Les 29 et 30 octobre 2026, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, était à Montréal, en compagnie d’Antonio Costa, le président du Conseil européen, pour y rencontrer le Premier ministre canadien Mark Carney, lors d’un sommet Canada-UE. De nombreux accords portant sur des domaines cruciaux ont été signés à l’insu des peuples tant canadien qu’européens.
En septembre 2026, Ursula von der Leyen avait lancé l’idée iconoclaste s’il en est, d’octroyer au Canada – qui, avec ses 10 millions de km2, est le 2ème plus vaste pays de la planète après la Russie – le statut de premier « membre associé » de l’Union européenne, un nouveau concept dont les Etats-membres de l’UE n’avaient même pas été informés !
De même, nombre de Canadiens se sont indignés – surtout à droite dans les cercles conservateurs – de ne pas avoir été consultés, au vu des implications que le statut de membre associé ferait peser sur la souveraineté de leur pays, le Canada ayant mis quelque 115 ans à s’émanciper du Royaume Uni[1] entre 1867 et 1982, tout en partageant de nos jours le même monarque avec la Grande-Bretagne au sein du Commonwealth. Pour rappel, le chef de l’État du Canada est le roi Charles III, tandis que le Royaume-Uni a officiellement quitté l’UE le 31 janvier 2020, à la suite du référendum historique du 23 juin 2016 sur le Brexit !
Cette situation est rendue encore plus complexe en raison des tendances centrifuges au sein-même de la structure fédérale canadienne. En effet, les Québécois viennent de porter au pouvoir un Premier ministre séparatiste, leader du Parti québécois (PQ), qui promet un référendum sur l’indépendance du Québec vers 2030, tandis que la province de l’Alberta, riche en hydrocarbures, manifeste depuis plusieurs années de fortes velléités d’indépendance.
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Donald Trump, quant à lui, continue d’exprimer des velléités annexionnistes vis-à-vis du Canada. En décembre 2024, le président américain avait suggéré que le Canada devienne le 51e État des États-Unis si le pays était incapable de faire face aux tarifs douaniers de 25 % qu’il menaçait d’imposer, ajoutant que le Premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, pourrait en devenir le gouverneur. Le 27 mai 2025, réitérant sa détermination, le président américain a déclaré avoir informé le Canada que l’adhésion à son projet de bouclier antimissile « Dôme d’or » coûterait 61 milliards USD, s’il « demeurait une nation distincte, mais inégale, mais que cela ne lui coûterait rien s’il devenait notre cher 51e État » !
Réticences et faux-pas
Trump a dénoncé l’« idée risible » de faire du Canada un membre associé de l’UE, la qualifiant même d’« acte hostile » susceptible de déclencher des sanctions américaines à destination à la fois de l’UE et du Canada. A noter que, pour l’heure, 70% des exportations canadiennes sont à destination des Etats-Unis et 8% seulement de l’Europe. L’Allemagne, la France, la Grèce et l’Italie ne sont pas non plus favorables au statut de membre associé pour le Canada, car la question se pose notamment de savoir si le pays participerait au Conseil européen ou aux processus décisionnels. La formulation retenue à l’issue du sommet, est finalement celle d’« une association toujours plus étroite du Canada avec l’UE, sans aller jusqu’à une adhésion à part entière ». Dans le cadre de cette « Alliance pour l’avenir », le nouveau statut de membre associé sera défini, en mars 2027, lors d’une rencontre conjointe entre les commissaires européens et le Cabinet du Premier ministre Carney.
Quant aux Québécois, la plupart ont été choqués par le brusque refus du Premier ministre canadien de donner la moindre voix au chapitre à leur nouveau Premier ministre souverainiste, dont la province accueillait le sommet, sous prétexte que les provinces canadiennes devaient s’effacer devant la prééminence du niveau fédéral !
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Ursula von der Leyen, qui semble caresser le rêve – comme bon nombre de politiciens français – de voir un jour l’UE se transformer en un État centralisé, est venue prêter main forte à son potentiel futur homologue – Mark Carney – en prononçant un discours exclusivement en anglais, égratignant au passage le bilinguisme officiel canadien qui figure dans la Constitution.
Enfin, comme l’a souligné le commentateur politique canadien Benjamin Tremblay, le statut de membre associé a vocation à être octroyé par l’UE à d’autres Etats non-européens tels que l’Australie ou le Maroc, transformant ainsi la mission originelle de la construction européenne.
Une pléthore d’accords
Au-delà de ces multiples querelles, le rapprochement Canada-UE s’est matérialisé par la signature de nombreux accords négociés de longue date, notamment dans les domaines de l’énergie (sur fond de lourdes sanctions contre la Russie) et des matériaux critiques, de la coopération dans l’Arctique, de l’épineuse régulation de l’intelligence artificielle, mais aussi sur les questions plus idéologiques du soutien à l’Ukraine et de la lutte contre les ingérences étrangères (c’est-à-dire la Russie et la Chine). Depuis 2025, le Canada et l’UE coopèrent déjà dans le cadre de deux partenariats : l’un industriel, l’autre stratégique (sécurité et défense).
