition en poche de cette biographie du dandy parisien Jacques de Bascher, que l’on doit à la journaliste de Libération Marie Ottavi, est l’occasion idéale de se replonger dans le monde si effervescent de la mode et du luxe à Paris, au cours des deux décennies 60 et 70. Ce fut une période ponctuée d’inoubliables fêtes, qui brillèrent de manière fastueuse, et dont les acteurs sortirent pour la plupart brisés par tant de frivolité effrénée. Jacques de Bascher fut l’un des rois de ces fêtes de la nuit, s’y jetant à corps perdu jusqu’à en mourir.

Un dandy fin de siècle

Personnage de dandy fin de siècle, né à Saïgon en 1951, Jacques de Bascher ressent très tôt la vocation mondaine. D’une beauté stupéfiante, très intelligent, mais aussi cultivant le vice et la débauche comme certains voyous flamboyants des livres de Genet, son destin singulier consista à faire prospérer ses propres « fleurs du mal » dans une époque de pleine liberté. La rencontre décisive fut celle de Karl Lagerfeld, au début des années 70, dans une boîte de nuit parisienne. « Leur complicité est immédiate, raconte Marie Ottavi. Karl Lagerfeld aime les personnalités hors norme et les gens qui ne lui ressemblent pas. » Lagerfeld dira de lui, par la suite : « Il était le Français le plus chic que j’aie connu. » Le couturier prend Jacques de Bascher sous son aile. Lagerfeld sera, à proprement parler, son mécène ‒ pas question en effet de faire de son protégé un vulgaire gigolo. Si ce n’est pas exactement de l’amour, du moins c’est une très grande amitié qui lia les deux hommes, une entente avant tout intellectuelle, et d’ailleurs tout à fait chaste. Lagerfeld financera l’existence de dandy de Bascher, lui permettant ainsi de la vivre sans aucune restriction. Le contrat tacite qui les unissait consistera exclusivement en l’exigence réciproque de la beauté. Bascher sera à ce titre un des inspirateurs principaux du génie créateur de Lagerfeld.

Une quête de la perfection dans le désœuvrement

Ce qui caractérisait avant tout Jacques de Bascher était son désœuvrement. Marie Ottavi rapporte ce commentaire de Lagerfeld, que je trouve très perspicace : « J’admirais sa désinvolture et son absence totale, presque cynique, de toute ambition carriériste. Il n’a jamais rien appris. » Il fallait juste, pour Bascher, que le moment qu’il vivait fût sublime, intense comme un bonheur unique. Marie Ottavi précise : « Capable de tout, il ne produit rien en dehors de lui-même. Il est dans le paraître qu’il peaufine jour après jour. Cette œuvre-là est sans fin. » Dans sa quête de la perfection, Bascher est influencé par certains livres, que Marie Ottavi nous cite ‒ sans peut-être, selon moi, assez insister sur l’importance centrale de la littérature pour Bascher (le court chapitre 21 du livre de Marie Ottavi s’intitule pourtant « Dandy de bibliothèque »). Proust et d’Annunzio sont présents, et aussi Oscar Wilde, ou encore les romans cultes Tonio Kröger de Thomas Mann et Là-bas de Huysmans. Liste non limitative.

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La célébration de la décadence extrême

Néanmoins, dans ce qui remplissait avant tout l’oisiveté de Jacques de Bascher, il y avait la nuit. Il était un noctambule d’exception. Marie Ottavi, pour évoquer cette java ininterrompue que fut sa jeunesse, retrace tous les lieux de fête qui existaient à l’époque (ils ont quasiment tous disparu, désormais). Bascher organisa lui-même certaines soirées, dont quelques-unes devaient rester dans toutes les mémoires. Ainsi, par exemple, celle qui se déroula à la Main bleue, le 24 octobre 1977, baptisée de manière énigmatique (et inquiétante) « Moratoire noir(e) ». Bascher y apporta toute son expérience, notamment celle qu’il avait acquise à l’occasion de ses fréquents voyages aux Etats-Unis, dans les boîtes new-yorkaises. Ce « Moratoire noir(e) », décrit en détail par Marie Ottavi, laissa un goût de cendre dans la bouche de nombre de participants. Karl Lagerfeld, allergique à la cohue, ne fit prudemment qu’y passer un instant très bref, se méfiant du potentiel de dépravation de son ami, qu’il ne sous-estimait pas. Bascher a du reste toujours revendiqué une sorte de décadence, et s’en est voulu le symbole extrême. Il dira, fort lucidement, dans une interview : « Décadent […], c’est une façon sublime de choir. C’est un très lent mouvement vers le bas qui est empreint d’une immense beauté. Ça peut être une façon de s’autodétruire d’une façon sublime et tragique. »

L’impossible rédemption

Les années passaient, et Jacques de Bascher se rendait bien compte que la vie qu’il menait, si inimitable fût-elle, n’aboutissait à rien. Il y avait un fonds catholique sincère, chez lui, aussi paradoxal que cela puisse sembler, sans parler de ses convictions monarchistes. La trentaine venue, il éprouvait l’impression de ne toujours pas se réaliser complètement, de rester dans l’immaturité. Marie Ottavi le note : « les largesses de Karl ont conservé Jacques sous cloche, dans un confort pernicieux ». Vers le début des années 80, dans la société, « le dilettantisme est passé de mode », remarque Marie Ottavi. Bascher, lorsqu’il était adolescent, voulait devenir écrivain. Il attendit trop et ne s’y mit jamais. On possède juste deux articles de lui, intitulés l’un et l’autre « Hommage à David Hockney », et parus en 1980 dans L’Officiel. Marie Ottavi les mentionne dans sa bibliographie, mais on aurait aimé les lire en annexe, pour se faire une idée du style de l’écrivain qu’il aurait pu être. Bascher avait en outre tourné un court métrage sur la mode, en 1977, « qui s’avère, nous dit Marie Ottavi, le premier fashion movie de l’histoire », et qui est dédié à la maison Fendi. Hélas, les rares velléités artistiques de Bascher s’arrêteront là. Sa vie ressemblait tellement à une fiction parfaite, qu’il a négligé d’en créer une seconde par l’imaginaire.

Ce livre de Marie Ottavi sur Jacques de Bascher est une mine de renseignements, en particulier sur sa mort précoce due au sida, en septembre 1989. On rêve volontiers à ce que d’autres plumes acérées auraient pu nous offrir à partir d’un destin si rempli d’originalité. L’écrivain Patrick Mauriès eût certainement ajouté, avec la concision brillante qu’on lui connaît, un portrait pittoresque à sa collection d’étranges caractères du temps passé. Le regretté Patrick Thevenon lui-même, s’il n’était mort (la même année que Bascher), en eût volontiers, lui aussi, tiré un dernier roman, désespéré et narquois. Bascher fut certes un dandy maniéré, extravagant, figé dans son élégance intrinsèque, une sorte d’« automate », comme l’écrivait Drieu la Rochelle d’un autre ange déchu, dans son Adieu à Gonzague. Mais le livre de Marie Ottavi, en insistant sur des aspects plus intimes du personnage, nous montre finalement que Jacques de Bascher valait mieux que la réputation scandaleuse que des jaloux lui ont faite.

Marie Ottavi, Jacques de Bascher, dandy de l’ombre. Éd. Plon, collection de poche « L’Abeille ».

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Delmer Daves: de bruit et de fureur

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Arizona, 1870. La guerre fait rage entre les Blancs et les Apaches. Ancien éclaireur, Tom Jeffords apprend le chiricahua, puis se rend dans la montagne pour rencontrer Cochise et lui faire des propositions de paix. Accepté comme hôte du camp Apache car auparavant, il avait soigné un de leur jeune guerrier, il s’éprend d’une Indienne d’une merveilleuse beauté, Sonseeahray, (littéralement, l’étoile du matin)…


Adapté d’un roman d’Elliott Arnold par le scénariste Albert Maltz, La flèche brisée est l’une des plus belles œuvres de Delmer Daves, dont la filmographie contient plusieurs perles rares du film noir (Les Passagers de la nuit…), du western (particulièrement les splendides La Dernière caravane, La Colline des potences et 3h10 pour Yuma…) et du mélodrame (La Soif de la jeunesse, Susan Slade…).

La Flèche brisée à la fois âpre, tendre et cru, est fondée sur une réalité historique à peine romancée. Les efforts communs de l’éclaireur Jeffords et du chef rebelle Cochise pour la paix sont contestés et entravés par des actions d’une grande violence commises par les  jusqu’aux boutistes de chaque camp : militaires bellicistes, propriétaires terriens rapaces, chefs indiens ambitieux tel l’implacable Geronimo, farouche mais lucide. Tom Jeffords, magistralement interprété par un James Stewart tout en nuance, est accusé de trahir les siens et de collaborer avec les Apaches. Il devient très vite pour ses compatriotes un adversaire à éliminer.

Quand Delmer Daves filmait le Grand Remplacement des Apaches

La haine de nombreux blancs envers les Amérindiens est à son comble et ils feront payer très cher à Jeffords son entreprise pacifiste et humaniste. La Flèche brisée est l’un des premiers westerns qui montre que les Amérindiens furent victimes d’un grand remplacement civilisationnel. Au nom du progrès, mais surtout de leurs intérêts économiques et personnels, les hommes blancs dépossédaient de leurs territoires ancestraux et de leurs moyens de subsistance des Apaches poussés au désespoir. Apaches que Delmer Daves s’emploie à dépeindre avec une précision ethnologique.

Mais ce cinéaste humaniste et bienveillant n’en décrit pas moins les pulsions de violence  et de mort qui peuvent s’emparer de tous les êtres humains, même les pacifistes lorsque l’on touche à leurs proches.

Western fulgurant, La Flèche brisée est aussi une histoire d’amour entre Tom Jeffords et la belle princesse Apache, interprétée par l’étincelante Debra Paget. Il en fait des moments de beauté idyllique et de pure poésie accordés brièvement aux personnages dans un monde où règnent la violence, le bruit et la fureur.

La Flèche brisée de Delmer Daves.

États-Unis – 1950 – 1h33

Interprétation: James Stewart (Tom Jeffords), Jeff Chandler (Cochise), Debra Paget (Sonseeahray (‘Étoile du Matin’)), Arthur Hunnicutt (Milt Duffield, le directeur du service postal), Will Geer (Ben Slade, l’éleveur)…

Diffusion sur arte.tv

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Entre Schnitzler et Amiel…

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Le billet du vaurien


Arthur Schnitzler disait du Viennois qu’il avait un flair particulier pour détecter le grotesque dans le pathétique et le ridicule dans l’excessive affirmation de soi. J’ai trouvé cet héritage viennois dans mon berceau. Est-ce de ma mère que j’ai hérité ce mélange de nostalgie et de snobisme, de mélancolie et de dérision , d’hypocondrie et de sensualité si caractéristiques du génie viennois ?

Mon côté « Amiel », en revanche est plus évident: puritanisme, austérité, goût pour l’introspection et la pédagogie. Certitude surtout que le plaisir est doublement illusoire: non seulement, il se paie au prix fort, mais encore il trahit toujours ses promesses. C’est tout au moins la leçon que j’ai retenue de mon père.

Un double héritage

Avec Schnitzler, même si tout est foutu, il faut encore se distraire avec des grisettes et des artistes dans un café. Avec Amiel, les autres vous pèsent et on n’envisage pas d’autre moyen de tuer le temps que de ressasser ses maux avec le désir plus ou moins avoué qu’ils empirent et vous emportent.

A lire aussi, du même auteur: Pauvre Houellebecq!

Force m’est de l’avouer: sans ce double héritage, j’aurais été bien démuni. Je me garderai bien cependant de le transmettre à quiconque, par égoïsme certes, mais aussi parce que l’époque ne s’y prête plus : Arthur Schnitzler et Henri-Frédéric Amiel ont sombré avec ce qu’il était convenu d’appeler la culture européenne. Et moi avec eux.

