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Rendez-nous les compétitions de foot d’autrefois!

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Avec leur projet de Superligue, les magnats du football mondialisé ont sous-estimé le poids des traditions du ballon rond en Angleterre et la réaction des supporters.

Pourquoi le foot est-il le sport le plus populaire ? D’abord parce que c’est le plus simple : un ballon, un mur ou deux tee-shirts pour faire les buts, et on peut jouer. Ensuite, c’est l’un des plus anciens : né, comme la quasi-totalité des autres sports, en Grande-Bretagne, il comptait déjà une ribambelle de clubs professionnels à la Belle Époque. Enfin, du fait de l’engouement qu’il a toujours suscité, il est adoré des médias. En 1950, la finale la Coupe du Monde entre le Brésil et l’Uruguay se joue devant deux cent mille personnes. On n’avait sans doute jamais fait mieux depuis les courses de l’hippodrome de Constantinople sous Justinien.

À la même époque (1955), l’UEFA crée la Coupe des clubs champions européens, qui va s’imposer comme la plus prestigieuse des compétitions interclubs au monde. Jusqu’en 1992, elle voit s’affronter, comme son nom l’indique, les champions en titre des différentes premières divisions du continent. De grands clubs y renforcent le prestige qu’ils ont le plus souvent acquis de longue date dans leurs championnats respectifs ; le Real Madrid, le Benfica Lisbonne, l’Ajax Amsterdam, le Bayern Munich, Liverpool, le Milan AC dominent l’épreuve à différentes périodes. La Juventus de Turin, l’Inter Milan, Hambourg, Aston Villa, Manchester United, Nottingham Forest, le Barça, Porto, Dortmund, Chelsea, l’Olympique de Marseille s’y imposent également. Mais c’est aussi le cas de clubs de l’Est, à l’instar du Steaua Bucarest en 1986 et de l’Etoile rouge de Belgrade en 1991. Pendant quatre décennies, la Coupe des clubs champions est raisonnablement ouverte ; elle connaît régulièrement des vainqueurs « surprise » et plus encore des « épopées » comme, bien sûr, celles des Verts de Saint-Etienne au milieu des années 70.

Une compétition devenue d’une infinie tristesse

En 1992, l’UEFA réforme l’épreuve ; désormais, il faudra parler de Ligue des Champions – et même plutôt de Champions League. Le changement de nom traduit la volonté d’élargir la compétition à toujours plus de clubs ; ceux des quatre grands championnats (Espagne, Italie, Angleterre, Allemagne) auront plus de représentants ; les ligues les plus riches seront ainsi favorisées de fait. En 1995, le magnifique Ajax de Jari Litmanen remporte la finale contre la Juventus. Depuis, aucun club non issu des quatre grands championnats ne s’est imposé en dehors de Porto en 2004. C’est qu’en 1996, via le célèbre arrêt Bosman, la justice du Moloch bruxellois a permis aux clubs de recruter autant de joueurs communautaires qu’ils le désirent ; les meilleurs de ceux des championnats de second rang, comme celui de la France, ont donc rejoint rapidement des clubs déjà surpuissants qui leur offraient des salaires fantastiques, des taux d’imposition plus doux et un challenge sportif supérieur. Les Hollandais du Barça de la fin des années 90 et, un chouïa après, la colonie française des Gunners d’Arsenal symbolisent cette fuite des talents vers les plus prestigieuses et généreuses formations. Au fil des années, de plus en plus prévisible, la Ligue des Champions est devenue d’une infinie tristesse. De facto, c’est depuis trente ans une ligue fermée : Real ou Manchester ? Barça ou Bayern ? Chelsea ou Juventus ? Juventus ou Bayern ? Alors que, lorsque j’étais enfant, on pouvait encore croire un peu, le temps d’un match et son incertitude, en la victoire finale de l’AJ Auxerre ou de la Sampdoria de Gênes, ladite victoire est désormais inimaginable ; elle est réservée à une poignées d’« institutions », de « marques » qui, non contentes de tuer toute concurrence, essaient donc à présent de maximiser encore plus leurs gains.

Parce qu’elles veulent compenser leurs pertes. Depuis le début de la crise sanitaire, elles ont perdu des centaines de millions voire, si l’on en croit Florentino Perez, le président du Real, des milliards. Le « produit » est devenu moins attractif ; le « spectacle », survendu par les diffuseurs, ne rapporte plus autant ; la billetterie des stades, d’où l’on a volontairement chassé les classes populaires au profit des supérieures et des touristes asiatiques, est à l’arrêt. Or, les charges sont fixes, elles, à commencer par les salaires délirants des joueurs, noyés sous les billets afin de les arracher à la concurrence, engraisser les agents, lesquels – secret de polichinelle – rétrocèdent une partie des commissions aux membres des boards qui ont facilité les transferts. Hors contrats publicitaires, Ronaldo et Messi doivent gagner cinquante fois plus que Cruijff et Maradona en leur temps ; un joueur de Ligue 1 touche aujourd’hui en moyenne autour de trente-cinq mille euros par mois, quand Christian Lopez, immense défenseur des Verts défaits à Glasgow en 1976, touchait cinquante mille francs de l’époque – fort jolie salaire au demeurant. Le modèle économique du football, sis sur des droits télévisuels qui, cumulés, se chiffrent en dizaines de milliards, ne répond plus qu’à une logique de toujours plus. La plupart des grands clubs européens, structurellement déficitaires, ont massivement recours à l’emprunt pour entretenir leur fuite en avant. La crise sanitaire les a mis à nu. C’est pourquoi ils ont lancé la Superligue, ligue fermée construite sur le modèle de celles des sports américains, sans risque de relégation, avec d’énormes bénéfices assurés et financée par JPMorgan.

Un test…

L’idée d’une ligue fermée réunissant les grands clubs seulement hante le foot européen depuis deux décennies. Chaque année apportait sa nouvelle menace de sécession, et l’UEFA finissait toujours par céder. Elle venait d’ailleurs de le faire grossièrement, via une importante réforme de la Ligue des Champions, quand, derrière Perez et Agnelli, le président de la Juventus, les douze ont voulu prendre le large. Propriété de fonds d’investissement américains, chinois, émiratis, ces clubs se fichent en fait totalement des supporters autochtones, des traditions – voir l’exemple des logos –, des compétitions nationales devenues trop petites pour eux. Eux, ce qu’ils visent, c’est les « marchés émergents », c’est-à-dire l’Asie en premier lieu ; eux, ce qu’ils veulent, ce n’est pas gagner des titres, mais un retour sur investissement. La crise sanitaire était un excellent prétexte pour mettre enfin leurs menaces à exécution.

À l’heure où j’écris ces mots, les douze ont reculé : l’épreuve est suspendue. L’indignation que l’annonce de la création de la Superligue a provoquée, chez les supporters, dans les médias et une classe politique suiveuse, a été a priori suffisante pour tuer ce projet dans l’œuf. Les chefs des douze ont-ils sous-estimé l’opposition qu’ils rencontreraient ou, en y allant à la hussarde, voulaient-ils surtout mettre la pression sur l’UEFA ? Habitués à ce qu’on leur lèche la main – et pas que –, il n’est pas impossible qu’ils aient cru pouvoir passer en force. Mais, trop malins pour méconnaître les forces en présence et plus encore la complexité et la lenteur du droit, il est certain qu’ils désiraient surtout tester leur « produit ». Et si les supporters britanniques les ont joliment giflés, si, plus largement, tous les vrais amoureux de foot leur ont dit d’aller bien se faire f…, les consommateurs des clubs en question, à Sartrouville, Abidjan, Boston ou Pékin, eux, infiniment plus nombreux, n’ont certainement pas été scandalisés. Le mondialisme perdra peut-être cette bataille, mais il finira par gagner la guerre si les enracinés ne tordent pas le cou de ses représentants. Dans le foot comme partout ailleurs.

Un mâle biologique incarcéré dans une prison pour femmes en France !

La Dépêche du Midi rapporte qu’un détenu de sexe masculin, incarcéré avec les hommes depuis le mois de juin à la prison de Toulouse-Seysses, se déclarant transsexuel mais toujours doté d’un appareil génital masculin, a obtenu d’une cour de justice française son changement de sexe à l’état civil et son transfert dans une prison pour femme.

Cette décision est une première : jusque-là, les transsexuels n’étaient incarcérés avec les femmes qu’à la condition d’avoir subi une vaginoplastie.

La transition MTF (Male to Female : homme vers femme) à laquelle ce détenu a choisi de procéder n’a conduit qu’à la modification de l’apparence de la seule partie haute de son corps. C’est donc une personne dotée, certes, d’une poitrine, mais également d’un pénis a priori en parfait état de marche et de testicules vraisemblablement intacts, dont la justice française a décidé qu’elle était une femme à part entière. Car cela n’aura échappé à personne : une femme, c’est juste une paire de seins.

Les surveillants sur le cul

Ce détenu, sa poitrine opulente et ses bijoux de famile ont donc fait leur entrée ce 9 avril dans la maison d’arrêt des femmes (MAF). Et ce sont donc des surveillantes et non des surveillants qui ont dû pratiquer les fouilles réglementaires. « Ces agentes sont sidérées à l’idée de devoir pratiquer des fouilles intégrales sur personne de sexe opposé, ou tout du moins, possédant les attributs de genre masculin, en l’espèce : un pénis et des testicules » a déclaré à la Dépêche du midi David, le représentant local du syndicat pénitentiaire des surveillants (SPS) de la maison d’arrêt de Seysse.

Cette situation humiliante pour les surveillantes a poussé le SPS à adresser un courrier au parquet de Toulouse pour suggérer le transfert du détenu dans l’une des quelques prisons qui, comme Fleury-Mérogis, disposent d’une zone réservée aux femmes transsexuelles dans le bâtiment masculin. Le courrier est resté pour l’instant sans réponse. Il est vrai que les détenues transexuelles, que l’on estime à une centaine dans les prisons françaises sont généralement tenues à l’écart des détenus masculins, leur vulnérabilité les exposant à des violences de leur part. Mais les placer en détention avec les femmes n’est pas une décision envisageable pour autant.

La crainte de viols

C’est ce qu’illustre le cas Karen White de 2019 qui a obligé le ministère de la justice britannique à revenir sur ses idéaux anti-biologiques. Karen White, né de sexe masculin mais s’identifiant comme une femme, avait été placée  en détention provisoire dans le quartier des femmes à la prison de New Hall à Wakefield en 2019. Il y a violé deux prisonnières. Décrit par le juge comme un « prédateur » représentant un danger pour les femmes et les enfants, il sera condamné à la perpétuité.

Ce fait divers sordide a conduit à l’ouverture de la première unité pénitentiaire pour détenus dits « transgenres » dans la prison pour femmes du sud de Londres. Strictement réservée aux mâles biologiques s’identifiant comme des femmes, elle est hermétiquement séparée des quartiers des femmes.

Il est indéniable que les femmes transgenres sont la cible de violences verbales, physiques et sexuelles lorsqu’elles sont emprisonnées avec les prisonniers hommes et qu’elles doivent en être protégées. Mais le cas Karen White prouve qu’elles sont aussi susceptibles de constituer une menace pour l’intégrité physique des prisonnières de sexe féminin quand elles sont incarcérées avec elles.

Pourtant, en France, des associations intersectionnelles LGB et T comme Act’up ou Génépi (association féministe et anticarcérale) militent activement contre ce qu’elles qualifient de « transphobie pénitentiaire » et demandent « à ce que les femmes transgenres soient enfermées dans un quartier correspondant à leur genre » coûte que coûte.

Un nouveau dossier pour le garde des Sceaux

La France ferait bien de s’inspirer du cas britannique mais pas que, car d’autres cas d’agressions sexuelles de femmes par des femmes transsexuelles ont été confirmés – au Canada, dans l’Ontario, aux États-Unis dans l’Illinois ainsi que l’État de Washington, etc – .

Cela permettrait non seulement de protéger les prisonnières femmes ainsi que les surveillantes mais aussi de protéger les prisonniers transsexuels, les sortir de la détention en isolement obligatoire dans leur cas et enfin de leur fournir la prise en charge médicale (hormones, etc)  dont ils sont dépendants à vie et sans lesquels la nature reprendrait vite ses droits.

Il est à craindre que la situation carcérale en France où les prisons sont surchargées et les moyens matériels et humains rarissimes ne fasse de la condition des personnes trans dans le système pénitentiaire le dernier souci du garde des sceaux. Il est à craindre que la condition des femmes dans ce même système n’en fasse les frais.

Macron, grand défenseur de la sécurité…

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Ce n’est pas parce que la droite est tétanisée par le désastre que des mauvais augures lui annoncent depuis longtemps, et que sa passivité serait susceptible d’engendrer, qu’il convient de faire profil bas.

Et de ne pas dénoncer le macronisme quand, de manière cynique, il fait déborder la coupe de la démagogie.

En marche vers 2022

Ainsi un mandat présidentiel presque à son terme ne serait qu’une sorte de buffet dont on ouvrirait un tiroir après l’autre, le dernier récent étant empli de sécurité, et de sévérité d’ailleurs toute relative. Toute coïncidence avec l’approche de l’échéance de 2022 étant évidemment purement fortuite ! Il suffirait donc, après avoir fait preuve durant quatre années de faiblesse régalienne et de mansuétude dans la gestion de l’ordre public, de virer de bord, sur un mode précipité qui n’abusera que les naïfs, pour devenir soudain crédible dans un domaine capital où on a usé du verbe en économisant l’essentiel : l’autorité.

Deux visions différentes de la France

La double page du Figaro est surréaliste où le président questionné de manière « paisible » – un adjectif qui serait son ambition pour la France : comme on en est loin ! – expose ses conceptions et son bilan qu’il loue dans le domaine de la sécurité et de la Justice, pour la police et les prisons. Il a sa « France » et nous on a la nôtre qui à vue de citoyen n’est pas du tout la même ! Je relève, dans ses réponses, son goût du verbe, son appétence pour le commentaire qui pourrait séduire la gauche avec ses considérations sociologiques, la surestimation de son action et le caractère provocateur d’annonces in extremis, comme si on n’aurait pas dû en bénéficier bien avant. Je voudrais mettre en évidence à nouveau sa double intervention sur l’affaire Sarah Halimi puisque, paraît-il, il veut « hâter une réforme sur l’irresponsabilité pénale ». 

À lire aussi, Cyril Bennasar: Madame votre problème c’est vous !

Je suis persuadé qu’au lieu d’apaiser, cette sortie de son champ de compétence n’a pas été sans incidence sur l’arrêt rendu par la Cour de cassation mais surtout a exacerbé des réactions que pour ma part j’ai trouvé scandaleuses, par exemple celle d’Arthur. Il y a là un mélange dévastateur de démagogie présidentielle et d’ignorance indignée !

