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Le féminisme à l’épreuve de Koh Lanta

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On se répète que le temps nous manque et, quand on en a trop, on ne sait parfois pas quoi en faire. La crise sanitaire, avec son long cortège de confinements et de couvre-feu, a notamment eu sur moi cet effet délétère: il m’arrive désormais de regarder la télé…


Plus précisément, je me suis mis à mater Koh Lanta, l’émission phare de la pire chaîne de France, TF1. C’était lors du Grand Confinement, l’année dernière. En vérité, je connaissais déjà ; mais la dernière fois que j’avais suivi une saison, ce devait être il y a quinze ans.

Denis Brogniard le planqué

Il y a des choses qui ne changent pas, c’est rassurant. Koh Lanta en fait partie. Deux équipes de dix personnes sont envoyées sur une île – au nom plein de consonnes – à l’autre bout du monde, dans un coin tout à la fois « paradisiaque » et dangereux. C’est toujours Denis Brogniard qui anime – il a trouvé la planque, lui. La composition des équipes est le fruit d’un casting précis : il y a le commercial pénible, la coach hyperactive, l’athlète beau garçon un peu limité, le boulanger franc du collier, etc. Et puis de la « diversité », bien sûr. Les candidats doivent gérer le manque voire l’absence de nourriture, les nuits sans feu sur la plage, les caprices du climat en minishort, affronter des épreuves qui leur permettent d’améliorer leur quotidien et, surtout, s’éliminer les uns les autres jusqu’à ce qu’ils ne soient plus que trois. Alors, ils montent sur de longs poteaux plantés tout près du rivage, et celui qui tient le plus longtemps dans cette très incommode position choisit celui qui, parmi les deux tombés avant lui, il veut défier en finale. Six mois plus tard, en plateau, à Paris, les dix-huit perdants votent ; celui qui remporte le plus de suffrages gagne rien moins que cent mille euros. C’est donc de la téléréalité mais avec un prétexte infiniment plus solide que celle héritière de Loft Story, où cagoles et kékés passent leur temps à s’insulter et à coucher ensemble – il en est pour qui c’est devenu un métier.

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L’année dernière, grâce au Grand Confinement, l’émission a cassé l’audimat. De jeunes gens qui ne l’avaient jamais regardée l’ont alors suivie, la commentant frénétiquement sur Twitter. Et comme une écrasante majorité d’entre eux, j’espérais une victoire de Claude Dartois. Chauffeur de maître dans le civil, le gars était un sportif complet, futé, droit dans ses bottes, pas fourbe pour un sou, et drôle par-dessus le marché. Un bon mec, quoi. Hélas, après avoir maîtrisé le jeu de bout en bout, il fut le deuxième à tomber des poteaux. Certaine Nawel, ancienne boxeuse pro, qui n’avait que le « mérite » à la bouche, choisit d’affronter en finale sa « copine » Inès, infirmière vulgos et fainéante mais aux courbes enchanteresses. Et c’est ainsi que Nawel, au grand mécontentement des twittos, partit avec les cent mille balles.

Des bandes de gamins

Trois choses frappent d’emblée, quand on mate Koh Lanta. D’abord, les candidats chialent tout le temps. Qu’ils aient vingt ou cinquante ans, qu’ils soient filles ou garçons, un rien les fait pleurer. Ils n’ont pas vu leur compagne/compagnon depuis huit jours ? Ils pleurent. Ils ont échoué à une épreuve ? Ils pleurent. Francis a dit un truc méchant ? Ils pleurent. Ils attrapent un poisson ? Ils pleurent. Parfois ils justifient cela en invoquant la dureté de la vie sur le camp, l’éloignement, la peur d’être éliminé. La vérité, je crois, c’est qu’ils ont l’âge émotionnel d’un enfant de six ans. Ensuite, c’est leur besoin éperdu de reconnaissance. Ils veulent rendre « fiers » leurs parents, leurs amis, leurs enfants ; ils veulent « prouver », en chassant de pauvres bernard-l’hermite et en rampant sur une plage polynésienne, qu’ils sont plus que ce que les autres pensent qu’ils sont. Enfin, ils sont obsédés par « la stratégie » ; et pour eux, être « stratège », ça signifie influencer, tromper, trahir. Quand Rachid évoque, face caméra, la manière avec laquelle il a poussé Chantal à voter contre Thierry parce que ce dernier a mangé quatre grains de riz au lieu de trois, on dirait Napoléon à la veille de Marengo. Infantilisme, narcissisme, manipulation : y’a rien de plus libéral que Koh Lanta. C’est l’époque, un bandana autour du front. Faudrait y envoyer les députés LREM.

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Cette année, j’ai remis ça – avec beaucoup moins d’enthousiasme, certes, mais quand même. Et ce qui me frappe le plus, cette fois, c’est les rapports entre les hommes et les femmes. Chaque équipe, en effet, est constituée de cinq hommes et cinq femmes – c’est toujours le cas. Naturellement, sur le camp, les premiers bricolent et chassent, et les secondes s’occupent de l’intendance, dont la cuisine. Lors des épreuves, les filles laissent volontiers les garçons porter les sacs trop lourds et, sur le camp, construire et reconstruire abri ou cabane ; bref, elles admettent tacitement qu’ils sont physiquement plus forts et plus dégourdis qu’elles. La répartition des tâches a l’air d’aller de soi. Et quand, dans une épreuve, une équipe a moins de filles que l’autre, c’est une fille qui est exclue et non un homme. Koh Lanta est donc sexuée. Ce n’est que lorsque les filles en pâtissent qu’elle devient « sexiste » à leurs yeux.

Maxine et Laure découvrent qu’elles sont féministes

En effet, dans la saison en cours, l’équipe rouge ne compte plus que deux filles pour cinq hommes. Les trois éliminées l’ont été parce que les garçons les trouvaient moins performantes ; et deux filles, Maxine et Laure, ont manœuvré afin que cela arrive. Honnêtes, les mecs ont avoué qu’ils cherchaient à rester entre eux ; et c’est alors que lesdites Maxine et Laure ont découvert qu’elles étaient féministes. Depuis, elles parlent en boucle de « girl power » ; elles trouvent juste de voter ensemble contre les hommes mais parfaitement injuste que les hommes votent ensemble contre les femmes. Les hommes placent les « compétences » en premier ; elles – et le candidat homosexuel de l’autre équipe –, c’est les « affinités ». Elles râlent en permanence : les hommes ne leur laissent pas prouver qu’elles sont aussi « capables » qu’eux, disent-elles ; mais au lieu de le prouver effectivement, en allant pêcher et couper du bois autant voire plus que les hommes, par exemple, elles maugréent, dénigrent et, pour finir, chialent, bien sûr. Elles refusent la compétition ; elles exigent qu’on leur cède la place par principe, ce qui est la définition de la discrimination positive. Le féminisme ne vise pas l’égalité entre les sexes, il veut la diminution de l’homme ; il ne désire pas l’égalité de traitement, il demande que l’on favorise la femme. Le féminisme n’est pas un fait politique, c’est d’abord et en définitive du pur ressentiment.

En regardant Koh Lanta, on réapprend que les femmes viennent de Vénus et les hommes, de Bricorama. C’est comme ça et c’est très bien, car ainsi les sexes se complètent. En prétendant qu’ils doivent être égaux en tout, on génère chez les femmes une frustration que seule une injustice commise au détriment des hommes peut conjurer. Et, ainsi, la subtile harmonie qui unit les deux sexes vole en éclats, au profit d’une guerre dont ils sortiront tous deux perdants. En attendant, il faut que j’arrête de nourrir TF1 : je crois que je vais prendre un chien.

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Sonia Mabrouk, réac aux dents blanches

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Sans que son large sourire ne quitte jamais son visage, la journaliste Sonia Mabrouk rend coup pour coup aux « déconstructeurs » souhaitant réduire à néant l’identité française. Son nouvel essai, Insoumission française[tooltips content= »Editions de l’Observatoire, avril 2021″]1[/tooltips], est à mettre entre les mains de tous ceux que la situation du pays préoccupe.


Dans Insoumission française, Sonia Mabrouk met en lumière les menaces planant au-dessus de la France. Sans ambages, elle y dresse des portraits de ces “déconstructeurs” qui occupent quotidiennement les colonnes de Causeur. Elle se permet même d’apporter une proposition de solution globale à nos maux. Cela nous change.

Après un roman sur les lionceaux de Daesh qui frôlait l’autofiction[tooltips content= »Dans son cœur sommeille la vengeance, Plon, 2018″](2)[/tooltips] et un premier essai politique[tooltips content= »Douce France, où est (passé) ton bon sens ? L’Observatoire, 2019″](3)[/tooltips], la journaliste Sonia Mabrouk est de retour en librairie. Ces dernières années, c’est la journaliste qui monte. Depuis la rentrée, elle anime l’interview politique de 8 heures sur Europe 1. Elle s’est fait remarquer par son bon sens et sa ténacité. Trois hautes figures du gauchisme contemporain, habituellement accueillies à bras ouverts dans les autres médias, peuvent témoigner du mauvais quart d’heure qu’elles ont passé : Alice Coffin, le député du Val d’Oise Aurélien Taché, ou dernièrement la patronne de l’Unef Mélanie Luce. 

Alors, Sonia Mabrouk aurait-elle tourné réac ? Preuve accablante supplémentaire, celle qui n’a pas franchement un physique de radio a également été repérée par Cnews. Entre 12h et 14h, elle y fait le bonheur des téléspectateurs friands des débats droitiers de la chaîne info de Vincent Bolloré. 

Un panorama très complet des déconstructeurs

L’essai Insoumission française, qui sort aujourd’hui, apporte une preuve supplémentaire – pour ceux qui en ont besoin – que Mabrouk essaie de résister à la tyrannie de l’actualité qu’elle est obligée de subir dans les studios de la télé et la radio. À l’exception du coronavirus, le livre est un panorama des grands sujets qui agitent ses plateaux et notre société ces dernières années. Mabrouk taille un costard bien serré aux militants anti-police, aux antiracistes 2.0, aux néoféministes primaires, aux fous du genre, à ceux qu’elle qualifie de “forcenés du multiculturalisme” et aux islamo-compatibles…

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Le premier chapitre est consacré à l’antiracisme dévoyé. “Si vous n’y adhérez pas, si vous ne vous soumettez pas à ses injonctions, vous êtes de facto catalogué comme raciste et antiprogressiste” observe-t-elle. Celle qui a conscience qu’en publiant un tel brulot, on risque à son tour d’être accusé, n’en a cure. C’est tant mieux. Et oui ! elle entend bien dénoncer ce “monde merveilleux des nouveaux antiracistes”, dans lequel “la race est statufiée”, et où règnent Assa Traoré et Rhokaya Diallo. Ces militants ont de nombreux points communs avec les “antisécuritaires pavloviens” qui font l’objet du chapitre suivant. Sonia Mabrouk écrit: “Prendre le parti des forces de l’ordre contre les voyous est un devoir auquel tout citoyen attaché à l’idée même de démocratie devrait se soumettre naturellement pour éviter, tant qu’il est encore temps, de sombrer dans une société de l’ensauvagement”. Les néoféministes, telles Caroline de Haas, en prennent aussi pour leur grade : “Elles sont, du fait de leur déni et de l’instrumentalisation du hijab, coupables de propager l’idéologie islamiste” ! Mabrouk ne mâche pas ses mots.

Macron: un mec “pas clair”

Et si Macron fait mine d’être un peu revenu de l’idéologie multiculti qui caractérisait sa campagne électorale, Mabrouk reste sur ses gardes : “Est-il pour autant clair sur ce sujet essentiel ?” Constatons que la plume de Sonia Mabrouk développe des idées plutôt conservatrices. Mais la journaliste née à Tunis se distingue d’Eric Zemmour ou de Michel Onfray, qui semblent parfois s’enfermer dans le pessimisme et dans le renoncement. De son côté, elle estime que le destin de la France n’est pas définitivement scellé. La journaliste ne veut pas se résoudre au déclin civilisationnel qui nous guette. 

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Malgré les assauts répétés des « déconstructeurs », d’Erdogan, des géants du numérique ou de la menace islamique, elle ne se départit pas d’une certaine espérance. Tout d’abord, elle se délecte, dans le chapitre le plus savoureux, des chocs internes à l’intersectionnalité (n’est-il pas cocasse de voir les néoféministes se compromettre en étant incapables de défendre Mila, ou d’observer le mutisme des végans face au halal ?) Ensuite, elle rappelle que la France n’est pas réductible à la République. C’est peut-être l’idée la plus forte du livre : notre culture, notre civilisation, nos identités ne sont pas réductibles ni à un régime (auquel on est viscéralement attaché par ailleurs) ni à des valeurs universelles abstraites. Suivant cette logique, pour s’en sortir, il faut selon l’essayiste tout simplement nous replacer dans le temps long, nous hisser à la hauteur des enjeux civilisationnels. Pour cela, et cela fera hurler certains laïcs, Sonia Mabrouk plaide pour une renaissance décomplexée de la chrétienté. Il ne s’agit pas forcément de retourner à l’Église chaque dimanche pour autant, l’essayiste développant une distinction possible entre la philosophie du christianisme et la philosophie chrétienne dans les derniers pages de son ouvrage. En revanche – et cela rejoint parfaitement sa vision de la civilisation et de l’identité – on ne peut faire l’économie d’une culture hégémonique, qui, sans écraser les cultures minoritaires, sert de référence et de socle commun.

Un ouvrage que se repasseront les véritables insoumis voulant en découdre dans la bataille des idées !

Insoumission française: Décoloniaux, écologistes radicaux, islamo-compatibles... : les véritables menaces

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Liam Gallagher sera-t-il le dernier rocker?

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Arte diffuse un reportage inédit[tooltips content= »Liam Gallagher : As it was, en accès libre sur le site d’Arte jusqu’au 7 juin »]1[/tooltips] sur le retour gagnant de l’enfant terrible du rock britannique…


Été 2009, Paris, festival Rock en Seine. Suite à une énième brouille avec son frère Liam Gallagher dans les loges, Noël claque la porte d’Oasis. Dans la foulée, le groupe implose. Quinze ans auparavant, les midinettes se bousculaient pour acclamer leurs héros aux quatre coins du monde, une hystérie que l’on n’avait pas connue depuis l’ère des Beatles. Alors que l’on croyait la guitare électrique condamnée face à l’essor du rap et des musiques électroniques, Oasis ressuscitait le rock’n roll. Vingt-cinq ans après (déjà), sa verve n’a pas pris une ride.

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De l’enfer à la renaissance

Suite à la fin d’Oasis Liam Gallagher forme Beady Eye. Malgré des accords qui cassent la baraque, les concerts se cantonnent aux petites salles. Après avoir rempli des stades, l’ancienne rock star est réduite à enchaîner les premières parties. « Ça craint hein ? », concède-t-il d’ailleurs à une journaliste. Tout est dit, et la chute continue: son divorce d’avec la chanteuse de pop Nicole Appleton lui coûtant une fortune, la vedette doit renoncer aux palaces et aux Ferrari. Et quand il n’est pas traqué par The Sun ou autres tabloïds, il insulte le monde entier sur son compte Twitter après avoir abusé du Jack Daniels. Bien que ses tweets dépassent rarement trois mots, il y est d’ailleurs plus populaire que Boris Johnson. Accro au whisky, rongé par l’ennui, sans aucun projet, Liam Gallagher semble au bout de sa vie et sa gueule en pâtit. C’était sans compter sur Debbie, sa nouvelle muse. La petite brune à l’air sage lui prie de cesser de s’autoflageller et de renouer avec la seule chose qu’il sait faire: chanter. Après des litres de Guinness avalés dans un pub en Irlande, Liam se remet enfin à grattouiller sa guitare et improvise « Bold ». Le nouveau-né sera son premier tube en solitaire et surtout, la renaissance de l’enfant de Manchester est en marche! Un retour en grâce incarné par « I’ve all I need ».

