La danseuse et chorégraphe guyanaise sera en tournée à travers toute la France de janvier à juin 2027. Une bonne occasion de faire le point avec elle sur son parcours original et son art inventif et parfois déroutant.
« J’ai d’abord pratiqué le sport, notamment la natation et le tennis, avant de me consacrer à la danse », explique la danseuse et chorégraphe Johana Malédon, de la compagnie Mâle. « Cela a participé à construire mon rapport à l’effort, à l’engagement physique et aux possibilités du corps. Ma formation en danse a commencé par le jazz, puis s’est enrichie d’autres pratiques, notamment contemporaines. Je crois beaucoup à l’idée d’un corps-mémoire, qui conserve les traces de ce qu’il a traversé, même lorsque l’on ne mobilise plus consciemment une technique. Aujourd’hui, ma recherche passe beaucoup par le poids, la gravité, les articulations, la densité et les changements d’états physiques. Je m’intéresse autant à la résistance qu’à la disponibilité d’un corps, à sa capacité à agir, à se laisser traverser ou à ne pas répondre immédiatement à ce qui lui arrive. Je travaille beaucoup à partir de l’improvisation, en créant des situations qui permettent aux interprètes de faire émerger leurs propres réponses. Je ne cherche pas particulièrement à appartenir à un style, mais à trouver le mouvement juste pour ce que je suis en train d’explorer. » Une démarche et des conceptions qui lui réussissent car le travail de Johana Malédon est aujourd’hui largement reconnu et apprécié dans le milieu de la danse contemporaine.

Chorégraphe et danseuse guyanaise, installée en Île-de-France depuis environ treize ans, elle a grandi en Guyane française, un territoire auquel elle reste attachée et dont les dynamiques, les conflits et les complexités continuent de nourrir son regard.
Dans un kibboutz en Israël
Elle quitte la Guyane à l’adolescence pour poursuivre sa formation en danse à Paris. « C’était une nécessité pour danser, mais aussi un départ plus complexe à cet âge-là », reconnaît-elle. Son parcours l’a ensuite menée du Conservatoire de Paris à l’Alvin Ailey School à New York, puis à la Kibbutz Contemporary Dance Company, en Israël, puis au Pôle supérieur Paris Boulogne-Billancourt. « Je suis quelqu’un de curieux, passionné par les voyages, les rencontres et les différences. J’ai tendance à beaucoup questionner ce qui m’entoure, à remettre les choses en perspective », dit-elle. « La création chorégraphique est l’endroit où ces réflexions prennent forme, se confrontent et se transforment. »
La Kibbutz Contemporary Dance Company, elle fait sa rencontre en 2017 lors d’une audition à Paris ; immédiatement, elle est frappée par son langage chorégraphique. « Une danse très physique, brute, presque viscérale, avec des corps qui semblaient traversés par une urgence », commente-t-elle. « Des corps qui crient, sans forcément prononcer un mot. » Elle intègre un programme de formation international qui lui permet de s’immerger dans le travail de cette compagnie. « Nous vivions dans un kibboutz, en communauté, avec un rythme de travail particulièrement intense. Après Paris et New York, j’avais envie de partir dans une autre direction, au sens propre comme au figuré. Cette expérience a profondément modifié mon rapport à la danse. J’y ai découvert une « physicalité« qui ne reposait pas seulement sur l’exécution du mouvement, mais sur ce qui semblait le rendre nécessaire. Cette sensation qu’un geste ne pouvait pas être autrement. »
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Johana Malédon aime travailler sur les questions d’identité, mais pas que. « Je pars généralement de questions qui me traversent au quotidien, de comportements, de contradictions ou de situations ordinaires qui continuent de m’interroger », confie-t-elle. « Le corps est un terrain de recherche immense. Il porte des mémoires, des habitudes, des expériences, mais il peut aussi nous surprendre et nous échapper. Je m’intéresse notamment aux décalages entre ce que l’on ressent, ce que l’on montre et ce que l’on parvient à exprimer. La création me permet d’explorer ces questions sans nécessairement chercher à les résoudre. Ce qui m’intéresse, c’est aussi ce que je découvre en chemin. »
Son riche parcours l’a conduite à travailler avec la danseuse japonaise Yoshiko Waki qu’elle a rencontrée en Allemagne en 2025, alors qu’elle était interprète dans l’une de ses créations. « Je me souviens du moment où je l’ai vue entrer dans le studio », se remémore-t-elle. « J’ai eu un coup de cœur immédiat pour cette femme, sa présence et sa manière d’envisager le travail. Yoshiko est chorégraphe ; elle a plus de 60 ans et n’était pas remontée sur scène depuis une dizaine d’années (…) Nous avons des parcours, des générations et des références très différentes. Je ne cherche pas à lui transmettre mon rôle ou mes mouvements, mais à lui proposer un espace dont elle puisse s’emparer avec ce qu’elle est aujourd’hui. Cela demande de se rendre disponible à l’inconnu, d’accepter de ne pas maîtriser ce qui va surgir, et de laisser cette rencontre bousculer nos habitudes et nos certitudes. »
En juillet dernier, elle a présenté dans le cadre du champ d’expérimentation Vive le sujet !, au Festival d’Avignon, le spectacle dear, réalisée avec la scénographe Felicia Riegel. Leur collaboration commença à distance, à travers une correspondance. « Une relation s’est progressivement construite au fil de ces échanges », déclare Johana. « Sur scène, nous manipulons des parpaings que nous déplaçons, assemblons et transformons. L’espace évolue au fil de nos actions, entre effort physique, contraintes et ajustements. Comment faire ensemble dans un environnement qui ne facilite pas la rencontre ? Comment y trouver une place pour la douceur ? Ce sont des questions qui traversent la pièce. »
En dehors de la danse, sa passion, son métier, Johana Malédon aime l’écriture, la peinture, la poterie, la photographie, la musique et la décoration intérieure. De janvier à juin 2027, elle sera en tournée à travers toute la France et même au Cap-Vert. Ne la manquez pas ! Ses créations singulières valent le détour.