Voyage en appartements intérieurs

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Éric Poindron, poète-collectionneur ouvre ses salles imaginaires à la curiosité littéraire de tous


Quand on lit et suit depuis plusieurs années les déambulations d’Éric Poindron, son œuvre-rhizome où l’étrange et le poétique jouent à la courte-échelle, le hasard n’existe plus. On en vient même à douter de la réalité. Est-ce un leurre ou un tuteur ? La fiction se tord pour s’agréger au quotidien à moins que ce ne soit l’inverse. L’incongru percute la routine et la banalité est exclue du langage commun.

Le fantastique comme art de vivre

Tous les événements les plus anodins s’inscrivent alors dans une fresque imaginaire, sorte de tapisserie de l’esprit, Bayeux ou Boulogne-Billancourt, épicentre de l’auteur, sont deux destinations hautement mystérieuses. Chez cet artiste qui taille son existence comme ses belles bacchantes, dont l’originalité, mot trop souvent souillé, n’est pas accessoire, les girafons côtoient les écrivains morts, le fantastique devient un art de vivre et la littérature irrigue chaque mouvement de gymnastique. C’est dire qu’il est capable de détraquer les pendules les mieux réglées et de suspendre le temps. Il en est le maître érudit à vocation quasi-divinatoire.

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La semaine dernière donc, avant de recevoir au courrier Le voyageur inachevé publié par Le Castor Astral, j’étais dans une disposition mentale encline à l’évasion comme si je m’apprêtais à prendre rendez-vous avec les fantômes du passé. Je m’explique, je m’intéressais aux éditions Les formes du secret situées jadis 102 boulevard de la Villette dans le XIXème arrondissement. À la fin des années 1970, de cette officine particulière sortirent des ouvrages inclassables: Le grand mystère de Jonathan Swift, Le rire fou des chimères de Catherine Brouste et Terminus Paris de Bernard Chapuis, sous-titré Actualité-fiction, que je tenais entre mes mains. Le facétieux auteur plongeait la capitale dans une série de disparitions, de transferts de sépultures, d’embouteillages monstres et de coupures générales d’électricité.

Chaque nuit est une nouvelle pièce

Dans cette course-poursuite, le héros-reporter de Chapuis expliquait ces phénomènes déroutants par une sentence tout aussi déroutante: la mort se vengeait de la ville. « Nous vivons dans une ville qui veut la chasser. Et chasser la mort, c’est se vider de soi-même » disait-il en substance. J’étais donc prêt à suivre Éric Poindron dans son voyage intérieur et à partager ses vingt-six nuits d’automne. Car les morts sont des compagnons de route, pas ces figures inaccessibles, trop respectées et fossilisés dans les livres, plutôt des prescripteurs que l’on écoute toute sa vie, par malice et envie. Poindron ravive leur mémoire, les réinscrit dans notre présent, se foutant bien de l’espace-temps et du qu’en-dira-t-on.

Sa liberté de bousculer les périodes de l’Histoire, de les faire frictionner entre elles, est un délice de fin gourmet. Les limites ont été inventées par les pleutres et les bons élèves. L’écriture se moque des bienséances. Poindron se permet toutes les audaces stylistiques et les brouillages d’ondes nostalgiques. Chaque étape de son périple d’octobre est un hommage charnel aux grands auteurs qui l’ont précédé et qui continuent à l’aiguiller. « Vingt-six nuits dans un musée de nuit ou de pacotille à déambuler et à endosser les habits du conservateur et de l’étrange gardien. Chaque nuit est une nouvelle pièce, comme des pas de découvertes et d’émerveillements » prévient-il, dans son « vestibule en guise de préambule ». Dans ce cabinet de curiosités où l’onirique se marie à la bibliomanie, on cabote de la salle du bestiaire à celle des géographies pour s’aventurer dans celle des mystères argentiques ou des machines à écrire.

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Saute-mouton de l’imaginaire

Poindron, c’est le saute-mouton de l’imaginaire, d’Edgar Poe à Lewis Carroll, de Pierre Michon à Borges, de Restif de la Bretonne à Joseph Ponthus. Ce gardien de musée qui semble surgir d’un vieil album de Blake et Mortimer, d’un univers parallèle, funambule et acrobate des lettres, cherche toujours l’équilibre instable, les portes cachées et les tiroirs secrets. Ce disciple de notre cher et tant admiré André Hardellet ne se contente pas de regarder la réalité en face, il la détoure, la perfore, tente de lui faire expurger ce qu’elle ne dit pas. L’invisible est son royaume. Alors laissez-vous guider par cet esthète façonneur de formules et n’oubliez pas que « La réalité n’a aucun sens. C’est tout au plus une hypothèse ».

Le voyageur inachevé de Éric Poindron – Le Castor Astral

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Hidjab mon amour!


Le voile islamique est devenu un marqueur culturel et identitaire – un phénomène de mode. Un acte de défi envers la République? Un premier pas vers le séparatisme? Et si c’était, sous le manteau de la piété, une ruse du féminin autant qu’une idéologie?


Je ne suis pas du tout d’accord avec Oussama Ben Laden… Que le voile soit imposé par un père à sa fille ou par un mari à son épouse, cela ne sera jamais acceptable ici ou ailleurs[tooltips content= »Le port du voile n’est pas, on le sait, une prescription du Coran qui en appelle seulement à la pudeur (XXXIII, 59 et XXIV, 31). »](1)[/tooltips]. Que le voile soit librement choisi par certaines femmes qui se disent émancipées de toute autorité patriarcale, à l’université ou dans leur vie professionnelle, c’est un fait nouveau qui doit nous alerter. À se contenter d’une condamnation radicale, on ne comprend pas tout. On ne fait qu’opposer un dogme à un autre dogme. On vante les Lumières – mais plutôt par un usage aveugle qui dispense de s’interroger. On répudie la complexité. On abdique le mystère.

Être voilée pour séduire 

Autant qu’un acte de défi envers la République (ou envers l’Occident), le voile est aussi devenu un accessoire de mode, c’est-à-dire un signe ostensible de féminité et une arme de séduction. Comme si, au-delà d’une coutume moins religieuse que sectaire, le glamour affleurait sous le doctrinal. Comme si la coquetterie, la fashion – et le business – s’introduisaient en douce dans les plis d’un islam austère, archaïque et puritain.

À lire aussi : Faut-il interdire les sorties scolaires aux «mamans voilées»?

La tendance se confirme dans les classes aisées de certains pays et dans les villes – au Maroc, en Iran, en Turquie, mais aussi à Londres ou à Montréal – où les hijab shops poussent comme des champignons. Pour de nombreuses jeunes filles aujourd’hui (mais une Arabe ne fait pas le printemps, fût-elle une hirondelle !), le hidjab, le tessetür à la mode turque, ne semble pas incompatible avec un maquillage appuyé, un chemisier moulant ou des talons aiguilles, voire un jean taille basse laissant entrevoir un tatouage sur la hanche ou un piercing dans le nombril. On cache ses cheveux pour mieux souligner l’arc d’un sourcil ou l’ombre d’une paupière. On arbore le voile comme une parure – on le customise. À quand le bibi à voilette de Jeanne Lanvin qui fit fureur à la Belle Époque !

Si ça continue, le voile cessera d’être un devoir pour les plus pures et une consolation pour les moins jolies. C’était une tenue ancestrale, rituelle, héritée de l’Antiquité païenne, puis de la cour de Byzance – un attribut de la Sainte Vierge, mais aussi de la mariée, de la veuve ou de la religieuse dans la tradition catholique – jusqu’à la mantille de nos grand-mères ! Si ça le reste en islam pour les plus bigotes et les converties – et à la campagne, pour les vieilles dames, à l’instar des coiffes en Bretagne jadis –, c’est aussi devenu en ville pour les plus jeunes (et les plus fortunées) un article de prêt-à-porter (ou de haute couture), susceptible d’infinies variations. On le porte serré sur le front comme un fichu, fixé par un Velcro ou percé d’une broche. En soie ou en coton, il s’agrémente de franges, de perles, de motifs variés – pois, carreaux, rayures, faux léopard[tooltips content= »Il suffit de consulter l’élégant catalogue de Tekbir ou le site thehijabshop.com pour comprendre. Ou encore le magazine turc Ala, une sorte de Marie-Claire islamique, créé en juin 2010. »](2)[/tooltips] !

Girl power 

Rien de moins frivole que ce retour du voile, rien de moins anodin que ce qui s’y délace et ce qui s’y noue. Faut-il y voir un pied de nez à la stricte observance religieuse – un comble ! Une subversion raffinée ? Une victoire à la Pyrrhus des filles et la revanche silencieuse de Shéhérazade ? Mais ce n’est pas si simple. On sait depuis les Grecs ce que les islamistes préfèrent ignorer : la femme est un principe d’incertitude. On pourrait dire du voile ce que le sociologue Jean Baudrillard, disait de l’objet de consommation : éternellement versatile, réversible, ironique, décevant et se jouant de toutes les manipulations. On peut lui tendre un miroir, il ne s’y réfléchit qu’en apparence puisqu’il est le miroir même où le sujet féminin s’absorbe et se dissout dans une succession de reflets.

Le voile contre la servitude 

On ne se hasardera pas à donner ici une définition du féminin. Ce que l’on sait, c’est que le féminin se situe toujours ailleurs, il n’est jamais là où on le pense. Qu’opposent les femmes à la domination masculine ? Un charme. Un écart, une parade, un pas de côté. Un autre usage de leur corps. D’ailleurs, elles ne s’opposent pas, elles se taisent, elles acquiescent, elles font semblant d’obéir. Car il n’y a que deux façons de combattre la servitude : soit la révolte frontale, violente et désespérée ; soit la réappropriation, la ruse narcissique, le détournement. Et ce qui s’ensuit : une métamorphose. Il suffit de se promener dans une rue des beaux quartiers à Berlin ou à Istanbul pour s’en convaincre – l’habit ne fait pas le moine, ni le hidjab la djihadiste !

À lire aussi : Les jeunes n’aiment pas la laïcité? Eh bien, cessons d’aimer les jeunes

Entre la coquetterie et la crise de nerfs, certaines femmes ont choisi. Plutôt que hurler en brandissant leurs griefs et leurs jolis poings, elles préfèrent baisser les yeux – discrètement fardés – et contourner l’interdit. Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire que la pire soumission se mue en acte de protestation et de défi[tooltips content= »Le christianisme nous en a offert le plus bel exemple : par un renversement hardi, incompréhensible pour un Romain, la mort d’un homme sur une croix, un châtiment réservé aux esclaves, est devenue une bonne nouvelle – et l’instrument de son supplice, l’emblème d’un rachat. Crucifié is beautiful… phrase totalement intraduisible en arabe et en yiddish ! »](3)[/tooltips].

Que nous disent certaines de ces jeunes filles en riant sous cape au nez et à la barbe de leurs juges ? Ceci : « Je ne suis pas aliénée. Je suis définitivement autre. Je revendique moins la loi du désir que je ne désigne devant toi l’artifice et l’arbitraire de ta règle. Je suis exotique. Regardez-moi tous ! Je suis belle. Je suis femme. Et musulmane. Soumise ? Mais oui, messieurs, et je vous le montre ! N’est-ce pas ce que vous voulez ? » En clair : « Je vous emmerde ! » Car le pouvoir masculin n’est que politique (ou religieux), il ne s’exerce que dans le monde réel, par exemple sur la question du sexe (ou du genre) ; le féminin en revanche – les femmes n’en ont pas le monopole – détient les clefs de l’univers symbolique, là où tout est ruse, trompe-l’œil, icône, séduction, surprise. Les procureurs n’y voient que du feu, les ayatollahs en perdent leur latin.

Et si elles cherchaient un maître – ou un imam ! – pour mieux le dominer, comme disait Lacan qui était d’une étrange façon féministe ?

 

La semaine de Causeur du 18 avril 2021

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Chaque dimanche, la semaine de Causeur revient sur les cinq articles les plus consultés sur le site Causeur.fr durant la semaine écoulée.


Cette semaine : 

#1 Merci les Verts!

