La dernière série sur Netflix, La Révolution, est d’abord à prendre comme un pur divertissement qui récrit l’histoire avec les codes du mauvais genre. Et c’est plutôt plaisant.
La dernière série française sur Netflix, La Révolution, ne lésine pas sur les moyens. Pour reconstituer le décor largement fantasmé dans le genre gothique de la France des années 1780 dans le comté imaginaire de Montargis, tout est soigné jusqu’au moins détail. La forteresse impressionnante, la forêt de toits misérables, les costumes et en permanence, un clair-obscur à la fois crasseux et léché qui doit plus à l’esthétique du film d’épouvante qu’à Rembrandt.
Pur divertissement
Il ne faut demander, à la série La Révolution d’Aurélien Molas, qui aura par ailleurs d’autres saisons, que ce qu’elle peut donner. Un pur divertissement qui ne prétend en rien à une quelconque ambition historique. L’utiliser comme support pédagogique, par exemple, demanderait beaucoup d’habileté aux enseignants. D’abord parce qu’il faudra tout de même passer vite sur les scènes de sexe et de violence qui sont traitées dans la grande tradition du genre, c’est-à-dire sans concessions. Ensuite parce qu’il faut admettre le point de départ de La Révolution.
Une hybridation plaisante de tous les « mauvais genres », fantastique, gore, zombie et compagnie…
Elle se déroule dans une réalité parallèle, dans une histoire alternative, un peu comme la seconde guerre mondiale dans le Maître du Haut Château de Dick (visible sur Amazon Prime). On appelle ça une uchronie. La Révolution française aura bien lieu, mais pas pour les raisons que l’on croit habituellement et se déroulera différemment, comme l’explique la voix-off de la jeune fille au commencement, même si on vous a raconté une toute autre histoire dans les manuels. Ce qu’on veut bien croire puisque la jeune fille en question, dans une scène inaugurale digne d’un western italien, arrive tranquillement à cheval devant Versailles en ruines et abat en duel au pistolet, dans un décor de neige, un aristocrate à perruque avant de le décapiter. On comprendra plus tard la nécessité de ce petit plus sadique…
Jouons avec les mauvais genres
Le point de divergence uchronique, comme on dit, se situe vers 1787, quand une épidémie d’un genre nouveau, qui passe par le sang, transforme une partie de l’aristocratie en zombies, ou en vampires, ou en un mélange des deux, comme il vous plaira.
Les deux ou trois premiers épisodes qui sont principalement des épisodes d’exposition jouent peut-être un peu trop avec les mystères d’une intrigue polyphonique et un risque d’égarement mais ils ont au moins le mérite de préciser le cadre et l’atmosphère tout de même assez inédits et de nous présenter les personnages joués par de bons acteurs, la plupart encore peu connus. Un seigneur sans pitié qui se nourrit de donzelles égarées (souvenir inconscient de Gilles de Rais et de la Bête du Gévaudan ?), une gamine qui fait des cauchemars terrifiants où elle voit le seigneur sans pitié, ce qui est ennuyeux car il est de la famille, un jeune médecin de la prison du comté de Montargis, un certain Joseph Guillotin qui découvre peu à peu la nature de la maladie et de l’épidémie qui menacent ; une aristocrate, tante de la jeune fille aux cauchemars, qui prend peu à peu le parti de la Fraternité, un groupe de paysans rebelles. Rajoutez un esclave noir accusé à tort des meurtres des fillettes, du vaudou, de l’anthropophagie et vous aurez un joyeux foutoir, une hybridation plaisante de tous les « mauvais genres », fantastique, gore, zombie et compagnie.
Et quand on en arrive à l’épisode 4 et que l’action décolle vraiment, à moins de vouloir prendre au sérieux le très vague et très caricatural « message révolutionnaire », on prend un vrai plaisir de spectateur à ce combat des lumières contre les ténèbres qui a fini par déclencher La Révolution.
Pour le reste, il est amusant de voir que les Lumières, ce qui nous a enchanté, sont incarnées par le jeune Joseph Guillotin (qui sera, par humanité afin d’éviter les souffrances des condamnés, un des inventeurs de la guillotine) et un prêtre qui exerce systématiquement un droit d’asile dans son église, à croire qu’il a lu la dernière encyclique papale.
La Révolution, sur Netflix, huit épisodes de cinquante minutes. Création : Aurélien Molas.
Le collectif pro-palestinien « Cheikh Yassine », du nom du fondateur du Hamas, semble directement impliqué dans la décapitation de Samuel Paty, enseignant français dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine. Le fait que la cellule islamiste porte le nom d’un cheikh de Gaza ne doit rien au hasard. La cause palestinienne a été le cheval de Troie de l’islamisme en France à travers la victimisation forcenée des Palestiniens.
En 2000, au moment où éclate la seconde Intifada en Israël, en France, certains musulmans passent à l’attaque contre des rabbins, des écoles juives, des synagogues ou de simples juifs scolarisés dans des écoles publiques.
Le monde politique et les médias tairont cette première forme de guerre civile, ou la traiteront comme un conflit « ethnique » entre juifs et arabes sans voir que s’amorce à cet instant, le début de la guerre que l’islam radical mène aujourd’hui contre la France.
La politique d’omission des violences commises par des musulmans prendra diverses formes. Jusqu’à aujourd’hui, les médias taisent le nom des violeurs, des assassins, des auteurs des violences – parfois pudiquement appelées « incivilités » – quand ils portent des noms ou des prénoms qui pourraient faire penser qu’ils sont musulmans.
Mais au-delà de cette connivence, les médias français, et plus particulièrement le journaliste français Charles Enderlin et France 2 portent une lourde responsabilité dans la propagation de cette haine anti-juive : ils ont diffusé la première grande fake news de notre ère – la diffusion de la mise en scène de la « mort » Mohamed al Dura – alimentant la haine contre les juifs en France et dans le monde entier.
Pour mémoire, le 30 septembre 2000, France 2 a diffusé au 20 heures un reportage tourné à Gaza semblant montrer la mort d’un enfant palestinien « le petit Mohamed » dans les bras de son père. En fait, ces images diffusées par France 2 et commentées par Charles Enderlin s’avèreront être une pure et simple mise en scène. Ces images auront un retentissement planétaire, d’autant plus que France 2 les mettra gratuitement à la disposition de toutes chaînes de télévision de la planète. Le « petit Mohamed » assassiné par les Israéliens va devenir une icône du monde musulman.
Le message que les Palestiniens tentaient de faire passer au monde depuis longtemps – avec la complicité de certains médias occidentaux – était enfin parfaitement illustré : les juifs sont les nouveaux Nazis, les Palestiniens sont leurs victimes.
Ainsi, en février 2002 au Pakistan, Daniel Pearl a été égorgé avec en arrière-plan les images de la fameuse scène de France 2 devenue iconique. En France, la journaliste Catherine Nay résumera le sentiment général sur Europe 1 : « La mort du petit Mohamed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le ghetto de Varsovie ». Plus tard, en 2012, Mohamed Merah assassinera des enfants juifs et leur professeur devant une école juive à Toulouse – mais aussi déjà des militaires français – pour venger la mort des enfants palestiniens tués à Gaza.
En incitant à la haine contre Israël – dans le but de fabriquer un buzz facile ou pour satisfaire des objectifs géopolitiques incertains – la plupart des politiques et des médias français ont alimenté la bête qui est en train de dévorer la France petit à petit : au début, on attaquait les juifs, puis les militaires et la police, des dessinateurs puis les cafés et les salles de concert, ensuite des Français en train de célébrer le 14 juillet pour arriver en 2020 à un professeur décapité en pleine rue.
La diabolisation d’Israël et le palestinisme ont des responsables. Mais rien ne sert de rouvrir de vieilles plaies.
Il est plus important de montrer que l’idéologie axée sur la défense sans recul du « peuple palestinien » a fini par lasser les autres peuples arabes puisqu’ils sont de plus en plus nombreux à se tourner ostensiblement vers Israël (cf. Bahreïn et les Emirats Arabes Unis).
Il serait étrange que la France et l’Europe demeurent les derniers supports de la « cause » palestinienne alors que le monde arabe lui tourne le dos. Mais « l’antisionisme » des minorités musulmanes en Europe a besoin d’être ménagé.
Yves Mamou, ancien journaliste au Monde est l’auteur de « Le Grand Abandon, les élites françaises et l’islamisme » (L’Artilleur).
Philippe Karsenty est ancien élu de Neuilly, éditeur et homme d’affaires.
Alors que l’ONU fête ses 75 ans, la diplomatie française œuvre pour les intérêts… allemands
« La ligne que je veux avoir pour la France, c’est une ligne que je qualifierai de gaullo-mitterrandienne », avait affirmé Emmanuel Macron dans l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2017[tooltips content= »Propos tenu lors du débat télévisé face à Marine Le Pen du 3 mai 2017″](1)[/tooltips]. Or c’est tout l’inverse qu’il pratique.
Je veux tenir une ligne gaullo-mitterrandienne à l’international : je veux une France qui sache construire la paix. #2017LeDébatpic.twitter.com/dID7G2CCv0
Ouverte le mois dernier et prévue pour durer jusqu’en décembre, l’Assemblée générale des Nations Unies est la 75e du nom. Il y a en effet 75 ans qu’a été créée l’ONU, l’Organisation des Nations unies. En 1945, grâce à l’obstination du général de Gaulle, la France y avait obtenu son siège de membre permanent du Conseil de sécurité, doté d’un droit de veto.
Treize ans plus tard, confiant à Maurice Couve de Murville les clefs du quai d’Orsay qu’il allait conserver une décennie durant, le général de Gaulle lui avait donné cette unique consigne :« En matière de politique étrangère, ne jamais s’en remettre à personne d’autre qu’à soi-même. »
Lors de la première guerre du Golfe (1990-1991), si François Mitterrand engagea la France contre l’Irak aux côtés de la coalition internationale menée par les États-Unis – position des plus contestables –, c’est parce qu’il considérait que dans le contexte international nouveau-né de la chute du Mur de Berlin, l’ONU, alors affaiblie, allait retrouver toute sa vigueur. Et que, par conséquent, la France ne devait en aucune façon voir contesté son siège de membre permanent[tooltips content= »Position explicitée par l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine in Les Mondes de François Mitterrand (Fayard, 1996). »](2)[/tooltips].
Du fondateur de la Ve République jusqu’à François Hollande, même en dépit de choix diplomatiques et stratégiques souvent contestables, voire nocifs et parfois criminels, les présidents successifs auront eu au moins le mérite de faire en sorte que les prises de position de la France en matière internationale ne procèdent que de sa seule décision. Tragiquement, c’est une voie totalement inverse qu’a choisie, délibérément, Emmanuel Macron, tout « gaullo-mitterrandien » qu’il se réclamât.
Emmanuel Macron n’a de cesse, depuis son accession à la présidence de la République, de mettre en pièces notre autonomie de décision en matière diplomatique et stratégique. Et, ce faisant, il trahit non seulement l’esprit mais le texte de la Constitution de la Ve République qui fait du chef de l’État, par son article 5, « le garant de l’indépendance nationale ».
Par le traité d’Aix-la Chapelle, il n’a pas complété le traité de l’Élysée, il l’a bafoué. Alors que le général de Gaulle et Konrad Adenauer étaient convenus que « sur toutes les questions importantes de politique étrangère, et en premier lieu sur les questions d’intérêt commun », la France et l’Allemagne mèneraient des consultations – rien de plus – « en vue de parvenir, autant que possible, à une position analogue », ce qui n’engageait à rien de plus qu’à de la courtoisie, Emmanuel Macron a paraphé un texte léonin dans lequel il est écrit (article 8, alinéa 2) : « Les deux États s’engagent à poursuivre leurs efforts pour mener à terme des négociations intergouvernementales concernant la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’admission de la République fédérale d’Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies est une priorité de la diplomatie franco-allemande. »Une priorité !
Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le ministre allemand des Finances Olaf Scholz ait réclamé que la France abandonne son siège de membre permanent du Conseil de sécurité au profit de l’Union européenne – donc, de facto, de l’Allemagne. Précisons qu’Olaf Scholz n’est autre que le candidat social-démocrate à la succession d’Angela Merkel au poste de chancelier dans la perspective des élections au Bundestag de septembre 2021.
De même, à force de parler de « souveraineté européenne », cet oxymore qu’il répète comme un mantra comme s’il lui fallait exorciser tous ceux qui sont simplement des patriotes, Emmanuel Macron multiplie les coups de boutoir à l’égard de la seule souveraineté qui vaille, la souveraineté nationale, la seule, là encore, reconnue par la Constitution de la Ve République.
Rappelons également à Emmanuel Macron que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, auquel le préambule de la Constitution de la Ve fait référence, stipule ceci en son article 3 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »
Le jour même de son investiture, le 14 mai 2017, Emmanuel Macron avait eu ces phrases passées inaperçues dans son premier discours au peuple français en tant que président de la République : « Nous avons besoin d’une Europe plus efficace, plus démocratique, plus politique, car elle est l’instrument de notre puissance et de notre souveraineté. J’y œuvrerai. »
C’est, hélas, la seule promesse contraire à l’esprit comme au texte de la Constitution qu’il ait tenue, conduisant jusqu’au précipice, le cœur joyeux et l’esprit assuré de celui qui marche dans le sens du progrès, notre existence de Nation libre et souveraine.