Le grand retour du rock’n roll

Aujourd’hui âgé de 48 ans, Liam Gallagher remplit à nouveau les stades et est acclamé par des foules en liesse. Tel un Ulysse revenant des Cimmériens, il fait verser de chaudes larmes à des jeunes femmes émues par le beau revenant et signe à nouveau des flopées d’autographes. Pourquoi s’en priverait-il ? Il chante très bien et il le sait. Et de toute façon, il ne sait rien faire d’autre et ne se « voit pas être plongeur ou fleuriste ». Pas très malin selon ses propres dires, un peu buté, résolument authentique, Liam Gallagher semble toujours sincère et est parfois franchement drôle. Entre deux jurons, il nous mène à Manchester, dans le pavillon de banlieue où réside encore sa mère, tacle régulièrement son frère Noël (lequel voulait être pompier étant enfant, apprend-on), met fin à un concert au bout de deux chansons pour économiser sa voix ou encore, fait du jogging sur le pont du Golden Gate (San Francisco).

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Car à l’en croire, le long voyage où les rayons du soleil ne percent jamais est terminé. « Je ne veux pas mourir, je n’ai plus de temps à perdre dans les pubs », confie Liam Gallagher en contemplant le paysage. Il est loin d’être le seul: des faubourgs de l’Angleterre ouvrière au Mexique ou au Japon, sa voix fait vibrer des gamins de 14 ans. En 2017, son premier album en solo As you were triompha sur le podium des ventes de disques au Royaume Uni dès sa sortie. « C’est officiel le Rock’n roll est n°1, félicitations à vous, à moi, félicitations à nous tous pour avoir permis ça », claironna-t-il alors sur sa page Twitter. Laissez-vous charmer par Liam Gallagher, la grande épopée du rock’n roll n’a pas dit du tout son dernier mot. Et avec lui, c’est le bon vieux temps qui fait son retour!

Liam Gallagher : As it was est en accès libre sur le site d’Arte jusqu’au 7 juin (choisir l’option VOSTF).

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L’Irlande du Nord: un conte de deux frontières

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Les violences qui ont sévi en Irlande du Nord au cours des 12 premiers jours d’avril sont-elles le signe d’un retour des « troubles » qui ont divisé ce pays pendant presque 30 ans? Est-ce que le Brexit est responsable de cette menace potentielle? Analyse.


Pendant une douzaine de jours, du 29 mars au 9 avril, l’Irlande du Nord a été la scène d’émeutes nocturnes sévissant dans plusieurs villes dont notamment Londonderry et la capitale, Belfast. Des bandes composées principalement de jeunes, dont certains n’avaient que 12 ou 13 ans, issus de la communauté unioniste (on dit aussi loyaliste), c’est-à-dire protestante, ont attaqué les forces de l’ordre. Armés de cocktails Molotov, de feux d’artifice et de projectiles lourds, les émeutiers ont pris pour cibles les postes, voitures et fourgons de police, ainsi que les policiers eux-mêmes dont presque 90 ont été blessés. Un Ephad a été attaqué et un bus incendié. Deux soirs de suite, les 7 et 8 avril, il y a eu des affrontements entre ces unionistes et des groupes de nationalistes (qui préféreraient que la province fasse partie intégrante de la République irlandaise) à travers une porte dans le mur qui sépare les deux communautés à Belfast-Ouest. Ce mur, dit « de la paix », est tout un emblème : dans certains quartiers, la paix fragile qui règne aujourd’hui est au prix d’une certaine séparation entre les deux communautés. La mort du prince Philip, survenant le 9 avril, a mis fin aux émeutes, les leaders protestants appelant à une trêve par respect pour le décédé. Ces violences marquent-elles le retour des « troubles » qui ont plongé l’Irlande du Nord dans le chaos, depuis la fin des années 60 jusqu’à la signature des accords de Belfast, dits « du Vendredi saint », en 1997 ? Sont-elles une conséquence inévitable du Brexit ?

Se méfier des explications monocausales

Les violences, très largement le fait de jeunes, offraient une dimension presque carnavalesque. Le confinement, et l’ennui qu’il fait peser sur la jeunesse, a joué un rôle dans leur déclenchement apparemment spontané. Les quartiers qu’habitent ces jeunes loyalistes sont parmi les plus défavorisés en Europe et le niveau d’éducation des garçons en question est extrêmement bas. Il se peut aussi qu’il y ait eu un degré d’organisation. Avec l’installation graduelle de la paix après 1997, certains des groupes historiques de paramilitaires, qu’ils soient unionistes ou nationalistes, se sont reconvertis dans le crime, surtout le trafic de drogue. Aujourd’hui, leurs caïds, afin de défendre ces petits empires criminels, font régner dans certains quartiers une terreur mafieuse qui a succédé à la terreur sectaire d’autrefois. Suite à des opérations policières récentes visant leurs activités criminelles, les chefs de gang ont sans doute encouragé les jeunes à s’en prendre aux forces de l’ordre pour se venger.

A lire ensuite: Le prince est mort, vive le prince!

La parité à tout prix

A ces facteurs s’ajoutent néanmoins des éléments d’ordre politique. C’est le 30 mars que le Ministère public de l’Irlande du Nord a annoncé qu’il n’allait pas poursuivre 24 responsables du parti nationaliste, Sinn Féin, qui, transgressant les règles de distanciation sociale imposées par la pandémie, ont assisté, avec une foule de deux mille personnes, aux funérailles en juin dernier d’un ancien chef de l’IRA et politicien nationaliste, Bobby Storey. De leur côté, les unionistes n’ont pas pu assister aux enterrements de leurs morts et ont dû renoncer à leurs défilés traditionnels qui culminent normalement dans les célébrations du 12 juillet. Ce sentiment d’injustice, qu’il y a désormais un système de « deux poids, deux mesures », a servi à aggraver les violences. Car, en Irlande du Nord, tout dépend d’un équilibre délicat qui évite coûte que coûte de donner à un des deux camps l’impression que l’autre est favorisé d’une manière ou d’une autre. La paix qui s’est installée ces 20 dernières années n’est pas vraiment une réconciliation, mais plutôt une cessation d’hostilités prolongée. Personne ne s’est excusé, personne n’a exprimé de remords pour ce qui s’est passé pendant les troubles. L’IRA, sous sa forme « officielle » ou « politique », le Sinn Féin, est devenue aujourd’hui un parti respectable au Nord comme au Sud, participant à l’exécutif de l’Irlande du Nord et ayant des sièges au parlement de Dublin. Pour se faire respectable, le parti a réécrit son histoire qu’il présente aujourd’hui comme une lutte pour les droits civils, tandis qu’en réalité son projet avait visé à transformer, par la force des armes, toute l’Irlande en un seul paradis marxiste[tooltips content= »Liam Kennedy, Who was responsible for the Troubles? (McGill-Queen’s University Press, 2020). »](1)[/tooltips].

Les unionistes ne sont pas plus repentants. Leurs partis politiques, dont celui qui gouverne actuellement, le DUP, prennent des positions intransigeantes et deviennent de plus en plus impopulaires même auprès de l’électorat protestant. Pourtant, la paix et tout l’ensemble très complexe des accords et instruments juridiques sur lequel elle est fondée, dépend du consentement perpétuel et sans faille de tous les acteurs. Une expression-clé à l’époque des négociations des accords de Belfast dit tout : « la parité dans le respect » (« parity of esteem »). Dès que quelqu’un se sent lésé, tout est remis en cause.

Frontières: être ou ne pas être

Les négociations sur le Brexit ont ajouté une nouvelle couche de complexité à cette situation difficile. Pour simplifier, on peut dire que l’élément crucial ici est le Protocole sur l’Irlande du Nord qui fait partie de l’accord de retrait conclu entre le Royaume Uni et l’UE le 24 janvier 2020. Ce protocole, qui a remplacé le célèbre « backstop » de Theresa May, conspué par les Brexiteurs et les unionistes, protège la frontière entre l’Irlande du Nord et la République irlandaise en créant une frontière douanière dans la Mer d’Irlande entre la Grande Bretagne et l’Irlande du Nord. La question fondamentale en Irlande est toujours la suivante : comment « invisibiliser » une frontière ? Les accords de Belfast n’ont pas aboli celle qui sépare le « Nord » et le « Sud » mais a éliminé les contrôles, les postes et les douanes, de sorte que les personnes vivant de chaque côté puissent la traverser quotidiennement sans avoir l’impression de passer d’un pays à un autre. Pour protéger cette frontière, le Protocole permet à l’Irlande du Nord de rester dans le marché unique européen tout en faisant partie d’une union douanière (en plus de l’union politique déjà existante) avec la Grande Bretagne. Ainsi, toute forme de contrôle douanier entre les deux Irlandes est éloignée de la frontière elle-même. Le corollaire de cette approche est l’introduction de contrôles douaniers sur les marchandises, les animaux et les plantes passant de la Grande Bretagne en Irlande du Nord (mais pas dans l’autre sens). Le grand défi consiste donc à ne pas estomper la frontière nord-sud au coût de dessiner au trait épais une autre, est-ouest. Il ne faut pas que les nationalistes aient l’impression de vivre dans une seule Irlande si les unionistes n’ont pas l’impression de vivre au Royaume Uni. La visibilité de la frontière maritime dépend de deux choses : le contenu de l’accord commercial entre le Royaume Uni et l’UE conclu à la fin de l’année dernière et la manière précise dont les articles de cet accord sont mis en œuvre sur le terrain.

Or, au cours des premiers mois de cette année, la courbe d’apprentissage pour les exportateurs comme pour les officiers de la douane a été difficile. Les contrôles sont plutôt lourds sur les exportations phytosanitaires, et les médicaments et l’acier restent problématiques. La construction de nouveaux postes de contrôle dans les ports nord-irlandais a été interrompue. L’UE et le gouvernement de Boris Johnson sont actuellement engagés dans d’autres négociations, très serrées, pour résoudre ces difficultés et « adoucir » la frontière maritime. Ce n’est pas sans hics. Début mars, le Royaume Uni a décidé unilatéralement de prolonger le délai avant l’imposition stricte des nouvelles règles dans certains domaines. L’UE a riposté en entamant une procédure juridique pour mettre la pression. En même temps, une importante organisation unioniste, le Conseil des communautés loyalistes (Loyalist Communities Council) a annoncé qu’elle suspendait temporairement son adhésion à celui des deux accords de Belfast qui a été ratifié par la plupart des partis politiques d’Irlande du Nord (l’autre a été ratifié par Londres et Dublin). Cette mesure temporaire, destinée elle aussi à mettre la pression sur les négociateurs, a probablement contribué au mécontentement général des unionistes, bien que les jeunes émeutiers y soient largement indifférents. Tout dépend maintenant de Bruxelles et de Londres pour que ce conte de deux frontières ait quelque chose qui ressemble à un « happy ending », une fin heureuse.

#PasToucheÀMonHijab: le hashtag mondial qui s’attaque aux sénateurs français

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Le 12 avril 2021, le Sénat a adopté en première lecture, avec modifications, le projet de loi confortant les principes républicains par 208 voix, contre 109 voix et 27 abstentions.


Les sénateurs ont clairement voulu se démarquer des députés en intégrant plusieurs amendements – dont certains ont été rejetés par la majorité de l’Assemblée (LREM) en première lecture du projet de loi – relatifs au port des signes religieux dans les mondes du sport et scolaire ainsi que dans l’espace public (pour les mineurs).

À l’initiative du sénateur de l’Isère Michel Savin (LR), a été voté un amendement visant à « interdire le port de signes religieux ostensibles pour la participation aux événements sportifs et aux compétitions sportives organisés par les fédérations ». L’hémicycle a adopté un amendement de ce même sénateur visant à faire reculer le port du burkini. L’article prévoit que « Le règlement d’utilisation d’une piscine ou baignade artificielle publique à usage collectif garantit le respect des principes de neutralité des services publics et de laïcité ».

À lire aussi : Faut-il interdire les sorties scolaires aux «mamans voilées»?

Les sénateurs ont également étendu l’interdiction du port des « signes ou tenues par lesquels (les élèves) manifestent ostensiblement une appartenance religieuse » imposée depuis 2004 aux « personnes qui participent, y compris lors des sorties scolaires, aux activités liées à l’enseignement dans ou en dehors des établissements, organisées par ces écoles et établissements publics locaux d’enseignement ».

L’hémicycle ajoutera dans la nuit du 30 au 31 mars un article interdisant le port de signes religieux ostensibles par les mineurs dans l’espace public. Cet amendement, déposé par la sénatrice de Gironde, Nathalie Delattre (RDSE), interdit par la même occasion « le port par les mineurs de tout habit ou vêtement qui signifierait l’infériorisation de la femme sur l’homme » et dont le voile islamique (hijab) fait évidemment partie.

Le bicamérisme de la Ve République n’étant pas totalement égalitaire, le vote de ces amendements inédits n’a pas fait l’objet de polémiques sur les plateaux et n’a pas vraiment fait couler l’encre des éditorialistes de gauche comme de droite. En effet, aux termes de l’article 45, alinéa 1, de la Constitution, l’adoption définitive du projet de loi « confortant les principes républicains » implique son vote dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et par le Sénat. Cet accord ne se réalisera probablement pas compte tenu de la prééminence de l’Assemblée nationale qui dispose de la possibilité de statuer en dernier ressort et qui est largement acquise à LREM quand le Sénat est à majorité de droite. En résumé, tout le monde sait pertinemment que ces amendements « ne passeront pas ».

#PasToucheÀMonHijab 

Mais il faut croire que les « jeunes » ne comprennent pas encore comment fonctionne la législation en France et qu’ils n’ont aucune idée de ce que signifie une « navette parlementaire ».

C’est la seule explication au déchainement en cours depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Tout a commencé il y a deux semaines sur Instagram où des centaines de jeunes femmes à très grande majorité voilées ont repris à leur compte le hashtag #HandsOffMyHijab (#PasToucheÀMonHijab) né en juillet 2019 au Canada pour protester contre la Loi 21 de la laïcité de l’état du Québec. Elle affichent ce hashtag en français sur la paume de leur main afin de « visibiliser leur condition de femmes discriminées par l’état français et victimes d’islamophobie d’État ».

Le hashtag est devenu viral il y a seulement six jours lorsque la démocrate Ilhan Omar, élue à la chambre américaine des représentants, très populaire sur les réseaux sociaux et elle-même voilée, leur a apporté son soutien sur Tiktok. L’élue américaine a ainsi publié depuis sa voiture une vidéo avec le message: « À toutes mes soeurs (musulmanes, ndlr) en France, continuez à être les reines que vous êtes ! ». En commentaire, elle prévient en anglais : « France, le monde te regarde.#PasToucheÀMonHijab #ArrêtezDêtreObsédésParMonHijab ».

Les influenceurs s’y mettent 

Depuis, plusieurs influenceuses anglo-saxonnes voilées ont pris part à cette campagne pour défendre les « choix, droit et liberté » de porter le hijab quand bien même ces amendements visent tous les signes religieux. Certains de ces influenceurs anglo-saxons en profitent d’ailleurs pour accompagner leurs publications du hashtag #BoycottFrance qui avait largement circulé après l’hommage rendu à Samuel Paty par le président Emmanuel Macron à La Sorbonne. Ils ne se privent pas non plus de diffuser de fausses informations portant sur une interdiction imminente de l’abattage rituel en France.

Parodies sur Tiktok cumulant plusieurs millions de vues, reportages sur Youtube, photos sur Instagram et témoignages sur Twitter dénonçant le baratin habituel en plus d’une « atteinte grave à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme » ont fini par payer ce 16 avril. Des médias propagandistes du Qatar comme AJ+ et AlJazeera mais aussi anglo-saxons très à gauche comme Now This ont mordu.

