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Joshua Wong, pour l’exemple

Pékin le condamne pour collusion avec des forces étrangères, resserre son emprise sur Hong Kong et réduit au silence toute velléité autonomiste


Joshua Wong, pour l’exemple
Le militant pro-démocratie Joshua Wong, à Hong Kong, le 2 septembre 2015 © Vincent Yu/AP/SIPA

À Hong Kong, ce jeudi 5 novembre, le militant Joshua Wong, fameux leader des contestations de 2014 («la révolution des parapluies ») et de 2019, a été condamné à dix ans de prison venant s’ajouter aux six années déjà passées derrière les barreaux.


Un total de seize ans d’emprisonnement pour le jeune leader sympathique décrit comme « pro-démocratie » par la presse occidentale semble évidemment disproportionné autant qu’incompréhensible.

À Hong Kong, la jeunesse a de bonnes raisons de manifester

Retour sur les évènements de 2019 : un Hongkongais assassine sa fiancée à Taïwan et se réfugie à Hong Kong sachant qu’il ne peut en être extradé. Carrie Lam, alors gouverneur de Hong Kong, et visiblement émue par la situation, propose d’amender la loi et de prévoir des extraditions, notamment vers la Chine continentale. C’est précisément ce projet qui déclenche des manifestations monstres : le 16 juin 2019 verra défiler deux millions de personnes sur une population totale de sept millions. La quasi-totalité des Hongkongais est vent debout contre ce texte car tous redoutent une systématisation des extraditions vers Pékin étendue à tous les domaines, notamment économique et financier (les avocats et milieux d’affaire défilent!) mais aussi politique, certains opposants à Pékin trouvant un peu de répit à Hong Kong.

Début septembre 2019, Carrie Lam annonce assez humblement retirer son projet lors d’une allocution à la télévision, présentant des excuses pour la mauvaise gestion de la crise par son gouvernement, et prenant cette décision pour « dissiper les préoccupations du public ». Le mouvement continuera encore quelques semaines, même s’il ne reste principalement que les étudiants. Ceux-ci ne se contentent pas du retrait et demandent également l’amnistie de toutes les poursuites, des enquêtes sur des violences policières et le suffrage universel sans restriction. Il faut savoir que le chef de l’exécutif de Hong Kong est élu au suffrage indirect mais ne peut être choisi que parmi des candidats validés par Pékin ; c’est ce dernier point que contestent Joshua Wong et son mouvement depuis 2014.

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En aout 2019, le jeune homme rencontre des personnalités du consulat américain de Hong Kong1, ce qui n’est pas anodin : pour s’en convaincre, il suffit d’imaginer un leader des gilets jaunes rencontrant des responsables de l’ambassade de Russie à Paris en 2018. Quelques semaines plus tard, il rencontre des parlementaires à Washington et témoigne devant le Congrès américain2. Il défend alors le Hong Kong Human Rights and Democracy Act3 qui appelle explicitement les États-Unis à sanctionner personnellement des dirigeants hongkongais et chinois (toujours pour bien fixer les idées, on peut imaginer un opposant politique français allant témoigner devant la Douma et faire voter un texte appelant la Fédération de Russie à sanctionner personnellement des dirigeants français). Ce sont ces activités pour lesquelles il vient d’être jugé et condamné à une peine de 10 ans de prison pour collusion avec une puissance étrangère. Il a plaidé coupable.

En arrière-plan, la guerre économique sino-américaine

Les évènements de 2019 ont un contexte, c’est celui de la première guerre commerciale sino-américaine de Trump lors de son premier mandat. Hong Kong est alors un enjeu stratégique dans la guerre de communication que se livrent Pékin et Washington4 et la contestation qui n’en finit pas est un handicap pour Pékin5.

Quand Joshua Wong se fait connaître en 2014 c’est au titre de son combat pour la démocratie mais que défend-il exactement ? Tout simplement le droit pour les Hongkongais d’élire directement le chef de l’exécutif d’une part, et que celui-ci n’ait pas besoin d’être validé par Pékin d’autre part. À priori, on ne peut que s’en féliciter et se ranger à sa cause, à un détail près : Hong Kong est une région de la Chine. Région spéciale certes, avec une autonomie assez importante dans des tas de domaines (monnaie, fiscalité, justice, immigration, etc.) mais région quand-même. Rien d’étonnant alors à ce qu’aucun candidat ne soit autorisé à défendre l’idée d’indépendance de la région, ce qui constitue le vrai combat de Joshua Wong. Si le pouvoir central doit pouvoir s’en assurer, ce n’est pas parce que la Chine est une dictature mais parce qu’elle est un pays unifié qu’il ne saurait être question de laisser désintégrer. Se souvient-on de Puigdemont6 qui avait organisé un référendum d’indépendance en Catalogne ? Mandat international, fuite, capture, détention provisoire, exilé depuis 2017, il a été amnistié il y a seulement quelques semaines. L’Espagne n’est certainement pas une dictature mais il n’existe pas de question plus délicate aujourd’hui que celle de l’intégrité d’un pays.

Seize ans de prison pour ce jeune homme sympathique et courageux défendant la démocratie, c’est cruel et ça laisse un goût amer mais il y a des enjeux, un contexte et un danger que toutes les grandes puissances redoutent : la déclaration d’indépendance d’une seule région signerait le départ d’une désintégration, que ce soit en Chine, en Russie, aux États-Unis ou en Europe.


  1. https://news.cgtn.com/news/2019-08-10/Who-has-stirred-Hong-Kong-chaos–J2cVBSCzZu/index.html
  2. Opinion | In US bill on Hong Kong democracy, the real target is China. City should speak out against foreign meddling | South China Morning Post
  3. Hong Kong Human Rights and Democracy Act – Wikipedia
  4. Hong Kong protests become flashpoint in information war between China and U.S. – POLITICO
  5. Protests in Hong Kong are just the tip of the iceberg amid U.S.-China trade war



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