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Les manifestations pro-palestiniennes ne feraient-elles plus recette?

Les manifestations pro-palestiniennes ne feraient-elles plus recette?
Malgré l'interdiction, des manifestants déploient un drapeau palestinien et se font menaçants sur le boulevard Barbès à Paris, le 15 mai 2021 © OMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 01019294_000016

La France a-t-elle ouvert les yeux?


Les manifestations pro-palestiniennes ont en tout cas été très peu suivies samedi. Est-ce à dire que la situation des Palestiniens indiffère l’opinion ? Ou cela nous parle-t-il de la prise de conscience que le sort de la Palestine n’intéresse pas plus les pays arabes que les gauchistes ? Les Français auraient-ils fini par comprendre que la Palestine mobilise ses défenseurs, moins parce que la cause serait juste que parce qu’elle permet de propager en toute bonne conscience un antisémitisme décomplexé qui fait aujourd’hui des ravages en France ? À moins que ce soit le souvenir des manifestations de 2014 qui ait laissé des traces dans l’inconscient collectif :  une foule haineuse et violente s’était déversée sur Paris et Sarcelles en hurlant « Mort aux Juifs », une partie de la ville de Sarcelles avait été ravagée, des mots d’ordre appelant à la destruction des magasins « juifs » avaient été lancés et on a craint des lynchages de Français de confession juive. Depuis on a ouvert les yeux sur un antisémitisme arabo-musulman qui fait des ravages en France au point que, sur certains territoires, nombres d’enfants juifs ne peuvent plus être accueillis dans l’école de la république. On a rebaptisé Alya interne, les mouvements de population juive, chassée des villes où les islamistes sont dominants parmi la population musulmane et les statistiques ont montré que les actes antireligieux ciblaient surtout la population juive (celle-ci représente moins de 1% de la population et 40 à 50% des agressions constatées).

La décision d’interdire la manifestation parisienne comprise par les Français

Du coup, voir déferler dans les rues de Paris, des associations, aux liens troubles avec les activistes islamistes dont le seul but est d’importer un conflit étranger pour attiser et justifier un antisémitisme réel en France, pouvait difficilement susciter un mouvement de sympathie. La décision d’interdire la manifestation à Paris a donc été soutenue et seuls les islamo-gauchistes ont protesté, Mélenchon en tête. La sympathie pour la cause palestinienne a été atteinte par son instrumentalisation et par une propagande qui se soucie peu de réalités. Cela peut marcher auprès de populations peu éduquées, mais en France la parole et l’information sont libres et certains mensonges finissent par se voir.

La majeure partie de la Palestine historique est par exemple sous domination jordanienne. On eut pu penser que la question de l’occupation de la Palestine par la Jordanie serait aussi un chiffon rouge, puisqu’il parait que les pro-palestiniens ont à cœur l’autonomie du peuple palestinien. Mais non, dans ce cas, c’est parfaitement accepté. Comme fut parfaitement accepté le massacre des Palestiniens lors du fameux septembre noir et l’expulsion des combattants palestiniens par le roi Hussein. On estime entre 3 500 (selon les Jordaniens qui ont intérêt à minorer le chiffre) et 10 000, le nombre de morts palestiniens lors de cet épisode. Pour information, on estime que depuis les années 2 000, donc sur une durée de 21 ans, le conflit israëlo-palestinien a fait environ 10 000 morts. En 10 ans, la guerre en Syrie a fait, elle, 600 000 morts. On est bien loin de l’accusation de « génocide » colportée à la fois par les gauchistes, les islamistes et intégrée par toute une partie du monde musulman. Là aussi l’exagération n’a qu’un seul but : dépouiller les Juifs de la protection que leur confère le statut de victimes de la Shoah pour les transformer en bourreaux aux relents nazifiants. La démarche est immonde, elle sera pourtant longtemps soutenue par la gauche, au mépris même des faits et de l’histoire.

La haine d’Israël est un ciment politique pour les islamistes

En fait, si la Palestine va prendre un rôle central dans l’imaginaire arabo-musulman, c’est parce que la haine d’Israël et des Juifs est un ciment politique pour des militants islamistes qui veulent également dépasser les nationalismes arabes pour installer leur domination totalitaire. La violence du réveil de cet antisémitisme arabo-musulman parle aussi de la réalité et de l’approfondissement de l’influence des thèses islamistes en France et notamment de l’influence des Frères musulmans. Ceux-ci, selon l’enquête de Michaël Prazan, ont fait de la Palestine un Waqf, autrement dit un bien sacré de l’islam. « Céder une partie de la Palestine reviendrait à céder sur la religion (…) il s’agit d’une décision politique qui nourrit plusieurs objectifs dont rendre notamment impossible aux yeux de tous les musulmans, la présence d’un état juif sur la terre de Palestine, autrement dit fondre la totalité de l’Oumma dans un creuset anti-israëlien et propalestinien. » [1] On comprend pourquoi Israël n’a pas d’autre choix que de se battre. Ses voisins ne cherchent pas un compromis viable mais son éradication. C’est le but même pas dissimulé du Hamas et seuls ses relais à la LFI feignent de ne pas le savoir.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Manifestation pour Gaza interdite: un remède pire que le mal

De la même manière, il est compliqué de traiter de colonisateur un peuple juif qui dès qu’il gratte la terre où il vit, tombe sur des traces de ses origines. Si un peuple a des droits sur une terre ancestrale, c’est bien lui. Un minimum de culture historique montre en effet que la Palestine n’a jamais été dans l’histoire récente un état constitué, pas même un pays, juste l’assemblage de différentes régions administratives ottomanes. Elle est passée de la domination ottomane au protectorat anglais et n’existait pas en tant que telle. 

