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Mathieu Bock-Côté: l’invitation au combat anti-woke

Mathieu Bock-Côté est un samouraï, un boxeur et un fin décrypteur de notre époque. Véritable manuel de guérilla à l’usage des universalistes, son dernier livre (La révolution racialiste, Les Presses de la Cité, 2021) recèle de précieuses munitions pour combattre la révolution racialiste. Le temps presse, car en attendant qu’elle dévore ses enfants, elle fait tomber de nombreuses têtes.


Mathieu Bock-Côté n’est pas seulement un penseur, c’est un guerrier. Et ça tombe bien, dans la guerre des idées qui fait rage, nous avons furieusement besoin des deux. Pour combattre, il faut comprendre. Bock-Côté ne se contente pas d’élaborer des concepts avec précision et clarté. Il va au contact de ses adversaires, pratique l’agit-prop comme on boxe sur tous les rings où se fabrique l’opinion. Il est particulièrement réjouissant sur les plateaux de télé, où on envie son éloquence, servie par un débit en rafales – lorsqu’il est emporté dans une démonstration, on dirait qu’il n’a plus besoin de respirer.

Le wokisme, exacerbation des revendications des minorités

Confiné à Montréal, au printemps dernier, lorsque les protestations après la mort de George Floyd ont viré au procès planétaire de l’Occident raciste et que le comité Traoré défiait l’État à Paris, le samouraï québécois (ne le traitez jamais de Canadien) fulminait quotidiennement à la lecture d’une presse adhérant avec ostentation à la nouvelle foi. Sa compagne, lassée par ses récriminations, lui a dit : « Arrête de râler et écris un livre ! » Et cela a donné ce manuel de guérilla à l’usage des universalistes, deux cents pages nerveuses, mêlant anecdotes et pistes théoriques pour baliser et décrypter un phénomène à la fois omniprésent et insaisissable. Le tour de force de Bock-Côté, c’est de rendre intelligible l’inexplicable : comment des nations qui se sont promis d’en finir avec le racisme peuvent-elles, non seulement adhérer à une conception raciale de l’humanité et des rapports sociaux, mais encore l’appeler « Progrès » ? De même que le dépérissement de l’État exigeait d’abord sa toute-puissance, l’avènement d’une société post-raciale passe par l’exacerbation fanatique des identités raciales.

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En quelques années, les dingueries hilarantes des livres de Muray sont devenues des sujets de thèses. Et dans la vraie vie, c’est nettement moins drôle, surtout pour les nombreuses victimes de la fièvre épuratrice. Même quand on y échappe, on a le sentiment glaçant de vivre dans le monde d’Orwell où « le mensonge, c’est la Vérité », tandis que le débat public ressemble à une interminable Minute de la Haine.

Le wokisme, fléau américain

Au fil des pages, on découvre les dernières nouvelles du woke, toutes plus effarantes les unes que les autres. Quelques échantillons : la Petite Sirène du port de Copenhague a été affublée de l’inscription « poisson raciste »; le Parlement écossais a discuté (sans le voter) un projet de loi proposant que les propos haineux (racistes et phobes en tout genre), interdits dans l’espace public, le soient aussi en privé, permettant par exemple aux enfants de dénoncer leurs parents; aux États-Unis, des cadres et des étudiants doivent subir un test de dépistage de leurs pensées coupables et, le cas échéant, « des formations pour déconstruire leurs préjugés » – et cela arrive en France, comme à Radio France, où les salariés peuvent suivre des stages pour se délivrer de ce qu’on n’appelle pas encore leur « sexisme systémique », mais cela ne saurait tarder; le Parlement européen a voté une résolution interdisant tout propos qui pourrait « saper ou affaiblir le mouvement Black Lives Matter et en diluer la portée » – propos assimilés à du suprémacisme blanc; une pétition demande le renvoi d’une professeur de New York, parce qu’elle s’était endormie pendant une réunion zoom sur l’antiracisme, « le somnoleur est un dissident qui s’ignore, un traître ronfleur à punir ». Dans un autre registre car « l’absolutisme de la subjectivité » concerne toutes les caractéristiques humaines, l’actrice Anne Hathaway a été attaquée pour avoir joué une « méchante sorcière à trois doigts, représentation vexante pour les personnes victimes d’ectrodactylie dans la vie réelle » (que l’ami Mathieu soit remercié pour nous apprendre un nouveau mot).

Le wokisme contre le mal blanc

Si MBC ne cherche pas à forger un qualificatif français pour désigner le progressisme woke (mot qui signifie « éveillé »), ce n’est pas par paresse sémantique mais, précise-t-il, pour que le langage conserve la trace de l’origine américaine de ce fléau. Il en retrace à grands traits la généalogie, pour en dévoiler la cohérence. Nous assistons bien à une révolution qui, ajoute-t-il, « bascule maintenant dans la terreur » : « Après 1793 en France, 1917 en Russie et 1966 en Chine, la tentation totalitaire […] resurgit dans l’histoire à l’aube des années 2020. Nous ne sommes pas seulement devant des militants radicaux ivres de vertu […], mais face à une idéologie toxique et déjà dominante dans bien des domaines. »

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Derrière ses manifestations variées quoique répétitives, le woke est un bloc. Il part du principe que l’oppression, le racisme, la discrimination, l’exploitation des dominés-racisés-colonisés-esclavisés (vocable nouvellement arrivé dans le paysage) ne sont pas des accidents de l’histoire occidentale, mais sa logique interne, son principe vital. Pour créer un homme nouveau, doté d’un nouvel imaginaire et d’un langage purifié, il faut réécrire tout le passé, en faire apparaître le caractère intégralement criminel. La révolution woke vise donc à « extraire les sociétés occidentales de leur histoire pour les délivrer du mal blanc ». Dans le rôle de Goldstein, de l’ennemi du peuple, du koulak, on trouve toujours la même figure honnie du Blanc, raciste et privilégié par nature, tandis que, face à lui, il y a une cohorte de victimes à qui tout est permis : « Tout comme le racisé ne saurait être raciste, le minoritaire ne saurait être haineux. » Et c’est ainsi que « la haine du réactionnaire passe pour la forme achevée de l’amour de l’humanité. »

Le wokisme, ennemi à combattre

Si la branche antifa, « version milicienne de l’idéologie diversitaire » recourt volontiers à la force et à l’émeute pour intimider les récalcitrants, la nouvelle terreur préfère la pression sociale à la violence physique – pourquoi se salir les mains et payer des prisons. Pour le reste, elle utilise les bonnes vieilles méthodes. La délation devient « l’expression militante d’une nouvelle morale publique » et tous les citoyens sont appelés à exprimer bruyamment leur adhésion: « l’organisation de l’enthousiasme » est, selon le mot de Élie Halévy cité par Bock-Côté, une « marque distinctive du totalitarisme ». Le silence est une faute, comme l’ont compris les multinationales américaines. Quant à l’autocritique, elle s’agrémente fréquemment d‘un suicide symbolique, le repenti appelant à sa destitution et à son remplacement par une personnalité « racisée ».

En attendant que cette révolution dévore ses enfants, elle fait tomber des têtes à tour de bras. Que ce soit pour la survie de la civilisation occidentale ou pour défendre sa propre liberté, il est urgent de contre-attaquer. Avec Mathieu Bock-Côté et les munitions intellectuelles qu’il fourbit passionnément, on partira à la guerre idéologique les yeux fermés. On se surprend même à penser qu’on pourrait la gagner.

Mathieu Bock-Côté, La Révolution racialiste et autres virus idéologiques, Les Presses de la Cité, 2021.

Pour Mélenchon, c’est un signe d’intégration: «Les Français sont les plus gros mangeurs de couscous»

Dimanche 16 mai, le président de La France insoumise était à Aubin. Pour son premier meeting de campagne présidentielle, Mélenchon a fait fort…


Au restaurant « Chez Jean-Luc », la carte est d’une belle simplicité : couscous royal, couscous méchoui, couscous boulettes, couscous poulet… Pour la forme et pour balayer l’accusation comme quoi il serait islamo-gauchiste, le numéro un de la France insoumise a ajouté un petit morceau de pizza sur son menu.

« Chez Jean-Luc » est un affreux bouiboui. Sa bouffe est notoirement avariée. Mais elle a échappé à toutes les inspections sanitaires. Car si on veut le contrôler, Jean-Luc Mélenchon se met en colère. Et ses colères sont terribles.

Il était en meeting à Aubin, et c’est là qu’il a proclamé la royauté du couscous. Il y a vu un signe évident annonçant que la France était « un pays multiculturel ». La culture, comme chacun sait, est soluble dans le couscous.

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Mélenchon a également invoqué, et c’était pour la frime, la pizza. Aux mangeurs de pizza, nous devons Cicéron, Dante, Michel-Ange, Raphaël, Verdi et Puccini. Aux mangeurs de couscous, nous sommes redevables de quoi ? Certes, il y a bien eu, de l’autre côté de la Méditerranée, Saint Augustin. Mais c’était un Berbère chrétien.

Ayant consulté de savants logiciels, Mélenchon a annoncé – pour s’en réjouir – qu’ « en 2050, 50% de la population française sera métissée ». Un mélange amoureux entre le couscous et la pizza ? De cette union naîtront sans doute plein de petits couspizzas. On remarquera que « Chez Jean-Luc », on ne trouve pas de charcuteries d’Auvergne, de rôtis de porc-purée, de jambons de Bayonne et de saucissons à l’ail. Le couscous qu’il affectionne doit suffire.

En mangeant du couscous, nous nous intégrons donc aux nouveaux arrivants. Certains pensent, au contraire, que c’est à eux de s’intégrer à nous en se bourrant de rillettes. Mais ils ne sont pas recommandables. Pour mettre tout le monde d’accord, nous suggérons un couscous-rillettes.

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Mélenchon a quitté un instant son menu à plat fixe pour se lancer dans une belle envolée. Il a annoncé : « l’islamo-gauchisme n’existe pas plus que les zombies ou le monstre du Loch Ness ». L’islamo-gauchisme est, selon nous, incarné dans sa version la plus achevée par le patron de La France insoumise. Devons-nous déduire de ses propos que Mélenchon n’existe pas, pas plus que le monstre du Loch Ness ?…

Les manifestations pro-palestiniennes ne feraient-elles plus recette?

La France a-t-elle ouvert les yeux?


Les manifestations pro-palestiniennes ont en tout cas été très peu suivies samedi. Est-ce à dire que la situation des Palestiniens indiffère l’opinion ? Ou cela nous parle-t-il de la prise de conscience que le sort de la Palestine n’intéresse pas plus les pays arabes que les gauchistes ? Les Français auraient-ils fini par comprendre que la Palestine mobilise ses défenseurs, moins parce que la cause serait juste que parce qu’elle permet de propager en toute bonne conscience un antisémitisme décomplexé qui fait aujourd’hui des ravages en France ? À moins que ce soit le souvenir des manifestations de 2014 qui ait laissé des traces dans l’inconscient collectif :  une foule haineuse et violente s’était déversée sur Paris et Sarcelles en hurlant « Mort aux Juifs », une partie de la ville de Sarcelles avait été ravagée, des mots d’ordre appelant à la destruction des magasins « juifs » avaient été lancés et on a craint des lynchages de Français de confession juive. Depuis on a ouvert les yeux sur un antisémitisme arabo-musulman qui fait des ravages en France au point que, sur certains territoires, nombres d’enfants juifs ne peuvent plus être accueillis dans l’école de la république. On a rebaptisé Alya interne, les mouvements de population juive, chassée des villes où les islamistes sont dominants parmi la population musulmane et les statistiques ont montré que les actes antireligieux ciblaient surtout la population juive (celle-ci représente moins de 1% de la population et 40 à 50% des agressions constatées).

La décision d’interdire la manifestation parisienne comprise par les Français

Du coup, voir déferler dans les rues de Paris, des associations, aux liens troubles avec les activistes islamistes dont le seul but est d’importer un conflit étranger pour attiser et justifier un antisémitisme réel en France, pouvait difficilement susciter un mouvement de sympathie. La décision d’interdire la manifestation à Paris a donc été soutenue et seuls les islamo-gauchistes ont protesté, Mélenchon en tête. La sympathie pour la cause palestinienne a été atteinte par son instrumentalisation et par une propagande qui se soucie peu de réalités. Cela peut marcher auprès de populations peu éduquées, mais en France la parole et l’information sont libres et certains mensonges finissent par se voir.

La majeure partie de la Palestine historique est par exemple sous domination jordanienne. On eut pu penser que la question de l’occupation de la Palestine par la Jordanie serait aussi un chiffon rouge, puisqu’il parait que les pro-palestiniens ont à cœur l’autonomie du peuple palestinien. Mais non, dans ce cas, c’est parfaitement accepté. Comme fut parfaitement accepté le massacre des Palestiniens lors du fameux septembre noir et l’expulsion des combattants palestiniens par le roi Hussein. On estime entre 3 500 (selon les Jordaniens qui ont intérêt à minorer le chiffre) et 10 000, le nombre de morts palestiniens lors de cet épisode. Pour information, on estime que depuis les années 2 000, donc sur une durée de 21 ans, le conflit israëlo-palestinien a fait environ 10 000 morts. En 10 ans, la guerre en Syrie a fait, elle, 600 000 morts. On est bien loin de l’accusation de « génocide » colportée à la fois par les gauchistes, les islamistes et intégrée par toute une partie du monde musulman. Là aussi l’exagération n’a qu’un seul but : dépouiller les Juifs de la protection que leur confère le statut de victimes de la Shoah pour les transformer en bourreaux aux relents nazifiants. La démarche est immonde, elle sera pourtant longtemps soutenue par la gauche, au mépris même des faits et de l’histoire.

La haine d’Israël est un ciment politique pour les islamistes

En fait, si la Palestine va prendre un rôle central dans l’imaginaire arabo-musulman, c’est parce que la haine d’Israël et des Juifs est un ciment politique pour des militants islamistes qui veulent également dépasser les nationalismes arabes pour installer leur domination totalitaire. La violence du réveil de cet antisémitisme arabo-musulman parle aussi de la réalité et de l’approfondissement de l’influence des thèses islamistes en France et notamment de l’influence des Frères musulmans. Ceux-ci, selon l’enquête de Michaël Prazan, ont fait de la Palestine un Waqf, autrement dit un bien sacré de l’islam. « Céder une partie de la Palestine reviendrait à céder sur la religion (…) il s’agit d’une décision politique qui nourrit plusieurs objectifs dont rendre notamment impossible aux yeux de tous les musulmans, la présence d’un état juif sur la terre de Palestine, autrement dit fondre la totalité de l’Oumma dans un creuset anti-israëlien et propalestinien. » [1] On comprend pourquoi Israël n’a pas d’autre choix que de se battre. Ses voisins ne cherchent pas un compromis viable mais son éradication. C’est le but même pas dissimulé du Hamas et seuls ses relais à la LFI feignent de ne pas le savoir.