#2  Éric Zemmour: « Quand la France était grande »

# 3 Faut-il interdire les sorties scolaires aux «mamans voilées»?

# 4 Pauvre Houellebecq!

# 5 Le tweet des eaux d’Evian le premier jour du ramadan

Dupond-Moretti: protecteur des prisonniers et promoteur du « loft » des prétoires


Une tribune de Jean-Paul Garraud, député européen (RN), magistrat et tête de liste aux élections régionales de 2021 en Occitanie.


Eric Dupond-Moretti ne cesse d’intriguer le Parlementaire et le magistrat que je suis.

Médiatique, celui qui était avocat pénaliste a gardé de son récent passé le goût de la polémique, des saillies bruyantes, et … de la mauvaise foi. Ainsi, le projet présenté comme étant « sa » réforme de la justice est un texte aussi mal pensé dans ses innovations que le piètre plagiat de travaux longtemps portés par d’autres que lui.

Etait-ce le frère jumeau d’Eric Dupond-Moretti qui qualifiait, il y a encore peu de temps, de « folie » cette expérience de cours d’assises sans jury ? Comment, en effet, imaginer que celui qui se fait aujourd’hui le plus ardent avocat de cette réforme ait été son plus dur contempteur quelques années en arrière ? Il est vrai que plaider avec la même conviction les causes les plus contradictoires est un prérequis pour un plaideur, mais tout de même. Faut-il croire que la traversée de la place Vendôme aurait des allures de chemin de Damas ? « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent », disait l’un de ses prédécesseurs à ce poste, Edgar Faure. En fait de « confiance », c’est bien celle des Français dans la parole publique qui ne manquera pas d’être altérée par un tel revirement opéré avec ce cynisme. 

Le ministre, toujours avocat pénaliste

Sur le fond, le ministre, dans sa communication, se garde bien de payer sa dette à ceux qui, bien avant lui, avaient été les promoteurs de la formule, tels, son prédécesseur Toubon, ou, votre serviteur puisque j’avais déposé une proposition de loi UMP, voici 11 ans, d’une réforme de la Cour d’Assises, depuis réactualisée dans notre livre blanc du RN sur la justice de février 2020.

Ainsi, après mon projet sur le parquet national antiterroriste, aussi insuffisamment que mal repris par Macron, Dupond-Moretti reprend tout aussi insuffisamment ma réforme de la Cour d’assises. Lorsqu’en 2010, je proposais cette réforme, l’avocat Dupond-Moretti s’écriait, tenez-vous bien : « C’est l’idée la plus stupide et la plus antidémocratique que j’ai entendue depuis longtemps. » Celui qui annonçait que, lui ministre de la justice, ce serait le « bordel », tient parfaitement ses promesses. Quand, de mon côté, je prévoyais, à côté de trois magistrats, deux assesseurs populaires ; maître Dupond-Moretti voudrait y voir des avocats honoraires. Peur du peuple qui vote mal ? On est en droit de se poser la question. Il est vrai qu’on n’est jamais si bien servi que par les siens.

La réforme de la Justice témoigne d’une obsession anti-carcérale chevillée au corps. Curieusement, ce n’est pas là-dessus que Chancellerie et médias ont le plus orienté l’attention du grand public

Le Barreau n’aura pas loisir de se plaindre de l’ingratitude de leur célèbre confrère avec cette réforme. On s’attendait, évidemment, à une sanctuarisation accrue, visant à rendre encore plus difficiles qu’à l’heure actuelle les investigations à l’égard des intéressés quand il y aurait motif de les soupçonner d’être impliqués dans une infraction : les « gestes barrière » sont, ainsi, multipliés à leur bénéfice. Elle est agrémentée de divers petits cadeaux à la profession, de ceux qui entretiennent l’amitié… Eric Dupond-Moretti avait déjà manifesté la volonté de substituer des avocats aux magistrats : on en a la confirmation, puisque l’on va jusqu’à créer, alors qu’il existe déjà de larges possibilités d’intégrer des avocats au corps judiciaire, un statut spécial et sur mesure d’ « avocat honoraire exerçant des fonctions juridictionnelles » (sic ! il n’est pas précisé si cette « chauve-souris » portera la robe des magistrats ou conservera la sienne : ce sera peut-être dans le décret d’application), destiné, sans fard, à peupler non seulement les nouvelles cours criminelles départementales, mais aussi, les cours d’assises subsistantes, à titre d’assesseurs.

Le ministre des prisonniers

Sur BFM TV, Eric Dupond-Moretti l’a déclaré lui-même : « Je suis le ministre des prisonniers ». Sa vie d’avocat en témoignera pareillement. Qui se souvient que son premier déplacement de ministre, en la prison de Fresnes, fut conclu par une salve d’applaudissements lancée depuis les cellules par des détenus en transe ? Une visite « symbolique » qui synthétise assez bien l’action et la personnalité de l’actuel garde des Sceaux, tout entier marqué d’un autre sceau, celui du mitterrandisme laxiste et de ses avatars. Ainsi, les procédures seront toujours plus entravées avec sa réforme avec une reprise presque totale des dispositions issues de la « Commission Mattéi », presqu’exclusivement composée d’avocats. Ces dispositions cloisonneront les enquêtes préliminaires dans des délais plus ou moins stricts, et, introduiront un large accès au dossier pour les intéressés et leurs conseils. Une « usine à gaz » procédurale qui constituera, un nid d’embûches et de causes de nullité, venant s’ajouter à toutes celles que le génie du législateur contemporain s’est plu à imaginer.

De fait, maître Dupond-Moretti a, aussi, des comptes à régler avec policiers et gendarmes, et, très généralement, avec la justice pénale. C’est peut-être la plus formidable imposture, dans la communication du garde des Sceaux : en braquant le projecteur sur la suppression des remises de peines automatiques il donne l’illusion qu’il veut lutter contre le laxisme de l‘application des peines. C’est totalement inexact. D’abord, l’automaticité de l’une des réductions de peine possible ne joue que pour l’octroi initial et s’accompagne de la possibilité, effective, d’un retrait, total ou partiel en cas de mauvais comportement ; ce qu’on se garde, en général, de préciser.

Ensuite, cette réforme, qui, matériellement, va entraîner une charge supplémentaire importante pour les services en cause, s’accompagne, en contrepartie, d’un… accroissement sensible des possibilités d’abrègement de la peine et de sortie anticipée ! C’est ainsi, qu’alors que le total des réductions possibles est, aujourd’hui, dans le meilleur des cas, de cinq mois par an, on va passer à… six mois par an ! Comme un bonheur n’arrive jamais seul, le ministre qui s’est fait applaudir dans les prisons à son arrivée, offre à ses supporters le cadeau d’une libération obligatoire dite « sous contrainte » (bien légère, en général…), trois mois avant l’échéance, pour une peine (après réductions…) ne dépassant pas deux ans –ce qui représente un très grand nombre de l’ensemble. Même ses prédécesseurs Taubira et Belloubet n’avaient pas osé aller jusque-là ! On pourrait d’ailleurs aller plus loin et évoquer les diverses dispositions dont le texte est parsemé, cherchant à rendre plus difficiles le placement ou le maintien en détention, notamment provisoire, témoignages, s’il en était besoin, d’une obsession anti-carcérale chevillée au corps… « Curieusement », ce n’est pas là-dessus que Chancellerie et médias ont le plus orienté l’attention du grand public…

Le ministre des caméras

Faites entrer l’accusé… et les caméras ! C’est sans doute cet aspect du projet qui a le plus suscité l’intérêt et appelé de commentaires. Les dispositions prévues, passablement confuses et, de toute façon incomplètes, dans l’attente d’un texte d’application, donnent un peu le sentiment que l’on s’avance masqué, plus ou moins en retrait, mais, d’évidence, à contrecœur, par rapport à l’intention initiale, proclamée à son de trompe. On relève, notamment, que, contrairement à ce que laisse entendre la communication ministérielle, l’accord des parties ne sera pas requis pour les audiences publiques ; on se demande comment, pour la diffusion, leur protection, s’ils l’ont demandée, pourra être concrètement assurée. On relève aussi qu’il n’y a pas que les audiences de jugement concernées : il est question… de l’enquête et de l’instruction ! Le texte soulève donc beaucoup de questions. Quoiqu’il en soit, on peut redouter un facteur majeur de perturbation du travail judiciaire, surtout dans les affaires déjà très médiatisées, avec une forte pression pour obtenir le droit de filmer. Tandis que l’on voit s’avancer, en arrière-plan, de gros intérêts mercantiles, avides de faire de la Justice un spectacle rentable de téléréalité… C’est mettre le doigt dans un engrenage que l’on ne maîtrisera plus.

Dans le même ordre d’idées, le pseudo-contrat de travail pénitentiaire apparaît comme un gadget idéologique de plus destiné à faire un coup médiatique. Il entretient l’idée qu’un travailleur en prison est un travailleur comme un autre au mépris de la réalité des faits et des contraintes de la situation pénale. Il n’en sera pas moins un facteur de déstabilisation sérieux dans les établissements, avec le risque, non seulement, d’un plus grand formalisme et de chicanes inutiles, mais aussi, d’une complication de l’organisation du travail et d’un renchérissement de son coût pour les entreprises, avec le risque de l’effet pervers… de diminuer les possibilités du travail en prison, soumises déjà à de multiples et délicates contraintes à gérer et concilier !  D’autant qu’en filigrane, se dessine l’octroi de droits sociaux aux détenus que le Gouvernement a renvoyé à une ordonnance ultérieure. Le texte en prévoit, au demeurant, plusieurs autres sur des sujets divers, court-circuitant ainsi, en fait, le Parlement, comme l’habitude s’en est prise…

Ce projet de réforme confirme, s’il en était encore besoin, la profonde défiance, totalement justifiée, qu’a pu inspirer l’actuel garde des sceaux depuis sa nomination.

« Allô, c’est bien la hotline antiwoke? »


Au Royaume-Uni, Helen Pluckrose met en place un numéro d’urgence très particulier. Récit


L’Angleterre a désormais son numéro d’urgence pour les victimes d’agression « woke » : le site Counterweight (« contrepoids »). Un woke, en langue vernaculaire, est un disciple de la théorie critique, cette doctrine américaine fille du postmodernisme. Helen Pluckrose, fondatrice de Counterweight, coauteur d’un livre de référence, Cynical Theories, connaît tout de cette branche des sciences sociales : théorie du genre, féminisme intersectionnel, études post-coloniales… Incollable sur le corpus théorique, Pluckrose attaque maintenant le versant pratique. Privilège blanc, masculinité toxique : le jargon échappé des officines empoisonne la société. L’obsession diversitaire mine les arts. On décolonise le savoir.

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Les services de ressources humaines se piquent d’éradiquer les préjugés racistes ou sexistes des salariés. La cancel culture multiplie les purges. Pluckrose, intellectuelle de gauche, voit d’un sale œil cette révolution culturelle fomentée par son camp. Qui a recours à Counterweight ? Un ingénieur noir refuse de suivre un séminaire antiraciste ; il est menacé de sanctions. Un jeune homme culpabilise de s’être masturbé en pensant à une fille sans son consentement. Une prof s’inquiète qu’on « décolonise » la bibliothèque de sa fac. Face à l’irrationnel, Pluckrose, avec ses cinq coéquipiers, offre arguments et méthode. Quand les affaires se corsent, on consulte syndicats et juristes. Le site fourmille de ressources, lettres types, bibliographie, réseau d’associations. Counterweight est parrainé par un aréopage de penseurs : Richard Dawkins, Steven Pinker, Eric Kaufmann, pour ne citer qu’eux. Objectif : desserrer l’emprise d’un déconstructivisme délétère, sauver l’universalisme face au tribalisme, lutter au cas par cas, sans céder un millimètre. Gagner cette guerre-là requiert le courage de chacun.

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On pense à la phrase de Max Frisch : « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles. »

Vianney: « Mon truc à moi, c’est la chanson française »

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Le chanteur est un personnage singulier dans une variété française sinistrée par le rap. À la différence de la majorité des autres artistes, il ne se revendique pas de gauche.


