La créolisation vantée par le chef de file de la France insoumise ne fait pas un programme politique


L’obsession égalitariste trouve en Jean-Luc Mélenchon un héraut qui la pare (à nouveau) du nom de créolisation dans une intervention récente sur France Info. Un terme qui fut forgé par un poète martiniquais, Edouard Glissant. On en comprend facilement le sens : il s’agit du mélange (évidemment supposé harmonieux) de cultures différentes dont le résultat serait une sorte de « superculture » qui ne serait pas la somme de ses composantes, mais quelque chose d’autre (que l’on suppose forcément bien préférable à chacune des cultures initiales).

L’internationale sera le genre humain V2

Le pauvre Marx doit se retourner dans sa tombe. Ses plus fidèles héritiers, ses plus loquaces évangélistes, semblent avoir oublié la bonne parole du matérialisme historique. La cathédrale conceptuelle du bon vieux communisme s’est transformée en petite chapelle du bon sentiment, dont toute la pensée se résume à : « nous sommes une seule espèce ». Certes cette petite chapelle à une visée universaliste (un reste de trotskysme ?) puisque la créolisation est « l’avenir du monde ». Cela sonne un peu comme « l’internationale sera le genre humain », en plus moderne peut-être.

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La question est : qu’arrive-t-il à Monsieur Mélenchon ? Qu’est-ce que cette bouillie de bon sentiments, d’enfants qui vont s’aimer, de conquête de l’espace et des mers par une humanité unifiée ? Cela me rappelle un film que j’aime beaucoup, avec une chanson qui s’y rattache : « Si tous les gars du monde devenaient de bons copains, et marchaient la main dans la main, le bonheur serait pour demain » (je souris en pensant aux hurlements féministes à l’écoute d’une telle chanson). Un programme auquel on ne peut qu’adhérer. Mais ça ne fait pas un programme politique.

Une politique d’un nouveau genre

Il est bien vrai que la gauche est en bout de course, comme il le constate lui-même. Il ne peut s’en prendre qu’à cette pensée au rabais dont il se fait un des chantres. Sans doute pense-t-il aussi qu’aujourd’hui, à l’heure où l’on supprime les chiffres romains, il est important d’être compris par sa cible électorale et de ne pas compliquer les discours. D’où une sorte d’esperanto politique, basé sur des idées simples : la gauche c’est la solidarité, l’avenir c’est la créolisation, le monde bientôt sera un genre humain, sans diversité ni identités, mais composés de personnes non genrées, une espèce nouvelle et universelle dont Jean-Luc Mélenchon nous promet l’avènement et qu’il a déjà baptisée: LES GENS.

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