Le hashtag #HandsOffMyHijab a finalement réussi à « percer » sur Twitter atteignant son objectif de départ, à savoir les « TT » (Twitter trends : Tendances Twitter), les nouvelles dépêches de la presse. Il sera donc et sans aucun doute évoqué par les médias mainstream, remettra une pièce dans le jukebox des lamentations victimaires, nourrira le syndrome de persécution qui étouffe le marché des idées français et accordera plus de parts de marché médiatiques à la visibilité du symbole universellement sexiste qu’est le voile islamique.

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Connivence entre les mouvements islamistes et woke

Cette campagne, qui devrait d’ailleurs indigner les élus et militants écolos tant elle est devenue virale et donc polluante – pour dénoncer des amendements qui, doit-on le rappeler, ne passeront pas en seconde lecture à l’Assemblée,- n’est en fait intéressante que parce qu’elle dévoile les mécaniques internes entre les mouvements islamistes et woke sur les réseaux sociaux, depuis la France vers l’étranger et inversement.

Quand la version française du hashtag #PasToucheÀMonHijab n’a pas vraiment reçu l’engouement espéré alors qu’elle était utilisée depuis la fin du mois de mars sur les réseaux sociaux, c’est la version anglaise qui la fera accéder à la lumière grâce à la mobilisation des anglo-saxons élus, journalistes et médias islamistes, youtubeurs et influenceurs salafistes et/ou woke, militantes féministes intersectionnelles et des associations et organisations européennes prétendument anti-racistes et féministes.

C’est d’ailleurs le hashtag anglais qui est repris désormais par les twittos français, ravis de pouvoir se saisir d’une nouvelle cause « humaniste » entre deux séries Netflix pour flatter leurs petits égos de militants du dimanche en engrangeant plus de « likes et de followers » sur leurs comptes personnels. Peu importe si les victimes qu’ils défendent ne sont rien d’autre que des militants islamistes qui jugent que l’on entrave leur droit à couvrir des mineurs de la tête aux pieds d’un habit sexiste, pour leur apprendre à ne pas devenir « une tentation pour les hommes », les préparant ainsi dès leur plus jeune âge à se soumettre à la charia islamique, ses certificats de virginité, sa polygamie, son viol conjugal et son projet de destruction de la laïcité à la française au profit du modèle, voué à l’échec, du multiculturalisme anglo-saxon.

Les élus de l’Assemblée nationale devraient prendre en compte cette campagne pour la seconde lecture du projet de loi. Au vu de la nature des profils des indignés, il y a de grandes chances qu’avec ces amendements le Sénat ait tapé dans le mille.

Le regard libre d’Elisabeth Lévy

Retrouvez la chronique d’Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio le matin à 8h15

100 000 morts et moi, et moi, et moi

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Le porte-parole du gouvernement a annoncé qu’il y aurait en France «un moment d’hommage et de deuil». Célébrer la «mémoire» des malades morts du Covid, envisager un mémorial, est-ce vraiment une bonne idée?


La Covid Pride aura bien lieu. Gabriel Attal a annoncé mercredi qu’il y aurait « un moment d’hommage et de deuil ». Le député Mathieu Orphelin souhaite une journée annuelle de commémoration, un Covid Day qui aurait lieu tous les 17 mars, en souvenir du jour funeste où nous avons été confinés la première fois – d’habitude, on célèbre plutôt la victoire que l’entrée en guerre, mais passons. La Mairie de Paris n’allait pas rester à l’écart de ce concert de grands sentiments. Dans son inimitable jargon, Anne Hidalgo a donc proposé la construction d’un « lieu de mémoire active » : « Nous voulons analyser ce bouleversement que constitue la pandémie du Covid-19 et contribuer ainsi à l’édification d’une mémoire vivante de ses effets psychologiques, sociaux, politiques et économiques.» Le Conseil de Paris a approuvé à l’unanimité ce vœu de la maire. Des Insoumis aux lepénistes, de New York à Bergame, la politique de l’effusion fait consensus. Plusieurs villes dans le monde se sont déjà dotées d’un mémoriel – si j’ai bien compris on dit mémoriel quand c’est virtuel. À Londres, des milliers de cœurs ont été dessinés sur un mur le long de la Tamise. 

Une idée ridicule

Qu’on ne se méprenne pas, je comprends la douleur des familles endeuillées, douleur décuplée par des règles inhumaines et, pour beaucoup, par l’absurdité d’une maladie contractée à l’hôpital. Ces morts et leurs proches méritent notre compassion. Mais la compassion n’est pas l’admiration. Pourquoi admirerait-on les victimes du Covid, plus que celles du sida, du cancer ou des accidents de la route ? Certes, il semble qu’on ait passé le nombre de 100 000 morts du Covid. On ne voit pas pourquoi les patients atteints de maladies rares seraient privés de leur quart d’heure de gloire posthume. Peut-être faudra-t-il instaurer, comme le suggérait Muray « Le jour des asthmatiques et des syphilitiques, l’année des schismatiques et des paraplégiques ». On trouvera peut-être cette ironie inconvenante alors que des gens sont morts. Ce que je trouve inconvenant, c’est cette ridicule idée d’hommage. Personnellement, j’aimerais que personne ne s’avise de dessiner un cœur en mon honneur (d’accord, il y a peu de chances). Je préfère imaginer qu’on viendra rigoler sur ma tombe. 

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L’hommage de la nation est légitime dans deux cas de figure. 

Tout d’abord, il s’adresse à ceux qui, par leur héroïsme, leur courage, leur abnégation, ont servi la collectivité. Qui incarnent quelque chose de plus grand qu’eux, comme la liberté. Les morts du Covid n’ont pas choisi de tomber malades et, si on excepte le cas des soignants, ils n’ont rendu service à personne en mourant. 

Sommes-nous devenus incapables d’affronter le tragique?

Ensuite, on honore les victimes de génocide et de crimes de masse – Auschwitz, Cambodge, Rwanda, esclavage. Il s’agit à la fois de rendre à des millions d’anonymes leur dignité bafouée par l’histoire, mais plus encore de ne pas oublier de quelle monstruosité les hommes sont capables – pour que « plus jamais ça ». Bien que des zozos d’extrême gauche prétendent que les victimes du Covid sont mortes pour nos profits, il n’y a pas de barbarie virale ni de bête immonde au ventre toujours fécond – à part le pangolin certes, mais on peut difficilement lui imputer un projet criminel.

On me demandera en quoi ces célébrations annoncées me gênent alors qu’elles semblent réconforter tant de monde. Elles témoignent de ce que nous sommes devenus : des êtres pleins de sensiblerie, incapables d’affronter le tragique, à qui l’émotion tient lieu de pensée. Autrefois on admirait les héros, ceux qui triomphent du sort, aujourd’hui on adule ceux qui le subissent. On allume des bougies contre le terrorisme et on dessine des cœurs contre la mort. 

La primauté de la vie biologique

Il faut aussi s’interroger sur cette demande généralisée de collectivisation, de nationalisation, d’officialisation, des peines intimes. On dirait qu’à l’ère de l’arraisonnement médiatique du monde, ce qui est privé n’existe pas vraiment. Cette rage de partager les expériences les plus indicibles est la négation de la condition humaine et de son inaltérable solitude.

Il est vrai cependant que nos excellentes intentions nous ont fait commettre un crime à l’égard de ces victimes de l’épidémie. Pas parce que nous avons échoué à les sauver, parce que nous les avons laissées mourir seules, au nom de la primauté de la vie biologique sur tout autre considération. Si nous voulons vraiment les honorer, ce n’est pas en nous admirant en train de pleurer sur leurs tombes mais en jurant qu’à l’avenir nous refuserons cette barbarie du Bien.

Les très étranges tribulations du camarade Mélenchon dans le très lointain Équateur

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En période de restrictions sanitaires, 10 000 kilomètres ça fait quand même un peu loin…


Jean-Luc Mélenchon s’est donc rendu à Quito. Un long et fatigant voyage. Mais le leader de La France Insoumise n’a pas reculé devant ce pénible effort. En effet, il a une mission (mobiliser les masses populaires) et cette mission est planétaire. Elle lui a été confiée par la Sainte Trinité, Marx, Engels, Lénine. Mais pas Staline qui n’a plus la cote…

À Quito, Mélenchon était venu prêter main forte à un homme qui l’avait appelé au secours : Andrés Arauz, le candidat de la gauche équatorienne. La rencontre fut, selon le chef des Insoumis, « très chaleureuse ». Et il en a fourni la preuve en postant sur son compte Twitter une photo où on le voit sans masque et souriant le bras autour de l’épaule de son camarade équatorien.

Mélenchon a le sourire sur cette image car elle a été prise avant les tristes résultats des élections équatoriennes : Andrés Arauz a été battu ! Le peuple équatorien, manipulé par la propagande impérialiste, n’a pas été sensible au déplacement de Mélenchon. Il devient donc urgent de changer de peuple…

Et pas seulement en Équateur. En France, le peuple bêtement résigné, se soumet aux consignes sanitaires. Tel n’est pas le cas de Mélenchon qui est un intrépide insoumis. Il brave le variant brésilien qui est, comme chacun sait, une invention du fasciste Bolsonaro.

En France, la petite balade de Mélenchon a fait l’objet de nombreuses critiques. Il les a balayées avec son élégance habituelle : les chiens « sortent de la niche et aboient ». Eh oui, les chiens aboient, et la caravane Mélenchon passe.

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L’objectivité que nous devons à Jean-Luc Mélenchon nous a amené à lire attentivement l’attestation de déplacement dérogatoire. Dans son point trois, elle stipule que sont autorisés les déplacements pour « motifs familiaux impérieux » et pour porter assistance à des « personnes vulnérables ». Andrés Arauz est une personne vulnérable…

Bitcoin, le veau d’or 2.0


Le bitcoin, dont l’émission relève d’un algorithme, reste trop volatil et pas assez répandu pour remplir les fonctions classiques d’une monnaie. Pourtant, son cours s’envole. Cet engouement soutenu par une conjoncture angoissante – le Covid – s’explique : pour les spéculateurs amateurs, cette cryptomonnaie représente la perspective de gains rapides et importants. 


Mercredi 17 mars, alors que le landerneau médiatique se remettait à peine du naufrage de la 46e cérémonie des César 2021 et que le Premier ministre n’avait pas encore annoncé le ter repetita de la gestion à la petite semaine de la crise sanitaire, il se jouait en salle des ventes un non moins troublant spectacle. Pour la première fois, lors d’une vente judiciaire de biens saisis par l’Agrasc[tooltips content= »Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués. »](1)[/tooltips], des lots de bitcoins issus d’activités illicites – il s’agissait en l’espèce d’opérations de piratage d’une plate-forme d’échange de cryptomonnaies – ont été adjugés à des acheteurs privés.

Les passions spéculatives

Lors de son introduction, en janvier 2009, la valeur d’un bitcoin était négligeable, de l’ordre de quelques centimes. Elle atteignait la parité avec l’euro seulement deux ans plus tard et, alors qu’elle tutoie aujourd’hui les 50 000 euros, d’aucuns affirment que son potentiel de hausse reste conséquent. Le premier lot mis en vente, d’un montant de 0,11 bitcoin, a pourtant été acquis à hauteur de 26 800 euros, soit près de 278 425 euros l’unité une fois les frais pris en compte ! Fait rare : la commissaire-priseur chargée de l’adjudication a pris la précaution d’interrompre l’enchère pour la recommencer, pensant qu’il y avait une méprise quant à la quantité de bitcoins proposée à la vente. Précaution inutile puisque au nouveau tour d’enchères, une offre correspondant à près de six fois la valeur d’échange du bitcoin a bel et bien été entérinée. Si les lots suivants sont loin d’avoir atteint ces sommets – ce qui tendrait à signifier que la motivation du premier acquéreur devait avoir trait à d’autres facteurs d’ordre symbolique[tooltips content= »Le fait qu’il s’agisse du premier bitcoin mis aux enchères en France peut constituer en soi un critère de rareté et donc d’opportunité spéculative, notamment par l’adjonction d’un contrat de type NFT, c’est-à-dire d’un certificat numérique lui-même échangeable sur le réseau blockchain qui attesterait de cette singularité. »](2)[/tooltips] ou communicationnel –, ils se sont tout de même vendus sans décote, voire au-dessus du prix de marché, ce qui constitue en soi une anomalie économique.

L’or intangible

Il faut imaginer le bitcoin comme une monnaie dont l’émission n’est pas souverainement décidée par une banque centrale, mais relève du fonctionnement d’un algorithme à la marche systématique, transparente et immuable, initiée lors de la création de la cryptodevise au lendemain de la crise des subprimes de 2008. Le modèle imaginé réplique électroniquement celui des métaux précieux physiques : les bitcoins sont créés par un processus dit de « minage » et leur quantité est non seulement finie mais également déterminée ex ante. Il suffit d’un portefeuille virtuel et d’une clé unique d’identification (similaire à un mot de passe personnel) attachée à celui-ci pour pouvoir effectuer une transaction en cryptomonnaie.

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Lorsqu’un achat est effectué en bitcoin, une signature électronique de la transaction spécifiant l’identifiant des contractants, le montant précis et l’heure de la transaction est générée, cette signature est inscrite sur le réseau blockchain assimilable à un grand livre de compte virtuel public infalsifiable. Elle est ensuite soumise à un processus de vérification et de certification de la part de contributeurs mis en compétition et nommés « mineurs », qui reçoivent une certaine quantité de bitcoins en contrepartie de leur effort. En pratique, il s’agit de mettre à disposition du réseau une certaine puissance de calcul afin de résoudre des problèmes ardus de cryptographie nécessaires à ladite certification des transactions.

De la cryptomonnaie à la monnaie cryptique

On considère depuis Aristote que la monnaie a trois utilités principales : elle peut être employée comme réserve de richesse, elle sert d’intermédiaire autant que de support aux échanges qu’elle doit faciliter et elle constitue une unité de compte, c’est-à-dire une grandeur de référence nécessaire à l’établissement de la valeur de biens ou de services. Ces dernières années, le cours du bitcoin a varié de façon pour le moins erratique, perdant plus de la moitié de sa valeur par rapport à l’euro en moins d’un trimestre au début de l’année 2018 ou doublant depuis le début de cette année pour atteindre sa valeur actuelle. Une telle volatilité ne permet pas au bitcoin de s’affirmer comme réserve de richesse, ni comme unité de compte, ces deux caractéristiques monétaires tolérant des fluctuations contenues, mais supportant mal les sursauts brutaux et imprévisibles. Quant à la fonction d’intermédiation de la monnaie, elle reste à bâtir, le nombre d’acteurs économiques acceptant les paiements en bitcoin restant faible, notamment en raison du risque même induit par la volatilité de sa valeur.

Une normalisation anormale ?

Pourtant, l’intérêt pour le bitcoin ne se dément pas. Il connaît même un regain sensible depuis le début de la crise sanitaire, d’où la hausse spectaculaire des cours. On doit cet engouement renouvelé à la conjonction de plusieurs facteurs : d’une part, les principales devises mondiales ont relativement perdu en valeur du fait des politiques de sauvegarde de l’économie déployées par les banques centrales, qui génèrent des surplus monétaires considérables ; d’autre part, de nombreux acteurs institutionnels (bourses, banques et fonds d’investissement) ont annoncé leur contribution au développement des marchés des dérivés[tooltips content= »Il s’agit de produits financiers dont la valeur dépend de l’évolution du cours du bitcoin, selon une formule prédéfinie. »](3)[/tooltips] sur bitcoin ; enfin, le bitcoin jouit de l’attrait prononcé des investisseurs pour l’innovation technique et d’une abondance de liquidités propice à la prise de risque, notamment en environnement de taux bas.