Jérôme Rivière est président de la délégation française du groupe ID, député européen et coordinateur de la commission Sécurité-Défense.
Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, devrait être remplacé, selon des informations du Point. Et on laisse en place Jean-Louis Bianco, président de cette institution qui est de fait la cinquième colonne de l’islamisation de la France ?
J’ai débattu dans le passé avec Bianco, qui voulait bien passer avec les fanatiques des accommodements — c’était à propos de l’autorisation donnée aux étudiantes de venir voilées à l’université. J’en suis arrivé à réclamer (c’était il y a plus de quatre ans déjà — on en est toujours au même point, avec les mêmes verrous à faire sauter) la démission de ce béni-oui-oui de la laïcité à géométrie variable.
Or, il en est de la laïcité comme du « Je t’aime ». Toute variation est mortelle. Une flexion temporelle, « je t’aimais », ou l’adjonction d’un adverbe, « je t’aime bien » —, et l’histoire de Roméo et Juliette s’effondre. Toute entorse à la laïcité, tout compromis sur les principes, et c’est la porte ouverte à toutes les compromissions.
Laïcité est un mot intraduisible. L’équivalent qu’en proposent les dictionnaires français-anglais, « secularism », est une approximation. Les lexicographes ont bien compris que le mot implique le refus du religieux et le recours au temporel contre le spirituel, mais ils peinent à rendre compte des implications strictement françaises du terme. En fait, « laïcité » fait partie, avec « béarnaise », « maître d’hôtel » et « blasé », de ces mots que les Anglais conservent tels quels — tout comme nous conservons « snob » ou « dandy ». Il est des caractères spécifiques, irréductibles au passage d’une langue à une autre, parce qu’ils témoignent d’une culture particulière. Et la laïcité est de ceux-là.
Le mot d’ailleurs n’apparaît en français qu’à l’aube de la IIIème République, à laquelle il est indéfectiblement associé. Son apparition (en 1871, dit Littré) précède à peine l’enseignement public des années 1880 et les lois laïques de 1905. L’un nourrit l’autre.
Un Français ne supporterait pas qu’un Président de la République nouvellement élu prête serment sur la Bible. Il est incrédule (c’est le cas de le dire) quand il apprend que règnent, dans certains pays, des partis religieux. Ça lui est même si incompréhensible que cela peut le mener à des faux-pas (un autre terme que les Anglais nous ont emprunté tel quel) fort dommageables en diplomatie. Nous ne comprenons rien à l’Iran des mollahs, rien à l’Arabie saoudite wahhabite, rien à Israël, ni à une foule d’autres États — les États-Unis par exemple, dont des zones entières sont définies par cette « Bible Belt » qui conditionne largement le vote de ses concitoyens. Qu’il y ait en Utah un crime de sodomy nous fascine, tant cela nous paraît exotique.
Nous payons, via l’impôt, l’entretien des lieux de culte depuis 1905, mais nous ne supporterions pas que figure sur nos relevés fiscaux l’indication d’une foi qui nous amènerait à verser un pourcentage directement dans les caisses de telle ou telle congrégation — y compris, comme en Allemagne, dans celles d’une secte comme la Scientologie. Et nous n’autoriserions pas les religieux à ne pas payer d’impôts, comme en Grèce.
C’est cela, être laïque : notre tolérance consiste à ne pas tolérer, parce que nous ne pouvons pas imaginer (et nous n’avons pas les mots pour cela, ce qui ne se conçoit pas bien ne s’énonce pas clairement) un État qui passerait des compromissions avec les Églises. En 2014, les contorsions de l’Observatoire de la laïcité sur le régime du Concordat en Alsace ont amené des protestations nombreuses : la tolérance dont font preuve en la matière Jean-Louis Bianco et ses acolytes ne nous paraît pas française. C’est, à la rigueur, celle de John Locke dans son Traité sur la tolérance — mais justement, 1689 n’est pas 1905, et toleration — le terme par lequel on a traduit immédiatement en anglais le tolerantia du philosophe — n’est pas la tolérance de Voltaire un demi-siècle plus tard, quelque anglophile qu’ait été le philosophe de Ferney.
Alors, que penser de la « laïcité ouverte », ou « aménagée », proposée jadis par la Droite, ou de la laïcité « aménagée » que cherche à imposer une Gauche communautariste ? Que penser de la présence de la France Insoumise ou de l’UNEF à une manifestation conspuant leurs amis d’il y a quelques mois ?
« Compromissions » : les mots qui viennent à l’esprit sont déjà péjoratifs. La « laïcité à la française » (on aura compris que c’est un pléonasme, tant la laïcité est essentiellement française) ne peut formuler, entre l’État (et le citoyen engagé dans la Cité) et les églises (et l’individu dans son particulier) d’autre règle qu’une ignorance réciproque (tout comme, quand on y pense, la sodomie condamnée aux États-Unis). La laïcité suppose une division bien nette entre ce que l’on doit à César et ce que l’on croit devoir à Dieu. Après tout, c’était le sens du message évangélique avant que l’Église ne s’aperçoive qu’il y a du pouvoir à glaner dans le champ de la foi. Il nous a fallu un peu plus d’un siècle, entre la Révolution française et la loi de séparation de l’Église et de l’État, pour retrouver le sens complet de cette injonction : l’État ne se mêle pas de la foi, et ne tolère pas que la foi empiète sur ses prérogatives. On en revient à la déclaration du comte de Clermont-Tonnerre à l’adresse des Juifs en 1789 : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ».
Parce que de nation, il ne saurait y en avoir qu’une, et la nôtre est laïque. Mettez ce que vous voulez à la place de « Juifs » dans cette phrase célèbre et fondatrice — « Musulmans », « Catholiques », « Bouddhistes », que sais-je. Le principe est le même : la division bien nette entre la Foi et l’État.
Dès que l’on bâtit des ponts entre les deux, on entre en hérésie républicaine. La foi vampirise en ce moment la République. Elle la cannibalise. Dix millions de croyants (au mieux) prennent soixante millions d’agnostiques en otages — et les assassinent de temps à autre.
Que 70% des jeunes musulmans pensent que la foi est supérieure à la loi témoigne de l’échec des politiques éducatives, vidées de leur contenu depuis trente ans par des pédagogues aventureux et parfois complices. Le discours de la tolérance moderne est en fait un discours d’exclusion : tolère-moi ou je te tue.
Alors, oui, redéfinissons les missions de l’Observatoire de la laïcité, et pour cela, débarrassons cet organisme de tous les croupions qui l’encombrent. Que le gouvernement, qui a peut-être enfin compris comment regagner le terrain perdu devant les gilets jaunes, la gestion catastrophique du coronavirus, la montée de la pauvreté et la faillite organisée des plus humbles, individus ou entreprises, se saisisse de cette croisade (le mot choquera les anti-colonialistes professionnels, mais qui s’en préoccupe ?) et redonne d’un côté aux enseignants des programmes clairs, un soutien sans faille de la hiérarchie contre les menées de quelques parents d’élèves téléguidés, un grand lessivage des suspects, et une tolérance zéro vis-à-vis de ceux qui croient grignoter pas à pas la République sous prétexte de respect de la démocratie — dont ils se fichent pas mal, à l’arrivée. La liberté de parole accordée imprudemment aux élèves par la loi Jospin en 1989 doit s’effacer devant la nécessité de se taire et d’écouter. Peut-être alors comprendront-ils que la laïcité autorise les garçons à être assis près des filles sans avoir peur d’être souillés, et qu’elle implique une connaissance des faits historiques, scientifiques, culturels sur lesquels est bâtie notre civilisation — la nôtre à l’exclusion de toute autre.
Un marqueur de radicalité qui devrait aussi alerter le gouvernement qui dit s’affairer contre l’islamisme. À Toulouse, un magasin de vêtements vend des voiles et des tenues couvrant tout le corps des jeunes filles. Dans la lutte contre le séparatisme, endiguer la démocratisation des vêtements islamistes est aussi un enjeu.
Depuis l’assassinat de Samuel Paty, le chef du gouvernement, Jean Castex, a affirmé mardi devant les députés, vouloir viser « toutes les associations dont la complicité avec l’islamisme radical peut être établie ». Des associations comme Baraka City, Cheikh Yassine, BarakaCity et le CCIF sont menacées de dissolution.
Des tenues qui recouvrent tout le corps pour des filles de 3-4 ans…
Mais l’hydre islamiste a de nombreuses têtes. À Toulouse, alors qu’une élève de 16 ans a été mise en examen après avoir menacé une enseignante à la suite d’un débat sur le port du voile, un magasin de prêt à porter islamique, Mimoza Hijab, propose des choix de tenues pour le moins « séparatistes ». Sur le site du magasin, qui se vante de pouvoir livrer partout dans le monde, on découvre même une catégorie enfants avec des hijabs pour petites filles. Pire, le « Jilbab », un vêtement composé d’une longue robe prolongée par une sorte de capuche, qui couvre la tête et l’ensemble du corps à l’exception des pieds, des mains et du visage, est proposé pour des filles de seulement 3/4 ans. Pour les petits garçons on découvre que des tenues islamiques comme le Qamis ou le Kaftan sont disponibles dès l’âge d’un an.
Visiblement, Mimoza Hijab tient à vite mettre les enfants dans le bon chemin, « dans les pas de Papa et Maman ! », pour reprendre les mots du site du magasin. Des bandes dessinées pour des enfants âgés de 3 à 5 ans sont disponibles, et sans surprise on ne retrouve pas les aventures de Tom-Tom et Nana ou de Martine, mais plutôt des BD moralisatrices où filles et garçons semblent systématiquement séparés. Jugez plutôt : « Le halal et le haram expliqués aux enfants », « Les bonnes manières » un livre pour « apprendre les bonnes manières liées à l’islam, comment nous devons être dans notre quotidien, avec nos proches, dans la rue, etc… », ou encore « J’apprends à dire Bismillah ».
Plus choquant que les rayons communautaires des supermarchés
Qu’un magasin comme Mimoza Hijab puisse être tranquillement installé au cœur d’une des plus grandes villes de France, montre bien l’impunité avec laquelle les pratiques de l’islam salafiste s’implantent dans le pays. Notre ministre de l’Intérieur s’est dit « choqué » par les rayons de cuisine communautaires dans les supermarchés, mardi dernier sur le plateau de BFMTV, dénonçant la responsabilité du « capitalisme français, mondial » dans le développement du « communautarisme ». Difficile de ne pas aussi repenser à Décathlon et ses hijabs de running, ou à Nike qui commercialise des burkinis.
On attend désormais l’indignation de Gérald Darmanin, et des actions du gouvernement, devant la multiplication des points de vente de tenues qui marquent l’appartenance à un islam rigoriste.
Une action vigoureuse contre certaines lectures pour enfants ou tenues problématiques que certains entendent leur imposer serait certainement bien vue par les Français, qui en ont assez des manifestations de l’islamisme, dont la boutique de Toulouse n’est qu’une des illustrations. Dans un sondage de l’IFOP sur « Le regard des Français sur la menace terroriste et l’islamisme », paru hier, 76% des sondés adhéraient à la dissolution du CCIF, et 78% soutenaient le droit des professeurs à montrer à leurs élèves des dessins se moquant des religions. Mais 63% d’entre eux doutent encore d’Emmanuel Macron, Jean Castex et Gérald Darmanin pour contrer l’islamisme.
Architecte majeur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, ce leader désormais sans mandat parlementaire s’est trouvé une nouvelle cause : la chasse aux migrants clandestins arrivant sur la côte anglaise. Reconverti en youtubeur à succès, il a de nouveau le Continent dans son collimateur.
Que devient Nigel Farage, le bouillonnant défenseur de la souveraineté britannique, l’ancienne bête noire de l’Union européenne ? Pour le leader du Parti du Brexit, ex-UKIP, le point culminant de sa carrière a été sa victoire retentissante aux élections européennes de mai 2019. Elle a ouvert les portes du 10 Downing Street à Boris Johnson et mis effectivement fin aux tergiversations et querelles qui bloquaient Westminster depuis 2016, rendant inévitable la sortie de son pays de l’UE. Maintenant que cet objectif suprême a été atteint et qu’il ne dispose plus de tribune à Strasbourg ou à Bruxelles pour ses vibrantes homélies contre la tyrannie eurocratique, que peut donc faire ce chef d’un parti sans député ? Réponse : une nouvelle campagne contre l’immigration. Précisément contre l’arrivée sur la côte sud de l’Angleterre d’immigrés clandestins venus de France dans des embarcations de fortune. Lui qui s’est toujours battu pour que le Royaume-Uni reconquière la maîtrise de ses frontières, trouve un nouveau souffle dans ce rôle de patrouilleur des côtes.