Dimanche 28 mars, Vianney passait dans Sept à Huit, le rendez-vous d’Harry Roselmack sur TF1. Au vu des commentaires suscités par sa prestation, on peut dire que la nouvelle icône de la chanson française n’a pas laissé indifférent.

À plusieurs reprises, face caméra, Vianney se tord les mains. Il sourit aussi comme s’il voulait présenter des excuses. Le jeune homme préfère la chanson française, même s’il écoute du rap. Il va à la messe, même s’il encourage les gays à élever des enfants. Vianney concilie ce que l’on oppose, dépasse les conflits, se joue des aspérités. Avec lui, la chanson française retrouve un visage, une jeunesse et une joie de vivre. Cette posture réjouit ou agace. En tout cas, ça marche car le chanteur à la carrière rapide structure maintenant la vie culturelle.

Membre du jury de l’émission The Voice, Vianney fait grimper les audiences du concours de chant. Marc Lavoine le qualifie de “surdoué au quotient intellectuel fort”. Les candidats rêvent de l’avoir en coach. Vianney plaît, il est à la mode. Même Yann Barthès fait sa promotion.

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Vianney incarne une alternative au son que l’on dit “tendance”, à savoir, le rap. Il aime Maxime Le Forestier, Barbara, Francis Cabrel, Céline Dion. Il recherche une musique née d’un rapport au texte, à la langue. Ses chansons produisent du sens. En ménestrel 2.0, Vianney marie la guitare et la voix, sans artifice.

Un profil sincère et atypique

Ses paroles sont paisibles et ses mélodies rythmées. Le caractère de Vianney est équilibré, “classique” et “très sage”, selon la journaliste de TF1 qui l’interrogeait. Le chanteur contraste avec les figures du marché. La simplicité serait-elle la recette de son succès ? “Mon style ne fait pas rêver”, confie-t-il, et pourtant sa carrière grimpe. Il le dit souvent, il ne cherche pas à faire du business et lorsque la famille s’agrandira, il trouvera une activité compatible avec sa vie privée.

Vianney est fils de militaire mais n’a pas du tout la rigidité dont son milieu se voit souvent taxé. Ancien élève du lycée de Saint-Cyr-l’École, ce catho-scout de la bonne bourgeoisie parisienne professe une grande tolérance et une belle capacité d’écoute. C’est pour ça qu’on l’invite.

Infractions culturelles

Après un éloge de l’uniforme, il lâche : “Je sais, on n’est pas censé être comme ça”. Défendre un habit collectif est considéré comme un positionnement réactionnaire ? Pourtant, Vianney affirme un point de vue différent et il a conscience de se mettre à dos toute une bien-pensance. Plus tard, pendant l’entretien, il récidive par une nouvelle infraction culturelle. Vianney considère que, généralement, les musulmans assument plus leur foi que les catholiques. Il trouve cela dommage. “Je sais que je suis tout seul dans le délire. (…) Il faut assumer ce qu’il y a en nous sans agresser l’autre”. Ce Gandhi de la musique ne fait “pas d’évangélisation”.  Il n’y a pas à convertir, simplement à chanter. N’est-ce pas finalement le moyen le plus efficace pour influencer à grande échelle ?

À ceux qui ont, à tort, annoncé la fin de sa carrière, Vianney répond clairement sur TikTok : “Je ne vous abandonnerai jamais”. Suivi par plus d’un demi-million de personnes sur les réseaux sociaux, Vianney n’est pas près de quitter les ondes et les plateaux. Car il aime les gens. Tout simplement.

Cet article a initialement été publié sur L’info déchaînée, le média des étudiants de l’Institut Libre de Journalisme

Quand « Le Monde » chante les louanges… d’un islamiste américain

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Faites connaissance avec Ibraheem Samirah, que le quotidien français qualifie d’élu symbole


Aux États-Unis, un certain Ibraheem Samirah tente d’être réélu à la Chambre des représentants de l’État de Virginie. Son nom ne vous est peut-être pas inconnu, et pour cause. En octobre 2020, alors que les prédictions concernant les élections présidentielles américaines battaient encore leur plein, Le Monde publiait le portrait de ce Démocrate, présenté comme le symbole du basculement des banlieues américaines. Pourtant, Samirah ne s’est allié à la gauche que par subterfuge, il le dit lui-même, et s’inspire plutôt de son père, Frère musulman et proche du Hamas. 

Les islamistes infiltrent le camp progressiste

Il serait peu probable que Le Monde brosse un portrait aussi flatteur d’un élu islamiste en France. Mais il reste néanmoins important de rétablir la vérité sur Ibraheem Samirah en apportant quelques précisions. Derrière ses grands sourires enthousiastes, ses airs de jeune premier et sa barbe taillée avec soin, Samirah cache des convictions plus islamistes que progressistes. 

Se décrivant comme le “reflet de ses concitoyens”, Samirah exprime régulièrement son soutien aux minorités. Mais aux États-Unis Samirah est également connu pour ses propos controversés, décrétant qu’envoyer de l’argent à Israël serait pire que d’envoyer de l’argent au Ku Klux Klan. Le progressisme affiché de Samirah n’est qu’un stratagème. Comme il l’a expliqué lors d’une conférence annuelle sur la Palestine organisée par l’association American Muslims for Palestine, dont plusieurs membres sont liés au Frères Musulmans, cette décision de s’allier à la gauche, à l’instar de celle du prophète Mohammed, revient à “former des alliances avec ses ennemis. Il a dû former des alliances avec des gens qui ne croyaient pas forcément en son message et qui, plus tard, deviendraient ses ennemis.” Le seul but de cette alliance serait donc de parvenir à ses fins, notamment celle d’ébranler Israël et le lobby “sioniste” en Occident.

Les lecteurs du Monde ne pourraient pas s’en douter. L’envoyée spéciale du Monde en Virginie, Stéphanie Le Bars, décrit Samirah comme l’incarnation d’une vague bleue surgie en 2019. C’est la couleur du parti démocrate. Selon elle,  “son histoire personnelle, qu’il raconte volontiers et qui a rythmé sa campagne, lui donne en effet un point de vue singulier sur son pays et les difficultés rencontrées par les populations d’origine étrangère.” Quant à ses origines palestiniennes, “seule une photographie de la maison des environs de Jérusalem, que sa grand-mère palestinienne a dû abandonner en 1948, et un keffieh plié sur une étagère” en témoigneraient. Pourtant, il aurait été raisonnable de supposer que sa présence empressée à la conférence annuelle sur la Palestine évoquée plus haut en témoignerait également!

Séparé de son papa

Toujours dans l’article du Monde, le père de Ibraheem Samirah est décrit pudiquement comme un militant politique de la communauté musulmane de Chicago, qui se serait vu “interdit de séjour après les attentats du 11 septembre 2001”, ce qui a mené au “choc du déracinement” pour son fils. En réalité, Sabri Samirah était membre de la branche jordanienne des Frères Musulmans et dirigeait une organisation liée au Hamas: la « Palestine Committee.” Sabri Samirah présidait également la “Islamic Association for Palestine.” Cette dernière publiait les communiqués de presse du Hamas, ainsi que la charte du groupe terroriste dans laquelle celui-ci appelle à la destruction d’Israël et au meurtre des juifs… Des membres influents du Hamas intervenaient lors d’événements sponsorisés par cette même association. Sabri Samirah rassemblait également des enfants lors de colonies, où ces derniers apprenaient à chanter des chansons en arabe à la gloire du fondateur du Hamas, Ahmed Yassine. On leur transmettait l’importance du combat armé contre les juifs en leur faisant entonner le refrain suivant: “Poignards en main, nous surgissons pour frapper nos ennemis.” Sabri Samira a effectivement été renvoyé en Jordanie car considéré comme une “menace à la sécurité”, et ceci sûrement à cause de ses liens établis avec le Hamas et non en raison d’innocentes activités politiques au service de la communauté musulmane…   

Tout ceci n’empêche pas Ibraheem Samirah de vouer la plus grande admiration à son père, le qualifiant de modèle, exprimant son espoir de le rendre fier, et déclarant que, sans lui, il ne se serait pas dédié à la cause des droits humains en Palestine. Samirah insiste même sur un point: il ne peut que rêver d’être à la hauteur des “normes morales exemplifiées » par son père, et prévoit de donner le nom de ce dernier à son futur fils. Malgré tout ceci, l’envoyée spéciale du Monde en Virginie, Stéphanie Le Bars entretient un faible apparent pour Samirah fils. En effet, dans un autre article du quotidien français, en date du 9 octobre, elle décrivait Samirah comme “un élu local, jeune, d’origine immigrée et démocrate, à l’image de ce comté urbain.” Elle n’évoque aucun autre élu local, alors qu’ils sont pourtant légion.

Case « Autre »

Dans une autre enquête publiée dans le Monde du 22 décembre 2020 et intitulée “Ces Américains multiraciaux qui ne rentrent pas dans les cases”, Stéphanie Le Bars s’empressait à nouveau de contacter Ibraheem Samirah. La journaliste, relatant les efforts infructueux des “personnes originaires du Proche-Orient et des pays arabes” pour obtenir une classification à part, s’est tournée, bien sûr, vers Samirah, comme en témoigne l’extrait suivant: “Une déception pour ces Américains, comme Ibraheem Samirah, un élu de Virginie. « Mes deux parents sont palestiniens, j’ai un ancêtre africain et je devrais m’identifier comme Blanc. Sur les formulaires, je ne m’y reconnais pas, je coche la case “autre” », explique le jeune homme.”

Nous avons envoyé une précédente version du présent article au Monde, mais n’avons reçu aucune réponse. Il est regrettable de constater que les informations que nous leur avons fait parvenir n’ont apparemment pas été prises en compte, ou n’ont pas été jugées pertinentes. Pourtant Le Monde se livre bel et bien à de la désinformation par omission, que celle-ci soit délibérée ou le fruit d’une malencontreuse erreur ne change rien au problème. N’importe quel lecteur du Monde parcourant ces articles aurait l’impression erronée que Samirah est en effet le fidèle reflet de ses concitoyens, et non un captieux islamiste poursuivant ses manigances sous couvert de progressisme. 

Ce n’est d’ailleurs pas la seule fois que Le Monde se fourvoie sur le sujet de l’islamiste ces derniers mois. Au milieu d’un article publié en août 2020 sur la situation au Cachemire, décrite comme un “enfer”, on trouve une mention de la Jamaat-e-Islami (JI), présentée comme “une organisation sociopolitique islamiste modérée.” Islamiste, elle l’est indéniablement ; modérée, moins. Abul Ala Mawdudi, fondateur et maître à penser de la JI, a eu une grande influence sur les Frères Musulmans, et est l’auteur d’un ravissant petit livre prônant le jihad, où il décrète que l’islam “souhaite détruire tout État ou gouvernement […] s’opposant à l’idéologie et au programme de l’islam.” En novembre 2019, The Print, une publication indienne, avertissait que la JI au Cachemire représentait la menace la plus préoccupante concernant la radicalisation menant au terrorisme. De plus, une majorité des “cercles” sociaux et politiques au Cachemire sont convaincus qu’aucun assassinat ciblé n’y est perpétré sans l’accord de la JI.

Ibraheem Samirah a confié au Monde qu’il estimait “représenter la relève du parti.”  La dangerosité d’islamistes exprimant leurs idées au grand jour est d’une certaine façon plus simple à combattre que celle d’islamistes comme Samirah qui, dissimulant leur idéologie sous les habits de la gauche dite “radicale”, s’introduisent en politique. Il est consternant que le quotidien français le plus connu à l’étranger fasse preuve d’une telle complaisance envers un islamiste, allant jusqu’à en dresser un portrait indécemment dithyrambique.

Jacques de Bascher ou le désœuvrement

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"Jacques de Bascher : Dandy de l'ombre" / détail de la couverture de l'ouvrage publié aux Éd. Plon, collection de poche « L’Abeille »

Jacques de Bascher était « le diable fait homme avec une tête de Garbo », selon son mécène Karl Lagerfeld


La réédition en poche de cette biographie du dandy parisien Jacques de Bascher, que l’on doit à la journaliste de Libération Marie Ottavi, est l’occasion idéale de se replonger dans le monde si effervescent de la mode et du luxe à Paris, au cours des deux décennies 60 et 70. Ce fut une période ponctuée d’inoubliables fêtes, qui brillèrent de manière fastueuse, et dont les acteurs sortirent pour la plupart brisés par tant de frivolité effrénée. Jacques de Bascher fut l’un des rois de ces fêtes de la nuit, s’y jetant à corps perdu jusqu’à en mourir.