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De la même manière, il est compliqué de traiter de colonisateur un peuple juif qui dès qu’il gratte la terre où il vit, tombe sur des traces de ses origines. Si un peuple a des droits sur une terre ancestrale, c’est bien lui. Un minimum de culture historique montre en effet que la Palestine n’a jamais été dans l’histoire récente un état constitué, pas même un pays, juste l’assemblage de différentes régions administratives ottomanes. Elle est passée de la domination ottomane au protectorat anglais et n’existait pas en tant que telle. 

Les dirigeants du Hamas se moquent bien du peuple

La Palestine n’est utilisée par les pays arabes que comme arme de culpabilisation contre l’occident ou Israël, mais le sort du peuple intéresse si peu les pays arabes que lors des accords d’Abraham, traités de paix signés en 2020 entre Israël et les Émirats Arabes-Unis, il n’y a pas eu un mot sur la Palestine. C’était pourtant une occasion en or pour les pays arabes de soutenir leurs « frères ». 

Pays constitué, Israël a non seulement le droit de se défendre contre les attaques du Hamas, d’autant que cette secte islamiste n’est pas un cadeau pour sa population qu’elle traite comme de la chair à canon et dont elle ne protège guère les vies. La vie à Gaza est en enfer lorsque les Palestiniens de Cisjordanie, connaissent, eux un sort plus enviable. La responsabilité du Hamas vis-à-vis de sa population est terrible, il a une part énorme de responsabilité dans la souffrance des Gazaouis. Le Hamas se sert de sa population comme d’un bouclier, entreposant des armes ou lançant des roquettes à partir de bâtiments publics (écoles, hôpitaux, mosquées). Tous les mois, entre 30 et 50 millions de dollars sont censés arrivés à Gaza de la part des Émirats Arabes-Unis. Le peuple palestinien de Gaza est évalué à 2 millions d’individus. Or il ne parait pourtant pas profiter beaucoup de cette manne…. Pourtant, les besoins sont immenses pour cette population qui connait la misère et des difficultés de vie réelle. Hélas leurs dirigeants semblent s’en moquer tandis que leurs propres portefeuilles débordent. Les tirs de roquettes du Hamas ne ciblent pas des objectifs militaires et s’attaquent principalement aux civils, ce qui n’est pas étonnant, quand on utilise son propre peuple comme bouclier humain afin de pouvoir présenter un bilan lourd et faire ainsi pression sur l’opinion internationale.

Enfin pourquoi un Arabe peut se promener à Tel-Aviv alors que si un Juif s’égare dans certains territoires palestiniens, il se fera lyncher ? Pourquoi des Arabes peuvent vivre, étudier, enseigner, être citoyens en Israël alors qu’aucun Juif ne peut se rendre sans danger dans un État palestinien ? 

Indignation à géométrie variable

Si la disproportion de forces n’était pas en faveur d’Israël, croyez-vous seulement que l’état hébreu existerait encore ? Et lui qui pourrait balayer d’un revers de main le Hamas ne le fait pas, car il a plus de respect pour un peuple qui n’est pas le sien que ses propres dirigeants. Et on pourrait continuer à l’envi. À entendre les islamo-gauchistes français, il suffirait de supprimer Israël pour que la paix revienne dans le monde et que s’ouvre une ère de concorde et d’amour. Visiblement le fait que le Liban sombre à cause d’une classe dirigeante corrompue ne compte pas, que la guerre en Syrie continue n’a guère d’importance, que des marchés d’esclaves réouvrent en Libye est un point de détail, les conflits au Yémen ou en Irak ne concernent personne… Mais pour tomber sur le seul État de droit et la seule démocratie de cette partie du globe, là certains se bousculent. Or il y a plutôt de la mesure dans la riposte d’Israël. On se demanderait presqu’à la fin si cela n’alimente pas encore plus la rage et la haine des islamistes du Hamas. En écrivant cet article, je sais que tout cela est connu, renseigné et a été souvent dit, mais à gauche notamment tout cela est nié. 

Pourtant des dirigeants comme ceux du Hamas, qui envoient leur propre peuple à la mort pour utiliser celle-ci à des fins victimaires, devraient être vus pour ce qu’ils sont : des criminels indignes et dangereux. Quant à Israël, il a le droit de défendre sa souveraineté et ses frontières sans que cela ne suscite d’indignation. À quel autre État le refuserait-on ?

[1] Michaël Prazan, Frères musulmans, Grasset 2014, p 145.

Fenêtre sur rue

Adaptation d’un best seller de Daniel Mallory publié il y a deux ans, ce thriller plutôt réussi met aux prises une femme agoraphobe avec ses nouveaux voisins. Même si la finesse psychologique n’est pas toujours au rendez-vous, le film offre un bon spectacle. Critique.


Dans une vaste demeure de la 121e Rue de Manhattan réside une habitante curieuse. 

Anna Cox (Amy Adams) est agoraphobe. Gavée de médicaments, elle vit recluse dans l’obscurité. Seule avec son chat persan, elle passe son existence à noyer son chagrin dans le vin rouge en regardant de vieux films. On découvre rapidement qu’elle est psychologue, et qu’elle est séparée de sa fille qui s’en est allée avec son père. Son locataire passe lui descendre les poubelles. Pour une agoraphobe, Anna a tout de même quelques visites.

Elle parvient à ouvrir la porte au fils des voisins qui viennent d’emménager dans la maison d’en face. Le jeune Ethan est un ado gentil et tranquille, mais il semble un peu simplet et malheureux. 

Un cri de Julianne Moore dans la nuit

Halloween est une soirée plus difficile encore que les autres. Alors que les autres enfants du quartier s’en vont sonner aux portes pour réclamer des friandises, Anna préfère éteindre toutes les lumières chez elle, pour qu’on pense qu’il n’y a personne. Mais voilà que des petits voyous commencent à jeter des œufs sur la maison, ce qui terrifie Anna. Peut-être parce qu’elle a abusé encore davantage que d’ordinaire du mélange de vin rouge et de psychotropes, Anna pique une crise et perd connaissance sur le pas de sa porte.

C’est la nouvelle voisine, Jane (Julianne Moore), qui lui porte secours. Magnifique blonde, curieuse et un peu taquine, elle sympathise rapidement avec sa voisine bizarre. Devenues complices, les deux femmes s’échangent des confidences. Anna raconte sa maladie, tout en refusant d’en dévoiler les causes. Jane révèle que son mari, plus âgé, peut se montrer autoritaire. Comme elle habite dans la maison juste en face, et comme l’emploi de rideaux ne semble pas prévu par les nouveaux habitants, forcément, Anna observe.

Un soir, Anna entend un cri. Persuadée qu’il émane de la maison d’en face, son activité d’espionnage redouble. Le film offre dès lors d’incessants rebondissements. Anna possède un Nikon grand angle. À son grand désespoir, quand elle voit dans son objectif Jane se faire poignarder, son locataire et son téléphone sont introuvables. La police, finalement prévenue, arrive sur place. Coup de théâtre : c’est une autre blonde (Jennifer Jason Leigh) qui habite en réalité en face et qui se présente face à Anna. Elle se plaint aux flics du comportement de sa voisine, laquelle, en plus d’espionner la rue, importunerait son fils. Évidemment, personne n’a été poignardé chez elle. Anna serait-elle en réalité plus folle qu’on ne le pensait ?

N’est pas Hitchcock qui veut

Avec son suspense croissant – les multiples intrigues se complexifient et s’obscurcissent à mesure que l’état mental de l’héroïne se détériore – ce “whodunit” est un réjouissant spectacle, mais les scènes de violence en fin de film semblent superflues. 

Le film est surtout porté par des acteurs tous très bons. On regrette de ne pas voir plus longtemps Julianne Moore – raison pour laquelle on a lancé le film – étant donné qu’elle se fait trouer la peau dès le début, même si on préfère la voir en rousse qu’en blonde ! Selon qu’elle sourit ou non, le visage d’Amy Adams est lumineux ou lugubre. Son interprétation d’une psychotique toujours sur le fil du rasoir est particulièrement convaincante. Tout comme la périlleuse situation à laquelle elle se trouve confrontée, on sent qu’elle peut basculer dans la folie furieuse à tout instant. En revanche, même si c’est pour les besoins de l’intrigue, on n’échappe malheureusement pas à la tarte à la crème malvenue de la “mémoire traumatique” refoulée. Malgré quelques poncifs propres au genre (le robinet qui goutte, le grand escalier silencieux), le film parvient à nous offrir quelques bonnes trouvailles visuelles, mais ce n’est pas “Fenêtre sur cour” non plus. Il témoigne de la multiplication des nuisances offertes aux psychopathes par la technologie moderne mise à leur portée. En plus de son appareil photo, Anna fait des bêtises avec son portable, elle fait des recherches sur internet, elle utilise sa webcam etc… 

Cette “Femme à la fenêtre” n’a assurément pas le charme du classique de Hitchcock (1954), mais cela demeure un thriller réjouissant qui permet de passer une soirée agréable en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des bistros.

La Femme à la fenêtre

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Raphaël Sorin, l’inoubliable…

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L’éditeur, décédé à 78 ans, avait notamment publié Michel Houellebecq, Charles Bukowski, Laurent Obertone ou Jean-Louis Costes.


Ce dimanche 16 mai 2021, Raphaël Sorin est mort.

Ces quelques lignes devraient suffire. Elles réjouiront ceux qui ne supportaient pas qu’il fut devenu le directeur littéraire des éditions Ring, maudites par tous ceux qui ne veulent surtout pas que la littérature devienne un sport de combat. Elles attristeront momentanément ceux qui se souviennent qu’il fut l’éditeur de Bukowski et de Houellebecq. Et peut-être, rien n’est moins sûr, au cas où la littérature survivrait ailleurs que dans les catacombes, son nom sera-t-il encore un signe de ralliement pour les esprits libres.

Il avait mon âge et, à vingt déjà, un premier roman publié par les éditions du Seuil laissait entrevoir une brillante carrière, comme celle de son cousin Elias Canetti. Il préféra rester dans l’ombre, suivant en cela la maxime de Karl Kraus selon laquelle lorsqu’on déborde de talent, ce qui était son cas, il faut plus de caractère pour ne pas publier que pour s’étaler année après année dans les vitrines des librairies.

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Les plus belles années que j’ai passées au Monde, ce furent celles où, avec François Bott et Raphaël Sorin, toutes les formes de conformisme étaient bannies : seul le style importait. Ce qui nous amena d’ailleurs à collaborer avec Michel Polac, l’ami de toujours, qui avait plus de flair que Bernard Pivot et surtout une indépendance d’esprit dont on ne trouvera plus l’équivalent aujourd’hui sur les chaînes où règnent des pitres du genre Hanouna.

L’élégance, la subtilité, le sens de la nuance, ces mots qui ne veulent plus rien dire, Raphaël Sorin les incarnait. Il n’était pas carriériste pour un sou. Il suivait son bon plaisir. Il aurait pu compter parmi les plus grands, en tant que critique littéraire ou romancier. Il a choisi de n’écrire que pour ses amis. Je suis fier d’avoir compté parmi eux. Non, Raphaël je ne t’oublierai pas.

Taisez ce nom que je ne saurais entendre!

Dans la presse française, si vous vous rendez coupable d’un crime retentissant, votre nom apparaitra ou non dans les gros titres des journaux, selon qu’il sonne local ou exotique. Les dernières semaines en ont fait la démonstration systématiquement.


Ce week-end, en dehors des chiffres quotidiens du nombre de Français vaccinés contre le Covid et du maintien de la manifestation pro-palestinienne – passant outre l’interdit gouvernemental, lire notre analyse à 11 heures – deux nouvelles ont fait les gros titres : la reddition du tueur des Cévennes après quatre jours de traque intensive menée par le GIGN et l’interpellation du meurtrier présumé de la jeune fille de 17 ans tuée à coup de couteau à Ivry-Sur-Seine. 

Un “sentiment” d’insécurité très présent

Dans une France devenue un coupe gorge, n’en déplaise au Garde des Sceaux, les meurtres s’enchainent et ne se ressemblent pas. L’attaque terroriste commise dans le sas de sécurité à l’entrée du commissariat de Rambouillet, qui a couté la vie à la fonctionnaire de police Stéphanie Monfermé, n’a rien avoir avec le meurtre du policier Eric Masson, mort sous les balles tirées par un jeune dealer dans le centre d’Avignon, encore moins avec le “féminicide” de Mérignac survenu quelques jours après. Ces crimes ne sont pas à ranger dans la même catégorie, et on ne saurait confondre l’attentat terroriste d’un islamiste radicalisé avec les tirs d’un dealer armé ni avec ceux commis par un homme qui achève son ex-femme en l’immolant par le feu. 

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Pourtant,  tous ces meurtres ont un point commun. L’identité de leurs auteurs n’a été révélée au grand public dans la presse que tardivement après les faits. Et souvent de manière incomplète, les suspects étant désignés uniquement par leurs prénoms suivis de la première lettre de leurs patronymes. Jamel G, l’assassin terroriste de Stéphanie Monfermé, Mounir.B, le meurtrier de Chahinez Daoud et IIyes. A, le tueur présumé d’Eric Masson. 

L’exception des Cévennes

En revanche, Valentin Marcone, l’auteur présumé du double homicide dans les Cévennes n’a pas eu le même traitement de faveur. Son identité n’a pas été préservée, mais bien au contraire étalée dans la presse et sur toutes les ondes. 