Pendant le confinement, Farage montre où les clandestins accostent
C’est pendant le confinement qu’il a commencé à arpenter les blanches falaises de Douvres ou les plages du comté de Kent où il vit, jumelles à la main, suivi d’un caméraman qui enregistre ses faits, gestes et surtout commentaires. Debout en habit de gentleman-farmer, il montre les points stratégiques où les clandestins accostent, interroge des témoins locaux ou désigne du bras tendu quelque canot qui arrive, chargé d’êtres humains. Il a été interrogé plus d’une fois par la police, pour avoir enfreint les restrictions de déplacement imposées par la crise sanitaire. Il s’est autoproclamé travailleur essentiel. Contraint de démissionner de la radio londonienne, LBC, après avoir comparé le déboulonnage de statues par les #BLM aux méthodes des talibans, il s’est reconverti en vedette de YouTube où ses vidéos font un tabac.
Les chiffres officiels ne lui donnent pas tort. De janvier à septembre, au moins 5 385 migrants ont accosté dans des bateaux de petite taille ou ont été sauvés en pleine mer par les autorités britanniques et ramenés à terre. C’est cinq fois plus que pendant la même période en 2019. Plus de 1 562 sont arrivés au seul mois d’août. Si la plupart sont d’origine iranienne, les arrivants – parmi lesquels on a du mal à distinguer les réfugiés de guerre des migrants économiques – viennent d’un peu partout en Afrique, au Proche-Orient et en Asie.
Farage attaque le gouvernement
La première cible des critiques de Farage est le gouvernement de Boris Johnson, accusé d’un laxisme incompréhensible depuis que le pays a quitté l’UE. Goguenard, il exploite le fait que les autorités britanniques auraient fourni aux migrants des taxis pour les ramener au centre-ville de Douvres, des séjours dans des hôtels quatre étoiles et même une visite guidée du stade de football de Liverpool. Il n’est pas plus tendre pour la France, accusée – à tort ou à raison – de faiblesse face aux réseaux de passeurs opérant sur son territoire et dont la marine guiderait des bateaux jusque dans les eaux territoriales britanniques avant de les y abandonner. Il n’empêche que les services français ont secouru de nombreux migrants dont les bateaux ont coulé dans la Manche. À l’heure où les négociations de l’accord commercial entre l’UE et le Royaume-Uni prennent une tournure critique, la question migratoire accentue la pression sur les relations franco-britanniques. Gérald Darmanin a rencontré son homologue, Priti Patel, en juillet, afin de créer une cellule de renseignement commune chargée de lutter contre les trafiquants humains. Cependant, de plus en plus de voix s’élèvent en France, dont celle de la maire de Calais, pour appeler à une révision des accords du Touquet qui régissent les contrôles frontaliers entre les deux pays.
Pendant ce temps, Farage jubile d’avoir retrouvé son rôle de trouble-fête international. Les autorités douanières britanniques ont donné à une aire réservée aux camions, située près de Douvres, le surnom humoristique « the Farage Garage ». Ce qui est sûr, c’est que Farage ne reste jamais longtemps au garage.
La République est un colosse aux pieds d’argile. Elle est condamnée au courage, sinon, elle s’effondre
Comment ne pas être bouleversé par la décapitation de ce professeur d’histoire géo qui n’a jamais fait que son travail d’instruction civique, avec bienveillance ?
Il aura voulu expliquer la liberté d’expression à ses élèves et il l’aura payé de sa vie. Comment mieux expliquer la liberté d’expression à nos jeunes qu’en leur présentant ce qui symbolise le mieux les menaces qui pèsent sur son exercice : les caricatures de Mahomet ? L’enseignant avait vu juste, et les reproches qui lui ont été faits par quelques parents d’élèves comme les appels à la mesure en provenance de sa hiérarchie en témoignent. La presse évoque même que, selon une note des RT, l’inspecteur d’académie s’apprêtait à rappeler ce professeur à son « devoir de neutralité ». Ce point est discuté mais nous savons que l’éducation nationale n’a pas toujours été d’un grand réconfort pour les enseignants en difficulté sur le terrain de la laïcité.
Samuel Paty était plus qu’un enseignant, puisqu’il portait sur ses épaules cette liberté perpétuellement menacée.
Le droit au blasphème est acquis dans la République depuis bien longtemps. Ce n’a pas été facile et on se souvient encore de la figure du chevalier de la Barre. La République peut s’enorgueillir d’une solide tradition de liberté d’expression, encadrée dans ses excès par cette loi remarquable de 1881 sur la presse. Et parmi tous les modes d’expression, la caricature est le mieux accepté, en ce qu’elle fait appel au ressort de l’humour.
Si la République a trouvé la force d’imposer le droit au blasphème aux religions catholique, protestante, juive, elle peine manifestement à l’imposer à la religion musulmane, par crainte.
Or ce renoncement est préjudiciable. La liberté d’expression est probablement celle qui nous relie le mieux, et nous permet de faire « société ». Nous avons tous des blessures, des sentiments d’injustice à foison, mais la liberté de les dénoncer fait de nous des citoyens, malgré tout ce qui nous oppose.
La République repose sur deux jambes : les libertés qu’elle protège et la contrainte qu’elle exerce. Soit elle élève le citoyen, soit elle broie et nivelle toute différence.
Je reste persuadé que son fondement le plus solide demeure celui des libertés. Si ce socle-là s’effondre, tout s’effondre, car la contrainte n’est plus supportable sans les libertés.
Je préfère une République intransigeante sur les libertés de pensée, d’expression que la République qui détruit nos langues de Bretagne, et lamine toutes nos différences avec constance et méthode, au mépris du droit international et de l’humanité. Si le ministre Blanquer y va de sa politique hostile à nos langues minoritaires, libre encore à nous de le dénoncer.
La faiblesse de la République m’inquiète sur le terrain des libertés, car tout est fait pour ne jamais heurter la susceptibilité des musulmans, comme si on les pensait déjà en dehors de la société. Et les rodomontades récentes du pouvoir, après cette triste affaire, n’y changeront pas grand-chose.
Ainsi donc, certains hommes, certaines religions seraient insusceptibles d’intégrer les libertés essentielles de notre tradition politique et de notre mode de vie ? N’est-ce pas accorder aux musulmans un régime singulier en les enfermant dans leur déterminisme, en les considérant déjà perdus pour la société ? Devons-nous nous résigner à faire société à côté d’eux, en attendant l’effondrement général ou la guerre civile ?
Il s’agirait d’une démission d’autant plus préjudiciable, que si la République renonce à elle-même, et bien c’est terminé. La République est un colosse aux pieds d’argile. Elle est condamnée au courage, sinon, elle s’effondre. Serions-nous sur le registre de la démission collective ? Renoncer, c’est donner raison à l’ordre de la terreur.
Il s’agit en montrant les dessins moins ici de heurter les consciences que de les élever, en rappelant que la liberté peut être supérieure à ses propres convictions philosophiques ou religieuses.
Ce n’est pas en limitant la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, en supprimant les rayons communautaires dans les grands magasins, en imposant à tous un prénom français, voire même en plaçant dans un foyer tous les enfants des fondamentalistes comme le propose un député en marche, que nous ferons société. Il suffit de retrouver le sens des libertés.
La République n’a jamais été aussi fragile. Ne serait-elle rien de plus qu’une longue autocélébration, un verbiage dépourvu de prise sur les inégalités, le chant de ralliement de ceux qui ont un avantage à défendre ?
Il suffirait d’un symbole fort pour qu’elle se retrouve et surtout, du courage.
«Un climat de phobie hypocondriaque et d’angoisse paranoïaque»
Michel Maffesoli répond aux questions de Jérôme Blanchet-Gravel
Jérôme Blanchet-Gravel. Toute votre œuvre est axée autour de l’avènement de la postmodernité, une époque qui rompt avec les assises idéologiques de la modernité comme le culte du progrès pour instaurer une ère plus proche de la tradition. Une sorte de répit après tant d’utopisme. Le nouvel ordre sanitaire n’est-il pas au contraire une manifestation d’une modernité poussée à son paroxysme ?
Michel Maffesoli. Vous avez raison : il me semble que la gestion de cette « crise sanitaire » par les autorités des pays développés notamment d’Europe et d’Amérique du Nord est l’expression d’une modernité exacerbée. J’avais écrit dans La Violence totalitaire, paru en 1979, que sous couvert de progrès et d’idéologie du service public se mettait en place « un totalitarisme doux ». Face à ce changement du paradigme de l’être ensemble, réhabilitant les liens de proximité, une esthétique commune, un ancrage local, ce changement d’époque, les élites s’accrochent aux valeurs saturées de la modernité : individualisme, rationalisme, productivisme. Pour cela elles s’attaquent à l’essence même du vivre-ensemble, les rassemblements, les rituels, festifs ou funéraires, religieux ou associatifs, tous les évènements et phénomènes sociaux inutiles. Au nom d’un isolement égoïste de préservation d’un petit bout de vie.
Cette préservation d’une vie estimée d’un point de vue purement quantitatif (l’espérance de vie) au détriment de la qualité de vie (l’amour, l’amitié, la disputatio entre pairs, la transmission entre générations d’une culture etc.) ressortit d’une conception totalitaire de l’existence. Et il est inquiétant que toutes les institutions y compris démocratiques, religieuses, philosophiques approuvent ou en tout cas se soumettent à cet asservissement.
N’avez-vous pas l’impression que l’hypocondrie et l’anxiété sociale sont en train de devenir de nouvelles religions d’État ? Comment expliquer cette obsession du contrôle ?
Je pense en effet comme vous que les gouvernements jouent à « l’apprenti sorcier » en distillant, sous couvert d’une objectivité statistique largement manipulée par la présentation et l’interprétation des chiffres, un climat de phobie hypocondriaque et d’angoisse paranoïaque. Il y a en effet de l’hystérie et de la paranoïa du côté de nos dirigeants : la volonté de contrôler jusqu’aux moindres actes de la vie quotidienne fait largement penser aux comportements des démocraties dites populaires de sinistre mémoire. Ce culte quasi fanatique de la vie réduite à sa pure matérialité physiologique ne peut que générer un retour du refoulé, un réveil des inconscients. Peut-être aussi cette obsession du contrôle que vous définissez bien traduit-elle justement le sentiment inconscient qu’ont les élites que le pouvoir leur échappe. Parce qu’il n’est plus ancré sur la « puissance populaire », parce qu’il n’est plus en phase avec le climat de l’époque.
N’y-a-t-il pas dans ce nouvel ordre sanitaire une faillite anthropologique basée sur la peur, le déni de la mort ?
Là encore, je suis d’accord avec vous. Ou en tout cas je pense que les grandes valeurs anthropologiques sur lesquelles s’est construite notre modernité sont maintenant saturées et ne peuvent plus structurer notre imaginaire commun, et donc assurer notre cohésion.
Les 18e, 19e et 20e siècles se sont structurés sur ce que j’appelais l’idéologie du progrès et du service public. Au nom d’un état de bien être à venir, on prônait une rationalisation de l’existence, un productivisme et un matérialisme généralisés, laissant de côté tout ce qui relève des émotions et du rêve. De l’imaginaire.
Les bénéfices de cette société de progrès ont bien sûr été importants, en terme de lutte contre les maladies, de rallongement de l’espérance de vie, d’accession du plus grand nombre au bien-être matériel et technique. Mais il s’avère que ce progrès s’est aussi accompagné de catastrophes écologiques, d’une barbarie dont les grands totalitarismes nazi et communiste sont l’acmé et d’un « désenchantement du monde » produisant peur, angoisse et tristesse. La focalisation de la médecine sur l’éradication des maladies a largement occulté que l’homme est un être « pour la mort » (le Sein zum Tode de Heidegger) et que la « bonne mort » est un évènement qui donne qualité à la vie. L’annonce quotidienne dans un certain nombre de pays du nombre de morts par Covid, comme s’il s’agissait d’un scoop (ah des gens sont morts !) a contribué à accréditer l’idée d’un État et d’une médecine qui devraient empêcher la mort.
La manière dont une société traite ses mourants et ses morts est un élément essentiel de la civilisation. Le fait d’avoir interdit aux proches de visiter les mourants (heureusement nombre de services de réanimation ont transgressé ces ordres), de les avoir privés d’un dernier adieu et d’avoir empêché les rassemblements de proches pour les obsèques montre bien que les États ne sont plus ancrés dans la réalité populaire.
Les Québécois semblent encore assez réceptifs au message de leurs gouvernements. En France, on sent déjà un peu plus de résistance, surtout depuis l’annonce du couvre-feu. Doit-on s’attendre à une soumission des peuples occidentaux ou à une éclosion de révoltes un peu partout ?
En général votre pays a toujours été plus hygiéniste que les pays méditerranéens notamment. Plus prêt aussi à accepter au nom du bien commun à venir de nombreux actes attentatoires aux libertés publiques. Dans les années 60 du siècle dernier, on stérilisait sans trop de remords les femmes malades mentales ou handicapées.
L’objectif de tout faire pour préserver la santé et le bien-être de tous est donc plus largement partagé dans les pays anglo-saxons. Peut-être aussi le système de santé plus communautaire est-il plus proche des populations qui acceptent des restrictions pour le maintenir en état de marche.