Se mêlant de cette procédure en faisant à chaque fois connaître son sentiment – que n’aurait-on pas dit si Nicolas Sarkozy ou François Hollande avait eu la même indécence ? -, le président Macron s’est bien gardé de commenter l’arrêt de la cour d’assises de Paris, avec cinq condamnations et huit acquittements, pour les crimes à Viry-Châtillon où des policiers ont été attaqués et brûlés. Étranges immixtion d’un côté et abstention de l’autre ! Le Premier ministre dans la foulée a été envoyé en Alsace pour défendre le bilan du président et nous faire part de la « lente croissance des places de prison« , jusqu’à 15 000, promet-il ! Si le programme se réalise, sera-t-il encore là ? Jean Castex, dont on ignorait l’appétence pour les sanctions disciplinaires, a osé saisir à nouveau le Conseil supérieur de la magistrature qui l’avait débouté au sujet de Patrice Amar, le magistrat du PNF en mauvais termes avec sa chef Éliane Houlette.

En même temps

Il est clair que nous avons une action à bride abattue pour créer l’illusion d’un pouvoir qui aurait été conscient depuis le début des exigences régaliennes, alors que les Français n’ont cessé de constater dans leur quotidien les errements et les abstentions de cette présidence dure avec les faibles et molle avec les forts. Dont le « en même temps », n’arrêtant jamais son cours, fait se succéder rigueur proclamée et impuissance concrète.

Il est navrant de devoir faire fond sur Aurélien Taché pour incriminer le simulacre, quand il dénonce « de la poudre aux yeux pour aller chasser sur les terres de la droite ». Avec cette nuance importante que cette dernière ne s’en prend pas au chasseur…

Trop c’est trop

En réalité le président veut « occuper le terrain » parce que probablement il partage l’appréciation fine de Jérôme Fourquet : « L’exaspération face à la délinquance influera sur le résultat de la présidentielle » et qu’il considère qu’il ne serait pas inutile, tout en dépouillant la droite, de rabaisser le RN dans ce qui a toujours été son domaine d’élection et qui fait l’objet d’une approbation majoritaire. Il paraît qu’il est de bonne guerre pour un président qui craint de n’être pas réélu face à Marine Le Pen, de commencer sa campagne prématurément – les images à la fois idylliques et ridicules de Montpellier où dans un environnement pacifié Emmanuel Macron a fait preuve d’une écoute ostensiblement patiente ! – et de feindre de continuer une lutte qu’il vient à peine de commencer. Ce n’est pas le couple improbable Darmanin/Dupond-Moretti qui va rassurer !

Ces péripéties qui ont commencé avec Le Figaro sont cousues de fil présidentiel et elles se développent sans que le cynisme utilitaire de l’opération soit vraiment mis en cause. 

D’autant plus qu’Emmanuel Macron ne change pas à l’étranger : il a déclaré qu’il « faut déconstruire notre Histoire » et que malheureusement la réalité ne change pas en France : nuits d’émeutes à Tourcoing, manifestations des policiers contre l’arrêt de la cour d’assises de Paris, un bus incendié en marge de violences urbaines à Sartrouville, augmentation des agressions, pourquoi les délinquants de gêneraient-ils puisqu’ils ont l’intuition, dans leur obtuse malfaisance, qu’on les laisse faire ? au mieux un deux poids deux mesures, au pire un État qui regarde passer les délits et les crimes, préférant entraver ses protecteurs que châtier ses agresseurs.

Quand le président affirme : « Je me bats pour le droit à la vie paisible », il se moque de nous. Quel rêve virginal pour une France dans l’angoisse et à l’abandon ! Il se bat mal ou, pire, il fait semblant de se battre. Pour gagner encore.

Mais trop c’est trop !

Transition énergétique ou… chinoise?

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À en croire la majorité des politiques européens et des médias, nous serions en train de basculer du vieux monde de l’énergie vers celui de la transition énergétique. Penser qu’une politique aussi cruciale que la politique énergétique puisse se résumer au slogan simpliste « Sauver la planète » témoigne d’un manque de vision de la marche du monde…


Espérer que l’urgence climatique pourra tout faire changer rapidement est naïf, car l’unité de temps du système énergétique est au mieux la décennie.

La transition énergétique politique appelée aussi décarbonation est un vœu pieux qui ne se réalisera pas pour une série de raisons que nous voulons résumer dans cette tribune. Cette affirmation semblera saugrenue tant elle va à contre sens de la pensée dominante. Une tribune ne peut démontrer, mais seulement alerter. Le lecteur pourra se référer s’il le souhaite aux démonstrations qui se trouvent dans une quinzaine de livres et de nombreuses tribunes.

La demande en énergie ne peut que croître

L’énergie c’est la vie. Tout — absolument tout — ce que nous faisons consomme de l’énergie. Même notre alimentation est une consommation d’énergie dont notre corps a besoin pour vivre. Nous avons appris au cours de physique que l’énergie est la même notion que le travail, c’est-à-dire ce qui permet de déplacer une force (un poids). Sauf à mourir de faim, il faut travailler et donc il faut de l’énergie. Dans le temps, l’énergie était fournie par la force des animaux ou de l’homme. Pour la cuisson on utilisait ce qu’on appelle aujourd’hui bioénergie, c’est-à-dire le bois. Grâce à la révolution énergétique, on a complètement changé le monde. Aujourd’hui certains qui n’ont jamais retourné à la bêche un lopin de terre prônent le retour à « l’énergie musculaire ». C’est leur choix. Il est respectable, tant qu’ils ne l’imposent pas.

On estime pour l’instant qu’il y a dans le monde 1,3 milliard d’humains qui n’ont pas accès à l’électricité dont 290 millions en Inde. Pour la cuisine, 40 % de la population mondiale dépend des énergies renouvelables : bois vert, charbon de bois, ou bouses séchées. Cela brûle en dégageant des fumées toxiques qui causent des pollutions atmosphériques et des décès prématurés. Il y a une urgence d’électrifier l’Afrique comme je l’ai écrit dans un livre en 2019.

Leur recherche de qualité de vie et leur démographie galopante induisent une augmentation de la consommation d’énergie. Les dirigeants de ces pays — Inde en tête — le savent et n’ont qu’un souci : croître et donc consommer de l’énergie, celles peu chères que nous avons nous-mêmes utilisées pour assurer notre développement : énergies fossiles et nucléaires.

La question énergétique n’est pas née avec la décarbonation

La transition énergétique n’est pas une nouvelle quête. Ce qui est nouveau c’est de l’appeler décarbonation, c’est-à-dire abandonner complètement les énergies fossiles. Après la Seconde Guerre mondiale, la période de croissance économique et de développement sociétal a permis une évolution extraordinaire de la qualité de vie des Européens. Elle a été brusquement arrêtée par la première crise pétrolière de 1973 ; la seconde de 1979 a eu un retentissement bien plus fort. Pour répondre à une pénurie de pétrole de nature géopolitique, l’OCDE s’est organisée, notamment en créant l’Agence internationale de l’énergie et la constitution de stocks de pétrole et produits pétroliers équivalents à 90 jours de consommation. On lance à l’époque l’idée des économies d’énergie et des « énergies alternatives » comme on appelait alors les énergies renouvelables. Ça n’a pas bien fonctionné. Le vrai changement a été l’arrivée de l’énergie nucléaire.

L’énergie nucléaire, seule vraie solution de la transition énergétique

Après avoir lancé la CECA, les six ministres des Affaires étrangères des pays fondateurs se retrouvent à Messine le 1er et 2 juin 1955 pour décider de l’avenir de la Communauté. Ils décident de lancer la création du Marché commun et l’Euratom, c’est-à-dire la communautarisation de l’électricité nucléaire civile. Ils ont compris que l’avenir de cette nouvelle communauté nécessitera de l’« énergie abondante et bon marché ». Les Six lancent une transition énergétique qui n’a plus jamais été égalée. Des plans ambitieux sont mis en œuvre et lorsqu’éclatent les crises pétrolières les centrales arrivent à temps.

Cela a permis à la France d’être le leader européen de l’énergie nucléaire. Je renvoie le lecteur au numéro de janvier/février de 2021 de La Revue de l’Énergie qui a publié mon article « L’enjeu géopolitique de l’énergie nucléaire et le gâchis européen » qui démontre que la géopolitique de l’énergie nucléaire civile ne s’embarrasse pas des états d’âme de certains européens : Russie, Chine et États-Unis (Joe Biden suivant Donald Trump) foncent vers l’électrification du futur proche. Mais la Chine ne mise pas uniquement sur l’électricité nucléaire.

La Chine mise sur le pétrole

En 2020, la Covid a pratiquement arrêté l’économie mondiale. Pourtant, selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation de pétrole en passant de 100 millions de barils par jour (Mb/j) en 2019 à 91,0 Mb/j n’a baissé que de 10 %. Elle a déjà rebondi à 93,9 Mb/j au premier trimestre de 2021 et devrait atteindre 99,2 Mb/j au quatrième trimestre de 2021. Pourquoi ? Parce que le malaimé pétrole reste incontournable. Les énergies fossiles sont perçues en France et dans l’UE plus généralement comme étant le passé, que ce soit à cause des émissions de CO2 qu’elles génèrent, mais aussi pour l’indétrônable perception qu’« il n’y a plus de pétrole ».

Lors des crises pétrolières que l’on vient d’évoquer, les réserves de pétroles étaient de 90 milliards de tonnes (Gt) et auraient dû être épuisées en 2000 ; elles sont aujourd’hui de 244 Gt et devraient être épuisées dans 55 ans. Les mêmes raisons qui ont créé la croissance des réserves sont encore présentes aujourd’hui et plus affirmées encore: nouvelles technologies et nouveaux territoires. Je renvoie le lecteur à mes nombreux écrits en la matière.

D’ailleurs, la Chine qui ne s’embarrasse pas de la transition énergétique est très active pour s’approprier des réserves pétrolières là où elle le peut. China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) est le bras du parti communiste chinois chargé de coopérer avec de grandes compagnies internationales et d’acheter des concessions à l’étranger. Vu son importance stratégique, en décembre 2020 l’Administration Trump a ajouté CNOOC dans la liste noire « Communist Chinese Military Companies ». Selon Forbes, les sanctions qui frappent la Chine et l’Iran poussent ces deux pays à un accord de 400 milliards de dollars. L’Iran a besoin de vendre d’urgence du pétrole pour ne pas suffoquer et la Chine a besoin de pétrole pour assurer sa croissance économique pour atteindre l’objectif du parti communiste : être la première puissance mondiale avant 2050.

La Chine mise sur le gaz naturel

Le pétrole est incontournable, mais la surprise de l’énergie est le gaz naturel. Cette énergie est très peu polluante, très abondante, disponible, bon marché et multi-usages. De nouveaux pays deviennent exportateurs de gaz naturel concurrençant ainsi les exportateurs historiques (Russie, Norvège, Algérie, Qatar, Indonésie, etc.). Les États-Unis peuvent exporter du gaz de roche mère (de schiste) à un prix concurrentiel au point qu’ils essayent d’interdire la construction du gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne. L’Australie devient un important pays exportateur pour le Sud-est asiatique tellement il dispose de réserves gazières. Le Mozambique, deuxième pays le plus pauvre au monde, se prépare également à exporter du gaz à partir de son gisement Rovuma, dans lequel l’entreprise publique chinoise CNPC a investi. Plus proche de nous, ce qui se passe en mer du Levant illustre bien la révolution en cours en matière de gaz naturel. Israël qui ne disposait pas d’énergie primaire est déjà un exportateur de gaz vers la Jordanie et se prépare à exporter bien plus encore. Ce n’est pas pour s’intéresser à la sardine que la Turquie de R. T. Erdogan veut s’approprier une partie de cet espace maritime.

Le gaz naturel lorsqu’il est liquéfié (GNL) transporté par méthanier devient une énergie qui ressemble au pétrole. Libéré de la contrainte du tube qui lie un producteur à un consommateur et vice versa, le GNL permet la fluidité et le dynamisme dans un marché du gaz en pleine croissance.

La Chine l’a bien compris…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

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Qui est Alain Ternational?

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Chronique sur la langue française, son charme, ses difficultés, et… ses nouveaux locuteurs


La langue française est une belle langue complexe, subtile et riche, pleine de pièges qui la rendent encore plus délicieuse aux yeux de celui qui sait les déjouer. Ou qui croit savoir les déjouer car, rien à faire, à un moment ou à un autre, même le plus attentif et scrupuleux défenseur de la langue française trébuche. Dans une de ses chroniques, Alexandre Vialatte avouait avoir péché par orgueil et par « ignorance péremptoire » : il était convaincu qu’il fallait dire « vous contredites ». Un beau jour, en proie au doute, il consulte un dictionnaire, se frotte les yeux et bat sa coulpe : il faut dire « vous contredisez ». Dernièrement, dans un papier pour Causeur, j’ai écrit fautivement « quoiqu’elle en dise ». Un ami m’en ayant fait gentiment la remarque, j’ai recopié cent fois la règle qui stipule que « quoique » ne s’écrit en un seul mot que dans les cas où il peut être remplacé par « bien que ». On voit par là que l’homme, quoique remontant à la plus haute Antiquité, en apprend tous les jours ; et que, quoi qu’il pense de lui-même, il ne peut se passer ni d’un dictionnaire ni d’un solide Bescherelle, ces superbes outils lexicographiques et grammairiens qui devraient trôner sur le bureau de tous ceux qui se destinent à partager un peu de leur prose.

La réforme de l’orthographe ne convient pas à tout le monde

Tandis que je me remettais à grand-peine de ma faute, je tombai, dans un hebdomadaire réputé pour son sérieux, sur un article qui allait conforter l’adage selon lequel quand on se regarde on se désole et quand on se compare on se console. À la fin de ce court article consacré à Assa Traoré et ses multiples condamnations pour diffamation, le journaliste écrit : « Si, à l’issu des deux mois, Assa Traoré n’a pas appliqué la décision de justice “il pourra être statué sur une nouvelle astreinte”, a priori plus élevée. Assa Traoré devra dors et déjà reverser 100 euros aux gendarmes, pour n’avoir pas appliquer cette décision lundi, et 200 cents euros si elle n’applique toujours pas la décision aujourd’hui. Contacté par nos soins, l’avocat d’Assa Traoré, Maitre Yassine Bouzrou, n’a pas souhaité répondre à notre sollicitation. »

A lire aussi, Marie-Hélène Verdier: Langue française: la France n’est pas une région de l’Union européenne!

Certains plaideront que l’accent circonflexe sur la voyelle de certains mots n’est plus une obligation depuis la réforme de l’orthographe de 1990. D’autres, dont je suis, considéreront que cette absence blesse l’œil et le cœur. Retirer son accent circonflexe au mot château, c’est abattre ses hauts murs et ses tourelles et commencer de visiter des ruines. Une âme privée de son accent errera dans Dieu seul sait quel cercle de l’Enfer. Une “flute” jouera toujours faux. Les promoteurs de cette réforme nous privent à la fois de l’histoire et de la joliesse de cet accent et des mots qu’il coiffe. Ils n’imaginaient d’ailleurs sûrement pas les funestes conséquences de leurs recommandations pour « simplifier » l’orthographe : avec l’accent circonflexe, ce sont les accents graves et aigus, et l’orthographe des mots les plus simples, et la syntaxe la plus élémentaire, qui disparaissent des copies de nos lycéens, ces grands cimetières de notre langue.