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Si tous ces facteurs fondamentaux importent en tant que tels, on ne saurait négliger qu’ils créent de nombreux effets d’aubaine auprès de spéculateurs, souvent amateurs, attirés par la perspective de gains aisés. Technologiquement, le bitcoin est déjà dépassé par de nombreux autres protocoles – plus rapides, capacitaires, sécurisés, moins énergivores – sur la base desquels ont été créées de nombreuses autres cryptodevises alternatives (Ethereum, Stellar, Litecoin…) et son efficacité comme monnaie à part entière reste à établir. Ce qui se produit a tout d’une bulle spéculative, mais tant que le référentiel macroéconomique des valeurs reste à ce point fondamentalement perturbé, rien ne dit que cette dernière disparaîtra de sitôt.

L’étrange victoire de l’élite française


Vitupérer « les élites » est un sport national. Leur formation, leur origine et leur utilité sociale sont des questions passionnelles qui reviennent aujourd’hui avec la suppression de l’ENA. On comprend, en lisant le dernier opus[tooltips content= »Les élites françaises, Des Lumières au grand confinement de Eric Anceau (Passés Composés) »]1[/tooltips] d’Eric Anceau,  qu’elles ne sont pas nouvelles.


Une histoire de la haute société française pourrait tenir en un récit chronologique et évolutif de figures qui, elles, évoluent beaucoup moins : en particulier toutes ces demi-mondaines parfumées, vieilles et éternelles peaux de vache habituées des vêpres de Saint-Germain-des-Prés et des émissions de Stéphane Bern où elles rapportent des anecdotes salonnardes qui seraient bien sympathiques si elles ne trainaient pas avec elles toute la hideur et la sournoiserie du mauvais ragot bourgeois. Les chicaneries du grand monde ont déjà leurs historiens. Ce thème a aussi – on le sait – inspiré les pamphlets sociologiques des époux Pinçon-Charlot. Eric Anceau a réussi, lui, à sublimer le genre avec Les élites françaises. Des Lumières au grand confinement.

L’ENA est un cas d’école sur lequel s’attarde Eric Anceau

Spécialiste du Second Empire, Éric Anceau propose avec son livre une autre approche dont il met en avant la nouveauté. Il analyse les relations, souvent compliquées, qu’ont entretenu les Français avec leurs élites de l’Ancien Régime à la dernière crise sanitaire. Croisière étoilée du roman national, l’ouvrage traverse trois siècles d’histoire de France en bonne compagnie. Loin de la tourbe, on peut à loisir observer les barricades de 1789 depuis le salon de Mme Lambert, méditer la question sociale parmi les banquiers de la monarchie de Juillet ; ou voir Thiers, Cavaignac et les intrigants de la rue de Poitiers dans leurs efforts pour conjurer le spectre révolutionnaire entre 1848 et 1870. Derrière les pesanteurs de l’histoire politique, l’auteur fait des détours au cabaret parmi les mondains de la Belle Epoque et des dilettantes de l’entre-deux guerres…

Eric Anceau © Hannah Assouline
L’historien Éric Anceau © Hannah Assouline

Enfants tristes de rêveuses bourgeoisies

Caractère national oblige, notre élite est coquette. Elle est aussi bavarde. Elle s’amuse, sort et dîne en ville. Son monde a ses codes et ses lieux de sociabilité ; des clubs notamment, ancêtres du fameux Siècle. Elle sait (ou savait) ses humanités : toutes les références, truismes et âneries qu’il convient de citer dans les dîners. La bourgeoisie est rêveuse. Des joies et des enthousiasmes intellectuels consolent ses enfants tristes… Formée autrefois de gros lecteurs, elle savait engendrer quelques happy few cultivés. Chaque siècle a eu des idées sophistiquées parfaitement inaudibles pour la masse mais qui s’inscrivent dans une culture politique plutôt fleurie : l’âge d’or féodal idéalisé par Fénelon et Saint Simon faisait rêver tous les hobereaux de province un siècle avant le romantisme.

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Par le fantasme et la sublimation, la robe essaie de se raccrocher à l’épée, les notables apprennent à imiter les nobles, la petite bourgeoise copie les manières de la grande. Avant l’invention de l’ascenseur, l’étagement des immeubles exprimait encore la stratification sociale. Dans l’histoire, les élites définissent moins une super classe sociale qu’un ensemble de milieux souvent rivaux et distincts (ou distingués) par leur valeur, leur antériorité et leur culture. La France élitaire d’Eric Anceau ressemble parfois à une gigantesque foire aux vanités.

Des révolutions élitaires

En historien du politique, Anceau sait changer d’échelle et voir que la petite histoire fait souvent la grande. À la lecture, on comprend qu’en France les vrais acteurs de l’histoire sont peu nombreux : quelques individus ou familles tiennent les manettes et évoluent dans un périmètre très restreint: entre la statue de Danton boulevard de l’Odéon et la rue Saint-Guillaume ou le Faubourg Saint-Honoré.

Et si les révolutions passent, certaines dynasties bourgeoises et aristocrates restent. On les retrouve dans les salons, les institutions et les directions d’entreprises. Nos révolutions justement ne sont pas toujours aussi populaires que notre roman national les a montrées.

Pour notre historien, elles procèdent d’une rupture du consensus élitaire: la tranquillité du roi est d’abord troublée par son ombrageuse noblesse qui dans l’Ancien Régime aspirait à se libérer de l’absolutisme. 1830 exprime la rivalité entre la grande bourgeoisie et l’Aristocratie ultra de la Restauration. 1848 s’amorce sur une contestation par la petite bourgeoisie du système électoral censitaire.

Une leçon de pouvoir

L’auteur nous explique que tous les gouvernements – même les plus égalitaires – se sont intéressés au recrutement des élites. Un tribun radical comme Clemenceau songeait plus à contrôler son corps préfectoral qu’à instaurer une égalité réelle. Mais l’élite est ombrageuse. Jamais contente, peu serviable, souvent frustrée, elle résiste à sa domestication. L’Ancien Régime distribue les charges pour remplir les caisses et s’assurer le service des nobles dans l’armée, l’administration ou la magistrature. Si certains sont employés au service du roi,  beaucoup sont frustrés de ne pas participer au pouvoir et regardent déjà du côté de l’Angleterre où la noblesse est associée aux décisions par le biais du Parlement.

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Bonaparte aimerait créer une élite nationale, « ni bonnet rouge, ni talon rouge » qui ferait la synthèse entre l’Ancien Régime et la République. Il songe d’abord à engager les capitaines de l’administration dans une dynamique martiale: et les faire marcher au pas de la Grande Armée. Il installe pour cela un modèle de sélection unique au monde et qui finit par l’emporter : pas à pas, les grandes écoles supplantent les Universités –  pourtant lieux de libertés et temples historiques de recherche.

De force instituée à force instituante: le dévoiement de l’ENA

L’auteur rappelle que Napoléon III comme le Général de Gaulle respectaient la compétence et ont composé leur gouvernement avec des technocrates. Avec l’ENA, le général comme Michel Debré avaient voulu donner à l’État les cadres qui lui manquaient : alors que face à la crise, l’on s’interrogeait depuis les années 1930 sur les moyens de conférer à la puissance publique les moyens de son intervention. Plutôt révolutionnaire dans l’esprit de ses fondateurs, elle heurtait les féodalités académiques des facultés de droit ou de Sciences-Po. Depuis les énarques se sont bien installés. Oubliant un peu la culture du service, ils pantouflent, trustent toutes les fonctions et concours, donnent des ordres, se présentent aux élections, parlent avec hauteur de tout et surtout de ce qu’ils ne connaissent pas. De force instituante, elle est devenue une force instituée.

Actualité oblige, l’ENA est un cas d’école sur lequel s’attarde l’auteur. Répondant lors de sa fondation à une nécessité politique, elle remplit aujourd’hui les conseils d’administration et cabinets de conseil. L’ouvrage offre plusieurs exemples de ce phénomène et peut à bon compte laisser pessimiste. Créatives, contestataires et courageuses lorsqu’elles sont minoritaires, les élites deviennent jalouses et conservatrices lorsqu’elles s’installent. Des faubourgs aux salons, il y parfois moins loin à traverser qu’un pont de Seine. Toute bourgeoisie s’embourgeoise ; de leur nature, les aristocraties s’échouent en féodalités. Certains républicains – les Perrier, les Cavaignac – ont même formé leurs propres dynasties.

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Très critiquée, l’élite française est élitiste quand elle exagère nos travers nationaux. On la sait intransigeante et – hors contexte sanitaire – très soucieuse de marquer ses fameuses « distances sociales». Alexis de Tocqueville écrivait déjà sous la monarchie de Juillet : « l’aristocratie manufacturière que nous voyons s’élever est une des plus dures qui ait paru sur la terre ». Si l’élite au XIXe, formée à la culture classique chez les jésuites ou dans la belle école de la République avait les moyens culturels de ses prétentions, les élus de l’Assemblée nationale macronienne ont plutôt fait leurs armes dans les cabinets de communication ou comme DRH alors que déjà les avocats et fonctionnaires avaient depuis longtemps remplacé les professeurs de Lettres classiques.

Pris la main dans le pot de confiture de son impuissance avec la récente débandade sanitaire – symbolisée par l’incapacité du pouvoir à vacciner sa population – l’élite est attaquée comme elle l’était par Marc Bloch dans l’Etrange défaite en 1941. Fort de sa distance d’historien, et de son regard surplombant sur toutes les passions franco-françaises, Eric Anceau s’autorise d’interview en interview un certain désabusement : « on a l’élite qu’on mérite ».

Les élites françaises, Des Lumières au grand confinement de Eric Anceau (Passés Composés)

À qui le tour?


Les « annulés » du mois de mars. Ce qui semblait une mauvaise blague est devenu un fait social. Chaque mois, de nouveaux accusés – parfois improbables – sont purement et simplement « effacés de la photo » comme dans les meilleures années du stalinisme. Motif ? Ils sont jugés « offensants » par les tenants de la cancel culture.


© D.R.
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Marieke Lucas Rijneveld

Chef d’inculpation : Trop blanche

Une Blanche pour traduire le texte d’une femme « résolument noire » ? Vous n’y pensez pas ! Dans une tribune enflammée, la militante racialiste Janice Deula dénonce le « choix incompréhensible » de confier à l’écrivaine néerlandaise Marieke Lucas Rijneveld la traduction de la jeune poétesse afro-américaine Amanda Gorman. Pourquoi un tel courroux ? Parce que, « blanche, non binaire », elle ne serait pas la bonne personne pour traduire une poétesse « jeune, femme et résolument noire » (sic). Cette mauvaise plaisanterie aurait dû, au pire s’arrêter là, au mieux être poursuivie pour racisme et discrimination liée au genre. Mais la tribune a été partagée, relayée, citée. Sous la pression, Marieke Lucas Rijneveld a annoncé qu’elle jetait l’éponge… Espérons que son cas ne fera pas jurisprudence et qu’on ne demandera pas aux traducteurs d’avoir la même couleur de peau, le même âge, le même genre, la même taille, la même corpulence, le même style et, pourquoi pas, le même lieu de naissance que les auteurs dont ils traitent les œuvres.

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Le Dr Seuss

Chef d’inculpation : Personnages stéréotypés

C’est le président Biden himself qui a donné le coup de semonce. Tandis qu’il proclamait ouverte, le 2 mars, la traditionnelle journée nationale de la lecture aux États-Unis, les Américains ont pu constater que le « Dr. Seuss Day » avait été renommé « Read Across America Day ». Le nom du Dr Seuss, grand auteur de littérature enfantine qui a donné son nom à l’événement – également programmé le jour de sa naissance – n’a pas été prononcé une seule fois dans le discours présidentiel. En prime, le même jour, six de ses ouvrages étaient retirés de la vente, la société gestionnaire des droits d’auteurs estimant qu’ils « dépeignent des gens de manière fausse et blessante ». Qu’est-il reproché à cet homme qui fut, dès la fin des années 1930, un caricaturiste engagé dans la lutte antifasciste, antinazie et anti-isolationniste ? Pratiquement rien, sinon quelques dessins jugés « stéréotypés ». Principalement un garçon chinois avec un bol et des baguettes, et deux Noirs vêtus d’un seul pagne. De fins analystes prétendent aussi que son célèbre « Chat chapeauté », noir à tête blanche, constituerait un cas avéré de blackface. C’est grave, docteur ?


Pépé le putois

Chef d’inculpation : Comportement inapproprié

Les coupeurs de tête de la cancel culture ne se contentent pas de juger les hommes : ils intentent aussi des procès aux animaux, comme les obscurantistes aux singes au siècle dernier. Cette fois, l’accusé est un putois. Pépé de son nom, personnage de dessin animé de son état, il passe le plus clair de son temps à poursuivre ses proies féminines sans aucun succès. Comme l’atteste son accent, Pépé est français : il symbolise donc, aux yeux des puritains américains, la quintessence du machisme made in France. Ce comportement sexiste a été brocardé dans un article du très sérieux New York Times, le petit animal y étant accusé de « normaliser la culture du viol », pas moins ! Pourtant, par son aspect grotesque, Pépé le putois ne plaidait pas la cause de la drague lourde, loin de là ! On ne riait pas avec lui, on riait de lui. Mais qu’importe, pour les censeurs d’outre-Atlantique, l’essentiel est qu’on ne rie plus du tout. L’indésirable a été coupé au montage des prochaines productions Looney Tunes. Le débat est ouvert : faudra-t-il aussi annuler Gros Minet pour tentatives de meurtre répétées contre Titi et Bip Bip pour excès de vitesse et mise en danger de la vie d’autrui ?


© D.R.
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La notation musicale

Chef d’inculpation : Suprématisme blanc

À Oxford, la musique n’adoucit pas les mœurs. Selon des documents internes recueillis par le Daily Telegraph, le personnel de la prestigieuse université britannique craint d’être soupçonné de « complicité de suprématisme blanc » dans les programmes de musique. En ligne de mire, « la musique européenne blanche de la période esclavagiste » portée par des compositeurs peu recommandables de l’acabit de Messieurs Mozart et Beethoven. L’an dernier, la Symphonie n° 5 était sur la sellette, accusée de « favoriser l’exclusion » en véhiculant les signifiants des « hommes blancs et riches ». Les professeurs d’Oxford vont plus loin, et préconisent carrément d’en finir avec la notation musicale qui n’aurait, selon eux, « pas rompu le lien avec son passé colonial ». Clé de sol, dièse ou double croche seraient autant de « gifles » pour certains étudiants. Et encore, le document ne dit rien sur les discriminations dont sont victimes les notes noires, qui valent toujours deux fois moins que les blanches ! Devant la « grande détresse » où sont placés les « étudiants de couleur », les professeurs d’Oxford appellent de leurs vœux un nouveau solfège « plus inclusif ». Pas de bémol à la bêtise !

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Et aussi…

– Annie Cordy, controversée dans le débat sur le nouveau nom à donner à l’ex-tunnel Léopold II, pour le racisme supposé de sa chanson Chaud Ka Ka O.

– When Harry Became Sally de Ryan T. Anderson, retiré d’Amazon pour avoir proposé une approche scientifique de la transsexualité évidemment jugée « transphobe ».

– Certaines cartes « caisse de communauté » du Monopoly, en particulier celles qui attribuaient un prix à un concours de beauté, seront remplacées par des cartes écologiques et solidaires.

– L’Enfer de Dante, expurgé dans sa nouvelle version néerlandaise des passages où figure le prophète Mahomet.

– Le présentateur Piers Morgan, débarqué de la chaîne britannique ITV pour insensibilité notoire : il avait douté de la sincérité des idées suicidaires de Meghan Markle.

Le féminisme à l’épreuve de Koh Lanta

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Capture d'écran tf1

On se répète que le temps nous manque et, quand on en a trop, on ne sait parfois pas quoi en faire. La crise sanitaire, avec son long cortège de confinements et de couvre-feu, a notamment eu sur moi cet effet délétère: il m’arrive désormais de regarder la télé…


Plus précisément, je me suis mis à mater Koh Lanta, l’émission phare de la pire chaîne de France, TF1. C’était lors du Grand Confinement, l’année dernière. En vérité, je connaissais déjà ; mais la dernière fois que j’avais suivi une saison, ce devait être il y a quinze ans.