En France on dit que les transgressions témoignent de l’individualisme des populations. Je ne le crois pas. Je pense qu’au contraire le refus de s’enfermer chez soi témoigne d’un « besoin vital de lien ». D’ailleurs durant le confinement qui a été vécu plus comme une sorte de parenthèse et d’aventure que comme les mesures actuelles de couvre-feu nettement dirigées contre les rassemblements affectifs et passionnels, les gestes de solidarité, d’entraide, de partage ont été légion.
La mise en scène par certains côtés grotesques de « l’état de guerre sanitaire » actuelle risque d’apporter beaucoup plus de révoltes. Car il s’agit bien de préserver pour le dire vite « les vieux riches » contre les jeunes : les étudiants bien sûr, mais aussi les travailleurs saisonniers, les travailleurs précaires, les innombrables personnes qui vivent dans les interstices de cette société libérale capitaliste.
Car bien sûr et contrairement à ce que répètent en boucle les naïfs, notamment les organisations caritatives, les partis de gauche, voire les institutions religieuses officielles, les gouvernements des pays développés n’ont pas « choisi la santé contre l’économie ». Il n’est absolument pas avéré qu’à terme le nombre de morts « évités » soit important si on met en balance d’une part le fait qu’il s’agit d’abord pour les morts du Covid de personnes dont l’espérance de vie était très faible (il y aura un effet « moisson » disent les démographes). Ensuite, la politique de confinement et d’allocation de toutes les ressources médicales aux malades du Covid a largement obéré les parcours de soins donnés aux autres malades : cancers dépistés plus tardivement, maladies cardio-vasculaires aggravées par le manque d’exercice, sans parler des pathologies psychiatriques en pleine explosion : alcoolisme et autres addictions, prise immodérée de neuroleptiques, suicides etc.
Enfin, les victimes de la crise économique et sociale générée par la politique de confinement et ses avatars ne mettent pas en cause la « grande économie notamment numérique et financière. Ce sont les petites gens, les travailleurs de et dans la rue, les petits commerçants et artisans divers, les manœuvres qui ont perdu pour leur emploi et pour tous ceux qui participaient de l’économie grise leur revenu. Ce sont les enfants et les adolescents de milieu plus modestes ou déjà en difficultés scolaires qui ont vu leur parcours scolaire stoppé peut-être définitivement. D’une certaine manière, on a rationalisé l’économie en supprimant les branches non rentables et le système social en évacuant tous ceux qui tiraient leur revenu d’une activité plus ou moins officielle. C’est l’éradication de la déviance non pas par l’interdiction, mais par l’étouffement. Au nom du bien-être de tous bien sûr !
Cette stratégie signera peut-être le glas des sociétés construites sur une croyance dans un progressisme benêt. Déjà se dessinent des mouvements de révolte, des soulèvements, mais se mettent en place aussi de nombreux lieux et phénomènes de rassemblement, de partage, de collaboration. La volonté orwelienne d’instaurer une société dans laquelle les rapports humains se réduiraient à la sphère optique risque de réveiller le besoin irrépressible de liens haptiques qui est la marque de l’époque postmoderne contemporaine.
Les écoles hors contrat ont peur de pâtir de la lutte contre l’islamisme. Une tribune d’Axelle Girard, Directrice d’Educ’France
La mort programmée de la liberté de d’enseignement abîme la République et ajoute aux malheurs de son École.
Interrogé dimanche à une heure de grande écoute, l’actuel ministre de l’Education nationale déclare prendre des mesures concrètes pour éradiquer l’islamisme. Mais ni la loi Gatel, ni l’interdiction planifiée de l’école à la maison et demain peut-être des écoles hors contrat n’auront la peau des islamistes.
Nous avons fait ensemble le rêve collectif et éveillé de l’école publique laïque, gratuite et obligatoire. Mais l’école bien réelle n’a jamais autant échoué à former la jeunesse à la liberté. Quant à la bonne éducation, elle se paye. De plus en plus cher. L’ascenseur social s’est arrêté, et avec lui la puissance assimilatrice de la République, adossée au dessein d’une Nation désormais conspuée par le discours anti-colonialiste, cet autre révisionnisme.
Que s’est-il passé ? La France a cultivé l’Anti-République sur son sol.
Fille aînée de l’Eglise, la France a jeté un voile pudique sur ses racines chrétiennes, alors même que la Chrétienté a été le ciment d’une première « construction européenne » et l’opérateur, symbolique au moins de l’égalité entre les femmes et les hommes. Aucune autre religion n’a pensé aussi clairement cette égalité ontologique entre les sexes.
Révolutionnaire et porteuse des Lumières qui ont pavé le chemin des grandes conquêtes démocratiques tout au long des XIXe et XXe siècles, la France n’a pas repensé le sens concret de la République depuis la rupture majeure de 1905. Le compromis de la laïcité originale de la loi du 9 décembre, celui de la liberté de l’intimité et de l’intransigeance collective et sociale s’est changé en renoncement. Et ce au prix d’une tolérance toujours plus grande à l’égard de l’expression d’un « Islam » parfois dévoyé par des intérêts qui veulent l’instrumentaliser à des fins de déstabilisation.
Enfin, la France n’a pas réussi le pari de l’intégration apaisée des jeunes générations issues des anciennes colonies. Et c’est l’effet conjugué du manque de courage, de la collaboration politique avec des extrémistes religieux, mais aussi et avant tout de politiques paresseuses, sans ambition pour le logement, la Ville et ce qu’il est désormais convenu d’appeler « les quartiers » (autrement dit les ghettos du XXIe siècle).
À ces fautes collectives, culturelle et économique, va-t-on ajouter une faute politique en s’attaquant une fois de trop à la liberté d’enseignement, au prix peut-être de la survie de l’école publique ? Interdire l’école à la maison, s’attaquer à la simple liberté de pouvoir y recourir, ou non, sans faire appel à un médecin de l’Education nationale pour attester la situation particulière de son enfant n’a pas de sens. Sinon celui de porter un coup symbolique mais décisif à la liberté d’enseignement qui participe étroitement de la République.
Des dizaines de milliers d’enfants ne peuvent pas aller à l’école. Et pas uniquement pour raisons de santé. Rares sont les familles qui rejettent le principe de contrôles effectifs, réguliers et aptes, en l’état actuel des choses, à détecter les situations à problème.
S’il faut se réjouir des apports de la loi Gatel en matière de sérieux – donc de crédibilité – des écoles hors contrat, force est de constater qu’ils n’ont pas empêché le maintien de certaines « écoles », ouvertes malgré les décisions de justice de les fermer, ni le développement de structures clandestines, ni même et c’est extraordinaire, l’emprise de mouvements sectaires apparemment bien sous tous rapports, par le biais d’associations déguisées et de financements complexes.
Qu’on ne s’y trompe pas. S’attaquer à l’instruction à domicile, qui concerne 50 000 familles, c’est précipiter des centaines de milliers d’enfants dans les bras de l’école publique, minée par des classes déjà trop chargées et des problèmes toujours plus inquiétants d’inadaptation du système scolaire au profil d’enfants à besoins particuliers.
C’est aussi porter un coup fatal à la liberté d’enseignement puisque, derrière l’arbre de l’école à la maison, c’est l’ensemble du hors-contrat qui est visé à plus ou moins brève échéance, quoiqu’en dise un Ministre qui, un jour invite les parents à se regrouper pour créer des écoles, le lendemain vante les mérites d’une loi qui rend plus complexe l’ouverture de ces écoles…
N’en déplaise au Ministre de l’Éducation nationale : la Constitution reconnaît et organise la liberté d’enseignement. L’école à la maison et le hors-contrat en font partie. L’ennemi à combattre n’est pas la liberté, ni la République. C’est le séparatisme islamiste !
Qui aurait pu imaginer une chose pareille ? Deux millénaires après le miracle de la multiplication des pains, selon les Évangiles, par un marginal miséreux du fin fond de la Palestine nommé Jésus de Nazareth, un socialiste hexagonal nommé Emmanuel Macron et surnommé « Jupiter », est en train de réaliser lui aussi des miracles : la multiplication des milliards. Hollande en rêvait. Macron l’a fait !
D’abord, soyons clairs : Macron n’est pas du tout un libéral contrairement aux affirmations péremptoires des ignorants en économie et de certains perroquets de l’ultra gauche depuis leurs perchoirs dans les médias. Il a toujours été socialiste sinon, primo, il n’aurait pas fait partie de l’équipe rapprochée du dit Hollande pendant sa campagne présidentielle, et secundo, il ne serait jamais devenu son secrétaire général adjoint à l’Élysée et encore moins ensuite son ministre de l’Économie.
Tout ce qu’il sait faire, c’est dépenser, promettre et parler
Emmanuel Macron est tout simplement un socialiste pragmatique comme l’a été avant lui Tony Blair en Grande Bretagne pendant les années 2 000, appliquant comme lui, même si c’est à doses homéopathiques en matière économiques, la célèbre maxime du chinois Deng Xiaoping : « Peu importe que le chat soit noir ou blanc, s’il attrape la souris ». Car notre Jupiter français est avant tout un étatiste pur jus, un centralisateur forcené, un jacobin maladif, ce qui génère la plupart du temps une mauvaise santé de l’économie, ce qui est hélas le cas en France. Comme l’écrit Laurent Obertone, à propos de l’État, dans son nouveau livre, « L’Éloge de la force » (Ring) : « Tout ce qu’il tente échoue. Tout ce qu’il touche se brise. Tout ce qu’il sait faire, c’est dépenser, promettre et parler ».
Une hausse vertigineuse de la dette publique
Pour bien situer cette multiplication des milliards, il faut commencer par prendre connaissance courageusement de quelques chiffres, qui peuvent faire tourner de l’œil les mauvais élèves en calcul ou obscurcir l’esprit des plus sensibles au mal de crâne.
Le projet de Loi de finances pour l’année 2021 annoncé par Bercy, avec l’accord de notre Jupiter, le président « Quoi qu’il en coûte », prévoit d’émettre un montant record de 260 milliards d’euros de dette supplémentaire, contre 185 en 2017 et 169 en 2013, ce qui était déjà gigantesque. Quant au déficit à financer, il passera de 93 milliards prévus pour l’année 2020 à près de 200 milliards en raison du plan de relance tous azimuts du gouvernement.
La dette publique qui avait terminée l’année 2019 tout juste sous les 100 % du PIB, passera selon Bercy à 117,5% en 2020, pour un total de 2 798 milliards. Quant au déficit structurel, c’est-à-dire les dépenses pérennes non flexibles (augmentations de salaires de fonctionnaires, chômage partiel de longue durée, mobilisation des garanties de l’État, etc), il est en train d’exploser littéralement à 115 milliards au lieu des 54 initialement prévus.
Enfin, la masse salariale de l’État de son côté, n’en finit pas d’augmenter : 2 milliards par an ! Emmanuel Macron avait promis dans son programme électoral de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires, un chiffre pourtant nettement insuffisant vu la gabegie qui règne dans la fonction publique avec des doublons presque partout dans les postes administratifs. Son bilan s’établit ainsi à ce jour : depuis 2017, une augmentation de 7 700 postes en équivalents temps pleins travaillés. Et pour 2021, on nous annonce encore 5 500 postes de plus. Un véritable open bar pour la fonction publique !
Avec l’Allemagne, un gouffre de compétitivité nous sépare
Si l’on se tourne cette fois vers les quelques côtés positifs de cette distribution de milliards dans le projet de budget pour 2021, on peut se féliciter que les impôts de production sur les entreprises – ceux qui sont payés avant même le moindre bénéfice – baissent de 10 milliards d’euros. But de l’opération : nous rapprocher du système allemand, sauf que le vrai différentiel avec notre voisin tourne autour de 75 milliards. Il reste encore un long chemin à parcourir pour muscler nos entreprises ! En complément de cette douceur de 10 milliards, un très mauvais chiffre : la balance commerciale de la France sera largement déficitaire, comme d’habitude – 80 milliards de déficit prévus en 2020 – tandis qu’en Allemagne on fait des excédents depuis longtemps – près de 300 milliards d’excédents prévus en 2022. Un gouffre de compétitivité nous sépare !
Enfin, au chapitre « Il vaut mieux en rire qu’en pleurer », une mention spéciale pour les équipes du ministère de l’Économie qui ont décidé de réduire le nombre des taxes qui rapportent peu ou qui coûtent trop cher à recouvrer, ce qu’on appelle à Bercy un « toilettage » du Code des impôts. Une cinquantaine de ces taxes marginales devraient ainsi disparaitre pour un total à la fin du quinquennat Macron de l’ordre de 750 millions, soit 0,01% des prélèvements obligatoires. Tout cela après quarante ans d’étatisme fiscal et d’administration socialiste ! On croit rêver !
Félicitations moroses à nos vaillants hauts fonctionnaires des impôts qui n’ont plus aucun sens des choses et qui trouvent à cette occasion le moyen de se vanter dans la presse de leur courage de réformateurs fiscaux, dans le même temps où on apprend que les taxes sur le tabac vont rapporter 14 milliards d’euros en 2020 après une augmentation de 1,3 milliard, soit le double de leur fameux toilettage… Confirmation : c’est un cauchemar sans fin !