Notre novlangue techno-globishisée

Passons rapidement sur cette « issu » qui m’a laissé sans voix. Quant à « dors et déjà », cette horreur montre que celui qui l’a écrite n’a vraisemblablement jamais lu la locution adverbiale « d’ores et déjà » ; il l’écrit par conséquent phonétiquement, c’est-à-dire comme il l’entend et non comme elle doit s’écrire. Ce n’est pas entièrement de sa faute : en cinquante ans, des « scientifiques de l’éducation » ont drastiquement diminué le nombre d’heures de cours de français dans l’école primaire puis au collège ; la dictée flash et la twictée ont remplacé la dictée traditionnelle ; la lecture d’œuvres littéraires a été réduite à sa plus simple expression. Le mauvais exemple vient de haut. L’écriture inclusive promue jusque dans certaines de nos universités et la novlangue techno-globishisée de nos élites participent également à cette entreprise de démolition linguistique. Ces dernières, sorties parfois de nos plus grandes écoles, déclarent aujourd’hui en toute impunité être en capacité de gouverner ou se sentir en responsabilité de mener telle action. Puis elles cherchent à savoir de quelle manière les habitants d’ici ou d’ailleurs, et en particulier Alain Ternational, ont été impactés par les dernières mesures du gouvernement.

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À ce propos, quelqu’un, parmi les lecteurs de Causeur, peut-il me dire qui est cet Alain Ternational ? Où se trouve Alain Ternational ? Dans quelle officine secrète travaille obscurément Alain Ternational ? Car je n’entends plus parler que de lui. On l’interroge, on le questionne, on réclame son avis qu’il ne donne jamais. Dernièrement, un journaliste lui demandait : « Que pense-t-on de cette déclaration Alain Ternational ? » Panne de micro ou satellite défaillant, nous n’entendîmes pas la réponse d’Alain Ternational. Deux jours plus tard, un autre journaliste, après un bref exposé sur les relations diplomatiques entre la France et la Turquie, l’apostrophait : « Quelles sont les réactions Alain Ternational ? » Alain Ternational, sans doute interloqué par la brusquerie du journaliste, ne répondit pas, et ce dernier continua de lire son papier comme si de rien n’était. Le 15 avril dernier, face à Caroline Roux dans l’émission Les 4 vérités de France 2, Anne Hidalgo, vantant le travail réalisé par la mairie de Paris, déclarait : « Ce que nous avons su montrer ces dernières années, ça nous est reconnu, par les parisiens et Alain Ternational, c’est que nous avons su conjuguer en même temps ce patrimoine et la modernité. » Voilà qui est bien étrange. Plus étrange encore, les auteurs du dernier rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris préconisent de « démarcher des artistes non blancs de haut niveau », « y compris Alain Ternational. » Le mystère s’épaissit. Alain Ternational est-il noir ? Alain Ternational vit-il à l’étranger ? Est-il un artiste, un diplomate, un architecte urbaniste ou une éminence grise ? Qui est Alain Ternational ?

Campagnes: le bruit et l’odeur


Face à l’intolérance des citadins exilés à la campagne, l’Assemblée nationale a enfin légiféré…


Les cloches continueront de sonner dans nos campagnes. Le 29 janvier, la loi de « protection du patrimoine sensoriel des campagnes » a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. « La campagne ça se mérite », glissait déjà fin 2019 le député de la Lozère, Pierre Morel-À-L’Huissier, initiateur de la législation. Dans un pays qui croule sous les textes juridiques, pourquoi en pondre un nouveau ?

À l’été 2018, un couple de Parisiens en villégiature aux Bondons (Lozère) se plaignit au maire des cloches de l’église qui perturbaient leurs grasses matinées. Sans succès. Quelques semaines plus tard, dans le Var, au Beausset, des touristes demandèrent au maire Georges Ferrero d’asperger de l’insecticide sur des cigales au motif qu’elles chantaient trop fort à l’heure de l’apéro. Sans succès également. Un an plus tard en revanche, en Savoie, le célèbre coq Maurice fut prié par des juges de fermer son clapet au motif de « nuisances sonores excessives » et son propriétaire fut condamné à verser 3 000 euros de dommages et intérêts. En janvier 2020, la cour d’appel de Colmar donna tort aux propriétaires de Sésame, un cheval adopté par des viticulteurs à Orschwihr (Alsace). Arguant que les crottins de la bête attiraient les mouches et dégageaient des odeurs, les plaignants obtinrent de la justice que Sésame ne gambade pas à moins de 15 mètres de leur gîte et que les viticulteurs ramassent ses crottes. La nouvelle loi « modifie un peu le Code de l’environnement pour intégrer le son et l’odeur », explique Pierre Morel-À-L’Huissier. « Les inventaires menés contribuent à connaître et faire connaître la richesse des patrimoines […] et les activités, pratiques et savoir-faire agricoles », précise le texte.

Les citadins à l’assaut de nos campagnes devront désormais se frotter aux tracteurs et aux odeurs.

Face à une telle leçon d’intégration, on a envie de pousser un grand cocorico.

Le vote introuvable des cités


La surenchère indigéno-racialiste actuelle repose en partie sur l’idée qu’elle est électoralement payante, les « quartiers » représentant un réservoir de voix considérable. Reste à trouver la martingale pour les mobiliser. Quelques exemples locaux suggèrent que c’est loin d’être simple.


À 70 ans passés, socialiste, élu local pendant quarante ans, Premier ministre pendant deux ans, peut-on vraiment trouver à son goût la bouillie conceptuelle indigéno-décolonialiste actuellement à la mode ? Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, prend probablement sur lui lorsque les militants avec lesquels il s’affiche dénoncent les privilèges des vieux mâles blancs. C’est qu’au bout, il y a des voix. Peut-être assez pour faire pencher la balance en 2022.

Jean-Luc Mélenchon en est convaincu. Ayant raté le second tour de la dernière présidentielle pour quelque 600 000 bulletins, il croit qu’il aurait pu changer la donne en allant chercher des électeurs dans les cités. Reste à savoir comment on mobilise les quartiers, le matin du vote. De nombreux entrepreneurs identitaires se vendent plus ou moins explicitement comme sergents recruteurs auprès de LFI, du PS, du PCF et de EELV, mais aussi de l’UDI, voire de LR !

Dans le doute, on les écoute. Leurs promesses ne sont pas irréalistes, a priori. Une enquête fort instructive de la Fondation Jean-Jaurès analyse la manière dont les voix du quartier gitan de Perpignan sont littéralement mises aux enchères lors des municipales. L’étude, qui porte sur les municipales de 2014, a été rendue possible, malgré l’anonymat du scrutin, par une configuration locale très particulière : les Gitans sont concentrés dans la vieille ville, ils ont souvent des noms de famille reconnaissables et ils se désintéressent massivement de la politique, sauf aux municipales. En croisant les taux de participation et les scores des différents candidats en lice, l’évidence s’imposait. Les Gitans ont voté massivement pour le maire sortant, Jean-Marc Pujol (battu en 2020 par Louis Aliot, dans une configuration qui reste à décrypter).

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Autre exemple souvent cité, Bobigny, toujours aux municipales de 2014. À la surprise générale, l’UDI Stéphane de Paoli y a ravi la ville aux communistes. L’analyse du scrutin montre que le PCF avait pourtant fait le plein de ses voix au second tour : 4 950 voix en 2008, 4 966 en 2014 ! Si les communistes ont perdu, c’est parce qu’un électorat jusque-là absent des écrans s’était mobilisé au profit de la droite. Dans la campagne, cette dernière était paradoxalement soutenue par des activistes très engagés sur des thématiques plutôt de gauche, contrôles au faciès et discriminations raciales. Le mandat de l’UDI a été un désastre émaillé de scandales de toutes sortes, le PCF a repris la ville en 2020, mais peu importe : le scrutin de 2014 a accrédité l’idée qu’il était possible de mobiliser dans les tours, à condition d’avoir des relais qui sachent parler à leurs habitants.

Ceux qui espèrent les trouver du côté du Parti des indigènes de la République et de ses dérivés se trompent lourdement, selon Marie-Laure Brossier, conseillère municipale LREM à Bagnolet de 2014 à 2020. Elle s’intéresse depuis des années à deux Bagnoletais, Youcef Brakni, pilier du comité Justice pour Adama (assimilé par Mediapart en 2018 à la « voix des quartiers »), ainsi que sa compagne, Fatima Ouassak, créatrice du collectif Front de mères. « Ce sont des trentenaires branchés, diplômés, qui ne connaissent pas mieux que d’autres les cités de Bagnolet, où ils n’habitent pas, souligne-t-elle. Ils sont médiatiques, mais je n’ai jamais eu la preuve de leur capacité de mobilisation de l’électorat populaire. Il y a un gouffre entre les discours très théoriques des indigénistes et les préoccupations concrètes des habitants des tours. »

Ivry, terre de surenchère

Chef de file LR à Ivry-sur-Seine, Sébastien Bouillaud n’est pas tout à fait du même avis. La ville dirigée par Philippe Bouyssou est un bastion communiste depuis 1925 (avec une parenthèse pendant l’Occupation), mais sa sociologie change rapidement commente l’élu d’opposition. « La famille ouvrière européenne disparaît peu à peu des bureaux de vote au profit des familles originaires d’Afrique. Elles ne votaient pas, ou peu, mais elles commencent à se mobiliser. » Peut-être dans le but de les toucher, la majorité en place a élargi son spectre et noué une alliance avec EELV au second tour des municipales. Et surtout, elle donne dans la surenchère envers l’électorat musulman, considère Sébastien Bouillaud. « Nous avons des séances de conseil où une heure est consacrée à parler du boycott des produits israéliens, de la position d’Erdogan face aux islamistes ou des événements du 17 octobre 1961[tooltips content= »Répression violente d’une manifestation d’Algériens à Paris, de 38 à 200 morts, selon les historiens »](1)[/tooltips], bref, de tout, sauf de la commune ! » Sans oublier les recrutements de personnalités relais au positionnement très tranché. Au sein de la majorité, le troisième adjoint chargé du commerce se nomme Atef Rhouma. Il a connu son heure de gloire le 22 novembre 2015, pour avoir justifié les attentats qui venaient d’être commis à Paris. « Daech attaque la France parce que la France les attaque », avait expliqué le conseiller en séance. Il avait déploré que la classe politique tente « d’instrumentaliser ces meurtres et l’émotion de nos concitoyens à des fins racistes ». « Il y a un public à Ivry pour ce genre d’outrance, assure Sébastien Bouillaud. 150 grands frères des cités étaient là et applaudissaient dans le public, lors du débat sur le boycott d’Israël. Ces gens sont capables d’aller chercher des abstentionnistes le jour du scrutin pour les faire voter, j’en suis convaincu. Vous ajoutez à cela des subventions généreuses aux associations de quartier et un contrôle étroit sur les associations sportives, et vous tenez votre électorat. » Jusqu’au moment où c’est lui qui finit par vous tenir. « Il n’est pas impossible que le PCF se fasse déborder », pointe Sébastien Bouillaud.

« Le teneur de mur de base se fiche d’Erdogan et du 17 octobre 1961, complète un ancien élu PS du Val-de-Marne. Quant à la mobilisation des “racisés”, elle est très compliquée à mener, parce qu’ils ne s’entendent pas entre eux ! Si vous faites trop d’appels du pied aux Algériens, vous risquez de vous retrouver en porte-à-faux avec les Marocains. Sans parler des Africains ! Dans les quartiers nord de Marseille, le RN, représenté par Stéphane Ravier, joue ouvertement la carte du vote comorien contre les Algériens et les Marocains. Et ça marche plutôt bien. »

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En novembre 2020, Mohammed Bajrafil, médiatique imam de la mosquée d’Ivry, comorien, a démissionné en dénonçant « la marginalisation des Subsahariens ». « Il parlait de l’islam de France en général, décrypte le même élu, mais il pensait à la future grande mosquée d’Ivry en particulier. Les Algériens sont en position de force à Ivry et ils veulent y prendre le pouvoir quand elle sera construite », dans deux ou trois ans, au plus tôt. La présidentielle sera passée. On saura un peu mieux qui a réussi à faire voter les quartiers et comment…

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Madame, votre problème, c’est vous!

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Lors d’une visite d’Emmanuel Macron à Montpellier, une habitante nommée Naïma Amadou a indiqué au président de la République que son fils se demandait si le prénom « Pierre » existait vraiment…


La scène se passe à Montpellier. Le président y est en campagne mais en ville, ou plutôt en banlieue, en province, dans un quartier sensible et prioritaire, c’est-à-dire sous perfusion de l’état social sans les contraintes de l’État de droit et sous surveillance anxieuse du préfet qui tolère la jungle de la culture urbaine parce qu’il ne veut pas de vagues, un de ces préfets qui prévient ses maires : « Pas de police pendant le ramadan, ce serait une provocation ! » Le chef de l’État est debout et ça change. On avait plutôt pris l’habitude de le voir assis à son bureau de l’Élysée, annonçant des confinements comme Churchill des bombardements, dans un langage guerrier mais avec une solennité feinte, mal jouée, embarrassante.

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Profond désarroi

Il est revenu au contact de la population, mais comme un écolier d’avant, il écoute et ne répond pas. A-t-il retenu les dernières leçons de l’antiracisme woke qui conseille aux Blancs de se taire ? Où est passé ce sens de la répartie avec lequel il mouchait au début du quinquennat, les jeunes sans travail, les ouvriers sans usines, les agriculteurs sans revenus, les hospitaliers sans lits, les contaminés sans frontières. Là, il reste coi, comme devant les enseignants sans protection, les racailles sans répression, les criminels sans prison, les djihadistes sans expulsions, les déséquilibrés sans religion et les mosquées avec subventions.

Il écoute avec attention une femme voilée qui lui fait part de son désarroi. Son fils lui a demandé si dans la vie, il y avait des gens qui s’appelaient « Pierre » comme dans les contes. Des loups, le petit en avait vu à la télé mais point de « Pierre ». Le gosse était sans doute trop jeune pour avoir connu l’époque où quand un Mohamed attaquait une vieille dame pour son sac ou une jeune pour sa vertu, la presse le rebaptisait Pierre, Paul ou Jacques. Le petit ne savait peut-être même pas que le mot pierre était aussi l’autre nom du caillou que l’on jette sur les flics quand la fièvre du samedi soir monte dans les quartiers en mode intifada.