Une petite recherche sur Google est riche d’enseignements. Il suffit de taper dans la barre de recherche la région Cévennes pour que le nom de Valentin Marcone s’affiche immédiatement alors que l’identité de ses victimes, son patron et un collègue, est dissimulée sous leur fonction sociale. A contrario, lorsqu’on tape le nom des villes où se sont déroulées les tueries que j’évoquais plus haut (Mérignac, Rambouillet, Avignon et enfin Ivry-Sur-Seine), ce sont le nom des victimes, les circonstances des meurtres et les détails des enquêtes en cours qui remontent dans les premiers résultats de recherche. Le profil des assassins présumés, lui, reste noyé dans les abimes du web. Mais peut-être que je ne sais pas chercher …

Je veux comprendre

Le prénom et le nom de Valentin Marcone ont été dévoilé le jour même de la tuerie, martelés jusqu’à plus soif sur les chaines info en continu, sans parler de son profil psychologique qui a été soigneusement étudié par les journalistes. Etait-ce pour rendre la chasse à l’homme plus efficace ? Mais alors, si c’était le cas, pourquoi ne pas avoir rendu également public immédiatement le prénom et le nom du tueur présumé d’Eric Masson, lui aussi en fuite et activement recherché le jour du meurtre ?  

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Pourquoi Valentin Marcone n’a pas eu aussi le droit à l’anonymat dont ont bénéficié Mounir.B, Llyes.A et Jamel.G  et leurs familles ? 

Comment expliquer cette différence de traitement, si ce n’est parce que Valentin Marcone est ce qu’on appelle un  « Français de souche », et que son profil n’engendre pas cette sorte d’auto-censure des médias mainstream devant la crainte d’être accusé d’islamophobie ?

Tribune des militaires: on s’attarde sur l’écume des choses!

On a beaucoup écrit sur les « tribunes des militaires ». Encore tout récemment est paru un article du Monde qui entend dénoncer « l’emballement » et démontrer qu’il s’agissait d’une « opération politico-médiatique ». Philippe Bilger réagit à ce traitement médiatique qui ne fait que s’attaquer à la forme, sans jamais considérer un seul instant la réalité du fond.


Je me serais volontiers arrêté à mon billet de blog du 12 mai : « Entre le pouvoir ou les militaires, où est le courage ? » si on ne s’obstinait pas à consacrer l’essentiel de l’information à la forme plus qu’au fond, aux modalités d’élaboration et de publication de la dernière lettre ouverte des militaires d’active plus qu’à sa substance sur l’état de la France. À la paille plus qu’à la poutre. Pourtant j’avais l’impression d’avoir trouvé un bon sujet qui m’aurait conduit à m’interroger sur l’étrange propension de certaines de nos personnalités emblématiques, BHL ou J.M.G. Le Clézio par exemple, à fuir les difficultés et les drames français, l’un pour les conflits internationaux, l’autre pour le sort des Indiens Kunas par exemple. Je comprends bien que la motivation principale est d’échapper au jugement de ses concitoyens…

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Mais j’ai dû abandonner ce thème parce que Le Monde en particulier s’est livré sur une double page à une analyse très critique des « Tribunes des militaires : récit d’une opération très spéciale » et que les remettant dans l’actualité il contraignait à y revenir. L’une des faiblesses de notre conception de la liberté d’expression a été projetée en pleine lumière. Combien de fois, face à des écrits contestés ou à des paroles provocatrices, s’engouffre-t-on immédiatement dans la dénonciation plutôt que d’appréhender leur nature exacte ! On ne se demande pas s’ils sont vrais ou non, ce qui devrait être le seul critère valable, mais s’ils sont décents, acceptables ou non par rapport à une règle commune de bienséance fixée par des vigiles autoproclamés. Pour les tribunes des militaires, surtout la seconde, l’indifférence est la même. On néglige ce qui, dans le fond, suscite l’angoisse démocratique, l’adhésion citoyenne au tableau plus que préoccupant dressé de notre pays, la certitude que ce pessimisme global est justifié, que des parts de notre France sont hors de contrôle et que les forces de l’ordre sont dépassées, pour ne pas dire abandonnées. Et que la Justice n’est pas à la hauteur du défi lancé à notre société.

Selon « Le Monde », une « prétendue » menace islamiste

Je sais bien que Le Monde, évoquant LR, fait allusion à son combat contre le « prétendu » laxisme du président. Pourquoi prétendu ? Sur le même registre, pour contredire la « lâcheté » reprochée par les militaires, il souligne « la prétendue menace islamiste ». Pourquoi prétendue ? Alors que, sans se plonger dans des comptes d’apothicaire, la résonance de cette lettre si vilipendée par le pouvoir vient précisément de sa concordance avec le sentiment populaire dominant, qu’il s’agisse de l’intuition constamment vérifiée d’une France en déclin, en péril imminent, ou d’une réalité qui au quotidien inscrit ses malfaisances, ses délits, ses crimes, ses attaques à l’encontre des protecteurs naturels de la République et agressés à cause de cela.

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Prétendu, prétendue, alors, vraiment ? Pourquoi la plupart des médias font-ils la fine bouche, une mine presque dégoûtée face à la poutre accablante gangrenant et offensant, partout, notre France, en se régalant absurdement de la paille sans intérêt de la périphérie de la lettre ouverte ? Pourquoi refuse-t-on de regarder le réel en face ? Parce qu’il a été révélé par des militaires sortis de leur réserve ? Parce que, pour le pouvoir, se confronter à lui reviendrait à s’autoflageller ? Peut-être parce qu’il faut, tout simplement, trop de courage pour s’occuper de la poutre en négligeant la paille ? De l’état de la France plus que de l’écume.

Suez/Véolia, une affaire française

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L’eau est un bien commun mais elle n’est pas gratuite. Et elle pourrait même coûter de plus en plus cher en France.


La place de Paris a connu ces derniers mois un psychodrame dont elle a le secret : l’affrontement des titans de l’eau, des déchets et de l’énergie, Véolia et Suez, lointains héritiers des mythiques  Générale des Eaux et  Lyonnaise des Eaux. Stars des décennies 80/90, elles pouvaient  en ces temps révolus contribuer au train de vie de tout ce que la France connaissait comme entités partisanes, petite ou grande. Une forme de lubrifiant dans les rouages de notre démocratie.

Les temps ont changé. Greta Thurnberg a placé au rang d’une nouvelle religion planétaire les services à l’environnement. Véolia et Suez figurent chacun parmi les leaders mondiaux de l’eau et des déchets, dans un marché très peu concentré et en pleine expansion. Il était inéluctable que la course à la taille pousse au rapprochement de nos deux protagonistes :

Véolia : 27 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 179 000 salariés,

Suez : 18 milliards d‘euros de chiffre d’affaires, 89 000 salariés.

Une bataille homérique

Malheureusement pour Suez, son actionnaire de référence, Engie, a besoin de liquidités pour accélérer son développement. Il décide de céder sa participation fin 2020 à Véolia, au grand dam de l’Etat, pourtant principal actionnaire d’Engie. Cela ne se fait pas en France. Engie vend néanmoins sa participation, en fait discrètement soutenu par l’Elysée malgré la prudente réserve du ministre de l’économie.

OPA, pilule empoisonnée sous forme de fondation hollandaise, manœuvres multiples, batailles devant les prétoires : il ne fait pas de doute que des ouvrages bien informés sur l’opération vont fleurir dans les mois qui viennent pour retracer cette épopée.

A l’arrivée, Véolia gagne son pari en reprenant l’essentiel des activités internationales de Suez tandis que Suez sauve les apparences en conservant sa position oligopolistique en France avec quelques appendices internationaux. La victoire est claire : 37 milliards de chiffre d’affaires pour Véolia, 7 milliards pour Suez in fine.

A relire: Le projet de fusion Veolia / Suez entouré de larges zones d’ombre

Les Français sont-ils lésés dans cette opération? Pas forcément. La question de fond sera de constater si oui ou non, une concurrence de bon aloi subsistera dans les prestations de service à l’environnement, l’eau et les déchets, au niveau des collectivités locales françaises. Etant observé que celles-ci ont toujours la possibilité d’exercer leurs compétences institutionnelles en régie.

La question qui se pose est de savoir si l’émergence d’un seul leader français à l’international dans le secteur de l’environnement, Véolia en l’occurrence, créera une dynamique positive ou, au contraire, réduira la projection française globale. Sur un marché mondial de 1 400 milliards d’euros, Véolia représentera moins de 5 % du marché. Alors, comme l’annonce le plan stratégique de Véolia, les synergies « 2×2 = 4 » plutôt que « 1+1 = 2 »  vont-elles fonctionner? C’est en fait probablement et avant tout, une question d’exécution dont la réponse ne sera connue que dans quelques années.

10 millions d’euros pour six jours de travail

Au-delà de ces considérations industrielles et stratégiques, la petite histoire retiendra l’intervention  du président d’honneur à la fois du vendeur, Engie, et de la cible, Suez, Gérard Mestrallet, choisi comme médiateur dans une affaire qui était bloquée de toute part.

Le calumet de la paix s’est organisé autour d’une répartition des territoires : à Suez, la France; à Véolia, l’international. Les apparences sont sauves

Gérard Mestrallet, 72 ans aux prunes, a réglé l’affaire en six jours. Il devrait ainsi recevoir 10 millions d’euros de commission pour cette médiation au titre de la start up Equanim. Sauf si ces honoraires  sont réduits après coup, pour cause de bronca sur la place de Paris (Mestrallet est aussi président de Paris Europlace, représentant les milieux économico-financiers pour l’attractivité de la place).

Belle commission, surtout pour quelques jours de travail. Mais ne soyons pas bégueules : Gérard Mestrallet navigue dans les sphères de l’entre-soi français depuis quatre décennies avec quelques beaux succès et une belle durabilité. Estampillé X 68 et ENA 78, il sort au Trésor, le vrai lieu du pouvoir économique et financier au sein de l’Etat français. Quelques brillantes positions en cabinet ministériel, un pantouflage dans les fleurons du capitalisme français et belge, une bonne capacité à gérer le complexe et l’industriel comme tout bon ingénieur. La voie classique en quelque sorte pour les âmes bien nées.

L’entre-soi français dans sa forme la plus aboutie

Cette affaire souligne l’ensemble des problématiques qui font que l’élite française a globalement failli depuis quatre décennies, remarque qui n’a pas vocation à jeter l’opprobre sur ceux qui ont su résister aux sirènes de la renommée et de l’argent facile. Ils sont heureusement nombreux, restent exemplaires et appellent, mezzo voce, à un sursaut français.

En premier lieu, seule une toute petite communauté de dirigeants français présentent la surface personnelle ainsi qu’une profondeur de réseaux publics et privés pour imposer des solutions acceptables par tous dans les opérations sensibles à un niveau national et international. Gérard Mestrallet en fait partie. Et ce, indépendamment des voies usuelles de résolution des conflits pour le commun des mortels (tribunal de commerce, tribunal correctionnel, arbitrage international).

En second lieu, l’affaire Suez/Véolia réunit tous les ingrédients d’une tragédie économico-financière française avec des traits dignes d’une comédie boulevardière d’Octave Mirbeau. Deux leaders mondiaux français de taille comparable. Un ministre de l’économie et des finances, auréolé de sa bonne gestion de la pandémie et se voulant au-dessus de la mêlée dans la résolution des affaires. Il tente de faire que les protagonistes de l’affaire trouvent une sortie par le haut, via la médiation de son fidèle directeur général du Trésor, mais sans grand succès. L’Etat n’est plus ce qu’il était. Des collectivités locales, qui ont dealé soit avec Suez, soit avec Véolia, soit qui ont décidé de placer leurs gestions en régie pour éviter les potentielles prédations privées. Le ban et l’arrière-ban de tout ce qui compte à Paris de banques d’affaires, avocats, fonds d’investissement, français ou anglo-saxons, et  communicants, avec des perspectives d’honoraires proportionnels à la valeur des actifs convoités (autour de 10 milliards d’euros; à titre indicatif et pour être précis, 2 % de 10 milliards d’euros égalent 200 millions d’euros…). On dit que Jean-Marie Messier, autre X/ENA, lui ancien président de la Générale des Eaux, récupèrerait 22 millions d’euros pour ses bons et loyaux services mais pour neuf mois de travail : à l’heure travaillée, Jean-Marie Messier (de droite) est un gagne-petit par rapport à Gérard Mestrallet (de gauche) ! Cela ne nous rajeunit pas, ce bon vieux duel des années quatre-vingt-dix entre la Générale des Eaux (devenue Véolia) et la Lyonnaise des Eaux (devenue Suez).

En troisième lieu, Equanim, la start-up dédiée à la médiation, interpelle. Ses parrains sont prestigieux : Maurice Lévy, ancien président de Publicis, bon pied, bon œil; Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre de François Hollande; Enrico Letta, ancien président du conseil des ministres italien; Henri de Castries, ancien président d’AXA, pilier de la campagne présidentielle de François Fillon, accessoirement HEC et major de l’ENA, ancien inspecteur des finances (comme le président, mais en plus compétent sur le plan de l’économie), actuel président du Groupe Bildenberg (partie prenante de la Trilatérale dont le responsable pour l’Europe est le très respecté Jean-Claude Trichet, ancien directeur du Trésor français et second président de la Banque centrale européenne). Castries aurait été un excellent directeur du Trésor si la gauche n’avait pas été à la barre à l’époque de sa potentielle nomination. Les opérationnels d’Equanim sont prestigieux, et en particulier Mathias Feckl, franco-allemand, normalien et énarque, ancien ministre de l’Intérieur de François Hollande, sympathique garçon, socialiste non sectaire pour tous ceux qui l’ont croisé et enfin, chroniqueur au quotidien libéral L’Opinion. Il s’agit de promouvoir une entité privée en mesure de catalyser des accords entre entreprises, dans des délais courts et dans la plus totale confidentialité, une médiation non juridictionnelle, non publique, plus rapide et plus efficace. Compte tenu des procédures et des délais juridictionnels classiques, et la justice arbitrale n’y échappe pas, on peut comprendre l’intérêt du positionnement d’Equanim. C’est une forme de modernité.