La dernière série sur Netflix, La Révolution, est d’abord à prendre comme un pur divertissement qui récrit l’histoire avec les codes du mauvais genre. Et c’est plutôt plaisant.
La dernière série française sur Netflix, La Révolution, ne lésine pas sur les moyens. Pour reconstituer le décor largement fantasmé dans le genre gothique de la France des années 1780 dans le comté imaginaire de Montargis, tout est soigné jusqu’au moins détail. La forteresse impressionnante, la forêt de toits misérables, les costumes et en permanence, un clair-obscur à la fois crasseux et léché qui doit plus à l’esthétique du film d’épouvante qu’à Rembrandt.
Pur divertissement
Il ne faut demander, à la série La Révolution d’Aurélien Molas, qui aura par ailleurs d’autres saisons, que ce qu’elle peut donner. Un pur divertissement qui ne prétend en rien à une quelconque ambition historique. L’utiliser comme support pédagogique, par exemple, demanderait beaucoup d’habileté aux enseignants. D’abord parce qu’il faudra tout de même passer vite sur les scènes de sexe et de violence qui sont traitées dans la grande tradition du genre, c’est-à-dire sans concessions. Ensuite parce qu’il faut admettre le point de départ de La Révolution.
Une hybridation plaisante de tous les « mauvais genres », fantastique, gore, zombie et compagnie…
Elle se déroule dans une réalité parallèle, dans une histoire alternative, un peu comme la seconde guerre mondiale dans le Maître du Haut Château de Dick (visible sur Amazon Prime). On appelle ça une uchronie. La Révolution française aura bien lieu, mais pas pour les raisons que l’on croit habituellement et se déroulera différemment, comme l’explique la voix-off de la jeune fille au commencement, même si on vous a raconté une toute autre histoire dans les manuels. Ce qu’on veut bien croire puisque la jeune fille en question, dans une scène inaugurale digne d’un western italien, arrive tranquillement à cheval devant Versailles en ruines et abat en duel au pistolet, dans un décor de neige, un aristocrate à perruque avant de le décapiter. On comprendra plus tard la nécessité de ce petit plus sadique…
Jouons avec les mauvais genres
Le point de divergence uchronique, comme on dit, se situe vers 1787, quand une épidémie d’un genre nouveau, qui passe par le sang, transforme une partie de l’aristocratie en zombies, ou en vampires, ou en un mélange des deux, comme il vous plaira.
Les deux ou trois premiers épisodes qui sont principalement des épisodes d’exposition jouent peut-être un peu trop avec les mystères d’une intrigue polyphonique et un risque d’égarement mais ils ont au moins le mérite de préciser le cadre et l’atmosphère tout de même assez inédits et de nous présenter les personnages joués par de bons acteurs, la plupart encore peu connus. Un seigneur sans pitié qui se nourrit de donzelles égarées (souvenir inconscient de Gilles de Rais et de la Bête du Gévaudan ?), une gamine qui fait des cauchemars terrifiants où elle voit le seigneur sans pitié, ce qui est ennuyeux car il est de la famille, un jeune médecin de la prison du comté de Montargis, un certain Joseph Guillotin qui découvre peu à peu la nature de la maladie et de l’épidémie qui menacent ; une aristocrate, tante de la jeune fille aux cauchemars, qui prend peu à peu le parti de la Fraternité, un groupe de paysans rebelles. Rajoutez un esclave noir accusé à tort des meurtres des fillettes, du vaudou, de l’anthropophagie et vous aurez un joyeux foutoir, une hybridation plaisante de tous les « mauvais genres », fantastique, gore, zombie et compagnie.
Et quand on en arrive à l’épisode 4 et que l’action décolle vraiment, à moins de vouloir prendre au sérieux le très vague et très caricatural « message révolutionnaire », on prend un vrai plaisir de spectateur à ce combat des lumières contre les ténèbres qui a fini par déclencher La Révolution.
Pour le reste, il est amusant de voir que les Lumières, ce qui nous a enchanté, sont incarnées par le jeune Joseph Guillotin (qui sera, par humanité afin d’éviter les souffrances des condamnés, un des inventeurs de la guillotine) et un prêtre qui exerce systématiquement un droit d’asile dans son église, à croire qu’il a lu la dernière encyclique papale.
La Révolution, sur Netflix, huit épisodes de cinquante minutes. Création : Aurélien Molas.
Le collectif pro-palestinien « Cheikh Yassine », du nom du fondateur du Hamas, semble directement impliqué dans la décapitation de Samuel Paty, enseignant français dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine. Le fait que la cellule islamiste porte le nom d’un cheikh de Gaza ne doit rien au hasard. La cause palestinienne a été le cheval de Troie de l’islamisme en France à travers la victimisation forcenée des Palestiniens.
En 2000, au moment où éclate la seconde Intifada en Israël, en France, certains musulmans passent à l’attaque contre des rabbins, des écoles juives, des synagogues ou de simples juifs scolarisés dans des écoles publiques.
Le monde politique et les médias tairont cette première forme de guerre civile, ou la traiteront comme un conflit « ethnique » entre juifs et arabes sans voir que s’amorce à cet instant, le début de la guerre que l’islam radical mène aujourd’hui contre la France.
La politique d’omission des violences commises par des musulmans prendra diverses formes. Jusqu’à aujourd’hui, les médias taisent le nom des violeurs, des assassins, des auteurs des violences – parfois pudiquement appelées « incivilités » – quand ils portent des noms ou des prénoms qui pourraient faire penser qu’ils sont musulmans.
Mais au-delà de cette connivence, les médias français, et plus particulièrement le journaliste français Charles Enderlin et France 2 portent une lourde responsabilité dans la propagation de cette haine anti-juive : ils ont diffusé la première grande fake news de notre ère – la diffusion de la mise en scène de la « mort » Mohamed al Dura – alimentant la haine contre les juifs en France et dans le monde entier.
Pour mémoire, le 30 septembre 2000, France 2 a diffusé au 20 heures un reportage tourné à Gaza semblant montrer la mort d’un enfant palestinien « le petit Mohamed » dans les bras de son père. En fait, ces images diffusées par France 2 et commentées par Charles Enderlin s’avèreront être une pure et simple mise en scène. Ces images auront un retentissement planétaire, d’autant plus que France 2 les mettra gratuitement à la disposition de toutes chaînes de télévision de la planète. Le « petit Mohamed » assassiné par les Israéliens va devenir une icône du monde musulman.
Le message que les Palestiniens tentaient de faire passer au monde depuis longtemps – avec la complicité de certains médias occidentaux – était enfin parfaitement illustré : les juifs sont les nouveaux Nazis, les Palestiniens sont leurs victimes.
Ainsi, en février 2002 au Pakistan, Daniel Pearl a été égorgé avec en arrière-plan les images de la fameuse scène de France 2 devenue iconique. En France, la journaliste Catherine Nay résumera le sentiment général sur Europe 1 : « La mort du petit Mohamed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le ghetto de Varsovie ». Plus tard, en 2012, Mohamed Merah assassinera des enfants juifs et leur professeur devant une école juive à Toulouse – mais aussi déjà des militaires français – pour venger la mort des enfants palestiniens tués à Gaza.
En incitant à la haine contre Israël – dans le but de fabriquer un buzz facile ou pour satisfaire des objectifs géopolitiques incertains – la plupart des politiques et des médias français ont alimenté la bête qui est en train de dévorer la France petit à petit : au début, on attaquait les juifs, puis les militaires et la police, des dessinateurs puis les cafés et les salles de concert, ensuite des Français en train de célébrer le 14 juillet pour arriver en 2020 à un professeur décapité en pleine rue.
La diabolisation d’Israël et le palestinisme ont des responsables. Mais rien ne sert de rouvrir de vieilles plaies.
Il est plus important de montrer que l’idéologie axée sur la défense sans recul du « peuple palestinien » a fini par lasser les autres peuples arabes puisqu’ils sont de plus en plus nombreux à se tourner ostensiblement vers Israël (cf. Bahreïn et les Emirats Arabes Unis).
Il serait étrange que la France et l’Europe demeurent les derniers supports de la « cause » palestinienne alors que le monde arabe lui tourne le dos. Mais « l’antisionisme » des minorités musulmanes en Europe a besoin d’être ménagé.
Yves Mamou, ancien journaliste au Monde est l’auteur de « Le Grand Abandon, les élites françaises et l’islamisme » (L’Artilleur).
Philippe Karsenty est ancien élu de Neuilly, éditeur et homme d’affaires.
Alors que l’ONU fête ses 75 ans, la diplomatie française œuvre pour les intérêts… allemands
« La ligne que je veux avoir pour la France, c’est une ligne que je qualifierai de gaullo-mitterrandienne », avait affirmé Emmanuel Macron dans l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2017[tooltips content= »Propos tenu lors du débat télévisé face à Marine Le Pen du 3 mai 2017″](1)[/tooltips]. Or c’est tout l’inverse qu’il pratique.
Je veux tenir une ligne gaullo-mitterrandienne à l’international : je veux une France qui sache construire la paix. #2017LeDébatpic.twitter.com/dID7G2CCv0
Ouverte le mois dernier et prévue pour durer jusqu’en décembre, l’Assemblée générale des Nations Unies est la 75e du nom. Il y a en effet 75 ans qu’a été créée l’ONU, l’Organisation des Nations unies. En 1945, grâce à l’obstination du général de Gaulle, la France y avait obtenu son siège de membre permanent du Conseil de sécurité, doté d’un droit de veto.
Treize ans plus tard, confiant à Maurice Couve de Murville les clefs du quai d’Orsay qu’il allait conserver une décennie durant, le général de Gaulle lui avait donné cette unique consigne :« En matière de politique étrangère, ne jamais s’en remettre à personne d’autre qu’à soi-même. »
Lors de la première guerre du Golfe (1990-1991), si François Mitterrand engagea la France contre l’Irak aux côtés de la coalition internationale menée par les États-Unis – position des plus contestables –, c’est parce qu’il considérait que dans le contexte international nouveau-né de la chute du Mur de Berlin, l’ONU, alors affaiblie, allait retrouver toute sa vigueur. Et que, par conséquent, la France ne devait en aucune façon voir contesté son siège de membre permanent[tooltips content= »Position explicitée par l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine in Les Mondes de François Mitterrand (Fayard, 1996). »](2)[/tooltips].
Du fondateur de la Ve République jusqu’à François Hollande, même en dépit de choix diplomatiques et stratégiques souvent contestables, voire nocifs et parfois criminels, les présidents successifs auront eu au moins le mérite de faire en sorte que les prises de position de la France en matière internationale ne procèdent que de sa seule décision. Tragiquement, c’est une voie totalement inverse qu’a choisie, délibérément, Emmanuel Macron, tout « gaullo-mitterrandien » qu’il se réclamât.
Emmanuel Macron n’a de cesse, depuis son accession à la présidence de la République, de mettre en pièces notre autonomie de décision en matière diplomatique et stratégique. Et, ce faisant, il trahit non seulement l’esprit mais le texte de la Constitution de la Ve République qui fait du chef de l’État, par son article 5, « le garant de l’indépendance nationale ».
Par le traité d’Aix-la Chapelle, il n’a pas complété le traité de l’Élysée, il l’a bafoué. Alors que le général de Gaulle et Konrad Adenauer étaient convenus que « sur toutes les questions importantes de politique étrangère, et en premier lieu sur les questions d’intérêt commun », la France et l’Allemagne mèneraient des consultations – rien de plus – « en vue de parvenir, autant que possible, à une position analogue », ce qui n’engageait à rien de plus qu’à de la courtoisie, Emmanuel Macron a paraphé un texte léonin dans lequel il est écrit (article 8, alinéa 2) : « Les deux États s’engagent à poursuivre leurs efforts pour mener à terme des négociations intergouvernementales concernant la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’admission de la République fédérale d’Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies est une priorité de la diplomatie franco-allemande. »Une priorité !
Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le ministre allemand des Finances Olaf Scholz ait réclamé que la France abandonne son siège de membre permanent du Conseil de sécurité au profit de l’Union européenne – donc, de facto, de l’Allemagne. Précisons qu’Olaf Scholz n’est autre que le candidat social-démocrate à la succession d’Angela Merkel au poste de chancelier dans la perspective des élections au Bundestag de septembre 2021.
De même, à force de parler de « souveraineté européenne », cet oxymore qu’il répète comme un mantra comme s’il lui fallait exorciser tous ceux qui sont simplement des patriotes, Emmanuel Macron multiplie les coups de boutoir à l’égard de la seule souveraineté qui vaille, la souveraineté nationale, la seule, là encore, reconnue par la Constitution de la Ve République.
Rappelons également à Emmanuel Macron que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, auquel le préambule de la Constitution de la Ve fait référence, stipule ceci en son article 3 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »
Le jour même de son investiture, le 14 mai 2017, Emmanuel Macron avait eu ces phrases passées inaperçues dans son premier discours au peuple français en tant que président de la République : « Nous avons besoin d’une Europe plus efficace, plus démocratique, plus politique, car elle est l’instrument de notre puissance et de notre souveraineté. J’y œuvrerai. »
C’est, hélas, la seule promesse contraire à l’esprit comme au texte de la Constitution qu’il ait tenue, conduisant jusqu’au précipice, le cœur joyeux et l’esprit assuré de celui qui marche dans le sens du progrès, notre existence de Nation libre et souveraine.