Les dirigeants du Hamas se moquent bien du peuple

La Palestine n’est utilisée par les pays arabes que comme arme de culpabilisation contre l’occident ou Israël, mais le sort du peuple intéresse si peu les pays arabes que lors des accords d’Abraham, traités de paix signés en 2020 entre Israël et les Émirats Arabes-Unis, il n’y a pas eu un mot sur la Palestine. C’était pourtant une occasion en or pour les pays arabes de soutenir leurs « frères ». 

Pays constitué, Israël a non seulement le droit de se défendre contre les attaques du Hamas, d’autant que cette secte islamiste n’est pas un cadeau pour sa population qu’elle traite comme de la chair à canon et dont elle ne protège guère les vies. La vie à Gaza est en enfer lorsque les Palestiniens de Cisjordanie, connaissent, eux un sort plus enviable. La responsabilité du Hamas vis-à-vis de sa population est terrible, il a une part énorme de responsabilité dans la souffrance des Gazaouis. Le Hamas se sert de sa population comme d’un bouclier, entreposant des armes ou lançant des roquettes à partir de bâtiments publics (écoles, hôpitaux, mosquées). Tous les mois, entre 30 et 50 millions de dollars sont censés arrivés à Gaza de la part des Émirats Arabes-Unis. Le peuple palestinien de Gaza est évalué à 2 millions d’individus. Or il ne parait pourtant pas profiter beaucoup de cette manne…. Pourtant, les besoins sont immenses pour cette population qui connait la misère et des difficultés de vie réelle. Hélas leurs dirigeants semblent s’en moquer tandis que leurs propres portefeuilles débordent. Les tirs de roquettes du Hamas ne ciblent pas des objectifs militaires et s’attaquent principalement aux civils, ce qui n’est pas étonnant, quand on utilise son propre peuple comme bouclier humain afin de pouvoir présenter un bilan lourd et faire ainsi pression sur l’opinion internationale.

Enfin pourquoi un Arabe peut se promener à Tel-Aviv alors que si un Juif s’égare dans certains territoires palestiniens, il se fera lyncher ? Pourquoi des Arabes peuvent vivre, étudier, enseigner, être citoyens en Israël alors qu’aucun Juif ne peut se rendre sans danger dans un État palestinien ? 

Indignation à géométrie variable

Si la disproportion de forces n’était pas en faveur d’Israël, croyez-vous seulement que l’état hébreu existerait encore ? Et lui qui pourrait balayer d’un revers de main le Hamas ne le fait pas, car il a plus de respect pour un peuple qui n’est pas le sien que ses propres dirigeants. Et on pourrait continuer à l’envi. À entendre les islamo-gauchistes français, il suffirait de supprimer Israël pour que la paix revienne dans le monde et que s’ouvre une ère de concorde et d’amour. Visiblement le fait que le Liban sombre à cause d’une classe dirigeante corrompue ne compte pas, que la guerre en Syrie continue n’a guère d’importance, que des marchés d’esclaves réouvrent en Libye est un point de détail, les conflits au Yémen ou en Irak ne concernent personne… Mais pour tomber sur le seul État de droit et la seule démocratie de cette partie du globe, là certains se bousculent. Or il y a plutôt de la mesure dans la riposte d’Israël. On se demanderait presqu’à la fin si cela n’alimente pas encore plus la rage et la haine des islamistes du Hamas. En écrivant cet article, je sais que tout cela est connu, renseigné et a été souvent dit, mais à gauche notamment tout cela est nié. 

Pourtant des dirigeants comme ceux du Hamas, qui envoient leur propre peuple à la mort pour utiliser celle-ci à des fins victimaires, devraient être vus pour ce qu’ils sont : des criminels indignes et dangereux. Quant à Israël, il a le droit de défendre sa souveraineté et ses frontières sans que cela ne suscite d’indignation. À quel autre État le refuserait-on ?

[1] Michaël Prazan, Frères musulmans, Grasset 2014, p 145.

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Ancienne conseillère régionale PS d'Île de France et cofondatrice, avec Fatiha Boudjahlat, du mouvement citoyen Viv(r)e la République, Céline Pina est essayiste et chroniqueuse. Dernier essai: "Ces biens essentiels" (Bouquins, 2021)

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