A relire: Fusion Veolia-Suez: ne brisons pas la dynamique vertueuse de la concurrence

Ainsi, Gérard Mestrallet a en quelques jours permis de rapprocher les positions de deux clans irréconciliables, comme l’on dit des gauches et des droites, mais là, il s’agit du monde des affaires, c’est plus sérieux. Et c’est vrai. Le calumet de la paix s’est organisé autour d’une répartition des territoires : à Suez, la France; à Véolia, l’international. Les apparences sont sauves. Véolia paye 1,6 milliards d’euros de plus son acquisition, permettant à Engie d’empocher un complément de 600 millions d’euros. Cela reste consistant même si Suez est ramenée au territoire hexagonal avec quelques appendices internationaux. Le contrôle de Suez est organisé entre un fonds d’infrastructure (Meridian) proche du président, un fonds américain (GIP) et la très peu napoléonienne Caisse des dépôts (créée en 1816 sous la protection directe du Parlement, et non de l’exécutif, pour donner confiance aux Français dans la dette publique et son remboursement en bon ordre, après le gouffre des guerres impériales). Il serait intéressant de connaître pourquoi le fonds d’origine française, Ardian (plus de 80 milliards d’euros d’actifs sous gestion), a finalement quitté le consortium de reprise de Suez. Tout le monde se connaît : sa dirigeante est une ancienne d’AXA, une des premières femmes sorties de l’X, qui a pris son envol – et son indépendance fastueuse – sous les auspices de son président de l’époque, Henri de Castries.

Un enjeu de transformation pour la place de Paris

Conflits d’intérêt croisés, mobilisation de l’ensemble des réseaux de pouvoir français, trahisons multiples, psychodrames institutionnels, clivages et compromis droite/gauche, salariés spectateurs impuissants de leur destin : tout y est.

Ainsi va la France. Le bon peuple aimera en tout état de cause savoir où atterriront les 10 000 000 € de Gérard Mestrallet. Et si la place de Paris ne se ressaisit pas, les Gilets jaunes ont de beaux jours devant eux.

Obama rallume la lumière

Dans ses mémoires[1], l’ancien président nous décrit son cheminement intérieur et ses combats pendant ses huit années à la Maison-Blanche. S’il faut séduire pour convaincre, c’est gagné!


Dans sa playlist du moment on retrouve Beyoncé, Miles Davis et Jay-Z – Trump préférait I Wanna Be Rich de Cab Calloway… cherchez l’erreur ! Obamesque, c’est-à-dire : moderne, cool, avenant, connecté, responsable. Prophétique ? On l’a cru. Sexy ? Assez. Noir ? Ah oui, c’est vrai, on l’oublie, mais affranchi de naissance, sans que pèsent sur lui les atavismes de la mémoire et la malédiction originelle de l’esclavage. Sans complexes.

Obama, le président « fun »

Né à Hawaï, Obama, 59 ans, n’a rien d’une victime. Plus racé que racisé, il ne songe ni à s’excuser ni à se morfondre, il ne se vante pas d’être ce qu’il est. Un lion – modeste mais un lion –, qui a délégué à sa femme chérie le port de la crinière. Ni conformiste ni rebelle mais combatif, il semble relié au monde par une fraternité secrète avec la lumière[2]. Dans sa jeunesse, on l’appelait « Baby Face ». Aimer, être aimé, c’est une grâce qu’il a reçue au berceau. Il a de la chance, il est né un bon jour, il a le don d’embellir ce qu’il touche, comme si chaque obstacle sur sa route ne lui servait qu’à prouver son élégance et à tester son brio. En général, les présidents sont nuls en slam dunk dans la raquette, ils ne savent ni dribbler ni danser, ils se forcent à sourire. Lui, non, il se fend la poire avec un parfait naturel – il n’a pas appris à grimacer.

Si l’ancien président des États-Unis n’a pas conçu son livre tout seul – on le vérifie au nombre des collaborateurs qu’il remercie en fin d’ouvrage –, il n’en demeure pas moins qu’il aime écrire, décrire – se décrire. Ce ton intime, presque familier, qu’il adopte pour convaincre – et, c’est plus fort que lui, séduire – est bien le sien. Ses deux livres précédents, L’Audace d’espérer (2007) et Les Rêves de mon père (2008), le montraient déjà, Obama est un auteur. Et un prédicateur, plus proche de Mandela que de Reagan ou Nixon.

Il croit en la Destinée manifeste

On serait content d’être son ami. Dans ce livre, il emploie son talent à nous persuader qu’il serait honoré d’être le nôtre. Du grand art. À l’en croire, Obama a passé huit années de sa vie, de 2009 à 2017, « à écouter avec gravité des rapports de renseignement, à accueillir des chefs d’État, à amadouer des élus, à batailler avec des alliés ou des adversaires, à poser pour des photos avec des milliers de visiteurs ». C’est ça, le job. Mais ce qui par beau temps domine dans le Bureau ovale, note l’ancien président, c’est la clarté qui entre par les immenses baies orientées vers l’est et le sud, et qui auréole chaque objet d’une lueur dorée. En hiver, quand il pleut ou quand il neige, la pièce se pare d’une mystérieuse teinte bleue – la nuit, la lumière restant toujours allumée, elle « brille dans l’obscurité comme un phare ». Obama avoue avoir rigolé, enragé, prié « et plus d’une fois retenu ses larmes » dans ce bureau sans se priver de se rouler par terre avec une de ses filles ou de piquer un roupillon sur le canapé. Il a parfois rêvé de s’enfuir et de retrouver « sa vie d’avant », mais il ne s’est jamais départi de sa révérence envers le lieu avec le sentiment d’entrer dans « un sanctuaire de la démocratie ». Amen !

Si certains en doutent, Obama continue de croire à la vocation évangélique de l’Amérique. Même si, à son corps défendant – et malgré l’emphase de son titre : Une Terre promise – affleurent au fil des pages une ironie douce, une crainte de l’avenir et une pointe de scepticisme qui modèrent son ardeur. Tour à tour sentimental et matter-of-fact, Obama nous invite dans les coulisses du pouvoir à revivre ses combats de l’intérieur; il décrit le cheminement à la fois intellectuel et moral qui l’a conduit à prendre les décisions les plus graves, sur le fil du rasoir, tout en contemplant les tulipes dans le jardin ou les reflets d’un soleil couchant sur le Potomac. Après le succès du raid vengeur contre Ben Laden à Abbottabad, Michelle le félicite : « C’est formidable, chéri ! » Devant la Maison-Blanche, la foule scande : « USA ! USA ! USA ! » L’Amérique exulte. Il s’avoue « seulement soulagé ». Il déplore que ses concitoyens ne soient pas aussi unis concernant l’éducation, la politique de santé ou l’hébergement des sans-abri. Un ange passe avec le collant de Superman et la barbiche de l’abbé Pierre…

Obama, le président prolixe

On ne va pas mentir, c’est un pavé – 768 pages dans l’édition originale, 848 pages en traduction française[3] – et ce n’est que le premier tome ! Pourtant, le charme ne se rompt pas – la sensation d’un « bon bain chaud », écrit Kathleen Parker, subjuguée, dans le Washington Post. Ne vous attendez pas à ce qu’Obama profère des vérités propres à choquer le genre humain ou qu’il brandisse un pistolet contre ses adversaires. Qu’il considère Bush junior et Trump comme deux gros menteurs, ce n’est que suggéré. Plus qu’un bon président, Obama a acquis – surtout en France – l’image d’un bon garçon, il ne va pas déroger. On regrettera qu’il reste allusif sur les compromis et les bassesses inhérentes à l’emploi de « dirigeant du monde libre » !… Habile, il ne masque pas ses imperfections, il en rajoute même pour mieux taire parfois ses échecs, par exemple sur la Palestine et sur la Syrie – Bachar Al-Assad n’est cité qu’une fois !

Mais l’ancien rédacteur en chef de la prestigieuse Harvard Law Review, qui milita à ses débuts en faveur des plus démunis dans le South Side de Chicago, décortique si bien la complexité qu’on oublie presque de lui en faire grief. Le genre qu’il a choisi réclame de la sincérité, ce qui n’exclut ni la préméditation ni la retenue. Son livre lui ressemble, on peut l’aimer sans en être dupe. Obama est de ces gens qui savent se sauver de la malveillance par un sourire – infiniment plus meurtrier. Pour cet homme ni médiocre ni cynique, se souvenir devient au fil des pages un exercice spirituel et une expérience de pensée. L’imparfait, ce temps cruel, ne lui convient pas, il préfère de loin le passé simple ou le futur antérieur. Dans son livre, il ne dit du mal de personne… ah si, il égratigne un peu Nicolas Sarkozy qu’il juge excité et opportuniste. Il préfère Merkel.


[1]. Barack Obama, Une Terre promise, Fayard, 2020.

[2]. Le livre est dédié à sa femme Michelle, « my love and life’s partner », et à ses deux filles, Malia et Sasha, « dont la lumière radieuse rend le monde plus éblouissant ».

[3]. On reprochera seulement aux éditions Fayard d’avoir bêtement supprimé l’index en fin d’ouvrage, dans l’édition française.

Le dernier des mohicans

Christian Authier fait le bilan d’un demi-siècle passé dans les rédactions parisiennes


Hier encore, nous étions jeunes, la plume nerveuse mais ferme, le désir jamais éteint de noircir la page blanche. Chaque jour, nous attaquions un papier, une chronique, un reportage, une critique avec ce mélange d’excitation et d’appréhension qui me rappelle mon premier slow dans un appartement surchauffé d’une sous-préfecture endormie. Arriverions-nous encore à trouver les bons mots, à saisir l’air du temps et donner à nos lecteurs, nos seuls juges de paix, cet article bien balancé ? Cet équilibre précaire entre informer et divertir intelligemment, entre provoquer l’attention et façonner à l’ancienne ces milliers de signes, leur faire expulser un jus nouveau.  Nous avions choisi la presse écrite comme on s’engage dans la Légion étrangère ou dans les Compagnons du Devoir. D’autres plus ambitieux et moins portés sur les chimères ont préféré les bourses asiatiques et les assurances. Aujourd’hui, ils sont rentiers à cinquante ans et nous trimons sur nos claviers. Toujours en retard et déjà surnuméraires à vingt-ans, nous étions les héritiers d’une longue tradition avec l’envie folle de marquer notre territoire. Sans égo, l’écriture est un leurre.

Le rouleau compresseur du progressisme

C’est donc l’humeur taquine, la tête farcie de références, de Kessel à Haedens, de Bernard Frank à Patrick Besson, que nous nous étions engagés dans une profession aussi peu rémunératrice dont l’éclat commençait à s’écailler. Et puis, le journalisme a changé. Il a viré au grotesque, à la farce. Les rédactions sont devenues des ateliers de fact-checking, des start-ups vouées à la digitalisation, l’écrit une vieille pelisse usée, l’habit du monde d’avant à recycler d’urgence. Quand l’indifférence a remplacé l’aigreur, quand le grand professionnel a admis la fragilité de sa situation et qu’il s’en amuserait presque, à cet endroit précisément, au milieu d’une vie professionnelle, l’heure du bilan ou de la liquidation a sonné. Christian Authier se fait mandataire judiciaire d’une débâcle en marche dans son fascinant roman Demi-siècle qui paraît aux éditions Flammarion. Prix Roger Nimier 2006 et prix Renaudot de l’essai 2014, l’essayiste et romancier toulousain nous livre le portrait d’un homme qui voit son monde disparaître. Patrick, héros divorcé de 48 ans, est de ces personnages en voie de liquéfaction qui résiste, malgré tout, au rouleau compresseur du progressisme. Il encaisse les coups sans sombrer totalement dans les inepties de son époque.

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Signature reconnue dans un magazine à fort tirage, éphémère romancier qui s’est offert un succès d’estime quelques années auparavant, c’est-à-dire de bons papiers et quatre mille ventes maxi, pas assez donc pour donner sa démission à son patron ou une impulsion à son existence, Patrick aborde sa fin de carrière avec peu d’entrain. Il ne croit en rien. Il a trop assisté à la transformation de son métier. Sans la flambe romaine et les costards en lin blanc, il ressemble à Jep Gambardella dans « La Grande Bellezza ».

La mort du papier

Il fallait tout le talent d’Authier pour saisir ces sentiments mêlés, la frustration de l’honnête artisan devant une nouvelle génération qui ne connaît ni Jacques Perret, ni Bernard Chapuis et, malgré tout, la conscience de fournir toujours des papiers de qualité. Jamais notre profession, son lent délitement n’avaient été aussi bien croqués. L’installation terrifiante d’une société sentencieuse et procédurière qui s’offusque d’une bouteille de champagne sur le lieu de travail et qui annonce la mort du « papier ». Authier n’est dupe de rien, des malhonnêtetés intellectuelles et de la bêtise inhérente aux professions communicantes. Si son héros au romantisme fracassé a admis sa défaite idéologique, cela ne l’empêche pas de se réfugier dans les livres et les flacons délicats, les rognons et les Hussards,et de croire encore à l’amour, à une rencontre fortuite. « A son époque, on devenait journaliste grâce à sa bonne mine et en sachant écrire », fait-il dire à Patrick. Des modes absurdes ont depuis raboté nos derniers espaces d’humanité. A la faveur d’une fête d’anniversaire, Patrick va retrouver ses anciens amis, voir l’effet du temps sur sa génération dépassée. Ce beau roman d’Authier a le charme d’un paysage dévasté, quand tout semble compromis et puis, par miracle, la lande renaît sous les traits de Laurence : « Il aimait chez elle ses discours, ses démonstrations, son talent pour la dialectique, son maniement des paradoxes, son goût pour les mots, ses sentences, ses silences ». Au son de Ricchi e Poveri, dans le souvenir poignant de l’ami Bernard Maris, Christian Authier solde un demi-siècle avec la grâce des enfants tristes.

Demi-siècle de Christian Authier – Flammarion

Mathieu Bock-Côté: l’invitation au combat anti-woke

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Mathieu Bock-Côté © Damien Grenon / Photo12 via AFP

Mathieu Bock-Côté est un samouraï, un boxeur et un fin décrypteur de notre époque. Véritable manuel de guérilla à l’usage des universalistes, son dernier livre (La révolution racialiste, Les Presses de la Cité, 2021) recèle de précieuses munitions pour combattre la révolution racialiste. Le temps presse, car en attendant qu’elle dévore ses enfants, elle fait tomber de nombreuses têtes.


Mathieu Bock-Côté n’est pas seulement un penseur, c’est un guerrier. Et ça tombe bien, dans la guerre des idées qui fait rage, nous avons furieusement besoin des deux. Pour combattre, il faut comprendre. Bock-Côté ne se contente pas d’élaborer des concepts avec précision et clarté. Il va au contact de ses adversaires, pratique l’agit-prop comme on boxe sur tous les rings où se fabrique l’opinion. Il est particulièrement réjouissant sur les plateaux de télé, où on envie son éloquence, servie par un débit en rafales – lorsqu’il est emporté dans une démonstration, on dirait qu’il n’a plus besoin de respirer.