Un dandy fin de siècle

Personnage de dandy fin de siècle, né à Saïgon en 1951, Jacques de Bascher ressent très tôt la vocation mondaine. D’une beauté stupéfiante, très intelligent, mais aussi cultivant le vice et la débauche comme certains voyous flamboyants des livres de Genet, son destin singulier consista à faire prospérer ses propres « fleurs du mal » dans une époque de pleine liberté. La rencontre décisive fut celle de Karl Lagerfeld, au début des années 70, dans une boîte de nuit parisienne. « Leur complicité est immédiate, raconte Marie Ottavi. Karl Lagerfeld aime les personnalités hors norme et les gens qui ne lui ressemblent pas. » Lagerfeld dira de lui, par la suite : « Il était le Français le plus chic que j’aie connu. » Le couturier prend Jacques de Bascher sous son aile. Lagerfeld sera, à proprement parler, son mécène ‒ pas question en effet de faire de son protégé un vulgaire gigolo. Si ce n’est pas exactement de l’amour, du moins c’est une très grande amitié qui lia les deux hommes, une entente avant tout intellectuelle, et d’ailleurs tout à fait chaste. Lagerfeld financera l’existence de dandy de Bascher, lui permettant ainsi de la vivre sans aucune restriction. Le contrat tacite qui les unissait consistera exclusivement en l’exigence réciproque de la beauté. Bascher sera à ce titre un des inspirateurs principaux du génie créateur de Lagerfeld.

Une quête de la perfection dans le désœuvrement

Ce qui caractérisait avant tout Jacques de Bascher était son désœuvrement. Marie Ottavi rapporte ce commentaire de Lagerfeld, que je trouve très perspicace : « J’admirais sa désinvolture et son absence totale, presque cynique, de toute ambition carriériste. Il n’a jamais rien appris. » Il fallait juste, pour Bascher, que le moment qu’il vivait fût sublime, intense comme un bonheur unique. Marie Ottavi précise : « Capable de tout, il ne produit rien en dehors de lui-même. Il est dans le paraître qu’il peaufine jour après jour. Cette œuvre-là est sans fin. » Dans sa quête de la perfection, Bascher est influencé par certains livres, que Marie Ottavi nous cite ‒ sans peut-être, selon moi, assez insister sur l’importance centrale de la littérature pour Bascher (le court chapitre 21 du livre de Marie Ottavi s’intitule pourtant « Dandy de bibliothèque »). Proust et d’Annunzio sont présents, et aussi Oscar Wilde, ou encore les romans cultes Tonio Kröger de Thomas Mann et Là-bas de Huysmans. Liste non limitative.

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La célébration de la décadence extrême

Néanmoins, dans ce qui remplissait avant tout l’oisiveté de Jacques de Bascher, il y avait la nuit. Il était un noctambule d’exception. Marie Ottavi, pour évoquer cette java ininterrompue que fut sa jeunesse, retrace tous les lieux de fête qui existaient à l’époque (ils ont quasiment tous disparu, désormais). Bascher organisa lui-même certaines soirées, dont quelques-unes devaient rester dans toutes les mémoires. Ainsi, par exemple, celle qui se déroula à la Main bleue, le 24 octobre 1977, baptisée de manière énigmatique (et inquiétante) « Moratoire noir(e) ». Bascher y apporta toute son expérience, notamment celle qu’il avait acquise à l’occasion de ses fréquents voyages aux Etats-Unis, dans les boîtes new-yorkaises. Ce « Moratoire noir(e) », décrit en détail par Marie Ottavi, laissa un goût de cendre dans la bouche de nombre de participants. Karl Lagerfeld, allergique à la cohue, ne fit prudemment qu’y passer un instant très bref, se méfiant du potentiel de dépravation de son ami, qu’il ne sous-estimait pas. Bascher a du reste toujours revendiqué une sorte de décadence, et s’en est voulu le symbole extrême. Il dira, fort lucidement, dans une interview : « Décadent […], c’est une façon sublime de choir. C’est un très lent mouvement vers le bas qui est empreint d’une immense beauté. Ça peut être une façon de s’autodétruire d’une façon sublime et tragique. »

L’impossible rédemption

Les années passaient, et Jacques de Bascher se rendait bien compte que la vie qu’il menait, si inimitable fût-elle, n’aboutissait à rien. Il y avait un fonds catholique sincère, chez lui, aussi paradoxal que cela puisse sembler, sans parler de ses convictions monarchistes. La trentaine venue, il éprouvait l’impression de ne toujours pas se réaliser complètement, de rester dans l’immaturité. Marie Ottavi le note : « les largesses de Karl ont conservé Jacques sous cloche, dans un confort pernicieux ». Vers le début des années 80, dans la société, « le dilettantisme est passé de mode », remarque Marie Ottavi. Bascher, lorsqu’il était adolescent, voulait devenir écrivain. Il attendit trop et ne s’y mit jamais. On possède juste deux articles de lui, intitulés l’un et l’autre « Hommage à David Hockney », et parus en 1980 dans L’Officiel. Marie Ottavi les mentionne dans sa bibliographie, mais on aurait aimé les lire en annexe, pour se faire une idée du style de l’écrivain qu’il aurait pu être. Bascher avait en outre tourné un court métrage sur la mode, en 1977, « qui s’avère, nous dit Marie Ottavi, le premier fashion movie de l’histoire », et qui est dédié à la maison Fendi. Hélas, les rares velléités artistiques de Bascher s’arrêteront là. Sa vie ressemblait tellement à une fiction parfaite, qu’il a négligé d’en créer une seconde par l’imaginaire.

Ce livre de Marie Ottavi sur Jacques de Bascher est une mine de renseignements, en particulier sur sa mort précoce due au sida, en septembre 1989. On rêve volontiers à ce que d’autres plumes acérées auraient pu nous offrir à partir d’un destin si rempli d’originalité. L’écrivain Patrick Mauriès eût certainement ajouté, avec la concision brillante qu’on lui connaît, un portrait pittoresque à sa collection d’étranges caractères du temps passé. Le regretté Patrick Thevenon lui-même, s’il n’était mort (la même année que Bascher), en eût volontiers, lui aussi, tiré un dernier roman, désespéré et narquois. Bascher fut certes un dandy maniéré, extravagant, figé dans son élégance intrinsèque, une sorte d’« automate », comme l’écrivait Drieu la Rochelle d’un autre ange déchu, dans son Adieu à Gonzague. Mais le livre de Marie Ottavi, en insistant sur des aspects plus intimes du personnage, nous montre finalement que Jacques de Bascher valait mieux que la réputation scandaleuse que des jaloux lui ont faite.

Marie Ottavi, Jacques de Bascher, dandy de l’ombre. Éd. Plon, collection de poche « L’Abeille ».

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Delmer Daves: de bruit et de fureur

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James Stewart dans "La flèche brisée" de Delmer Daves © SIPA

Arizona, 1870. La guerre fait rage entre les Blancs et les Apaches. Ancien éclaireur, Tom Jeffords apprend le chiricahua, puis se rend dans la montagne pour rencontrer Cochise et lui faire des propositions de paix. Accepté comme hôte du camp Apache car auparavant, il avait soigné un de leur jeune guerrier, il s’éprend d’une Indienne d’une merveilleuse beauté, Sonseeahray, (littéralement, l’étoile du matin)…


Adapté d’un roman d’Elliott Arnold par le scénariste Albert Maltz, La flèche brisée est l’une des plus belles œuvres de Delmer Daves, dont la filmographie contient plusieurs perles rares du film noir (Les Passagers de la nuit…), du western (particulièrement les splendides La Dernière caravane, La Colline des potences et 3h10 pour Yuma…) et du mélodrame (La Soif de la jeunesse, Susan Slade…).

La Flèche brisée à la fois âpre, tendre et cru, est fondée sur une réalité historique à peine romancée. Les efforts communs de l’éclaireur Jeffords et du chef rebelle Cochise pour la paix sont contestés et entravés par des actions d’une grande violence commises par les  jusqu’aux boutistes de chaque camp : militaires bellicistes, propriétaires terriens rapaces, chefs indiens ambitieux tel l’implacable Geronimo, farouche mais lucide. Tom Jeffords, magistralement interprété par un James Stewart tout en nuance, est accusé de trahir les siens et de collaborer avec les Apaches. Il devient très vite pour ses compatriotes un adversaire à éliminer.

Quand Delmer Daves filmait le Grand Remplacement des Apaches

La haine de nombreux blancs envers les Amérindiens est à son comble et ils feront payer très cher à Jeffords son entreprise pacifiste et humaniste. La Flèche brisée est l’un des premiers westerns qui montre que les Amérindiens furent victimes d’un grand remplacement civilisationnel. Au nom du progrès, mais surtout de leurs intérêts économiques et personnels, les hommes blancs dépossédaient de leurs territoires ancestraux et de leurs moyens de subsistance des Apaches poussés au désespoir. Apaches que Delmer Daves s’emploie à dépeindre avec une précision ethnologique.

Mais ce cinéaste humaniste et bienveillant n’en décrit pas moins les pulsions de violence  et de mort qui peuvent s’emparer de tous les êtres humains, même les pacifistes lorsque l’on touche à leurs proches.

Western fulgurant, La Flèche brisée est aussi une histoire d’amour entre Tom Jeffords et la belle princesse Apache, interprétée par l’étincelante Debra Paget. Il en fait des moments de beauté idyllique et de pure poésie accordés brièvement aux personnages dans un monde où règnent la violence, le bruit et la fureur.

La Flèche brisée de Delmer Daves.

États-Unis – 1950 – 1h33

Interprétation: James Stewart (Tom Jeffords), Jeff Chandler (Cochise), Debra Paget (Sonseeahray (‘Étoile du Matin’)), Arthur Hunnicutt (Milt Duffield, le directeur du service postal), Will Geer (Ben Slade, l’éleveur)…

Diffusion sur arte.tv

La flèche brisée [Blu-ray] [Édition Collector Silver Blu-ray + DVD]

Prix: ---

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Entre Schnitzler et Amiel…

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Roland Jaccard, le 10 octobre 2013. © Hannah Assouline/Opale/Leemage

Le billet du vaurien


Arthur Schnitzler disait du Viennois qu’il avait un flair particulier pour détecter le grotesque dans le pathétique et le ridicule dans l’excessive affirmation de soi. J’ai trouvé cet héritage viennois dans mon berceau. Est-ce de ma mère que j’ai hérité ce mélange de nostalgie et de snobisme, de mélancolie et de dérision , d’hypocondrie et de sensualité si caractéristiques du génie viennois ?

Mon côté « Amiel », en revanche est plus évident: puritanisme, austérité, goût pour l’introspection et la pédagogie. Certitude surtout que le plaisir est doublement illusoire: non seulement, il se paie au prix fort, mais encore il trahit toujours ses promesses. C’est tout au moins la leçon que j’ai retenue de mon père.

Un double héritage

Avec Schnitzler, même si tout est foutu, il faut encore se distraire avec des grisettes et des artistes dans un café. Avec Amiel, les autres vous pèsent et on n’envisage pas d’autre moyen de tuer le temps que de ressasser ses maux avec le désir plus ou moins avoué qu’ils empirent et vous emportent.

A lire aussi, du même auteur: Pauvre Houellebecq!

Force m’est de l’avouer: sans ce double héritage, j’aurais été bien démuni. Je me garderai bien cependant de le transmettre à quiconque, par égoïsme certes, mais aussi parce que l’époque ne s’y prête plus : Arthur Schnitzler et Henri-Frédéric Amiel ont sombré avec ce qu’il était convenu d’appeler la culture européenne. Et moi avec eux.