Douce France

« De la mixité monsieur le président ! » demandait la « maman » comme on dit maintenant sur les médias gnangnan, regrettant que tant de Français rechignent à jeter dans la bataille pour le vivre ensemble, leurs enfants. Des « Pierre », et aussi des « Mathieu », comme ce copain d’enfance que le chanteur et écrivain Magyd Cherfi évoque dans son livre Ma part de gaulois et qu’il invita une fois dans sa cité toulousaine mais pas deux parce que le petit « souchien », le gaulois, le boloss, le babtou s’était fait casser la gueule par des gamins qui ne le connaissaient pas mais qui l’avaient reconnu coupable de délit de faciès. « Je mets mes enfants à St Jean de machin truc pour qu’ils connaissent l’école républicaine de la diversité française que j’ai connues, est-ce normal Monsieur le président ? » ajouta la mère voilée et inquiète que ses enfants vivent à Montpellier comme à Alger. Personne n’a entendu la réponse mais dans toute la France, ce pays où comme l’annonçait le candidat Macron en 2017, « il n’y a pas de culture française mais des cultures en France », des millions de Français auraient pu lui souffler la réponse : « Mais Madame, ne voyez-vous pas ce que vous montrez, ne voyez-vous pas que ce qui a changé en France, ce cher pays de votre enfance, c’est vous ? Ce qui a fait fuir les petits blonds et tous les autres, tous ceux qui n’ont pas été convaincus que l’islam, c’est la paix, tous ceux dont les musulmans des cités ont décidé qu’ils n’étaient pas compatibles avec l’islam, sauf à être des proies faciles, c’est vous et votre voile qui n’est que la partie visible de l’iceberg vers lequel le paquebot France se dirige lentement et inexorablement, avec l’assurance qu’il est insubmersible. »

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Des millions de Français auraient même pu suggérer au président de réunir une convention citoyenne pour débattre de la question et pour avancer des propositions. Ils lui auraient sans doute demandé, si on leur avait donné la parole sur ce sujet, d’organiser un référendum pour prendre des décisions mais alors le préfet aurait sûrement conseillé au président d’oublier cette idée populiste, une de ces idées qui « attisent la haine et qui divisent les Français » dans une de ces formules qu’on leur connait : « Pas de vague Monsieur le président, ce serait une provocation ! »

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Qu’y a-t-il de si difficile à quitter l’Afghanistan?


Au cours des trois dernières semaines, c’est à deux reprises que le président Joe Biden a évoqué publiquement la difficulté du retrait d’Afghanistan de tout le personnel non diplomatique américain avant la date limite stipulée dans l’accord entre les États-Unis et les talibans.


« Il va être difficile de respecter la date limite du 1er mai », a-t-il déclaré lors de sa première conférence de presse, « rien qu’en termes de raisons tactiques, il est difficile de faire partir ces troupes. » La durée des opérations de combat américaines en Afghanistan, en Irak, en Syrie et ailleurs illustre les difficultés politiques qu’occasionne, pour la Maison Blanche, un désengagement complet des efforts de lutte contre le terrorisme à l’étranger. Toutefois, en l’occurrence, c’est aux difficultés logistiques que fait allusion le président des États-Unis. Pourquoi est-ce si difficile sur le plan logistique ? Quelles sont ces « raisons tactiques » auxquelles Biden fait référence ?

Les retraits militaires de grande ampleur sont des opérations complexes, en particulier ceux qui nécessitent une évacuation totale des troupes et des équipements du théâtre des opérations. Repli des troupes et de leur équipement dans un environnement peu sûr, transfert ou destruction du matériel et des installations en trop, transport de tout le reste hors du théâtre d’opération… il faut du temps et des efforts pour effectuer tout cela de manière ordonnée. En Afghanistan, des contraintes géographiques, diplomatiques et juridiques viennent encore compliquer ce processus. Les États-Unis pourraient retirer leurs forces au cours des prochaines semaines, mais cela serait difficile et extrêmement coûteux. Il faudrait sans doute, pour cela, aller chercher des ressources de transport et de logistique en place pour d’autres missions dans le monde, abandonner un tas d’équipements en parfait état en Afghanistan, signer des contrats coûteux pour arriver à une capacité de transport rapide, laisser les forces alliées et partenaires en Afghanistan dans l’incertitude et, potentiellement, faire courir un plus grand risque aux troupes américaines sur le terrain pendant le retrait. Si les États-Unis ne sont pas disposés à payer ce prix (et, visiblement, Biden ne l’est pas), il leur faudra probablement bien des mois, et non des semaines, pour arriver à un retrait complet d’Afghanistan.

La posture actuelle des forces américaines en Afghanistan

Les États-Unis ont actuellement entre 2 500 et 3 500 soldats sur le terrain en Afghanistan, aux côtés d’environ 7 000 soldats de leurs alliés de l’OTAN, soit un total d’environ 10 000 soldats à retirer. Théoriquement, les États-Unis pourraient laisser les forces de l’OTAN livrées à elles-mêmes, mais cela semble peu probable compte tenu de l’objectif de l’administration Biden d’arranger les relations entre les États-Unis et l’OTAN et de la récente déclaration du secrétaire d’État Anthony Blinken, qui a assuré que les États-Unis et l’OTAN « partiraient ensemble ». Si l’on ajoute les contractors, employés de sociétés militaires privées, dont l’accord entre États-Unis et talibans stipule qu’ils doivent également quitter l’Afghanistan, le nombre total de personnes à retirer se situe entre 15 000 et 20 000.

La grande majorité de ces personnes sont logées dans une douzaine ou une quinzaine de bases, où se trouvent des quantités considérables d’équipements, militaires et non militaires, nécessaires pour subvenir à leurs besoins essentiels et à leurs opérations quotidiennes. Dans chacune de ces bases, on trouve entre autres des assortiments de véhicules à roues polyvalents à haute mobilité, de véhicules protégés contre les mines et les embuscades et de véhicules tout-terrain connexes utilisés pour les opérations de combat, ainsi que des véhicules plus petits tels que des M-Gators et des voiturettes de golf renforcées utilisées pour se déplacer dans les bases elles-mêmes. Il y a des piles de conteneurs maritimes, dont certains sont des unités de logement et des bureaux, et d’autres sont remplis de fournitures, d’équipements et de matériel militaire. Et certaines bases disposent d’aéronefs, des drones et des hélicoptères, qui ne peuvent quitter l’Afghanistan par leurs propres moyens.

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Dans l’absolu, l’armée américaine dispose des moyens nécessaires pour évacuer tout ce monde d’ici au 1er mai. Un seul C-17 peut transporter 188 passagers, ce qui signifie qu’il faut 80 à 106 sorties pour retirer 15 000 à 20 000 personnes d’Afghanistan. Même à un rythme modéré de huit sorties de C-17 par jour, environ deux semaines suffiraient à faire partir tout ce monde. L’armée américaine dispose, au total, de 223 C-17. Mais bien sûr, cette capacité brute ne se traduit pas directement par le retrait « dans l’ordre et la sûreté » que Biden a promis s’il décide de partir. Un tel objectif de réduction sûre et méthodique de la présence des États-Unis et de l’OTAN nécessite une planification sophistiquée à haut niveau et un séquençage des opérations logistiques, et tout cela prend du temps.

Dans son excellent livre sur l’expérience américaine dans la vallée de Pech en Afghanistan, The Hardest Place, paru récemment, l’auteur Wesley Morgan décrit de la sorte le retrait tactique de quelques compagnies de l’armée américaine (plusieurs centaines de soldats) d’une demi-douzaine d’avant-postes de combat dans la tristement célèbre vallée de Korengal en Afghanistan :

« Évacuer tout le monde et tout le matériel (notamment un quart de tonne d’équipements) des avant-postes devait nécessiter quatre jours, à raison de vingt vols d’hélicoptère par jour. Des rangers américains et une compagnie de commandos afghans étaient également censés veiller, en vol, à l’évacuation, pour plus de sécurité. »

Quoique court et seulement tactique, cet exemple illustre plusieurs des défis physiques à relever en vue du retrait des forces d’Afghanistan. Il montre, entre autres, l’ampleur requise des efforts de retrait (et de la planification pré-mission associée) par rapport au nombre de troupes de combat impliquées. Il illustre également les coûts supplémentaires imposés par l’exigence de sécurité permanente des troupes et des équipements sur le terrain. Il s’agit notamment des coûts réels et des coûts d’opportunité des moyens militaires (y compris le déploiement de troupes supplémentaires) utilisés pour couvrir le retrait plutôt qu’à des opérations offensives. Et cela suppose des positions sûres vers lesquelles déplacer les personnes et les équipements ainsi retirés.

La logistique d’un retrait complet

Bien entendu, les États-Unis ont déjà retiré des forces et des équipements d’Afghanistan, notamment pendant l’année 2014. Si les États-Unis ont sans doute tiré de cette expérience des leçons qui les aideront pour un retrait définitif, il y a toutefois d’importantes différences entre le retrait de certaines troupes et de certains équipements d’un théâtre de conflit et le retrait de toutes les troupes et de tous les équipements. Comme suggéré plus haut, si les analystes prennent souvent les niveaux de troupes comme référentiel, leur retrait est généralement beaucoup plus simple et rapide que celui de leur équipement. Celui-ci, et en particulier les véhicules, est lourd et encombrant, et il faut bien plus de temps pour le nettoyer et le préparer au transport inter-théâtre qu’il n’en faut pour le personnel. En outre, des contraintes juridiques empêchent les forces américaines de se débarrasser simplement des équipements et des installations qu’elles préféreraient ne pas rétrocéder. Seules certaines catégories d’équipements peuvent être transférées au gouvernement afghan, par exemple. Et pour détruire une pièce d’équipement encore en bon état de fonctionnement, l’armée américaine doit certifier qu’il n’y a aucun moyen de la réutiliser ou de la transférer ou que la destruction est l’option la plus rentable, comparaison des coûts à l’appui. Le respect de telles exigences suppose de très grands efforts et une importante coordination entre les multiples couches de la bureaucratie militaire.

Dans le cadre d’un retrait partiel, il est fréquent que l’armée retire rapidement un ensemble de troupes pour atteindre le niveau de troupes souhaité, tout en laissant une part disproportionnée de l’équipement derrière elle, que la force résiduelle peut soit démilitariser soit rétrograder. La technique de retrait privilégiée, celle du retrait « en étoile », qui fut utilisée avec succès par les forces américaines lors du retrait de 2014 où les États-Unis ont déplacé les personnes et les équipements des petites bases désormais fermées vers les grandes bases qui restaient en place (à l’instar des aérodromes de Bagram et de Kandahar), se prête naturellement à cette approche. Mais lorsqu’il s’agit de ne plus avoir de troupes (et de contractors) avant une certaine date limite, les militaires perdent la flexibilité que procure une force résiduelle, ce qui altère forcément la façon dont ils planifient et exécutent le retrait, et rend la phase finale presque systématiquement « difficile ».

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Pour quitter le théâtre d’ici au 1er mai, les États-Unis devront retirer rapidement leurs troupes et une grande partie de leur équipement. S’ils ont récemment fait l’expérience d’un retrait rapide, le retrait d’Irak en 2011, ils avaient alors la capacité de conduire et de transporter les derniers hommes et leur matériel par voie terrestre jusqu’à des bases au Koweït, où ils ont eu le luxe de disposer d’installations sécurisées pour traiter les derniers équipements retirés. Dans le cas de l’Afghanistan, les États-Unis ne seront pas en mesure de conduire le reste de leur personnel et de leur matériel dans un pays voisin. Par conséquent, le redéploiement à partir de l’Afghanistan impliquera que les troupes et le matériel se déplacent sur différentes lignes d’approvisionnement avec différents modes de transport, à des rythmes différents et avec des exigences différentes en termes de transit. Lorsque les États-Unis ont retiré leurs forces d’appoint d’Afghanistan en 2014, la plupart des troupes ont été transportées par avion directement hors du pays vers des escales régionales et vers leur station d’origine peu après. Leur équipement, en revanche, a été retiré en combinant le transport aérien au-dessus du Pakistan vers des bases américaines dans les pays du Golfe, le transport par camion à travers le Pakistan vers divers ports de ce pays, et des combinaisons d’expéditions par train et par camion à travers les États d’Asie centrale vers divers ports sur les mers Caspienne, Noire et Baltique. Ce processus, naturellement, était beaucoup plus lent et devait être soigneusement chorégraphié pour éviter de laisser des personnes ou des équipements exposés à des forces hostiles sur le terrain.

En raison de l’insécurité de l’environnement afghan, l’armée américaine ne peut pas se permettre de laisser des troupes sur le terrain sans équipement, ni de l’équipement sans troupes. Par conséquent, pour être vraiment sûr et ordonné, le retrait pourrait même nécessiter une augmentation temporaire de troupes et d’équipements supplémentaires, ralentissant encore le retrait. Lors du retrait d’Afghanistan en 2014…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

The Hardest Place: The American Military Adrift in Afghanistan's Pech Valley

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«La France a répandu l’analphabétisme en Algérie»!

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Le chargé des questions mémorielles du président algérien a affirmé qu’en 1830, « tout le monde savait lire et écrire en Algérie ». Selon lui, la France est responsable de l’analphabétisation de l’Algérie. Ben voyons…


Abdelmadjid Chikhi est conseiller auprès de la présidence algérienne. Il est chargé des archives et de la mémoire. À ce titre, il est l’alter ego de Benjamin Stora à qui Macron a confié la rédaction d’un mémoire sur l’histoire commune franco-algérienne.

A lire aussi, Alain Bentolila: Algérie/écoles: le choix tragique de l’arabe classique après le français

Les deux hommes sont donc appelés à se voir et à travailler ensemble. Si l’on en juge d’après les déclarations d’Abdelmadjid Chikhi, ils auront beaucoup de choses à se dire. Car aux innombrables crimes que nous avons commis en Algérie vient de s’ajouter un autre. Et un des pires: un crime contre l’esprit !

En effet, d’après M. Chikhi, la France coloniale « a répandu l’analphabétisme en Algérie ». En 1830, au moment de la conquête française « plus de 80% des Algériens savaient lire et écrire » a-t-il précisé. Pour conforter ses dires, il a déclaré s’appuyer sur des travaux d’« historiens » dont il n’a pas donné les noms.

À lire aussi : Faut-il en finir avec le Rapport Stora ? 

M. Chikhi n’a pas été avare de détails. Même si en faisant preuve de mauvais esprit, on peut les trouver passablement contradictoires. Continuons quand même à l’écouter, car toutes les occasions de s’instruire sont bonnes à prendre. Il a affirmé qu’en 1830, « tout le monde savait lire et écrire en Algérie ». Tout le monde, donc pas seulement 80% de la population ?

Et comment avons-nous fait pour propager l’analphabétisme en Algérie ? Simplement, toujours d’après Abdelmadjid Chikhi, « nous avons éliminé tous ceux qui savaient lire et écrire ». Un doute subsiste néanmoins quant au nombre de ceux que nous avons massacrés: 80% ou 100% de la population algérienne ?

À lire aussi : Rapport Stora : la repentance à sens unique ? 

Pour aller plus loin, nous aussi, nous avons consulté des historiens. Voici les résultats de leurs travaux. Le Dey d’Alger disposait d’un office de statistiques extrêmement performant. Ce qui lui permettait de mesurer avec exactitude le taux d’alphabétisation de ses sujets. Dans son harem, il y avait une bibliothèque avec des milliers d’ouvrages. Et les pirates barbaresques chargeaient leurs felouques avec des centaines de livres. Il nous faut maintenant souhaiter beaucoup de courage à Benjamin Stora.

Rendez-nous les compétitions de foot d’autrefois!

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Supporters de Chelsea opposés au projet de Super Ligue, Londres, 20 avril 2021 © Matt Dunham/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22559902_000003

Avec leur projet de Superligue, les magnats du football mondialisé ont sous-estimé le poids des traditions du ballon rond en Angleterre et la réaction des supporters.