Le wokisme, exacerbation des revendications des minorités

Confiné à Montréal, au printemps dernier, lorsque les protestations après la mort de George Floyd ont viré au procès planétaire de l’Occident raciste et que le comité Traoré défiait l’État à Paris, le samouraï québécois (ne le traitez jamais de Canadien) fulminait quotidiennement à la lecture d’une presse adhérant avec ostentation à la nouvelle foi. Sa compagne, lassée par ses récriminations, lui a dit : « Arrête de râler et écris un livre ! » Et cela a donné ce manuel de guérilla à l’usage des universalistes, deux cents pages nerveuses, mêlant anecdotes et pistes théoriques pour baliser et décrypter un phénomène à la fois omniprésent et insaisissable. Le tour de force de Bock-Côté, c’est de rendre intelligible l’inexplicable : comment des nations qui se sont promis d’en finir avec le racisme peuvent-elles, non seulement adhérer à une conception raciale de l’humanité et des rapports sociaux, mais encore l’appeler « Progrès » ? De même que le dépérissement de l’État exigeait d’abord sa toute-puissance, l’avènement d’une société post-raciale passe par l’exacerbation fanatique des identités raciales.

A lire aussi, du même auteur: Tête de Pierre et tête d’Arabe

En quelques années, les dingueries hilarantes des livres de Muray sont devenues des sujets de thèses. Et dans la vraie vie, c’est nettement moins drôle, surtout pour les nombreuses victimes de la fièvre épuratrice. Même quand on y échappe, on a le sentiment glaçant de vivre dans le monde d’Orwell où « le mensonge, c’est la Vérité », tandis que le débat public ressemble à une interminable Minute de la Haine.

Le wokisme, fléau américain

Au fil des pages, on découvre les dernières nouvelles du woke, toutes plus effarantes les unes que les autres. Quelques échantillons : la Petite Sirène du port de Copenhague a été affublée de l’inscription « poisson raciste »; le Parlement écossais a discuté (sans le voter) un projet de loi proposant que les propos haineux (racistes et phobes en tout genre), interdits dans l’espace public, le soient aussi en privé, permettant par exemple aux enfants de dénoncer leurs parents; aux États-Unis, des cadres et des étudiants doivent subir un test de dépistage de leurs pensées coupables et, le cas échéant, « des formations pour déconstruire leurs préjugés » – et cela arrive en France, comme à Radio France, où les salariés peuvent suivre des stages pour se délivrer de ce qu’on n’appelle pas encore leur « sexisme systémique », mais cela ne saurait tarder; le Parlement européen a voté une résolution interdisant tout propos qui pourrait « saper ou affaiblir le mouvement Black Lives Matter et en diluer la portée » – propos assimilés à du suprémacisme blanc; une pétition demande le renvoi d’une professeur de New York, parce qu’elle s’était endormie pendant une réunion zoom sur l’antiracisme, « le somnoleur est un dissident qui s’ignore, un traître ronfleur à punir ». Dans un autre registre car « l’absolutisme de la subjectivité » concerne toutes les caractéristiques humaines, l’actrice Anne Hathaway a été attaquée pour avoir joué une « méchante sorcière à trois doigts, représentation vexante pour les personnes victimes d’ectrodactylie dans la vie réelle » (que l’ami Mathieu soit remercié pour nous apprendre un nouveau mot).

Le wokisme contre le mal blanc

Si MBC ne cherche pas à forger un qualificatif français pour désigner le progressisme woke (mot qui signifie « éveillé »), ce n’est pas par paresse sémantique mais, précise-t-il, pour que le langage conserve la trace de l’origine américaine de ce fléau. Il en retrace à grands traits la généalogie, pour en dévoiler la cohérence. Nous assistons bien à une révolution qui, ajoute-t-il, « bascule maintenant dans la terreur » : « Après 1793 en France, 1917 en Russie et 1966 en Chine, la tentation totalitaire […] resurgit dans l’histoire à l’aube des années 2020. Nous ne sommes pas seulement devant des militants radicaux ivres de vertu […], mais face à une idéologie toxique et déjà dominante dans bien des domaines. »

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Derrière ses manifestations variées quoique répétitives, le woke est un bloc. Il part du principe que l’oppression, le racisme, la discrimination, l’exploitation des dominés-racisés-colonisés-esclavisés (vocable nouvellement arrivé dans le paysage) ne sont pas des accidents de l’histoire occidentale, mais sa logique interne, son principe vital. Pour créer un homme nouveau, doté d’un nouvel imaginaire et d’un langage purifié, il faut réécrire tout le passé, en faire apparaître le caractère intégralement criminel. La révolution woke vise donc à « extraire les sociétés occidentales de leur histoire pour les délivrer du mal blanc ». Dans le rôle de Goldstein, de l’ennemi du peuple, du koulak, on trouve toujours la même figure honnie du Blanc, raciste et privilégié par nature, tandis que, face à lui, il y a une cohorte de victimes à qui tout est permis : « Tout comme le racisé ne saurait être raciste, le minoritaire ne saurait être haineux. » Et c’est ainsi que « la haine du réactionnaire passe pour la forme achevée de l’amour de l’humanité. »

Le wokisme, ennemi à combattre

Si la branche antifa, « version milicienne de l’idéologie diversitaire » recourt volontiers à la force et à l’émeute pour intimider les récalcitrants, la nouvelle terreur préfère la pression sociale à la violence physique – pourquoi se salir les mains et payer des prisons. Pour le reste, elle utilise les bonnes vieilles méthodes. La délation devient « l’expression militante d’une nouvelle morale publique » et tous les citoyens sont appelés à exprimer bruyamment leur adhésion: « l’organisation de l’enthousiasme » est, selon le mot de Élie Halévy cité par Bock-Côté, une « marque distinctive du totalitarisme ». Le silence est une faute, comme l’ont compris les multinationales américaines. Quant à l’autocritique, elle s’agrémente fréquemment d‘un suicide symbolique, le repenti appelant à sa destitution et à son remplacement par une personnalité « racisée ».

En attendant que cette révolution dévore ses enfants, elle fait tomber des têtes à tour de bras. Que ce soit pour la survie de la civilisation occidentale ou pour défendre sa propre liberté, il est urgent de contre-attaquer. Avec Mathieu Bock-Côté et les munitions intellectuelles qu’il fourbit passionnément, on partira à la guerre idéologique les yeux fermés. On se surprend même à penser qu’on pourrait la gagner.

Mathieu Bock-Côté, La Révolution racialiste et autres virus idéologiques, Les Presses de la Cité, 2021.

Pour Mélenchon, c’est un signe d’intégration: «Les Français sont les plus gros mangeurs de couscous»

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Le Président de La France Insoumise (LFI) et candidat à l'élection présidentielle de 2022 Jean-Luc Mélenchon lors de son premier meeting de campagne à Aubin, dans le sud de la France, le 16 mai 2021 © Alain ROBERT/SIPA/SIPA Numéro de reportage : 01019454_000003

Dimanche 16 mai, le président de La France insoumise était à Aubin. Pour son premier meeting de campagne présidentielle, Mélenchon a fait fort…


Au restaurant « Chez Jean-Luc », la carte est d’une belle simplicité : couscous royal, couscous méchoui, couscous boulettes, couscous poulet… Pour la forme et pour balayer l’accusation comme quoi il serait islamo-gauchiste, le numéro un de la France insoumise a ajouté un petit morceau de pizza sur son menu.

« Chez Jean-Luc » est un affreux bouiboui. Sa bouffe est notoirement avariée. Mais elle a échappé à toutes les inspections sanitaires. Car si on veut le contrôler, Jean-Luc Mélenchon se met en colère. Et ses colères sont terribles.

Il était en meeting à Aubin, et c’est là qu’il a proclamé la royauté du couscous. Il y a vu un signe évident annonçant que la France était « un pays multiculturel ». La culture, comme chacun sait, est soluble dans le couscous.

À lire aussi : Jean-Luc Mélenchon connaît l’avenir du monde…

Mélenchon a également invoqué, et c’était pour la frime, la pizza. Aux mangeurs de pizza, nous devons Cicéron, Dante, Michel-Ange, Raphaël, Verdi et Puccini. Aux mangeurs de couscous, nous sommes redevables de quoi ? Certes, il y a bien eu, de l’autre côté de la Méditerranée, Saint Augustin. Mais c’était un Berbère chrétien.

Ayant consulté de savants logiciels, Mélenchon a annoncé – pour s’en réjouir – qu’ « en 2050, 50% de la population française sera métissée ». Un mélange amoureux entre le couscous et la pizza ? De cette union naîtront sans doute plein de petits couspizzas. On remarquera que « Chez Jean-Luc », on ne trouve pas de charcuteries d’Auvergne, de rôtis de porc-purée, de jambons de Bayonne et de saucissons à l’ail. Le couscous qu’il affectionne doit suffire.

En mangeant du couscous, nous nous intégrons donc aux nouveaux arrivants. Certains pensent, au contraire, que c’est à eux de s’intégrer à nous en se bourrant de rillettes. Mais ils ne sont pas recommandables. Pour mettre tout le monde d’accord, nous suggérons un couscous-rillettes.

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Mélenchon a quitté un instant son menu à plat fixe pour se lancer dans une belle envolée. Il a annoncé : « l’islamo-gauchisme n’existe pas plus que les zombies ou le monstre du Loch Ness ». L’islamo-gauchisme est, selon nous, incarné dans sa version la plus achevée par le patron de La France insoumise. Devons-nous déduire de ses propos que Mélenchon n’existe pas, pas plus que le monstre du Loch Ness ?…

Les manifestations pro-palestiniennes ne feraient-elles plus recette?

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Malgré l'interdiction, des manifestants déploient un drapeau palestinien et se font menaçants sur le boulevard Barbès à Paris, le 15 mai 2021 © OMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 01019294_000016

La France a-t-elle ouvert les yeux?


Les manifestations pro-palestiniennes ont en tout cas été très peu suivies samedi. Est-ce à dire que la situation des Palestiniens indiffère l’opinion ? Ou cela nous parle-t-il de la prise de conscience que le sort de la Palestine n’intéresse pas plus les pays arabes que les gauchistes ? Les Français auraient-ils fini par comprendre que la Palestine mobilise ses défenseurs, moins parce que la cause serait juste que parce qu’elle permet de propager en toute bonne conscience un antisémitisme décomplexé qui fait aujourd’hui des ravages en France ? À moins que ce soit le souvenir des manifestations de 2014 qui ait laissé des traces dans l’inconscient collectif :  une foule haineuse et violente s’était déversée sur Paris et Sarcelles en hurlant « Mort aux Juifs », une partie de la ville de Sarcelles avait été ravagée, des mots d’ordre appelant à la destruction des magasins « juifs » avaient été lancés et on a craint des lynchages de Français de confession juive. Depuis on a ouvert les yeux sur un antisémitisme arabo-musulman qui fait des ravages en France au point que, sur certains territoires, nombres d’enfants juifs ne peuvent plus être accueillis dans l’école de la république. On a rebaptisé Alya interne, les mouvements de population juive, chassée des villes où les islamistes sont dominants parmi la population musulmane et les statistiques ont montré que les actes antireligieux ciblaient surtout la population juive (celle-ci représente moins de 1% de la population et 40 à 50% des agressions constatées).

La décision d’interdire la manifestation parisienne comprise par les Français

Du coup, voir déferler dans les rues de Paris, des associations, aux liens troubles avec les activistes islamistes dont le seul but est d’importer un conflit étranger pour attiser et justifier un antisémitisme réel en France, pouvait difficilement susciter un mouvement de sympathie. La décision d’interdire la manifestation à Paris a donc été soutenue et seuls les islamo-gauchistes ont protesté, Mélenchon en tête. La sympathie pour la cause palestinienne a été atteinte par son instrumentalisation et par une propagande qui se soucie peu de réalités. Cela peut marcher auprès de populations peu éduquées, mais en France la parole et l’information sont libres et certains mensonges finissent par se voir.

La majeure partie de la Palestine historique est par exemple sous domination jordanienne. On eut pu penser que la question de l’occupation de la Palestine par la Jordanie serait aussi un chiffon rouge, puisqu’il parait que les pro-palestiniens ont à cœur l’autonomie du peuple palestinien. Mais non, dans ce cas, c’est parfaitement accepté. Comme fut parfaitement accepté le massacre des Palestiniens lors du fameux septembre noir et l’expulsion des combattants palestiniens par le roi Hussein. On estime entre 3 500 (selon les Jordaniens qui ont intérêt à minorer le chiffre) et 10 000, le nombre de morts palestiniens lors de cet épisode. Pour information, on estime que depuis les années 2 000, donc sur une durée de 21 ans, le conflit israëlo-palestinien a fait environ 10 000 morts. En 10 ans, la guerre en Syrie a fait, elle, 600 000 morts. On est bien loin de l’accusation de « génocide » colportée à la fois par les gauchistes, les islamistes et intégrée par toute une partie du monde musulman. Là aussi l’exagération n’a qu’un seul but : dépouiller les Juifs de la protection que leur confère le statut de victimes de la Shoah pour les transformer en bourreaux aux relents nazifiants. La démarche est immonde, elle sera pourtant longtemps soutenue par la gauche, au mépris même des faits et de l’histoire.