Denis Brogniard le planqué

Il y a des choses qui ne changent pas, c’est rassurant. Koh Lanta en fait partie. Deux équipes de dix personnes sont envoyées sur une île – au nom plein de consonnes – à l’autre bout du monde, dans un coin tout à la fois « paradisiaque » et dangereux. C’est toujours Denis Brogniard qui anime – il a trouvé la planque, lui. La composition des équipes est le fruit d’un casting précis : il y a le commercial pénible, la coach hyperactive, l’athlète beau garçon un peu limité, le boulanger franc du collier, etc. Et puis de la « diversité », bien sûr. Les candidats doivent gérer le manque voire l’absence de nourriture, les nuits sans feu sur la plage, les caprices du climat en minishort, affronter des épreuves qui leur permettent d’améliorer leur quotidien et, surtout, s’éliminer les uns les autres jusqu’à ce qu’ils ne soient plus que trois. Alors, ils montent sur de longs poteaux plantés tout près du rivage, et celui qui tient le plus longtemps dans cette très incommode position choisit celui qui, parmi les deux tombés avant lui, il veut défier en finale. Six mois plus tard, en plateau, à Paris, les dix-huit perdants votent ; celui qui remporte le plus de suffrages gagne rien moins que cent mille euros. C’est donc de la téléréalité mais avec un prétexte infiniment plus solide que celle héritière de Loft Story, où cagoles et kékés passent leur temps à s’insulter et à coucher ensemble – il en est pour qui c’est devenu un métier.

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L’année dernière, grâce au Grand Confinement, l’émission a cassé l’audimat. De jeunes gens qui ne l’avaient jamais regardée l’ont alors suivie, la commentant frénétiquement sur Twitter. Et comme une écrasante majorité d’entre eux, j’espérais une victoire de Claude Dartois. Chauffeur de maître dans le civil, le gars était un sportif complet, futé, droit dans ses bottes, pas fourbe pour un sou, et drôle par-dessus le marché. Un bon mec, quoi. Hélas, après avoir maîtrisé le jeu de bout en bout, il fut le deuxième à tomber des poteaux. Certaine Nawel, ancienne boxeuse pro, qui n’avait que le « mérite » à la bouche, choisit d’affronter en finale sa « copine » Inès, infirmière vulgos et fainéante mais aux courbes enchanteresses. Et c’est ainsi que Nawel, au grand mécontentement des twittos, partit avec les cent mille balles.

Des bandes de gamins

Trois choses frappent d’emblée, quand on mate Koh Lanta. D’abord, les candidats chialent tout le temps. Qu’ils aient vingt ou cinquante ans, qu’ils soient filles ou garçons, un rien les fait pleurer. Ils n’ont pas vu leur compagne/compagnon depuis huit jours ? Ils pleurent. Ils ont échoué à une épreuve ? Ils pleurent. Francis a dit un truc méchant ? Ils pleurent. Ils attrapent un poisson ? Ils pleurent. Parfois ils justifient cela en invoquant la dureté de la vie sur le camp, l’éloignement, la peur d’être éliminé. La vérité, je crois, c’est qu’ils ont l’âge émotionnel d’un enfant de six ans. Ensuite, c’est leur besoin éperdu de reconnaissance. Ils veulent rendre « fiers » leurs parents, leurs amis, leurs enfants ; ils veulent « prouver », en chassant de pauvres bernard-l’hermite et en rampant sur une plage polynésienne, qu’ils sont plus que ce que les autres pensent qu’ils sont. Enfin, ils sont obsédés par « la stratégie » ; et pour eux, être « stratège », ça signifie influencer, tromper, trahir. Quand Rachid évoque, face caméra, la manière avec laquelle il a poussé Chantal à voter contre Thierry parce que ce dernier a mangé quatre grains de riz au lieu de trois, on dirait Napoléon à la veille de Marengo. Infantilisme, narcissisme, manipulation : y’a rien de plus libéral que Koh Lanta. C’est l’époque, un bandana autour du front. Faudrait y envoyer les députés LREM.

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Cette année, j’ai remis ça – avec beaucoup moins d’enthousiasme, certes, mais quand même. Et ce qui me frappe le plus, cette fois, c’est les rapports entre les hommes et les femmes. Chaque équipe, en effet, est constituée de cinq hommes et cinq femmes – c’est toujours le cas. Naturellement, sur le camp, les premiers bricolent et chassent, et les secondes s’occupent de l’intendance, dont la cuisine. Lors des épreuves, les filles laissent volontiers les garçons porter les sacs trop lourds et, sur le camp, construire et reconstruire abri ou cabane ; bref, elles admettent tacitement qu’ils sont physiquement plus forts et plus dégourdis qu’elles. La répartition des tâches a l’air d’aller de soi. Et quand, dans une épreuve, une équipe a moins de filles que l’autre, c’est une fille qui est exclue et non un homme. Koh Lanta est donc sexuée. Ce n’est que lorsque les filles en pâtissent qu’elle devient « sexiste » à leurs yeux.

Maxine et Laure découvrent qu’elles sont féministes

En effet, dans la saison en cours, l’équipe rouge ne compte plus que deux filles pour cinq hommes. Les trois éliminées l’ont été parce que les garçons les trouvaient moins performantes ; et deux filles, Maxine et Laure, ont manœuvré afin que cela arrive. Honnêtes, les mecs ont avoué qu’ils cherchaient à rester entre eux ; et c’est alors que lesdites Maxine et Laure ont découvert qu’elles étaient féministes. Depuis, elles parlent en boucle de « girl power » ; elles trouvent juste de voter ensemble contre les hommes mais parfaitement injuste que les hommes votent ensemble contre les femmes. Les hommes placent les « compétences » en premier ; elles – et le candidat homosexuel de l’autre équipe –, c’est les « affinités ». Elles râlent en permanence : les hommes ne leur laissent pas prouver qu’elles sont aussi « capables » qu’eux, disent-elles ; mais au lieu de le prouver effectivement, en allant pêcher et couper du bois autant voire plus que les hommes, par exemple, elles maugréent, dénigrent et, pour finir, chialent, bien sûr. Elles refusent la compétition ; elles exigent qu’on leur cède la place par principe, ce qui est la définition de la discrimination positive. Le féminisme ne vise pas l’égalité entre les sexes, il veut la diminution de l’homme ; il ne désire pas l’égalité de traitement, il demande que l’on favorise la femme. Le féminisme n’est pas un fait politique, c’est d’abord et en définitive du pur ressentiment.

En regardant Koh Lanta, on réapprend que les femmes viennent de Vénus et les hommes, de Bricorama. C’est comme ça et c’est très bien, car ainsi les sexes se complètent. En prétendant qu’ils doivent être égaux en tout, on génère chez les femmes une frustration que seule une injustice commise au détriment des hommes peut conjurer. Et, ainsi, la subtile harmonie qui unit les deux sexes vole en éclats, au profit d’une guerre dont ils sortiront tous deux perdants. En attendant, il faut que j’arrête de nourrir TF1 : je crois que je vais prendre un chien.

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Sonia Mabrouk, réac aux dents blanches

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Sonia Mabrouk © Hannah Assouline / Editions de l'Observatoire

Sans que son large sourire ne quitte jamais son visage, la journaliste Sonia Mabrouk rend coup pour coup aux « déconstructeurs » souhaitant réduire à néant l’identité française. Son nouvel essai, Insoumission française[tooltips content= »Editions de l’Observatoire, avril 2021″]1[/tooltips], est à mettre entre les mains de tous ceux que la situation du pays préoccupe.


Dans Insoumission française, Sonia Mabrouk met en lumière les menaces planant au-dessus de la France. Sans ambages, elle y dresse des portraits de ces “déconstructeurs” qui occupent quotidiennement les colonnes de Causeur. Elle se permet même d’apporter une proposition de solution globale à nos maux. Cela nous change.

Après un roman sur les lionceaux de Daesh qui frôlait l’autofiction[tooltips content= »Dans son cœur sommeille la vengeance, Plon, 2018″](2)[/tooltips] et un premier essai politique[tooltips content= »Douce France, où est (passé) ton bon sens ? L’Observatoire, 2019″](3)[/tooltips], la journaliste Sonia Mabrouk est de retour en librairie. Ces dernières années, c’est la journaliste qui monte. Depuis la rentrée, elle anime l’interview politique de 8 heures sur Europe 1. Elle s’est fait remarquer par son bon sens et sa ténacité. Trois hautes figures du gauchisme contemporain, habituellement accueillies à bras ouverts dans les autres médias, peuvent témoigner du mauvais quart d’heure qu’elles ont passé : Alice Coffin, le député du Val d’Oise Aurélien Taché, ou dernièrement la patronne de l’Unef Mélanie Luce. 

Alors, Sonia Mabrouk aurait-elle tourné réac ? Preuve accablante supplémentaire, celle qui n’a pas franchement un physique de radio a également été repérée par Cnews. Entre 12h et 14h, elle y fait le bonheur des téléspectateurs friands des débats droitiers de la chaîne info de Vincent Bolloré. 

Un panorama très complet des déconstructeurs

L’essai Insoumission française, qui sort aujourd’hui, apporte une preuve supplémentaire – pour ceux qui en ont besoin – que Mabrouk essaie de résister à la tyrannie de l’actualité qu’elle est obligée de subir dans les studios de la télé et la radio. À l’exception du coronavirus, le livre est un panorama des grands sujets qui agitent ses plateaux et notre société ces dernières années. Mabrouk taille un costard bien serré aux militants anti-police, aux antiracistes 2.0, aux néoféministes primaires, aux fous du genre, à ceux qu’elle qualifie de “forcenés du multiculturalisme” et aux islamo-compatibles…

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Le premier chapitre est consacré à l’antiracisme dévoyé. “Si vous n’y adhérez pas, si vous ne vous soumettez pas à ses injonctions, vous êtes de facto catalogué comme raciste et antiprogressiste” observe-t-elle. Celle qui a conscience qu’en publiant un tel brulot, on risque à son tour d’être accusé, n’en a cure. C’est tant mieux. Et oui ! elle entend bien dénoncer ce “monde merveilleux des nouveaux antiracistes”, dans lequel “la race est statufiée”, et où règnent Assa Traoré et Rhokaya Diallo. Ces militants ont de nombreux points communs avec les “antisécuritaires pavloviens” qui font l’objet du chapitre suivant. Sonia Mabrouk écrit: “Prendre le parti des forces de l’ordre contre les voyous est un devoir auquel tout citoyen attaché à l’idée même de démocratie devrait se soumettre naturellement pour éviter, tant qu’il est encore temps, de sombrer dans une société de l’ensauvagement”. Les néoféministes, telles Caroline de Haas, en prennent aussi pour leur grade : “Elles sont, du fait de leur déni et de l’instrumentalisation du hijab, coupables de propager l’idéologie islamiste” ! Mabrouk ne mâche pas ses mots.

Macron: un mec “pas clair”

Et si Macron fait mine d’être un peu revenu de l’idéologie multiculti qui caractérisait sa campagne électorale, Mabrouk reste sur ses gardes : “Est-il pour autant clair sur ce sujet essentiel ?” Constatons que la plume de Sonia Mabrouk développe des idées plutôt conservatrices. Mais la journaliste née à Tunis se distingue d’Eric Zemmour ou de Michel Onfray, qui semblent parfois s’enfermer dans le pessimisme et dans le renoncement. De son côté, elle estime que le destin de la France n’est pas définitivement scellé. La journaliste ne veut pas se résoudre au déclin civilisationnel qui nous guette. 

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Malgré les assauts répétés des « déconstructeurs », d’Erdogan, des géants du numérique ou de la menace islamique, elle ne se départit pas d’une certaine espérance. Tout d’abord, elle se délecte, dans le chapitre le plus savoureux, des chocs internes à l’intersectionnalité (n’est-il pas cocasse de voir les néoféministes se compromettre en étant incapables de défendre Mila, ou d’observer le mutisme des végans face au halal ?) Ensuite, elle rappelle que la France n’est pas réductible à la République. C’est peut-être l’idée la plus forte du livre : notre culture, notre civilisation, nos identités ne sont pas réductibles ni à un régime (auquel on est viscéralement attaché par ailleurs) ni à des valeurs universelles abstraites. Suivant cette logique, pour s’en sortir, il faut selon l’essayiste tout simplement nous replacer dans le temps long, nous hisser à la hauteur des enjeux civilisationnels. Pour cela, et cela fera hurler certains laïcs, Sonia Mabrouk plaide pour une renaissance décomplexée de la chrétienté. Il ne s’agit pas forcément de retourner à l’Église chaque dimanche pour autant, l’essayiste développant une distinction possible entre la philosophie du christianisme et la philosophie chrétienne dans les derniers pages de son ouvrage. En revanche – et cela rejoint parfaitement sa vision de la civilisation et de l’identité – on ne peut faire l’économie d’une culture hégémonique, qui, sans écraser les cultures minoritaires, sert de référence et de socle commun.

Un ouvrage que se repasseront les véritables insoumis voulant en découdre dans la bataille des idées !

Insoumission française: Décoloniaux, écologistes radicaux, islamo-compatibles... : les véritables menaces

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Liam Gallagher sera-t-il le dernier rocker?

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Liam Gallagher au 'Jonathan Ross Show', à Londres le 28 novembre 2020 © Brian J Ritchie/Hotsauce/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40808768_000075

Arte diffuse un reportage inédit[tooltips content= »Liam Gallagher : As it was, en accès libre sur le site d’Arte jusqu’au 7 juin »]1[/tooltips] sur le retour gagnant de l’enfant terrible du rock britannique…


Été 2009, Paris, festival Rock en Seine. Suite à une énième brouille avec son frère Liam Gallagher dans les loges, Noël claque la porte d’Oasis. Dans la foulée, le groupe implose. Quinze ans auparavant, les midinettes se bousculaient pour acclamer leurs héros aux quatre coins du monde, une hystérie que l’on n’avait pas connue depuis l’ère des Beatles. Alors que l’on croyait la guitare électrique condamnée face à l’essor du rap et des musiques électroniques, Oasis ressuscitait le rock’n roll. Vingt-cinq ans après (déjà), sa verve n’a pas pris une ride.

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De l’enfer à la renaissance

Suite à la fin d’Oasis Liam Gallagher forme Beady Eye. Malgré des accords qui cassent la baraque, les concerts se cantonnent aux petites salles. Après avoir rempli des stades, l’ancienne rock star est réduite à enchaîner les premières parties. « Ça craint hein ? », concède-t-il d’ailleurs à une journaliste. Tout est dit, et la chute continue: son divorce d’avec la chanteuse de pop Nicole Appleton lui coûtant une fortune, la vedette doit renoncer aux palaces et aux Ferrari. Et quand il n’est pas traqué par The Sun ou autres tabloïds, il insulte le monde entier sur son compte Twitter après avoir abusé du Jack Daniels. Bien que ses tweets dépassent rarement trois mots, il y est d’ailleurs plus populaire que Boris Johnson. Accro au whisky, rongé par l’ennui, sans aucun projet, Liam Gallagher semble au bout de sa vie et sa gueule en pâtit. C’était sans compter sur Debbie, sa nouvelle muse. La petite brune à l’air sage lui prie de cesser de s’autoflageller et de renouer avec la seule chose qu’il sait faire: chanter. Après des litres de Guinness avalés dans un pub en Irlande, Liam se remet enfin à grattouiller sa guitare et improvise « Bold ». Le nouveau-né sera son premier tube en solitaire et surtout, la renaissance de l’enfant de Manchester est en marche! Un retour en grâce incarné par « I’ve all I need ».