Voyage en appartements intérieurs

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Eric Poindron © Anne-Laure Buffet

Éric Poindron, poète-collectionneur ouvre ses salles imaginaires à la curiosité littéraire de tous


Quand on lit et suit depuis plusieurs années les déambulations d’Éric Poindron, son œuvre-rhizome où l’étrange et le poétique jouent à la courte-échelle, le hasard n’existe plus. On en vient même à douter de la réalité. Est-ce un leurre ou un tuteur ? La fiction se tord pour s’agréger au quotidien à moins que ce ne soit l’inverse. L’incongru percute la routine et la banalité est exclue du langage commun.

Le fantastique comme art de vivre

Tous les événements les plus anodins s’inscrivent alors dans une fresque imaginaire, sorte de tapisserie de l’esprit, Bayeux ou Boulogne-Billancourt, épicentre de l’auteur, sont deux destinations hautement mystérieuses. Chez cet artiste qui taille son existence comme ses belles bacchantes, dont l’originalité, mot trop souvent souillé, n’est pas accessoire, les girafons côtoient les écrivains morts, le fantastique devient un art de vivre et la littérature irrigue chaque mouvement de gymnastique. C’est dire qu’il est capable de détraquer les pendules les mieux réglées et de suspendre le temps. Il en est le maître érudit à vocation quasi-divinatoire.

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La semaine dernière donc, avant de recevoir au courrier Le voyageur inachevé publié par Le Castor Astral, j’étais dans une disposition mentale encline à l’évasion comme si je m’apprêtais à prendre rendez-vous avec les fantômes du passé. Je m’explique, je m’intéressais aux éditions Les formes du secret situées jadis 102 boulevard de la Villette dans le XIXème arrondissement. À la fin des années 1970, de cette officine particulière sortirent des ouvrages inclassables: Le grand mystère de Jonathan Swift, Le rire fou des chimères de Catherine Brouste et Terminus Paris de Bernard Chapuis, sous-titré Actualité-fiction, que je tenais entre mes mains. Le facétieux auteur plongeait la capitale dans une série de disparitions, de transferts de sépultures, d’embouteillages monstres et de coupures générales d’électricité.

Chaque nuit est une nouvelle pièce

Dans cette course-poursuite, le héros-reporter de Chapuis expliquait ces phénomènes déroutants par une sentence tout aussi déroutante: la mort se vengeait de la ville. « Nous vivons dans une ville qui veut la chasser. Et chasser la mort, c’est se vider de soi-même » disait-il en substance. J’étais donc prêt à suivre Éric Poindron dans son voyage intérieur et à partager ses vingt-six nuits d’automne. Car les morts sont des compagnons de route, pas ces figures inaccessibles, trop respectées et fossilisés dans les livres, plutôt des prescripteurs que l’on écoute toute sa vie, par malice et envie. Poindron ravive leur mémoire, les réinscrit dans notre présent, se foutant bien de l’espace-temps et du qu’en-dira-t-on.

Sa liberté de bousculer les périodes de l’Histoire, de les faire frictionner entre elles, est un délice de fin gourmet. Les limites ont été inventées par les pleutres et les bons élèves. L’écriture se moque des bienséances. Poindron se permet toutes les audaces stylistiques et les brouillages d’ondes nostalgiques. Chaque étape de son périple d’octobre est un hommage charnel aux grands auteurs qui l’ont précédé et qui continuent à l’aiguiller. « Vingt-six nuits dans un musée de nuit ou de pacotille à déambuler et à endosser les habits du conservateur et de l’étrange gardien. Chaque nuit est une nouvelle pièce, comme des pas de découvertes et d’émerveillements » prévient-il, dans son « vestibule en guise de préambule ». Dans ce cabinet de curiosités où l’onirique se marie à la bibliomanie, on cabote de la salle du bestiaire à celle des géographies pour s’aventurer dans celle des mystères argentiques ou des machines à écrire.

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Saute-mouton de l’imaginaire

Poindron, c’est le saute-mouton de l’imaginaire, d’Edgar Poe à Lewis Carroll, de Pierre Michon à Borges, de Restif de la Bretonne à Joseph Ponthus. Ce gardien de musée qui semble surgir d’un vieil album de Blake et Mortimer, d’un univers parallèle, funambule et acrobate des lettres, cherche toujours l’équilibre instable, les portes cachées et les tiroirs secrets. Ce disciple de notre cher et tant admiré André Hardellet ne se contente pas de regarder la réalité en face, il la détoure, la perfore, tente de lui faire expurger ce qu’elle ne dit pas. L’invisible est son royaume. Alors laissez-vous guider par cet esthète façonneur de formules et n’oubliez pas que « La réalité n’a aucun sens. C’est tout au plus une hypothèse ».

Le voyageur inachevé de Éric Poindron – Le Castor Astral

Le Voyageur inachevé

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Hidjab mon amour!

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© Soleil

Le voile islamique est devenu un marqueur culturel et identitaire – un phénomène de mode. Un acte de défi envers la République? Un premier pas vers le séparatisme? Et si c’était, sous le manteau de la piété, une ruse du féminin autant qu’une idéologie?


Je ne suis pas du tout d’accord avec Oussama Ben Laden… Que le voile soit imposé par un père à sa fille ou par un mari à son épouse, cela ne sera jamais acceptable ici ou ailleurs[tooltips content= »Le port du voile n’est pas, on le sait, une prescription du Coran qui en appelle seulement à la pudeur (XXXIII, 59 et XXIV, 31). »](1)[/tooltips]. Que le voile soit librement choisi par certaines femmes qui se disent émancipées de toute autorité patriarcale, à l’université ou dans leur vie professionnelle, c’est un fait nouveau qui doit nous alerter. À se contenter d’une condamnation radicale, on ne comprend pas tout. On ne fait qu’opposer un dogme à un autre dogme. On vante les Lumières – mais plutôt par un usage aveugle qui dispense de s’interroger. On répudie la complexité. On abdique le mystère.

Être voilée pour séduire 

Autant qu’un acte de défi envers la République (ou envers l’Occident), le voile est aussi devenu un accessoire de mode, c’est-à-dire un signe ostensible de féminité et une arme de séduction. Comme si, au-delà d’une coutume moins religieuse que sectaire, le glamour affleurait sous le doctrinal. Comme si la coquetterie, la fashion – et le business – s’introduisaient en douce dans les plis d’un islam austère, archaïque et puritain.

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La tendance se confirme dans les classes aisées de certains pays et dans les villes – au Maroc, en Iran, en Turquie, mais aussi à Londres ou à Montréal – où les hijab shops poussent comme des champignons. Pour de nombreuses jeunes filles aujourd’hui (mais une Arabe ne fait pas le printemps, fût-elle une hirondelle !), le hidjab, le tessetür à la mode turque, ne semble pas incompatible avec un maquillage appuyé, un chemisier moulant ou des talons aiguilles, voire un jean taille basse laissant entrevoir un tatouage sur la hanche ou un piercing dans le nombril. On cache ses cheveux pour mieux souligner l’arc d’un sourcil ou l’ombre d’une paupière. On arbore le voile comme une parure – on le customise. À quand le bibi à voilette de Jeanne Lanvin qui fit fureur à la Belle Époque !

Si ça continue, le voile cessera d’être un devoir pour les plus pures et une consolation pour les moins jolies. C’était une tenue ancestrale, rituelle, héritée de l’Antiquité païenne, puis de la cour de Byzance – un attribut de la Sainte Vierge, mais aussi de la mariée, de la veuve ou de la religieuse dans la tradition catholique – jusqu’à la mantille de nos grand-mères ! Si ça le reste en islam pour les plus bigotes et les converties – et à la campagne, pour les vieilles dames, à l’instar des coiffes en Bretagne jadis –, c’est aussi devenu en ville pour les plus jeunes (et les plus fortunées) un article de prêt-à-porter (ou de haute couture), susceptible d’infinies variations. On le porte serré sur le front comme un fichu, fixé par un Velcro ou percé d’une broche. En soie ou en coton, il s’agrémente de franges, de perles, de motifs variés – pois, carreaux, rayures, faux léopard[tooltips content= »Il suffit de consulter l’élégant catalogue de Tekbir ou le site thehijabshop.com pour comprendre. Ou encore le magazine turc Ala, une sorte de Marie-Claire islamique, créé en juin 2010. »](2)[/tooltips] !

Girl power 

Rien de moins frivole que ce retour du voile, rien de moins anodin que ce qui s’y délace et ce qui s’y noue. Faut-il y voir un pied de nez à la stricte observance religieuse – un comble ! Une subversion raffinée ? Une victoire à la Pyrrhus des filles et la revanche silencieuse de Shéhérazade ? Mais ce n’est pas si simple. On sait depuis les Grecs ce que les islamistes préfèrent ignorer : la femme est un principe d’incertitude. On pourrait dire du voile ce que le sociologue Jean Baudrillard, disait de l’objet de consommation : éternellement versatile, réversible, ironique, décevant et se jouant de toutes les manipulations. On peut lui tendre un miroir, il ne s’y réfléchit qu’en apparence puisqu’il est le miroir même où le sujet féminin s’absorbe et se dissout dans une succession de reflets.

Le voile contre la servitude 

On ne se hasardera pas à donner ici une définition du féminin. Ce que l’on sait, c’est que le féminin se situe toujours ailleurs, il n’est jamais là où on le pense. Qu’opposent les femmes à la domination masculine ? Un charme. Un écart, une parade, un pas de côté. Un autre usage de leur corps. D’ailleurs, elles ne s’opposent pas, elles se taisent, elles acquiescent, elles font semblant d’obéir. Car il n’y a que deux façons de combattre la servitude : soit la révolte frontale, violente et désespérée ; soit la réappropriation, la ruse narcissique, le détournement. Et ce qui s’ensuit : une métamorphose. Il suffit de se promener dans une rue des beaux quartiers à Berlin ou à Istanbul pour s’en convaincre – l’habit ne fait pas le moine, ni le hidjab la djihadiste !

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Entre la coquetterie et la crise de nerfs, certaines femmes ont choisi. Plutôt que hurler en brandissant leurs griefs et leurs jolis poings, elles préfèrent baisser les yeux – discrètement fardés – et contourner l’interdit. Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire que la pire soumission se mue en acte de protestation et de défi[tooltips content= »Le christianisme nous en a offert le plus bel exemple : par un renversement hardi, incompréhensible pour un Romain, la mort d’un homme sur une croix, un châtiment réservé aux esclaves, est devenue une bonne nouvelle – et l’instrument de son supplice, l’emblème d’un rachat. Crucifié is beautiful… phrase totalement intraduisible en arabe et en yiddish ! »](3)[/tooltips].

Que nous disent certaines de ces jeunes filles en riant sous cape au nez et à la barbe de leurs juges ? Ceci : « Je ne suis pas aliénée. Je suis définitivement autre. Je revendique moins la loi du désir que je ne désigne devant toi l’artifice et l’arbitraire de ta règle. Je suis exotique. Regardez-moi tous ! Je suis belle. Je suis femme. Et musulmane. Soumise ? Mais oui, messieurs, et je vous le montre ! N’est-ce pas ce que vous voulez ? » En clair : « Je vous emmerde ! » Car le pouvoir masculin n’est que politique (ou religieux), il ne s’exerce que dans le monde réel, par exemple sur la question du sexe (ou du genre) ; le féminin en revanche – les femmes n’en ont pas le monopole – détient les clefs de l’univers symbolique, là où tout est ruse, trompe-l’œil, icône, séduction, surprise. Les procureurs n’y voient que du feu, les ayatollahs en perdent leur latin.

Et si elles cherchaient un maître – ou un imam ! – pour mieux le dominer, comme disait Lacan qui était d’une étrange façon féministe ?

 

La semaine de Causeur du 18 avril 2021

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Chaque dimanche, la semaine de Causeur revient sur les cinq articles les plus consultés sur le site Causeur.fr durant la semaine écoulée.


Cette semaine : 

#1 Merci les Verts!