L’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, le CETA, appliqué à titre provisoire depuis 2017, n’a pas encore été ratifié par les 27 États-membres de l’UE (dont la France). Rappelons à cet égard que la Commission européenne est dotée d’une compétence exclusive pour conclure des accords commerciaux de par le monde, mettant ainsi sur la touche les agriculteurs européens récalcitrants qui voient, par exemple, avec inquiétude, l’arrivée prochaine sur le marché européen de la viande de porc et de bœuf canadiens, (qui viendra s’ajouter à la controverse agricole sur le poulet ukrainien, arrivé en masse sur le marché en raison d’un règlement européen visant à soutenir l’Ukraine).
Un tropisme ukrainien ?
En matière de soutien à l’Ukraine, depuis la révolution de Maidan en 2014, le Canada, qui abrite l’une des plus vastes diasporas ukrainiennes dans le monde (soit 1,5 million de personnes, dont plusieurs centaines de milliers de réfugiés), a soutenu sans relâche le réarmement de l’Ukraine et la formation de ses forces armées. Et ce, de concert avec les Administrations américaines successives et le Royaume-Uni. Le Premier ministre Mark Carney s’est inscrit dans la continuité de cette aide. En septembre 2026, il s’est engagé dans une coopération avec l’Ukraine à produire des millions de drones. Le 4 mai 2026, Mark Carney a annoncé le versement de 173 millions € à l’Ukraine pour qu’elle se dote de capacités militaires. « Ces fonds serviront à l’achat d’équipements figurant sur une liste de l’OTAN et portent le montant total de l’aide financière du Canada à l’Ukraine à 25,8 milliards de dollars, soit 16,4 milliards € », selon Radio-Canada. A l’occasion du récent sommet de Montréal, Mark Carney a annoncé, le 30 octobre 2026, que le Canada contribuerait à hauteur de 500 millions € comme engagement initial au « prêt » de 90 milliards € de l’UE à destination de l’Ukraine.
Le Canada et l’UE ensemble contre la Russie
Le Canada est membre de la Coalition des volontaires lancée par la France et le Royaume-Uni en mars 2025. Celle-ci regroupe 37 pays qui envisagent de déployer des troupes en Ukraine dès la signature d’un cessez-le-feu avec la Russie « pour aider l’Ukraine à dissuader à l’avenir toute nouvelle agression russe ». Réunis dans la Force multinationale pour l’Ukraine (MNF-U) créée en mars 2025, 2800 militaires de 10 pays – dont 1100 soldats français – vont s’entraîner du 9 au 22 novembre 2026 à un exercice grandeur nature en Pologne. Plus de 2000 soldats canadiens sont déjà présents en Lettonie, dans le cadre de l’opération canadienne « Reassurance » lancée en 2014 « pour dissuader l’agression russe et défendre le territoire de l’OTAN ». Elle a été récemment renouvelée.
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Les soldats canadiens sont stationnés près de la ville lettone de Daugavpils, dont la moitié des habitants sont d’origine russe. La ville est située à une trentaine de kilomètres de la frontière biélorusse et à 120 km de la Russie. Cette situation fait craindre à certains observateurs une fuite en avant dans une escalade guerrière qui pourrait dégénérer en un conflit de haute intensité entre l’OTAN et la Russie. Le représentant de la Fédération de Russie aux Nations unies, Vassili Nebenzya, avait déjà menacé en mai 2026, d’une riposte en Lettonie si des drones ukrainiens étaient lancés depuis son territoire vers la capitale russe. Des voix se sont alors élevées au Canada contre l’idée de voir les soldats canadiens servir de chair à canon.
Ce ne serait en effet pas la première fois que le Canada serait entraîné dans un conflit mondial avec des pertes insensées, comme ce fut le cas lors de la Première Guerre mondiale (66 000 morts, 172 000 blessés), puis de la Deuxième Guerre mondiale (45 000 morts, 54 000 blessés). Surtout que le déclenchement d’une guerre contre la Russie sur le continent européen pourrait survenir à partir de l’automne 2027[2].
[1] En 1867, le Canada devient un dominion britannique : autonome en matière de politique intérieure, il demeure assujetti à la Couronne dans les domaines de la politique étrangère et de la défense. Après la Première Guerre mondiale, le Canada prend son autonomie progressive en matière de diplomatie, de défense et de sécurité. En 1931, le Statut de Westminster reconnaît la souveraineté externe de tous les dominions de l’Empire britannique. La Loi de 1982 sur le Canada met un terme à la dépendance juridique du pays vis-à-vis du Parlement britannique.
[2] Journal de 20 heures de France 2 du 19 septembre 2026.
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