Le grand retour du rock’n roll

Aujourd’hui âgé de 48 ans, Liam Gallagher remplit à nouveau les stades et est acclamé par des foules en liesse. Tel un Ulysse revenant des Cimmériens, il fait verser de chaudes larmes à des jeunes femmes émues par le beau revenant et signe à nouveau des flopées d’autographes. Pourquoi s’en priverait-il ? Il chante très bien et il le sait. Et de toute façon, il ne sait rien faire d’autre et ne se « voit pas être plongeur ou fleuriste ». Pas très malin selon ses propres dires, un peu buté, résolument authentique, Liam Gallagher semble toujours sincère et est parfois franchement drôle. Entre deux jurons, il nous mène à Manchester, dans le pavillon de banlieue où réside encore sa mère, tacle régulièrement son frère Noël (lequel voulait être pompier étant enfant, apprend-on), met fin à un concert au bout de deux chansons pour économiser sa voix ou encore, fait du jogging sur le pont du Golden Gate (San Francisco).

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Car à l’en croire, le long voyage où les rayons du soleil ne percent jamais est terminé. « Je ne veux pas mourir, je n’ai plus de temps à perdre dans les pubs », confie Liam Gallagher en contemplant le paysage. Il est loin d’être le seul: des faubourgs de l’Angleterre ouvrière au Mexique ou au Japon, sa voix fait vibrer des gamins de 14 ans. En 2017, son premier album en solo As you were triompha sur le podium des ventes de disques au Royaume Uni dès sa sortie. « C’est officiel le Rock’n roll est n°1, félicitations à vous, à moi, félicitations à nous tous pour avoir permis ça », claironna-t-il alors sur sa page Twitter. Laissez-vous charmer par Liam Gallagher, la grande épopée du rock’n roll n’a pas dit du tout son dernier mot. Et avec lui, c’est le bon vieux temps qui fait son retour!

Liam Gallagher : As it was est en accès libre sur le site d’Arte jusqu’au 7 juin (choisir l’option VOSTF).

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L’Irlande du Nord: un conte de deux frontières

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Belfast, octobre 2019 © Paul Faith / AFP

Les violences qui ont sévi en Irlande du Nord au cours des 12 premiers jours d’avril sont-elles le signe d’un retour des « troubles » qui ont divisé ce pays pendant presque 30 ans? Est-ce que le Brexit est responsable de cette menace potentielle? Analyse.


Pendant une douzaine de jours, du 29 mars au 9 avril, l’Irlande du Nord a été la scène d’émeutes nocturnes sévissant dans plusieurs villes dont notamment Londonderry et la capitale, Belfast. Des bandes composées principalement de jeunes, dont certains n’avaient que 12 ou 13 ans, issus de la communauté unioniste (on dit aussi loyaliste), c’est-à-dire protestante, ont attaqué les forces de l’ordre. Armés de cocktails Molotov, de feux d’artifice et de projectiles lourds, les émeutiers ont pris pour cibles les postes, voitures et fourgons de police, ainsi que les policiers eux-mêmes dont presque 90 ont été blessés. Un Ephad a été attaqué et un bus incendié. Deux soirs de suite, les 7 et 8 avril, il y a eu des affrontements entre ces unionistes et des groupes de nationalistes (qui préféreraient que la province fasse partie intégrante de la République irlandaise) à travers une porte dans le mur qui sépare les deux communautés à Belfast-Ouest. Ce mur, dit « de la paix », est tout un emblème : dans certains quartiers, la paix fragile qui règne aujourd’hui est au prix d’une certaine séparation entre les deux communautés. La mort du prince Philip, survenant le 9 avril, a mis fin aux émeutes, les leaders protestants appelant à une trêve par respect pour le décédé. Ces violences marquent-elles le retour des « troubles » qui ont plongé l’Irlande du Nord dans le chaos, depuis la fin des années 60 jusqu’à la signature des accords de Belfast, dits « du Vendredi saint », en 1997 ? Sont-elles une conséquence inévitable du Brexit ?

Se méfier des explications monocausales

Les violences, très largement le fait de jeunes, offraient une dimension presque carnavalesque. Le confinement, et l’ennui qu’il fait peser sur la jeunesse, a joué un rôle dans leur déclenchement apparemment spontané. Les quartiers qu’habitent ces jeunes loyalistes sont parmi les plus défavorisés en Europe et le niveau d’éducation des garçons en question est extrêmement bas. Il se peut aussi qu’il y ait eu un degré d’organisation. Avec l’installation graduelle de la paix après 1997, certains des groupes historiques de paramilitaires, qu’ils soient unionistes ou nationalistes, se sont reconvertis dans le crime, surtout le trafic de drogue. Aujourd’hui, leurs caïds, afin de défendre ces petits empires criminels, font régner dans certains quartiers une terreur mafieuse qui a succédé à la terreur sectaire d’autrefois. Suite à des opérations policières récentes visant leurs activités criminelles, les chefs de gang ont sans doute encouragé les jeunes à s’en prendre aux forces de l’ordre pour se venger.

A lire ensuite: Le prince est mort, vive le prince!

La parité à tout prix

A ces facteurs s’ajoutent néanmoins des éléments d’ordre politique. C’est le 30 mars que le Ministère public de l’Irlande du Nord a annoncé qu’il n’allait pas poursuivre 24 responsables du parti nationaliste, Sinn Féin, qui, transgressant les règles de distanciation sociale imposées par la pandémie, ont assisté, avec une foule de deux mille personnes, aux funérailles en juin dernier d’un ancien chef de l’IRA et politicien nationaliste, Bobby Storey. De leur côté, les unionistes n’ont pas pu assister aux enterrements de leurs morts et ont dû renoncer à leurs défilés traditionnels qui culminent normalement dans les célébrations du 12 juillet. Ce sentiment d’injustice, qu’il y a désormais un système de « deux poids, deux mesures », a servi à aggraver les violences. Car, en Irlande du Nord, tout dépend d’un équilibre délicat qui évite coûte que coûte de donner à un des deux camps l’impression que l’autre est favorisé d’une manière ou d’une autre. La paix qui s’est installée ces 20 dernières années n’est pas vraiment une réconciliation, mais plutôt une cessation d’hostilités prolongée. Personne ne s’est excusé, personne n’a exprimé de remords pour ce qui s’est passé pendant les troubles. L’IRA, sous sa forme « officielle » ou « politique », le Sinn Féin, est devenue aujourd’hui un parti respectable au Nord comme au Sud, participant à l’exécutif de l’Irlande du Nord et ayant des sièges au parlement de Dublin. Pour se faire respectable, le parti a réécrit son histoire qu’il présente aujourd’hui comme une lutte pour les droits civils, tandis qu’en réalité son projet avait visé à transformer, par la force des armes, toute l’Irlande en un seul paradis marxiste[tooltips content= »Liam Kennedy, Who was responsible for the Troubles? (McGill-Queen’s University Press, 2020). »](1)[/tooltips].

Les unionistes ne sont pas plus repentants. Leurs partis politiques, dont celui qui gouverne actuellement, le DUP, prennent des positions intransigeantes et deviennent de plus en plus impopulaires même auprès de l’électorat protestant. Pourtant, la paix et tout l’ensemble très complexe des accords et instruments juridiques sur lequel elle est fondée, dépend du consentement perpétuel et sans faille de tous les acteurs. Une expression-clé à l’époque des négociations des accords de Belfast dit tout : « la parité dans le respect » (« parity of esteem »). Dès que quelqu’un se sent lésé, tout est remis en cause.

Frontières: être ou ne pas être

Les négociations sur le Brexit ont ajouté une nouvelle couche de complexité à cette situation difficile. Pour simplifier, on peut dire que l’élément crucial ici est le Protocole sur l’Irlande du Nord qui fait partie de l’accord de retrait conclu entre le Royaume Uni et l’UE le 24 janvier 2020. Ce protocole, qui a remplacé le célèbre « backstop » de Theresa May, conspué par les Brexiteurs et les unionistes, protège la frontière entre l’Irlande du Nord et la République irlandaise en créant une frontière douanière dans la Mer d’Irlande entre la Grande Bretagne et l’Irlande du Nord. La question fondamentale en Irlande est toujours la suivante : comment « invisibiliser » une frontière ? Les accords de Belfast n’ont pas aboli celle qui sépare le « Nord » et le « Sud » mais a éliminé les contrôles, les postes et les douanes, de sorte que les personnes vivant de chaque côté puissent la traverser quotidiennement sans avoir l’impression de passer d’un pays à un autre. Pour protéger cette frontière, le Protocole permet à l’Irlande du Nord de rester dans le marché unique européen tout en faisant partie d’une union douanière (en plus de l’union politique déjà existante) avec la Grande Bretagne. Ainsi, toute forme de contrôle douanier entre les deux Irlandes est éloignée de la frontière elle-même. Le corollaire de cette approche est l’introduction de contrôles douaniers sur les marchandises, les animaux et les plantes passant de la Grande Bretagne en Irlande du Nord (mais pas dans l’autre sens). Le grand défi consiste donc à ne pas estomper la frontière nord-sud au coût de dessiner au trait épais une autre, est-ouest. Il ne faut pas que les nationalistes aient l’impression de vivre dans une seule Irlande si les unionistes n’ont pas l’impression de vivre au Royaume Uni. La visibilité de la frontière maritime dépend de deux choses : le contenu de l’accord commercial entre le Royaume Uni et l’UE conclu à la fin de l’année dernière et la manière précise dont les articles de cet accord sont mis en œuvre sur le terrain.

Or, au cours des premiers mois de cette année, la courbe d’apprentissage pour les exportateurs comme pour les officiers de la douane a été difficile. Les contrôles sont plutôt lourds sur les exportations phytosanitaires, et les médicaments et l’acier restent problématiques. La construction de nouveaux postes de contrôle dans les ports nord-irlandais a été interrompue. L’UE et le gouvernement de Boris Johnson sont actuellement engagés dans d’autres négociations, très serrées, pour résoudre ces difficultés et « adoucir » la frontière maritime. Ce n’est pas sans hics. Début mars, le Royaume Uni a décidé unilatéralement de prolonger le délai avant l’imposition stricte des nouvelles règles dans certains domaines. L’UE a riposté en entamant une procédure juridique pour mettre la pression. En même temps, une importante organisation unioniste, le Conseil des communautés loyalistes (Loyalist Communities Council) a annoncé qu’elle suspendait temporairement son adhésion à celui des deux accords de Belfast qui a été ratifié par la plupart des partis politiques d’Irlande du Nord (l’autre a été ratifié par Londres et Dublin). Cette mesure temporaire, destinée elle aussi à mettre la pression sur les négociateurs, a probablement contribué au mécontentement général des unionistes, bien que les jeunes émeutiers y soient largement indifférents. Tout dépend maintenant de Bruxelles et de Londres pour que ce conte de deux frontières ait quelque chose qui ressemble à un « happy ending », une fin heureuse.

#PasToucheÀMonHijab: le hashtag mondial qui s’attaque aux sénateurs français

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Ilhan Omar à une conférence de presse à Minneapolis, Minnesota, le 31 mars 2021 © Nikolas Liepins/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40838226_000031

Le 12 avril 2021, le Sénat a adopté en première lecture, avec modifications, le projet de loi confortant les principes républicains par 208 voix, contre 109 voix et 27 abstentions.


Les sénateurs ont clairement voulu se démarquer des députés en intégrant plusieurs amendements – dont certains ont été rejetés par la majorité de l’Assemblée (LREM) en première lecture du projet de loi – relatifs au port des signes religieux dans les mondes du sport et scolaire ainsi que dans l’espace public (pour les mineurs).

À l’initiative du sénateur de l’Isère Michel Savin (LR), a été voté un amendement visant à « interdire le port de signes religieux ostensibles pour la participation aux événements sportifs et aux compétitions sportives organisés par les fédérations ». L’hémicycle a adopté un amendement de ce même sénateur visant à faire reculer le port du burkini. L’article prévoit que « Le règlement d’utilisation d’une piscine ou baignade artificielle publique à usage collectif garantit le respect des principes de neutralité des services publics et de laïcité ».

À lire aussi : Faut-il interdire les sorties scolaires aux «mamans voilées»?

Les sénateurs ont également étendu l’interdiction du port des « signes ou tenues par lesquels (les élèves) manifestent ostensiblement une appartenance religieuse » imposée depuis 2004 aux « personnes qui participent, y compris lors des sorties scolaires, aux activités liées à l’enseignement dans ou en dehors des établissements, organisées par ces écoles et établissements publics locaux d’enseignement ».

L’hémicycle ajoutera dans la nuit du 30 au 31 mars un article interdisant le port de signes religieux ostensibles par les mineurs dans l’espace public. Cet amendement, déposé par la sénatrice de Gironde, Nathalie Delattre (RDSE), interdit par la même occasion « le port par les mineurs de tout habit ou vêtement qui signifierait l’infériorisation de la femme sur l’homme » et dont le voile islamique (hijab) fait évidemment partie.

Le bicamérisme de la Ve République n’étant pas totalement égalitaire, le vote de ces amendements inédits n’a pas fait l’objet de polémiques sur les plateaux et n’a pas vraiment fait couler l’encre des éditorialistes de gauche comme de droite. En effet, aux termes de l’article 45, alinéa 1, de la Constitution, l’adoption définitive du projet de loi « confortant les principes républicains » implique son vote dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et par le Sénat. Cet accord ne se réalisera probablement pas compte tenu de la prééminence de l’Assemblée nationale qui dispose de la possibilité de statuer en dernier ressort et qui est largement acquise à LREM quand le Sénat est à majorité de droite. En résumé, tout le monde sait pertinemment que ces amendements « ne passeront pas ».

#PasToucheÀMonHijab 

Mais il faut croire que les « jeunes » ne comprennent pas encore comment fonctionne la législation en France et qu’ils n’ont aucune idée de ce que signifie une « navette parlementaire ».

C’est la seule explication au déchainement en cours depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Tout a commencé il y a deux semaines sur Instagram où des centaines de jeunes femmes à très grande majorité voilées ont repris à leur compte le hashtag #HandsOffMyHijab (#PasToucheÀMonHijab) né en juillet 2019 au Canada pour protester contre la Loi 21 de la laïcité de l’état du Québec. Elle affichent ce hashtag en français sur la paume de leur main afin de « visibiliser leur condition de femmes discriminées par l’état français et victimes d’islamophobie d’État ».

Le hashtag est devenu viral il y a seulement six jours lorsque la démocrate Ilhan Omar, élue à la chambre américaine des représentants, très populaire sur les réseaux sociaux et elle-même voilée, leur a apporté son soutien sur Tiktok. L’élue américaine a ainsi publié depuis sa voiture une vidéo avec le message: « À toutes mes soeurs (musulmanes, ndlr) en France, continuez à être les reines que vous êtes ! ». En commentaire, elle prévient en anglais : « France, le monde te regarde.#PasToucheÀMonHijab #ArrêtezDêtreObsédésParMonHijab ».

Les influenceurs s’y mettent 

Depuis, plusieurs influenceuses anglo-saxonnes voilées ont pris part à cette campagne pour défendre les « choix, droit et liberté » de porter le hijab quand bien même ces amendements visent tous les signes religieux. Certains de ces influenceurs anglo-saxons en profitent d’ailleurs pour accompagner leurs publications du hashtag #BoycottFrance qui avait largement circulé après l’hommage rendu à Samuel Paty par le président Emmanuel Macron à La Sorbonne. Ils ne se privent pas non plus de diffuser de fausses informations portant sur une interdiction imminente de l’abattage rituel en France.

Parodies sur Tiktok cumulant plusieurs millions de vues, reportages sur Youtube, photos sur Instagram et témoignages sur Twitter dénonçant le baratin habituel en plus d’une « atteinte grave à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme » ont fini par payer ce 16 avril. Des médias propagandistes du Qatar comme AJ+ et AlJazeera mais aussi anglo-saxons très à gauche comme Now This ont mordu.