Jérôme Rivière est président de la délégation française du groupe ID, député européen et coordinateur de la commission Sécurité-Défense.
Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, devrait être remplacé, selon des informations du Point. Et on laisse en place Jean-Louis Bianco, président de cette institution qui est de fait la cinquième colonne de l’islamisation de la France ?
J’ai débattu dans le passé avec Bianco, qui voulait bien passer avec les fanatiques des accommodements — c’était à propos de l’autorisation donnée aux étudiantes de venir voilées à l’université. J’en suis arrivé à réclamer (c’était il y a plus de quatre ans déjà — on en est toujours au même point, avec les mêmes verrous à faire sauter) la démission de ce béni-oui-oui de la laïcité à géométrie variable.
Or, il en est de la laïcité comme du « Je t’aime ». Toute variation est mortelle. Une flexion temporelle, « je t’aimais », ou l’adjonction d’un adverbe, « je t’aime bien » —, et l’histoire de Roméo et Juliette s’effondre. Toute entorse à la laïcité, tout compromis sur les principes, et c’est la porte ouverte à toutes les compromissions.
Laïcité est un mot intraduisible. L’équivalent qu’en proposent les dictionnaires français-anglais, « secularism », est une approximation. Les lexicographes ont bien compris que le mot implique le refus du religieux et le recours au temporel contre le spirituel, mais ils peinent à rendre compte des implications strictement françaises du terme. En fait, « laïcité » fait partie, avec « béarnaise », « maître d’hôtel » et « blasé », de ces mots que les Anglais conservent tels quels — tout comme nous conservons « snob » ou « dandy ». Il est des caractères spécifiques, irréductibles au passage d’une langue à une autre, parce qu’ils témoignent d’une culture particulière. Et la laïcité est de ceux-là.
Le mot d’ailleurs n’apparaît en français qu’à l’aube de la IIIème République, à laquelle il est indéfectiblement associé. Son apparition (en 1871, dit Littré) précède à peine l’enseignement public des années 1880 et les lois laïques de 1905. L’un nourrit l’autre.
Un Français ne supporterait pas qu’un Président de la République nouvellement élu prête serment sur la Bible. Il est incrédule (c’est le cas de le dire) quand il apprend que règnent, dans certains pays, des partis religieux. Ça lui est même si incompréhensible que cela peut le mener à des faux-pas (un autre terme que les Anglais nous ont emprunté tel quel) fort dommageables en diplomatie. Nous ne comprenons rien à l’Iran des mollahs, rien à l’Arabie saoudite wahhabite, rien à Israël, ni à une foule d’autres États — les États-Unis par exemple, dont des zones entières sont définies par cette « Bible Belt » qui conditionne largement le vote de ses concitoyens. Qu’il y ait en Utah un crime de sodomy nous fascine, tant cela nous paraît exotique.
Nous payons, via l’impôt, l’entretien des lieux de culte depuis 1905, mais nous ne supporterions pas que figure sur nos relevés fiscaux l’indication d’une foi qui nous amènerait à verser un pourcentage directement dans les caisses de telle ou telle congrégation — y compris, comme en Allemagne, dans celles d’une secte comme la Scientologie. Et nous n’autoriserions pas les religieux à ne pas payer d’impôts, comme en Grèce.
C’est cela, être laïque : notre tolérance consiste à ne pas tolérer, parce que nous ne pouvons pas imaginer (et nous n’avons pas les mots pour cela, ce qui ne se conçoit pas bien ne s’énonce pas clairement) un État qui passerait des compromissions avec les Églises. En 2014, les contorsions de l’Observatoire de la laïcité sur le régime du Concordat en Alsace ont amené des protestations nombreuses : la tolérance dont font preuve en la matière Jean-Louis Bianco et ses acolytes ne nous paraît pas française. C’est, à la rigueur, celle de John Locke dans son Traité sur la tolérance — mais justement, 1689 n’est pas 1905, et toleration — le terme par lequel on a traduit immédiatement en anglais le tolerantia du philosophe — n’est pas la tolérance de Voltaire un demi-siècle plus tard, quelque anglophile qu’ait été le philosophe de Ferney.
Alors, que penser de la « laïcité ouverte », ou « aménagée », proposée jadis par la Droite, ou de la laïcité « aménagée » que cherche à imposer une Gauche communautariste ? Que penser de la présence de la France Insoumise ou de l’UNEF à une manifestation conspuant leurs amis d’il y a quelques mois ?
« Compromissions » : les mots qui viennent à l’esprit sont déjà péjoratifs. La « laïcité à la française » (on aura compris que c’est un pléonasme, tant la laïcité est essentiellement française) ne peut formuler, entre l’État (et le citoyen engagé dans la Cité) et les églises (et l’individu dans son particulier) d’autre règle qu’une ignorance réciproque (tout comme, quand on y pense, la sodomie condamnée aux États-Unis). La laïcité suppose une division bien nette entre ce que l’on doit à César et ce que l’on croit devoir à Dieu. Après tout, c’était le sens du message évangélique avant que l’Église ne s’aperçoive qu’il y a du pouvoir à glaner dans le champ de la foi. Il nous a fallu un peu plus d’un siècle, entre la Révolution française et la loi de séparation de l’Église et de l’État, pour retrouver le sens complet de cette injonction : l’État ne se mêle pas de la foi, et ne tolère pas que la foi empiète sur ses prérogatives. On en revient à la déclaration du comte de Clermont-Tonnerre à l’adresse des Juifs en 1789 : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ».
Parce que de nation, il ne saurait y en avoir qu’une, et la nôtre est laïque. Mettez ce que vous voulez à la place de « Juifs » dans cette phrase célèbre et fondatrice — « Musulmans », « Catholiques », « Bouddhistes », que sais-je. Le principe est le même : la division bien nette entre la Foi et l’État.
Dès que l’on bâtit des ponts entre les deux, on entre en hérésie républicaine. La foi vampirise en ce moment la République. Elle la cannibalise. Dix millions de croyants (au mieux) prennent soixante millions d’agnostiques en otages — et les assassinent de temps à autre.
Que 70% des jeunes musulmans pensent que la foi est supérieure à la loi témoigne de l’échec des politiques éducatives, vidées de leur contenu depuis trente ans par des pédagogues aventureux et parfois complices. Le discours de la tolérance moderne est en fait un discours d’exclusion : tolère-moi ou je te tue.
Alors, oui, redéfinissons les missions de l’Observatoire de la laïcité, et pour cela, débarrassons cet organisme de tous les croupions qui l’encombrent. Que le gouvernement, qui a peut-être enfin compris comment regagner le terrain perdu devant les gilets jaunes, la gestion catastrophique du coronavirus, la montée de la pauvreté et la faillite organisée des plus humbles, individus ou entreprises, se saisisse de cette croisade (le mot choquera les anti-colonialistes professionnels, mais qui s’en préoccupe ?) et redonne d’un côté aux enseignants des programmes clairs, un soutien sans faille de la hiérarchie contre les menées de quelques parents d’élèves téléguidés, un grand lessivage des suspects, et une tolérance zéro vis-à-vis de ceux qui croient grignoter pas à pas la République sous prétexte de respect de la démocratie — dont ils se fichent pas mal, à l’arrivée. La liberté de parole accordée imprudemment aux élèves par la loi Jospin en 1989 doit s’effacer devant la nécessité de se taire et d’écouter. Peut-être alors comprendront-ils que la laïcité autorise les garçons à être assis près des filles sans avoir peur d’être souillés, et qu’elle implique une connaissance des faits historiques, scientifiques, culturels sur lesquels est bâtie notre civilisation — la nôtre à l’exclusion de toute autre.
Un marqueur de radicalité qui devrait aussi alerter le gouvernement qui dit s’affairer contre l’islamisme. À Toulouse, un magasin de vêtements vend des voiles et des tenues couvrant tout le corps des jeunes filles. Dans la lutte contre le séparatisme, endiguer la démocratisation des vêtements islamistes est aussi un enjeu.
Depuis l’assassinat de Samuel Paty, le chef du gouvernement, Jean Castex, a affirmé mardi devant les députés, vouloir viser « toutes les associations dont la complicité avec l’islamisme radical peut être établie ». Des associations comme Baraka City, Cheikh Yassine, BarakaCity et le CCIF sont menacées de dissolution.
Des tenues qui recouvrent tout le corps pour des filles de 3-4 ans…
Mais l’hydre islamiste a de nombreuses têtes. À Toulouse, alors qu’une élève de 16 ans a été mise en examen après avoir menacé une enseignante à la suite d’un débat sur le port du voile, un magasin de prêt à porter islamique, Mimoza Hijab, propose des choix de tenues pour le moins « séparatistes ». Sur le site du magasin, qui se vante de pouvoir livrer partout dans le monde, on découvre même une catégorie enfants avec des hijabs pour petites filles. Pire, le « Jilbab », un vêtement composé d’une longue robe prolongée par une sorte de capuche, qui couvre la tête et l’ensemble du corps à l’exception des pieds, des mains et du visage, est proposé pour des filles de seulement 3/4 ans. Pour les petits garçons on découvre que des tenues islamiques comme le Qamis ou le Kaftan sont disponibles dès l’âge d’un an.
Visiblement, Mimoza Hijab tient à vite mettre les enfants dans le bon chemin, « dans les pas de Papa et Maman ! », pour reprendre les mots du site du magasin. Des bandes dessinées pour des enfants âgés de 3 à 5 ans sont disponibles, et sans surprise on ne retrouve pas les aventures de Tom-Tom et Nana ou de Martine, mais plutôt des BD moralisatrices où filles et garçons semblent systématiquement séparés. Jugez plutôt : « Le halal et le haram expliqués aux enfants », « Les bonnes manières » un livre pour « apprendre les bonnes manières liées à l’islam, comment nous devons être dans notre quotidien, avec nos proches, dans la rue, etc… », ou encore « J’apprends à dire Bismillah ».
Plus choquant que les rayons communautaires des supermarchés
Qu’un magasin comme Mimoza Hijab puisse être tranquillement installé au cœur d’une des plus grandes villes de France, montre bien l’impunité avec laquelle les pratiques de l’islam salafiste s’implantent dans le pays. Notre ministre de l’Intérieur s’est dit « choqué » par les rayons de cuisine communautaires dans les supermarchés, mardi dernier sur le plateau de BFMTV, dénonçant la responsabilité du « capitalisme français, mondial » dans le développement du « communautarisme ». Difficile de ne pas aussi repenser à Décathlon et ses hijabs de running, ou à Nike qui commercialise des burkinis.
On attend désormais l’indignation de Gérald Darmanin, et des actions du gouvernement, devant la multiplication des points de vente de tenues qui marquent l’appartenance à un islam rigoriste.
Une action vigoureuse contre certaines lectures pour enfants ou tenues problématiques que certains entendent leur imposer serait certainement bien vue par les Français, qui en ont assez des manifestations de l’islamisme, dont la boutique de Toulouse n’est qu’une des illustrations. Dans un sondage de l’IFOP sur « Le regard des Français sur la menace terroriste et l’islamisme », paru hier, 76% des sondés adhéraient à la dissolution du CCIF, et 78% soutenaient le droit des professeurs à montrer à leurs élèves des dessins se moquant des religions. Mais 63% d’entre eux doutent encore d’Emmanuel Macron, Jean Castex et Gérald Darmanin pour contrer l’islamisme.
Architecte majeur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, ce leader désormais sans mandat parlementaire s’est trouvé une nouvelle cause : la chasse aux migrants clandestins arrivant sur la côte anglaise. Reconverti en youtubeur à succès, il a de nouveau le Continent dans son collimateur.
Que devient Nigel Farage, le bouillonnant défenseur de la souveraineté britannique, l’ancienne bête noire de l’Union européenne ? Pour le leader du Parti du Brexit, ex-UKIP, le point culminant de sa carrière a été sa victoire retentissante aux élections européennes de mai 2019. Elle a ouvert les portes du 10 Downing Street à Boris Johnson et mis effectivement fin aux tergiversations et querelles qui bloquaient Westminster depuis 2016, rendant inévitable la sortie de son pays de l’UE. Maintenant que cet objectif suprême a été atteint et qu’il ne dispose plus de tribune à Strasbourg ou à Bruxelles pour ses vibrantes homélies contre la tyrannie eurocratique, que peut donc faire ce chef d’un parti sans député ? Réponse : une nouvelle campagne contre l’immigration. Précisément contre l’arrivée sur la côte sud de l’Angleterre d’immigrés clandestins venus de France dans des embarcations de fortune. Lui qui s’est toujours battu pour que le Royaume-Uni reconquière la maîtrise de ses frontières, trouve un nouveau souffle dans ce rôle de patrouilleur des côtes.