Pourquoi le foot est-il le sport le plus populaire ? D’abord parce que c’est le plus simple : un ballon, un mur ou deux tee-shirts pour faire les buts, et on peut jouer. Ensuite, c’est l’un des plus anciens : né, comme la quasi-totalité des autres sports, en Grande-Bretagne, il comptait déjà une ribambelle de clubs professionnels à la Belle Époque. Enfin, du fait de l’engouement qu’il a toujours suscité, il est adoré des médias. En 1950, la finale la Coupe du Monde entre le Brésil et l’Uruguay se joue devant deux cent mille personnes. On n’avait sans doute jamais fait mieux depuis les courses de l’hippodrome de Constantinople sous Justinien.

À la même époque (1955), l’UEFA crée la Coupe des clubs champions européens, qui va s’imposer comme la plus prestigieuse des compétitions interclubs au monde. Jusqu’en 1992, elle voit s’affronter, comme son nom l’indique, les champions en titre des différentes premières divisions du continent. De grands clubs y renforcent le prestige qu’ils ont le plus souvent acquis de longue date dans leurs championnats respectifs ; le Real Madrid, le Benfica Lisbonne, l’Ajax Amsterdam, le Bayern Munich, Liverpool, le Milan AC dominent l’épreuve à différentes périodes. La Juventus de Turin, l’Inter Milan, Hambourg, Aston Villa, Manchester United, Nottingham Forest, le Barça, Porto, Dortmund, Chelsea, l’Olympique de Marseille s’y imposent également. Mais c’est aussi le cas de clubs de l’Est, à l’instar du Steaua Bucarest en 1986 et de l’Etoile rouge de Belgrade en 1991. Pendant quatre décennies, la Coupe des clubs champions est raisonnablement ouverte ; elle connaît régulièrement des vainqueurs « surprise » et plus encore des « épopées » comme, bien sûr, celles des Verts de Saint-Etienne au milieu des années 70.

Une compétition devenue d’une infinie tristesse

En 1992, l’UEFA réforme l’épreuve ; désormais, il faudra parler de Ligue des Champions – et même plutôt de Champions League. Le changement de nom traduit la volonté d’élargir la compétition à toujours plus de clubs ; ceux des quatre grands championnats (Espagne, Italie, Angleterre, Allemagne) auront plus de représentants ; les ligues les plus riches seront ainsi favorisées de fait. En 1995, le magnifique Ajax de Jari Litmanen remporte la finale contre la Juventus. Depuis, aucun club non issu des quatre grands championnats ne s’est imposé en dehors de Porto en 2004. C’est qu’en 1996, via le célèbre arrêt Bosman, la justice du Moloch bruxellois a permis aux clubs de recruter autant de joueurs communautaires qu’ils le désirent ; les meilleurs de ceux des championnats de second rang, comme celui de la France, ont donc rejoint rapidement des clubs déjà surpuissants qui leur offraient des salaires fantastiques, des taux d’imposition plus doux et un challenge sportif supérieur. Les Hollandais du Barça de la fin des années 90 et, un chouïa après, la colonie française des Gunners d’Arsenal symbolisent cette fuite des talents vers les plus prestigieuses et généreuses formations. Au fil des années, de plus en plus prévisible, la Ligue des Champions est devenue d’une infinie tristesse. De facto, c’est depuis trente ans une ligue fermée : Real ou Manchester ? Barça ou Bayern ? Chelsea ou Juventus ? Juventus ou Bayern ? Alors que, lorsque j’étais enfant, on pouvait encore croire un peu, le temps d’un match et son incertitude, en la victoire finale de l’AJ Auxerre ou de la Sampdoria de Gênes, ladite victoire est désormais inimaginable ; elle est réservée à une poignées d’« institutions », de « marques » qui, non contentes de tuer toute concurrence, essaient donc à présent de maximiser encore plus leurs gains.

Parce qu’elles veulent compenser leurs pertes. Depuis le début de la crise sanitaire, elles ont perdu des centaines de millions voire, si l’on en croit Florentino Perez, le président du Real, des milliards. Le « produit » est devenu moins attractif ; le « spectacle », survendu par les diffuseurs, ne rapporte plus autant ; la billetterie des stades, d’où l’on a volontairement chassé les classes populaires au profit des supérieures et des touristes asiatiques, est à l’arrêt. Or, les charges sont fixes, elles, à commencer par les salaires délirants des joueurs, noyés sous les billets afin de les arracher à la concurrence, engraisser les agents, lesquels – secret de polichinelle – rétrocèdent une partie des commissions aux membres des boards qui ont facilité les transferts. Hors contrats publicitaires, Ronaldo et Messi doivent gagner cinquante fois plus que Cruijff et Maradona en leur temps ; un joueur de Ligue 1 touche aujourd’hui en moyenne autour de trente-cinq mille euros par mois, quand Christian Lopez, immense défenseur des Verts défaits à Glasgow en 1976, touchait cinquante mille francs de l’époque – fort jolie salaire au demeurant. Le modèle économique du football, sis sur des droits télévisuels qui, cumulés, se chiffrent en dizaines de milliards, ne répond plus qu’à une logique de toujours plus. La plupart des grands clubs européens, structurellement déficitaires, ont massivement recours à l’emprunt pour entretenir leur fuite en avant. La crise sanitaire les a mis à nu. C’est pourquoi ils ont lancé la Superligue, ligue fermée construite sur le modèle de celles des sports américains, sans risque de relégation, avec d’énormes bénéfices assurés et financée par JPMorgan.

Un test…

L’idée d’une ligue fermée réunissant les grands clubs seulement hante le foot européen depuis deux décennies. Chaque année apportait sa nouvelle menace de sécession, et l’UEFA finissait toujours par céder. Elle venait d’ailleurs de le faire grossièrement, via une importante réforme de la Ligue des Champions, quand, derrière Perez et Agnelli, le président de la Juventus, les douze ont voulu prendre le large. Propriété de fonds d’investissement américains, chinois, émiratis, ces clubs se fichent en fait totalement des supporters autochtones, des traditions – voir l’exemple des logos –, des compétitions nationales devenues trop petites pour eux. Eux, ce qu’ils visent, c’est les « marchés émergents », c’est-à-dire l’Asie en premier lieu ; eux, ce qu’ils veulent, ce n’est pas gagner des titres, mais un retour sur investissement. La crise sanitaire était un excellent prétexte pour mettre enfin leurs menaces à exécution.

À l’heure où j’écris ces mots, les douze ont reculé : l’épreuve est suspendue. L’indignation que l’annonce de la création de la Superligue a provoquée, chez les supporters, dans les médias et une classe politique suiveuse, a été a priori suffisante pour tuer ce projet dans l’œuf. Les chefs des douze ont-ils sous-estimé l’opposition qu’ils rencontreraient ou, en y allant à la hussarde, voulaient-ils surtout mettre la pression sur l’UEFA ? Habitués à ce qu’on leur lèche la main – et pas que –, il n’est pas impossible qu’ils aient cru pouvoir passer en force. Mais, trop malins pour méconnaître les forces en présence et plus encore la complexité et la lenteur du droit, il est certain qu’ils désiraient surtout tester leur « produit ». Et si les supporters britanniques les ont joliment giflés, si, plus largement, tous les vrais amoureux de foot leur ont dit d’aller bien se faire f…, les consommateurs des clubs en question, à Sartrouville, Abidjan, Boston ou Pékin, eux, infiniment plus nombreux, n’ont certainement pas été scandalisés. Le mondialisme perdra peut-être cette bataille, mais il finira par gagner la guerre si les enracinés ne tordent pas le cou de ses représentants. Dans le foot comme partout ailleurs.

Un mâle biologique incarcéré dans une prison pour femmes en France !

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La Dépêche du Midi rapporte qu’un détenu de sexe masculin, incarcéré avec les hommes depuis le mois de juin à la prison de Toulouse-Seysses, se déclarant transsexuel mais toujours doté d’un appareil génital masculin, a obtenu d’une cour de justice française son changement de sexe à l’état civil et son transfert dans une prison pour femme.

Cette décision est une première : jusque-là, les transsexuels n’étaient incarcérés avec les femmes qu’à la condition d’avoir subi une vaginoplastie.

La transition MTF (Male to Female : homme vers femme) à laquelle ce détenu a choisi de procéder n’a conduit qu’à la modification de l’apparence de la seule partie haute de son corps. C’est donc une personne dotée, certes, d’une poitrine, mais également d’un pénis a priori en parfait état de marche et de testicules vraisemblablement intacts, dont la justice française a décidé qu’elle était une femme à part entière. Car cela n’aura échappé à personne : une femme, c’est juste une paire de seins.

Les surveillants sur le cul

Ce détenu, sa poitrine opulente et ses bijoux de famile ont donc fait leur entrée ce 9 avril dans la maison d’arrêt des femmes (MAF). Et ce sont donc des surveillantes et non des surveillants qui ont dû pratiquer les fouilles réglementaires. « Ces agentes sont sidérées à l’idée de devoir pratiquer des fouilles intégrales sur personne de sexe opposé, ou tout du moins, possédant les attributs de genre masculin, en l’espèce : un pénis et des testicules » a déclaré à la Dépêche du midi David, le représentant local du syndicat pénitentiaire des surveillants (SPS) de la maison d’arrêt de Seysse.

Cette situation humiliante pour les surveillantes a poussé le SPS à adresser un courrier au parquet de Toulouse pour suggérer le transfert du détenu dans l’une des quelques prisons qui, comme Fleury-Mérogis, disposent d’une zone réservée aux femmes transsexuelles dans le bâtiment masculin. Le courrier est resté pour l’instant sans réponse. Il est vrai que les détenues transexuelles, que l’on estime à une centaine dans les prisons françaises sont généralement tenues à l’écart des détenus masculins, leur vulnérabilité les exposant à des violences de leur part. Mais les placer en détention avec les femmes n’est pas une décision envisageable pour autant.

La crainte de viols

C’est ce qu’illustre le cas Karen White de 2019 qui a obligé le ministère de la justice britannique à revenir sur ses idéaux anti-biologiques. Karen White, né de sexe masculin mais s’identifiant comme une femme, avait été placée  en détention provisoire dans le quartier des femmes à la prison de New Hall à Wakefield en 2019. Il y a violé deux prisonnières. Décrit par le juge comme un « prédateur » représentant un danger pour les femmes et les enfants, il sera condamné à la perpétuité.

Ce fait divers sordide a conduit à l’ouverture de la première unité pénitentiaire pour détenus dits « transgenres » dans la prison pour femmes du sud de Londres. Strictement réservée aux mâles biologiques s’identifiant comme des femmes, elle est hermétiquement séparée des quartiers des femmes.

Il est indéniable que les femmes transgenres sont la cible de violences verbales, physiques et sexuelles lorsqu’elles sont emprisonnées avec les prisonniers hommes et qu’elles doivent en être protégées. Mais le cas Karen White prouve qu’elles sont aussi susceptibles de constituer une menace pour l’intégrité physique des prisonnières de sexe féminin quand elles sont incarcérées avec elles.

Pourtant, en France, des associations intersectionnelles LGB et T comme Act’up ou Génépi (association féministe et anticarcérale) militent activement contre ce qu’elles qualifient de « transphobie pénitentiaire » et demandent « à ce que les femmes transgenres soient enfermées dans un quartier correspondant à leur genre » coûte que coûte.

Un nouveau dossier pour le garde des Sceaux

La France ferait bien de s’inspirer du cas britannique mais pas que, car d’autres cas d’agressions sexuelles de femmes par des femmes transsexuelles ont été confirmés – au Canada, dans l’Ontario, aux États-Unis dans l’Illinois ainsi que l’État de Washington, etc – .

Cela permettrait non seulement de protéger les prisonnières femmes ainsi que les surveillantes mais aussi de protéger les prisonniers transsexuels, les sortir de la détention en isolement obligatoire dans leur cas et enfin de leur fournir la prise en charge médicale (hormones, etc)  dont ils sont dépendants à vie et sans lesquels la nature reprendrait vite ses droits.

Il est à craindre que la situation carcérale en France où les prisons sont surchargées et les moyens matériels et humains rarissimes ne fasse de la condition des personnes trans dans le système pénitentiaire le dernier souci du garde des sceaux. Il est à craindre que la condition des femmes dans ce même système n’en fasse les frais.

Macron, grand défenseur de la sécurité…

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Emmanuel Macron lors d'une visite à Montpellier, dans un parking souterrain qui était un lieu de trafic de drogue, 19 avril 2021 © Guillaume Horcajuelo/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22559561_000005

Ce n’est pas parce que la droite est tétanisée par le désastre que des mauvais augures lui annoncent depuis longtemps, et que sa passivité serait susceptible d’engendrer, qu’il convient de faire profil bas.

Et de ne pas dénoncer le macronisme quand, de manière cynique, il fait déborder la coupe de la démagogie.

En marche vers 2022

Ainsi un mandat présidentiel presque à son terme ne serait qu’une sorte de buffet dont on ouvrirait un tiroir après l’autre, le dernier récent étant empli de sécurité, et de sévérité d’ailleurs toute relative. Toute coïncidence avec l’approche de l’échéance de 2022 étant évidemment purement fortuite ! Il suffirait donc, après avoir fait preuve durant quatre années de faiblesse régalienne et de mansuétude dans la gestion de l’ordre public, de virer de bord, sur un mode précipité qui n’abusera que les naïfs, pour devenir soudain crédible dans un domaine capital où on a usé du verbe en économisant l’essentiel : l’autorité.

Deux visions différentes de la France

La double page du Figaro est surréaliste où le président questionné de manière « paisible » – un adjectif qui serait son ambition pour la France : comme on en est loin ! – expose ses conceptions et son bilan qu’il loue dans le domaine de la sécurité et de la Justice, pour la police et les prisons. Il a sa « France » et nous on a la nôtre qui à vue de citoyen n’est pas du tout la même ! Je relève, dans ses réponses, son goût du verbe, son appétence pour le commentaire qui pourrait séduire la gauche avec ses considérations sociologiques, la surestimation de son action et le caractère provocateur d’annonces in extremis, comme si on n’aurait pas dû en bénéficier bien avant. Je voudrais mettre en évidence à nouveau sa double intervention sur l’affaire Sarah Halimi puisque, paraît-il, il veut « hâter une réforme sur l’irresponsabilité pénale ». 

À lire aussi, Cyril Bennasar: Madame votre problème c’est vous !

Je suis persuadé qu’au lieu d’apaiser, cette sortie de son champ de compétence n’a pas été sans incidence sur l’arrêt rendu par la Cour de cassation mais surtout a exacerbé des réactions que pour ma part j’ai trouvé scandaleuses, par exemple celle d’Arthur. Il y a là un mélange dévastateur de démagogie présidentielle et d’ignorance indignée !

Se mêlant de cette procédure en faisant à chaque fois connaître son sentiment – que n’aurait-on pas dit si Nicolas Sarkozy ou François Hollande avait eu la même indécence ? -, le président Macron s’est bien gardé de commenter l’arrêt de la cour d’assises de Paris, avec cinq condamnations et huit acquittements, pour les crimes à Viry-Châtillon où des policiers ont été attaqués et brûlés. Étranges immixtion d’un côté et abstention de l’autre ! Le Premier ministre dans la foulée a été envoyé en Alsace pour défendre le bilan du président et nous faire part de la « lente croissance des places de prison« , jusqu’à 15 000, promet-il ! Si le programme se réalise, sera-t-il encore là ? Jean Castex, dont on ignorait l’appétence pour les sanctions disciplinaires, a osé saisir à nouveau le Conseil supérieur de la magistrature qui l’avait débouté au sujet de Patrice Amar, le magistrat du PNF en mauvais termes avec sa chef Éliane Houlette.

