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Soral, l’antijuif errant

Le soralisme est un anti-occidentalisme suicidaire, une fascination pour les totalitarismes, une obsession pathologique du Juif...


Soral, l’antijuif errant
Alain Soral à Moscou, au début de son exil en Russie, février 2026. DR.

Pour échapper à la justice occidentale, Alain Soral s’est choisi la Russie, la patrie rêvée de l’ordre et de l’autorité : las, le séjour a tourné court, et voilà notre gourou exilé à Tunis, rattrapé par ses mensonges et ses délires obsessionnels. Ce n’est pas du Soljenitsyne mais du roman picaresque.


Le Juif errant est un mythe populaire et littéraire chrétien : celui d’un homme condamné à marcher sans fin sur la terre jusqu’au retour du Christ, pour lui avoir refusé un instant de repos sur le chemin du Calvaire. C’est précisément ce qui arrive à Alain Soral, condamné à errer de pays autoritaires en pays autoritaires, sans jamais trouver ni maison ni repos.

Ce lundi 12 octobre, Thierry Mariani, eurodéputé Rassemblement national depuis 2019 et notoirement réputé proche de Moscou et de Vladimir Poutine, a enfin mis à mal le mythe d’un Soral relooké en Soljenitsyne moderne en déclarant : « Quand Alain Soral dit qu’il est en Russie, c’est une escroquerie intellectuelle. Il est arrivé en Russie en février et reparti fin avril. Il n’est plus sur le sol russe. »

Soral, le « résistant » qui combat la « France juive », les « sionistes du monde entier », « Tel-Aviv », « l’impérialisme américano-sioniste » et, globalement, tout ce qui touche aux Juifs et à l’Occident, est parti il y a quelques mois se réfugier en Russie pour échapper à une peine de prison en France. Une peine légère : inférieure à deux ans, un simple bracelet électronique aurait suffi, pour un délit d’opinion.

La Russie est la patrie dont il vante sans cesse les mérites et qu’il présente comme le modèle ultime de société. Poutine est à ses yeux le chef d’État par excellence et Soral est allé jusqu’à proposer aux Russes, une fois la France potentiellement envahie, de collaborer et de mettre en place le nouveau régime. Un patriote français, en somme.

Il a longtemps été un relais de Moscou et a reconnu avoir reçu des financements iraniens lorsqu’il a monté sa liste antisioniste aux européennes de 2009. Sa fonction était de semer le trouble, au moins idéologique, dans le débat public, notamment auprès des jeunes qu’il a embrigadés pendant une quinzaine d’années. Beaucoup d’entre eux, aujourd’hui à droite comme à gauche, ont honte de l’avoir suivi et d’avoir été façonnés par lui.

Un exil qui fait flop

Début 2026, celui qui se pose en chantre de la résistance aux Américains et aux Juifs s’installe en Russie. Là-bas, obtenir l’asile politique suppose, dit-on, d’y rester au minimum un an. Autrement dit, la Russie vous garde en quelque sorte en otage et on n’y est pas vraiment libre. Selon des sources qui naviguent dans les eaux troubles de la droite, il a été accueilli plutôt froidement. C’est un homme en perte de vitesse depuis des années, dont le mouvement perd ses adhérents et dont la plupart des relations professionnelles sont rompues, y compris avec les « journalistes » de sa sphère. Il est arrivé perdu, dépaysé et sans contacts. Le pouvoir russe n’a pas vu en lui une grosse prise ni quelqu’un qui aurait quelque chose à apporter au régime.

Il faut ajouter à cela que la Russie n’est pas un pays où tout est permis. Le blasphème envers les religions y est puni par la loi, et toute forme de négationnisme ou d’apologie d’Adolf Hitler et du nazisme y est prohibée, dans un pays qui a perdu environ 27 millions d’habitants pendant la Seconde Guerre mondiale. Or, dans des vidéos comme dans plusieurs directs sur YouTube, Soral a vanté le national-socialisme et certains traits du régime hitlérien. Autant dire que les autorités russes n’ont pas apprécié.

Une source proche de ces milieux indique qu’il aurait alors reçu des menaces du gouvernement russe qui souhaitait l’expulser s’il ne se taisait pas, mais aussi de groupes mafieux qui, indignés par ses propos sur les Juifs, auraient menacé de s’en prendre physiquement à lui. Le résistant était donc menacé dans sa vie. Il découvrait que la Russie, elle, ne plaisante pas avec ces sujets.

Il n’en est pas resté là. Le mois suivant, il a récidivé en s’attaquant à la Russie elle-même, c’est-à-dire à ses habitants. Il a dénigré les femmes russes, qu’il juge « laides », avant d’ajouter que les jolies femmes se trouvent sur la Côte d’Azur, puis moqué l’arriération du pays (« un pays de ploucs »), en retard sur l’Europe occidentale. Les autorités l’auraient alors sommé de quitter le territoire dans les plus brefs délais, sous peine de poursuites. Qui dit poursuites en Russie dit camp ou prison. Lui qui avait toujours vanté la liberté dont on jouirait là-bas aurait donc dû fuir, par peur de finir dans un camp de rééducation. Contraint de quitter la Russie, Soral s’est replié en Tunisie, où il vit aujourd’hui. L’errance continue.

La « résistance soralienne » n’a finalement été qu’une mascarade qui lui a surtout rapporté beaucoup d’argent. Il a récemment ouvert une cagnotte qui dépasse aujourd’hui 30 000 euros, suite logique des multiples business montés avec son ami Dieudonné, qui leur permettent de vivre depuis une vingtaine d’années sans jamais vraiment travailler, tout en se faisant passer pour des hommes traqués par le système médiatique et, bien sûr, pour des victimes des Juifs. Car cette victimisation ne saurait exister sans l’antisémitisme obsessionnel.

Ce qu’est le « soralisme »

Il faut rappeler sans cesse ce qu’est le soralisme : un anti-occidentalisme suicidaire, une fascination pour les totalitarismes, une obsession pathologique du Juif et un illibéralisme antidémocratique. Il prône la victoire du bloc tiers-mondiste (Russie, Chine, Iran), pseudo « axe de la résistance » et rassemblement de tous ceux qui haïssent l’Occident et ses valeurs. Soral n’a jamais été qu’un fossoyeur de l’histoire de France et surtout un imposteur qui n’a de cesse d’arnaquer des fans qui l’imaginent en gourou de la résistance mondiale.

La dissonance finale du soralisme, c’est qu’il prétend mener la résistance pour un monde libre depuis l’autocratique Tunisie, où il s’est replié. Soral et les soraliens vantent sans cesse la liberté d’expression pour finir par s’acoquiner avec des régimes où cette liberté est un crime : la Russie, l’Iran et, pour finir, la Tunisie, en pleine dérive autoritaire.

Au fond, le destin de Soral, passé du Parti communiste au Front national parce qu’il cherchait une radicalité nouvelle que seul Jean-Marie Le Pen pouvait lui offrir, confirme la maxime du même Le Pen selon laquelle « les dauphins ne sont faits que pour s’échouer sur le rivage ». Sa carrière entière est un naufrage. Tout le monde l’a quitté et ses idées n’ont jamais percé au-delà d’une frange révoltée, souvent peu au fait des réalités politiques, historiques et géopolitiques. Un errant idéologique.

Novembre 2026 - #150

Article extrait du Magazine Causeur




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Ancien collaborateur parlementaire et ancien conseiller ministériel. Consultant au sein de l’agence Fargo-Sachinka.

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