La haine d’Israël est un ciment politique pour les islamistes

En fait, si la Palestine va prendre un rôle central dans l’imaginaire arabo-musulman, c’est parce que la haine d’Israël et des Juifs est un ciment politique pour des militants islamistes qui veulent également dépasser les nationalismes arabes pour installer leur domination totalitaire. La violence du réveil de cet antisémitisme arabo-musulman parle aussi de la réalité et de l’approfondissement de l’influence des thèses islamistes en France et notamment de l’influence des Frères musulmans. Ceux-ci, selon l’enquête de Michaël Prazan, ont fait de la Palestine un Waqf, autrement dit un bien sacré de l’islam. « Céder une partie de la Palestine reviendrait à céder sur la religion (…) il s’agit d’une décision politique qui nourrit plusieurs objectifs dont rendre notamment impossible aux yeux de tous les musulmans, la présence d’un état juif sur la terre de Palestine, autrement dit fondre la totalité de l’Oumma dans un creuset anti-israëlien et propalestinien. » [1] On comprend pourquoi Israël n’a pas d’autre choix que de se battre. Ses voisins ne cherchent pas un compromis viable mais son éradication. C’est le but même pas dissimulé du Hamas et seuls ses relais à la LFI feignent de ne pas le savoir.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Manifestation pour Gaza interdite: un remède pire que le mal

De la même manière, il est compliqué de traiter de colonisateur un peuple juif qui dès qu’il gratte la terre où il vit, tombe sur des traces de ses origines. Si un peuple a des droits sur une terre ancestrale, c’est bien lui. Un minimum de culture historique montre en effet que la Palestine n’a jamais été dans l’histoire récente un état constitué, pas même un pays, juste l’assemblage de différentes régions administratives ottomanes. Elle est passée de la domination ottomane au protectorat anglais et n’existait pas en tant que telle. 

Les dirigeants du Hamas se moquent bien du peuple

La Palestine n’est utilisée par les pays arabes que comme arme de culpabilisation contre l’occident ou Israël, mais le sort du peuple intéresse si peu les pays arabes que lors des accords d’Abraham, traités de paix signés en 2020 entre Israël et les Émirats Arabes-Unis, il n’y a pas eu un mot sur la Palestine. C’était pourtant une occasion en or pour les pays arabes de soutenir leurs « frères ». 

Pays constitué, Israël a non seulement le droit de se défendre contre les attaques du Hamas, d’autant que cette secte islamiste n’est pas un cadeau pour sa population qu’elle traite comme de la chair à canon et dont elle ne protège guère les vies. La vie à Gaza est en enfer lorsque les Palestiniens de Cisjordanie, connaissent, eux un sort plus enviable. La responsabilité du Hamas vis-à-vis de sa population est terrible, il a une part énorme de responsabilité dans la souffrance des Gazaouis. Le Hamas se sert de sa population comme d’un bouclier, entreposant des armes ou lançant des roquettes à partir de bâtiments publics (écoles, hôpitaux, mosquées). Tous les mois, entre 30 et 50 millions de dollars sont censés arrivés à Gaza de la part des Émirats Arabes-Unis. Le peuple palestinien de Gaza est évalué à 2 millions d’individus. Or il ne parait pourtant pas profiter beaucoup de cette manne…. Pourtant, les besoins sont immenses pour cette population qui connait la misère et des difficultés de vie réelle. Hélas leurs dirigeants semblent s’en moquer tandis que leurs propres portefeuilles débordent. Les tirs de roquettes du Hamas ne ciblent pas des objectifs militaires et s’attaquent principalement aux civils, ce qui n’est pas étonnant, quand on utilise son propre peuple comme bouclier humain afin de pouvoir présenter un bilan lourd et faire ainsi pression sur l’opinion internationale.

Enfin pourquoi un Arabe peut se promener à Tel-Aviv alors que si un Juif s’égare dans certains territoires palestiniens, il se fera lyncher ? Pourquoi des Arabes peuvent vivre, étudier, enseigner, être citoyens en Israël alors qu’aucun Juif ne peut se rendre sans danger dans un État palestinien ? 

Indignation à géométrie variable

Si la disproportion de forces n’était pas en faveur d’Israël, croyez-vous seulement que l’état hébreu existerait encore ? Et lui qui pourrait balayer d’un revers de main le Hamas ne le fait pas, car il a plus de respect pour un peuple qui n’est pas le sien que ses propres dirigeants. Et on pourrait continuer à l’envi. À entendre les islamo-gauchistes français, il suffirait de supprimer Israël pour que la paix revienne dans le monde et que s’ouvre une ère de concorde et d’amour. Visiblement le fait que le Liban sombre à cause d’une classe dirigeante corrompue ne compte pas, que la guerre en Syrie continue n’a guère d’importance, que des marchés d’esclaves réouvrent en Libye est un point de détail, les conflits au Yémen ou en Irak ne concernent personne… Mais pour tomber sur le seul État de droit et la seule démocratie de cette partie du globe, là certains se bousculent. Or il y a plutôt de la mesure dans la riposte d’Israël. On se demanderait presqu’à la fin si cela n’alimente pas encore plus la rage et la haine des islamistes du Hamas. En écrivant cet article, je sais que tout cela est connu, renseigné et a été souvent dit, mais à gauche notamment tout cela est nié. 

Pourtant des dirigeants comme ceux du Hamas, qui envoient leur propre peuple à la mort pour utiliser celle-ci à des fins victimaires, devraient être vus pour ce qu’ils sont : des criminels indignes et dangereux. Quant à Israël, il a le droit de défendre sa souveraineté et ses frontières sans que cela ne suscite d’indignation. À quel autre État le refuserait-on ?

[1] Michaël Prazan, Frères musulmans, Grasset 2014, p 145.

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Fenêtre sur rue

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© netflix

Adaptation d’un best seller de Daniel Mallory publié il y a deux ans, ce thriller plutôt réussi met aux prises une femme agoraphobe avec ses nouveaux voisins. Même si la finesse psychologique n’est pas toujours au rendez-vous, le film offre un bon spectacle. Critique.


Dans une vaste demeure de la 121e Rue de Manhattan réside une habitante curieuse. 

Anna Cox (Amy Adams) est agoraphobe. Gavée de médicaments, elle vit recluse dans l’obscurité. Seule avec son chat persan, elle passe son existence à noyer son chagrin dans le vin rouge en regardant de vieux films. On découvre rapidement qu’elle est psychologue, et qu’elle est séparée de sa fille qui s’en est allée avec son père. Son locataire passe lui descendre les poubelles. Pour une agoraphobe, Anna a tout de même quelques visites.

Elle parvient à ouvrir la porte au fils des voisins qui viennent d’emménager dans la maison d’en face. Le jeune Ethan est un ado gentil et tranquille, mais il semble un peu simplet et malheureux. 

Un cri de Julianne Moore dans la nuit

Halloween est une soirée plus difficile encore que les autres. Alors que les autres enfants du quartier s’en vont sonner aux portes pour réclamer des friandises, Anna préfère éteindre toutes les lumières chez elle, pour qu’on pense qu’il n’y a personne. Mais voilà que des petits voyous commencent à jeter des œufs sur la maison, ce qui terrifie Anna. Peut-être parce qu’elle a abusé encore davantage que d’ordinaire du mélange de vin rouge et de psychotropes, Anna pique une crise et perd connaissance sur le pas de sa porte.

C’est la nouvelle voisine, Jane (Julianne Moore), qui lui porte secours. Magnifique blonde, curieuse et un peu taquine, elle sympathise rapidement avec sa voisine bizarre. Devenues complices, les deux femmes s’échangent des confidences. Anna raconte sa maladie, tout en refusant d’en dévoiler les causes. Jane révèle que son mari, plus âgé, peut se montrer autoritaire. Comme elle habite dans la maison juste en face, et comme l’emploi de rideaux ne semble pas prévu par les nouveaux habitants, forcément, Anna observe.

Un soir, Anna entend un cri. Persuadée qu’il émane de la maison d’en face, son activité d’espionnage redouble. Le film offre dès lors d’incessants rebondissements. Anna possède un Nikon grand angle. À son grand désespoir, quand elle voit dans son objectif Jane se faire poignarder, son locataire et son téléphone sont introuvables. La police, finalement prévenue, arrive sur place. Coup de théâtre : c’est une autre blonde (Jennifer Jason Leigh) qui habite en réalité en face et qui se présente face à Anna. Elle se plaint aux flics du comportement de sa voisine, laquelle, en plus d’espionner la rue, importunerait son fils. Évidemment, personne n’a été poignardé chez elle. Anna serait-elle en réalité plus folle qu’on ne le pensait ?

N’est pas Hitchcock qui veut

Avec son suspense croissant – les multiples intrigues se complexifient et s’obscurcissent à mesure que l’état mental de l’héroïne se détériore – ce “whodunit” est un réjouissant spectacle, mais les scènes de violence en fin de film semblent superflues. 

Le film est surtout porté par des acteurs tous très bons. On regrette de ne pas voir plus longtemps Julianne Moore – raison pour laquelle on a lancé le film – étant donné qu’elle se fait trouer la peau dès le début, même si on préfère la voir en rousse qu’en blonde ! Selon qu’elle sourit ou non, le visage d’Amy Adams est lumineux ou lugubre. Son interprétation d’une psychotique toujours sur le fil du rasoir est particulièrement convaincante. Tout comme la périlleuse situation à laquelle elle se trouve confrontée, on sent qu’elle peut basculer dans la folie furieuse à tout instant. En revanche, même si c’est pour les besoins de l’intrigue, on n’échappe malheureusement pas à la tarte à la crème malvenue de la “mémoire traumatique” refoulée. Malgré quelques poncifs propres au genre (le robinet qui goutte, le grand escalier silencieux), le film parvient à nous offrir quelques bonnes trouvailles visuelles, mais ce n’est pas “Fenêtre sur cour” non plus. Il témoigne de la multiplication des nuisances offertes aux psychopathes par la technologie moderne mise à leur portée. En plus de son appareil photo, Anna fait des bêtises avec son portable, elle fait des recherches sur internet, elle utilise sa webcam etc… 

Cette “Femme à la fenêtre” n’a assurément pas le charme du classique de Hitchcock (1954), mais cela demeure un thriller réjouissant qui permet de passer une soirée agréable en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des bistros.

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Raphaël Sorin, l’inoubliable…

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Raphaël Sorin à Saint-Germain des Prés, Paris, 2005 © ULF ANDERSEN / Aurimages via AFP.

L’éditeur, décédé à 78 ans, avait notamment publié Michel Houellebecq, Charles Bukowski, Laurent Obertone ou Jean-Louis Costes.


Ce dimanche 16 mai 2021, Raphaël Sorin est mort.

Ces quelques lignes devraient suffire. Elles réjouiront ceux qui ne supportaient pas qu’il fut devenu le directeur littéraire des éditions Ring, maudites par tous ceux qui ne veulent surtout pas que la littérature devienne un sport de combat. Elles attristeront momentanément ceux qui se souviennent qu’il fut l’éditeur de Bukowski et de Houellebecq. Et peut-être, rien n’est moins sûr, au cas où la littérature survivrait ailleurs que dans les catacombes, son nom sera-t-il encore un signe de ralliement pour les esprits libres.

Il avait mon âge et, à vingt déjà, un premier roman publié par les éditions du Seuil laissait entrevoir une brillante carrière, comme celle de son cousin Elias Canetti. Il préféra rester dans l’ombre, suivant en cela la maxime de Karl Kraus selon laquelle lorsqu’on déborde de talent, ce qui était son cas, il faut plus de caractère pour ne pas publier que pour s’étaler année après année dans les vitrines des librairies.

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Les plus belles années que j’ai passées au Monde, ce furent celles où, avec François Bott et Raphaël Sorin, toutes les formes de conformisme étaient bannies : seul le style importait. Ce qui nous amena d’ailleurs à collaborer avec Michel Polac, l’ami de toujours, qui avait plus de flair que Bernard Pivot et surtout une indépendance d’esprit dont on ne trouvera plus l’équivalent aujourd’hui sur les chaînes où règnent des pitres du genre Hanouna.

L’élégance, la subtilité, le sens de la nuance, ces mots qui ne veulent plus rien dire, Raphaël Sorin les incarnait. Il n’était pas carriériste pour un sou. Il suivait son bon plaisir. Il aurait pu compter parmi les plus grands, en tant que critique littéraire ou romancier. Il a choisi de n’écrire que pour ses amis. Je suis fier d’avoir compté parmi eux. Non, Raphaël je ne t’oublierai pas.

Taisez ce nom que je ne saurais entendre!

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La police nationale procèdant à des contrôles dans le métro de Toulouse, dans le cadre de la lutte contre les trafics de stupéfiants, 10 septembre 2020 © FRED SCHEIBER/SIPA Numéro de reportage : 00980834_000001.

Dans la presse française, si vous vous rendez coupable d’un crime retentissant, votre nom apparaitra ou non dans les gros titres des journaux, selon qu’il sonne local ou exotique. Les dernières semaines en ont fait la démonstration systématiquement.


Ce week-end, en dehors des chiffres quotidiens du nombre de Français vaccinés contre le Covid et du maintien de la manifestation pro-palestinienne – passant outre l’interdit gouvernemental, lire notre analyse à 11 heures – deux nouvelles ont fait les gros titres : la reddition du tueur des Cévennes après quatre jours de traque intensive menée par le GIGN et l’interpellation du meurtrier présumé de la jeune fille de 17 ans tuée à coup de couteau à Ivry-Sur-Seine. 

Un “sentiment” d’insécurité très présent

Dans une France devenue un coupe gorge, n’en déplaise au Garde des Sceaux, les meurtres s’enchainent et ne se ressemblent pas. L’attaque terroriste commise dans le sas de sécurité à l’entrée du commissariat de Rambouillet, qui a couté la vie à la fonctionnaire de police Stéphanie Monfermé, n’a rien avoir avec le meurtre du policier Eric Masson, mort sous les balles tirées par un jeune dealer dans le centre d’Avignon, encore moins avec le “féminicide” de Mérignac survenu quelques jours après. Ces crimes ne sont pas à ranger dans la même catégorie, et on ne saurait confondre l’attentat terroriste d’un islamiste radicalisé avec les tirs d’un dealer armé ni avec ceux commis par un homme qui achève son ex-femme en l’immolant par le feu. 

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Pourtant,  tous ces meurtres ont un point commun. L’identité de leurs auteurs n’a été révélée au grand public dans la presse que tardivement après les faits. Et souvent de manière incomplète, les suspects étant désignés uniquement par leurs prénoms suivis de la première lettre de leurs patronymes. Jamel G, l’assassin terroriste de Stéphanie Monfermé, Mounir.B, le meurtrier de Chahinez Daoud et IIyes. A, le tueur présumé d’Eric Masson. 

L’exception des Cévennes

En revanche, Valentin Marcone, l’auteur présumé du double homicide dans les Cévennes n’a pas eu le même traitement de faveur. Son identité n’a pas été préservée, mais bien au contraire étalée dans la presse et sur toutes les ondes. 