#2  Éric Zemmour: « Quand la France était grande »

# 3 Faut-il interdire les sorties scolaires aux «mamans voilées»?

# 4 Pauvre Houellebecq!

# 5 Le tweet des eaux d’Evian le premier jour du ramadan

Dupond-Moretti: protecteur des prisonniers et promoteur du « loft » des prétoires

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Eric Dupond-Moretti, mars 2021 © Lewis Joly/JDD/SIPA Numéro de reportage : 01012196_000005

Une tribune de Jean-Paul Garraud, député européen (RN), magistrat et tête de liste aux élections régionales de 2021 en Occitanie.


Eric Dupond-Moretti ne cesse d’intriguer le Parlementaire et le magistrat que je suis.

Médiatique, celui qui était avocat pénaliste a gardé de son récent passé le goût de la polémique, des saillies bruyantes, et … de la mauvaise foi. Ainsi, le projet présenté comme étant « sa » réforme de la justice est un texte aussi mal pensé dans ses innovations que le piètre plagiat de travaux longtemps portés par d’autres que lui.

Etait-ce le frère jumeau d’Eric Dupond-Moretti qui qualifiait, il y a encore peu de temps, de « folie » cette expérience de cours d’assises sans jury ? Comment, en effet, imaginer que celui qui se fait aujourd’hui le plus ardent avocat de cette réforme ait été son plus dur contempteur quelques années en arrière ? Il est vrai que plaider avec la même conviction les causes les plus contradictoires est un prérequis pour un plaideur, mais tout de même. Faut-il croire que la traversée de la place Vendôme aurait des allures de chemin de Damas ? « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent », disait l’un de ses prédécesseurs à ce poste, Edgar Faure. En fait de « confiance », c’est bien celle des Français dans la parole publique qui ne manquera pas d’être altérée par un tel revirement opéré avec ce cynisme. 

Le ministre, toujours avocat pénaliste

Sur le fond, le ministre, dans sa communication, se garde bien de payer sa dette à ceux qui, bien avant lui, avaient été les promoteurs de la formule, tels, son prédécesseur Toubon, ou, votre serviteur puisque j’avais déposé une proposition de loi UMP, voici 11 ans, d’une réforme de la Cour d’Assises, depuis réactualisée dans notre livre blanc du RN sur la justice de février 2020.

Ainsi, après mon projet sur le parquet national antiterroriste, aussi insuffisamment que mal repris par Macron, Dupond-Moretti reprend tout aussi insuffisamment ma réforme de la Cour d’assises. Lorsqu’en 2010, je proposais cette réforme, l’avocat Dupond-Moretti s’écriait, tenez-vous bien : « C’est l’idée la plus stupide et la plus antidémocratique que j’ai entendue depuis longtemps. » Celui qui annonçait que, lui ministre de la justice, ce serait le « bordel », tient parfaitement ses promesses. Quand, de mon côté, je prévoyais, à côté de trois magistrats, deux assesseurs populaires ; maître Dupond-Moretti voudrait y voir des avocats honoraires. Peur du peuple qui vote mal ? On est en droit de se poser la question. Il est vrai qu’on n’est jamais si bien servi que par les siens.

La réforme de la Justice témoigne d’une obsession anti-carcérale chevillée au corps. Curieusement, ce n’est pas là-dessus que Chancellerie et médias ont le plus orienté l’attention du grand public

Le Barreau n’aura pas loisir de se plaindre de l’ingratitude de leur célèbre confrère avec cette réforme. On s’attendait, évidemment, à une sanctuarisation accrue, visant à rendre encore plus difficiles qu’à l’heure actuelle les investigations à l’égard des intéressés quand il y aurait motif de les soupçonner d’être impliqués dans une infraction : les « gestes barrière » sont, ainsi, multipliés à leur bénéfice. Elle est agrémentée de divers petits cadeaux à la profession, de ceux qui entretiennent l’amitié… Eric Dupond-Moretti avait déjà manifesté la volonté de substituer des avocats aux magistrats : on en a la confirmation, puisque l’on va jusqu’à créer, alors qu’il existe déjà de larges possibilités d’intégrer des avocats au corps judiciaire, un statut spécial et sur mesure d’ « avocat honoraire exerçant des fonctions juridictionnelles » (sic ! il n’est pas précisé si cette « chauve-souris » portera la robe des magistrats ou conservera la sienne : ce sera peut-être dans le décret d’application), destiné, sans fard, à peupler non seulement les nouvelles cours criminelles départementales, mais aussi, les cours d’assises subsistantes, à titre d’assesseurs.

Le ministre des prisonniers

Sur BFM TV, Eric Dupond-Moretti l’a déclaré lui-même : « Je suis le ministre des prisonniers ». Sa vie d’avocat en témoignera pareillement. Qui se souvient que son premier déplacement de ministre, en la prison de Fresnes, fut conclu par une salve d’applaudissements lancée depuis les cellules par des détenus en transe ? Une visite « symbolique » qui synthétise assez bien l’action et la personnalité de l’actuel garde des Sceaux, tout entier marqué d’un autre sceau, celui du mitterrandisme laxiste et de ses avatars. Ainsi, les procédures seront toujours plus entravées avec sa réforme avec une reprise presque totale des dispositions issues de la « Commission Mattéi », presqu’exclusivement composée d’avocats. Ces dispositions cloisonneront les enquêtes préliminaires dans des délais plus ou moins stricts, et, introduiront un large accès au dossier pour les intéressés et leurs conseils. Une « usine à gaz » procédurale qui constituera, un nid d’embûches et de causes de nullité, venant s’ajouter à toutes celles que le génie du législateur contemporain s’est plu à imaginer.

De fait, maître Dupond-Moretti a, aussi, des comptes à régler avec policiers et gendarmes, et, très généralement, avec la justice pénale. C’est peut-être la plus formidable imposture, dans la communication du garde des Sceaux : en braquant le projecteur sur la suppression des remises de peines automatiques il donne l’illusion qu’il veut lutter contre le laxisme de l‘application des peines. C’est totalement inexact. D’abord, l’automaticité de l’une des réductions de peine possible ne joue que pour l’octroi initial et s’accompagne de la possibilité, effective, d’un retrait, total ou partiel en cas de mauvais comportement ; ce qu’on se garde, en général, de préciser.

Ensuite, cette réforme, qui, matériellement, va entraîner une charge supplémentaire importante pour les services en cause, s’accompagne, en contrepartie, d’un… accroissement sensible des possibilités d’abrègement de la peine et de sortie anticipée ! C’est ainsi, qu’alors que le total des réductions possibles est, aujourd’hui, dans le meilleur des cas, de cinq mois par an, on va passer à… six mois par an ! Comme un bonheur n’arrive jamais seul, le ministre qui s’est fait applaudir dans les prisons à son arrivée, offre à ses supporters le cadeau d’une libération obligatoire dite « sous contrainte » (bien légère, en général…), trois mois avant l’échéance, pour une peine (après réductions…) ne dépassant pas deux ans –ce qui représente un très grand nombre de l’ensemble. Même ses prédécesseurs Taubira et Belloubet n’avaient pas osé aller jusque-là ! On pourrait d’ailleurs aller plus loin et évoquer les diverses dispositions dont le texte est parsemé, cherchant à rendre plus difficiles le placement ou le maintien en détention, notamment provisoire, témoignages, s’il en était besoin, d’une obsession anti-carcérale chevillée au corps… « Curieusement », ce n’est pas là-dessus que Chancellerie et médias ont le plus orienté l’attention du grand public…

Le ministre des caméras

Faites entrer l’accusé… et les caméras ! C’est sans doute cet aspect du projet qui a le plus suscité l’intérêt et appelé de commentaires. Les dispositions prévues, passablement confuses et, de toute façon incomplètes, dans l’attente d’un texte d’application, donnent un peu le sentiment que l’on s’avance masqué, plus ou moins en retrait, mais, d’évidence, à contrecœur, par rapport à l’intention initiale, proclamée à son de trompe. On relève, notamment, que, contrairement à ce que laisse entendre la communication ministérielle, l’accord des parties ne sera pas requis pour les audiences publiques ; on se demande comment, pour la diffusion, leur protection, s’ils l’ont demandée, pourra être concrètement assurée. On relève aussi qu’il n’y a pas que les audiences de jugement concernées : il est question… de l’enquête et de l’instruction ! Le texte soulève donc beaucoup de questions. Quoiqu’il en soit, on peut redouter un facteur majeur de perturbation du travail judiciaire, surtout dans les affaires déjà très médiatisées, avec une forte pression pour obtenir le droit de filmer. Tandis que l’on voit s’avancer, en arrière-plan, de gros intérêts mercantiles, avides de faire de la Justice un spectacle rentable de téléréalité… C’est mettre le doigt dans un engrenage que l’on ne maîtrisera plus.

Dans le même ordre d’idées, le pseudo-contrat de travail pénitentiaire apparaît comme un gadget idéologique de plus destiné à faire un coup médiatique. Il entretient l’idée qu’un travailleur en prison est un travailleur comme un autre au mépris de la réalité des faits et des contraintes de la situation pénale. Il n’en sera pas moins un facteur de déstabilisation sérieux dans les établissements, avec le risque, non seulement, d’un plus grand formalisme et de chicanes inutiles, mais aussi, d’une complication de l’organisation du travail et d’un renchérissement de son coût pour les entreprises, avec le risque de l’effet pervers… de diminuer les possibilités du travail en prison, soumises déjà à de multiples et délicates contraintes à gérer et concilier !  D’autant qu’en filigrane, se dessine l’octroi de droits sociaux aux détenus que le Gouvernement a renvoyé à une ordonnance ultérieure. Le texte en prévoit, au demeurant, plusieurs autres sur des sujets divers, court-circuitant ainsi, en fait, le Parlement, comme l’habitude s’en est prise…

Ce projet de réforme confirme, s’il en était encore besoin, la profonde défiance, totalement justifiée, qu’a pu inspirer l’actuel garde des sceaux depuis sa nomination.

« Allô, c’est bien la hotline antiwoke? »

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Helen Pluckrose, fondatrice de Counterweight ©D.R.

Au Royaume-Uni, Helen Pluckrose met en place un numéro d’urgence très particulier. Récit


L’Angleterre a désormais son numéro d’urgence pour les victimes d’agression « woke » : le site Counterweight (« contrepoids »). Un woke, en langue vernaculaire, est un disciple de la théorie critique, cette doctrine américaine fille du postmodernisme. Helen Pluckrose, fondatrice de Counterweight, coauteur d’un livre de référence, Cynical Theories, connaît tout de cette branche des sciences sociales : théorie du genre, féminisme intersectionnel, études post-coloniales… Incollable sur le corpus théorique, Pluckrose attaque maintenant le versant pratique. Privilège blanc, masculinité toxique : le jargon échappé des officines empoisonne la société. L’obsession diversitaire mine les arts. On décolonise le savoir.

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Les services de ressources humaines se piquent d’éradiquer les préjugés racistes ou sexistes des salariés. La cancel culture multiplie les purges. Pluckrose, intellectuelle de gauche, voit d’un sale œil cette révolution culturelle fomentée par son camp. Qui a recours à Counterweight ? Un ingénieur noir refuse de suivre un séminaire antiraciste ; il est menacé de sanctions. Un jeune homme culpabilise de s’être masturbé en pensant à une fille sans son consentement. Une prof s’inquiète qu’on « décolonise » la bibliothèque de sa fac. Face à l’irrationnel, Pluckrose, avec ses cinq coéquipiers, offre arguments et méthode. Quand les affaires se corsent, on consulte syndicats et juristes. Le site fourmille de ressources, lettres types, bibliographie, réseau d’associations. Counterweight est parrainé par un aréopage de penseurs : Richard Dawkins, Steven Pinker, Eric Kaufmann, pour ne citer qu’eux. Objectif : desserrer l’emprise d’un déconstructivisme délétère, sauver l’universalisme face au tribalisme, lutter au cas par cas, sans céder un millimètre. Gagner cette guerre-là requiert le courage de chacun.