Pendant le confinement, Farage montre où les clandestins accostent
C’est pendant le confinement qu’il a commencé à arpenter les blanches falaises de Douvres ou les plages du comté de Kent où il vit, jumelles à la main, suivi d’un caméraman qui enregistre ses faits, gestes et surtout commentaires. Debout en habit de gentleman-farmer, il montre les points stratégiques où les clandestins accostent, interroge des témoins locaux ou désigne du bras tendu quelque canot qui arrive, chargé d’êtres humains. Il a été interrogé plus d’une fois par la police, pour avoir enfreint les restrictions de déplacement imposées par la crise sanitaire. Il s’est autoproclamé travailleur essentiel. Contraint de démissionner de la radio londonienne, LBC, après avoir comparé le déboulonnage de statues par les #BLM aux méthodes des talibans, il s’est reconverti en vedette de YouTube où ses vidéos font un tabac.
Les chiffres officiels ne lui donnent pas tort. De janvier à septembre, au moins 5 385 migrants ont accosté dans des bateaux de petite taille ou ont été sauvés en pleine mer par les autorités britanniques et ramenés à terre. C’est cinq fois plus que pendant la même période en 2019. Plus de 1 562 sont arrivés au seul mois d’août. Si la plupart sont d’origine iranienne, les arrivants – parmi lesquels on a du mal à distinguer les réfugiés de guerre des migrants économiques – viennent d’un peu partout en Afrique, au Proche-Orient et en Asie.
Farage attaque le gouvernement
La première cible des critiques de Farage est le gouvernement de Boris Johnson, accusé d’un laxisme incompréhensible depuis que le pays a quitté l’UE. Goguenard, il exploite le fait que les autorités britanniques auraient fourni aux migrants des taxis pour les ramener au centre-ville de Douvres, des séjours dans des hôtels quatre étoiles et même une visite guidée du stade de football de Liverpool. Il n’est pas plus tendre pour la France, accusée – à tort ou à raison – de faiblesse face aux réseaux de passeurs opérant sur son territoire et dont la marine guiderait des bateaux jusque dans les eaux territoriales britanniques avant de les y abandonner. Il n’empêche que les services français ont secouru de nombreux migrants dont les bateaux ont coulé dans la Manche. À l’heure où les négociations de l’accord commercial entre l’UE et le Royaume-Uni prennent une tournure critique, la question migratoire accentue la pression sur les relations franco-britanniques. Gérald Darmanin a rencontré son homologue, Priti Patel, en juillet, afin de créer une cellule de renseignement commune chargée de lutter contre les trafiquants humains. Cependant, de plus en plus de voix s’élèvent en France, dont celle de la maire de Calais, pour appeler à une révision des accords du Touquet qui régissent les contrôles frontaliers entre les deux pays.
Pendant ce temps, Farage jubile d’avoir retrouvé son rôle de trouble-fête international. Les autorités douanières britanniques ont donné à une aire réservée aux camions, située près de Douvres, le surnom humoristique « the Farage Garage ». Ce qui est sûr, c’est que Farage ne reste jamais longtemps au garage.
La République est un colosse aux pieds d’argile. Elle est condamnée au courage, sinon, elle s’effondre
Comment ne pas être bouleversé par la décapitation de ce professeur d’histoire géo qui n’a jamais fait que son travail d’instruction civique, avec bienveillance ?
Il aura voulu expliquer la liberté d’expression à ses élèves et il l’aura payé de sa vie. Comment mieux expliquer la liberté d’expression à nos jeunes qu’en leur présentant ce qui symbolise le mieux les menaces qui pèsent sur son exercice : les caricatures de Mahomet ? L’enseignant avait vu juste, et les reproches qui lui ont été faits par quelques parents d’élèves comme les appels à la mesure en provenance de sa hiérarchie en témoignent. La presse évoque même que, selon une note des RT, l’inspecteur d’académie s’apprêtait à rappeler ce professeur à son « devoir de neutralité ». Ce point est discuté mais nous savons que l’éducation nationale n’a pas toujours été d’un grand réconfort pour les enseignants en difficulté sur le terrain de la laïcité.
Samuel Paty était plus qu’un enseignant, puisqu’il portait sur ses épaules cette liberté perpétuellement menacée.
Le droit au blasphème est acquis dans la République depuis bien longtemps. Ce n’a pas été facile et on se souvient encore de la figure du chevalier de la Barre. La République peut s’enorgueillir d’une solide tradition de liberté d’expression, encadrée dans ses excès par cette loi remarquable de 1881 sur la presse. Et parmi tous les modes d’expression, la caricature est le mieux accepté, en ce qu’elle fait appel au ressort de l’humour.
Si la République a trouvé la force d’imposer le droit au blasphème aux religions catholique, protestante, juive, elle peine manifestement à l’imposer à la religion musulmane, par crainte.
Or ce renoncement est préjudiciable. La liberté d’expression est probablement celle qui nous relie le mieux, et nous permet de faire « société ». Nous avons tous des blessures, des sentiments d’injustice à foison, mais la liberté de les dénoncer fait de nous des citoyens, malgré tout ce qui nous oppose.
La République repose sur deux jambes : les libertés qu’elle protège et la contrainte qu’elle exerce. Soit elle élève le citoyen, soit elle broie et nivelle toute différence.
Je reste persuadé que son fondement le plus solide demeure celui des libertés. Si ce socle-là s’effondre, tout s’effondre, car la contrainte n’est plus supportable sans les libertés.
Je préfère une République intransigeante sur les libertés de pensée, d’expression que la République qui détruit nos langues de Bretagne, et lamine toutes nos différences avec constance et méthode, au mépris du droit international et de l’humanité. Si le ministre Blanquer y va de sa politique hostile à nos langues minoritaires, libre encore à nous de le dénoncer.
La faiblesse de la République m’inquiète sur le terrain des libertés, car tout est fait pour ne jamais heurter la susceptibilité des musulmans, comme si on les pensait déjà en dehors de la société. Et les rodomontades récentes du pouvoir, après cette triste affaire, n’y changeront pas grand-chose.
Ainsi donc, certains hommes, certaines religions seraient insusceptibles d’intégrer les libertés essentielles de notre tradition politique et de notre mode de vie ? N’est-ce pas accorder aux musulmans un régime singulier en les enfermant dans leur déterminisme, en les considérant déjà perdus pour la société ? Devons-nous nous résigner à faire société à côté d’eux, en attendant l’effondrement général ou la guerre civile ?
Il s’agirait d’une démission d’autant plus préjudiciable, que si la République renonce à elle-même, et bien c’est terminé. La République est un colosse aux pieds d’argile. Elle est condamnée au courage, sinon, elle s’effondre. Serions-nous sur le registre de la démission collective ? Renoncer, c’est donner raison à l’ordre de la terreur.
Il s’agit en montrant les dessins moins ici de heurter les consciences que de les élever, en rappelant que la liberté peut être supérieure à ses propres convictions philosophiques ou religieuses.
Ce n’est pas en limitant la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, en supprimant les rayons communautaires dans les grands magasins, en imposant à tous un prénom français, voire même en plaçant dans un foyer tous les enfants des fondamentalistes comme le propose un député en marche, que nous ferons société. Il suffit de retrouver le sens des libertés.
La République n’a jamais été aussi fragile. Ne serait-elle rien de plus qu’une longue autocélébration, un verbiage dépourvu de prise sur les inégalités, le chant de ralliement de ceux qui ont un avantage à défendre ?
Il suffirait d’un symbole fort pour qu’elle se retrouve et surtout, du courage.
«Un climat de phobie hypocondriaque et d’angoisse paranoïaque»
Michel Maffesoli répond aux questions de Jérôme Blanchet-Gravel
Jérôme Blanchet-Gravel. Toute votre œuvre est axée autour de l’avènement de la postmodernité, une époque qui rompt avec les assises idéologiques de la modernité comme le culte du progrès pour instaurer une ère plus proche de la tradition. Une sorte de répit après tant d’utopisme. Le nouvel ordre sanitaire n’est-il pas au contraire une manifestation d’une modernité poussée à son paroxysme ?
Michel Maffesoli. Vous avez raison : il me semble que la gestion de cette « crise sanitaire » par les autorités des pays développés notamment d’Europe et d’Amérique du Nord est l’expression d’une modernité exacerbée. J’avais écrit dans La Violence totalitaire, paru en 1979, que sous couvert de progrès et d’idéologie du service public se mettait en place « un totalitarisme doux ». Face à ce changement du paradigme de l’être ensemble, réhabilitant les liens de proximité, une esthétique commune, un ancrage local, ce changement d’époque, les élites s’accrochent aux valeurs saturées de la modernité : individualisme, rationalisme, productivisme. Pour cela elles s’attaquent à l’essence même du vivre-ensemble, les rassemblements, les rituels, festifs ou funéraires, religieux ou associatifs, tous les évènements et phénomènes sociaux inutiles. Au nom d’un isolement égoïste de préservation d’un petit bout de vie.
Cette préservation d’une vie estimée d’un point de vue purement quantitatif (l’espérance de vie) au détriment de la qualité de vie (l’amour, l’amitié, la disputatio entre pairs, la transmission entre générations d’une culture etc.) ressortit d’une conception totalitaire de l’existence. Et il est inquiétant que toutes les institutions y compris démocratiques, religieuses, philosophiques approuvent ou en tout cas se soumettent à cet asservissement.
N’avez-vous pas l’impression que l’hypocondrie et l’anxiété sociale sont en train de devenir de nouvelles religions d’État ? Comment expliquer cette obsession du contrôle ?
Je pense en effet comme vous que les gouvernements jouent à « l’apprenti sorcier » en distillant, sous couvert d’une objectivité statistique largement manipulée par la présentation et l’interprétation des chiffres, un climat de phobie hypocondriaque et d’angoisse paranoïaque. Il y a en effet de l’hystérie et de la paranoïa du côté de nos dirigeants : la volonté de contrôler jusqu’aux moindres actes de la vie quotidienne fait largement penser aux comportements des démocraties dites populaires de sinistre mémoire. Ce culte quasi fanatique de la vie réduite à sa pure matérialité physiologique ne peut que générer un retour du refoulé, un réveil des inconscients. Peut-être aussi cette obsession du contrôle que vous définissez bien traduit-elle justement le sentiment inconscient qu’ont les élites que le pouvoir leur échappe. Parce qu’il n’est plus ancré sur la « puissance populaire », parce qu’il n’est plus en phase avec le climat de l’époque.
N’y-a-t-il pas dans ce nouvel ordre sanitaire une faillite anthropologique basée sur la peur, le déni de la mort ?
Là encore, je suis d’accord avec vous. Ou en tout cas je pense que les grandes valeurs anthropologiques sur lesquelles s’est construite notre modernité sont maintenant saturées et ne peuvent plus structurer notre imaginaire commun, et donc assurer notre cohésion.
Les 18e, 19e et 20e siècles se sont structurés sur ce que j’appelais l’idéologie du progrès et du service public. Au nom d’un état de bien être à venir, on prônait une rationalisation de l’existence, un productivisme et un matérialisme généralisés, laissant de côté tout ce qui relève des émotions et du rêve. De l’imaginaire.
Les bénéfices de cette société de progrès ont bien sûr été importants, en terme de lutte contre les maladies, de rallongement de l’espérance de vie, d’accession du plus grand nombre au bien-être matériel et technique. Mais il s’avère que ce progrès s’est aussi accompagné de catastrophes écologiques, d’une barbarie dont les grands totalitarismes nazi et communiste sont l’acmé et d’un « désenchantement du monde » produisant peur, angoisse et tristesse. La focalisation de la médecine sur l’éradication des maladies a largement occulté que l’homme est un être « pour la mort » (le Sein zum Tode de Heidegger) et que la « bonne mort » est un évènement qui donne qualité à la vie. L’annonce quotidienne dans un certain nombre de pays du nombre de morts par Covid, comme s’il s’agissait d’un scoop (ah des gens sont morts !) a contribué à accréditer l’idée d’un État et d’une médecine qui devraient empêcher la mort.
La manière dont une société traite ses mourants et ses morts est un élément essentiel de la civilisation. Le fait d’avoir interdit aux proches de visiter les mourants (heureusement nombre de services de réanimation ont transgressé ces ordres), de les avoir privés d’un dernier adieu et d’avoir empêché les rassemblements de proches pour les obsèques montre bien que les États ne sont plus ancrés dans la réalité populaire.
Les Québécois semblent encore assez réceptifs au message de leurs gouvernements. En France, on sent déjà un peu plus de résistance, surtout depuis l’annonce du couvre-feu. Doit-on s’attendre à une soumission des peuples occidentaux ou à une éclosion de révoltes un peu partout ?
En général votre pays a toujours été plus hygiéniste que les pays méditerranéens notamment. Plus prêt aussi à accepter au nom du bien commun à venir de nombreux actes attentatoires aux libertés publiques. Dans les années 60 du siècle dernier, on stérilisait sans trop de remords les femmes malades mentales ou handicapées.
L’objectif de tout faire pour préserver la santé et le bien-être de tous est donc plus largement partagé dans les pays anglo-saxons. Peut-être aussi le système de santé plus communautaire est-il plus proche des populations qui acceptent des restrictions pour le maintenir en état de marche.