Une petite recherche sur Google est riche d’enseignements. Il suffit de taper dans la barre de recherche la région Cévennes pour que le nom de Valentin Marcone s’affiche immédiatement alors que l’identité de ses victimes, son patron et un collègue, est dissimulée sous leur fonction sociale. A contrario, lorsqu’on tape le nom des villes où se sont déroulées les tueries que j’évoquais plus haut (Mérignac, Rambouillet, Avignon et enfin Ivry-Sur-Seine), ce sont le nom des victimes, les circonstances des meurtres et les détails des enquêtes en cours qui remontent dans les premiers résultats de recherche. Le profil des assassins présumés, lui, reste noyé dans les abimes du web. Mais peut-être que je ne sais pas chercher …

Je veux comprendre

Le prénom et le nom de Valentin Marcone ont été dévoilé le jour même de la tuerie, martelés jusqu’à plus soif sur les chaines info en continu, sans parler de son profil psychologique qui a été soigneusement étudié par les journalistes. Etait-ce pour rendre la chasse à l’homme plus efficace ? Mais alors, si c’était le cas, pourquoi ne pas avoir rendu également public immédiatement le prénom et le nom du tueur présumé d’Eric Masson, lui aussi en fuite et activement recherché le jour du meurtre ?  

A lire aussi, Philippe Bilger: Mort d’Éric Masson: la police française n’est plus confrontée à une criminalité usuelle

Pourquoi Valentin Marcone n’a pas eu aussi le droit à l’anonymat dont ont bénéficié Mounir.B, Llyes.A et Jamel.G  et leurs familles ? 

Comment expliquer cette différence de traitement, si ce n’est parce que Valentin Marcone est ce qu’on appelle un  « Français de souche », et que son profil n’engendre pas cette sorte d’auto-censure des médias mainstream devant la crainte d’être accusé d’islamophobie ?

Tribune des militaires: on s’attarde sur l’écume des choses!

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Prise d'arme lors d'une cérémonie de remise de décorations par Emmanuel Macron, dans la cour d'honneur des Invalides, le 9 décembre 2019 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00936259_000017

On a beaucoup écrit sur les « tribunes des militaires ». Encore tout récemment est paru un article du Monde qui entend dénoncer « l’emballement » et démontrer qu’il s’agissait d’une « opération politico-médiatique ». Philippe Bilger réagit à ce traitement médiatique qui ne fait que s’attaquer à la forme, sans jamais considérer un seul instant la réalité du fond.


Je me serais volontiers arrêté à mon billet de blog du 12 mai : « Entre le pouvoir ou les militaires, où est le courage ? » si on ne s’obstinait pas à consacrer l’essentiel de l’information à la forme plus qu’au fond, aux modalités d’élaboration et de publication de la dernière lettre ouverte des militaires d’active plus qu’à sa substance sur l’état de la France. À la paille plus qu’à la poutre. Pourtant j’avais l’impression d’avoir trouvé un bon sujet qui m’aurait conduit à m’interroger sur l’étrange propension de certaines de nos personnalités emblématiques, BHL ou J.M.G. Le Clézio par exemple, à fuir les difficultés et les drames français, l’un pour les conflits internationaux, l’autre pour le sort des Indiens Kunas par exemple. Je comprends bien que la motivation principale est d’échapper au jugement de ses concitoyens…

À lire aussi, du même auteur: 58% des citoyens approuvent la démarche des militaires

Mais j’ai dû abandonner ce thème parce que Le Monde en particulier s’est livré sur une double page à une analyse très critique des « Tribunes des militaires : récit d’une opération très spéciale » et que les remettant dans l’actualité il contraignait à y revenir. L’une des faiblesses de notre conception de la liberté d’expression a été projetée en pleine lumière. Combien de fois, face à des écrits contestés ou à des paroles provocatrices, s’engouffre-t-on immédiatement dans la dénonciation plutôt que d’appréhender leur nature exacte ! On ne se demande pas s’ils sont vrais ou non, ce qui devrait être le seul critère valable, mais s’ils sont décents, acceptables ou non par rapport à une règle commune de bienséance fixée par des vigiles autoproclamés. Pour les tribunes des militaires, surtout la seconde, l’indifférence est la même. On néglige ce qui, dans le fond, suscite l’angoisse démocratique, l’adhésion citoyenne au tableau plus que préoccupant dressé de notre pays, la certitude que ce pessimisme global est justifié, que des parts de notre France sont hors de contrôle et que les forces de l’ordre sont dépassées, pour ne pas dire abandonnées. Et que la Justice n’est pas à la hauteur du défi lancé à notre société.

Selon « Le Monde », une « prétendue » menace islamiste

Je sais bien que Le Monde, évoquant LR, fait allusion à son combat contre le « prétendu » laxisme du président. Pourquoi prétendu ? Sur le même registre, pour contredire la « lâcheté » reprochée par les militaires, il souligne « la prétendue menace islamiste ». Pourquoi prétendue ? Alors que, sans se plonger dans des comptes d’apothicaire, la résonance de cette lettre si vilipendée par le pouvoir vient précisément de sa concordance avec le sentiment populaire dominant, qu’il s’agisse de l’intuition constamment vérifiée d’une France en déclin, en péril imminent, ou d’une réalité qui au quotidien inscrit ses malfaisances, ses délits, ses crimes, ses attaques à l’encontre des protecteurs naturels de la République et agressés à cause de cela.

À lire aussi: Geoffroy Lejeune: “Le nombre de militaires ayant signé la tribune sera certifié par huissier”

Prétendu, prétendue, alors, vraiment ? Pourquoi la plupart des médias font-ils la fine bouche, une mine presque dégoûtée face à la poutre accablante gangrenant et offensant, partout, notre France, en se régalant absurdement de la paille sans intérêt de la périphérie de la lettre ouverte ? Pourquoi refuse-t-on de regarder le réel en face ? Parce qu’il a été révélé par des militaires sortis de leur réserve ? Parce que, pour le pouvoir, se confronter à lui reviendrait à s’autoflageller ? Peut-être parce qu’il faut, tout simplement, trop de courage pour s’occuper de la poutre en négligeant la paille ? De l’état de la France plus que de l’écume.

Suez/Véolia, une affaire française

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Le Palais Brongniart, ancienne Bourse de Paris Image: Creative Commons

L’eau est un bien commun mais elle n’est pas gratuite. Et elle pourrait même coûter de plus en plus cher en France.


La place de Paris a connu ces derniers mois un psychodrame dont elle a le secret : l’affrontement des titans de l’eau, des déchets et de l’énergie, Véolia et Suez, lointains héritiers des mythiques  Générale des Eaux et  Lyonnaise des Eaux. Stars des décennies 80/90, elles pouvaient  en ces temps révolus contribuer au train de vie de tout ce que la France connaissait comme entités partisanes, petite ou grande. Une forme de lubrifiant dans les rouages de notre démocratie.

Les temps ont changé. Greta Thurnberg a placé au rang d’une nouvelle religion planétaire les services à l’environnement. Véolia et Suez figurent chacun parmi les leaders mondiaux de l’eau et des déchets, dans un marché très peu concentré et en pleine expansion. Il était inéluctable que la course à la taille pousse au rapprochement de nos deux protagonistes :

Véolia : 27 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 179 000 salariés,

Suez : 18 milliards d‘euros de chiffre d’affaires, 89 000 salariés.

Une bataille homérique

Malheureusement pour Suez, son actionnaire de référence, Engie, a besoin de liquidités pour accélérer son développement. Il décide de céder sa participation fin 2020 à Véolia, au grand dam de l’Etat, pourtant principal actionnaire d’Engie. Cela ne se fait pas en France. Engie vend néanmoins sa participation, en fait discrètement soutenu par l’Elysée malgré la prudente réserve du ministre de l’économie.

OPA, pilule empoisonnée sous forme de fondation hollandaise, manœuvres multiples, batailles devant les prétoires : il ne fait pas de doute que des ouvrages bien informés sur l’opération vont fleurir dans les mois qui viennent pour retracer cette épopée.

A l’arrivée, Véolia gagne son pari en reprenant l’essentiel des activités internationales de Suez tandis que Suez sauve les apparences en conservant sa position oligopolistique en France avec quelques appendices internationaux. La victoire est claire : 37 milliards de chiffre d’affaires pour Véolia, 7 milliards pour Suez in fine.

A relire: Le projet de fusion Veolia / Suez entouré de larges zones d’ombre

Les Français sont-ils lésés dans cette opération? Pas forcément. La question de fond sera de constater si oui ou non, une concurrence de bon aloi subsistera dans les prestations de service à l’environnement, l’eau et les déchets, au niveau des collectivités locales françaises. Etant observé que celles-ci ont toujours la possibilité d’exercer leurs compétences institutionnelles en régie.

La question qui se pose est de savoir si l’émergence d’un seul leader français à l’international dans le secteur de l’environnement, Véolia en l’occurrence, créera une dynamique positive ou, au contraire, réduira la projection française globale. Sur un marché mondial de 1 400 milliards d’euros, Véolia représentera moins de 5 % du marché. Alors, comme l’annonce le plan stratégique de Véolia, les synergies « 2×2 = 4 » plutôt que « 1+1 = 2 »  vont-elles fonctionner? C’est en fait probablement et avant tout, une question d’exécution dont la réponse ne sera connue que dans quelques années.

10 millions d’euros pour six jours de travail

Au-delà de ces considérations industrielles et stratégiques, la petite histoire retiendra l’intervention  du président d’honneur à la fois du vendeur, Engie, et de la cible, Suez, Gérard Mestrallet, choisi comme médiateur dans une affaire qui était bloquée de toute part.

Le calumet de la paix s’est organisé autour d’une répartition des territoires : à Suez, la France; à Véolia, l’international. Les apparences sont sauves

Gérard Mestrallet, 72 ans aux prunes, a réglé l’affaire en six jours. Il devrait ainsi recevoir 10 millions d’euros de commission pour cette médiation au titre de la start up Equanim. Sauf si ces honoraires  sont réduits après coup, pour cause de bronca sur la place de Paris (Mestrallet est aussi président de Paris Europlace, représentant les milieux économico-financiers pour l’attractivité de la place).

Belle commission, surtout pour quelques jours de travail. Mais ne soyons pas bégueules : Gérard Mestrallet navigue dans les sphères de l’entre-soi français depuis quatre décennies avec quelques beaux succès et une belle durabilité. Estampillé X 68 et ENA 78, il sort au Trésor, le vrai lieu du pouvoir économique et financier au sein de l’Etat français. Quelques brillantes positions en cabinet ministériel, un pantouflage dans les fleurons du capitalisme français et belge, une bonne capacité à gérer le complexe et l’industriel comme tout bon ingénieur. La voie classique en quelque sorte pour les âmes bien nées.

L’entre-soi français dans sa forme la plus aboutie

Cette affaire souligne l’ensemble des problématiques qui font que l’élite française a globalement failli depuis quatre décennies, remarque qui n’a pas vocation à jeter l’opprobre sur ceux qui ont su résister aux sirènes de la renommée et de l’argent facile. Ils sont heureusement nombreux, restent exemplaires et appellent, mezzo voce, à un sursaut français.

En premier lieu, seule une toute petite communauté de dirigeants français présentent la surface personnelle ainsi qu’une profondeur de réseaux publics et privés pour imposer des solutions acceptables par tous dans les opérations sensibles à un niveau national et international. Gérard Mestrallet en fait partie. Et ce, indépendamment des voies usuelles de résolution des conflits pour le commun des mortels (tribunal de commerce, tribunal correctionnel, arbitrage international).

En second lieu, l’affaire Suez/Véolia réunit tous les ingrédients d’une tragédie économico-financière française avec des traits dignes d’une comédie boulevardière d’Octave Mirbeau. Deux leaders mondiaux français de taille comparable. Un ministre de l’économie et des finances, auréolé de sa bonne gestion de la pandémie et se voulant au-dessus de la mêlée dans la résolution des affaires. Il tente de faire que les protagonistes de l’affaire trouvent une sortie par le haut, via la médiation de son fidèle directeur général du Trésor, mais sans grand succès. L’Etat n’est plus ce qu’il était. Des collectivités locales, qui ont dealé soit avec Suez, soit avec Véolia, soit qui ont décidé de placer leurs gestions en régie pour éviter les potentielles prédations privées. Le ban et l’arrière-ban de tout ce qui compte à Paris de banques d’affaires, avocats, fonds d’investissement, français ou anglo-saxons, et  communicants, avec des perspectives d’honoraires proportionnels à la valeur des actifs convoités (autour de 10 milliards d’euros; à titre indicatif et pour être précis, 2 % de 10 milliards d’euros égalent 200 millions d’euros…). On dit que Jean-Marie Messier, autre X/ENA, lui ancien président de la Générale des Eaux, récupèrerait 22 millions d’euros pour ses bons et loyaux services mais pour neuf mois de travail : à l’heure travaillée, Jean-Marie Messier (de droite) est un gagne-petit par rapport à Gérard Mestrallet (de gauche) ! Cela ne nous rajeunit pas, ce bon vieux duel des années quatre-vingt-dix entre la Générale des Eaux (devenue Véolia) et la Lyonnaise des Eaux (devenue Suez).

En troisième lieu, Equanim, la start-up dédiée à la médiation, interpelle. Ses parrains sont prestigieux : Maurice Lévy, ancien président de Publicis, bon pied, bon œil; Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre de François Hollande; Enrico Letta, ancien président du conseil des ministres italien; Henri de Castries, ancien président d’AXA, pilier de la campagne présidentielle de François Fillon, accessoirement HEC et major de l’ENA, ancien inspecteur des finances (comme le président, mais en plus compétent sur le plan de l’économie), actuel président du Groupe Bildenberg (partie prenante de la Trilatérale dont le responsable pour l’Europe est le très respecté Jean-Claude Trichet, ancien directeur du Trésor français et second président de la Banque centrale européenne). Castries aurait été un excellent directeur du Trésor si la gauche n’avait pas été à la barre à l’époque de sa potentielle nomination. Les opérationnels d’Equanim sont prestigieux, et en particulier Mathias Feckl, franco-allemand, normalien et énarque, ancien ministre de l’Intérieur de François Hollande, sympathique garçon, socialiste non sectaire pour tous ceux qui l’ont croisé et enfin, chroniqueur au quotidien libéral L’Opinion. Il s’agit de promouvoir une entité privée en mesure de catalyser des accords entre entreprises, dans des délais courts et dans la plus totale confidentialité, une médiation non juridictionnelle, non publique, plus rapide et plus efficace. Compte tenu des procédures et des délais juridictionnels classiques, et la justice arbitrale n’y échappe pas, on peut comprendre l’intérêt du positionnement d’Equanim. C’est une forme de modernité.