Le hashtag #HandsOffMyHijab a finalement réussi à « percer » sur Twitter atteignant son objectif de départ, à savoir les « TT » (Twitter trends : Tendances Twitter), les nouvelles dépêches de la presse. Il sera donc et sans aucun doute évoqué par les médias mainstream, remettra une pièce dans le jukebox des lamentations victimaires, nourrira le syndrome de persécution qui étouffe le marché des idées français et accordera plus de parts de marché médiatiques à la visibilité du symbole universellement sexiste qu’est le voile islamique.

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Connivence entre les mouvements islamistes et woke

Cette campagne, qui devrait d’ailleurs indigner les élus et militants écolos tant elle est devenue virale et donc polluante – pour dénoncer des amendements qui, doit-on le rappeler, ne passeront pas en seconde lecture à l’Assemblée,- n’est en fait intéressante que parce qu’elle dévoile les mécaniques internes entre les mouvements islamistes et woke sur les réseaux sociaux, depuis la France vers l’étranger et inversement.

Quand la version française du hashtag #PasToucheÀMonHijab n’a pas vraiment reçu l’engouement espéré alors qu’elle était utilisée depuis la fin du mois de mars sur les réseaux sociaux, c’est la version anglaise qui la fera accéder à la lumière grâce à la mobilisation des anglo-saxons élus, journalistes et médias islamistes, youtubeurs et influenceurs salafistes et/ou woke, militantes féministes intersectionnelles et des associations et organisations européennes prétendument anti-racistes et féministes.

C’est d’ailleurs le hashtag anglais qui est repris désormais par les twittos français, ravis de pouvoir se saisir d’une nouvelle cause « humaniste » entre deux séries Netflix pour flatter leurs petits égos de militants du dimanche en engrangeant plus de « likes et de followers » sur leurs comptes personnels. Peu importe si les victimes qu’ils défendent ne sont rien d’autre que des militants islamistes qui jugent que l’on entrave leur droit à couvrir des mineurs de la tête aux pieds d’un habit sexiste, pour leur apprendre à ne pas devenir « une tentation pour les hommes », les préparant ainsi dès leur plus jeune âge à se soumettre à la charia islamique, ses certificats de virginité, sa polygamie, son viol conjugal et son projet de destruction de la laïcité à la française au profit du modèle, voué à l’échec, du multiculturalisme anglo-saxon.

Les élus de l’Assemblée nationale devraient prendre en compte cette campagne pour la seconde lecture du projet de loi. Au vu de la nature des profils des indignés, il y a de grandes chances qu’avec ces amendements le Sénat ait tapé dans le mille.

Le regard libre d’Elisabeth Lévy

Retrouvez la chronique d’Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio le matin à 8h15

100 000 morts et moi, et moi, et moi

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Il y aura "évidemment ce moment d'hommage et du deuil pour la Nation" en faveur des victimes du Covid-19, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, mercredi 14 avril, après le Conseil des ministres © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01014356_000016

Le porte-parole du gouvernement a annoncé qu’il y aurait en France «un moment d’hommage et de deuil». Célébrer la «mémoire» des malades morts du Covid, envisager un mémorial, est-ce vraiment une bonne idée?


La Covid Pride aura bien lieu. Gabriel Attal a annoncé mercredi qu’il y aurait « un moment d’hommage et de deuil ». Le député Mathieu Orphelin souhaite une journée annuelle de commémoration, un Covid Day qui aurait lieu tous les 17 mars, en souvenir du jour funeste où nous avons été confinés la première fois – d’habitude, on célèbre plutôt la victoire que l’entrée en guerre, mais passons. La Mairie de Paris n’allait pas rester à l’écart de ce concert de grands sentiments. Dans son inimitable jargon, Anne Hidalgo a donc proposé la construction d’un « lieu de mémoire active » : « Nous voulons analyser ce bouleversement que constitue la pandémie du Covid-19 et contribuer ainsi à l’édification d’une mémoire vivante de ses effets psychologiques, sociaux, politiques et économiques.» Le Conseil de Paris a approuvé à l’unanimité ce vœu de la maire. Des Insoumis aux lepénistes, de New York à Bergame, la politique de l’effusion fait consensus. Plusieurs villes dans le monde se sont déjà dotées d’un mémoriel – si j’ai bien compris on dit mémoriel quand c’est virtuel. À Londres, des milliers de cœurs ont été dessinés sur un mur le long de la Tamise. 

Une idée ridicule

Qu’on ne se méprenne pas, je comprends la douleur des familles endeuillées, douleur décuplée par des règles inhumaines et, pour beaucoup, par l’absurdité d’une maladie contractée à l’hôpital. Ces morts et leurs proches méritent notre compassion. Mais la compassion n’est pas l’admiration. Pourquoi admirerait-on les victimes du Covid, plus que celles du sida, du cancer ou des accidents de la route ? Certes, il semble qu’on ait passé le nombre de 100 000 morts du Covid. On ne voit pas pourquoi les patients atteints de maladies rares seraient privés de leur quart d’heure de gloire posthume. Peut-être faudra-t-il instaurer, comme le suggérait Muray « Le jour des asthmatiques et des syphilitiques, l’année des schismatiques et des paraplégiques ». On trouvera peut-être cette ironie inconvenante alors que des gens sont morts. Ce que je trouve inconvenant, c’est cette ridicule idée d’hommage. Personnellement, j’aimerais que personne ne s’avise de dessiner un cœur en mon honneur (d’accord, il y a peu de chances). Je préfère imaginer qu’on viendra rigoler sur ma tombe. 

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L’hommage de la nation est légitime dans deux cas de figure. 

Tout d’abord, il s’adresse à ceux qui, par leur héroïsme, leur courage, leur abnégation, ont servi la collectivité. Qui incarnent quelque chose de plus grand qu’eux, comme la liberté. Les morts du Covid n’ont pas choisi de tomber malades et, si on excepte le cas des soignants, ils n’ont rendu service à personne en mourant. 

Sommes-nous devenus incapables d’affronter le tragique?

Ensuite, on honore les victimes de génocide et de crimes de masse – Auschwitz, Cambodge, Rwanda, esclavage. Il s’agit à la fois de rendre à des millions d’anonymes leur dignité bafouée par l’histoire, mais plus encore de ne pas oublier de quelle monstruosité les hommes sont capables – pour que « plus jamais ça ». Bien que des zozos d’extrême gauche prétendent que les victimes du Covid sont mortes pour nos profits, il n’y a pas de barbarie virale ni de bête immonde au ventre toujours fécond – à part le pangolin certes, mais on peut difficilement lui imputer un projet criminel.

On me demandera en quoi ces célébrations annoncées me gênent alors qu’elles semblent réconforter tant de monde. Elles témoignent de ce que nous sommes devenus : des êtres pleins de sensiblerie, incapables d’affronter le tragique, à qui l’émotion tient lieu de pensée. Autrefois on admirait les héros, ceux qui triomphent du sort, aujourd’hui on adule ceux qui le subissent. On allume des bougies contre le terrorisme et on dessine des cœurs contre la mort. 

La primauté de la vie biologique

Il faut aussi s’interroger sur cette demande généralisée de collectivisation, de nationalisation, d’officialisation, des peines intimes. On dirait qu’à l’ère de l’arraisonnement médiatique du monde, ce qui est privé n’existe pas vraiment. Cette rage de partager les expériences les plus indicibles est la négation de la condition humaine et de son inaltérable solitude.

Il est vrai cependant que nos excellentes intentions nous ont fait commettre un crime à l’égard de ces victimes de l’épidémie. Pas parce que nous avons échoué à les sauver, parce que nous les avons laissées mourir seules, au nom de la primauté de la vie biologique sur tout autre considération. Si nous voulons vraiment les honorer, ce n’est pas en nous admirant en train de pleurer sur leurs tombes mais en jurant qu’à l’avenir nous refuserons cette barbarie du Bien.

Les très étranges tribulations du camarade Mélenchon dans le très lointain Équateur

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Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01012484_000030

En période de restrictions sanitaires, 10 000 kilomètres ça fait quand même un peu loin…


Jean-Luc Mélenchon s’est donc rendu à Quito. Un long et fatigant voyage. Mais le leader de La France Insoumise n’a pas reculé devant ce pénible effort. En effet, il a une mission (mobiliser les masses populaires) et cette mission est planétaire. Elle lui a été confiée par la Sainte Trinité, Marx, Engels, Lénine. Mais pas Staline qui n’a plus la cote…

À Quito, Mélenchon était venu prêter main forte à un homme qui l’avait appelé au secours : Andrés Arauz, le candidat de la gauche équatorienne. La rencontre fut, selon le chef des Insoumis, « très chaleureuse ». Et il en a fourni la preuve en postant sur son compte Twitter une photo où on le voit sans masque et souriant le bras autour de l’épaule de son camarade équatorien.

Mélenchon a le sourire sur cette image car elle a été prise avant les tristes résultats des élections équatoriennes : Andrés Arauz a été battu ! Le peuple équatorien, manipulé par la propagande impérialiste, n’a pas été sensible au déplacement de Mélenchon. Il devient donc urgent de changer de peuple…

Et pas seulement en Équateur. En France, le peuple bêtement résigné, se soumet aux consignes sanitaires. Tel n’est pas le cas de Mélenchon qui est un intrépide insoumis. Il brave le variant brésilien qui est, comme chacun sait, une invention du fasciste Bolsonaro.

En France, la petite balade de Mélenchon a fait l’objet de nombreuses critiques. Il les a balayées avec son élégance habituelle : les chiens « sortent de la niche et aboient ». Eh oui, les chiens aboient, et la caravane Mélenchon passe.

À lire aussi : Jean-Luc Mélenchon connaît l’avenir du monde…

L’objectivité que nous devons à Jean-Luc Mélenchon nous a amené à lire attentivement l’attestation de déplacement dérogatoire. Dans son point trois, elle stipule que sont autorisés les déplacements pour « motifs familiaux impérieux » et pour porter assistance à des « personnes vulnérables ». Andrés Arauz est une personne vulnérable…

Bitcoin, le veau d’or 2.0

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Le bitcoin, dont l’émission relève d’un algorithme, reste trop volatil et pas assez répandu pour remplir les fonctions classiques d’une monnaie. Pourtant, son cours s’envole. Cet engouement soutenu par une conjoncture angoissante – le Covid – s’explique : pour les spéculateurs amateurs, cette cryptomonnaie représente la perspective de gains rapides et importants. 


Mercredi 17 mars, alors que le landerneau médiatique se remettait à peine du naufrage de la 46e cérémonie des César 2021 et que le Premier ministre n’avait pas encore annoncé le ter repetita de la gestion à la petite semaine de la crise sanitaire, il se jouait en salle des ventes un non moins troublant spectacle. Pour la première fois, lors d’une vente judiciaire de biens saisis par l’Agrasc[tooltips content= »Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués. »](1)[/tooltips], des lots de bitcoins issus d’activités illicites – il s’agissait en l’espèce d’opérations de piratage d’une plate-forme d’échange de cryptomonnaies – ont été adjugés à des acheteurs privés.

Les passions spéculatives

Lors de son introduction, en janvier 2009, la valeur d’un bitcoin était négligeable, de l’ordre de quelques centimes. Elle atteignait la parité avec l’euro seulement deux ans plus tard et, alors qu’elle tutoie aujourd’hui les 50 000 euros, d’aucuns affirment que son potentiel de hausse reste conséquent. Le premier lot mis en vente, d’un montant de 0,11 bitcoin, a pourtant été acquis à hauteur de 26 800 euros, soit près de 278 425 euros l’unité une fois les frais pris en compte ! Fait rare : la commissaire-priseur chargée de l’adjudication a pris la précaution d’interrompre l’enchère pour la recommencer, pensant qu’il y avait une méprise quant à la quantité de bitcoins proposée à la vente. Précaution inutile puisque au nouveau tour d’enchères, une offre correspondant à près de six fois la valeur d’échange du bitcoin a bel et bien été entérinée. Si les lots suivants sont loin d’avoir atteint ces sommets – ce qui tendrait à signifier que la motivation du premier acquéreur devait avoir trait à d’autres facteurs d’ordre symbolique[tooltips content= »Le fait qu’il s’agisse du premier bitcoin mis aux enchères en France peut constituer en soi un critère de rareté et donc d’opportunité spéculative, notamment par l’adjonction d’un contrat de type NFT, c’est-à-dire d’un certificat numérique lui-même échangeable sur le réseau blockchain qui attesterait de cette singularité. »](2)[/tooltips] ou communicationnel –, ils se sont tout de même vendus sans décote, voire au-dessus du prix de marché, ce qui constitue en soi une anomalie économique.

L’or intangible

Il faut imaginer le bitcoin comme une monnaie dont l’émission n’est pas souverainement décidée par une banque centrale, mais relève du fonctionnement d’un algorithme à la marche systématique, transparente et immuable, initiée lors de la création de la cryptodevise au lendemain de la crise des subprimes de 2008. Le modèle imaginé réplique électroniquement celui des métaux précieux physiques : les bitcoins sont créés par un processus dit de « minage » et leur quantité est non seulement finie mais également déterminée ex ante. Il suffit d’un portefeuille virtuel et d’une clé unique d’identification (similaire à un mot de passe personnel) attachée à celui-ci pour pouvoir effectuer une transaction en cryptomonnaie.

À lire aussi : Le bilan humain de la mondialisation

Lorsqu’un achat est effectué en bitcoin, une signature électronique de la transaction spécifiant l’identifiant des contractants, le montant précis et l’heure de la transaction est générée, cette signature est inscrite sur le réseau blockchain assimilable à un grand livre de compte virtuel public infalsifiable. Elle est ensuite soumise à un processus de vérification et de certification de la part de contributeurs mis en compétition et nommés « mineurs », qui reçoivent une certaine quantité de bitcoins en contrepartie de leur effort. En pratique, il s’agit de mettre à disposition du réseau une certaine puissance de calcul afin de résoudre des problèmes ardus de cryptographie nécessaires à ladite certification des transactions.

De la cryptomonnaie à la monnaie cryptique

On considère depuis Aristote que la monnaie a trois utilités principales : elle peut être employée comme réserve de richesse, elle sert d’intermédiaire autant que de support aux échanges qu’elle doit faciliter et elle constitue une unité de compte, c’est-à-dire une grandeur de référence nécessaire à l’établissement de la valeur de biens ou de services. Ces dernières années, le cours du bitcoin a varié de façon pour le moins erratique, perdant plus de la moitié de sa valeur par rapport à l’euro en moins d’un trimestre au début de l’année 2018 ou doublant depuis le début de cette année pour atteindre sa valeur actuelle. Une telle volatilité ne permet pas au bitcoin de s’affirmer comme réserve de richesse, ni comme unité de compte, ces deux caractéristiques monétaires tolérant des fluctuations contenues, mais supportant mal les sursauts brutaux et imprévisibles. Quant à la fonction d’intermédiation de la monnaie, elle reste à bâtir, le nombre d’acteurs économiques acceptant les paiements en bitcoin restant faible, notamment en raison du risque même induit par la volatilité de sa valeur.

Une normalisation anormale ?

Pourtant, l’intérêt pour le bitcoin ne se dément pas. Il connaît même un regain sensible depuis le début de la crise sanitaire, d’où la hausse spectaculaire des cours. On doit cet engouement renouvelé à la conjonction de plusieurs facteurs : d’une part, les principales devises mondiales ont relativement perdu en valeur du fait des politiques de sauvegarde de l’économie déployées par les banques centrales, qui génèrent des surplus monétaires considérables ; d’autre part, de nombreux acteurs institutionnels (bourses, banques et fonds d’investissement) ont annoncé leur contribution au développement des marchés des dérivés[tooltips content= »Il s’agit de produits financiers dont la valeur dépend de l’évolution du cours du bitcoin, selon une formule prédéfinie. »](3)[/tooltips] sur bitcoin ; enfin, le bitcoin jouit de l’attrait prononcé des investisseurs pour l’innovation technique et d’une abondance de liquidités propice à la prise de risque, notamment en environnement de taux bas.