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On pense à la phrase de Max Frisch : « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles. »

Vianney: « Mon truc à moi, c’est la chanson française »

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Vianney en 2020 © JP PARIENTE//NMA2020/SIPA Numéro de reportage : 00994119_000018

Le chanteur est un personnage singulier dans une variété française sinistrée par le rap. À la différence de la majorité des autres artistes, il ne se revendique pas de gauche.


Dimanche 28 mars, Vianney passait dans Sept à Huit, le rendez-vous d’Harry Roselmack sur TF1. Au vu des commentaires suscités par sa prestation, on peut dire que la nouvelle icône de la chanson française n’a pas laissé indifférent.

À plusieurs reprises, face caméra, Vianney se tord les mains. Il sourit aussi comme s’il voulait présenter des excuses. Le jeune homme préfère la chanson française, même s’il écoute du rap. Il va à la messe, même s’il encourage les gays à élever des enfants. Vianney concilie ce que l’on oppose, dépasse les conflits, se joue des aspérités. Avec lui, la chanson française retrouve un visage, une jeunesse et une joie de vivre. Cette posture réjouit ou agace. En tout cas, ça marche car le chanteur à la carrière rapide structure maintenant la vie culturelle.

Membre du jury de l’émission The Voice, Vianney fait grimper les audiences du concours de chant. Marc Lavoine le qualifie de “surdoué au quotient intellectuel fort”. Les candidats rêvent de l’avoir en coach. Vianney plaît, il est à la mode. Même Yann Barthès fait sa promotion.

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Vianney incarne une alternative au son que l’on dit “tendance”, à savoir, le rap. Il aime Maxime Le Forestier, Barbara, Francis Cabrel, Céline Dion. Il recherche une musique née d’un rapport au texte, à la langue. Ses chansons produisent du sens. En ménestrel 2.0, Vianney marie la guitare et la voix, sans artifice.

Un profil sincère et atypique

Ses paroles sont paisibles et ses mélodies rythmées. Le caractère de Vianney est équilibré, “classique” et “très sage”, selon la journaliste de TF1 qui l’interrogeait. Le chanteur contraste avec les figures du marché. La simplicité serait-elle la recette de son succès ? “Mon style ne fait pas rêver”, confie-t-il, et pourtant sa carrière grimpe. Il le dit souvent, il ne cherche pas à faire du business et lorsque la famille s’agrandira, il trouvera une activité compatible avec sa vie privée.

Vianney est fils de militaire mais n’a pas du tout la rigidité dont son milieu se voit souvent taxé. Ancien élève du lycée de Saint-Cyr-l’École, ce catho-scout de la bonne bourgeoisie parisienne professe une grande tolérance et une belle capacité d’écoute. C’est pour ça qu’on l’invite.

Infractions culturelles

Après un éloge de l’uniforme, il lâche : “Je sais, on n’est pas censé être comme ça”. Défendre un habit collectif est considéré comme un positionnement réactionnaire ? Pourtant, Vianney affirme un point de vue différent et il a conscience de se mettre à dos toute une bien-pensance. Plus tard, pendant l’entretien, il récidive par une nouvelle infraction culturelle. Vianney considère que, généralement, les musulmans assument plus leur foi que les catholiques. Il trouve cela dommage. “Je sais que je suis tout seul dans le délire. (…) Il faut assumer ce qu’il y a en nous sans agresser l’autre”. Ce Gandhi de la musique ne fait “pas d’évangélisation”.  Il n’y a pas à convertir, simplement à chanter. N’est-ce pas finalement le moyen le plus efficace pour influencer à grande échelle ?

À ceux qui ont, à tort, annoncé la fin de sa carrière, Vianney répond clairement sur TikTok : “Je ne vous abandonnerai jamais”. Suivi par plus d’un demi-million de personnes sur les réseaux sociaux, Vianney n’est pas près de quitter les ondes et les plateaux. Car il aime les gens. Tout simplement.

Cet article a initialement été publié sur L’info déchaînée, le média des étudiants de l’Institut Libre de Journalisme

Quand « Le Monde » chante les louanges… d’un islamiste américain

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Ibraheem Samirah, Rcihmond, Virginie, 2020 © Steve Helber/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22422929_000004

Faites connaissance avec Ibraheem Samirah, que le quotidien français qualifie d’élu symbole


Aux États-Unis, un certain Ibraheem Samirah tente d’être réélu à la Chambre des représentants de l’État de Virginie. Son nom ne vous est peut-être pas inconnu, et pour cause. En octobre 2020, alors que les prédictions concernant les élections présidentielles américaines battaient encore leur plein, Le Monde publiait le portrait de ce Démocrate, présenté comme le symbole du basculement des banlieues américaines. Pourtant, Samirah ne s’est allié à la gauche que par subterfuge, il le dit lui-même, et s’inspire plutôt de son père, Frère musulman et proche du Hamas. 

Les islamistes infiltrent le camp progressiste

Il serait peu probable que Le Monde brosse un portrait aussi flatteur d’un élu islamiste en France. Mais il reste néanmoins important de rétablir la vérité sur Ibraheem Samirah en apportant quelques précisions. Derrière ses grands sourires enthousiastes, ses airs de jeune premier et sa barbe taillée avec soin, Samirah cache des convictions plus islamistes que progressistes. 

Se décrivant comme le “reflet de ses concitoyens”, Samirah exprime régulièrement son soutien aux minorités. Mais aux États-Unis Samirah est également connu pour ses propos controversés, décrétant qu’envoyer de l’argent à Israël serait pire que d’envoyer de l’argent au Ku Klux Klan. Le progressisme affiché de Samirah n’est qu’un stratagème. Comme il l’a expliqué lors d’une conférence annuelle sur la Palestine organisée par l’association American Muslims for Palestine, dont plusieurs membres sont liés au Frères Musulmans, cette décision de s’allier à la gauche, à l’instar de celle du prophète Mohammed, revient à “former des alliances avec ses ennemis. Il a dû former des alliances avec des gens qui ne croyaient pas forcément en son message et qui, plus tard, deviendraient ses ennemis.” Le seul but de cette alliance serait donc de parvenir à ses fins, notamment celle d’ébranler Israël et le lobby “sioniste” en Occident.

Les lecteurs du Monde ne pourraient pas s’en douter. L’envoyée spéciale du Monde en Virginie, Stéphanie Le Bars, décrit Samirah comme l’incarnation d’une vague bleue surgie en 2019. C’est la couleur du parti démocrate. Selon elle,  “son histoire personnelle, qu’il raconte volontiers et qui a rythmé sa campagne, lui donne en effet un point de vue singulier sur son pays et les difficultés rencontrées par les populations d’origine étrangère.” Quant à ses origines palestiniennes, “seule une photographie de la maison des environs de Jérusalem, que sa grand-mère palestinienne a dû abandonner en 1948, et un keffieh plié sur une étagère” en témoigneraient. Pourtant, il aurait été raisonnable de supposer que sa présence empressée à la conférence annuelle sur la Palestine évoquée plus haut en témoignerait également!

Séparé de son papa

Toujours dans l’article du Monde, le père de Ibraheem Samirah est décrit pudiquement comme un militant politique de la communauté musulmane de Chicago, qui se serait vu “interdit de séjour après les attentats du 11 septembre 2001”, ce qui a mené au “choc du déracinement” pour son fils. En réalité, Sabri Samirah était membre de la branche jordanienne des Frères Musulmans et dirigeait une organisation liée au Hamas: la « Palestine Committee.” Sabri Samirah présidait également la “Islamic Association for Palestine.” Cette dernière publiait les communiqués de presse du Hamas, ainsi que la charte du groupe terroriste dans laquelle celui-ci appelle à la destruction d’Israël et au meurtre des juifs… Des membres influents du Hamas intervenaient lors d’événements sponsorisés par cette même association. Sabri Samirah rassemblait également des enfants lors de colonies, où ces derniers apprenaient à chanter des chansons en arabe à la gloire du fondateur du Hamas, Ahmed Yassine. On leur transmettait l’importance du combat armé contre les juifs en leur faisant entonner le refrain suivant: “Poignards en main, nous surgissons pour frapper nos ennemis.” Sabri Samira a effectivement été renvoyé en Jordanie car considéré comme une “menace à la sécurité”, et ceci sûrement à cause de ses liens établis avec le Hamas et non en raison d’innocentes activités politiques au service de la communauté musulmane…   

Tout ceci n’empêche pas Ibraheem Samirah de vouer la plus grande admiration à son père, le qualifiant de modèle, exprimant son espoir de le rendre fier, et déclarant que, sans lui, il ne se serait pas dédié à la cause des droits humains en Palestine. Samirah insiste même sur un point: il ne peut que rêver d’être à la hauteur des “normes morales exemplifiées » par son père, et prévoit de donner le nom de ce dernier à son futur fils. Malgré tout ceci, l’envoyée spéciale du Monde en Virginie, Stéphanie Le Bars entretient un faible apparent pour Samirah fils. En effet, dans un autre article du quotidien français, en date du 9 octobre, elle décrivait Samirah comme “un élu local, jeune, d’origine immigrée et démocrate, à l’image de ce comté urbain.” Elle n’évoque aucun autre élu local, alors qu’ils sont pourtant légion.

Case « Autre »

Dans une autre enquête publiée dans le Monde du 22 décembre 2020 et intitulée “Ces Américains multiraciaux qui ne rentrent pas dans les cases”, Stéphanie Le Bars s’empressait à nouveau de contacter Ibraheem Samirah. La journaliste, relatant les efforts infructueux des “personnes originaires du Proche-Orient et des pays arabes” pour obtenir une classification à part, s’est tournée, bien sûr, vers Samirah, comme en témoigne l’extrait suivant: “Une déception pour ces Américains, comme Ibraheem Samirah, un élu de Virginie. « Mes deux parents sont palestiniens, j’ai un ancêtre africain et je devrais m’identifier comme Blanc. Sur les formulaires, je ne m’y reconnais pas, je coche la case “autre” », explique le jeune homme.”

Nous avons envoyé une précédente version du présent article au Monde, mais n’avons reçu aucune réponse. Il est regrettable de constater que les informations que nous leur avons fait parvenir n’ont apparemment pas été prises en compte, ou n’ont pas été jugées pertinentes. Pourtant Le Monde se livre bel et bien à de la désinformation par omission, que celle-ci soit délibérée ou le fruit d’une malencontreuse erreur ne change rien au problème. N’importe quel lecteur du Monde parcourant ces articles aurait l’impression erronée que Samirah est en effet le fidèle reflet de ses concitoyens, et non un captieux islamiste poursuivant ses manigances sous couvert de progressisme. 

Ce n’est d’ailleurs pas la seule fois que Le Monde se fourvoie sur le sujet de l’islamiste ces derniers mois. Au milieu d’un article publié en août 2020 sur la situation au Cachemire, décrite comme un “enfer”, on trouve une mention de la Jamaat-e-Islami (JI), présentée comme “une organisation sociopolitique islamiste modérée.” Islamiste, elle l’est indéniablement ; modérée, moins. Abul Ala Mawdudi, fondateur et maître à penser de la JI, a eu une grande influence sur les Frères Musulmans, et est l’auteur d’un ravissant petit livre prônant le jihad, où il décrète que l’islam “souhaite détruire tout État ou gouvernement […] s’opposant à l’idéologie et au programme de l’islam.” En novembre 2019, The Print, une publication indienne, avertissait que la JI au Cachemire représentait la menace la plus préoccupante concernant la radicalisation menant au terrorisme. De plus, une majorité des “cercles” sociaux et politiques au Cachemire sont convaincus qu’aucun assassinat ciblé n’y est perpétré sans l’accord de la JI.

Ibraheem Samirah a confié au Monde qu’il estimait “représenter la relève du parti.”  La dangerosité d’islamistes exprimant leurs idées au grand jour est d’une certaine façon plus simple à combattre que celle d’islamistes comme Samirah qui, dissimulant leur idéologie sous les habits de la gauche dite “radicale”, s’introduisent en politique. Il est consternant que le quotidien français le plus connu à l’étranger fasse preuve d’une telle complaisance envers un islamiste, allant jusqu’à en dresser un portrait indécemment dithyrambique.