A relire: Fusion Veolia-Suez: ne brisons pas la dynamique vertueuse de la concurrence

Ainsi, Gérard Mestrallet a en quelques jours permis de rapprocher les positions de deux clans irréconciliables, comme l’on dit des gauches et des droites, mais là, il s’agit du monde des affaires, c’est plus sérieux. Et c’est vrai. Le calumet de la paix s’est organisé autour d’une répartition des territoires : à Suez, la France; à Véolia, l’international. Les apparences sont sauves. Véolia paye 1,6 milliards d’euros de plus son acquisition, permettant à Engie d’empocher un complément de 600 millions d’euros. Cela reste consistant même si Suez est ramenée au territoire hexagonal avec quelques appendices internationaux. Le contrôle de Suez est organisé entre un fonds d’infrastructure (Meridian) proche du président, un fonds américain (GIP) et la très peu napoléonienne Caisse des dépôts (créée en 1816 sous la protection directe du Parlement, et non de l’exécutif, pour donner confiance aux Français dans la dette publique et son remboursement en bon ordre, après le gouffre des guerres impériales). Il serait intéressant de connaître pourquoi le fonds d’origine française, Ardian (plus de 80 milliards d’euros d’actifs sous gestion), a finalement quitté le consortium de reprise de Suez. Tout le monde se connaît : sa dirigeante est une ancienne d’AXA, une des premières femmes sorties de l’X, qui a pris son envol – et son indépendance fastueuse – sous les auspices de son président de l’époque, Henri de Castries.

Un enjeu de transformation pour la place de Paris

Conflits d’intérêt croisés, mobilisation de l’ensemble des réseaux de pouvoir français, trahisons multiples, psychodrames institutionnels, clivages et compromis droite/gauche, salariés spectateurs impuissants de leur destin : tout y est.

Ainsi va la France. Le bon peuple aimera en tout état de cause savoir où atterriront les 10 000 000 € de Gérard Mestrallet. Et si la place de Paris ne se ressaisit pas, les Gilets jaunes ont de beaux jours devant eux.

Obama rallume la lumière

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© Soleil

Dans ses mémoires[1], l’ancien président nous décrit son cheminement intérieur et ses combats pendant ses huit années à la Maison-Blanche. S’il faut séduire pour convaincre, c’est gagné!


Dans sa playlist du moment on retrouve Beyoncé, Miles Davis et Jay-Z – Trump préférait I Wanna Be Rich de Cab Calloway… cherchez l’erreur ! Obamesque, c’est-à-dire : moderne, cool, avenant, connecté, responsable. Prophétique ? On l’a cru. Sexy ? Assez. Noir ? Ah oui, c’est vrai, on l’oublie, mais affranchi de naissance, sans que pèsent sur lui les atavismes de la mémoire et la malédiction originelle de l’esclavage. Sans complexes.

Obama, le président « fun »

Né à Hawaï, Obama, 59 ans, n’a rien d’une victime. Plus racé que racisé, il ne songe ni à s’excuser ni à se morfondre, il ne se vante pas d’être ce qu’il est. Un lion – modeste mais un lion –, qui a délégué à sa femme chérie le port de la crinière. Ni conformiste ni rebelle mais combatif, il semble relié au monde par une fraternité secrète avec la lumière[2]. Dans sa jeunesse, on l’appelait « Baby Face ». Aimer, être aimé, c’est une grâce qu’il a reçue au berceau. Il a de la chance, il est né un bon jour, il a le don d’embellir ce qu’il touche, comme si chaque obstacle sur sa route ne lui servait qu’à prouver son élégance et à tester son brio. En général, les présidents sont nuls en slam dunk dans la raquette, ils ne savent ni dribbler ni danser, ils se forcent à sourire. Lui, non, il se fend la poire avec un parfait naturel – il n’a pas appris à grimacer.

Si l’ancien président des États-Unis n’a pas conçu son livre tout seul – on le vérifie au nombre des collaborateurs qu’il remercie en fin d’ouvrage –, il n’en demeure pas moins qu’il aime écrire, décrire – se décrire. Ce ton intime, presque familier, qu’il adopte pour convaincre – et, c’est plus fort que lui, séduire – est bien le sien. Ses deux livres précédents, L’Audace d’espérer (2007) et Les Rêves de mon père (2008), le montraient déjà, Obama est un auteur. Et un prédicateur, plus proche de Mandela que de Reagan ou Nixon.

Il croit en la Destinée manifeste

On serait content d’être son ami. Dans ce livre, il emploie son talent à nous persuader qu’il serait honoré d’être le nôtre. Du grand art. À l’en croire, Obama a passé huit années de sa vie, de 2009 à 2017, « à écouter avec gravité des rapports de renseignement, à accueillir des chefs d’État, à amadouer des élus, à batailler avec des alliés ou des adversaires, à poser pour des photos avec des milliers de visiteurs ». C’est ça, le job. Mais ce qui par beau temps domine dans le Bureau ovale, note l’ancien président, c’est la clarté qui entre par les immenses baies orientées vers l’est et le sud, et qui auréole chaque objet d’une lueur dorée. En hiver, quand il pleut ou quand il neige, la pièce se pare d’une mystérieuse teinte bleue – la nuit, la lumière restant toujours allumée, elle « brille dans l’obscurité comme un phare ». Obama avoue avoir rigolé, enragé, prié « et plus d’une fois retenu ses larmes » dans ce bureau sans se priver de se rouler par terre avec une de ses filles ou de piquer un roupillon sur le canapé. Il a parfois rêvé de s’enfuir et de retrouver « sa vie d’avant », mais il ne s’est jamais départi de sa révérence envers le lieu avec le sentiment d’entrer dans « un sanctuaire de la démocratie ». Amen !

Si certains en doutent, Obama continue de croire à la vocation évangélique de l’Amérique. Même si, à son corps défendant – et malgré l’emphase de son titre : Une Terre promise – affleurent au fil des pages une ironie douce, une crainte de l’avenir et une pointe de scepticisme qui modèrent son ardeur. Tour à tour sentimental et matter-of-fact, Obama nous invite dans les coulisses du pouvoir à revivre ses combats de l’intérieur; il décrit le cheminement à la fois intellectuel et moral qui l’a conduit à prendre les décisions les plus graves, sur le fil du rasoir, tout en contemplant les tulipes dans le jardin ou les reflets d’un soleil couchant sur le Potomac. Après le succès du raid vengeur contre Ben Laden à Abbottabad, Michelle le félicite : « C’est formidable, chéri ! » Devant la Maison-Blanche, la foule scande : « USA ! USA ! USA ! » L’Amérique exulte. Il s’avoue « seulement soulagé ». Il déplore que ses concitoyens ne soient pas aussi unis concernant l’éducation, la politique de santé ou l’hébergement des sans-abri. Un ange passe avec le collant de Superman et la barbiche de l’abbé Pierre…

Obama, le président prolixe

On ne va pas mentir, c’est un pavé – 768 pages dans l’édition originale, 848 pages en traduction française[3] – et ce n’est que le premier tome ! Pourtant, le charme ne se rompt pas – la sensation d’un « bon bain chaud », écrit Kathleen Parker, subjuguée, dans le Washington Post. Ne vous attendez pas à ce qu’Obama profère des vérités propres à choquer le genre humain ou qu’il brandisse un pistolet contre ses adversaires. Qu’il considère Bush junior et Trump comme deux gros menteurs, ce n’est que suggéré. Plus qu’un bon président, Obama a acquis – surtout en France – l’image d’un bon garçon, il ne va pas déroger. On regrettera qu’il reste allusif sur les compromis et les bassesses inhérentes à l’emploi de « dirigeant du monde libre » !… Habile, il ne masque pas ses imperfections, il en rajoute même pour mieux taire parfois ses échecs, par exemple sur la Palestine et sur la Syrie – Bachar Al-Assad n’est cité qu’une fois !

Mais l’ancien rédacteur en chef de la prestigieuse Harvard Law Review, qui milita à ses débuts en faveur des plus démunis dans le South Side de Chicago, décortique si bien la complexité qu’on oublie presque de lui en faire grief. Le genre qu’il a choisi réclame de la sincérité, ce qui n’exclut ni la préméditation ni la retenue. Son livre lui ressemble, on peut l’aimer sans en être dupe. Obama est de ces gens qui savent se sauver de la malveillance par un sourire – infiniment plus meurtrier. Pour cet homme ni médiocre ni cynique, se souvenir devient au fil des pages un exercice spirituel et une expérience de pensée. L’imparfait, ce temps cruel, ne lui convient pas, il préfère de loin le passé simple ou le futur antérieur. Dans son livre, il ne dit du mal de personne… ah si, il égratigne un peu Nicolas Sarkozy qu’il juge excité et opportuniste. Il préfère Merkel.


[1]. Barack Obama, Une Terre promise, Fayard, 2020.

[2]. Le livre est dédié à sa femme Michelle, « my love and life’s partner », et à ses deux filles, Malia et Sasha, « dont la lumière radieuse rend le monde plus éblouissant ».

[3]. On reprochera seulement aux éditions Fayard d’avoir bêtement supprimé l’index en fin d’ouvrage, dans l’édition française.

Le dernier des mohicans

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L'écrivain Christian Authier, photographié en 2018 © Johanna Clavel / Flammarion

Christian Authier fait le bilan d’un demi-siècle passé dans les rédactions parisiennes


Hier encore, nous étions jeunes, la plume nerveuse mais ferme, le désir jamais éteint de noircir la page blanche. Chaque jour, nous attaquions un papier, une chronique, un reportage, une critique avec ce mélange d’excitation et d’appréhension qui me rappelle mon premier slow dans un appartement surchauffé d’une sous-préfecture endormie. Arriverions-nous encore à trouver les bons mots, à saisir l’air du temps et donner à nos lecteurs, nos seuls juges de paix, cet article bien balancé ? Cet équilibre précaire entre informer et divertir intelligemment, entre provoquer l’attention et façonner à l’ancienne ces milliers de signes, leur faire expulser un jus nouveau.  Nous avions choisi la presse écrite comme on s’engage dans la Légion étrangère ou dans les Compagnons du Devoir. D’autres plus ambitieux et moins portés sur les chimères ont préféré les bourses asiatiques et les assurances. Aujourd’hui, ils sont rentiers à cinquante ans et nous trimons sur nos claviers. Toujours en retard et déjà surnuméraires à vingt-ans, nous étions les héritiers d’une longue tradition avec l’envie folle de marquer notre territoire. Sans égo, l’écriture est un leurre.

Le rouleau compresseur du progressisme

C’est donc l’humeur taquine, la tête farcie de références, de Kessel à Haedens, de Bernard Frank à Patrick Besson, que nous nous étions engagés dans une profession aussi peu rémunératrice dont l’éclat commençait à s’écailler. Et puis, le journalisme a changé. Il a viré au grotesque, à la farce. Les rédactions sont devenues des ateliers de fact-checking, des start-ups vouées à la digitalisation, l’écrit une vieille pelisse usée, l’habit du monde d’avant à recycler d’urgence. Quand l’indifférence a remplacé l’aigreur, quand le grand professionnel a admis la fragilité de sa situation et qu’il s’en amuserait presque, à cet endroit précisément, au milieu d’une vie professionnelle, l’heure du bilan ou de la liquidation a sonné. Christian Authier se fait mandataire judiciaire d’une débâcle en marche dans son fascinant roman Demi-siècle qui paraît aux éditions Flammarion. Prix Roger Nimier 2006 et prix Renaudot de l’essai 2014, l’essayiste et romancier toulousain nous livre le portrait d’un homme qui voit son monde disparaître. Patrick, héros divorcé de 48 ans, est de ces personnages en voie de liquéfaction qui résiste, malgré tout, au rouleau compresseur du progressisme. Il encaisse les coups sans sombrer totalement dans les inepties de son époque.

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Signature reconnue dans un magazine à fort tirage, éphémère romancier qui s’est offert un succès d’estime quelques années auparavant, c’est-à-dire de bons papiers et quatre mille ventes maxi, pas assez donc pour donner sa démission à son patron ou une impulsion à son existence, Patrick aborde sa fin de carrière avec peu d’entrain. Il ne croit en rien. Il a trop assisté à la transformation de son métier. Sans la flambe romaine et les costards en lin blanc, il ressemble à Jep Gambardella dans « La Grande Bellezza ».

La mort du papier

Il fallait tout le talent d’Authier pour saisir ces sentiments mêlés, la frustration de l’honnête artisan devant une nouvelle génération qui ne connaît ni Jacques Perret, ni Bernard Chapuis et, malgré tout, la conscience de fournir toujours des papiers de qualité. Jamais notre profession, son lent délitement n’avaient été aussi bien croqués. L’installation terrifiante d’une société sentencieuse et procédurière qui s’offusque d’une bouteille de champagne sur le lieu de travail et qui annonce la mort du « papier ». Authier n’est dupe de rien, des malhonnêtetés intellectuelles et de la bêtise inhérente aux professions communicantes. Si son héros au romantisme fracassé a admis sa défaite idéologique, cela ne l’empêche pas de se réfugier dans les livres et les flacons délicats, les rognons et les Hussards,et de croire encore à l’amour, à une rencontre fortuite. « A son époque, on devenait journaliste grâce à sa bonne mine et en sachant écrire », fait-il dire à Patrick. Des modes absurdes ont depuis raboté nos derniers espaces d’humanité. A la faveur d’une fête d’anniversaire, Patrick va retrouver ses anciens amis, voir l’effet du temps sur sa génération dépassée. Ce beau roman d’Authier a le charme d’un paysage dévasté, quand tout semble compromis et puis, par miracle, la lande renaît sous les traits de Laurence : « Il aimait chez elle ses discours, ses démonstrations, son talent pour la dialectique, son maniement des paradoxes, son goût pour les mots, ses sentences, ses silences ». Au son de Ricchi e Poveri, dans le souvenir poignant de l’ami Bernard Maris, Christian Authier solde un demi-siècle avec la grâce des enfants tristes.

Demi-siècle de Christian Authier – Flammarion