En même temps

Il est clair que nous avons une action à bride abattue pour créer l’illusion d’un pouvoir qui aurait été conscient depuis le début des exigences régaliennes, alors que les Français n’ont cessé de constater dans leur quotidien les errements et les abstentions de cette présidence dure avec les faibles et molle avec les forts. Dont le « en même temps », n’arrêtant jamais son cours, fait se succéder rigueur proclamée et impuissance concrète.

Il est navrant de devoir faire fond sur Aurélien Taché pour incriminer le simulacre, quand il dénonce « de la poudre aux yeux pour aller chasser sur les terres de la droite ». Avec cette nuance importante que cette dernière ne s’en prend pas au chasseur…

Trop c’est trop

En réalité le président veut « occuper le terrain » parce que probablement il partage l’appréciation fine de Jérôme Fourquet : « L’exaspération face à la délinquance influera sur le résultat de la présidentielle » et qu’il considère qu’il ne serait pas inutile, tout en dépouillant la droite, de rabaisser le RN dans ce qui a toujours été son domaine d’élection et qui fait l’objet d’une approbation majoritaire. Il paraît qu’il est de bonne guerre pour un président qui craint de n’être pas réélu face à Marine Le Pen, de commencer sa campagne prématurément – les images à la fois idylliques et ridicules de Montpellier où dans un environnement pacifié Emmanuel Macron a fait preuve d’une écoute ostensiblement patiente ! – et de feindre de continuer une lutte qu’il vient à peine de commencer. Ce n’est pas le couple improbable Darmanin/Dupond-Moretti qui va rassurer !

Ces péripéties qui ont commencé avec Le Figaro sont cousues de fil présidentiel et elles se développent sans que le cynisme utilitaire de l’opération soit vraiment mis en cause. 

D’autant plus qu’Emmanuel Macron ne change pas à l’étranger : il a déclaré qu’il « faut déconstruire notre Histoire » et que malheureusement la réalité ne change pas en France : nuits d’émeutes à Tourcoing, manifestations des policiers contre l’arrêt de la cour d’assises de Paris, un bus incendié en marge de violences urbaines à Sartrouville, augmentation des agressions, pourquoi les délinquants de gêneraient-ils puisqu’ils ont l’intuition, dans leur obtuse malfaisance, qu’on les laisse faire ? au mieux un deux poids deux mesures, au pire un État qui regarde passer les délits et les crimes, préférant entraver ses protecteurs que châtier ses agresseurs.

Quand le président affirme : « Je me bats pour le droit à la vie paisible », il se moque de nous. Quel rêve virginal pour une France dans l’angoisse et à l’abandon ! Il se bat mal ou, pire, il fait semblant de se battre. Pour gagner encore.

Mais trop c’est trop !

Transition énergétique ou… chinoise?

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Unités 1-6 de la centrale nucléaire de Tianwan, Lianyungang, Chine - 18 avril 2021 © Wang Chun / Costfoto/Sipa USA Numéro de reportage : 33015832//2104181047/Conflits

À en croire la majorité des politiques européens et des médias, nous serions en train de basculer du vieux monde de l’énergie vers celui de la transition énergétique. Penser qu’une politique aussi cruciale que la politique énergétique puisse se résumer au slogan simpliste « Sauver la planète » témoigne d’un manque de vision de la marche du monde…


Espérer que l’urgence climatique pourra tout faire changer rapidement est naïf, car l’unité de temps du système énergétique est au mieux la décennie.

La transition énergétique politique appelée aussi décarbonation est un vœu pieux qui ne se réalisera pas pour une série de raisons que nous voulons résumer dans cette tribune. Cette affirmation semblera saugrenue tant elle va à contre sens de la pensée dominante. Une tribune ne peut démontrer, mais seulement alerter. Le lecteur pourra se référer s’il le souhaite aux démonstrations qui se trouvent dans une quinzaine de livres et de nombreuses tribunes.

La demande en énergie ne peut que croître

L’énergie c’est la vie. Tout — absolument tout — ce que nous faisons consomme de l’énergie. Même notre alimentation est une consommation d’énergie dont notre corps a besoin pour vivre. Nous avons appris au cours de physique que l’énergie est la même notion que le travail, c’est-à-dire ce qui permet de déplacer une force (un poids). Sauf à mourir de faim, il faut travailler et donc il faut de l’énergie. Dans le temps, l’énergie était fournie par la force des animaux ou de l’homme. Pour la cuisson on utilisait ce qu’on appelle aujourd’hui bioénergie, c’est-à-dire le bois. Grâce à la révolution énergétique, on a complètement changé le monde. Aujourd’hui certains qui n’ont jamais retourné à la bêche un lopin de terre prônent le retour à « l’énergie musculaire ». C’est leur choix. Il est respectable, tant qu’ils ne l’imposent pas.

On estime pour l’instant qu’il y a dans le monde 1,3 milliard d’humains qui n’ont pas accès à l’électricité dont 290 millions en Inde. Pour la cuisine, 40 % de la population mondiale dépend des énergies renouvelables : bois vert, charbon de bois, ou bouses séchées. Cela brûle en dégageant des fumées toxiques qui causent des pollutions atmosphériques et des décès prématurés. Il y a une urgence d’électrifier l’Afrique comme je l’ai écrit dans un livre en 2019.

Leur recherche de qualité de vie et leur démographie galopante induisent une augmentation de la consommation d’énergie. Les dirigeants de ces pays — Inde en tête — le savent et n’ont qu’un souci : croître et donc consommer de l’énergie, celles peu chères que nous avons nous-mêmes utilisées pour assurer notre développement : énergies fossiles et nucléaires.

La question énergétique n’est pas née avec la décarbonation

La transition énergétique n’est pas une nouvelle quête. Ce qui est nouveau c’est de l’appeler décarbonation, c’est-à-dire abandonner complètement les énergies fossiles. Après la Seconde Guerre mondiale, la période de croissance économique et de développement sociétal a permis une évolution extraordinaire de la qualité de vie des Européens. Elle a été brusquement arrêtée par la première crise pétrolière de 1973 ; la seconde de 1979 a eu un retentissement bien plus fort. Pour répondre à une pénurie de pétrole de nature géopolitique, l’OCDE s’est organisée, notamment en créant l’Agence internationale de l’énergie et la constitution de stocks de pétrole et produits pétroliers équivalents à 90 jours de consommation. On lance à l’époque l’idée des économies d’énergie et des « énergies alternatives » comme on appelait alors les énergies renouvelables. Ça n’a pas bien fonctionné. Le vrai changement a été l’arrivée de l’énergie nucléaire.

L’énergie nucléaire, seule vraie solution de la transition énergétique

Après avoir lancé la CECA, les six ministres des Affaires étrangères des pays fondateurs se retrouvent à Messine le 1er et 2 juin 1955 pour décider de l’avenir de la Communauté. Ils décident de lancer la création du Marché commun et l’Euratom, c’est-à-dire la communautarisation de l’électricité nucléaire civile. Ils ont compris que l’avenir de cette nouvelle communauté nécessitera de l’« énergie abondante et bon marché ». Les Six lancent une transition énergétique qui n’a plus jamais été égalée. Des plans ambitieux sont mis en œuvre et lorsqu’éclatent les crises pétrolières les centrales arrivent à temps.

Cela a permis à la France d’être le leader européen de l’énergie nucléaire. Je renvoie le lecteur au numéro de janvier/février de 2021 de La Revue de l’Énergie qui a publié mon article « L’enjeu géopolitique de l’énergie nucléaire et le gâchis européen » qui démontre que la géopolitique de l’énergie nucléaire civile ne s’embarrasse pas des états d’âme de certains européens : Russie, Chine et États-Unis (Joe Biden suivant Donald Trump) foncent vers l’électrification du futur proche. Mais la Chine ne mise pas uniquement sur l’électricité nucléaire.

La Chine mise sur le pétrole

En 2020, la Covid a pratiquement arrêté l’économie mondiale. Pourtant, selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation de pétrole en passant de 100 millions de barils par jour (Mb/j) en 2019 à 91,0 Mb/j n’a baissé que de 10 %. Elle a déjà rebondi à 93,9 Mb/j au premier trimestre de 2021 et devrait atteindre 99,2 Mb/j au quatrième trimestre de 2021. Pourquoi ? Parce que le malaimé pétrole reste incontournable. Les énergies fossiles sont perçues en France et dans l’UE plus généralement comme étant le passé, que ce soit à cause des émissions de CO2 qu’elles génèrent, mais aussi pour l’indétrônable perception qu’« il n’y a plus de pétrole ».

Lors des crises pétrolières que l’on vient d’évoquer, les réserves de pétroles étaient de 90 milliards de tonnes (Gt) et auraient dû être épuisées en 2000 ; elles sont aujourd’hui de 244 Gt et devraient être épuisées dans 55 ans. Les mêmes raisons qui ont créé la croissance des réserves sont encore présentes aujourd’hui et plus affirmées encore: nouvelles technologies et nouveaux territoires. Je renvoie le lecteur à mes nombreux écrits en la matière.

D’ailleurs, la Chine qui ne s’embarrasse pas de la transition énergétique est très active pour s’approprier des réserves pétrolières là où elle le peut. China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) est le bras du parti communiste chinois chargé de coopérer avec de grandes compagnies internationales et d’acheter des concessions à l’étranger. Vu son importance stratégique, en décembre 2020 l’Administration Trump a ajouté CNOOC dans la liste noire « Communist Chinese Military Companies ». Selon Forbes, les sanctions qui frappent la Chine et l’Iran poussent ces deux pays à un accord de 400 milliards de dollars. L’Iran a besoin de vendre d’urgence du pétrole pour ne pas suffoquer et la Chine a besoin de pétrole pour assurer sa croissance économique pour atteindre l’objectif du parti communiste : être la première puissance mondiale avant 2050.

La Chine mise sur le gaz naturel

Le pétrole est incontournable, mais la surprise de l’énergie est le gaz naturel. Cette énergie est très peu polluante, très abondante, disponible, bon marché et multi-usages. De nouveaux pays deviennent exportateurs de gaz naturel concurrençant ainsi les exportateurs historiques (Russie, Norvège, Algérie, Qatar, Indonésie, etc.). Les États-Unis peuvent exporter du gaz de roche mère (de schiste) à un prix concurrentiel au point qu’ils essayent d’interdire la construction du gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne. L’Australie devient un important pays exportateur pour le Sud-est asiatique tellement il dispose de réserves gazières. Le Mozambique, deuxième pays le plus pauvre au monde, se prépare également à exporter du gaz à partir de son gisement Rovuma, dans lequel l’entreprise publique chinoise CNPC a investi. Plus proche de nous, ce qui se passe en mer du Levant illustre bien la révolution en cours en matière de gaz naturel. Israël qui ne disposait pas d’énergie primaire est déjà un exportateur de gaz vers la Jordanie et se prépare à exporter bien plus encore. Ce n’est pas pour s’intéresser à la sardine que la Turquie de R. T. Erdogan veut s’approprier une partie de cet espace maritime.

Le gaz naturel lorsqu’il est liquéfié (GNL) transporté par méthanier devient une énergie qui ressemble au pétrole. Libéré de la contrainte du tube qui lie un producteur à un consommateur et vice versa, le GNL permet la fluidité et le dynamisme dans un marché du gaz en pleine croissance.

La Chine l’a bien compris…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

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Qui est Alain Ternational?

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Anne Hidalgo Image: capture d'écran France 2

Chronique sur la langue française, son charme, ses difficultés, et… ses nouveaux locuteurs


La langue française est une belle langue complexe, subtile et riche, pleine de pièges qui la rendent encore plus délicieuse aux yeux de celui qui sait les déjouer. Ou qui croit savoir les déjouer car, rien à faire, à un moment ou à un autre, même le plus attentif et scrupuleux défenseur de la langue française trébuche. Dans une de ses chroniques, Alexandre Vialatte avouait avoir péché par orgueil et par « ignorance péremptoire » : il était convaincu qu’il fallait dire « vous contredites ». Un beau jour, en proie au doute, il consulte un dictionnaire, se frotte les yeux et bat sa coulpe : il faut dire « vous contredisez ». Dernièrement, dans un papier pour Causeur, j’ai écrit fautivement « quoiqu’elle en dise ». Un ami m’en ayant fait gentiment la remarque, j’ai recopié cent fois la règle qui stipule que « quoique » ne s’écrit en un seul mot que dans les cas où il peut être remplacé par « bien que ». On voit par là que l’homme, quoique remontant à la plus haute Antiquité, en apprend tous les jours ; et que, quoi qu’il pense de lui-même, il ne peut se passer ni d’un dictionnaire ni d’un solide Bescherelle, ces superbes outils lexicographiques et grammairiens qui devraient trôner sur le bureau de tous ceux qui se destinent à partager un peu de leur prose.

La réforme de l’orthographe ne convient pas à tout le monde

Tandis que je me remettais à grand-peine de ma faute, je tombai, dans un hebdomadaire réputé pour son sérieux, sur un article qui allait conforter l’adage selon lequel quand on se regarde on se désole et quand on se compare on se console. À la fin de ce court article consacré à Assa Traoré et ses multiples condamnations pour diffamation, le journaliste écrit : « Si, à l’issu des deux mois, Assa Traoré n’a pas appliqué la décision de justice “il pourra être statué sur une nouvelle astreinte”, a priori plus élevée. Assa Traoré devra dors et déjà reverser 100 euros aux gendarmes, pour n’avoir pas appliquer cette décision lundi, et 200 cents euros si elle n’applique toujours pas la décision aujourd’hui. Contacté par nos soins, l’avocat d’Assa Traoré, Maitre Yassine Bouzrou, n’a pas souhaité répondre à notre sollicitation. »

A lire aussi, Marie-Hélène Verdier: Langue française: la France n’est pas une région de l’Union européenne!

Certains plaideront que l’accent circonflexe sur la voyelle de certains mots n’est plus une obligation depuis la réforme de l’orthographe de 1990. D’autres, dont je suis, considéreront que cette absence blesse l’œil et le cœur. Retirer son accent circonflexe au mot château, c’est abattre ses hauts murs et ses tourelles et commencer de visiter des ruines. Une âme privée de son accent errera dans Dieu seul sait quel cercle de l’Enfer. Une “flute” jouera toujours faux. Les promoteurs de cette réforme nous privent à la fois de l’histoire et de la joliesse de cet accent et des mots qu’il coiffe. Ils n’imaginaient d’ailleurs sûrement pas les funestes conséquences de leurs recommandations pour « simplifier » l’orthographe : avec l’accent circonflexe, ce sont les accents graves et aigus, et l’orthographe des mots les plus simples, et la syntaxe la plus élémentaire, qui disparaissent des copies de nos lycéens, ces grands cimetières de notre langue.