En France on dit que les transgressions témoignent de l’individualisme des populations. Je ne le crois pas. Je pense qu’au contraire le refus de s’enfermer chez soi témoigne d’un « besoin vital de lien ». D’ailleurs durant le confinement qui a été vécu plus comme une sorte de parenthèse et d’aventure que comme les mesures actuelles de couvre-feu nettement dirigées contre les rassemblements affectifs et passionnels, les gestes de solidarité, d’entraide, de partage ont été légion.
La mise en scène par certains côtés grotesques de « l’état de guerre sanitaire » actuelle risque d’apporter beaucoup plus de révoltes. Car il s’agit bien de préserver pour le dire vite « les vieux riches » contre les jeunes : les étudiants bien sûr, mais aussi les travailleurs saisonniers, les travailleurs précaires, les innombrables personnes qui vivent dans les interstices de cette société libérale capitaliste.
Car bien sûr et contrairement à ce que répètent en boucle les naïfs, notamment les organisations caritatives, les partis de gauche, voire les institutions religieuses officielles, les gouvernements des pays développés n’ont pas « choisi la santé contre l’économie ». Il n’est absolument pas avéré qu’à terme le nombre de morts « évités » soit important si on met en balance d’une part le fait qu’il s’agit d’abord pour les morts du Covid de personnes dont l’espérance de vie était très faible (il y aura un effet « moisson » disent les démographes). Ensuite, la politique de confinement et d’allocation de toutes les ressources médicales aux malades du Covid a largement obéré les parcours de soins donnés aux autres malades : cancers dépistés plus tardivement, maladies cardio-vasculaires aggravées par le manque d’exercice, sans parler des pathologies psychiatriques en pleine explosion : alcoolisme et autres addictions, prise immodérée de neuroleptiques, suicides etc.
Enfin, les victimes de la crise économique et sociale générée par la politique de confinement et ses avatars ne mettent pas en cause la « grande économie notamment numérique et financière. Ce sont les petites gens, les travailleurs de et dans la rue, les petits commerçants et artisans divers, les manœuvres qui ont perdu pour leur emploi et pour tous ceux qui participaient de l’économie grise leur revenu. Ce sont les enfants et les adolescents de milieu plus modestes ou déjà en difficultés scolaires qui ont vu leur parcours scolaire stoppé peut-être définitivement. D’une certaine manière, on a rationalisé l’économie en supprimant les branches non rentables et le système social en évacuant tous ceux qui tiraient leur revenu d’une activité plus ou moins officielle. C’est l’éradication de la déviance non pas par l’interdiction, mais par l’étouffement. Au nom du bien-être de tous bien sûr !
Cette stratégie signera peut-être le glas des sociétés construites sur une croyance dans un progressisme benêt. Déjà se dessinent des mouvements de révolte, des soulèvements, mais se mettent en place aussi de nombreux lieux et phénomènes de rassemblement, de partage, de collaboration. La volonté orwelienne d’instaurer une société dans laquelle les rapports humains se réduiraient à la sphère optique risque de réveiller le besoin irrépressible de liens haptiques qui est la marque de l’époque postmoderne contemporaine.
Les écoles hors contrat ont peur de pâtir de la lutte contre l’islamisme. Une tribune d’Axelle Girard, Directrice d’Educ’France
La mort programmée de la liberté de d’enseignement abîme la République et ajoute aux malheurs de son École.
Interrogé dimanche à une heure de grande écoute, l’actuel ministre de l’Education nationale déclare prendre des mesures concrètes pour éradiquer l’islamisme. Mais ni la loi Gatel, ni l’interdiction planifiée de l’école à la maison et demain peut-être des écoles hors contrat n’auront la peau des islamistes.
Nous avons fait ensemble le rêve collectif et éveillé de l’école publique laïque, gratuite et obligatoire. Mais l’école bien réelle n’a jamais autant échoué à former la jeunesse à la liberté. Quant à la bonne éducation, elle se paye. De plus en plus cher. L’ascenseur social s’est arrêté, et avec lui la puissance assimilatrice de la République, adossée au dessein d’une Nation désormais conspuée par le discours anti-colonialiste, cet autre révisionnisme.
Que s’est-il passé ? La France a cultivé l’Anti-République sur son sol.
Fille aînée de l’Eglise, la France a jeté un voile pudique sur ses racines chrétiennes, alors même que la Chrétienté a été le ciment d’une première « construction européenne » et l’opérateur, symbolique au moins de l’égalité entre les femmes et les hommes. Aucune autre religion n’a pensé aussi clairement cette égalité ontologique entre les sexes.
Révolutionnaire et porteuse des Lumières qui ont pavé le chemin des grandes conquêtes démocratiques tout au long des XIXe et XXe siècles, la France n’a pas repensé le sens concret de la République depuis la rupture majeure de 1905. Le compromis de la laïcité originale de la loi du 9 décembre, celui de la liberté de l’intimité et de l’intransigeance collective et sociale s’est changé en renoncement. Et ce au prix d’une tolérance toujours plus grande à l’égard de l’expression d’un « Islam » parfois dévoyé par des intérêts qui veulent l’instrumentaliser à des fins de déstabilisation.
Enfin, la France n’a pas réussi le pari de l’intégration apaisée des jeunes générations issues des anciennes colonies. Et c’est l’effet conjugué du manque de courage, de la collaboration politique avec des extrémistes religieux, mais aussi et avant tout de politiques paresseuses, sans ambition pour le logement, la Ville et ce qu’il est désormais convenu d’appeler « les quartiers » (autrement dit les ghettos du XXIe siècle).
À ces fautes collectives, culturelle et économique, va-t-on ajouter une faute politique en s’attaquant une fois de trop à la liberté d’enseignement, au prix peut-être de la survie de l’école publique ? Interdire l’école à la maison, s’attaquer à la simple liberté de pouvoir y recourir, ou non, sans faire appel à un médecin de l’Education nationale pour attester la situation particulière de son enfant n’a pas de sens. Sinon celui de porter un coup symbolique mais décisif à la liberté d’enseignement qui participe étroitement de la République.
Des dizaines de milliers d’enfants ne peuvent pas aller à l’école. Et pas uniquement pour raisons de santé. Rares sont les familles qui rejettent le principe de contrôles effectifs, réguliers et aptes, en l’état actuel des choses, à détecter les situations à problème.
S’il faut se réjouir des apports de la loi Gatel en matière de sérieux – donc de crédibilité – des écoles hors contrat, force est de constater qu’ils n’ont pas empêché le maintien de certaines « écoles », ouvertes malgré les décisions de justice de les fermer, ni le développement de structures clandestines, ni même et c’est extraordinaire, l’emprise de mouvements sectaires apparemment bien sous tous rapports, par le biais d’associations déguisées et de financements complexes.
Qu’on ne s’y trompe pas. S’attaquer à l’instruction à domicile, qui concerne 50 000 familles, c’est précipiter des centaines de milliers d’enfants dans les bras de l’école publique, minée par des classes déjà trop chargées et des problèmes toujours plus inquiétants d’inadaptation du système scolaire au profil d’enfants à besoins particuliers.
C’est aussi porter un coup fatal à la liberté d’enseignement puisque, derrière l’arbre de l’école à la maison, c’est l’ensemble du hors-contrat qui est visé à plus ou moins brève échéance, quoiqu’en dise un Ministre qui, un jour invite les parents à se regrouper pour créer des écoles, le lendemain vante les mérites d’une loi qui rend plus complexe l’ouverture de ces écoles…
N’en déplaise au Ministre de l’Éducation nationale : la Constitution reconnaît et organise la liberté d’enseignement. L’école à la maison et le hors-contrat en font partie. L’ennemi à combattre n’est pas la liberté, ni la République. C’est le séparatisme islamiste !
Qui aurait pu imaginer une chose pareille ? Deux millénaires après le miracle de la multiplication des pains, selon les Évangiles, par un marginal miséreux du fin fond de la Palestine nommé Jésus de Nazareth, un socialiste hexagonal nommé Emmanuel Macron et surnommé « Jupiter », est en train de réaliser lui aussi des miracles : la multiplication des milliards. Hollande en rêvait. Macron l’a fait !
D’abord, soyons clairs : Macron n’est pas du tout un libéral contrairement aux affirmations péremptoires des ignorants en économie et de certains perroquets de l’ultra gauche depuis leurs perchoirs dans les médias. Il a toujours été socialiste sinon, primo, il n’aurait pas fait partie de l’équipe rapprochée du dit Hollande pendant sa campagne présidentielle, et secundo, il ne serait jamais devenu son secrétaire général adjoint à l’Élysée et encore moins ensuite son ministre de l’Économie.
Tout ce qu’il sait faire, c’est dépenser, promettre et parler
Emmanuel Macron est tout simplement un socialiste pragmatique comme l’a été avant lui Tony Blair en Grande Bretagne pendant les années 2 000, appliquant comme lui, même si c’est à doses homéopathiques en matière économiques, la célèbre maxime du chinois Deng Xiaoping : « Peu importe que le chat soit noir ou blanc, s’il attrape la souris ». Car notre Jupiter français est avant tout un étatiste pur jus, un centralisateur forcené, un jacobin maladif, ce qui génère la plupart du temps une mauvaise santé de l’économie, ce qui est hélas le cas en France. Comme l’écrit Laurent Obertone, à propos de l’État, dans son nouveau livre, « L’Éloge de la force » (Ring) : « Tout ce qu’il tente échoue. Tout ce qu’il touche se brise. Tout ce qu’il sait faire, c’est dépenser, promettre et parler ».
Une hausse vertigineuse de la dette publique
Pour bien situer cette multiplication des milliards, il faut commencer par prendre connaissance courageusement de quelques chiffres, qui peuvent faire tourner de l’œil les mauvais élèves en calcul ou obscurcir l’esprit des plus sensibles au mal de crâne.
Le projet de Loi de finances pour l’année 2021 annoncé par Bercy, avec l’accord de notre Jupiter, le président « Quoi qu’il en coûte », prévoit d’émettre un montant record de 260 milliards d’euros de dette supplémentaire, contre 185 en 2017 et 169 en 2013, ce qui était déjà gigantesque. Quant au déficit à financer, il passera de 93 milliards prévus pour l’année 2020 à près de 200 milliards en raison du plan de relance tous azimuts du gouvernement.
La dette publique qui avait terminée l’année 2019 tout juste sous les 100 % du PIB, passera selon Bercy à 117,5% en 2020, pour un total de 2 798 milliards. Quant au déficit structurel, c’est-à-dire les dépenses pérennes non flexibles (augmentations de salaires de fonctionnaires, chômage partiel de longue durée, mobilisation des garanties de l’État, etc), il est en train d’exploser littéralement à 115 milliards au lieu des 54 initialement prévus.
Enfin, la masse salariale de l’État de son côté, n’en finit pas d’augmenter : 2 milliards par an ! Emmanuel Macron avait promis dans son programme électoral de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires, un chiffre pourtant nettement insuffisant vu la gabegie qui règne dans la fonction publique avec des doublons presque partout dans les postes administratifs. Son bilan s’établit ainsi à ce jour : depuis 2017, une augmentation de 7 700 postes en équivalents temps pleins travaillés. Et pour 2021, on nous annonce encore 5 500 postes de plus. Un véritable open bar pour la fonction publique !
Avec l’Allemagne, un gouffre de compétitivité nous sépare
Si l’on se tourne cette fois vers les quelques côtés positifs de cette distribution de milliards dans le projet de budget pour 2021, on peut se féliciter que les impôts de production sur les entreprises – ceux qui sont payés avant même le moindre bénéfice – baissent de 10 milliards d’euros. But de l’opération : nous rapprocher du système allemand, sauf que le vrai différentiel avec notre voisin tourne autour de 75 milliards. Il reste encore un long chemin à parcourir pour muscler nos entreprises ! En complément de cette douceur de 10 milliards, un très mauvais chiffre : la balance commerciale de la France sera largement déficitaire, comme d’habitude – 80 milliards de déficit prévus en 2020 – tandis qu’en Allemagne on fait des excédents depuis longtemps – près de 300 milliards d’excédents prévus en 2022. Un gouffre de compétitivité nous sépare !
Enfin, au chapitre « Il vaut mieux en rire qu’en pleurer », une mention spéciale pour les équipes du ministère de l’Économie qui ont décidé de réduire le nombre des taxes qui rapportent peu ou qui coûtent trop cher à recouvrer, ce qu’on appelle à Bercy un « toilettage » du Code des impôts. Une cinquantaine de ces taxes marginales devraient ainsi disparaitre pour un total à la fin du quinquennat Macron de l’ordre de 750 millions, soit 0,01% des prélèvements obligatoires. Tout cela après quarante ans d’étatisme fiscal et d’administration socialiste ! On croit rêver !
Félicitations moroses à nos vaillants hauts fonctionnaires des impôts qui n’ont plus aucun sens des choses et qui trouvent à cette occasion le moyen de se vanter dans la presse de leur courage de réformateurs fiscaux, dans le même temps où on apprend que les taxes sur le tabac vont rapporter 14 milliards d’euros en 2020 après une augmentation de 1,3 milliard, soit le double de leur fameux toilettage… Confirmation : c’est un cauchemar sans fin !