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Si tous ces facteurs fondamentaux importent en tant que tels, on ne saurait négliger qu’ils créent de nombreux effets d’aubaine auprès de spéculateurs, souvent amateurs, attirés par la perspective de gains aisés. Technologiquement, le bitcoin est déjà dépassé par de nombreux autres protocoles – plus rapides, capacitaires, sécurisés, moins énergivores – sur la base desquels ont été créées de nombreuses autres cryptodevises alternatives (Ethereum, Stellar, Litecoin…) et son efficacité comme monnaie à part entière reste à établir. Ce qui se produit a tout d’une bulle spéculative, mais tant que le référentiel macroéconomique des valeurs reste à ce point fondamentalement perturbé, rien ne dit que cette dernière disparaîtra de sitôt.

L’étrange victoire de l’élite française

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L'immeuble de l'ENA rue de l'Observatoire à Paris © Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22538771_000003

Vitupérer « les élites » est un sport national. Leur formation, leur origine et leur utilité sociale sont des questions passionnelles qui reviennent aujourd’hui avec la suppression de l’ENA. On comprend, en lisant le dernier opus[tooltips content= »Les élites françaises, Des Lumières au grand confinement de Eric Anceau (Passés Composés) »]1[/tooltips] d’Eric Anceau,  qu’elles ne sont pas nouvelles.


Une histoire de la haute société française pourrait tenir en un récit chronologique et évolutif de figures qui, elles, évoluent beaucoup moins : en particulier toutes ces demi-mondaines parfumées, vieilles et éternelles peaux de vache habituées des vêpres de Saint-Germain-des-Prés et des émissions de Stéphane Bern où elles rapportent des anecdotes salonnardes qui seraient bien sympathiques si elles ne trainaient pas avec elles toute la hideur et la sournoiserie du mauvais ragot bourgeois. Les chicaneries du grand monde ont déjà leurs historiens. Ce thème a aussi – on le sait – inspiré les pamphlets sociologiques des époux Pinçon-Charlot. Eric Anceau a réussi, lui, à sublimer le genre avec Les élites françaises. Des Lumières au grand confinement.

L’ENA est un cas d’école sur lequel s’attarde Eric Anceau

Spécialiste du Second Empire, Éric Anceau propose avec son livre une autre approche dont il met en avant la nouveauté. Il analyse les relations, souvent compliquées, qu’ont entretenu les Français avec leurs élites de l’Ancien Régime à la dernière crise sanitaire. Croisière étoilée du roman national, l’ouvrage traverse trois siècles d’histoire de France en bonne compagnie. Loin de la tourbe, on peut à loisir observer les barricades de 1789 depuis le salon de Mme Lambert, méditer la question sociale parmi les banquiers de la monarchie de Juillet ; ou voir Thiers, Cavaignac et les intrigants de la rue de Poitiers dans leurs efforts pour conjurer le spectre révolutionnaire entre 1848 et 1870. Derrière les pesanteurs de l’histoire politique, l’auteur fait des détours au cabaret parmi les mondains de la Belle Epoque et des dilettantes de l’entre-deux guerres…

Eric Anceau © Hannah Assouline
L’historien Éric Anceau © Hannah Assouline

Enfants tristes de rêveuses bourgeoisies

Caractère national oblige, notre élite est coquette. Elle est aussi bavarde. Elle s’amuse, sort et dîne en ville. Son monde a ses codes et ses lieux de sociabilité ; des clubs notamment, ancêtres du fameux Siècle. Elle sait (ou savait) ses humanités : toutes les références, truismes et âneries qu’il convient de citer dans les dîners. La bourgeoisie est rêveuse. Des joies et des enthousiasmes intellectuels consolent ses enfants tristes… Formée autrefois de gros lecteurs, elle savait engendrer quelques happy few cultivés. Chaque siècle a eu des idées sophistiquées parfaitement inaudibles pour la masse mais qui s’inscrivent dans une culture politique plutôt fleurie : l’âge d’or féodal idéalisé par Fénelon et Saint Simon faisait rêver tous les hobereaux de province un siècle avant le romantisme.

A lire aussi: Napoléon est au-delà du bien et du mal

Par le fantasme et la sublimation, la robe essaie de se raccrocher à l’épée, les notables apprennent à imiter les nobles, la petite bourgeoise copie les manières de la grande. Avant l’invention de l’ascenseur, l’étagement des immeubles exprimait encore la stratification sociale. Dans l’histoire, les élites définissent moins une super classe sociale qu’un ensemble de milieux souvent rivaux et distincts (ou distingués) par leur valeur, leur antériorité et leur culture. La France élitaire d’Eric Anceau ressemble parfois à une gigantesque foire aux vanités.

Des révolutions élitaires

En historien du politique, Anceau sait changer d’échelle et voir que la petite histoire fait souvent la grande. À la lecture, on comprend qu’en France les vrais acteurs de l’histoire sont peu nombreux : quelques individus ou familles tiennent les manettes et évoluent dans un périmètre très restreint: entre la statue de Danton boulevard de l’Odéon et la rue Saint-Guillaume ou le Faubourg Saint-Honoré.

Et si les révolutions passent, certaines dynasties bourgeoises et aristocrates restent. On les retrouve dans les salons, les institutions et les directions d’entreprises. Nos révolutions justement ne sont pas toujours aussi populaires que notre roman national les a montrées.

Pour notre historien, elles procèdent d’une rupture du consensus élitaire: la tranquillité du roi est d’abord troublée par son ombrageuse noblesse qui dans l’Ancien Régime aspirait à se libérer de l’absolutisme. 1830 exprime la rivalité entre la grande bourgeoisie et l’Aristocratie ultra de la Restauration. 1848 s’amorce sur une contestation par la petite bourgeoisie du système électoral censitaire.

Une leçon de pouvoir

L’auteur nous explique que tous les gouvernements – même les plus égalitaires – se sont intéressés au recrutement des élites. Un tribun radical comme Clemenceau songeait plus à contrôler son corps préfectoral qu’à instaurer une égalité réelle. Mais l’élite est ombrageuse. Jamais contente, peu serviable, souvent frustrée, elle résiste à sa domestication. L’Ancien Régime distribue les charges pour remplir les caisses et s’assurer le service des nobles dans l’armée, l’administration ou la magistrature. Si certains sont employés au service du roi,  beaucoup sont frustrés de ne pas participer au pouvoir et regardent déjà du côté de l’Angleterre où la noblesse est associée aux décisions par le biais du Parlement.

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Bonaparte aimerait créer une élite nationale, « ni bonnet rouge, ni talon rouge » qui ferait la synthèse entre l’Ancien Régime et la République. Il songe d’abord à engager les capitaines de l’administration dans une dynamique martiale: et les faire marcher au pas de la Grande Armée. Il installe pour cela un modèle de sélection unique au monde et qui finit par l’emporter : pas à pas, les grandes écoles supplantent les Universités –  pourtant lieux de libertés et temples historiques de recherche.

De force instituée à force instituante: le dévoiement de l’ENA

L’auteur rappelle que Napoléon III comme le Général de Gaulle respectaient la compétence et ont composé leur gouvernement avec des technocrates. Avec l’ENA, le général comme Michel Debré avaient voulu donner à l’État les cadres qui lui manquaient : alors que face à la crise, l’on s’interrogeait depuis les années 1930 sur les moyens de conférer à la puissance publique les moyens de son intervention. Plutôt révolutionnaire dans l’esprit de ses fondateurs, elle heurtait les féodalités académiques des facultés de droit ou de Sciences-Po. Depuis les énarques se sont bien installés. Oubliant un peu la culture du service, ils pantouflent, trustent toutes les fonctions et concours, donnent des ordres, se présentent aux élections, parlent avec hauteur de tout et surtout de ce qu’ils ne connaissent pas. De force instituante, elle est devenue une force instituée.

Actualité oblige, l’ENA est un cas d’école sur lequel s’attarde l’auteur. Répondant lors de sa fondation à une nécessité politique, elle remplit aujourd’hui les conseils d’administration et cabinets de conseil. L’ouvrage offre plusieurs exemples de ce phénomène et peut à bon compte laisser pessimiste. Créatives, contestataires et courageuses lorsqu’elles sont minoritaires, les élites deviennent jalouses et conservatrices lorsqu’elles s’installent. Des faubourgs aux salons, il y parfois moins loin à traverser qu’un pont de Seine. Toute bourgeoisie s’embourgeoise ; de leur nature, les aristocraties s’échouent en féodalités. Certains républicains – les Perrier, les Cavaignac – ont même formé leurs propres dynasties.

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Très critiquée, l’élite française est élitiste quand elle exagère nos travers nationaux. On la sait intransigeante et – hors contexte sanitaire – très soucieuse de marquer ses fameuses « distances sociales». Alexis de Tocqueville écrivait déjà sous la monarchie de Juillet : « l’aristocratie manufacturière que nous voyons s’élever est une des plus dures qui ait paru sur la terre ». Si l’élite au XIXe, formée à la culture classique chez les jésuites ou dans la belle école de la République avait les moyens culturels de ses prétentions, les élus de l’Assemblée nationale macronienne ont plutôt fait leurs armes dans les cabinets de communication ou comme DRH alors que déjà les avocats et fonctionnaires avaient depuis longtemps remplacé les professeurs de Lettres classiques.

Pris la main dans le pot de confiture de son impuissance avec la récente débandade sanitaire – symbolisée par l’incapacité du pouvoir à vacciner sa population – l’élite est attaquée comme elle l’était par Marc Bloch dans l’Etrange défaite en 1941. Fort de sa distance d’historien, et de son regard surplombant sur toutes les passions franco-françaises, Eric Anceau s’autorise d’interview en interview un certain désabusement : « on a l’élite qu’on mérite ».

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À qui le tour?

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D.R.

Les « annulés » du mois de mars. Ce qui semblait une mauvaise blague est devenu un fait social. Chaque mois, de nouveaux accusés – parfois improbables – sont purement et simplement « effacés de la photo » comme dans les meilleures années du stalinisme. Motif ? Ils sont jugés « offensants » par les tenants de la cancel culture.


© D.R.
© D.R.

Marieke Lucas Rijneveld

Chef d’inculpation : Trop blanche

Une Blanche pour traduire le texte d’une femme « résolument noire » ? Vous n’y pensez pas ! Dans une tribune enflammée, la militante racialiste Janice Deula dénonce le « choix incompréhensible » de confier à l’écrivaine néerlandaise Marieke Lucas Rijneveld la traduction de la jeune poétesse afro-américaine Amanda Gorman. Pourquoi un tel courroux ? Parce que, « blanche, non binaire », elle ne serait pas la bonne personne pour traduire une poétesse « jeune, femme et résolument noire » (sic). Cette mauvaise plaisanterie aurait dû, au pire s’arrêter là, au mieux être poursuivie pour racisme et discrimination liée au genre. Mais la tribune a été partagée, relayée, citée. Sous la pression, Marieke Lucas Rijneveld a annoncé qu’elle jetait l’éponge… Espérons que son cas ne fera pas jurisprudence et qu’on ne demandera pas aux traducteurs d’avoir la même couleur de peau, le même âge, le même genre, la même taille, la même corpulence, le même style et, pourquoi pas, le même lieu de naissance que les auteurs dont ils traitent les œuvres.

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© D.R.
© D.R.

Le Dr Seuss

Chef d’inculpation : Personnages stéréotypés

C’est le président Biden himself qui a donné le coup de semonce. Tandis qu’il proclamait ouverte, le 2 mars, la traditionnelle journée nationale de la lecture aux États-Unis, les Américains ont pu constater que le « Dr. Seuss Day » avait été renommé « Read Across America Day ». Le nom du Dr Seuss, grand auteur de littérature enfantine qui a donné son nom à l’événement – également programmé le jour de sa naissance – n’a pas été prononcé une seule fois dans le discours présidentiel. En prime, le même jour, six de ses ouvrages étaient retirés de la vente, la société gestionnaire des droits d’auteurs estimant qu’ils « dépeignent des gens de manière fausse et blessante ». Qu’est-il reproché à cet homme qui fut, dès la fin des années 1930, un caricaturiste engagé dans la lutte antifasciste, antinazie et anti-isolationniste ? Pratiquement rien, sinon quelques dessins jugés « stéréotypés ». Principalement un garçon chinois avec un bol et des baguettes, et deux Noirs vêtus d’un seul pagne. De fins analystes prétendent aussi que son célèbre « Chat chapeauté », noir à tête blanche, constituerait un cas avéré de blackface. C’est grave, docteur ?


Pépé le putois

Chef d’inculpation : Comportement inapproprié

Les coupeurs de tête de la cancel culture ne se contentent pas de juger les hommes : ils intentent aussi des procès aux animaux, comme les obscurantistes aux singes au siècle dernier. Cette fois, l’accusé est un putois. Pépé de son nom, personnage de dessin animé de son état, il passe le plus clair de son temps à poursuivre ses proies féminines sans aucun succès. Comme l’atteste son accent, Pépé est français : il symbolise donc, aux yeux des puritains américains, la quintessence du machisme made in France. Ce comportement sexiste a été brocardé dans un article du très sérieux New York Times, le petit animal y étant accusé de « normaliser la culture du viol », pas moins ! Pourtant, par son aspect grotesque, Pépé le putois ne plaidait pas la cause de la drague lourde, loin de là ! On ne riait pas avec lui, on riait de lui. Mais qu’importe, pour les censeurs d’outre-Atlantique, l’essentiel est qu’on ne rie plus du tout. L’indésirable a été coupé au montage des prochaines productions Looney Tunes. Le débat est ouvert : faudra-t-il aussi annuler Gros Minet pour tentatives de meurtre répétées contre Titi et Bip Bip pour excès de vitesse et mise en danger de la vie d’autrui ?


© D.R.
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La notation musicale

Chef d’inculpation : Suprématisme blanc

À Oxford, la musique n’adoucit pas les mœurs. Selon des documents internes recueillis par le Daily Telegraph, le personnel de la prestigieuse université britannique craint d’être soupçonné de « complicité de suprématisme blanc » dans les programmes de musique. En ligne de mire, « la musique européenne blanche de la période esclavagiste » portée par des compositeurs peu recommandables de l’acabit de Messieurs Mozart et Beethoven. L’an dernier, la Symphonie n° 5 était sur la sellette, accusée de « favoriser l’exclusion » en véhiculant les signifiants des « hommes blancs et riches ». Les professeurs d’Oxford vont plus loin, et préconisent carrément d’en finir avec la notation musicale qui n’aurait, selon eux, « pas rompu le lien avec son passé colonial ». Clé de sol, dièse ou double croche seraient autant de « gifles » pour certains étudiants. Et encore, le document ne dit rien sur les discriminations dont sont victimes les notes noires, qui valent toujours deux fois moins que les blanches ! Devant la « grande détresse » où sont placés les « étudiants de couleur », les professeurs d’Oxford appellent de leurs vœux un nouveau solfège « plus inclusif ». Pas de bémol à la bêtise !

À lire aussi: L’Université d’Oxford va-t-elle bannir la «musique blanche et colonialiste»?


Et aussi…

– Annie Cordy, controversée dans le débat sur le nouveau nom à donner à l’ex-tunnel Léopold II, pour le racisme supposé de sa chanson Chaud Ka Ka O.

– When Harry Became Sally de Ryan T. Anderson, retiré d’Amazon pour avoir proposé une approche scientifique de la transsexualité évidemment jugée « transphobe ».

– Certaines cartes « caisse de communauté » du Monopoly, en particulier celles qui attribuaient un prix à un concours de beauté, seront remplacées par des cartes écologiques et solidaires.

– L’Enfer de Dante, expurgé dans sa nouvelle version néerlandaise des passages où figure le prophète Mahomet.

– Le présentateur Piers Morgan, débarqué de la chaîne britannique ITV pour insensibilité notoire : il avait douté de la sincérité des idées suicidaires de Meghan Markle.