Notre novlangue techno-globishisée

Passons rapidement sur cette « issu » qui m’a laissé sans voix. Quant à « dors et déjà », cette horreur montre que celui qui l’a écrite n’a vraisemblablement jamais lu la locution adverbiale « d’ores et déjà » ; il l’écrit par conséquent phonétiquement, c’est-à-dire comme il l’entend et non comme elle doit s’écrire. Ce n’est pas entièrement de sa faute : en cinquante ans, des « scientifiques de l’éducation » ont drastiquement diminué le nombre d’heures de cours de français dans l’école primaire puis au collège ; la dictée flash et la twictée ont remplacé la dictée traditionnelle ; la lecture d’œuvres littéraires a été réduite à sa plus simple expression. Le mauvais exemple vient de haut. L’écriture inclusive promue jusque dans certaines de nos universités et la novlangue techno-globishisée de nos élites participent également à cette entreprise de démolition linguistique. Ces dernières, sorties parfois de nos plus grandes écoles, déclarent aujourd’hui en toute impunité être en capacité de gouverner ou se sentir en responsabilité de mener telle action. Puis elles cherchent à savoir de quelle manière les habitants d’ici ou d’ailleurs, et en particulier Alain Ternational, ont été impactés par les dernières mesures du gouvernement.

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À ce propos, quelqu’un, parmi les lecteurs de Causeur, peut-il me dire qui est cet Alain Ternational ? Où se trouve Alain Ternational ? Dans quelle officine secrète travaille obscurément Alain Ternational ? Car je n’entends plus parler que de lui. On l’interroge, on le questionne, on réclame son avis qu’il ne donne jamais. Dernièrement, un journaliste lui demandait : « Que pense-t-on de cette déclaration Alain Ternational ? » Panne de micro ou satellite défaillant, nous n’entendîmes pas la réponse d’Alain Ternational. Deux jours plus tard, un autre journaliste, après un bref exposé sur les relations diplomatiques entre la France et la Turquie, l’apostrophait : « Quelles sont les réactions Alain Ternational ? » Alain Ternational, sans doute interloqué par la brusquerie du journaliste, ne répondit pas, et ce dernier continua de lire son papier comme si de rien n’était. Le 15 avril dernier, face à Caroline Roux dans l’émission Les 4 vérités de France 2, Anne Hidalgo, vantant le travail réalisé par la mairie de Paris, déclarait : « Ce que nous avons su montrer ces dernières années, ça nous est reconnu, par les parisiens et Alain Ternational, c’est que nous avons su conjuguer en même temps ce patrimoine et la modernité. » Voilà qui est bien étrange. Plus étrange encore, les auteurs du dernier rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris préconisent de « démarcher des artistes non blancs de haut niveau », « y compris Alain Ternational. » Le mystère s’épaissit. Alain Ternational est-il noir ? Alain Ternational vit-il à l’étranger ? Est-il un artiste, un diplomate, un architecte urbaniste ou une éminence grise ? Qui est Alain Ternational ?

Campagnes: le bruit et l’odeur

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© D.R.

Face à l’intolérance des citadins exilés à la campagne, l’Assemblée nationale a enfin légiféré…


Les cloches continueront de sonner dans nos campagnes. Le 29 janvier, la loi de « protection du patrimoine sensoriel des campagnes » a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. « La campagne ça se mérite », glissait déjà fin 2019 le député de la Lozère, Pierre Morel-À-L’Huissier, initiateur de la législation. Dans un pays qui croule sous les textes juridiques, pourquoi en pondre un nouveau ?

À l’été 2018, un couple de Parisiens en villégiature aux Bondons (Lozère) se plaignit au maire des cloches de l’église qui perturbaient leurs grasses matinées. Sans succès. Quelques semaines plus tard, dans le Var, au Beausset, des touristes demandèrent au maire Georges Ferrero d’asperger de l’insecticide sur des cigales au motif qu’elles chantaient trop fort à l’heure de l’apéro. Sans succès également. Un an plus tard en revanche, en Savoie, le célèbre coq Maurice fut prié par des juges de fermer son clapet au motif de « nuisances sonores excessives » et son propriétaire fut condamné à verser 3 000 euros de dommages et intérêts. En janvier 2020, la cour d’appel de Colmar donna tort aux propriétaires de Sésame, un cheval adopté par des viticulteurs à Orschwihr (Alsace). Arguant que les crottins de la bête attiraient les mouches et dégageaient des odeurs, les plaignants obtinrent de la justice que Sésame ne gambade pas à moins de 15 mètres de leur gîte et que les viticulteurs ramassent ses crottes. La nouvelle loi « modifie un peu le Code de l’environnement pour intégrer le son et l’odeur », explique Pierre Morel-À-L’Huissier. « Les inventaires menés contribuent à connaître et faire connaître la richesse des patrimoines […] et les activités, pratiques et savoir-faire agricoles », précise le texte.

Les citadins à l’assaut de nos campagnes devront désormais se frotter aux tracteurs et aux odeurs.

Face à une telle leçon d’intégration, on a envie de pousser un grand cocorico.

Le vote introuvable des cités

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Bureau de vote à Clichy-sous-Bois, lors du second tour de l'élection présidentielle de 2007 © JEAN AYISSI / AFP

La surenchère indigéno-racialiste actuelle repose en partie sur l’idée qu’elle est électoralement payante, les « quartiers » représentant un réservoir de voix considérable. Reste à trouver la martingale pour les mobiliser. Quelques exemples locaux suggèrent que c’est loin d’être simple.


À 70 ans passés, socialiste, élu local pendant quarante ans, Premier ministre pendant deux ans, peut-on vraiment trouver à son goût la bouillie conceptuelle indigéno-décolonialiste actuellement à la mode ? Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, prend probablement sur lui lorsque les militants avec lesquels il s’affiche dénoncent les privilèges des vieux mâles blancs. C’est qu’au bout, il y a des voix. Peut-être assez pour faire pencher la balance en 2022.

Jean-Luc Mélenchon en est convaincu. Ayant raté le second tour de la dernière présidentielle pour quelque 600 000 bulletins, il croit qu’il aurait pu changer la donne en allant chercher des électeurs dans les cités. Reste à savoir comment on mobilise les quartiers, le matin du vote. De nombreux entrepreneurs identitaires se vendent plus ou moins explicitement comme sergents recruteurs auprès de LFI, du PS, du PCF et de EELV, mais aussi de l’UDI, voire de LR !

Dans le doute, on les écoute. Leurs promesses ne sont pas irréalistes, a priori. Une enquête fort instructive de la Fondation Jean-Jaurès analyse la manière dont les voix du quartier gitan de Perpignan sont littéralement mises aux enchères lors des municipales. L’étude, qui porte sur les municipales de 2014, a été rendue possible, malgré l’anonymat du scrutin, par une configuration locale très particulière : les Gitans sont concentrés dans la vieille ville, ils ont souvent des noms de famille reconnaissables et ils se désintéressent massivement de la politique, sauf aux municipales. En croisant les taux de participation et les scores des différents candidats en lice, l’évidence s’imposait. Les Gitans ont voté massivement pour le maire sortant, Jean-Marc Pujol (battu en 2020 par Louis Aliot, dans une configuration qui reste à décrypter).

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Autre exemple souvent cité, Bobigny, toujours aux municipales de 2014. À la surprise générale, l’UDI Stéphane de Paoli y a ravi la ville aux communistes. L’analyse du scrutin montre que le PCF avait pourtant fait le plein de ses voix au second tour : 4 950 voix en 2008, 4 966 en 2014 ! Si les communistes ont perdu, c’est parce qu’un électorat jusque-là absent des écrans s’était mobilisé au profit de la droite. Dans la campagne, cette dernière était paradoxalement soutenue par des activistes très engagés sur des thématiques plutôt de gauche, contrôles au faciès et discriminations raciales. Le mandat de l’UDI a été un désastre émaillé de scandales de toutes sortes, le PCF a repris la ville en 2020, mais peu importe : le scrutin de 2014 a accrédité l’idée qu’il était possible de mobiliser dans les tours, à condition d’avoir des relais qui sachent parler à leurs habitants.

Ceux qui espèrent les trouver du côté du Parti des indigènes de la République et de ses dérivés se trompent lourdement, selon Marie-Laure Brossier, conseillère municipale LREM à Bagnolet de 2014 à 2020. Elle s’intéresse depuis des années à deux Bagnoletais, Youcef Brakni, pilier du comité Justice pour Adama (assimilé par Mediapart en 2018 à la « voix des quartiers »), ainsi que sa compagne, Fatima Ouassak, créatrice du collectif Front de mères. « Ce sont des trentenaires branchés, diplômés, qui ne connaissent pas mieux que d’autres les cités de Bagnolet, où ils n’habitent pas, souligne-t-elle. Ils sont médiatiques, mais je n’ai jamais eu la preuve de leur capacité de mobilisation de l’électorat populaire. Il y a un gouffre entre les discours très théoriques des indigénistes et les préoccupations concrètes des habitants des tours. »

Ivry, terre de surenchère

Chef de file LR à Ivry-sur-Seine, Sébastien Bouillaud n’est pas tout à fait du même avis. La ville dirigée par Philippe Bouyssou est un bastion communiste depuis 1925 (avec une parenthèse pendant l’Occupation), mais sa sociologie change rapidement commente l’élu d’opposition. « La famille ouvrière européenne disparaît peu à peu des bureaux de vote au profit des familles originaires d’Afrique. Elles ne votaient pas, ou peu, mais elles commencent à se mobiliser. » Peut-être dans le but de les toucher, la majorité en place a élargi son spectre et noué une alliance avec EELV au second tour des municipales. Et surtout, elle donne dans la surenchère envers l’électorat musulman, considère Sébastien Bouillaud. « Nous avons des séances de conseil où une heure est consacrée à parler du boycott des produits israéliens, de la position d’Erdogan face aux islamistes ou des événements du 17 octobre 1961[tooltips content= »Répression violente d’une manifestation d’Algériens à Paris, de 38 à 200 morts, selon les historiens »](1)[/tooltips], bref, de tout, sauf de la commune ! » Sans oublier les recrutements de personnalités relais au positionnement très tranché. Au sein de la majorité, le troisième adjoint chargé du commerce se nomme Atef Rhouma. Il a connu son heure de gloire le 22 novembre 2015, pour avoir justifié les attentats qui venaient d’être commis à Paris. « Daech attaque la France parce que la France les attaque », avait expliqué le conseiller en séance. Il avait déploré que la classe politique tente « d’instrumentaliser ces meurtres et l’émotion de nos concitoyens à des fins racistes ». « Il y a un public à Ivry pour ce genre d’outrance, assure Sébastien Bouillaud. 150 grands frères des cités étaient là et applaudissaient dans le public, lors du débat sur le boycott d’Israël. Ces gens sont capables d’aller chercher des abstentionnistes le jour du scrutin pour les faire voter, j’en suis convaincu. Vous ajoutez à cela des subventions généreuses aux associations de quartier et un contrôle étroit sur les associations sportives, et vous tenez votre électorat. » Jusqu’au moment où c’est lui qui finit par vous tenir. « Il n’est pas impossible que le PCF se fasse déborder », pointe Sébastien Bouillaud.

« Le teneur de mur de base se fiche d’Erdogan et du 17 octobre 1961, complète un ancien élu PS du Val-de-Marne. Quant à la mobilisation des “racisés”, elle est très compliquée à mener, parce qu’ils ne s’entendent pas entre eux ! Si vous faites trop d’appels du pied aux Algériens, vous risquez de vous retrouver en porte-à-faux avec les Marocains. Sans parler des Africains ! Dans les quartiers nord de Marseille, le RN, représenté par Stéphane Ravier, joue ouvertement la carte du vote comorien contre les Algériens et les Marocains. Et ça marche plutôt bien. »

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En novembre 2020, Mohammed Bajrafil, médiatique imam de la mosquée d’Ivry, comorien, a démissionné en dénonçant « la marginalisation des Subsahariens ». « Il parlait de l’islam de France en général, décrypte le même élu, mais il pensait à la future grande mosquée d’Ivry en particulier. Les Algériens sont en position de force à Ivry et ils veulent y prendre le pouvoir quand elle sera construite », dans deux ou trois ans, au plus tôt. La présidentielle sera passée. On saura un peu mieux qui a réussi à faire voter les quartiers et comment…

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Madame, votre problème, c’est vous!

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Emmanuel Macron à Montpellier le 19/04/2021 © Patrick Aventurier-POOL/SIPA Numéro de reportage : 01015121_000106

Lors d’une visite d’Emmanuel Macron à Montpellier, une habitante nommée Naïma Amadou a indiqué au président de la République que son fils se demandait si le prénom « Pierre » existait vraiment…


La scène se passe à Montpellier. Le président y est en campagne mais en ville, ou plutôt en banlieue, en province, dans un quartier sensible et prioritaire, c’est-à-dire sous perfusion de l’état social sans les contraintes de l’État de droit et sous surveillance anxieuse du préfet qui tolère la jungle de la culture urbaine parce qu’il ne veut pas de vagues, un de ces préfets qui prévient ses maires : « Pas de police pendant le ramadan, ce serait une provocation ! » Le chef de l’État est debout et ça change. On avait plutôt pris l’habitude de le voir assis à son bureau de l’Élysée, annonçant des confinements comme Churchill des bombardements, dans un langage guerrier mais avec une solennité feinte, mal jouée, embarrassante.

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Profond désarroi

Il est revenu au contact de la population, mais comme un écolier d’avant, il écoute et ne répond pas. A-t-il retenu les dernières leçons de l’antiracisme woke qui conseille aux Blancs de se taire ? Où est passé ce sens de la répartie avec lequel il mouchait au début du quinquennat, les jeunes sans travail, les ouvriers sans usines, les agriculteurs sans revenus, les hospitaliers sans lits, les contaminés sans frontières. Là, il reste coi, comme devant les enseignants sans protection, les racailles sans répression, les criminels sans prison, les djihadistes sans expulsions, les déséquilibrés sans religion et les mosquées avec subventions.

Il écoute avec attention une femme voilée qui lui fait part de son désarroi. Son fils lui a demandé si dans la vie, il y avait des gens qui s’appelaient « Pierre » comme dans les contes. Des loups, le petit en avait vu à la télé mais point de « Pierre ». Le gosse était sans doute trop jeune pour avoir connu l’époque où quand un Mohamed attaquait une vieille dame pour son sac ou une jeune pour sa vertu, la presse le rebaptisait Pierre, Paul ou Jacques. Le petit ne savait peut-être même pas que le mot pierre était aussi l’autre nom du caillou que l’on jette sur les flics quand la fièvre du samedi soir monte dans les quartiers en mode intifada.

