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Fenêtre sur rue

“La femme à la fenêtre”, film de Joe Wright, 2021. Sur Netflix

Fenêtre sur rue
© netflix

Adaptation d’un best seller de Daniel Mallory publié il y a deux ans, ce thriller plutôt réussi met aux prises une femme agoraphobe avec ses nouveaux voisins. Même si la finesse psychologique n’est pas toujours au rendez-vous, le film offre un bon spectacle. Critique.


Dans une vaste demeure de la 121e Rue de Manhattan réside une habitante curieuse. 

Anna Cox (Amy Adams) est agoraphobe. Gavée de médicaments, elle vit recluse dans l’obscurité. Seule avec son chat persan, elle passe son existence à noyer son chagrin dans le vin rouge en regardant de vieux films. On découvre rapidement qu’elle est psychologue, et qu’elle est séparée de sa fille qui s’en est allée avec son père. Son locataire passe lui descendre les poubelles. Pour une agoraphobe, Anna a tout de même quelques visites.

Elle parvient à ouvrir la porte au fils des voisins qui viennent d’emménager dans la maison d’en face. Le jeune Ethan est un ado gentil et tranquille, mais il semble un peu simplet et malheureux. 

Un cri de Julianne Moore dans la nuit

Halloween est une soirée plus difficile encore que les autres. Alors que les autres enfants du quartier s’en vont sonner aux portes pour réclamer des friandises, Anna préfère éteindre toutes les lumières chez elle, pour qu’on pense qu’il n’y a personne. Mais voilà que des petits voyous commencent à jeter des œufs sur la maison, ce qui terrifie Anna. Peut-être parce qu’elle a abusé encore davantage que d’ordinaire du mélange de vin rouge et de psychotropes, Anna pique une crise et perd connaissance sur le pas de sa porte.

C’est la nouvelle voisine, Jane (Julianne Moore), qui lui porte secours. Magnifique blonde, curieuse et un peu taquine, elle sympathise rapidement avec sa voisine bizarre. Devenues complices, les deux femmes s’échangent des confidences. Anna raconte sa maladie, tout en refusant d’en dévoiler les causes. Jane révèle que son mari, plus âgé, peut se montrer autoritaire. Comme elle habite dans la maison juste en face, et comme l’emploi de rideaux ne semble pas prévu par les nouveaux habitants, forcément, Anna observe.

Un soir, Anna entend un cri. Persuadée qu’il émane de la maison d’en face, son activité d’espionnage redouble. Le film offre dès lors d’incessants rebondissements. Anna possède un Nikon grand angle. À son grand désespoir, quand elle voit dans son objectif Jane se faire poignarder, son locataire et son téléphone sont introuvables. La police, finalement prévenue, arrive sur place. Coup de théâtre : c’est une autre blonde (Jennifer Jason Leigh) qui habite en réalité en face et qui se présente face à Anna. Elle se plaint aux flics du comportement de sa voisine, laquelle, en plus d’espionner la rue, importunerait son fils. Évidemment, personne n’a été poignardé chez elle. Anna serait-elle en réalité plus folle qu’on ne le pensait ?

N’est pas Hitchcock qui veut

Avec son suspense croissant – les multiples intrigues se complexifient et s’obscurcissent à mesure que l’état mental de l’héroïne se détériore – ce “whodunit” est un réjouissant spectacle, mais les scènes de violence en fin de film semblent superflues. 

Le film est surtout porté par des acteurs tous très bons. On regrette de ne pas voir plus longtemps Julianne Moore – raison pour laquelle on a lancé le film – étant donné qu’elle se fait trouer la peau dès le début, même si on préfère la voir en rousse qu’en blonde ! Selon qu’elle sourit ou non, le visage d’Amy Adams est lumineux ou lugubre. Son interprétation d’une psychotique toujours sur le fil du rasoir est particulièrement convaincante. Tout comme la périlleuse situation à laquelle elle se trouve confrontée, on sent qu’elle peut basculer dans la folie furieuse à tout instant. En revanche, même si c’est pour les besoins de l’intrigue, on n’échappe malheureusement pas à la tarte à la crème malvenue de la “mémoire traumatique” refoulée. Malgré quelques poncifs propres au genre (le robinet qui goutte, le grand escalier silencieux), le film parvient à nous offrir quelques bonnes trouvailles visuelles, mais ce n’est pas “Fenêtre sur cour” non plus. Il témoigne de la multiplication des nuisances offertes aux psychopathes par la technologie moderne mise à leur portée. En plus de son appareil photo, Anna fait des bêtises avec son portable, elle fait des recherches sur internet, elle utilise sa webcam etc… 

Cette “Femme à la fenêtre” n’a assurément pas le charme du classique de Hitchcock (1954), mais cela demeure un thriller réjouissant qui permet de passer une soirée agréable en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des bistros.

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Rédacteur en chef du site Causeur.fr

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