Douce France

« De la mixité monsieur le président ! » demandait la « maman » comme on dit maintenant sur les médias gnangnan, regrettant que tant de Français rechignent à jeter dans la bataille pour le vivre ensemble, leurs enfants. Des « Pierre », et aussi des « Mathieu », comme ce copain d’enfance que le chanteur et écrivain Magyd Cherfi évoque dans son livre Ma part de gaulois et qu’il invita une fois dans sa cité toulousaine mais pas deux parce que le petit « souchien », le gaulois, le boloss, le babtou s’était fait casser la gueule par des gamins qui ne le connaissaient pas mais qui l’avaient reconnu coupable de délit de faciès. « Je mets mes enfants à St Jean de machin truc pour qu’ils connaissent l’école républicaine de la diversité française que j’ai connues, est-ce normal Monsieur le président ? » ajouta la mère voilée et inquiète que ses enfants vivent à Montpellier comme à Alger. Personne n’a entendu la réponse mais dans toute la France, ce pays où comme l’annonçait le candidat Macron en 2017, « il n’y a pas de culture française mais des cultures en France », des millions de Français auraient pu lui souffler la réponse : « Mais Madame, ne voyez-vous pas ce que vous montrez, ne voyez-vous pas que ce qui a changé en France, ce cher pays de votre enfance, c’est vous ? Ce qui a fait fuir les petits blonds et tous les autres, tous ceux qui n’ont pas été convaincus que l’islam, c’est la paix, tous ceux dont les musulmans des cités ont décidé qu’ils n’étaient pas compatibles avec l’islam, sauf à être des proies faciles, c’est vous et votre voile qui n’est que la partie visible de l’iceberg vers lequel le paquebot France se dirige lentement et inexorablement, avec l’assurance qu’il est insubmersible. »

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Des millions de Français auraient même pu suggérer au président de réunir une convention citoyenne pour débattre de la question et pour avancer des propositions. Ils lui auraient sans doute demandé, si on leur avait donné la parole sur ce sujet, d’organiser un référendum pour prendre des décisions mais alors le préfet aurait sûrement conseillé au président d’oublier cette idée populiste, une de ces idées qui « attisent la haine et qui divisent les Français » dans une de ces formules qu’on leur connait : « Pas de vague Monsieur le président, ce serait une provocation ! »

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Qu’y a-t-il de si difficile à quitter l’Afghanistan?

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Hélicoptères Black Hawk de l'armée américaine survolant Kaboul, 19 avril 2021 © Rahmat Gul/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22559513_000001

Au cours des trois dernières semaines, c’est à deux reprises que le président Joe Biden a évoqué publiquement la difficulté du retrait d’Afghanistan de tout le personnel non diplomatique américain avant la date limite stipulée dans l’accord entre les États-Unis et les talibans.


« Il va être difficile de respecter la date limite du 1er mai », a-t-il déclaré lors de sa première conférence de presse, « rien qu’en termes de raisons tactiques, il est difficile de faire partir ces troupes. » La durée des opérations de combat américaines en Afghanistan, en Irak, en Syrie et ailleurs illustre les difficultés politiques qu’occasionne, pour la Maison Blanche, un désengagement complet des efforts de lutte contre le terrorisme à l’étranger. Toutefois, en l’occurrence, c’est aux difficultés logistiques que fait allusion le président des États-Unis. Pourquoi est-ce si difficile sur le plan logistique ? Quelles sont ces « raisons tactiques » auxquelles Biden fait référence ?

Les retraits militaires de grande ampleur sont des opérations complexes, en particulier ceux qui nécessitent une évacuation totale des troupes et des équipements du théâtre des opérations. Repli des troupes et de leur équipement dans un environnement peu sûr, transfert ou destruction du matériel et des installations en trop, transport de tout le reste hors du théâtre d’opération… il faut du temps et des efforts pour effectuer tout cela de manière ordonnée. En Afghanistan, des contraintes géographiques, diplomatiques et juridiques viennent encore compliquer ce processus. Les États-Unis pourraient retirer leurs forces au cours des prochaines semaines, mais cela serait difficile et extrêmement coûteux. Il faudrait sans doute, pour cela, aller chercher des ressources de transport et de logistique en place pour d’autres missions dans le monde, abandonner un tas d’équipements en parfait état en Afghanistan, signer des contrats coûteux pour arriver à une capacité de transport rapide, laisser les forces alliées et partenaires en Afghanistan dans l’incertitude et, potentiellement, faire courir un plus grand risque aux troupes américaines sur le terrain pendant le retrait. Si les États-Unis ne sont pas disposés à payer ce prix (et, visiblement, Biden ne l’est pas), il leur faudra probablement bien des mois, et non des semaines, pour arriver à un retrait complet d’Afghanistan.

La posture actuelle des forces américaines en Afghanistan

Les États-Unis ont actuellement entre 2 500 et 3 500 soldats sur le terrain en Afghanistan, aux côtés d’environ 7 000 soldats de leurs alliés de l’OTAN, soit un total d’environ 10 000 soldats à retirer. Théoriquement, les États-Unis pourraient laisser les forces de l’OTAN livrées à elles-mêmes, mais cela semble peu probable compte tenu de l’objectif de l’administration Biden d’arranger les relations entre les États-Unis et l’OTAN et de la récente déclaration du secrétaire d’État Anthony Blinken, qui a assuré que les États-Unis et l’OTAN « partiraient ensemble ». Si l’on ajoute les contractors, employés de sociétés militaires privées, dont l’accord entre États-Unis et talibans stipule qu’ils doivent également quitter l’Afghanistan, le nombre total de personnes à retirer se situe entre 15 000 et 20 000.

La grande majorité de ces personnes sont logées dans une douzaine ou une quinzaine de bases, où se trouvent des quantités considérables d’équipements, militaires et non militaires, nécessaires pour subvenir à leurs besoins essentiels et à leurs opérations quotidiennes. Dans chacune de ces bases, on trouve entre autres des assortiments de véhicules à roues polyvalents à haute mobilité, de véhicules protégés contre les mines et les embuscades et de véhicules tout-terrain connexes utilisés pour les opérations de combat, ainsi que des véhicules plus petits tels que des M-Gators et des voiturettes de golf renforcées utilisées pour se déplacer dans les bases elles-mêmes. Il y a des piles de conteneurs maritimes, dont certains sont des unités de logement et des bureaux, et d’autres sont remplis de fournitures, d’équipements et de matériel militaire. Et certaines bases disposent d’aéronefs, des drones et des hélicoptères, qui ne peuvent quitter l’Afghanistan par leurs propres moyens.

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Dans l’absolu, l’armée américaine dispose des moyens nécessaires pour évacuer tout ce monde d’ici au 1er mai. Un seul C-17 peut transporter 188 passagers, ce qui signifie qu’il faut 80 à 106 sorties pour retirer 15 000 à 20 000 personnes d’Afghanistan. Même à un rythme modéré de huit sorties de C-17 par jour, environ deux semaines suffiraient à faire partir tout ce monde. L’armée américaine dispose, au total, de 223 C-17. Mais bien sûr, cette capacité brute ne se traduit pas directement par le retrait « dans l’ordre et la sûreté » que Biden a promis s’il décide de partir. Un tel objectif de réduction sûre et méthodique de la présence des États-Unis et de l’OTAN nécessite une planification sophistiquée à haut niveau et un séquençage des opérations logistiques, et tout cela prend du temps.

Dans son excellent livre sur l’expérience américaine dans la vallée de Pech en Afghanistan, The Hardest Place, paru récemment, l’auteur Wesley Morgan décrit de la sorte le retrait tactique de quelques compagnies de l’armée américaine (plusieurs centaines de soldats) d’une demi-douzaine d’avant-postes de combat dans la tristement célèbre vallée de Korengal en Afghanistan :

« Évacuer tout le monde et tout le matériel (notamment un quart de tonne d’équipements) des avant-postes devait nécessiter quatre jours, à raison de vingt vols d’hélicoptère par jour. Des rangers américains et une compagnie de commandos afghans étaient également censés veiller, en vol, à l’évacuation, pour plus de sécurité. »

Quoique court et seulement tactique, cet exemple illustre plusieurs des défis physiques à relever en vue du retrait des forces d’Afghanistan. Il montre, entre autres, l’ampleur requise des efforts de retrait (et de la planification pré-mission associée) par rapport au nombre de troupes de combat impliquées. Il illustre également les coûts supplémentaires imposés par l’exigence de sécurité permanente des troupes et des équipements sur le terrain. Il s’agit notamment des coûts réels et des coûts d’opportunité des moyens militaires (y compris le déploiement de troupes supplémentaires) utilisés pour couvrir le retrait plutôt qu’à des opérations offensives. Et cela suppose des positions sûres vers lesquelles déplacer les personnes et les équipements ainsi retirés.

La logistique d’un retrait complet

Bien entendu, les États-Unis ont déjà retiré des forces et des équipements d’Afghanistan, notamment pendant l’année 2014. Si les États-Unis ont sans doute tiré de cette expérience des leçons qui les aideront pour un retrait définitif, il y a toutefois d’importantes différences entre le retrait de certaines troupes et de certains équipements d’un théâtre de conflit et le retrait de toutes les troupes et de tous les équipements. Comme suggéré plus haut, si les analystes prennent souvent les niveaux de troupes comme référentiel, leur retrait est généralement beaucoup plus simple et rapide que celui de leur équipement. Celui-ci, et en particulier les véhicules, est lourd et encombrant, et il faut bien plus de temps pour le nettoyer et le préparer au transport inter-théâtre qu’il n’en faut pour le personnel. En outre, des contraintes juridiques empêchent les forces américaines de se débarrasser simplement des équipements et des installations qu’elles préféreraient ne pas rétrocéder. Seules certaines catégories d’équipements peuvent être transférées au gouvernement afghan, par exemple. Et pour détruire une pièce d’équipement encore en bon état de fonctionnement, l’armée américaine doit certifier qu’il n’y a aucun moyen de la réutiliser ou de la transférer ou que la destruction est l’option la plus rentable, comparaison des coûts à l’appui. Le respect de telles exigences suppose de très grands efforts et une importante coordination entre les multiples couches de la bureaucratie militaire.

Dans le cadre d’un retrait partiel, il est fréquent que l’armée retire rapidement un ensemble de troupes pour atteindre le niveau de troupes souhaité, tout en laissant une part disproportionnée de l’équipement derrière elle, que la force résiduelle peut soit démilitariser soit rétrograder. La technique de retrait privilégiée, celle du retrait « en étoile », qui fut utilisée avec succès par les forces américaines lors du retrait de 2014 où les États-Unis ont déplacé les personnes et les équipements des petites bases désormais fermées vers les grandes bases qui restaient en place (à l’instar des aérodromes de Bagram et de Kandahar), se prête naturellement à cette approche. Mais lorsqu’il s’agit de ne plus avoir de troupes (et de contractors) avant une certaine date limite, les militaires perdent la flexibilité que procure une force résiduelle, ce qui altère forcément la façon dont ils planifient et exécutent le retrait, et rend la phase finale presque systématiquement « difficile ».

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Pour quitter le théâtre d’ici au 1er mai, les États-Unis devront retirer rapidement leurs troupes et une grande partie de leur équipement. S’ils ont récemment fait l’expérience d’un retrait rapide, le retrait d’Irak en 2011, ils avaient alors la capacité de conduire et de transporter les derniers hommes et leur matériel par voie terrestre jusqu’à des bases au Koweït, où ils ont eu le luxe de disposer d’installations sécurisées pour traiter les derniers équipements retirés. Dans le cas de l’Afghanistan, les États-Unis ne seront pas en mesure de conduire le reste de leur personnel et de leur matériel dans un pays voisin. Par conséquent, le redéploiement à partir de l’Afghanistan impliquera que les troupes et le matériel se déplacent sur différentes lignes d’approvisionnement avec différents modes de transport, à des rythmes différents et avec des exigences différentes en termes de transit. Lorsque les États-Unis ont retiré leurs forces d’appoint d’Afghanistan en 2014, la plupart des troupes ont été transportées par avion directement hors du pays vers des escales régionales et vers leur station d’origine peu après. Leur équipement, en revanche, a été retiré en combinant le transport aérien au-dessus du Pakistan vers des bases américaines dans les pays du Golfe, le transport par camion à travers le Pakistan vers divers ports de ce pays, et des combinaisons d’expéditions par train et par camion à travers les États d’Asie centrale vers divers ports sur les mers Caspienne, Noire et Baltique. Ce processus, naturellement, était beaucoup plus lent et devait être soigneusement chorégraphié pour éviter de laisser des personnes ou des équipements exposés à des forces hostiles sur le terrain.

En raison de l’insécurité de l’environnement afghan, l’armée américaine ne peut pas se permettre de laisser des troupes sur le terrain sans équipement, ni de l’équipement sans troupes. Par conséquent, pour être vraiment sûr et ordonné, le retrait pourrait même nécessiter une augmentation temporaire de troupes et d’équipements supplémentaires, ralentissant encore le retrait. Lors du retrait d’Afghanistan en 2014…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

The Hardest Place: The American Military Adrift in Afghanistan's Pech Valley

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«La France a répandu l’analphabétisme en Algérie»!

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Le chargé des questions mémorielles du président algérien a affirmé qu’en 1830, « tout le monde savait lire et écrire en Algérie ». Selon lui, la France est responsable de l’analphabétisation de l’Algérie. Ben voyons…


Abdelmadjid Chikhi est conseiller auprès de la présidence algérienne. Il est chargé des archives et de la mémoire. À ce titre, il est l’alter ego de Benjamin Stora à qui Macron a confié la rédaction d’un mémoire sur l’histoire commune franco-algérienne.

A lire aussi, Alain Bentolila: Algérie/écoles: le choix tragique de l’arabe classique après le français

Les deux hommes sont donc appelés à se voir et à travailler ensemble. Si l’on en juge d’après les déclarations d’Abdelmadjid Chikhi, ils auront beaucoup de choses à se dire. Car aux innombrables crimes que nous avons commis en Algérie vient de s’ajouter un autre. Et un des pires: un crime contre l’esprit !

En effet, d’après M. Chikhi, la France coloniale « a répandu l’analphabétisme en Algérie ». En 1830, au moment de la conquête française « plus de 80% des Algériens savaient lire et écrire » a-t-il précisé. Pour conforter ses dires, il a déclaré s’appuyer sur des travaux d’« historiens » dont il n’a pas donné les noms.

À lire aussi : Faut-il en finir avec le Rapport Stora ? 

M. Chikhi n’a pas été avare de détails. Même si en faisant preuve de mauvais esprit, on peut les trouver passablement contradictoires. Continuons quand même à l’écouter, car toutes les occasions de s’instruire sont bonnes à prendre. Il a affirmé qu’en 1830, « tout le monde savait lire et écrire en Algérie ». Tout le monde, donc pas seulement 80% de la population ?

Et comment avons-nous fait pour propager l’analphabétisme en Algérie ? Simplement, toujours d’après Abdelmadjid Chikhi, « nous avons éliminé tous ceux qui savaient lire et écrire ». Un doute subsiste néanmoins quant au nombre de ceux que nous avons massacrés: 80% ou 100% de la population algérienne ?

À lire aussi : Rapport Stora : la repentance à sens unique ? 

Pour aller plus loin, nous aussi, nous avons consulté des historiens. Voici les résultats de leurs travaux. Le Dey d’Alger disposait d’un office de statistiques extrêmement performant. Ce qui lui permettait de mesurer avec exactitude le taux d’alphabétisation de ses sujets. Dans son harem, il y avait une bibliothèque avec des milliers d’ouvrages. Et les pirates barbaresques chargeaient leurs felouques avec des centaines de livres. Il nous faut maintenant souhaiter beaucoup de courage à Benjamin Stora.